Frank n'avait pas trouvé Alice à leur café. Le patron ne l'avait pas vu non plus. En temps normal, il n'y aurait pas eu de quoi s'inquiéter, mais ils ne vivaient pas vraiment des temps normaux. Alors il avait fait en sens inverse le chemin qu'elle empruntait d'habitude quand elle sortait du travail, il avait interrogé leurs collègues, mais Alice semblait s'être simplement évaporée.
Il avait prévenu les autres aurors. « Peut-être que ce n'est rien », avait dit Dawlish sans trop y croire. Mais fort heureusement, Maugrey était paranoïaque au dernier degré et avait aussitôt pris l'affaire au sérieux.
« Elle a quitté les bureaux à 18h, juste après avoir rendu ses rapports. Elle a dit au revoir à Shacklebolt, et ensuite elle est partie. » Avait-il résumé. Et ensuite ? Rien.
Frank aurait remué ciel et terre, mais il n'avait pas l'ombre d'un début de piste. Aussi, quand la Marque des Ténèbres était soudainement apparue quelques heures plus tard au-dessus de Ste Mangouste, il avait cru au pire.
Ils s'étaient précipités, lui, Maugrey et deux autres, baguettes en main, s'attendant à arriver trop tard, comme d'habitude.
Ils avaient trouvé un chauffeur de Magicobus complètement médusé, une Alice épuisée mais rayonnante et… son fils.
Ils étaient à présent dans une chambre individuelle de Sainte-Mangouste.
-Ça alors, répétait Frank, ça alors.
-Et tu n'as aucune idée de qui pouvait être ce mangemort, demanda Maugrey, calepin en main.
-Non. Il a gardé son masque tout du long. Il avait une voix assez jeune ajouta-t-elle songeuse. Mais ils le sont tous n'est-ce pas ?
-Beaucoup en tout cas, corrigea Maugrey, toute la fournée Avery et compagnie.
-Il se réveille ! s'exclama Frank. Bonjour Eusèbe.
- Neville, corrigea Alice
-Neville, répéta Frank pour éprouver la sonorité du nom, Neville Londubat. Ça sonne bien, approuva-t-il
-Je suppose qu'on aura de ses nouvelles tôt ou tard, grogna Maugrey.
-Hum hum, fit Frank sans détacher les yeux de Neville.
-Frank ! Le rabroua Maugrey.
Mais il ne pouvait pas s'arrêter de le contempler. Il aurait aimé rester, mais même pour la naissance de son fils, même si Alice avait failli mourir, ses supérieurs avaient catégoriquement refusé de lui donner sa nuit. Il y avait trop de travail et trop peu d'aurors. Mais tout de même, en tout et pour tout, il n'avait pas passé plus de dix minutes avec son fils.
-Je dois retourner travailler, dit-il à regret.
-Je sais, dit Alice, ne t'inquiète pas.
- Ma mère ne va pas tarder, et je reviens dès que je peux. Promit-il.
Il jeta un dernier regard à sa petite famille, et retourna à regret au ministère.
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« C'est incroyable, dit Rosmerta en ramassant la cape abandonnée sur une chaise, j'ai trois fois moins de clients qu'avant, et ils oublient trois fois plus de choses.
-Humm, répondit Hagrid d'un air absent, les yeux fixés sur son énorme chope de bierraubeurre.
-Ça ne va pas, Hagrid ? demanda Rosmerta en rangeant les chaises sur les tables d'un coup de baguette.
-Si, tout vas très bien, répondit-il en sortant soudainement de sa rêverie, je me demandais simplement quand Dumbledore reviendrait.
-C'est vrai que je ne suis pas très rassurée quand il s'éloigne de Poudlard, quand on voit tout ce qu'il se passe… Il revient quand ?
-Dès qu'il aura trouvé le prochain professeur de défense contre les forces du mal. Répondit Hagrid d'un air morne. C'est de plus en plus difficile chaque année.
-Je croyais qu'il l'avait trouvé depuis longtemps. Le rendez-vous à la Tête de Sanglier...
-C'était pour la Divination. J'aurai jamais cru qu'il garderait le poste ouvert d'ailleurs... Il a peur pour Poudlard, reprit-il de but en blanc.
