Salut tout le monde! Alors, comment ça se passe? La rentrée s'est bien passée? Premier, deuxième jour de cours? Je suis chanceuse cette année, je reprends mercredi ^^ Et j'en profite pour faire passer un message : comme beaucoup d'auteurs, je suis jeune, et donc encore au lycée. Comme je l'ai précisé un peu plus tôt, je suis en Terminale cette année et il FAUT que je bosse. Donc, euh, la parution sera trèèèès irrégulière ^^" Le prochain chapitre devrait cependant venir en fin de semaine prochaine, ou la semaine d'après, tant que j'ai pas encore trop de boulot. Bref.

Avant toute chose... enfin, après bonjour, quand même, je remercie tous les revieweurs z'anonymes, Dörtos, Naiko-chan, et tous les autres qui avaient laissé un comm sur les chapitres publiés avant le bug. Merci les gens, vous êtes géniaux! ;) (Je n'oublie pas les autres revieweurs, hein, Temi, Maxren, Proserpine-Hell, faut pas croire, mais je peux vous contacter facilement ^^)

René Aubry, avec ses magnifiques morceaux, m'a bien redonné la pêche pour ce chapitre. Mais le plus grand merci va à Hayao Miyazaki et Mononoké-Hime (ou Princesse Mononoké), particulièrement avec son histoire d'anciens dieux sangliers et de malédiction noire et grouillantes dues aux hommes...


Les baskets de Sacha martèlent le sol avec bruit alors qu'il se rue vers Régis, qui le regarde d'un air médusé, occultant l'un et l'autre les cris et galopades de plus en plus proches des Pokémons de Crocs-de-Sang. Une étincelle déterminée et farouche brille dans les yeux bruns du jeune Aura-gardien, qui hurle d'une voix hargneuse au Champion stupéfait : « CHEN, JE T'INTERDIS DE MOURIR ! TU M'ENTENDS, PAUVRE TYPE ?!

- ARCEUS TOUT-PUISSANT, SACHA, MAIS QU'EST-CE QUE TU FOUS ?

- PIKAPIIIII !

- SACHA, RESTE ICI ! » Les voix de Pierre, Pikachu et Flora se mêlent à un hurlement strident d'Aurore, qui appelle son Tiplouf à lancer une attaque Siphon pour rattraper les deux Dresseurs. Le petit pingouin fait aussitôt apparaître un grand tourbillon aquatique dans son bec entrouvert et s'apprête à le lancer, mais il s'effondre brusquement, épuisé par les efforts intenses qu'il a dû fournir pour les duels de cette nuit. La gamine en robe se précipite et récupère délicatement son Pokémon, puis relève les yeux sur les deux garçons du Bourg Palette qui sont à moitié en train de se battre, Sacha ayant agrippé le bras valide de Régis et l'entraînant vers l'arrière alors que l'autre tente de se dégager en lâchant une bordée de jurons fleuris. « Bordel de merde d'espèce de connard d'abruti–

- Régis, arrête de jurer comme ça ou je le dis à ton grand-père !

- de sale petit fouineur de mes deux–

- Mais arrête de bouger, nom d'un Caninos ! grimace le brun en esquivant un coup de pied au tibia.

- va te faire foutre, nom d'Arceus ! Lâche-moi ! » Régis ponctue ses paroles d'un violent coup de poing qui atteint complètement par hasard la mâchoire de Sacha, qui lâche une exclamation choquée. Son ancien rival ralentit un instant, puis décide de profiter de l'instant de faiblesse du Dresseur aux yeux chocolat et se débat d'autant plus fort. Soudainement et prodigieusement agacé, le jeune Maître d'Unys se décide brusquement et attrape l'épaule blessée de Régis, inspire un bon coup, puis le tire violemment en arrière. Le Champion de Jadielle pousse un hurlement de douleur déchirant, la tête renversée vers le ciel, et se laisse traîner en gémissant de douleur, incapable de lutter contre la poigne légère mais bien placée de Sacha. Les dents serrées, l'adolescent brun explique d'une voix tendue : « Ton cas est désespéré, tu me pardonneras plus tard.

