Bonjour à tous !
Eh oui, moi-même je ne sais pas ce que je fais là ! Jusqu'à ce matin, je n'avais écrit que la moitié de ce chapitre et puis... une pulsion m'a fait le rédiger intégralement. C'est très lyrique, avec beaucoup de sentiments et de grandes découvertes. Trop pressée de le mettre à votre disposition, je ne l'ai pas relu alors j'espère ne pas avoir fait trop de fautes !
Je vous remercie de suivre encore cette histoire malgré mon rythme de parution hasardeux. J'essayerai de la conclure pendant les vacances d'été !
Un grand merci à Nightel, Magicalien, La Bgard, Vulpera et Nuit Noire Reflet d'Argent pour leur review, ça me fait énormément plaisir !
Bonne lecture !
XIII) L'opalescence des fantômes
« Comment ça, elle est partie cueillir des coquelicots dans la rivière ? répéta Lily, tout autant ahurie que dubitative.
- Euh… non, en fait elle est allée pêcher des sardines dans les bois, se corrigea Sirius en ébouriffant ses cheveux de la main droite, manifestement pas à son aise.
- Ça n'a aucun sens, soupira James en levant les yeux au ciel.
- Je me suis toujours demandé comment tu pouvais être un Maraudeur accompli tout en étant un aussi mauvais menteur », attesta Peter en levant un sourcil.
Sirius ne sut que répondre et se contenta de détourner le regard. Swanson l'avait mis dans de beaux draps en lui demandant de la couvrir. Il avait passé toute la nuit à chercher une excuse crédible, mais rien ! Aucune idée ! Alors lorsque les autres s'étaient rendu compte de l'absence de Morgane, il avait bafouillé quelques mots sans aucun sens. Peter avait tort, il savait mentir. Mais par omission. Il savait se défendre, dire que ce n'était pas lui, mais il ne savait pas improviser des explications plausibles. Il était incapable de créer une histoire de toute pièce. Il avait besoin de concret, de vivre dans le réel. Il ne voulait pas s'inventer une vie fictive pour se justifier auprès des autres. Il s'amusait à transformer son incapacité à mentir pour se vanter de vouloir être authentique, sans faux semblants. Une chose était sûre : il aurait fait un très mauvais Sang-Pur. L'art de la dissimulation lui était parfaitement étranger. Lorsqu'il n'aimait pas un aliment, il le crachait sans aucune distinction. Lorsqu'il n'aimait pas quelqu'un, il ne simulait pas le contraire.
Et tous ces défauts qu'il transformait en qualité se retournaient contre lui dans les cas comme celui-ci. Il avait Morgane à protéger, et il en était incapable. Il allait juste falloir qu'il tienne bon, qu'il ne crache pas le morceau et qu'il convainque ses amis de ne pas prévenir les autorités sorcières. Il savait qu'en aucun cas il ne pourrait trahir le secret de Morgane. Bien que mauvais menteur, il était une vraie tête de mule. Les convaincre de ne rien faire serait une autre paire de manche.
« Black, dis-moi tout de suite où elle est partie ! aboya Lily, apparemment morte d'inquiétude.
- Je ne peux rien vous dire, se défendit Sirius. Je lui ai fait une promesse !
- Black ! répéta la préfète-en-chef d'une voix très menaçante qui le fit presque frissonner d'effroi.
- Je ne dirai rien, statua-t-il cependant sans sourciller. Je vous demande juste de me faire confiance. »
Lily ouvrit la bouche, prête à insister, mais James posa une main rassurante sur son épaule et elle ne dit rien, défaitiste.
« On ne tirera rien de lui, affirma James à son oreille, d'une voix chaude et soyeuse. Si elle courait le moindre danger, il ne nous le cacherait pas. Tu ne peux pas lui en vouloir de ne pas trahir une promesse. »
Lily soupira longuement et rendit les armes. Si elle avait du mal à faire confiance à Sirius, elle croyait aveuglément en James. Elle baissa les épaules et partit en maugréant quelques paroles à peine perceptibles où une phrase en particulier se distingua : « Si ça se trouve il l'a enfermée dans une cave pour l'avoir à sa merci. » Les autres réagirent en ouvrant de grands yeux et se tournèrent d'un même geste vers Sirius, pas moins surpris qu'eux.
