Chapitre 11 : Loki
3 mai 2015 – New-York, Manhattan, Bedford Street :
A peine arrivés chez eux, Loki et Eatta avaient réveillé Barnes afin de le tenir au courant des derniers développements. L'humain avait décrété qu'il accompagnerait les deux autres au conseil de guerre à la tour Avengers qui aurait lieu quelques heures plus tard. Loki émit quelques objections, que Barnes balaya très vite. Ils se mirent également d'accord sur le fait que mentir ou cacher des informations à ce stade n'était plus utile. Cela faisait un peu crisser les dents de Loki encore une fois, mais il se plia à l'avis général. Il se sentait vulnérable quand il disait la vérité.
Ils se séparèrent pour prendre du repos. Loki savait qu'il n'arriverait pas à dormir. Il hésita quelque peu, et envoya un message à Tony (Stark ! Il fallait qu'il se détache de lui !). L'homme lui accorda le droit de s'expliquer face à face, le lendemain. L'angoisse ne retomba pas cependant, et il décida pour se reposer d'entrer en méditation.
L'apprivoisement de sa Magie était une pratique qu'il aimait, car elle était relaxante, et apaisante. Il lui fallait du calme et du temps, afin d'entrer en méditation profonde. Il s'assit donc sur son fauteuil, dos à la fenêtre, ferma les yeux et se relaxa le plus possible. Il sentit les battements de son cœur se faire moins rapides et violents. Sa respiration s'approfondit, et ses sens s'aiguisèrent. Il pouvait sentir le grain des différents tissus qu'il portait, la chaleur agréable de l'air immobile autour de lui, la pénombre rassurante de la pièce malgré ses yeux fermés. La méditation de fit de plus en plus profonde, et toutes ces sensations se firent moins affûtées, et furent relégués dans un coin de sa conscience. Il se concentra sur la chaleur palpitante qui reposait au fond de lui, son noyau magique. Il savait par expérience que les émotions fortes déstabilisaient le cœur de sa Magie, et la meilleure façon d'y remédier était de le cajoler en quelque sorte.
Il n'était pas Dieu du Chaos pour rien. Son noyau était très difficile à dompter, et était à la fois source de destruction et de création. Parfois, il s'emballait, débordait, et Loki se laissait submerger par toute cette puissance. Et parfois il lui fallait contenir les débordements.
Ce soir-là, son centre était tumultueux, ce qui n'était pas étonnant. Il laissa sa conscience l'effleurer, le caresser, afin de dompter la Magie qui s'échappait, un peu comme une éruption solaire. Sa Magie était une sorte de soleil. Près d'un siècle d'apprentissage sur Vanaheim avait enseigné quelques petites choses à Loki sur les particularités de la Magie Vane. Les Mages Vanir avaient un centre magique qui, si on continuait de filer la métaphore astronomique, ressemblerait plutôt à une planète gazeuse. Très calme en apparence, mais puissante si on s'approchait d'un peu plus près.
Tout doucement, à force de cajoleries, sa Magie se calma. Loki ne sortit pas tout de suite de sa méditation. Il aimait rester en contact avec son pouvoir. Il avait appris très jeune cette technique, et c'était une source de réconfort inépuisable. S'il avait pu passer toute la journée auprès de son centre magique, il l'aurait fait. Mais il ne pouvait échapper à la dure réalité de la vie, et finit par s'extirper de ce moment sécurisant.
L'angoisse le saisit à la gorge immédiatement, et il parvint difficilement à rester calme. La nuit était passée, et les rayons du soleil commençaient à poindre. Cette journée promettait d'être difficile et exténuante. Il savait qu'il n'était pas le seul à angoisser, que Barnes était lui-même nerveux de retrouver Rogers. Mais Loki ne s'en faisait pas trop pour cela. Il avait appris à connaître les Avengers durant ces quelques mois, et s'il y avait une qualité qui allait comme un gant à Steve, c'était loyal. Il écouterait les explications de Barnes avec attention, et lui pardonnerait en quelques minutes.
Loki sortit de sa chambre pour se préparer du café, une fois n'était pas coutume. Il avait une sale tête, il le savait, la méditation ne remplaçait pas le sommeil. Il allait devoir faire avec. Barnes le rejoignit quelques temps après, et le Dieu du Chaos lui servit du café. Lui non plus n'avait pas beaucoup dormi, quoique plus que Loki étant donné qu'il n'avait pas participé à la fête. Ils ne parlèrent pas. Ils n'avaient pas besoin de mots pour savoir que l'autre était nerveux également. Loki se demanda soudain s'il ne ferait pas mieux de disparaître, s'enfuir sans laisser de trace. Puis il se souvint du Titan Fou, des Gemmes, de ses enfants et de son frère.
Eatta se leva bien après eux, bien plus reposée aussi, et bien plus guillerette. Tout deux lui envoyèrent des regards noirs, ce qui la fit ricaner. Loki comprenait qu'elle essayait de dédramatiser la situation, mais tout ce qu'il souhaitait pour le moment était de se vautrer dans son malheur. Néanmoins, il savait qu'il n'en avait pas le luxe, et bientôt ce fut l'heure du rendez-vous à la tour Avengers.
Quelques secondes plus tard – New-York, Manhattan, Tour Avengers :
Loki prit la décision de les téléporter sur le toit, en plein milieu de la piste d'envol du Quinjet. JARVIS n'était plus là pour alerter de leur arrivée, et Loki pensait qu'apparaître en plein milieu du salon serait mal reçu par les habitants de la tour. Il utilisa donc la plate-forme d'envol comme porte d'entrée, où ils sonneraient poliment. Ce fut Maria Hill qui vint les chercher. Elle les fit passer par les escaliers (JARVIS étant celui qui faisait fonctionner les ascenseurs, ceux-ci étaient désormais condamnés), pour les emmener dans le salon à l'étage de Stark. Le salon commun étant détruit, ce n'était pas très confortable de s'y installer. Elle n'était pas surprise de la présence de Barnes, se présenta à lui avec un petit sourire, puis les introduisit auprès du reste des Avengers. Leur entrée créa un silence stupéfait. Tony, des cernes immenses sous les yeux et le teint crayeux, lâcha un 'putain de merde' sonore.
« Hey Steve, salua Barnes le visage fermé. »
Le Capitaine des Avengers ne réagit pas immédiatement. Il était très pâle, et avait les yeux légèrement exorbités. Il se leva finalement et s'approcha, tandis qu'Eatta et Loki s'éloignaient un peu, histoire de les laisser se retrouver.
« Buck, souffla-t-il. Tu… tu te souviens de moi ?
- Maintenant oui, répondit Barnes. Grâce à Loki majoritairement.
- Eh ! Protesta Eatta avec son éternel sourire. C'est moi qui t'ai trouvé !
