Il n'avait jamais été patient. C'était un sanguin, un être énergique qui n'aimait pas regarder le temps filer, de peur de perdre des moments précieux. James se connaissait assez bien pour le savoir, mais ces heures d'inactivité prolongée lui avait jeté en pleine figure ce défaut, que les gens qualifiait de « comportement immature ». Et puis, il avait besoin d'elle.

La perdre était la pire chose qui pouvait lui arriver après ce qu'ils avaient réussi à accomplir en cinq mois. Il n'avait plus envie de mourir. La ramener à la vie avait été sa nouvelle mission, et à mesure qu'elle redevenait elle-même, Shepard lui avait donné un peu de ce souffle retrouvé. Pour elle, il avait repris ses anciennes qualités, avant Fehl. Son optimisme de gamin, son entrain contagieux, et son humour un peu lourd. Mais Shepard s'était amusée de cette personnalité digne d'un adolescent prépubère, qui croyait tout savoir du monde, alors qu'en vérité, il n'était qu'un ignorant.

James attendait Shepard.

Son premier élan de motivation, qui l'avait poussé à compter les minutes, s'était bien vite transformé en quart d'heure, puis demi-heure, et enfin, heure complète. Mais elle n'arrivait toujours pas, malgré la nuit noire et le silence qui régnait sur la ville d'Escondido.

Avant la nuit ? C'est ça oui. Avec un peu de chance, elle arriverait le lendemain matin, sourire aux lèvres, accompagné de Diego.

Stop. Et son optimisme, alors ? Jamais elle ne l'aurait laissé comme ça. Sa confiance ne devait pas être ébranlée simplement à cause de l'autre. Il n'y a pas si longtemps, elle s'était retrouvée à sa place, à cause du retard de cette stupide navette. Roulée en boule près de sa fenêtre, elle l'avait attendu pendant des heures à mesure que l'horloge digitale avançait, accompagnant le temps dans sa course immuable.

« Je m'inquiétais pour vous. Vous avez beaucoup de retard. »

Elle lui avait balancé cette phrase, un sourire énigmatique pendu aux lèvres, qui l'avait laissé espérer beaucoup trop sur l'instant. Il s'était magistralement trompé sur l'état d'esprit du Commandant, consolidant le mur qui la séparait de lui avec ses sentiments niais. Et il s'apprêtait à lui offrir une réplique similaire, peut être encore plus sincère que la précédente. Plus niaise aussi, donc.

Il n'y avait plus qu'à espérer qu'elle prenne la chose différemment cette fois. Serena allait entendre tout ce qu'il n'avait pas osé lui dire, le poids des mots qui pesaient sur son cœur d'idiot. C'est bien ce qu'il était, non ?


-Nous y sommes.

-Merci Diego. Malgré les imprévus, j'ai passé une bonne journée.

-Même si vous ne m'aimez pas ?

-Il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis, dit l'adage. Mais ne faites pas trop de bruit, je ne voudrais pas les réveiller.

-Vous êtes une femme pleine de surprises, Serena Shepard. Et James est beaucoup plus romantique que ce que vous croyez. J'entends par là qu'il est sûrement encore debout, guettant vos pas sur la route du retour. Et je n'exagère pas.

Elle sourit à cette remarque, bien que son avis sur le romantisme de James restait mitigé. Il se levait toujours à l'aube avec les premiers rayons du soleil, mais pour y arriver il devait s'endormir avant que ces rayons disparaissent de l'horizon. Restait à savoir quel trait de caractère l'emporterait : dormeur, ou romantique.

-Nous verrons bien.

-Dormez bien, Serena. Si vous dormez cette nuit, bien sûr.

Elle le gratifia d'un regard réprobateur, avant de se sourire à elle-même. Le jeune homme à la chevelure d'ébène et au regard brûlant ressemblait peut être physiquement à Kaidan, mais leur mental était l'exact opposé. Désormais, elle voyait en lui James, aux répliques semblables, et à cette manie de protéger ses secrets par une façade exagérément avenante.

Cette comparaison lui rappela cette envie qu'elle avait de le voir, lui et ses yeux verts perçants, pourtant si doux lorsqu'il la regardait… Oh, elle avait compris. Il n'avait pas eu besoin de le lui dire. Mais il allait le faire.

Et Lola lui avait servi d'excuse pour retarder l'échéance.

Fuir.