- Si on en sort en vie. » Flora désigne d'une main tremblante Flash, Abisaï et Kenshi, qui commencent à montrer des signes d'épuisement et ont de plus en plus de mal à contenir les efforts des Pokémons ennemis. Un regard circulaire résume à Sacha la situation : tous ses amis Dresseurs sont épuisés et blessés, dont Flora, Pierre et Ondine assez gravement pour nécessiter des soins rapides. Ce qu'on a pas, pense-t-il, paniqué. Les seuls Pokémons présents sont l'Absol, le Gallame et l'Elecsprint qui se sont posés en protecteurs et les ennemis qui assaillent sans relâche, les faisant reculer de plus en plus vers le bord de la falaise. Le brun jette un coup d'œil par-dessus son épaule et son regard marron plonge le long de la roche, détaille rapidement le sol de prairies et de rochets qui s'étale une bonne centaine de mètres plus bas. Impossible de sauter. Kenshi et compagnie auraient peut-être une chance, mais pas nous.. Pas d'arme, pas de fuite, pas d'objets.

Merde.

« Bordel, mais y sont où les Pokémons légendaires ?! jure Ondine, furibonde et inquiète. Ils font quoi, là ?

- Ils se battent, Ondine, fait la voix lointaine de Lugia, irrité. Seulement, vous ne pouvez pas les voir.

- Vous y arrivez ? lance Iris en scrutant le ciel.

- Difficilement. » Cette fois, c'est Shaymin qui répond d'une voix tremblante caractéristique de sa forme terrestre. « On est à au moins deux contre un, et il en arrive toujours ! On est assez... Mewtwo, attention ! » La communication mentale s'interrompt soudain, et quelques secondes plus tard une formidable explosion résonne dans l'air de la nuit. Sacha capte du coin de l'œil un lointain flash de lumière et montre du doigt la région du ciel où il l'a aperçu : « Ils sont là-bas !

- Trop loin, grince Flash. Kenshi, fais kèkchose ! » Le Gallame hoche la tête, puis croise les bras et émet un cri rauque; aussitôt, un grand bouclier rose transparent s'élève entre la meute et les fuyards. Surpris, les Pokémons qui les attaquaient reculent de quelques pas, leur accordant un court répit. « Partez ! Rugit Abisaï en balançant un Coupe-Vent à un Kangourex trop proche de la Protection de son ami. Faites plusieurs voyages s'il le faut, mais faites sortir tout le monde d'ici !

- Lorsque vous serez loin, vous n'aurez qu'à suivre les Pokémons légendaires ! lance l'Elecsprint. Ils vous mèneront directement là où il faut.

- Non ! » La voix de Rachid attire l'attention sur lui, ses cheveux verts en bataille, sa peau sale de poussière et de sueur, son corps tremblant de fatigue, sa chemise blanche et impeccable le matin même à présent déchirée et brûlée. « Vous ne tiendrez pas !

- Assez longtemps pour que vous puissiez fuir, assure le Gallame d'une voix essoufflée. Allez ! » Un jappement vient contredire ses paroles et un corps lourd est projeté contre la Protection, heurtant le mur psychique avec un bruit mat. Un instant sonné, Flash se remet difficilement debout, alors qu'un autre Elecsprint bondit en face de lui et montre les crocs, agressif. L'allié des Dresseurs gronde en retour et les deux chiens se jettent l'un contre l'autre, grognant, jappant et rugissant dans un tourbillon bleu et jaune qui laisse s'échapper des étincelles.