- Eatta m'a trouvé, et Loki m'a fourni de quoi … réparer mon cerveau, corrigea Barnes. »
Son sourire était crispé. Il avait rentré sa tête dans ses épaules, et enfoncé ses mains dans les poches de son jeans. Il était très mal à l'aise, et se contenait comme il pouvait. Les froncements de sourcils indiquaient à Loki qu'une migraine pointait son nez. Trop de stimuli d'un coup, son cerveau n'arrivait pas à traiter toutes les informations.
« Comment savoir si Barnes n'est pas contrôlé comme je l'étais ? Demanda agressivement Barton en se levant du canapé où il était assis.
- T'es qui ? Fit Barnes sur le même ton.
- C'est l'agent Clint Barton, répondit Loki sur un ton neutre espérant désamorcer la crise.
- Oh, dit Barnes comprenant de qui il s'agissait. J'ai été contrôlé pendant des décennies. Je ne le suis plus.
- Je t'ai cherché, murmura Rogers sans oser s'approcher plus.
- Je sais Steve, répondit Barnes. On en parlera après. »
Son ton était un peu sec, dû au stress, et Rogers eut l'air un peu blessé, mais n'en fit pas grand cas. Eatta, Loki et Barnes furent introduits un peu plus en avant dans le salon, et on leur proposa de prendre place sur des chaises. Les regards tournés vers eux étaient suspicieux au mieux, hostiles voire haineux au pire. Tony évitait sciemment le regard de Loki, Bruce regardait ses mains et avait le visage fermé. Rogers n'avait d'yeux que pour Barnes, alors que Clint fixait Loki d'un air venimeux. Les autres semblaient incertains. La seule qui paraissait à l'aise était Maria Hill qui annonça que le Directeur du SHIELD arriverait d'une minute à l'autre. Eatta et Loki échangèrent un regard, mais ne firent aucun commentaire. La plate-forme de la tour pouvait accueillir un second Quinjet, qui arriva quelques minutes plus tard. Le salon silencieux entendit l'atterrissage et Maria retourna à l'étage supérieur pour accueillir les nouveaux arrivants.
Tout comme l'arrivée de Barnes, celle de Coulson créa de la stupeur. A nouveau Barton bondit sur ses pieds, cette fois perdus et balbutiant.
« Phil, dit-il la voix tremblante. Comment ? Tu… Je l'ai vu. J'ai vu ton corps ! Comment ?
- J'ai fait un tour par Tahiti, répondit Coulson tranquillement. Un endroit magique. »
La manière dont il le dit interpella Loki, mais il ne fit aucune remarque. Il nota cependant que les mains du Directeur du SHIELD tremblaient un peu, encore.
« Pourquoi n'avoir rien dit ? Demanda Barton secoué. Pourquoi avoir caché que tu étais en vie ?
- Je suis désolé Clint, fit-il sans répondre. Je pense que nous avons plus urgent.
- Tu me dois des putains d'explications, exigea l'ancien agent.
- Plus tard Clint. »
Le ton était sans appel. Derrière Coulson, il y avait une femme d'origine asiatique à l'air sévère, et un jeune homme agité. L'œil entraîné de Loki lui permit de voir que le jeune homme avait partiellement perdu la mobilité de son bras gauche. Il semblait également impressionné d'être en compagnie des Avengers, son regard balayant la pièce.
« Messieurs, mesdames, fit Coulson. Je vous présente l'agent Melinda May qui me seconde à la direction du SHIELD, et l'agent Leo Fitz, ingénieur et scientifique de génie. »
L'homme, Fitz, marmonna quelque chose, et Coulson lui jeta un regard compatissant.
« Nous sommes au complet, fit Maria en prenant l'initiative. Nous avons beaucoup de sujets à aborder et peu de temps en définitive. Par quoi voulez-vous commencer ? »
Ils se regardèrent tous un peu de travers, et ce fut finalement Thor, silencieux jusqu'à présent, qui rompit la gêne.
« Qui es-tu ? Demanda-t-il à Eatta.
- Nous avons été présenté pourtant, fit-elle avec une moue taquine. Eatta Tivan. C'est mon vrai nom.
- Tivan, répéta Thor qui commençait à comprendre. Des relations avec Taneleer Tivan ?
- C'est mon frère, répondit-elle. Tu as un peu de jugeote finalement.
- Eatta, gronda Loki.
- Quoi ? Je ne peux même pas m'amuser un peu ?
- Pas aujourd'hui.
- Tu n'es pas drôle Petit Prince.
- Ne m'appelle pas comme ça, et n'importune personne, s'il te plaît. »
Elle soupira dramatiquement sous le regard éberlué de l'assistance.
« Qui est Taneleer Tivan ? Demanda l'agent May d'un ton professionnel.
- Mon frère. Lui et moi sommes deux des créatures les plus vieilles de l'univers habité. Il est à la tête du Groupe Tivan, et est sûrement des dizaines de fois plus riche et puissant que Stark. Il dirige également un endroit qui s'appelle Knowhere, et qui est une ville construite autour d'une mine spatiale, au bord de l'univers habité.
- L'univers a des bords ? Fit Tony avec surprise et Loki reconnut bien là son esprit curieux.
- Nous ne sommes pas là pour avoir ce genre de discussion, coupa Hill. D'autres questions pour Eatta ? »
Alors que tous secouaient la tête, Loki se fit la remarque que l'ancien agent appelait la Collectionneuse par son prénom. Intéressant.
« Très bien, continua-t-elle. Moi j'ai une question pour le trio. Comment en êtes-vous venus à travailler ensemble, et pourquoi ?
- Quand j'ai compris que les Gemmes d'Infini réapparaissaient un peu partout dans l'univers, je me suis mise à leur recherche, expliqua Eatta. Mais seule, c'est une quête impossible, d'autant que je ne suis pas la seule à leur courir après. Je me suis mise à la recherche d'alliés. Cela fait quelques temps que je gardais un œil sur les Neuf Mondes, et la situation de Loki m'intéressait. J'ai mes propres moyens de détecter la Magie, et notamment les déguisements magiques. Au réveil d'Odin, il n'a pas été difficile pour moi de le convaincre de me suivre. Mais il le fait non pas pour m'aider, mais pour me surveiller. N'est-ce pas mignon ? »
Loki se sentit légèrement insulté et la fusilla du regard.
« Nous sommes venus sur Midgard à ma demande, car je savais que s'y trouvaient au moins une Gemme.
- Stop, fit Bruce. Je crois qu'un certain nombre d'entre nous a besoin d'un peu plus d'informations sur ces Gemmes. Qu'est-ce que c'est ?
- Ce sont des objets magiques très puissants, dit Thor.