« Son manque de confiance en moi est vexant », commenta-t-il simplement.
OoOoO
Morgane était partie au lever du jour pour prendre de l'avance. Elle savait que ses camarades ne se lèveraient pas avant le début d'après-midi, et qu'il faudrait compter une heure avant qu'ils ne se rendent compte de sa disparition. Elle aurait aimé pouvoir être sincère avec eux et ne pas les laisser ainsi dans l'ignorance, mais elle ne pouvait se contraindre à tout leur raconter. D'autant plus que, si elle avait expliqué son plan, ils auraient insisté pour venir avec elle. Déjà qu'elle avait eu du mal à dissuader Black de l'accompagner ! Elle ne comprenait pas pourquoi tout le monde pensait qu'elle devait être protégée. Elle était indépendante et savait se défendre seule, bien que ses sortilèges d'attaque soient au même niveau que ceux des élèves de deuxième année. Sa manière de combattre faisait son avantage. Elle était différente, surprenante et, ainsi, elle avait un avantage sur l'ennemi. Qui s'attendrait, lors d'un duel à mort, à recevoir un sortilège de longue-langue ?
Elle avait rangé quelques affaires dans une valise dont elle avait rétréci la taille avant de l'accrocher à l'extrémité de son balai magique. Elle avait ensuite chevauché le manche de celui-ci et s'était envolée dans le ciel encore sombre. Longtemps, elle sentit peser sur elle le regard inquiet de Black. Il s'était adossé à une fenêtre et la regardait disparaître. Elle le visualisait presque. Elle savait pertinemment que leur conversation de la veille changerait définitivement la relation étrange qu'ils entretenaient. La compassion qu'il avait cherché à dissimuler, elle l'avait très bien sentie. Et elle n'en voulait pas. Elle ne voulait pas qu'il se sente obligé de l'apprécier parce qu'il aurait peur de la blesser en ne l'aimant pas. Elle n'était pas fragile. Elle n'était pas une poupée de porcelaine capable de se briser à chaque instant. Il lui arrivait parfois de retomber dans les méandres de la détresse, mais ses crises étaient de plus en plus espacées, et elle se prenait à espérer qu'un jour, il n'y en aurait plus. Elle en avait marre d'être victime de ses souvenirs incomplets, de son inquiétude perpétuelle, du malaise qu'elle ressentait lorsqu'elle devait se livrer. Elle voulait occulter ses souvenirs pour vivre normalement. La seule solution qu'elle avait trouvée était de confronter son passé au lieu de le fuir, de rester dans l'impuissante ignorance.
Son balai était suffisamment rapide pour que le voyage ne soit pas indéfiniment long. En quelques heures, elle atteignit Crawley. Alors qu'elle se posait doucement dans une ruelle sombre, une bouffée d'angoisse et d'appréhension la submergea, avant qu'elle ne se ressaisisse. Elle rangea son balai et se revêtit d'habits moldus. Il n'était plus temps de fuir. Elle avait des réponses à trouver dans cette ville qui hantait ses cauchemars. Les monuments, les habitations, les magasins lui étaient étrangers. La ville avait évolué depuis son enfance. Comme elle. Tout changeait et seuls restaient les souvenirs implacables d'une enfance solitaire. Morgane se força à respirer profondément pour aérer son esprit. La ville avait changé, mais quelques détails parsemés ici et là retrouvaient un écho dans sa mémoire. Un souvenir oublié resurgissait, coloré de joie ou de peine, de douleur ou de bonheur. Ce panneau publicitaire abandonné, là, était présent aussi quelques années plus tôt.
