Nda : Honnêtement, ça doit bien faire deux mois que je persiste à croire que je pourrais l'étoffer, mais ce chapitre est achevé et court ! *honte* Mais...intense ? Mouai. Un grand merci chères followeuses. J'attends vos reviews, ce serait cool pour ma progression. Je crois que je suis même prête à prendre des suggestions ! Imaginez, exprimez vous, construisons. J'écris. Et surtout, je n'ai pas encore débuté le Quinzième...Que nous révélera l'aube prochaine ? Bonne lecture. Xoxo


Chapitre Quatorzième.


"Comment déchiffrer les traces de l'enfant sur la peau des adultes que nous prétendons être devenus ? Qui peut lire ces tatouages invisibles ? Dans quelle langue sont-ils écrits ? Qui est capable de comprendre les cicatrices que nous avons appris à dissimuler ?" D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan.


Ce moment gênant ou quelqu'un débarque quand on pense être seule...

J'étais debout depuis plus de vingt-quatre heures, éreintée. Mon activité neuronale était pour ainsi dire, aussi vive que celle d'un têtard. Ma raison dormait quelque part, je ressentais un vague semblant d'émotions et les pulsions de la louve battaient à peine plus loin dans ma conscience. Une sorte d'équilibre entre elle et moi qui marquait certainement la nuance de mes iris. Une science entre la bête et le rêve. Une transe inédite.

On en était à où déjà ?

- Artémis.

Néokles se tenait devant moi, fière et fort. Impressionnant. Sauvage et dangereux – comme d'habitude, même si je ne parvenais toujours pas à m'y faire. Ses muscles roulèrent sur sa peau à mesure que la pression de sa présence s'imposait à chacun de ses pas. L'Alpha. Un homme-loup. Viril et beau sur ses traits brillant de l'exaltation de ses yeux noirs. Il sentait la forêt, le loup et le Changement. Et tellement plus. Son regard cristallin me détailla tandis que je restai figée sous sa puissance, captivée. Puis l'impulsion monta, lourde et épaisse. Nos pupilles se dilatèrent dans les dernières ombres de la nuit avant le jour. Comme aimantées.

Il devait le sentir aussi ! N'est-ce pas ? Je ne me faisais pas un film, hein ? Etait-ce réel ? J'étais terrifiée à l'idée qu'il me nomme encore de ce prénom. C'était tellement déstabilisant. De m'entendre appelée comme le faisait la sorcière de mes nouveaux cauchemars et souvenirs. Trop éprouvant. Mais si saisissant que j'en ressentais les intonations dans toutes les fibres de mon corps. Me tirant d'avantage vers lui, me sommant, me cherchant... Puis comme une bulle qui éclate, tout disparu.

Je me retrouvai à baisser les yeux et tendre le cou pour le Vieux Loup, ainsi que le surnommait la Courtisane.

- Chris, ne pus-je m'empêcher de murmurer à nos pieds nus.

Je m'appelais Chris.

- Mauvaise habitude, gronda-t-il. Ta louve s'épuise à te soigner inutilement.

Je levai les yeux au ciel, étrangement désenchantée. Comme soudainement juste humaine. A me faire sermonner par ce que je fumais par mon - presque - alpha de ma - presque - future meute. Une famille avait-il dit ? Genre, c'était censé être lui le père ? La grosse blague. Je ne pus me retenir de me mettre à pouffer de rire. Le 'Chef' ne parut pas apprécier et fut...vexé ? J'éclatai encore silencieusement et il me dépassa pour entrer dans la maison en marmonnant des paroles dans cette langue qui était peut être sa langue maternelle.

Suffisamment habituée à sa présence je l'entendais parler et étais à présent à même de les distinguer. Ces mots et accents qui n'était pas uniquement un Français à la manière dont on parlait à Danaha, ni d'une région de la Métropole ou de ses Départements d'Outre-Mer, ni d'une quelconque inflexion de la Franco Afrique - et croyez moi, j'avais suffisamment voyagé pour les reconnaître. Mais je n'arrivais pas à retrouver qu'elle était la zone de l'Europe où la prononciation était à la fois Méditerranéenne et Romaine.