- Pas vraiment, soupira Loki consterné par le raccourci affreux de son frère. Les Gemmes ne sont pas des objets. Ce sont des entités. Un peu comme, et bien oui, des Intelligences Artificielles, mais produites par ce que les humains appelle le Big-Bang, et que nous appelons Himinnlandverða, la création du ciel et de la terre. Elles ne sont pas vivantes à proprement parler, tout comme JARVIS n'était pas vivant, néanmoins, elles sont capables d'actions magiques, lorsqu'elles sont exposées à un stimulus. Dans les faits, c'est un peu plus complexe qu'un programme informatique, mais c'est une base de compréhension correcte. »
Les trois scientifiques humains présents, Tony, Bruce et Fitz, buvaient littéralement ses paroles.
« Il y a six Gemmes, continua Loki. Le Sceptre contient la Gemme de l'Esprit, comme je l'ai dit hier. L'Éther, qui a failli causer la destruction d'Yggdrasil il y a un an et demi, contenait la Gemme de Réalité. Le Tesseract, la Gemme de l'Espace. Il y a aussi la Gemme de Pouvoir, celle du Temps et celle de l'Âme. Elles ont toutes des propriétés différentes et distinctives. Certaines sont plus dangereuses que d'autres. La Gemme de Pouvoir peut tuer une planète en quelques minutes, si tant est qu'on s'en sert de cette manière, par exemple. Il faut savoir aussi qu'elles ne sont pas utilisables ensembles, ni même deux à deux, sauf dans un cas particulier, si elles sont enchâssées dans un gant, qu'on appelle le Gant d'Infini et qui est détenu par Asgard.
- Dans les faits, qu'est-ce qu'Ultron peut faire avec ton Sceptre ? Demanda Steve.
- Grâce au cristal qui est un canalisant, une sorte … d'ordinateur, parce que je n'arrive pas à trouver d'analogie plus parlante, le porteur du Sceptre peut subjuguer l'esprit d'un autre. Le porteur peut aussi atteindre un nouveau plan d'existence, et s'il est suffisamment sain d'esprit et équilibré, accroître son intelligence. D'après ce que nous savons des recherches d'HYDRA, elle permet aussi d'activer une mutation X dormante chez un sujet humain. Le Sceptre en lui-même a une caractéristique de plus, il permet à n'importe qui, même les personnes non-Mages, d'utiliser les pouvoirs de la Gemme, un peu plus faiblement néanmoins.
- Et malgré tout cela, malgré tes pouvoirs, tu n'es pas parvenu à prendre le contrôle de la Terre, dit Romanoff suspicieuse.
- Loki a eu quelques soucis de conviction, dit Coulson avec un sourire presque indulgent.
- Tu plaisantes ? Fit Barton après quelques instants de silence.
- Pas du tout, mais c'est une menace plus lointaine, répondit le Directeur.
- De quoi parlez-vous ? Demanda Tony les sourcils froncés.
- D'un commanditaire, répondit Natasha. Loki était l'exécutant d'un autre. »
Tous les regards se tournèrent vers le Dieu du Chaos qui se referma sur lui-même. Il ne voulait pas aborder ce sujet. Que les autres croient ce qu'ils voulaient, il ne parlerait pas de cela. Il ne le pouvait pas. Son regard se fit fuyant et dur, et il chercha un moyen de détourner la conversation de ce sujet, mais peine perdue.
« Si tu nous expliquais un peu cela, fit Barton toujours agressif. Parce que ça m'intéresse moi. T'essaye de faire quoi ? De te dédouaner de tes exactions ?
- Il est inutile de prendre ce ton, ami Clint, fit Thor qui portait un regard inquiet sur Loki.
- Ce n'est pas grave Thor, dit Loki d'une voix basse incapable de regarder son frère en face. Ce n'est pas important pour le moment. La priorité est Ultron.
- Pas important ? Le fait qu'il y ait un cinglé quelque part dans l'espace qui t'a envoyé conquérir la Terre, ce n'est pas important ? Fit Barton outré. As-tu la moindre idée des conséquences ? As-tu la moindre idée… »
Il se tut, mais Loki comprit qu'il parlait de lui-même, de sa propre souffrance après la prise de contrôle de Loki. Barton avait souffert des pouvoirs de la Gemme, et les séquelles se faisaient encore sentir. Romanoff posa une main apaisante sur le bras de son meilleur ami. Celui-ci ne réagit pas et continua à fusiller le Dieu du Chaos du regard. Les Avengers de la première heure le regardaient, des interrogations dans les yeux.
« Je crois que quelques explications de plus seraient les bienvenues, dit calmement Bruce. »
Loki regardait le sol. Son visage et ses mains étaient crispés, et son souffle se bloquait dans sa gorge. En fait, il y avait une grosse boule qui obstruait sa gorge. Son cœur battait de manière erratique dans sa poitrine et il sentait sa Magie se faire incontrôlable. Tous autour de lui attendaient des explications. Certains connaissaient des bouts de l'histoire, mais il n'avait jamais tout raconté à quiconque, et il ne le voulait pas. Voyant que Loki ne répondait pas, Hill se tourna vers Thor.
« Ce point n'a pas été abordé pendant le procès de Loki ? Demanda-t-elle. »
Loki se mit à rire nerveusement, de ce même rire qui avait secoué Tony la nuit précédente lorsqu'il avait craqué.
« Qu'y a-t-il de drôle ? Demanda Clint abruptement.
- Vous, répondit Loki en levant la tête. Les américains. Vous semblez toujours persuadés que le reste de l'univers fonctionne comme vous. Coulson a posé la même question avec la même ingénuité. »
Clint eut l'air insulté.
« Asgard est une monarchie absolue, expliqua Loki. Il est naïf de croire que les procès équitables y existent.
- Odin est ton père, il n'a pas demandé des explications ? Fit Steve interloqué.
- Odin n'est pas mon père, siffla-t-il subitement en colère. J'ai été 'jugé' dans une salle du trône totalement vide à l'exception de quelques gardes qui me maintenaient enchaînés. Odin m'a condamné avec ces mots 'Partout où tu vas, tu apportes la guerre, la ruine et la mort'. Puis, j'ai été jeté en cellule. Ce n'est pas exactement ce que vous, les américains, appelez la justice. »
Il y eut quelques regards peu amènes vers Thor qui parut gêné.
« Thor n'y est pour rien, fit Loki en soupirant. C'est ainsi que fonctionne Asgard. Odin ne m'a jamais porté de considération, cela n'allait pas changer.
- C'est faux ! Protesta Thor avec véhémence. Il n'avait pas l'intention de te laissé enfermé pour l'éternité !