Elle marchait avec le groupe d'enfant. Ils participaient à une des rares sorties que Madame Rose avait bien voulu organiser. Ils revenaient de la piscine où ils avaient appris à flotter et à ne pas craindre l'eau. Morgane traînait, bonne dernière, oubliée de tous. Elle semblait avoir neuf ans. Elle regardait ici et là, semblait savourer chaque détail de cette ville qui lui semblait pleine de secrets et de liberté. Ses petits yeux vifs papillonnaient, cherchaient chaque fissure dans le mur, imprimait au fer rouge dans sa mémoire chaque insecte en présence. Un chat, ici, faisait sa toilette, à l'abri derrière une plante verte. La vitrine moisie d'un magasin isolé faisait l'étalage de grimoires anciens et poussiéreux. Et ce panneau publicitaire, celui qui vantait les mérites d'une boisson alcoolisée, se reflétait dans le coin gauche de sa vision. « T'es drôle quand t'as bu ! », disait-elle. La petite fille fut interrompue dans sa rêverie par la voix criarde de Madame Rose qui lui ordonnait de venir. Alors elle pressa le pas et se fondit dans la masse d'enfants.
Morgane s'arrêta un instant et regarda le panneau. Le même message était inscrit, mais l'affiche était barbouillée de mots grossiers. Cette publicité avait dû susciter des problèmes d'éthique. Elle avait dû être vue comme une incitation à la consommation d'alcool, peut-être même qu'on avait intenté un procès à son commanditaire. La Justice était tellement peu juste. On réprimandait les riches pour leur soutirer de l'argent, on défendait les riches parce qu'ils avaient de l'argent. On portait plainte pour n'importe quoi, pourvu qu'il y ait des frais à la clé. Mais aucune loi, aucune justice ne l'avait sauvée des griffes de Madame Rose. Rien n'avait agi en sa faveur, on s'était contenté d'ignorer jusqu'à son existence. Parce que les problèmes disparaissent lorsque l'on ferme les yeux.
Morgane se ressaisit et se remit à marcher. Elle ne savait pas vraiment où elle allait, elle espérait juste que ses pieds la conduiraient seuls à l'orphelinat. Parce que, malgré qu'elle en ait, c'était là que tout avait commencé. Si elle voulait des réponses, c'était ici qu'il lui fallait chercher. Malheureusement, ses pieds n'avaient pas de carte routière intégrée et elle marcha dans la ville sans jamais trouver l'édifice qu'elle cherchait et redoutait en même temps.
Après plus d'une heure de déambulation infructueuse, elle se résigna à interpeller une passante dans la pleine force de l'âge, à l'air peu avenant. Son expression ne rebuta pas Morgane, qui commençait à ressentir une vive douleur dans la voûte plantaire. Elle n'était plus habituée aux chaussures moldues et une cloque menaçait de faire son apparition sur sa cheville gauche. La femme lui indiqua le chemin et, après l'avoir remerciée, Morgane suivit l'itinéraire recommandé. Tout au bout de la rue, à gauche, première sortie du rond point, deux fois à droite. Morgane se répétait les informations en boucle pour ne pas les oublier, et surtout pour empêcher l'afflux de souvenirs et de pensées moroses qui créaient une pression à la barrière de son cerveau. Une fois à gauche, tout au bout de la rue. Elle y était. La femme avait parlé d'un coiffeur. Il était là. Morgane tourna à gauche.
Venir ici lui faisait d'autant plus de mal qu'elle se devait de dépasser son aversion naturelle pour les moldus. Parce qu'elle savait, au final, que c'était injuste. Ce n'est pas parce qu'un chien nous mord que tous le feront. Aucun individu d'aucune espèce ne peut prétendre être identique à un autre. Il était injuste de vouloir cantonner les milliards de moldus existant à une seule personnalité répulsive. D'autant plus que, et Morgane le savait, ranger les moldus dans une catégorie conduisait aux idéaux de Voldemort, des Mangemorts. Et Morgane ne voulait en aucun cas leur ressembler. Jamais. Première sortie du rond point. Elle ne voulait pas en vouloir à des personnes d'être moldues alors qu'elle-même avait subi cette discrimination. On l'avait rejetée parce qu'elle était une sorcière. Et elle savait à quel point ça faisait mal d'être assimilé à un stéréotype, de ne pas être reconnu en tant que personne, d'être toujours mal regardé par des personnes qui ne nous connaissent pas. Deux fois à droite.
