Titre : La lune est une menteuse.
Auteur : Damoiselle A.
Résumé : Bella quitte Forks pour Anchorage, en Alaska… Elle espère se reconstituer un bonheur loin de l'endroit où son premier amour l'a quitté. Un pari risqué qui lui apportera pas mal de surprises JC/BS.
NDA : Bonjour à tous ! Voici le chapitre 14, en avance et avec un peu moins de 6000 mots. Je tiens à remercier Morrijyg, ma bêta pour ces derniers chapitres et certainement ceux qui vont suivre. ^^ C'est grâce à elle si les fautes ont déserté les chapitres de cette fiction.
Je ne pourrais toujours pas répondre aux reviews cette semaine, cependant la semaine prochaine devrait être moins chargée ^^ et je pourrais à nouveau vous répondre. ^^
Bonne lecture, et à bientôt !
Chapitre Quatorzième
Je somnolais entre deux eaux. Je me sentais bien, apaisée et au chaud. Mon esprit était éveillé mais pas encore tout à fait connecté à mon corps. Je sentais pourtant les draps sur moi, le moelleux du matelas et quelque chose de lourd sur mon bras. J'étais absolument incapable de bouger comme si tout mon corps était embrumé alors que mon esprit était parfaitement clair. Cela ne m'arrivait pas souvent, et je remerciai mon corps pour m'avoir fourni ce laps de temps supplémentaire.
A posteriori, j'ai réalisé que ce réveil avait changé beaucoup de choses dans mon existence. Par ailleurs, ce ne sont jamais les grands évènements qui changent réellement une personne. De fait, nous les subissons, nous les nions, et ils changent la courbure de notre parcours. Mais c'est un conglomérat de choses insignifiantes qui nous changent. Et ce réveil, cet instant précis avait été le point culminant des divers changements qui s'étaient opérés dans ma vie, au fur et à mesure : les adieux de mon père, mon départ pour Anchorage, les vacances avec ma mère et surtout l'arrivée de Jasper. Son sourire, sa conversation, son esprit, son humour…. Mes souvenirs les plus récents lui étaient entièrement affiliés.
Ces changements et les circonstances avaient généré des décisions, puis de nouveaux évènements. Après cette nuit de sommeil réparateur, je comprenais que le dernier évènement en date –la déclaration de Jasper- n'était pas quelque chose d'absurde ou d'improbable, il était une suite possible à tous ces changements. J'étais alors intimement persuadée que même le fait que mon père ait appris à se servir d'un ordinateur participait à la situation actuelle.
Cette dernière n'avait été voulue par aucun des partis, encore moins consentie. Pour autant, maintenant qu'elle était devenue une réalité effective, devais-je la repousser par peur ? Par méprise ? Il y a quelques mois, je me demandais si je pourrais connaitre le bonheur auprès d'un autre, un qui ne serait pas Edward. Pour une fois, la chance me souriait et j'étais décidée à ne pas la gâcher avec des peurs irrationnelles. Etais-je attirée par Jasper ? Oui. Pouvais-je tombée amoureuse de lui ? Je craignais de l'être déjà.
Néanmoins, j'étais parfaitement consciente que cette décision serait difficile à appliquer. Le passé que nous avions en commun avec Jasper devait être discuté. Nous devions également parler de ce que nous attendions d'une telle relation. La nature même de Jasper m'empêchait de réaliser certaines expériences que je jugeais pourtant importantes – pas comme le bal de fin d'année. J'aurai aimé pouvoir être ivre. J'aurai aimé pouvoir faire certaines choses sans qu'elles aient de sens profond. J'aurai aimé faire l'amour. J'aurai aimé avoir mon diplôme, trouver un travail et devenir mère. Autant de choses que sa condition me refusait. Et pour le moment je n'étais pas prête à affronter la perte de ces choses. Et je pensais que je ne le serai jamais. Il allait falloir en discuter avec Jasper, et qu'il s'accorde avec moi pour que j'en vive certaines.