- Et alors ? S'énerva Loki. En quoi est-ce de la considération ? J'ai disparu un an Thor ! Un an c'est long ! Ni Odin ni toi ne m'avez posé la moindre question sur ce que j'étais devenu ! N'ose même pas le défendre devant moi ! Tu n'en as pas le droit ! »
Pendant la diatribe de Loki, sa Magie s'était manifestée par des étincelles au bout de ses doigts, et il lui fallut quelques respirations profondes forcées pour se reprendre. Il se sentait sur le point de craquer, et sa Magie parcourait agressivement son corps. Il sentit la main de Barnes se poser sur son épaule, dans un soutien silencieux. Si Rogers parut étonné, il ne dit rien. Thor, quant à lui, avait l'air coupable et triste. Loki n'arriva pas à s'en sentir satisfait, et même cela attisa sa colère.
« Que s'est-il passé, demanda-t-il d'un ton faible, quand tu es … tombé du Bifröst ? »
Joli euphémisme pour parler de sa tentative de … partir.
« Ce n'est pas le sujet aujourd'hui, rétorqua Loki. Il faut se concentrer sur Ultron et la récupération du Sceptre.
- Le Sceptre, comment l'as-tu eu ? Demanda Natasha un peu plus retorse que Thor et qui posait des questions moins directes.
- Et bien, je ne l'ai pas trouvé par terre, si c'est la question, répondit-il avec lassitude. On me l'a confié pour la conquête de Midgard.
- Qui ? Insista l'espionne.
- Vous ne le connaissez pas, répliqua Loki. Je … Il … »
De nouveau, son souffle se coinça dans sa gorge, et il se retrouva incapable de parler. Heureusement, Eatta intervint.
« C'est un être très puissant. J'ai eu la malchance de le rencontrer une fois, et il est celui qui a construit le Gant de l'Infini.
- Thanos ? S'exclama Thor.
- Ne dis pas son nom ! Aboya Loki. »
Il ferma les yeux. Son cœur s'était emballé et il avait l'impression qu'il était remonté de quelques centimètres dans sa poitrine. Un frisson de terreur le prit, et il tenta en vain de respirer. Toutes ses émotions s'emmêlaient, ses souvenirs tourbillonnaient, ses sensations se confondaient, sa Magie crépitait, instable.
« On va faire une pause, dit Barnes à côté de lui avec un ton sans appel. S'il vous plaît, barrez-vous. Eatta, toi aussi, t'en a assez fait. »
Les autres ne devaient pas bouger assez vite car Barnes leur intima de se dépêcher, jetant tout le monde dehors. Puis il revint vers Loki, qui sentait sa Magie s'échapper de lui par vague.
« Putain Loki, respire, fit Barnes un peu paniqué. Reste avec moi, respire. »
Petit à petit, la panique reflua, mais son centre magique restait très instable. Des flammèches s'échappaient de ses doigts désormais, et il avait laissé des traces de brûlures sur les meubles à proximité.
« Est-ce qu'il y a quelque chose à faire ? Demanda Barnes.
- De la méditation, répondit faiblement Loki.
- Putain, c'est pas bon de garder toutes tes émotions pour toi, jura-t-il. Faut que t'arrive à parler à quelqu'un.
- Et à qui ? Demanda le demi-Jötunn en haussant les épaules.
- Thor avait l'air de vouloir écouter, hasarda-t-il. Sinon, y a moi. Je suis là, si t'en as besoin. Je suis ton ami, après tout. »
La sensation de chaleur et de réconfort surpris Loki.
« Merci Bucky, dit-il sincèrement en utilisant le surnom de l'homme pour la première fois.
- T'as besoin d'être seul, pour ta méditation ?
- C'est préférable, approuva-t-il. Je vais aller dans la chambre, cela vaudra mieux.
- Ok, je vais prévenir les autres. »
Loki se retrouva donc seul dans la chambre qu'il avait partagé avec Tony pendant des mois. Il n'osa pas s'asseoir sur le lit, il se positionna donc contre un mur, face à la porte, et se laissa glisser au sol. Il n'entra pas en méditation. Il ne pouvait pas, pas ici, alors qu'il y avait tout ce monde hostile. C'était trop dangereux. Il ramena ses longues jambes en tailleur, en essayant tout de même de se détendre, afin que sa Magie s'écoule mieux et moins agressivement, et se concentra sur sa respiration. Après de longs instants, peut-être une demi-heure, peut-être une heure, peut-être plus il ne savait pas, il était à nouveau dans un état, pas détendu, mais moins tourmenté, quand quelqu'un frappa et entra aussitôt après. Loki tenta de ne pas se crisper quand Tony pénétra dans la pièce, en vain. Il avait le visage grave mais ne semblait pas en colère. Son regard croisa celui de Loki, toujours assit au sol.
« Ce n'est peut-être pas le bon moment pour exiger des explications, fit le milliardaire en s'asseyant sur son lit.
- Je suis désolé de ne pas t'avoir dit la vérité, souffla Loki.
- Pourquoi as-tu fais ça ? Je veux dire, accepter mes invitations, au début, et puis avoir continué. C'est ça que je ne comprends pas.
- Je voulais croire que je pouvais être quelqu'un d'autre, répondit-il sincèrement. J'ai été un idiot de me voiler la face de cette manière. Je me suis peut-être menti à moi-même, mais pas à toi. Je le jure. »
La boule refit son apparition dans sa gorge, alors il arrêta de parler. Tony triturait ses mains, mal à l'aise.
« Tu m'as prévenu, fit-il finalement. Tu as semé des indices tout le temps. Le noir, le vert et l'or. Ton nom, enfin, ton faux nom. Ton apparence. Ton histoire avec ton frère et ton père. Tu semais des indices, pas volontairement je pense, mais j'ai été aveugle.
- Ne te blâme pas. C'est de ma faute. J'aurai dû … je voulais … J'aimerai … J'aurai voulu être Lorie Knave.
- Moi aussi, dit Tony. »
Loki eut l'impression qu'on lui enfonçait un poignard dans la poitrine.
« Je comprends tu sais, fit l'homme qui continuait de fixer ses mains. Le truc de vouloir être quelqu'un d'autre. Tu le pouvais, alors pourquoi se priver ?
- Tony, commença le Dieu.
- J'aimais Lorie Knave, le coupa-t-il. J'aimai Lorie Knave et tu l'as tué. C'est pas juste. J'avais besoin d'elle. J'ai besoin d'elle ! Mais elle est juste morte. Elle ne pourra pas revenir, parce que t'auras beau te transformer, maintenant je sais que le vert de ses yeux, ce sont tes yeux. Que ses cheveux tombent exactement pareil autour de ton visage. Que sa démarche, c'est la tienne. Si tu te transformes, je ne verrai que Loki. Lorie est morte. Et tu sais ce qui est le plus triste ? C'est que je sais que Lorie m'aimait en retour. »
Tony tourna son regard brillant vers lui. Il n'était pas en colère. Il n'était pas accusateur. Il était juste triste. Et Loki parvint à soutenir son regard, mais la douleur dans sa poitrine l'empêchait de parler. Il ramena ses jambes vers sa poitrine, les genoux pliés. Il avait vaguement conscience qu'il devait être pathétique à se recroqueviller comme cela, dans une tentative ridicule de protection.