Morgane parcourut les quelques mètres la séparant de l'orphelinat en ralentissant l'allure. Aussi longtemps qu'elle le put, elle fixa son regard sur le bitume, évitant de lever les yeux. Puis ignorer la grande bâtisse devient impossible et elle s'arrêta. Elle ferma les yeux quelques secondes, puis les ouvrit d'un seul coup. Rien n'avait changé. Tout était exactement pareil que dans ses cauchemars. La haute tour en pierre grise et suintante, la lourde porte en bois qu'elle devinait crissante. Le jardin mal entretenu parsemé de quelques arbres. Les quelques pissenlits qui trouvaient la force de s'élever dans cette jungle de mousse et d'herbes folles. L'absence d'enfant. Morgane regarda sa montre : il était déjà quatorze heures. L'heure de la sieste. Un moment qu'elle avait détesté parmi tous. Naturellement très énergique, elle ne supportait pas de devoir rester allongée. La sieste était insupportable. Les quelques fenêtres tintées ornées de barreaux. Comme une prison.
Morgane frissonna et sentit les souvenirs passer les barrières mentales qu'elle avait érigées. Maintenant qu'elle n'avait plus besoin de se répéter les itinéraires, plus rien ne les retenait loin d'elle. Elle les sentait tourner autour d'elle jusqu'à ce qu'ils rentrent. Elle s'assit alors, par terre, au bas d'un immeuble opposé à l'orphelinat. Et elle les visualisa tous. Elle laissa, pour une fois, tous ces morceaux d'enfance pénétrer son cerveau. Et alors, elle sut que c'était incohérent. Qu'un élément important manquait. Que des pans entiers de sa vie s'étaient effacés. Non, ce n'était pas un élément manquant. C'était une personne. Une personne dont elle avait oublié l'existence, qui avait comblé le vide de sa vie solitaire. Mais alors, où était son visage ? Où étaient les souvenirs ? Comment une personne pouvait-elle disparaître ainsi ? Et surtout, qui était-elle ? Y avait-il un événement qui la reliait au tissu ?
Morgane finit par se relever, chancelante, lorsqu'elle vit des enfants courir dans le jardin en piaillant. Une vieille femme les blâmait, se tenant au centre de la ronde d'enfant comme une bergère surveillant ses moutons. Morgane sentit son cœur se serrer et la bile lui monter dans la gorge en reconnaissant Madame Rose. Elle inspira profondément, espérant que le dioxygène qui pénétrerait dans ses poumons apporteraient avec eux le courage qui lui manquait. Puis elle marcha. A petits pas. Son corps se couvrit d'une sueur moite tandis que son visage brûlait et qu'une boule lui obstruait la gorge. C'était là. Là que le cauchemar avait débuté. Il restait à trouver l'impasse où il s'était conclu.
Morgane resta un instant sans respirer, dévisageant l'orphelinat. Puis elle redressa la tête, se hissa vers le ciel, leva haut le menton et fixa un masque d'inébranlable sévérité sur son visage. Elle se permit une dernière grande inspiration et mit un pied devant l'autre, avançant à une lenteur insupportable. Elle riva son regard droit devant elle et n'observa pas les détails. Elle ne voulait plus rien voir de son ancien foyer, car chaque nouvelle ébauche de souvenir aurait pu fissurer son masque d'indifférence.
Lorsqu'elle arriva devant la barrière rouillée et close, elle n'hésita pas une seule seconde à l'ouvrir. Avec un grincement sordide, le vieux morceaux de métal ne résista pas et laissa entrer l'intruse. A peine Morgane eut-elle fait un pas dans le jardin que des dizaines de paires d'yeux accusateurs ou surpris se tournèrent vers elle. Madame Rose s'élança jusqu'à elle, les yeux plissés et les lèvres pincées.
« Vous ne savez pas lire ? C'est une propriété privée ici ! aboya-t-elle alors qu'elle arrivait au niveau de Morgane.
- Toujours aussi courtoise, à ce que je vois », railla Morgane avec une moue dédaigneuse.