-Ha ? fit Rosmerta. Tout en jetant un sortilège de nettoyage dans la salle.
-Il a peur que Vous-savez-qui se serve des élèves comme cheval de Troie. C'est vrai que quand on voit ce que sont devenus Avery et sa bande…Mais je ne crois pas que ce soit possible. Tant que Dumbledore restera directeur, Poudlard restera l'endroit le plus sûr au monde. Même si certains élèves…Enfin, se reprit-il. Si ça doit arriver, ça ne sera sûrement pas un 29 juillet.
-Un 30, corrigea Rosmerta.
-Il est déjà si tard ? demanda Hagrid en regardant l'horloge qui n'affichait pas tout à fait une heure moins le quart. Je ferai mieux de rentrer, continua-t-il en se levant dans un raclement de chaise. Bonne nuit Rosmerta, et à bientôt.
-Bonne nuit, Hagrid. Faites attention à vous.
Rosmerta finit de nettoyer la salle et s'attela à compter la caisse. C'était de pire en pire, songea-t-elle. Les gens ne sortaient plus de chez eux. Sans compter que Dumbledore risquait encore d'annuler les sorties à Pré-au-Lard cette année... Il faudrait peut-être songer à rogner sur certaines commandes.
-On est fermé, dit-elle sans même lever les yeux alors que la porte s'ouvrait à nouveau.
-Je sais. Je suis désolé, j'aurai besoin d'un service.
Agacée, Rosmerta leva les yeux.
-Quel serv…Oh Merlin ! S'écria-t-elle. Ne m'approchez pas !
Elle laissa tomber le tiroir-caisse avec fracas et brandit sa baguette en tremblant.
-Experlliarmus ! s'exclama le mangermort
Et sa baguette lui échappa des mains.
-Je ne vous veux pas de mal, dit le mangemort d'un ton apaisant.
-Que voulez-vous ? demanda Rosmerta d'une voix suraiguë.
Et dire qu'Hagrid venait de partir.
-Je dois voir le professeur Dumbledore. Je voudrais simplement que vous lui envoyiez un hibou pour lui dire de me rejoindre ici.
-Dumbledore n'est pas au château !
Et elle aurait largement préféré que ce soit le cas. Qui sait ce qu'allait faire l'autre maintenant ?
-Pas au château ? Mais quand reviendra-t-il ?
-Je ne sais pas ! dit-elle complètement paniquée, reculant à mesure qu'il avançait.
-Madame Rosmerta je…
Il n'eut pas le temps de terminer car la porte s'ouvrit à nouveau.
- Nom d'une gargouille ! S'exclama Hagrid.
Il brandit son énorme poing et frappa le mangemort de plein fouet tellement fort qu'il vola à travers la pièce et atterrit contre une table. Hagrid leva à nouveau le poing, mais d'un saut, le mangemort l'esquiva.
-Stupefix ! Hurla-t-il.
Le sortilège toucha Hagrid de plein fouet, sans que cela n'ait plus d'effet qu'une piqûre de moustique.
-Je veux juste voir Dumbledore ! S'écria le mangemort d'une voix paniquée en se relevant. Hagrid, c'est moi !
Mais Hagrid n'écoutait pas. Il toisait de toute sa stature le mangemort qui semblait rapetisser sur place. Il esquiva un nouveau coup du colosse, et prit ses jambes à son cou.
-Reviens ici ! Ordure ! Hurla Hagrid en le poursuivant dehors.
Rosmerta les suivit jusqu'à la porte, s'accrochant en tremblant au chambranle. Il y eut un « bang » et Hagrid s'écroula sur le sol.
-Non ! S'écria-t-elle en se précipitant à ses côtés. A l'aide ! A l'aide !
Mais le mangemort avait déjà transplané.
-Rosmerta, ça va ? demanda Hagrid en se relevant difficilement. Qu'est-ce qu'il a fait ?
-Oui, oui, fit elle encore sur le choc. Pourquoi êtes-vous revenu ?
-J'ai oublié mon porte-monnaie je crois, impossible de le retrouver. Venez, il ne faut pas rester en pleine rue, je vous raccompagne
Rosmerta acquiesça silencieusement pendant que Hagrid lui prenait le bras Mais alors qu'ils retournaient au pub, quelque chose attira son attention
-Regardez ! dit-elle.