« Et maintenant ? Demanda Tony.
- Je vous aiderai contre Ultron, offrit Loki. Je continuerai de surveiller Eatta, qui prend cette histoire de Gemmes bien trop à la légère. S'il le faut, je me battrai contre le Titan Fou, celui qui m'a … donné le Sceptre. Mais je promets que je sortirai de ta vie. Je quitterai Midgard s'il le faut. J'irai ailleurs.
- Et quoi, c'est tout ? Tu vas juste partir ? T'enfuir encore ? »
Loki le regarda étonné.
« Si tu… si vous souhaitez que je sois jugé pour mes actes sur Terre, alors je le serai, proposa-t-il humblement.
- En fait, Coulson nous a fait comprendre que tu n'avais pas le choix et que tu as fait exprès de perdre. Et puis Thor semble très réticent à l'idée de te remettre en prison. Il a l'air de beaucoup s'en vouloir.
- C'est un peu tard pour lui, fit-il amer. Thor n'a jamais eu beaucoup plus de considération pour moi qu'Odin. Son seul mérite est de ne jamais m'avoir utilisé comme son père, et de s'être un peu réveillé à la fin. J'ai des torts. J'en ai beaucoup. Mais il en a aussi, et autant que moi. Ses torts ne sont juste pas de même nature que les miens. Quant à ceux d'Odin… je ne lui pardonnerai jamais. »
Sa voix exprimait une telle conviction, une telle rage. Cela fit froncer les sourcils de Tony. Le milliardaire se laissa tomber au sol, les jambes étendues devant lui, la tête reposant sur le matelas. Il n'était pas tout à fait en face de Loki, mais le regardait directement désormais.
« Raconte-moi, dit-il.
- Quoi ? S'étonna Loki.
- Qu'est-ce qu'Odin t'a fait pour que tu le détestes à ce point ?
- Pourquoi veux-tu savoir ? Si c'est une manière de te venger…
- Non, c'est pas ça, soupira Tony. Il y a forcément un peu d'elle en toi. Je veux dire, ouais, elle était merveilleuse, donc tu peux pas être si mauvais. Enfin, c'est ce que je me dis. Tout le truc avec son père, ça avait l'air de la faire souffrir, alors je me dis que si je te comprends un peu mieux, ça m'aidera peut-être … à la laisser partir. »
Loki resta silencieux. Il n'était pas Lorie, mais Lorie était lui, et ce que disait Tony avait du sens. Enfin de son point de vue. Mais que dire ? Que révéler ? Il se sentait déjà beaucoup trop vulnérable, et s'était bien assez humilié volontairement.
« Tu disais qu'Odin n'avait jamais eu de considération pour toi, continua Tony. Qu'a-t-il dit ? Qu'a-t-il fait ? Thor parle peu de votre famille en général. Ouais, il a quelques envolées lyriques parfois, mais rien sur les détails.
- Thor n'est pas un imbécile complet, dit Loki surprenant son interlocuteur. Enfin, il ne l'est plus. Ce n'était pas le cas, il y a quelques années. Il était un enfant gâté, mais Odin, pour une raison que je ne m'explique pas, a décidé de lui laisser la place et de le couronner. Mère connaissait mon point de vue sur l'immaturité de Thor, et reconnaissait qu'en effet, il avait tendance à prendre beaucoup de choses à la légère, mais elle n'a jamais remis en question les décisions d'Odin. Et le Roi ne voulait rien entendre de ma part. Comme je ne prenais pas part à la liesse générale, tous ont pensé que j'étais jaloux, Thor le premier. Je n'étais pas envieux. J'étais inquiet. Pour le trône, pour le Royaume, pour le peuple, pour notre famille. Thor est un grand guerrier, mais cela ne lui donne pas les qualités pour être un bon roi. Et puisque je ne pouvais convaincre personne, j'ai voulu les mettre tous devant le fait accompli. Il existe un Royaume dont les habitants sont les ennemis héréditaires des Æsir. Les Jötnar, qu'on appelle aussi géants des glaces, sont des monstres sanguinaires, féroces et dangereux, dont la peau bleue provoque de graves engelures. Tout Asgard le sait et tous les haïssent avec ferveur. J'ai donc fait entrer quelques Jötnar dans le palais pendant la cérémonie du couronnement de Thor. Ils ont été tués par le Destructeur en quelques minutes, mais Thor s'est échauffé, et a voulu réclamer réparation à Jötunheim. Odin, qui était encore Roi, puisque le couronnement n'avait pas eu lieu, a refusé. Il avait raison bien sûr. On ne déclare pas une guerre pour une effraction. Au pire, on négocie un dédommagement, et je pense qu'Odin avait cela en tête. Mais Thor ne l'a pas entendu ainsi. Accompagné de ses fidèles amis, Sif et les trois Guerriers, ainsi que de moi, il est parti en douce pour Jötunheim, avec la bénédiction du Gardien. C'était de la désobéissance de notre part, mais le Gardien est sous serment, c'était donc une trahison. Sentant que nous courions à notre perte, j'ai fait prévenir Odin par un Einherjar, un garde royal. »
Il s'arrêta brièvement, laissant les souvenirs douloureux remonter à sa mémoire.
« Nous nous sommes battus contre les géants des glaces, et ma peau a touché celle de l'un d'eux. Mais au lieu de sentir une vive douleur, à l'endroit du contact, mon bras est devenu bleu. Cela n'a pas duré. Odin est intervenu et a mis fin à la bataille. C'était ce que je voulais, qu'il s'aperçoive enfin que Thor n'était pas formé pour la couronne. Je voulais qu'enfin Odin force son fils à prendre des leçons de diplomatie, de stratégie, de politique. Je l'avais enfin mis devant ses contradictions, mais une fois de plus, Odin s'est voilé la face à propos de Thor. Le Roi de Jötunheim, Laufey venait de déclarer à nouveau la guerre à Asgard à cause de Thor, et quelle a été sa punition ? Odin lui a confisqué Mjöllnir, et l'a envoyé sur son Royaume préféré, Midgard. J'aurais dû argumenter, défendre un autre point de vue, mais j'étais obnubilé par le fait que ma peau pouvait tourner au bleu. J'étais en train de comprendre que toute ma vie n'était qu'un vaste mensonge. Je suis allé prendre un artefact magique qui appartenait à Jötunheim pour confirmer mes craintes. Mon corps entier était devenu bleu. J'étais … je suis … et Odin … Il m'a raconté m'avoir trouvé dans un temple sur Jötunheim, à la fin de la guerre, que j'avais été laissé là pour mourir par mon père, Laufey, le Roi sanguinaire des Jötnar. Il a dit avoir eu pitié de moi. Il voulait m'utiliser pour amener une paix durable entre Asgard et Jötunheim. Il voulait faire de moi un Roi pantin, destiné à obéir à Asgard la supérieure, cracha-t-il avec colère. Mais ses projets n'étaient plus d'actualité. Et alors que mon monde s'écroulait autour de moi, il est juste tombé dans le Sommeil. »
Loki renifla avec mépris. Odin n'avait jamais été à la hauteur avec lui.