Les adolescents se regardent, indécis, hésitants, leur peur reflétée dans les prunelles des autres. Pierre et Rachid se rapprochent sans un mot et se serrent la main, se signifiant d'un regard leur bonheur de s'être connus, même si ce n'a été qu'une brève rencontre. Régis, toujours haletant après l'insoutenable douleur de son épaule, lance un regard venimeux à Sacha mais se radoucit en découvrant la culpabilité dévorante dans les prunelles brillantes du plus jeune. Flora et Aurore, d'un même mouvement, s'attrapent la main et ferment les yeux, espérant secrètement un miracle qui leur éviterait d'avoir à prendre la cruelle décision de qui sacrifier.

Apparemment, les miracles ont la forme d'une montgolfière à tête de Miaouss.

« Nous sommes de retour, malgré notre terreur ! Clame la voix féminine, surprenant les jeunes et leur faisant lever la tête vers le ciel.

- Pour vous aider comme toujours, non ce n'est pas une erreur ! » Le reste de la devise Rocket est submergé par un concert de hurlements euphoriques, de jurons soulagés et d'exclamations de surprise, émanant de Flash, Abisaï et Kenshi, qui éclatent dans la nuit noire. Les Pokémons ennemis, totalement pris au dépourvu, reculent en découvrant le grand ballon et braquent des yeux médusés sur la tête de chat géante qui semble les narguer. Miaouss fait descendre une échelle de corde et se perche sur le rebord du ballon, puis crie de sa voix nasillarde : « Allez, grouillez-vous de monter ! »

Immédiatement, Pierre pousse la personne la plus proche du ballon, donc Aurore, vers l'échelette d'apparence fragile et la force à s'y accrocher et à grimper, pendant que Drew fait ressortir son Libégon épuisé et qu'Iris entame l'ascension de son Drakkarmin. Flash, Abisaï et Kenshi reculent lentement, se plaçant en triangle autour de l'appareil volant et protégeant les jeunes qui sont en train de fuir. Des Pokémons de Crocs-de-Sang fuient, la peur au fond des yeux, alors que les autres restent à gronder et charger leurs attaques en direction du ballon et des jeunes derrière la Protection. Cherchant fébrilement une Guérison dans son sac, Drew lève des yeux fiévreux sur sa rivale, qui s'est jetée sur le sol et l'aide à fouiller dans le bazar de son sac. « Non, Flora, va dans le ballon !

- Va te faire mettre, Drew, je me casse pas sans toi.

- Ferme-la cinq minutes et va avec tes amis !

- Hors de question !

- FLORA JAVELLE VA IMMÉDIATEMENT DANS CE FOUTU BALLON !

- NON ! » Brusquement, Pierre chope d'un air excédé la brunette réticente par la taille et l'entraîne avec lui vers la montgolfière de la Team Rocket; totalement prise au dépourvu, la jeune Clémentivillienne se laisse emporter et ne réagit que lorsque le Champion d'Argenta est à mi-échelle. Elle se met alors à frapper son dos de ses poings serrés et à gesticuler dans tous les sens – sans grand effet. « Espèce de – non, lâche-moi ! Laisse-moi tranquille ! Drew ! DREW ! » Ses supplications et ses menaces laissent le jeune homme complètement indifférent et il dépose l'adolescente fulminante dans le panier, où elle se relève aussitôt et enjambe le rebord du ballon à air chaud pour rejoindre son charismatique rival. Retenue de justesse par Aurore, qui l'empêche de tomber d'une bonne dizaine de mètres de hauteur, Flora se débat désespérément pour échapper à la poigne tremblante mais ferme de la Coordinatrice, des larmes de frustration roulant sur ses joues rosées et des hoquets incompréhensibles s'échappant de sa gorge nouée.

Pierre se précipite sur le bord du panier, découvrant le Drakkarmin d'Iris en train de combattre un Tropius agressif et de s'envoler en même temps avec Rachid sur le dos. Régis est déjà en vol stationnaire avec son grand Rapasdepic, pâle et les dents serrées mais refusant de laisser échapper un seul gémissement de douleur, et surveille attentivement un gros Corboss qui tente de voler au-dessus de la Protection. À côté, Drew a enfin trouvé sa Guérison et en asperge frénétiquement son Libégon blessé, qui tente de battre des ailes avec acharnement. Un poids soudain de son côté du ballon informe le Champion d'Argenta que quelqu'un a agrippé l'échelle de corde et y grimpe doucement; se penchant, Pierre découvre une touffe hirsute de cheveux roux et détachés, que le vent agite de toutes parts.