Cela ne faisait plus partie de ses options. Il était temps de prendre son destin en main et d'accepter la vérité évidente, comme le Commandant Shepard le faisait. Peu importe ce qu'en pensait les autres. C'était entre elle, et lui.

La navette tourna au coin de la rue, et elle ne fut plus éclairée que par la lueur blanche du vieux lampadaire qui détectait sa présence. Elle attendit une possible agitation dans l'appartement, mais tout resta paisible, imperturbable. Son entrée se fit dans le silence, qui l'accompagna jusqu'à la porte de la chambre de James, où s'était établi ses quartiers depuis son arrivée. Ledit James n'avait pas montré signe de vie, contrairement à ce que Diego lui avait dit. Elle n'avait pas osé s'approcher trop près du canapé où il dormait habituellement, de peur de le tirer d'un doux sommeil.

Elle passerait à l'action le lendemain. Elle pourrait même faire quelque chose pour se faire pardonner, comme le petit-déjeuner. Une omelette. Avec du bacon, et des poivrons. La sienne allait être minable par rapport à celle de son hôte, mais au moins, elle le ferait rire avec ses médiocres talents culinaires. Ensuite, elle lancerait le sujet de Lola, une dernière fois. Puis elle lui dirait ce qu'elle pensait. Et elle lui laisserait le choix de son futur. De leur futur ? Niaiseries. Mais tentantes.

Le jeune homme occupait ses pensées, et apaisée par la journée qu'elle venait de passer, elle ne voulut pas l'en chasser.

La porte de son dortoir grinça sur ses gonds, rompant le silence de mort qui régnait. Mais ni ce grincement, ni la présence d'une silhouette dans sa chambre ne la fit sursauter.

La scène avait un goût de déjà-vu.

Il avait un bras passé négligemment sur ses genoux, eux-mêmes repliés contre son torse musclé. Un rayon de Lune éclairait son visage à l'allure sereine, et rien ne semblait venir troubler son repos. Serena aurait voulu rester ainsi, debout, les yeux grands ouverts, à l'observer pendant des heures. Mais lui en décida autrement. Alerté par la présence de quelqu'un d'autre dans la pièce, il émergea de la douce léthargie d'un sommeil profond. Son nom s'insinua immédiatement dans son esprit, et ses lèvres répondirent à cet appel en murmurant le nom de la belle, toujours au centre de la pièce.

-Shepard…

-James, je vous ai réveillé ?


Il crut d'abord qu'il dormait, et que la jeune femme n'était qu'un mauvais tour de sa conscience, qui se jouait de son impatience d'amoureux transi. Mais ce qu'il vit dans ses yeux lui prouva le contraire. Jamais ses rêves n'arrivaient à en reproduire l'éclat avec une telle intensité. Absorbé dans cette contemplation, il en oublia de répondre à la question qu'elle lui avait posée. Il la vit s'avancer près du lit auquel il était adossé, à mesure que les battements de son cœur accéléraient encore. S'il elle s'asseyait là, il ne pourrait pas cacher bien longtemps son agitation intérieure.

Mais elle ne devait pas l'entendre, car elle s'approcha encore. Elle supprima cette distance qui les séparait habituellement comme si elle n'avait jamais eu lieu d'être, et se colla à lui. Encore un peu, et son cœur exploserait à force de battre la chamade avec autant de conviction. Shepard avait retiré sa veste, plaçant son bras contre le sien. Leur débardeur respectif permettait le contact de leur peau, geste qui fit frissonner James.

Sa peau était froide, alors que lui bouillonnait, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur.


Elle devait parler. Lui balancer tout ce qu'elle avait sur le cœur, et lui demander des explications, une dernière fois. Mais… se retrouver là, près de lui, lui avait ôté tout désir de démarrer une énième dispute sur ce sujet. Réfléchir avec son cœur, pas avec sa tête.

-James. Pourquoi étiez-vous dans ma chambre ?

-Je m'inquiétais pour vous. Vous avez beaucoup de retard.

Toujours cette phrase. Il n'avait pas apprécié sur le moment, pour finalement en rire en se moquant de cet air faussement mystérieux qu'elle avait pris. Le lendemain de cette déclaration, il lui avait avoué implicitement qu'il tenait à elle bien plus qu'il ne le laissait paraître. Une éternité s'était écoulée entre ces deux moments.

-Je sais. Je sais aussi que nous avons beaucoup de choses à nous dire.

-Oui.