« Thor était banni, je fus donc couronné Roi régent, le temps du Sommeil d'Odin. J'aurais pu être un bon régent. Mais mon esprit s'effondrait sur lui-même, et je n'avais personne pour me rattraper, me soutenir. Les amis de Thor me méprisent cordialement depuis toujours, parce que je suis un Mage, et pas un Guerrier, comme tout bon Ase qui se respecte. Et il y avait cette voix dans ma tête qui me rappelait à chaque instant que je n'étais en fait qu'un monstre, et que si quelqu'un s'en apercevait, les Æsir réclameraient ma mort. Au même moment, les amis de Thor, qui étaient persuadés que j'avais comploté pour évincer Thor de la succession, sont partis sur Midgard pour le ramener à Asgard, malgré ma désapprobation. Le Gardien a trahi une seconde fois en quelques jours. Et j'ai juste … pété les plombs. »
Loki pouvait sentir la folie remuer au fond de lui, comme s'il ne suffisait que d'une toute petite chose pour la faire remonter à la surface. Juste en parler suffisait à la réveiller, et cela lui faisait peur.
« Je crois que sur Midgard vous auriez appelé cela une rupture psychotique. Même si, et bien, je ne suis pas humain, c'est ce que j'ai trouvé dans la littérature de plus approchant. Nous n'étudions pas la psychologie à Asgard, je n'ai donc pas de bonnes notions. Mais mon esprit malade a concocté toute une machination pour prouver à Odin que j'étais digne du trône, digne d'être un Ase malgré l'évidence. J'ai tendu un piège à Laufey, mon géniteur, et je l'ai assassiné devant la couche d'Odin, en présence de ma mère. Et puis pour des raisons qui sont floues maintenant, mais qui étaient tellement évidentes à ce moment-là, j'ai envoyé le Destructeur pour tuer Thor et ses amis. J'ai presque réussi, et Thor a retrouvé son marteau et ses pouvoirs. J'ai aussi essayé de détruire Jötunheim. Thor s'est battu contre moi. Je crois que ... je voulais qu'il me tue, oui. Pour m'empêcher de détruire mon monde de naissance, il a détruit le Bifröst. Cela a créé une vacuité dans l'espace, une ouverture vers quelque part dans l'univers. Je voulais qu'Odin comprenne que j'avais fait ça pour lui. J'avais tué Laufey pour empêcher la Guerre. Je voulais détruire Jötunheim pour que les Jötnar ne soient plus jamais une menace. Mais Odin n'a pas voulu le comprendre. J'étais suspendu au dessus du vide à ce moment-là. Je n'avais plus rien. Ni famille, ni ami, ni but, ni identité. Alors j'ai juste … lâché prise je crois. »
Tony resta silencieux, semblant attendre que Loki continue.
« Je suis tombé dans l'espace. Je n'aurais pas dû survivre. Mais j'ai survécu. Je suis tombé dans un monde loin, très loin d'Yggdrasil. Un monde où règne une créature appelée l'Autre, Empereur d'un peuple nommé les Chitauri, et vassal de celui que les Æsir surnomment le Titan Fou. J'étais fou, brisé et haineux. Je haïssais tout et tout le monde, mais surtout moi-même. L'Autre est une créature vile et cruelle. Mais la douleur physique n'est pas si terrible. Elle est dépassable. Le Titan Fou par contre, il avait le Sceptre, la Gemme de l'Esprit. Il a tout ravagé, tout retourné. Il a attisé la colère et la haine. Il a insufflé des envies de vengeance sanglante. Mais surtout il a vu le Tesseract. Je savais où il était parce que je suis particulièrement réceptif à sa Magie. Le Titan Fou avait le moyen parfait pour s'en emparer. Il m'a donc envoyé sur Terre pour le récupérer, puis ouvrir un passage pour son armée, afin de détruire cette planète, et forcer les Æsir à venir la défendre. Je ne voudrais pas entrer dans les détails, mais Yggdrasil existe sur un autre plan d'existence que le reste de l'univers. Et Midgard est une sorte de portail. Bien sûr, il existe d'autres moyen que Midgard pour atteindre les autres Royaumes, mais la Terre est le plus sûr et le plus facile. Le Titan Fou souhaite la destruction d'Yggdrasil, et pour se faire, il voulait passer par la Terre. J'ai été envoyé pour vaincre cette première ligne de défense. Mais il y a encore des personnes qui comptent pour moi au sein des Neuf Royaumes, et pour lesquels je suis prêt à mourir. Alors j'ai mené les Chitauri à la défaite, plus ou moins consciemment, selon les moments. Vous m'avez vaincu, Thor m'a ramené à Asgard, et la suite, je l'ai raconté tout à l'heure. Le 'procès'. J'ai été jeté en prison, jusqu'à ce que Thor me fasse évader.
- Qui sont-ils ? Ces gens pour lesquels tu es prêt à mourir ? Demanda Tony.
- Mes enfants, murmura Loki la gorge nouée.
- Tes enfants ? S'étonna Tony. Tu es père ? Mais … Pourquoi ? S'ils comptent tant pour toi, pourquoi ne pas être avec eux ? »
Loki sentit une barrière au fond de lui céder. Des larmes silencieuses se mirent à couler sur ses joues sans qu'il puisse y faire quoique ce soit. Il baissa les yeux pour ne pas voir la pitié dans le regard de Tony.