Il était bien temps qu'elle prenne sa revanche sur le bourreau de son enfance. Alors que le visage de son ancienne tutrice se décomposait, Morgane ne put s'empêcher de ressentir une joie malsaine. Elle se riait du mécontentement de la vieille femme, de la colère qui déformait son visage ridé et de la lueur de peur qui inondait son regard à mesure qu'elle reconnaissait Morgane.
« Morgane Swanson », articula-t-elle difficilement.
Morgane ne répondit rien, se contentant de dévisager froidement son interlocutrice. Le silence et le duel de regard durèrent quelques minutes avant que Madame Rose ne cède et les rompent tous deux.
« Que veux-tu ? demanda-t-elle froidement.
- Revisiter ce lieu d'où proviennent mes plus beaux souvenirs », ironisa Morgane en la foudroyant des yeux.
Madame Rose ne répondit rien. Elle ne voyait que dire. Morgane voyait seulement la peur s'étendre autour de ses yeux, figer ses sourcils, son front, chacune des rides de son visage. Peut-être le regret venait-il avec. Le regret de s'être mis à dos une sorcière qui, elle le savait déjà alors, pourrait ensuite lui faire regretter chacun de ses mots. Morgane se délecta de l'expression apeurée de la vieille femme, puis décida qu'elle n'avait pas de temps à perdre.
« Je viens chercher des réponses », répondit-elle sérieusement.
Elle n'eut pas besoin d'en dire plus. Une lueur de compréhension passa dans le regard de Madame Rose et elle l'invita à la suivre. Elles entrèrent dans le bâtiment, traversèrent des dédales de couloirs et arrivèrent dans le bureau de la directrice de l'orphelinat. Madame Rose s'assit sur le siège central et indiqua à Morgane une chaise de l'autre côté du bureau. Morgane s'assit et attendit.
« Que veux-tu savoir ?
- Je veux mon dossier, ordonna Morgane sans sourciller.
- Je regrette, c'est strictement confidentiel, refusa Madame Rose en pinçant les lèvres.
- Vous savez que je n'ai pas besoin de votre permission et que je vous la demande par politesse, répondit Morgane d'une voix innocente. Ce n'est plus comme avant, vous savez. Votre suprématie, elle n'a plus lieu d'être. J'ai les moyens de vous faire parler. »
Madame Rose frissonna, comprenant la menace implicite, puis capitula. Elle se leva et alla fouiller dans ses dossiers. Elle feuilleta une centaine de feuilles cartonnées puis en sortit un. Il était rouge vif. Elle l'emmena avec elle et le posa sur le bureau. Morgane le saisit avec empressement. Il était constitué de six pages numérotées. La première présentait les circonstances de la découverte du bébé, son prénom, sa date d'anniversaire présumée, son groupe sanguin et d'autres informations d'usage. La deuxième et la troisième présentaient son dossier médical. Si la première ne contenait que les vaccins qu'elle avait reçus et les rendez-vous chez le pédiatre, la seconde comportait tout son dossier d'hôpital. Tous les traitements reçus et les notes des médecins pendant les quelques mois qu'elle avait passés là-bas. Morgane y jeta un coup d'œil vite fait avant de se promettre d'y revenir plus tard. La quatrième et la cinquième feuille montraient ses résultats scolaires, et enfin, le sixième comportait un texte qui remplissait la moitié de la page. Morgane le lut et blêmit.
« Qu'est-ce que c'est ? s'enquit-elle.
- Chaque enfant est sujet à une enquête pour relever le plus d'indices possibles sur sa famille d'origine. Les informations récoltées sont hautement confidentielles. Dans ton cas, j'ai juste pu établir que ta mère était sûrement une sorcière. Ce n'est qu'une supposition. Quand je t'ai trouvée, ton prénom sur le tissu s'est illuminé, comme par enchantement. Tu n'avais pas froid alors que la température était fraîche dehors. Et il y avait une lettre parlante. J'étais trop choquée pour en retranscrire les mots avec exactitude mais, dans les grandes lignes, une voix de femme disait qu'elle n'avait pas le choix, qu'elle ne pouvait pas s'occuper de toi, qu'elle n'en avait pas les moyens. Elle disait que tu n'étais pas en sécurité dans ton monde. Elle me demandait de t'accepter, ajouta-t-elle à regret en pinçant les lèvres. Je n'ai pu obtenir aucune information à propos de ton géniteur. C'est tout ce que j'ai. Ta mère avait l'air paniqué, sa voix était affolée. C'est tout ce que je sais. »
Morgane encaissa les informations et décida de les ranger dans un coin de sa tête pour y repenser plus tard. Elle revint sur la page trois et commença à lire les données. Un mot lui sauta aux yeux.