Au fur et à mesure de mes réflexions, mon enveloppe corporelle reprit une certaine contenance. Je pouvais bouger les orteils, les sourcils. Je sus que mon corps était parfaitement réveillé, et que Jasper devait le savoir. Je sentis une présence derrière mon dos, dans le lit. Je savais que c'était lui, je lui avais demandé de rester. Il était resté. J'en étais absolument ravie.
C'était la première fois que je me réveillai dans les bras d'un homme. Edward quittait toujours mon lit à un moment ou un autre, pour réaliser une course jusqu'à la villa ou simplement parce que sa soif était trop grande. J'avais demandé à Jasper de rester, et il avait dû attendre mon réveil toute la nuit. Je pouvais sentir qu'il avait absorbé une partie de ma chaleur : chaque centimètre carré de peau qui touchait la mienne était tiède. Un grand sourire étira mes lèvres alors que je baignais dans un état d'apaisement et de relaxation. La main de Jasper se déplaça doucement sur mon bras de haut en bas. Il voulait certainement me faire part de sa présence et de son attention sur ma personne, ce dont j'avais parfaitement conscience.
- Je sais que tu es là, le rassurai-je en m'enfonçant un petit peu plus dans son étreinte.
Je sentis son corps se raidir. De surprise, de gêne ? Je ne saurais le dire. Mais il était absolument hors de propos que je parte. Je n'avais jamais été aussi bien, et j'avoue que sur l'instant, le reste ne me taraudait pas plus que cela. Il fallait que nous parlions, mais j'étais déterminée à profiter éhontément de ce moment de tendresse.
Après plusieurs minutes, Jasper cessa de réaliser ces mouvements sur mon bras. Il soupira avant de m'encercler de ses bras avec précaution. Il enfonça son visage dans mes cheveux, inspirant mon odeur. Je n'avais aucune peur, je me sentais en parfaite sécurité. Une certitude était ancrée en moi : il ne me ferait pas de mal, il ne le pouvait pas. Et quelque part j'étais très heureuse que mon odeur lui plaise.
Notre moment fut interrompu par un estomac bruyant, en l'occurrence le mien puisque Jasper avait arrêté de se nourrir, il y avait de cela quelques décennies. Je sentis un sourire se dessiner sur ses lèvres avant qu'il ne dise :
- Ton ventre a parlé : il faut que tu ailles manger. Nous discuterons après.
Je grognais pour la forme avant de me redresser. Jasper se leva et alla dans le salon pour passer la commande du petit-déjeuner. A peine eût-il passé la porte que des sentiments étrangers fondirent sur moi. Sans comprendre, je ressentis un sentiment d'insécurité intense couplé à une sorte d'abandon ou de rejet. J'essayai de me maitriser et j'entendis Jasper donnait la commande d'une voix trouble au Room Service. Il raccrocha lorsqu'une vague plus forte que la précédente s'abattit sur moi. Je ne comprenais même plus mes propres émotions. J'entendis Jasper jurer avant de revenir plus rapidement que ce que mes yeux pouvaient voir.
- Je suis désolé, s'excusa-t-il en me prenant dans ses bras.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demandai-je, frissonnante et interloquée.
- Tu es passé plusieurs fois entre mes bras et d'après ce qui émane de toi, tu les aimes bien. Je pense que nous allons avoir la fameuse conversation sur les instincts des compagnons, me répondit-il avec un sourire rassurant.
Il prit le temps de nous installer contre la tête de lit. Il me positionna dans ses bras, contre son torse et sous la couverture. Son corps avait gardé la tiédeur de la nuit. Je roulais ma tête sur le côté pour être dans le creux de sa gorge et sentir son odeur.
- Tu vois, ce que tu es en train de faire est également un geste instinctif.
- Au moins, tu sais que je ne romps pas ma promesse, le taquinai-je, en me redressant pour observer sa réaction.
Il m'offrit un vrai sourire, franc, sincère. Un sourire heureux et j'étais particulièrement fière d'en être la raison. Il relâcha légèrement son étreinte pour que je puisse me tourner vers lui lors de ses explications.