La peur lui coupait la parole. Littéralement. Une jolie marque de morsure décorait sa langue, lui laissant un arrière goût de menthe –merci aux pastilles de sa tante, car « une mauvaise haleine est le pire des tue l'amour »- et de sang dans sa bouche. Face à Shepard, il se sentait désarmé, et n'avait plus aucune prise sur son propre destin. Elle parlerait, et il écouterait.

-Vous n'êtes pas très loquace, ce soir. Mais ce n'est pas grave. Moi non plus je n'ai pas envie de parler de toutes ces choses, soi disant importantes, mais qui n'apportent que du malheur. Alors, au moins pour ce soir, faisons comme si de rien n'était. Qu'est-ce que vous en dites ?

Oui. Des milliers de fois oui, même.

-D'accord.

Serena lui sourit, et la danse de son cœur reprit de plus belle. S'il n'avait pas été un idiot peureux, il l'aurait pris dans ces bras, et lui aurait déclamé ce discours qu'il n'avait pas pu s'empêcher de préparer, à cause de son imagination, bien trop fertile, et les nombreux scénarios qu'y lui étaient venus à l'esprit. Dans son préféré, elle se lovait contre lui, puis il la portait dans ses bras comme la princesse qu'elle était jusqu'à la fenêtre, et ils restaient là, tous les deux, à contempler la Lune et les merveilles de la nuit. Happy Ending.

Malheureusement pour lui, les bonnes fées n'étaient pas là pour lui insuffler le don du courage pour vaincre ses démons intérieurs. Au moins, sa bien-aimée restait près de lui. Par terre, adossée à son lit d'enfant et épuisée par sa journée, mais près de lui.

Un ange passa.


-Dans mes livres, ceux que vous trouvez bien niais, c'est le moment où les deux héros s'avouent enfin tout ce qu'ils avaient enfouis dans leur cœur, se comprennent, se reconnaissent dans leurs erreurs maladroites. Et se pardonnent.

Elle attendit patiemment sa réponse. Le moindre signe pouvait être révélateur, et l'armée ne lésinait pas sur l'entraînement des soldats pour leur apprendre à rester impassible en toute circonstance. Ils devenaient des automates sans cœur, de parfaits petits soldats qui ne discutaient jamais les ordres, sans penser à l'éthique ou à la justesse de certaines de leurs actions. James ne faisait pas exception, malgré un naturel franc et libre. Aussi, elle ne fut qu'à moitié étonnée lorsqu'il lui répondit.

-Mais… Nous ne sommes pas dans un livre, n'est-ce pas ?

Sa réplique sonna aussi fausse que son sourire, où elle arrivait malgré tout à décerner de la tristesse. Il n'avait jamais réussi à rentrer parfaitement dans le moule du marine idéal. Plutôt par choix, que par obligation. Il défendait sa liberté quoi qu'il arrive, même dans les combats perdus d'avance. Elle l'admirait pour son obstination et elle l'enviait, pour sa liberté.

La vie n'était pas un livre, et leur destin n'était pas encore écrit. L'Alliance et Cerberus avaient bien tentés de le graver, mais elle ne se laisserait plus faire désormais. Les pages blanches ne demandaient qu'à être remplies. James accepterait-il de prendre part à son histoire ?

Elle se leva, regrettant immédiatement la chaleur que le jeune homme dégageait, pour se diriger vers la fenêtre de la chambre. Il n'y avait pas de vent, ce soir là dans le désert. Pas de nuages non plus, offrant une large vue sur l'astre lunaire qui les observaient là-haut.


Il fut parcouru d'un nouveau frisson. La peur de la voir partir s'était réveillée, bien qu'elle semblait plus avenante que lui, ce soir-là. Au lieu de saisir sa chance, il lui avait sorti une phrase stupide qui sonnait comme un reproche.

Idiot.

Encore trop honteux de sa réaction, il n'osa pas la suivre lorsqu'elle atteignit la fenêtre. Elle regardait l'Univers il la regardait.

-Si les livres ne vous disent rien, les jeux vidéos, eux oui. Ils se passent beaucoup de choses sous les rayons de Lune, non ? Le héros se rappelle toujours ce qui important pour lui dans ces moments. Comme ses raisons de se battre, et de vivre.

Elle attendait une vraie réponse cette fois-ci, pas le speech d'une personne désintéressé. Pourtant, quelque chose l'empêchait dire ce qu'il pensait. Les livres, les jeux… La plupart des personnages idéalisaient le genre humain en lui attribuant des tas de sentiments chevaleresques et des tourments atroces torturant leur pauvre âme. Il ne voulait pas être comparé à ces héros de papier et de pixels.