« Il existe une prophétie, hoqueta-t-il, une prophétie qui prédit que mes enfants seront à l'origine de Ragnarök, la fin des Mondes. Pour l'éviter, Odin les a banni, puis, pour s'assurer que je lui obéisse, et que je ne les libère pas, il m'a jeté un sort qui m'empêche de les voir. Ils pourraient être dans cette pièce, je ne pourrai ni les voir, ni les entendre, ni les sentir. Ce n'était que des bébés ! Il n'avait pas le droit de me les arracher ! Pourquoi ne m'a-t-il pas banni avec eux ? »
De lourds sanglots déchiraient sa gorge. Il n'avait parlé de cela qu'avec Maître Vlanarus. Personne d'autre ne l'avait jamais écouté ainsi, et il fallait que ce soit Tony, l'homme dont il venait de briser le cœur. Il enfouit son visage contre ses genoux et enserra ses jambes de ses bras. Il n'entendit pas l'homme bouger, mais il sentit lorsqu'il s'assit tout à côté de lui, et qu'il passa un bras autour de ses épaules. L'humain l'attira contre lui, en murmurant des paroles de réconfort sans queue ni tête. Loki tenta de lutter un peu, mais finit par céder, et se laisser aller, la tête dans le cou de Tony, qui lui caressait les cheveux dans un geste apaisant. Il pleura longtemps, déversant sa peine, sa colère, sa peur. Il pleura sur son passé mensonger, sur son présent détruit et sur son avenir inexistant. Il pleura enfin sur ses amours, celui pour ses enfants qui n'avait jamais eu la chance de s'exprimer, et celui pour Tony désormais en lambeaux. Il se reprit finalement, et se redressa.
« Désolé, s'excusa-t-il en voulant s'éloigner.
- Ne le sois pas, fit Tony en essuyant les dernières larmes sur ses joues dans un geste doux. Si tu veux tout savoir, j'ai très envie d'aller casser la gueule à Thor. Putain, je suis même étonné que t'aies pas craqué plus tôt. T'as quel âge ? Des centaines d'années ? C'est tout de même incroyable que t'aies eu personne pour te soutenir ! T'as pas du tout d'ami à Asgard ?
- Être Mage-Guerrier ne fait pas de moi quelqu'un de respectable pour la noblesse Asyne, expliqua Loki qui se calmait peu à peu. Utiliser la Magie lors d'un combat n'est pas honorable, et nombre de Guerriers Défenseurs préféreraient mourir que de subir un tel déshonneur. Je n'ai pas bonne réputation au Palais. Vanaheim et Alfheim me portent une solide estime, car ce sont des Mondes où la Magie y est pratiquée et révérée. Mais c'était trop tard quand j'ai commencé mon apprentissage. Je n'ai jamais réussi à me socialiser comme les autres. Les seules personnes que je pourrais qualifier d'amis ce sont mes anciens Maîtres et Maîtresses de Magie, mais ils ont en mon cœur plus une place de parents que d'amis véritables. L'un d'entre eux surtout.
- Vlanarus.
- Oui. Je ne peux en vouloir aux Æsir de m'avoir rejeté, car c'est une société très sectaire, qui n'accepte que peu la différence. Si j'avais su dès le début pourquoi j'étais si dissemblable à eux … »
Tout aurait été différent. Le silence s'installa entre eux. Ils étaient toujours assis par terre, côte à côte, leurs épaules et leurs avant-bras se touchant. C'était réconfortant, une présence ainsi, l'écoutant, essayant de ne pas le juger comme il l'avait été toute sa vie. Allant même jusqu'à s'offusquer de ses souffrances, voulant le défendre. Cela lui mit du baume au cœur.
« Tu sens pareil, murmura son voisin après un moment.
- Je suis la même personne Tony. Je ne m'autorisais pas les mêmes choses, mais fondamentalement, je n'ai pas menti. Je ne me suis jamais forcé, jamais comporté d'une manière que je ne voulais pas.
- Je ne sais plus quoi penser. Je t'en veux, j'veux dire, putain tu m'as jeté par la fenêtre. Mais je crois que j'arrive à comprendre tout ce truc de pétage de plombs, d'enfance solitaire, et tout. Ouais, je suis mal placé pour en vouloir aux gens qui pète un câble. J'ai passé presque toute ma vie à faire le con pour qu'on me remarque, pour tenter de me différencier de mon père, pour finalement marcher droit dans ses pas. Je suis personne pour faire des remarques là-dessus. Fausse identité ? J'ai fait. Comportement autodestructeur ? J'ai fait. Tentative indirecte de suicide ? J'ai fait. Faire du mal aux gens que j'aime ? J'ai fait ça tellement de fois. Putain, j'ai même probablement tué plus de gens que toi avec mes armes. Ouais, j'arrive à comprendre.
- Tu me pardonneras ? Un jour ?
- Je sais pas. Probablement. »
Quelqu'un frappa à la porte. Tony répondit, et Rhodey passa la tête par la porte.
« Dites les gars, vous en avez encore pour longtemps ? On a des nouvelles d'Ultron. »
Cela suffit à faire lever Tony et Loki.
« T'es sûr que tu veux pas te reposer ? Demanda le milliardaire. T'as une sale gueule.
- Tu t'es regardé ? rétorqua Loki avec un faible sourire.
- Ok, comme tu veux. Allons voir ce que le T-1000 a fait. »
Maria et Eatta n'avaient pas chômé. Elles avaient traqué sur Internet les traces d'Ultron, et surveillaient les informations autour du globe.
« Il est partout, dit Maria lorsque tout le monde fut de nouveau dans le salon. Labo de robotique, d'armement … Les rapports parlent d'hommes de métal qui font des razzias.
- Des victimes ? Demanda Steve et Loki remarqua que Bucky se tenait assez proche de lui ce qui était inhabituel de la part de son ami.
- Seulement ceux qui engagent le combat. La plupart partent dans des délires, des souvenirs, des cauchemars, ou parlent d'une chose 'trop rapide pour être vue'.
- Les Maximoff, comprit Steve.
- Qui sont les Maximoff ? Demanda Loki qui avaient l'impression d'avoir raté quelque chose et qui se sentait très las.
- Des cobayes volontaires d'HYDRA apparemment. Ce sont des optimisés, les seuls qui ont survécu aux manipulations à la fois génétiques et magiques d'HYDRA, expliqua Eatta. Ce sont des jumeaux, Pietro et Wanda Maximoff. Lui a désormais un métabolisme et une homéostasie améliorés, et elle c'est plutôt neuro-électricité, télékinésie, manipulation mentale.
- Oh, fit Loki comprenant. C'est elle qui a lancé un sort à Tony. Je vois. Neuro-électricité tu dis ? Alors le sort devrait s'étioler seul dans les jours à venir.
- Logique qu'Ultron les recrute, continua Steve. Ils ont quelqu'un en commun après tout. Mais Strucker ne pourra pas plus nous renseigner. Il est mort cette nuit, assassiné par Ultron, avec un message pour nous. »
La photo du cadavre et du mot 'PAIX' en lettres de sang sur le mur s'afficha sur l'écran du salon.
« Joli graffiti, siffla Tony.
- C'est un écran de fumée, dit Natasha. Pourquoi envoyer ce message après son discours d'hier ?
- Strucker devait savoir quelque chose, hasarda Steve. Quelque chose qu'Ultron ne veut pas qu'on sache.
- Et nous ne le sauront pas, soupira Maria. Toutes les données qu'on avait sur Strucker ont été effacées.