- Je ne sais pas ce qu'Alice a pu te dire, commença-t-il, mais la seule chose que je sais de ces instincts est qu'ils sont aussi importants que les instincts d'un nouveau-né. Aussi importants, et aussi prenants. A vrai dire Carlisle a toute une théorie comme quoi, les instincts d'un vampire envers son compagnon se mêlent à ceux de survie. Tout ce que j'ai compris en les expérimentant avec toi, c'est qu'ils sont compulsifs et que s'en empêcher est aussi douloureux pour la personne qui se brime que pour celle qui ne reçoit pas le geste.
- Et pour couronner une situation déjà complexe au départ, tu es empathe, dis-je avec une pointe d'humour.
- Exactement, donc lorsque tu ne te permets pas de m'étreindre ou de me toucher, tu me frustres parce que nos gestes sont à l'unisson les uns des autres mais aussi parce que je te sens mal avec toi-même.
- D'où ta demande…
- C'est assez difficile de gérer une compagne humaine, une compagne humaine qui a, en plus, un sacré caractère… Alors si en plus tu te modères, on n'y arrivera jamais, me taquina-t-il. Nous n'avons pas eu le choix du compagnon, toi comme moi et pourtant je sens profondément que tu es en accord avec moi, en résonnance complète. Les gestes instinctifs que tu produis ont des objectifs.
- Comme ?
- Par exemple, celui-ci. Venir chercher encore plus de contact dans mes bras. Tu n'es pas sans savoir que les mâles de notre espèce ont un sérieux problème au sujet de la protection et de la possession ?
- C'est le moins qu'on puisse dire…
- Imagine ce que cela donne avec nos compagnes.
J'écarquillai les yeux exagérément pour le faire sourire, avant de me rappeler les précautions dont m'entouraient Edward alors qu'il n'était même pas mon compagnon. Un gémissement plaintif s'échappa de ma gorge.
- Je vois que tu m'as compris, dit-il en souriant. Donc pour que nous n'étouffions pas nos compagnes ou compagnons au point que cela en devienne invivable pour le couple, il y a des gestes instinctifs, dont les compagnons ne se rendent pas forcément compte une fois leur couple lié, mais qui permettent aux deux d'exprimer un besoin : le besoin d'aimer, de protéger, et le besoin d'être aimé et protégé.
- Tu veux dire que pour que tu me laisses vivre ma vie, il suffit que je vienne chercher ces moments-là ?
- C'est cela, acquiesça-t-il. Chaque couple détient un rituel différent, mais en général, les vampires ayant de grands talents psychiques mis à part, le procédé choisi est physique.
- Et pour ce qui vient de se passer ?
- La seule réponse que je peux te fournir est ce que j'ai senti émaner de toi lorsque je suis parti. Cela m'est désagréable de m'éloigner de plusieurs centaines de mètres de toi, et ce n'est que parce que tu en as formulé la demande que j'ai réussi cette nuit. Le fait que tu viennes d'apprendre que nous étions compagnons doit également joué dans la force des sentiments que tu éprouves. Ceux-ci sont plus violents et instables en ce moment. Tu as dû sentir que je n'appréciai pas de m'éloigner. Apparemment, tu n'apprécies pas trop non plus.
- Mais comment tu peux expliquer ce déferlement de sentiments ? Je les sentais comme s'ils n'étaient pas les miens…
- C'est parce que tu n'es pas habituée. Je m'explique. Carlisle a fait des recherches sur notre espèce pendant des années s'aidant de nos sens, de nos dons et de la science. On a pu apprendre certaines choses mais nous restons mystérieux même pour quelqu'un d'aussi savant que Carlisle. L'une des choses que nous avons pu établir est qu'un vampire détient une part d'humanité, étant donné que nous étions humains et que nous sommes issus de cette race. Quand des vampires boivent du sang humain, le manque d'humanité qu'ils ressentent se comble par cet afflux. Mais lorsque, comme nous, un vampire boit du sang animal, le besoin d'humanité que l'on ressent nous pousse à reproduire une vie plus proche de celle des humains, une vie de famille par exemple. De nous mêler à eux. Croire que notre éternité n'ait pas lié aux humains est un leurre total : nous avons été humains et cela continue de nous influencer.
- Il suffit d'entendre parler Edward pour s'en rendre compte, renchéris-je.