Tout mon amusement et mes questionnements m'échappèrent brutalement quand mon regard le suivi jusqu'à la porte.

Ce fut là que je les vis. Partout sur son dos. Longues, irrégulières, anciennes. Les cicatrices sombres de centaines de coups rectilignes mordant sa peau lisse. Je les découvris avec une stupeur saisissante. Quel châtiment pouvait-il justifier d'une telle douleur ? Car j'en étais certaine, seule une punition expliquait la cruauté des dizaines et dizaines de coups de fouet et de couteau que mes yeux contemplaient avec horreur. Ou de la torture à en juger les dessins tailladés parsemés. L'envie de grogner en les contemplant, épaisses et sévères, me saisit avec l'intensité de mes nouveaux instincts bestiaux. Comment pouvaient elles même exister ?

- Oui, dit-il tranquillement en penchant légèrement la tête pour m'offrir son profil.

Je me mis à gronder sans pouvoir étouffer la rage qui grandissait en moi contre ces anciennes blessures, m'interrogeant sur leur histoire. Appréhendant la dureté de son vécu. Paradoxalement, la vue de ces marques sur son corps robuste lança la satisfaction brutale de savoir qu'il avait survécu. Il était fort, c'était une bête, un combattant, et l'ornement de son dos jadis meurtris ne faisait que prôner la violence de son désir de survie. Celle-ci brillait avec la fierté du loup dans l'œil clair qui me fixait.

Après tout, les cicatrices sont les trophées des guerriers et les siennes prouvaient qu'il était tout sauf vulnérable.

- Oui, répéta-t-il encore.

- Sorciers ? Je grognai, ressentant déjà dans mes os la certitude de leur origine.

- Morts.

Sa voix était bien plus graves que possible avec des cordes vocales humaines. Je l'entendais par-delà mes sens. Basse, presque muette dans l'aurore du jour. Chargée de tant d'émotions. Cet homme devait sérieusement avoir plus d'un millier d'années de vie sur les épaules. Saignées dans la douleur, la brutalité et la haine. Imaginais-je cela ? Cette profondeur dans ses prunelles écarlates. J'en étais aussi fascinée que capturée. L'Alpha me fixait, plus Loup que je ne l'avais jamais vu. Tellement primaire et puissant.

Son danger maintenait l'adrénaline dans les mouvements de mon cœur que je m'efforçai de retenir. Pour continuer de voir si loin en lui que j'en avais le vertige. Lutter contre mon corps et son besoin de se soumettre. Plus Louve qu'humaine dans chaque nerf de mes membres. Pour l'observer davantage et contempler les ombres de son passé. Les magies qui flottaient dans son aura. Je les voyais presque tangiblement. Invoquées par la chaire, la douleur et le combat. Le Vieux Loup irrémédiablement survivant. Au moment où je compris que cet homme ne devrait pas pouvoir survivre à la malédiction que portait sa chair, il était devant moi.

Il brûlait et grognait de la colère du dominant en lui. Braqué par l'affront de ma curiosité bestiale. Mais le défit était si puissant, je me sentais si forte jusqu'à cet instant. Le pouvoir de son corps m'appelait au dessus de ma crainte. Ce fut sa violence qui eut raison de ma soumission. Encore. Sa paume attrapa fermement ma nuque, m'obligea à me baisser devant lui. Je me tordis sous sa poigne inconfortable en m'efforçant d'empêcher mes genoux de me mettre au sol. Son emprise ne faiblit pas jusqu'à ce que je cesse de me débattre - en parvenant à rappeler ma conscience sur les instincts qui m'animaient qu'il m'avait déjà éclatée la tête contre du béton ciré.

Soumise.