« Pourquoi m'a-t-on administré des antidépresseurs ? », s'écria Morgane.
Madame Rose ne sut répondre à cette question. Morgane resta dans le bureau à feuilleter le dossier une heure de plus, puis elle décida de visiter l'orphelinat. Lorsqu'elle partit, elle se rendit compte qu'elle n'avait nulle part où dormir et que le ciel achevait sa course dans l'azur.
Ni Madame Rose, ni elle ne s'était rendu compte qu'une page manquait au dossier. Une page qui dévoilait qu'un autre nourrisson avait été trouvé sur le pas de la porte, le jour où Morgane avait été déposée devant l'orphelinat.
OoOoO
« Pourquoi elle prend aussi longtemps ? gémit Lily en posant sa tête sur la paume de ses mains, l'air inquiet et désespéré.
- Elle n'a jamais dit qu'elle revenait aujourd'hui », lui rappela Sirius, sans pour autant dissimuler son inquiétude.
Lily se contenta de lui adresser un regard noir. Elle avait peut-être renoncé à soutirer des informations à Sirius, mais elle lui en voulait encore d'avoir été informé tandis qu'elle restait impuissante.
« Essaye de lui faire confiance, l'enjoignit James. C'est une grande fille, tu sais ?
- Ce n'est pas en elle que je n'ai pas confiance, rétorqua Lily. Elle est dehors, à des kilomètres d'ici, et on ne sait ni ce qu'elle fait, ni pourquoi elle le fait ! Il pourrait lui arriver n'importe quoi ! Tu sais, elle est petite, pas très forte. Elle ne ferait pas forcément le poids face à des Mangemorts. Et puis elle est plus fragile qu'elle n'en a l'air…
- Essaye de respirer, Lily, soupira James. Il ne lui arrivera rien. Morgane avait un truc important à faire, et elle va revenir bientôt et tout nous raconter.
- Mais elle aurait pu me le dire, à moi ! S'emballa Lily. Ça fait des années qu'elle se dit ma meilleure amie ! Il n'y a que des mots, jamais de preuves ! Elle ne me confie jamais rien ! Et dès qu'elle a un problème à peu près sérieux, dès qu'elle cesse d'afficher sans cesse un sourire faux, c'est pour se confier au garçon qu'elle aime le moins dans Poudlard ! Mais où est la logique ? Je sais très bien qu'elle va mal, qu'elle fait des cauchemars chaque nuit, que quelque chose la traumatise ! Mais elle élude mes questions, elle se défile, elle me sort des excuses incohérentes et je fais semblant de la croire parce que j'ai peur qu'elle s'en aille ! »
Les larmes débordaient des yeux de Lily, désormais. Elle avait passé de longues semaines à se contenir, et tout explosait en elle dans une vague de rage et de peine.
« J'ai l'impression de m'accrocher désespérément à un courant d'air ! Je ne sais rien d'elle, absolument rien ! Elle ne me laisse voir que la partie qu'elle a érigée, la carapace qu'elle a dressée tout autour d'elle ! Je ne l'aime pas forte, moi ! Je retrouve mon amie lorsqu'elle va mal, parce que je sais qu'elle n'est pas aussi indestructible qu'elle se plaît à me le faire penser ! Et j'en ai marre de devoir toujours tout accepter, de lever les mains en signe de reddition. Je lui confie tout, elle agit dans ma vie, elle me conseille, elle me réconforte quand je pleure. Et moi j'ai l'impression de côtoyer un masque, chaque jour de ma vie ! »
Elle pleurait vraiment. James, désemparé, ne savait plus que faire. Il savait qu'elle avait raison de pleurer, que sa colère était justifiée. Sans trop savoir pourquoi, il lança un regard désespéré à Sirius. Celui-ci aperçut la détresse dans les yeux de son meilleur ami et se pencha vers Lily.