- Pourquoi ? demanda Jasper en fronçant les sourcils.
- Il s'exprime de la même façon qu'à son époque, sans compter que son éducation et les valeurs qui avaient cours pendant cette période, ne sont plus d'actualité aujourd'hui. Si on fait attention, on discerne clairement qu'il vient d'un autre univers, expliquai-je en haussant les épaules. Mais tu n'as toujours pas répondu à ma question. Pourquoi ces sentiments ?
- Nous avons notre part d'humanité et notre part vampirique. Nous sommes issus des humains mais formons une espèce à part et surdouée. Cependant nos instincts nous rapprochent parfois plus des animaux que de personnes civilisées. Notre race est capable des pires atrocités et cela se produit lorsque notre envie d'humanité, nos espoirs, notre soif et nos instincts prennent le contrôle de notre corps.
- Edward m'avait tenu le même discours, comme quoi vous étiez des prédateurs dangereux, tentai-je.
- Et il a en partie raison. Si nous n'arrivons pas à prendre sous notre coupe, nos besoins et nos instincts, nous pouvons être éminemment dévastateurs. Aussi dévastateurs que nous sommes doués. Et pour répondre à ta question, le fait d'être compagnons change nos besoins et nos instincts. Ce n'est pas seulement une part importante de la vie d'un vampire, c'est la raison qui fait que nous continuons à errer pour l'éternité. A partir de cet instant ce n'est plus seulement l'humain et le vampire qui s'entrechoquent en nous, il y a quelque chose qui surpasse ces deux natures : le fait d'être compagnon. Ce fait bouleverse beaucoup de choses et parfois des caractères entiers. Toi ce que tu ressens est une part de ce que tu vas devenir. Tu n'es pas un vampire, tu n'es pas en tension avec cette partie de toi. Mais tu es ma compagne et tes instincts commencent à s'installer, les émotions qui iront avec le feront également.
- Tu veux dire que je ne ressens pas cela en tant que Bella l'humaine mais en tant que Bella ta compagne ?
- Exactement et je ressens la même chose. Ce lien nous fait évoluer, et ne nous laisse pas totalement intact. Pour l'instant cela te parait étranger parce que notre relation est encore trop... fraîche. Petit à petit, tu vas t'habituer à ce nouvel aspect de ta vie et mieux le contrôler.
- Tu veux dire que pendant une période indéterminée, je ne me comprendrais pas forcément moi-même ?
- Non, me rassura-t-il. La période de transition est assez courte, elle devrait s'effectuer en quelques jours. Et nous en parlerons à chaque fois pour ne pas que tu prennes peur.
Je me pris la tête entre les mains, les idées pulsaient derrière mes paupières. Cela faisait beaucoup à assimiler en quelques jours. Mais j'étais sûre de ma décision, je ne refuserais pas ce bonheur, y compris s'il se présentait quelques obstacles sur notre chemin. Je soupirai et relevai la tête pour croiser le regard inquiet de Jasper. Il n'était pas spécialement démonstratif dans ces expressions mais ces quelques semaines en sa compagnie m'avaient permis de décrypter sa gestuelle. Je lui répondis par un sourire.
- Cela fait un peu beaucoup pour moi, lui expliquai-je avec une voix douce, mais j'ai pris la décision d'être heureuse et je m'y tiendrais. Et il parait que ce bonheur dépend également de toi, maintenant.
Jasper me sourit de toutes ses dents. Il percevait ma détermination et même si je n'avais pas été brusque avec lui, il devait avoir peur d'un rejet. Ma déclaration le tranquillisa et une expression heureuse s'abattit sur son visage. Il était tellement beau, heureux. Son sourire transcendait son visage parfait, rendant son regard lumineux, sa bouche irrésistible. Quelque chose que je n'identifiai pas me poussait vers lui.
Ne brimant aucun de mes gestes, je m'approchai et posai ma main sur son visage. Jasper avait arrêté de sourire et m'observait sans bouger, de peur certainement de briser cet instant entre nous. Je caressai du bout de mes doigts les contours de son visage comme pour les apprendre. Pourtant je n'étais pas encore assez proche de lui. Je me collai contre son torse et passai mes bras derrière sa nuque tout en plaçant ma tête dans son cou. Jasper referma ses bras sur moi et un sentiment d'apaisement intense déferla sur moi.