Comme toujours face à lui qui était tellement plus. Dans un mouvement qui agita également ma mémoire, Neokles se saisit de ma main gauche. Sauf qu'à cet instant où la pression de sa paume contre ma gorge voulait m'immobiliser, je me laissai faire sans pour autant m'effondrer. Dans mes os, la poussée du Changement était si vive que je sentais dans ma bouche mes mâchoires douloureusement s'allonger comme pour devenir crocs. Un gémissement animal plaintif et impatient passa ma gorge. Pour la première fois j'eus l'impression de comprendre quelque chose de monumental sur l'alpha. Puis comme souvent avec lui, tout se brisa et disparu.

Il était parti.

Un vide immense s'abattit sur moi qui tachais toujours résolument de tenir sur mes deux pieds. Trop d'émotions, d'instabilité et d'intensité. Je me sentais drainée, proche de l'ivresse. Je me calai contre le mur à côté de la porte entre ouverte. Celle ci aussi était blindée, remarqua une voix détachée dans mon esprit embrumé. Je repris mon souffle en me perdant dans l'image de l'aube achevée grisée de nuages lourds chargés d'humidité.

Zombifiée.

Putain.

Fallait vraiment que j'aille dormir.

Je me pieutai en deux temps trois mouvements et fut prête à enfin jouir du repos qui m'était dû. Le corps détendu sous ma couette, frais des brises de l'aube. La clim ronronnait près du plafond tout comme ma respiration. Le cadre parfait dans cette pièce imprégnée de ma possession et de ses contrastes thermiques si confortables. A un détail majeur : ces FUCKING oiseaux matinaux braillards et insistants que mon ouïe surdéveloppée captait. Et putain, tout ce boucans commençait à bouffer mes nerfs, sérieux.

Éventuellement, je parvins a suffisamment faire le vide dans ma grosse tête de noeuds pour m'habituer à vivre le début du jour si intensément.

Plouf.

Le trou noir.

Je crois que...je fis un cauchemar.

Le bruissement des feuilles au dessus de moi, mes pieds qui s'enfoncent dans la boue collante. L'humidité lourde sous le couvert des arbres. Les animaux nocturnes se taisent sous mes pas. J'avance entre les troncs sur la terre mouillée d'une journée d'orage. Une voix m'appelle. Plus que ça, me somme, me tire. Une force étrangère m'anime. Et je marche dans l'obscurité croissante que percent mes yeux. Une mélodie gutturale franchit mes lèvres et mon cœur bat le rythme. C'est si puissant, irrésistible. Mon nez sent comme je ressens les frontières invisibles au milieu de la jungle immense. Je marche sur un autre territoire droit vers les terres de mon appartenance. Jusqu'à l'hôtel qui jadis abrita mon initiation.

Je rêve n'est ce pas ? Dans le noir brumeux qui recouvre ma conscience, je vois l'immense louve en laquelle mon corps se transforme. Si forte, belle et dangereuse. Une bête aux iris brillants et au pelage roux sombre. Je l'entends comme la ressens gronder naturellement. Son attention se détourne vers la proie venue se sacrifier sur les pierres. D'une bouchée, elle est nôtre spirituellement. Je la dévore alors que son corps s'anime sans cœur. La magie épaisse coule dans mes veines.

Que vais je en faire ? Que vais je en faire ? Que vais je en faire ? Les mots étranges remuent encore dans ma bouche. Puis je m'en vais. Marche et marche entre les racines et les buttes. La nuit s'étale dans l'immensité, brisée par le grondement de la tempête. Quelque part, une source glapis sur de la roche. Les troncs défilent et je m'éloigne, sans penser, toujours mue par le chant de la Terre qui m'a nourri. Je marche. Je marche dans le noir. Puis je m'endors ruisselante de sueur quand la violence des trombes de pluie s'abat sur moi.


- Chris ! Christane ?!

Putain, qui m'appelait encore ? Pas foutu de me laisser tranquille ! Pas moyen de dormir en paix. Mon corps était si lourd que je me sentais totalement ensevelie. Me réveiller paraissait si loin et brutal. Tout mon être lutta pour maintenir en moi le gouffre sombre du sommeil. Encore un peu, je ne voulais pas. Pas maintenant. Pourtant, la puissance de l'ordre parvenait à me hisser vers l'éveil.

- Artémis!