Elle lâcha le bras de Hagrid, et ramassa ce qu'elle avait vu. C'était le masque blanc du mangemort. Il était fendu en deux, sans doute à cause du coup que Hagrid lui avait porté, et à l'intérieur, il était maculé de sang.
Ils rentrèrent au Trois Balais. Elle posa le masque sur une des tables et sortit une bouteille de Whisky pur feu de sa réserve personnelle.
-Tenez, dit-elle en tendant un verre à Hagrid.
-C'est pas d'refus, merci Rosmerta.
-Il nous connaissait non ? Demanda-t-elle au bout d'un moment
-Sans doute un ancien élève, répondit Hagrid en fronçant les sourcils.
-Il a dit « c'est moi », continua Madame Rosmerta songeuse, mais comment était-on censé le reconnaître avec ça sur la figure ? S'énerva-t-elle en pointant le masque blanc qui gisait sur la table. En tout cas, conclu-t-elle, si c'était un ancien élève, c'était un qui ne parlait pas beaucoup. Sa voix ne me dit rien du tout. Et vous ?
Hagrid réfléchit un instant.
-Non répondit-il, à moi non plus.
Il termina son verre cul-sec, remercia Rosmerta et s'en alla. Tout compte fait, songea-t-elle en regardant la silhouette massive de Hagrid retourner vers le château, il y avait eu plus de peur que de mal
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Barty avait vécu la désertion de Regulus comme un coup de poignard. Il était resté paralysé de longues secondes alors que le Magicobus s'éloignait et que le crépitement furieux du filet antitransplanage, sans doute l'œuvre de Dolohov, résonnait à ses oreilles. Jusqu'à ce qu'il réalise une chose qui l'avait glacé d'effroi :
Regulus allait le dénoncer.
Il avait immédiatement fait apparaître des étincelles rouges pour signaler sa position, appelé son balai d'un rapide « accio » et s'était lancé à la poursuite du Magicobus, bien vite rejoint par ses camarades. Mais il s'était pris l'engin en pleine figure, et n'avait repris connaissance que pour apprendre que Regulus leur avait échappé.
Il était dans la merde.
Il avait transplané immédiatement au ministère et se trouvait à présent, le cœur battant, devant le bureau de son père. Il était en train de discuter avec Frank Londubat. Il écouta :
« Curieuse histoire », disait-il en parcourant des yeux un long parchemin.
-Oui, répondit Londubat.
- Honnêtement, je ne sais pas vraiment quoi en penser, continua son père. Pour moi un mangemort reste un mangemort, ou alors c'est un mangemort mort. Mais un dissident qui reste vivant suffisamment longtemps… Et aucune idée de qui cela peut être ?
-Non. Répondit Frank. Il a une voix jeune, et c'est un fan de Neville and the Shadows apparemment, c'est tout ce qu'on sait.
-Humm, fit Croupton en fronçant les sourcils. Ça n'avance pas à grande chose.
-Père, dit soudainement Barty en entrant dans le bureau.
-Barty, s'exclama-t-il.
La perte de Regulus était suffisante pour que Barty se mette à pleurer sans mal.
-Qu'y a-t-il ? Demanda son père paniqué. Que fais-tu là ? Est-ce que ta mère… ?
Mais Barty fit non de la tête. Son père eut l'air soulagé du moins jusqu'à ce qu'il remonte lentement sa manche, dévoilant peu à peu la Marque des Ténèbres sur son avant-bras.
Londubat poussa exclamation étonnée. Son père, abasourdi, recula contre son bureau.
-Je suis désolé papa, dit-il à travers ses sanglots, je suis désolé.
Son père se reprit immédiatement.
-Londubat, verrouillez la porte, vite !
Londubat s'exécuta.
-Londubat ? dit Barty, comme s'il venait à peine de le voir, votre femme, dit-il en portant la main à sa bouche, Merlin votre femme !
-Elle est saine et sauve, répondit-il l'air troublé.
-Raconte-moi, dit son père d'une voix douce en le faisant s'asseoir.
Londubat sortit un calepin, prêt à noter tout ce que Barty dirait. Son père lui lança un regard noir mais ne dit rien.