« Tu sais, je pense qu'elle ne te cache pas ses secrets parce qu'elle ne t'aime pas, commença-t-il. Tu dois être la personne qu'elle aime le plus sur cette Terre. Si elle ne te confie pas ses secrets, c'est peut-être parce que vous êtes constamment ensemble, et que se confier c'est accepter que ton regard sur elle soit différent. Or, tu connais Morgane. Mieux que tout le monde ici. Tu sais qu'elle ne veut jamais qu'on ait pitié d'elle. Elle veut qu'on la voie comme une fille forte, parce qu'elle pense que c'est ce qui la rend intéressante. Elle pense qu'elle risquerait de te décevoir en t'avouant qu'elle n'est pas aussi forte qu'elle le laisse paraître. Elle a peur que tu l'aimes moins.
- Mais c'est faux ! s'écria Lily. Et pourquoi elle s'est confiée à toi alors ?
- J'imagine que c'est parce qu'elle se moque complètement de mon avis. Je ne suis pas son ami. Elle sait que je ne l'apprécie pas trop. Elle a dû se dire que moi au moins, je ne l'apprécierais pas moins en apprenant tout.
- C'est plausible, approuva Katarina avec sérieux. Elle veut juste cacher ses blessures, c'est concevable. »
Alors que Lily ouvrait la bouche pour commenter l'attestation de Katarina, Ruth se leva du tapis sur lequel elle s'était avachie puis bailla un grand coup avant de commencer à gambader.
« Vous me saoulez tous à parler autant », commenta-t-elle.
Traversée par une illumination, elle saisit sa baguette et lança sur Lily un jet d'eau.
« T'as tellement parlé que tu dois avoir la bouche sèche ! Bon, vous n'êtes pas drôles du tout, je vais aller cueillir des sardines sur la colline avec Morgane moi. »
OoOoO
Morgane réalisa son erreur lorsque le ciel se fut complètement obscurci. Elle n'avait pas d'argent moldu. Comment allait-elle faire pour dormir ? Elle n'en savait rien. De plus, elle avait épuisé toutes ses réserves de nourriture et son ventre commençait à gargouiller.
Elle déambula dans les rues, hésitant à rentrer chez Potter. Mais elle était trop fatiguée pour entreprendre un voyage aussi long. Alors que faire ? Il fallait qu'elle trouve un endroit tranquille. Il ne faisait pas très froid, elle pourrait toujours se reposer dehors. Elle pouvait aussi forcer Madame Rose à lui céder un lit, mais elle n'avait aucune envie de dormir dans la vieille bâtisse peuplée de ses fantômes. Autant dormir dehors. Au bout d'une demi-heure de marche, elle n'avait toujours pas trouvé l'endroit propice. Elle s'arrêta un instant et regarda autour d'elle. Du lampadaire qui l'éclairait émanait une lumière blanche et forte. La lumière semblait traverser sa peau, et le teint naturellement pâle de Morgane devint translucide. Du moins, ce fut l'avis de la femme qui sortait ses poubelles, à quelques mètres de là. Sans que Morgane ne s'en rende compte, la femme esquissa une moue horrifiée, croyant à une apparition fantomatique. Elle avait des raisons de croire cela. Elle connaissait ce visage pour l'avoir vu en photo le jour-même. Elle lâcha violemment ses sacs poubelles et le bruit qui en résultat attira l'attention de Morgane. Elle croisa le regard de la femme, s'interrogeant sur le pourquoi du comment. Tremblante, la femme marcha de quelques pas, tendant la main vers la jeune fille.
« Gloria ? Gloria Swanson ? », l'appela-t-elle d'une voix presque inaudible.
Voilà voilà, n'hésitez pas à m'indiquer mes fautes et à laisser un petit commentaire pour me donner votre avis ! Une review fait toujours plaisir, et celles que j'ai reçues pour le dernier chapitre m'ont énormément motivée ! Vous savez quoi faire !
Gros bisous à vous !