- Bien, il est temps d'aller manger, annonça Jasper alors que j'étais toujours contre lui. J'entends ton petit déjeuner arriver.
En moi, un déchirement s'opéra. J'avais faim mais je ne voulais pas quitter Jasper. Je fermai les yeux. Cette transition serait plus difficile que prévue. Je m'accrochai à Jasper en prenant la parole.
- Je suis désolée, mais je n'arrive pas à m'éloigner.
Jasper éclata d'un grand rire. L'entendre rire était quelque chose d'absolument merveilleux. Je le regardai faire avec délectation, tout en sentant les spasmes de son rire agiter son corps et le mien.
- Ce n'est pas un problème, hoqueta-t-il en reprenant son calme. Je vais t'aider.
Il me décolla doucement de lui, et sans que je m'y attende ou que j'en ai donné l'ordre à mon corps, un gémissement plaintif sortit de ma bouche. Je la couvrais tout aussi vite de ma main, sous l'œil goguenard de Jasper. Il se leva en une fraction de seconde et vint enserrer ma taille de son bras. Il me guida vers le salon et avant que je m'en rende compte j'étais attablée et le petit déjeuner était placé devant moi. Jasper remercia le groom et je dus me faire violence lorsqu'il le raccompagna à la porte. A peine celle-ci fermée, il me rejoignit, me souleva et me fit asseoir sur ses genoux.
- Comme quoi, ça sert d'avoir un compagnon qui a les mêmes pouvoirs que Superman, marmonnai-je alors que j'étais encore en l'air.
- Cela te gêne ? Me demanda-t-il avec une nuance d'angoisse dans sa voix.
- Que tu aies les pouvoir de Superman ? Repris-je alors que je me tournai vers lui. Non ça ne me gêne pas. Ce qui me gêne un peu c'est que tu les utilises sur moi, sans me demander. Qu'est-ce que tu aurais fait si je n'avais pas eu envie de m'installer sur tes genoux ?
- Tu n'en avais pas envie ?
- Si. Mais le problème n'est pas là. Tu te souviens de la discussion que l'on avait eue, il y a quelques temps. Je t'avais dit que je n'appréciai pas que l'on régente ma vie mais qu'avec des vampires comme les Volturi aux trousses, j'étais heureuse que tu sois là pour me dire quoi faire ?
- Oui, nous étions à Central Park. Qu'est-ce que cela vient faire là ? S'enquit-il en fronçant les sourcils, signe de contrariété ou de problème difficile à résoudre.
Je me saisis du bord de la table pour me lever et me placer sur une autre chaise juste en face de lui. Mes jambes touchaient les siennes, et cela me rassurait. Je me servis une assiette. Cette discussion allait être intense, hors de question que je la mène le ventre vide. J'attaquai donc mon assiette composée de plusieurs toasts et de bacon. Jasper avait dû le comprendre car il ne me pressa pas de répondre. Cette pause m'avait permis de mettre mes idées en ordre. Je me tournai face à lui et je commençai ma tirade, en gardant une voix douce.
- Nous sommes un couple, ou en tout cas nous allons être dans un futur proche. Je l'ai accepté et je ferai tout pour que cela fonctionne entre nous. Nous vivons ensemble depuis quelques semaines, tu as vu ce que je supportai ou pas au quotidien. Mais si nous entamons une relation, il y a des choses qu'il faut que je te dise. Tu vas entrer dans ma sphère privée et je t'y accepte avec joie, seulement je suis quelqu'un, pour le moment un être humain, qui te complète certes, mais qui a son propre caractère. Lorsque tu uses de ta force ainsi, j'ai l'impression d'être un paquet qu'on dépose et non une personne. Laisse-moi faire le plus de choses possibles, je ne suis pas en sucre et dans le pire des cas, tu seras présent pour me protéger, je n'en doute pas.
- Je suis désolé de t'avoir donné cette impression, s'excusa Jasper en penchant la tête sur le côté.