-J'ai fait de mauvaises choses, dit-il d'une voix blanche, de très mauvaises choses.
-Vous y étiez ? demanda Londubat précipitamment, vous avez vu ce qu'ils ont fait à Alice ?
-Oui, répondit-il, mais je ne pouvais rien faire, je ne pouvais pas !
Il s'arrêta à nouveau, comme submergé par ce qu'il allait dire.
-Ça va aller, intervint Londubat d'une voix encourageante. Commence par le début.
-Le début… d'accord, bégaya-t-il, c'était, juste après mon premier jour au ministère. Tu m'avais dit de rentrer directement dit-il en regardant son père dans les yeux, mais je ne t'ai pas écouté. J'ai voulu aller sur le chemin de Traverse, pour voir les nouveaux balais. C'est là que je l'ai rencontré, devant la vitrine.
-Qui ?
-Regulus Black. C'était un ancien de Poudlard, ce n'était pas vraiment un ami, il était tout le temps seul à l'époque, il était bizarre, mais on s'était parlé une ou deux fois. Dans le train surtout. Mais ce jour-là il m'a reconnu, en réalité, je crois qu'il me suivait. Mais bref, on a commencé à parler. Il a demandé de mes nouvelles. Alors je lui ai répondu, et finalement, on est allé boire un verre au Chaudron Baveur, et là…
Barty s'arrêta un instant.
-Et là ? demanda son père la voix tremblante.
-Il a mis quelque chose dans mon verre ! répondit Barty d'une voix étranglée, il a mis quelque chose, et je ne m'en suis pas aperçu !
-Qu'est-ce que c'était ? demanda Londubat d'un ton professionnel.
-Un élixir d'aliénation. A partir de là, ça a été fini. J'étais complètement à sa merci. Je voyais et je savais ce que je faisais, mais j'étais... comme spectateur de moi-même.
-Qu'est-ce qu'il t'a fait faire ? demanda Franck.
-Il voulait savoir ce qui se passait au ministère. Tous les soirs avant de rentrer à la maison je passais le voir, et je lui faisais un compte-rendu.
-C'était seulement de la surveillance ? demanda Frank.
-Non. Il ne pouvait pas utiliser la magie, alors je devais l'aider à transplaner, ce genre de choses. Il m'a forcé à brûler la salle des archives aussi. Et…
-James Potter, acheva Frank, est-ce que c'était toi, avec lui?
-Je ne voulais pas lui faire de mal, répondit aussitôt Barty. Mais Regulus… Je ne sais même pas pourquoi il a fait ça. C'était vraiment gratuit… Je crois que c'était pour faire souffrir son frère. Il le déteste vraiment. On l'a suivi à travers Godric's Hollow, au début c'est moi qui l'ai attaqué. Mais Regulus… Il voulait s'en charger lui-même. Alors il l'a torturé, et il avait un tel regard quand il faisait ça ! Ça lui plaisait, ça se voyait. Si son ami n'était pas arrivé, il l'aurait tué.
-Comment as-tu réussi à te libérer de l'élixir ?
-Je ne m'en suis pas libéré. Il a voulu changer de méthode, il est devenu majeur aujourd'hui, alors il a voulu me soumettre à l'Imperium. Mais il n'avait pas l'habitude c'est pour ça que j'ai réussi à m'en défaire.
Il inspira profondément et reprit :
Aujourd'hui, il est venu me chercher directement au ministère, il a dit qu'il avait une nouvelle mission pour moi. Alors on s'est caché dans une ruelle, et on a attendu. Ensuite, Madame Londubat est arrivée, et là…
Barty s'arrêta un instant.
-On sait, ce qu'il s'est passé aujourd'hui, Barty, dit son père en lui serrant affectueusement l'épaule.
-J'ai essayé de me débattre, reprit-il, mais je ne pouvais pas, j'étais encore sous l'emprise de la potion. Elle était trop forte. Et je devais le faire moi, parce que lui, il avait encore la Trace. Ensuite, on l'a emmenée dans une maison. Il y avait d'autres mangemorts, et… et Celui-Dont-On-Ne-Doit Pas-Prononcer-Le-Nom.
-As-tu réussi à reconnaître certaines personnes ?
-Non, ils étaient tous masqués.
-Pas même le mangemort qui a emmené Alice ?