L'appel déclencha une onde qui pulsa en moi. J'ouvris les yeux malgré tous mes efforts. Je respirai comme si j'eus été en train de me noyer. La réalité me frappa douloureusement. Tous mes membres étaient prit de spasmes. La panique paralysa mon système nerveux quand j'avisai de mon corps quasi nu trempé, encore incrusté de terre et de sang. Et de magie, souffla impétueusement une voix ironique dans ma tête. Je me mis à crier. Hurler tandis que Karl essayait en vain de me maîtriser. Je bondis soudain hors de son emprise quand les instincts de la louve prirent à leur tour place dans mon crâne.

Putain c'était quoi ce foutu plan foireux encore ?! Qu'est ce que je foutais dehors ? N'étais je pas en train de pioncer au chaud dans mon lit ? Pourquoi faisait il nuit et surtout, pourquoi mes muscles, mes os et mes veines me brûlaient à ce point ? J'étais complètement folle et perdue et déboussolée et putain de dépassée. Bordel, combien de fois devrais je dire que je n'avais absolument jamais consentis à toute cette merde ! N'est ce pas ?! Je n'étais pas en train de faire une crise de nerfs, deux doigts entre la femme et la bête. Chargée de l'odeur sombre de la forêt que j'avais toujours trouvée douce et sucrée. Hein ? Neokles fut devant moi.

Je découvris des émotions brutes dans son regard givré quand il me détailla. Je sus que l'alpha en lui me considérait sienne. Ma paume se retrouva sur sa joue avec une rapidité qui nous surpris tous les deux. Ses doigts serrèrent durement mon poignet tandis que son contact sur les miens m'électrisait. Je m'empourprai sous iris cristallins hautains de sa bête avec un étrange fredonnement. Ce ne fut que quand Karl se racla la gorge que je m'effondrai subitement sous le contre coup de la réalisation. Ma gorge se serra violemment et ma douleur se mua soudainement en une horrible envie de pleurer. Parvenant difficilement à ne pas craquer je levais de nouveau les yeux sur lui et son regard de nouveau sombre. J'agrippai à présent son bras comme si ma vie en dépendait, creusant sa peau de mes ongles.

- Ce n'était pas un cauchemar ? Croassai-je faiblement.

Il me fixait avec impassibilité. Mais j'entrevis l'espace d'un instant l'immense douleur qu'il possédait en lui. Puis, la force de ses mots eut raison de toutes les autres magies tissées en moi, en lui, en nous et vous aussi. Ses bras me hissèrent contre son torse couvert d'un de ses autres tee shirt bidon - je ne me serais jamais attendu à l'associer à Phineas et Ferb. Je passai paresseusement mes mains étrangement gelées sur la peau nue de son ventre en le sentant se tendre. Etais-je sérieusement en train de grelotter par vingt trois petits degrés ? Je préférais me blottir contre lui et son odeur d'homme, de loup et de ce quelque chose de doux et sombre comme la forêt que de continuer à torturer mon esprit éprouvé.

- Maintenant dors. Artémis.

Il ajouta un autre mot dans sa fameuse langue que je ne comprenais pas. Et malgré l'exaspération que je ressentis en sachant qu'il me provoquait encore sciemment, je me laissai aller contre Neokles.

Pour ce qu'il était en plus d'être Alpha. Le Vieux Loup qui possédait l'âme d'un guerrier et la magie d'un martyr. Une allusion à la mythologie me fit songer qu'il devait être grec. Oui, le Grec, ça sonnait bien. Je pris rêveusement le temps de ressentir l'ordre anéantir la férocité du Changement, la louve se tut. Par ce que je l'acceptais comme mon Alpha ? L'envie chelou qui avait renaquit cette nuit et qui me disait être ma fucking sorcière intérieure se délectait avidement de la saveur noire de l'homme à enfin en sombrer dans le silence. Putain, allais je enfin pouvoir avoir un peu de sommeil ? Avec un grondement censé lui dire que j'avais compris qu'il se foutait de ma gueule, je poussai l'interrupteur OFF de mon cerveau.