Son visage était fermé et je ne savais pas encore déchiffrer les sentiments qui passaient dans ses yeux. Cette position stoïque ne me disait rien qui vaille, mais je devais continuer. Si je ne disais pas maintenant ce que j'espérais de cette relation et qu'il ne faisait pas la même chose, nous courrions droit à la catastrophe.
- Je… continuai-je sans vraiment savoir comment finir ma phrase. Je ne veux pas que tu te sentes agressé par ce que je vais dire, mais tu connais mes rêves et mes espoirs. De par notre nature, je vais devoir faire des concessions, toi également. Je pense qu'il faut que nous en soyons conscients. Je ne suis plus une adolescente, je suis une personne avec une personnalité, un monde intérieur, des désirs et il va falloir nous accorder au quotidien même si dans l'absolu nous nous complétons parfaitement. Tu comprends ?
- Oui, il ne me serait jamais venu à l'idée de faire autrement, rétorqua-t-il sèchement.
- Ne te mets pas en colère, s'il te plait, le priai-je en m'asseyant sur lui. Ce n'était pas le but, je préfère le dire parce que vous, et par vous j'entends les vampires en général, avez une fâcheuse tendance à vouloir intervenir dans la vie des humains. Je ne veux pas que tu décides pour moi. Je veux que tu me fasses part de ce qui arrive et que nous prenions les décisions ensembles. Ce n'est pas parce que tu es plus vieux et plus fort, que je ne dois pas faire comme je l'entends. Tu es mon compagnon, et pour que notre relation fonctionne, il nous faut être sur un pied d'égalité même si je sais, que tu seras plus protecteur avec moi humaine.
- Tu veux dire que tu conçois d'être transformée ? M'interrogea Jasper, une lueur d'espoir dans les yeux et un sourcil arqué à mon intention.
- Je peux le concevoir, parce que…
Je m'arrêtai. Je ne pouvais pas lui avouer mes sentiments maintenant. Pourtant cela m'était venu si naturellement… Je ne savais plus comment terminer ma phrase. Je fermai les yeux et trouvai une autre formulation.
- Parce que mes sentiments pour toi se développent à une vitesse ahurissante et que je suis sûre qu'une fois que nous aurons trouvé notre équilibre, nous nous apporterons beaucoup, finis-je en baissant le menton.
- Mais, Bella, me dit doucement Jasper en relevant mon visage avec sa main, il y a des choses que je ne pourrai définitivement pas t'apporter. Je sais que tu en rêves, et je ne pourrai pas te les offrir.
- J'en suis consciente, lui répondis-je déterminée, c'est pourquoi j'ai parlé de concessions. Tu es mon compagnon et certainement la personne qui me complétera le mieux au monde. Je pourrai accepter certaines choses, même si cela sera difficile. Mais je veux vivre certaines expériences et j'aimerai que tu m'y aides.
- Tout ce que tu voudras, me jura Jasper en me faisant venir à lui.
J'étais triste de devoir renoncer à une vie, à des projets que j'avais imaginés, des rêves qui m'avaient portée, mais il n'était déjà plus concevable que je vive sans Jasper. J'essaierai de finir mes études, de trouver un travail, de m'accomplir dans une vie professionnelle. Et qui sait ? Peut-être pourrai-je travailler avec des enfants ?
Ce moment avait été éprouvant. Jasper m'avait soutenu silencieusement, puis m'avait chuchoté à l'oreille des paroles réconfortantes et enfin ces rêves à lui. Il respectait mes choix, il savait que sa nature rendrait impossibles certains de mes rêves mais il me dit que j'avais réalisé tous les siens, qu'il était tellement heureux de m'avoir enfin trouvé. Il m'avait dit que j'étais merveilleuse, que nous formerions une famille, nous nous installerions dans une maison où nous pourrions recevoir mes parents et la famille Cullen. Si j'en avais envie, je finirai mes études, je travaillerai. Il était prêt à me laisser sortir tester certaines expériences, avec lui, avec des amis, avec la famille. Il ne voulait rien d'autre que m'aimer et me rendre heureuse. Mes suggestions étaient les bienvenues.
Nous restâmes l'un contre l'autre tout le reste de la journée.