-Vous ne le savez pas ? demanda Barty faussement surpris. Je pensais qu'il se serait rendu, reprit-il. Mais non, je ne sais pas qui c'est. Je sais seulement que Madame Londubat était une sorte de test, pour lui. En tout cas Regulus était surexcité, il disait que c'était une excellente façon de fêter ses 17 ans. Quand minuit est arrivé, il m'a lancé le sortilège de l'imperium. Ça a été le premier sortilège qu'il a lancé. Et il y a eu cette horrible cérémonie… Mais le mangemort inconnu a réussi à s'enfuir et nous nous sommes lancés à sa poursuite. Je pense que c'est ça qui a fait que j'ai pu me libérer du sortilège, il a manqué de concentration. J'ai réussi à fuir et je me suis précipité ici.
Croupton serrait convulsivement l'épaule de son fils qui gardait la tête basse.
-Qu'est-ce que tu peux nous dire de plus sur Regulus Black ? Continua Londubat, imperturbable.
Barty le soupçonnait de garder cette attitude professionnelle pour ne pas craquer.
-Il est fou, répondit-il, complètement fou. Il était chargé de me surveiller, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'aller défier les aurors. Quand je lui faisais mes rapports, après il pouvait parler de longues heures, de son frère, de comment il rêvait de le faire souffrir, des moldus... Et j'étais obligé de l'écouter, et aussi il…
Barty s'arrêta. Alors que jusqu'à présent il avait réussi à garder une certaine contenance, sa voix s'étrangla, et des larmes perlèrent au coin de ses yeux.
-Il disait qu'il m'aimait, dit-il d'une voix brisée, il disait que les seuls moments où il était heureux, c'était ceux qu'il passait dans mes bras.
Et c'était la pure vérité. S'en fut trop pour lui et il fondit complètement en larmes.
A ses côtés, son père poussa une exclamation furieuse, Barty crut un instant que c'était contre lui, jusqu'à ce qu'il l'étreigne si fort qu'il aurait pu lui briser les os.
-C'est terminé maintenant, lui-dit Londubat qui avait soudainement pâlit. Il ne t'approchera plus maintenant, je te le jure.
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Bartemius Croupton n'était plus qu'une masse informe de fureur brute. Il tenait son fils serré contre lui tandis qu'ils traversaient le hall du ministère. Quant au garçon, s'il avait enfin cessé de pleurer, il gardait la tête basse, les épaules voûtées et se laissait guider par son père. Par mesure de sécurité, Frank les raccompagnaient tous les deux chez eux.
-Je veux qu'on le rattrape, siffla Croupton. Je veux qu'on le tue !
Frank renonça à le calmer. Après tout, l'histoire du jeune homme l'avait pas mal retourné lui aussi.
-On finira pas l'avoir, finit-il par dire, dès que j'en aurai parlé à Maugrey on…
Mais Croupton ne le laissa pas finir.
- Il n'est pas question que Maugrey garde l'enquête sur Black ! Ça fait un an qu'il lui coure après et pour quel résultat ? Et il n'est pas non plus question de dire à qui que ce soit ce que vous avez entendu, je vous ferez virer sinon, vu ?
-Je sais que vous êtes bouleversé Monsieur Croupton, mais ce sont des informations que je dois verser au dossier Black.
-Et ouvrir aussi une enquête sur mon fils, par la même occasion ! Rugit-il.
-C'est la procédure, admit Frank.
Le fils Croupton étouffa un sanglot contre l'épaule de son père.
-Vous voulez le jeter en pâture à ses chiens de la gazette, et à toutes ces ordures qui n'attendent qu'une occasion pour me démettre de mon poste ! Mais il n'en est pas question ! Il a assez souffert comme ça !
Frank ne répondit pas tout de suite, le temps d'emprunter les cheminées qui menaient vers l'extérieur. Il attendit que le père et le fils sortent et il reprit patiemment :
-Ce n'est pas comme ça que l'on fait, il faut suivre la procédure, on l'aurait fait pour n'importe qui d'autre.
-Non, s'écria Croupton, le nom de mon fils ne figurera pas dans vos dossiers !
Franck se passa machinalement la main dans les cheveux.