-Mais la vie n'est pas un jeu.

Non, la vie était bien différente. On ne pouvait pas y régler le niveau de difficulté, ou passer certaines conversations que l'on n'avait pas envie d'avoir. Dans ces jeux, les personnages semblaient invincibles, prêt à traverser n'importe quelles épreuves, sans jamais faiblir. Les choix influaient certes sur la fin, mais celle-ci était sensiblement moins optimiste, ou utopique, selon nos choix. Il n'était qu'un pauvre soldat, pas un héros. Et il voulait qu'elle l'accepte comme il était.


-J'aimerais bien, parfois. La vie serait tellement plus simple. Le sort de la galaxie ne reposerait plus sur mes seules petites épaules.

-Rien ne vous oblige à porter ce fardeau seule.

-Qui serait prêt-à-porter le poids d'une charge pareille de son plein gré ?

Shepard se retourna vers son interlocuteur, qui n'avait pas bougé d'un centimètre. Elle menait la conversation depuis le début, et arrivait lentement à ses fins. Tout ça pour le tirer de son hébétude. Un peu de cran, James. C'était lui l'homme, censé prendre les devants.

-Moi.

Son attention se reporta sur la Lune, pour cacher le sourire qui illuminait son visage. James reprenait confiance en lui et ses sentiments, elle n'aurait bientôt plus besoin de le guider.

-Merci d'être là.


Comment pouvait-il rester indifférent lorsqu'elle lui disait des trucs pareils ? Elle n'avait pas le droit d'être aussi… Douce, fragile, et lasse. Jamais il ne pourrait la laisser partir. Il la protégerait quoi qu'il arrive, pour qu'elle n'ait jamais à revivre l'enfer de la torture et de la trahison. Il donnerait tout, ferait tout.

James ne faisait jamais les choses à moitié. Il serait son allié, son pilier, son ami, ou plus. Elle n'avait qu'un mot à dire pour qu'il le soit. Mais comment lui avouer sans l'effrayer ? Sa dernière histoire s'était très mal terminée, et il ne voulait pas recommencer les mêmes erreurs. Shepard devait venir à lui, d'elle-même, il n'avait aucun droit de la forcer. Certains signes ne trompaient pas, mais la peur du rejet le rongeait plus que jamais.

Car de qui se moquait-il ? Il ne pourrait jamais se résoudre à la voir dans les bras de quelqu'un d'autre, ou simplement être « ami ». Cet amour passionnel, véritable obsession, le brûlait de l'intérieur, petit à petit, vicieusement, d'une chaleur attirante, mais qui finirait inévitablement par le consumer.

Serait-il capable de contenir ses émotions destructrices pour elle, sans risquer de la briser ? Elle avait affronté des événements qu'il n'aurait jamais été capable de surmonter. Pouvait-il mettre enjeu son équilibre par égoïsme ?

James pensait être sûr de ses émotions. Alors pourquoi les doutes l'assaillaient en cet instant, alors qu'il n'avait qu'à se lever et tendre les bras vers elle ?

Il n'était vraiment qu'un idiot.

-Il est tard, et votre journée n'a pas dû être facile. Je vais vous laisser vous reposer Shepard. On aura tout le temps de discuter demain.

Il atteignit la porte en deux enjambées rapides, sans se retourner, pour l'empêcher de voir sa frustration. Une fois sorti, il irait courir pour se défouler, et remettre dans l'ordre dans ses priorités. Son bonheur à lui, ou son bonheur à elle. Enfin, c'est ce qu'il prévoyait. Serena Shepard en décida autrement. D'une poigne ferme malgré la finesse de ses mains, elle l'empêcha de franchir le seuil de la chambre.

-C'est tout ? Vous allez me laisser là, après tout ce que vous m'avez dit ?

-J'ai besoin de prendre l'air.

-Plus tard. Votre Commandant vous ordonne de rester ici.

-Vous n'êtes plus mon Commandant.

-Alors c'est Serena qui vous le demande.

Il croisa encore ses grands yeux qui le paralysèrent.