A la vue de l'heure, j'avais rapidement abandonné l'espoir de travailler. Je m'étais séparée de Jasper le temps pour nous de prendre une douche. Tous mes instincts se rebellaient lorsque Jasper s'éloignait de moi, mais pour le moment, je ne pouvais décemment pas accepter de prendre ma douche avec lui. C'était beaucoup trop tôt.
Il m'attendait devant le lit refait, impatient que je sorte de cette salle de bain. Je compris alors que le lien travaillait dans les deux sens. Il me faisait faire des choses que je n'aurais jamais osées en temps normal mais il dictait également certaines actions à Jasper. Comme défoncer la porte pour voir si j'allais bien. Quand je le vis si nerveux, je le fis allonger dans le lit, avant de le rejoindre et de me pelotonner contre lui.
Les heures passèrent paresseusement. Je restai collée à Jasper, attendant que notre lien s'équilibre. Nous discutions de nous entre deux siestes ou deux repas. Jasper était patient et ma seule présence semblait lui suffire. De temps en temps, il n'arrivait pas à m'expliquer certaines choses alors il m'envoyait ses sentiments, souvent beaucoup plus clairs que de simples mots. Ces quelques heures eurent un côté magique, nous avions formé notre bulle, à l'écart du monde et du temps.
Nous finîmes par nous raconter nos passés, sujet que nous n'avions pas abordé lors de nos précédentes conversations. Je suis incapable de retranscrire fidèlement ses paroles, tant j'étais bouleversée à leur écoute. C'est de cette manière que j'appris comment Jasper avait été transformé et la vie qu'il avait mené avant de rencontrer Alice. Il avait peur de ma réaction et je pouvais le comprendre. Plus il m'expliquait et plus j'avais une envie irrépressible de le prendre dans mes bras, de l'embrasser. Nous nous faisions violence pour qu'il puisse aller au bout de son histoire, de ses ressentis, de ses réflexions.
De cette vie, il m'apprit qu'il avait gardé des cicatrices, peu visibles pour la plupart des humains mais immédiatement détectables par n'importe quel vampire. A une époque, il avait été fier de ses cicatrices, aujourd'hui, elles marquaient sa différence par rapport aux Cullen, par rapport aux autres, et par rapport à moi. Il était toujours à part dans un groupe. Les vampires de passage adoptaient immédiatement une position défensive lorsqu'ils le voyaient.
J'avais conscience qu'il essayait de me préparer à la vision de son corps, de ses cicatrices. Elles devaient avoir la même forme que celle que James m'avait laissée au poignet. Je n'étais pas inquiète, mais Jasper était de plus en plus agité. Je sentais qu'il ne reprendrait pas son calme seul, et qu'il allait avoir besoin de mon aide.
Je le fis rouler sur le dos alors qu'il continuait de parler. Il fronça les sourcils mais se laissa faire. Je combattis la rougeur qui s'installait sur mes joues tandis que je prenais place à califourchon sur ses cuisses. Je pris appui sur mes coudes et commençai à déboutonner la chemise blanche qu'il avait sur lui. Bouton après bouton, son torse apparaissait. Je devais me concentrer pour faire apparaitre à mes yeux les cicatrices en forme de lune. J'hoquetai lorsque je vis qu'il en avait des centaines sur son torse. Jasper me fit relever la tête, pour regarder dans mes yeux. Lorsque je croisai son regard je lui adressai un sourire heureux.
Ses expressions reflétaient l'incompréhension et le doute. Je ne savais plus quoi faire, et pour une fois mes instincts de compagne ne s'étaient pas manifestés. Je décidai de prendre les choses en main. Je commençai par lui envoyer petit à petit tous mes sentiments. Mon admiration pour lui, ma tendresse, mon amour naissant qui avait pour lui mille et une facettes…
Ma volonté s'égara quelques instants à la vue du torse parfait qui s'étendait devant moi. Jasper rit à cet arrêt, se moquant de moi. Il devait avoir senti une partie de mon désir également. Je me mordis la lèvre, gênée avant de me reprendre. Il était mon compagnon. J'étais sa compagne, le fait de le désirer était plus une bonne nouvelle qu'autre chose.