D'un côté Croupton avait raison. Cette affaire prendrait des proportions affolantes du fait même du nom de la victime. Et le jeune homme prostré contre son père ne méritait pas ça. Il devait avoir le droit de se reconstruire au calme. Mais il était hors de question d'offrir un passe-droit à quiconque. Mais il était une heure du matin, et la nuit serait encore longue. Sans doute Croupton serait-il plus réceptif demain. Inutile d'insister pour ce soir.
Il en était là dans ses réflexions quand il stoppa net. Il avait cru entendre le bruit d'un transplanage. Et en effet, moins d'une seconde après une silhouette sortait d'une ruelle et se dirigeait vers eux.
-Reculez, dit-il aux Croupton en sortant sa baguette.
-C'est lui, dit le jeune Barty d'une voix blanche en se serrant un peu plus contre son père.
Regulus Black semblait être en piteux état. Sa robe était sale et déchirée, son œil droit avait bleui et sa lèvre était enflée.
Franck éprouva immédiatement une bouffée de haine et de colère en le voyant, lui qui avait enlevé sa femme.
Mais c'était étrange, que faisait-il là ? Seul de surcroît ? Et pourquoi était-il si mal en point ? Était-il venu récupérer le jeune Croupton ? Ou bien est-ce que c'était autre chose ? Mais il leur avait échappé trop de fois, et il était trop bon duelliste pour que Frank se permette de lui poser la question. Surtout avec le jeune Croupton juste derrière lui. Il devait d'abord le mettre hors d'état de nuire.
D'un geste vif, Frank leva sa baguette et lança un sort de stupefixion. Mais l'autre fut plus rapide, et esquiva.
-Je ne veux pas me battre ! hurla Regulus Black.
-Alors jette ta baguette, répliqua Frank sans pour autant baisser sa garde.
-Ne l'écoutez pas, dit Barty au loin, affolé, c'est un piège !
Si Frank hésita, ce ne fut pas le cas de Mr Croupton qui, tenant toujours son fils serré contré lui, lança un Doloris qui percuta Regulus Black de plein fouet. Celui-ci s'effondra en hurlant et en se contorsionnant dans tous les sens.
-Croupton stop, hurla Frank. Stop !
Croupton finit par abaisser sa baguette, et le Doloris s'arrêta.
-Barty, murmura faiblement Black, Barty.
Il leva les yeux vers le jeune homme qui semblait terrifié.
-Ne l'approche pas ! Hurla Croupton. En levant à nouveau sa baguette. Mais Frank s'interposa entre eux et toisa l'homme à terre.
-Tu l'as entendu, dit-il froidement, ne le regarde même pas.
Mais Regulus fixait toujours intensément Barty d'un air indéfinissable, un mélange de douleur et d'effarement.
Croupton leva à nouveau sa baguette. Mais avant que le sort ne l'atteigne, le mangemort roula sur le côté, récupéra sa baguette et transplana.
Les deux sorts que Frank et Croupton avaient lancés brûlèrent le sol là où il était une seconde auparavant.
-Ne restons pas là, dit Frank.
Tous trois transplanèrent à la maison de Croupton.
-Il voulait te récupérer, je pense, dit Frank au jeune Croupton une fois qu'ils furent tous trois entrés, en sécurité.
Les mangemorts ne lâcheraient pas le jeune homme, songea Frank, ils chercheraient à se venger pour les informations qu'il leurs avait fournis. Et surtout, il paraissait évident que ce maniaque de Black ferait tout pour le récupérer. Il fallait absolument le protéger et si la gazette s'emparait de l'affaire, la tâche n'en serait que plus difficile.
-J'ouvrirai une enquête sur votre fils, dit-il, à Croupton au moment de partir. Il ne peut pas y avoir d'exception. Je l'anonymiserai, pour le protéger. Mais cette enquête aura lieu, Monsieur Croupton, que cela vous plaise ou non.
« Et elle ne sera sûrement pas prioritaire », pensa-t-il. Ils avaient beaucoup trop à faire en ce moment.
-Soit. Finit par dire Croupton d'un ton sec.
Frank soupira. Compte tenu de la soirée qu'il venait de passer on pouvait pardonner sa rudesse à Croupton. De toute façon, il n'avait jamais été porté sur l'amabilité.