-James, je sais que je change tout le temps d'avis, que je joue, sans jamais m'engager dans une voie, mais… Vous devez m'écouter. Une dernière comparaison. Vous vous souvenez, tous ces films que l'on regardait, pour ne pas aller dormir, et sombrer dans les cauchemars ? Ce moment est la scène finale. Je suis l'indécise, et vous êtes celui qui a trop attendu. Nous voila au moment du choix. J'aime les fins heureuses, où ces deux-là se retrouvent, comme deux âmes sœurs que toutes les trahisons et tous les doutes ne pourront jamais séparer. C'est simpliste, et idéaliste, pourtant, je veux y croire. La vie n'est pas parfaite, et l'amour non plus. Mais ce sont tous deux des miracles, alors il faut leur donner leur chance de faire leurs preuves.

Il l'aimait à en mourir.

James voulait une chance, elle était là. Saisis-la.

-Mais…

Le visage de Shepard se peigna d'une tristesse réelle, et douloureuse aussi bien pour James que pour elle. S'il lui faisait du mal, il ne se le pardonnerait jamais.

Jamais.

-Mais nous ne sommes pas dans un film, je sais. Pardon d'avoir voulu faire toutes ces comparaisons, je pensais juste que…

-Stop. Ce n'est pas ce que j'allais le dire. C'est juste que… Shepard, je… Je veux vous protéger, pas juste parce c'est ma mission. Et je ne veux pas que mes sentiments…Interfèrent. Je serai toujours là si vous avez besoin de moi, même si je ne suis qu'un idiot et je…

Serena semblait intriguée, dans le bon sens du terme, puisqu'un léger sourire avait fait son apparition sur son visage. James reprit, le feu aux joues comme au cœur.


- Oh, et puis merde. Les hommes agissent au lieu de parler. Car vous savez quoi ? Nous ne sommes ni dans un livre ni dans un jeu, ni dans un film. On n'a pas besoin de ces situations cliché, de ces déclarations bateau, et de toute cette guimauve qui donne la gerbe. Je vous aime. C'est ça, la réalité, et la seule chose qui compte. Le reste n'a aucune importance.

-James…

-Et autre chose. J'ai envie de vous embrasser, maintenant. Et je vais le faire, peut importe ce qui arrivera après.

-Je…

Elle n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase. Joignant le geste à la parole, il la fit lever les yeux vers lui en la prenant par le menton, plantant son regard brûlant dans le sien. Il se pencha vers elle pour combler le vide qui les séparait, et avant qu'elle n'ait le temps de réfléchir, il posa ses lèvres sur les siennes.

Elle ne l'avait pas prévu. Mais, cela restait très agréable.

Quelque chose la retint une fraction de seconde. Le dernier souvenir de ses amours perdus, dont un en particulier. Kaidan, son seul regret, dont elle était entièrement responsable. Ni les butariens, ni l'armée, ni la mort n'étaient à blâmer. C'était sa faute, son choix. Cette pensée fugace s'effaça lorsqu'elle fit un nouveau choix, et s'abandonna complètement à leur étreinte, scellant la promesse engendrée par cet aveu avec tout ce qu'elle avait enfoui au fond d'elle même. Grâce à l'audace dont il avait finalement fait preuve, elle se rendit compte à quel point elle avait attendu ce moment.

Une palette d'émotion fit danser son cœur, battant la mesure avec la nuée de papillons vibrant dans son ventre, et la symphonie de son feu d'artifices intérieur. James et elle n'avaient plus ces rêves d'enfants naïfs à la recherche du coup de foudre. Tout n'était pas parfait, comme dans un scénario corrigé maintes et maintes fois, mais peu importe. Ils n'avaient pas besoin des stéréotypes pour se sentir bien, et heureux. James l'avait déjà compris. Cette simple preuve d'affection se substituait parfaitement aux clés du paradis.

Le baiser fut long, comme le temps qu'y s'était écoulé entre leur rencontre et ce jour ; doux, comme les bonbons à la menthe de Carmen rassurant, comme ses grands bras protecteurs passionné, comme le feu qui allumait ses yeux quand il la regardait ; beau, comme la rencontre entre une princesse et son prince; magique, comme le début d'une histoire d'amour.


Première chapitre de la dernière partie, qui s'annonce plus romantique ! J'ai mis le temps, aussi bien que le soin ! Prochain chapitre pas avant deux semaines, je repars loin de mon ordi chéri...
Et j'ai ajouté une couverture ! Aucun rapport avec M.E., mais je trouve que la photo correspond bien à la relation de Serena et James. Après, chacun son interprétation ! Hope you've enjoyed it ! :)