Je ne pris même pas la peine de répondre et me penchai sur son torse pour embrasser chaque cicatrice. Je partis du ventre, pour remonter doucement, lentement vers ses pectoraux. Ma course s'arrêta dans son cou, et je m'aperçus que Jasper avait arrêté de respirer et avait fermé les yeux. Je me redressai pour embrasser les cicatrices présentes sur son visage. L'une après l'autre, je traçai un chemin qui me menait directement à ses lèvres. Je posai délicatement mes lèvres sur les siennes.
Jasper ouvrit les yeux et ses bras vinrent m'encercler. Il se fondit contre ma bouche. Je sentais la fraicheur de ses lèvres, mais cela ne me dérangeait pas. J'étais beaucoup plus occupée à déterminer quel goût elles pouvaient avoir. Il entrouvrit doucement sa bouche pour caresser mes lèvres de sa langue. Je gémis contre lui, avant de me coller le plus près possible à son corps. Je me laissai aller dans cette étreinte, complètement sereine, oublieuse du reste et de ma respiration. Jasper m'écarta doucement de lui et je nichai derechef ma tête dans son cou. Il nous bascula sur le flanc afin que nous puissions nous voir. Il me fit redresser la tête.
- Tu es merveilleuse, me complimenta-t-il d'une voix chaude, contre la peau de mon visage.
Je frissonnai complètement, perdue dans mes sensations. Je revivais mon premier baiser avec mon compagnon. Je me délectai encore et encore de la sensation, en embrassant son cou derrière sa mâchoire. Il se contorsionna pour reprendre mes lèvres et notre baiser se fit moins doux, plus puissant et urgent. Je caressai la peau de sa nuque, le faisant frissonner. Après quelques secondes, il rompit notre baiser pour venir placer sa tête dans le creux de mon cou. Je compris qu'il essayait de se reprendre.
- Je suis désolée, Jasper, m'excusai-je. La soif doit être horrible, je n'ai pas fait attention.
Il releva son corps brusquement, comme s'il avait été électrocuté. Il se plaça en quelques secondes juste devant moi pour dire :
- Ce n'est pas ma soif qui pose problème, mais mon désir. J'ai terriblement envie de te faire l'amour Isabella. Tu es ma compagne et j'ai également envie de te marquer. Ne te méprends pas sur mes sentiments. Ton odeur est exquise, mais elle ne me donne pas envie de te boire. Du moins pas de cette manière-là.
A la fin de sa déclaration, je crus que j'allais m'enflammer tellement mon corps entier me brûlait. Je sentais qu'il était parfaitement sincère. C'était terriblement flatteur et je ne savais pas faire face à ce genre de situation. Je me rapprochai de Jasper et je sentis un sourire naître sur ses lèvres.
Pour couper court à toutes ses moqueries, je l'embrassai en lui envoyant le désir que je ressentais pour lui. Son corps gronda, il émit un son à la limite du grognement et du ronronnement. Un son qui ne fit qu'augmenter mon excitation. Jasper me détacha de son corps avec douceur, avant de souffler contre mes lèvres.
- Bella, tu es ma compagne. Il est hors de question de saboter ta première fois par trop de précipitation.
- Tu veux dire que…hoquetai-je surprise.
- Que nous ferons l'amour ? Cela me parait assez évident, me répondit-il en agitant une main qui englobait toute la scène. Je prendrai quelques petites précautions, mais quand tu seras prête, j'aimerai te faire l'amour.
Ne sachant que répondre, je l'embrassai à perdre haleine. Enfin une bataille que je n'aurai pas à mener. Jasper allait m'offrir ma première fois. J'étais vraiment contente et je décidai de lui en faire part.
- Je veux que ce soit toi.
Jasper acquiesça gravement avant de me reprendre dans ses bras. Notre moment de fougue s'était apaisé. Il était pour le moment injoignable, abîmé dans ses réflexions. Je profitai de celles-ci pour me relaxer entre ses bras jusqu'à l'endormissement.
Voilà la fin du chapitre ! J'attends vos réactions avec impatience ! A la semaine prochaine pour la suite ^^.