- Pas tout, fit Steve. Vous pensez trop informatique. Mais le SHIELD a imprimé beaucoup de choses.
- Et les archives sont dans les sous-sols de la tour, continua Maria.
- Quoi ? S'étonna Tony visiblement pas au courant.
- Il y avait deux étages de sous-sols non-utilisés quand les Avengers se sont installés à la tour, répondit Coulson. On en a profité pour stocker un maximum de trucs discrètement. Décision unilatérale prise par Fury. Seuls Maria et moi étions au courant, puis on a quand même mis Natasha dans la confidence, puisqu'elle était sur place assez souvent.
- C'est vrai que moi, j'existe pas, grogna Barton.
- Désolé Clint, fit Coulson réellement navré. Mais tu n'avais pas retrouvé toutes tes accréditations à ce moment-là. Et ensuite, on n'y a pas pensé.
- Qu'est-ce qu'on attend pour se plonger dans la lecture de compte rendu poussiéreux et barbants, demanda Rhodey. »
Tous ne descendirent pas aux archives. Steve et Bucky suivirent Maria, Coulson et l'agent May, accompagnés de Barton et Romanoff. Thor profita de ce moment pour s'approcher de Loki.
« Te sens-tu mieux mon frère, demanda-t-il.
- Oui, merci Thor.
- Toi et moi, on va avoir une longue conversation, Point Break, grimaça Tony. A propos d'exclusion sociale et de harcèlement moral.
- Tony, s'il te plaît, plaida Loki.
- Ok, ok, pas maintenant. D'accord. »
Thor fronça les sourcils mais n'ajouta rien. Une preuve de plus pour Loki que son frère avait changé, qu'il était plus patient désormais. Soudain Loki réalisa.
« Mais, ils ne vont pas descendre et remonter les soixante-dix étages à pieds ?
- Je ne m'en étais pas rendue compte, gloussa Eatta, mais c'est en effet ce qu'ils sont partis pour faire.
- C'est du délire ! Ça va prendre toute la journée ! »
Le Dieu du Chaos se précipita derrière le groupe partis, et les rejoignit dans la cage d'escalier. Il les héla.
« Que se passe-t-il ? Demanda Bucky un poil alarmé.
- Soixante-dix étages, dit simplement Loki. La téléportation est beaucoup plus rapide. »
Ils acceptèrent avec différents degrés d'enthousiasme l'offre du Dieu, et revinrent les bras chargés de cartons quelques instants plus tard. Tous furent mis à contribution, cherchant le nom de Strucker dans les documents d'archives. Sam trouva un carton concernant l'agent d'HYDRA, et chacun prit un dossier à consulter.
« Strucker avaient un tas d'associés connus, grogna Steve. Ça va être une plaie de tout vérifier, surtout si on n'a pas accès à leurs dossiers informatiques.
- Et après, c'est nous qui comptons trop sur les ordinateurs, se moqua Tony.
- J'admets que c'est pratique.
- Pratique ? s'insurgea Tony. L'informatique n'est pas juste pratique !
- Étais-tu obligé de le lancer sur ce sujet Steve ? Soupira Loki sans s'apercevoir qu'il interagissait avec l'Avenger comme s'il était encore dans la peau de Lorie. Il va tourner en boucle pendant des heures maintenant. »
Steve lui lança un regard interloqué, tandis que Loki se morigéna en silence. Il devait faire plus attention ! Les Avengers n'étaient pas ses amis !
« Attends, intervint Tony en regardant vers Bruce. Je connais ce gars-là. Ça remonte un peu, mais il faisait du trafic d'armes sur les côtes africaines. »
Le regard de Steve en dit long sur ses pensées.
« Il y a des conventions, d'accord ? Je connaissais les trafiquants, obligé si je ne voulais pas risquer de leur vendre quoique ce soit. Même si Stane ne s'en est pas privé derrière mon dos, ajouta-t-il tout bas. Donc le type, Ulysses Klaue, voulait se renouveler, changer la donne. »
Il sortit une photo d'un homme de dos de l'épais dossier. Loki jeta un œil par dessus son épaule.
« Il a une marque au fer dans la nuque, remarqua-t-il. Ce genre de marque est rarement un ornement volontaire. »
Un rapide passage dans un logiciel de reconnaissance d'image donna quelques résultats.
« C'est un mot d'un dialecte africain, dit Bruce devant l'écran. Il signifie 'voleur', mais en beaucoup moins sympathique.
- Typique, marmonna Loki. Asgard a encore ce genre de punition dans certaines villes.
- Quel dialecte ? Demanda Coulson
- Du Wakanda.
- Hum, dommage, fit le Directeur. On a aucun agent dans cette zone. Plus depuis longtemps. Qu'a-t-il volé au Wakanda pour porter une marque d'une telle taille dans le cou ? »
Steve et Tony se jetèrent un regard alarmé.
« S'il a quitté le Wakanda avec du stock… commença le milliardaire.
- Votre père en a laissé ?
- Dites, vous pouvez partager avec les autres ? Les interrompit Eatta s'attirant quelques hochements de tête.
- Le Wakanda produit le métal le plus solide du monde, répondit Tony. Le vibranium.
- Je croyais que Howard avait tout extrait, dit Bucky. »
Loki remarqua que l'homme se frottait régulièrement le front. Migraine. Heureusement qu'il avait pensé à tout. Il lui tendit une fiole de potion jaune, stabilisatrice, que Bucky avala sans sourciller.
« C'était quoi ? Demanda Steve sèchement.
- Je t'ai dit, fit Bucky en planta son regard dans celui du Capitaine. Loki me donne des potions pour aider mon cerveau à guérir. Je fais régulièrement des migraines, surtout quand des choses me rappellent le passé. Je fais confiance à Loki. Donc Howard avait extrait tout le vibranium ou pas ?
- Oui, répondit Tony, tout le filon y est passé dans les années quarante. Le truc, c'est que depuis, ils ont trouvé d'autres filons, en eaux profondes. A l'époque, Howard n'aurait pas pu l'extraire, mais aujourd'hui, on a les techniques pour.
- Il faut trouver ce gars, Klaue, avant Ultron, conclut Steve. Où est-il maintenant ? »
Quand j'ai écris le dialogue entre Loki et Tony, j'étais tellement dans la tête de Loki que j'ai fondu en larmes en même temps que lui, tout en continuant d'écrire (c'était vers fin avril, début mai). L'écriture a un petit quelque chose de cathartique, surtout quand nos personnages ont des problèmes qui ressemblent aux nôtres (mon père ne m'a pas arraché mes enfants, ne vous inquiétez pas).
Voilà, c'était le chapitre piétinage de morceaux de coeur, maintenant, il faut les recoller ces morceaux :)
A bientôt !
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