Ondine. Le soulagement envahit le jeune homme brun en voyant sa meilleure amie, sa presque-petite sœur, escalader un à un les échelons de corde qui se plient sous ses pieds et rendent l'ascension difficile. Mais bientôt, l'éleveur fronce les sourcils, subitement inquiet. estSacha ?!Comme si elle avait entendu ses pensées, la rouquine relève la tête pendant quelques secondes et lui lance par-dessus les hurlements de la meute et les mugissements du vent : « En-dessous, Pierre ! En-dessous ! » Le Champion baisse encore les yeux et découvre le petit brun et son Pikachu, sains et saufs, qui attendent qu'Ondine ait fini de grimper pour agripper l'échelle du ballon.

Apeuré, impatient, Sacha ne quitte pas des yeux sa meilleure amie, se forçant à attendre qu'elle ait fini de grimper à l'intérieur du panier en osier. Mais les vents violents et les bourrasques soulevées par les Pokémons qui s'envolent font osciller le ballon et ne lui permettent pas d'avancer plus vite. Son pied glisse soudain d'un échelon et la Championne tombe en poussant une exclamation de surprise; son ami fait par réflexe un pas en avant pour la rattraper, mais la rouquine se raccroche de justesse aux barreaux supérieurs, les pieds pendants dans le vide. Au bout de quelques secondes d'immobilité totale qui semblent une éternité au Dresseur, elle lui lance un regard désolé et effrayé avant de reprendre son ascension en tremblant. Plus vite,scande le brun dans sa tête, tremblant de peur et de fatigue. Plus vite, plus vite, plus vite, plus

« Sacha,attention ! » Le cri d'Abisaï fait tourner la tête aux deux ados, subitement inquiets – et à juste titre, car une grosse boule blanc et rouge se tient à côté de Sacha, un large sourire tordu et de petits yeux victorieux se détachant sur sa moitié supérieure. Un truc rond, rouge et blanc, pense distraitement le Dresseur, épuisé. Une grosse pokéball, quoi. Pikachu, pas vraiment en état de comprendre non plus, penche la tête de côté et affiche une expression perplexe. La « grosse pokéball » se met soudain à grésiller, puis laisse échapper quelques étincelles et se met à clignoter. Uneminute. Pokéball. Voltorbe. Électrode. Clignoter. Attaque. Les yeux de Sacha et Pikachu s'agrandissent brusquement, lucides et terrorisés. Oh mon...

Le Pokémon explose dans un nuage de poussière et un bruit assourdissant, mélange de hurlements stridents dus aux éclats et de détonations; le souffle secoue violemment la montgolfière, la repoussant plusieurs mètres en arrière et manquant faire lâcher l'échelle à Ondine. Régis, déjà en vol, n'a qu'à ordonner à son rapace de s'élever un peu en battant des ailes pour éviter le tourbillon de terre brune; Iris et Rachid, eux, décollent juste à temps. Drew détourne rapidement la tête et se protège avec les bras, alors que son Libégon pousse un cri apeuré qui se perd lorsque le nuage de poussière engloutit le duo de Hoenn dans un souffle violent.

Le souffle de l'explosion secoue fortement l'échelle du ballon et Ondine lâche son barreau d'une main en poussant un cri de peur. S'accrochant autant qu'elle le peut, et priant pour ne pas tomber, elle ferme les yeux et attend la fin de la rafale. Brusquement, le vent généré par l'attaque du Pokémon retombe; la rouquine d'Azuria, étourdie, secoue la tête pour s'éclaircir les idées. La vache, quelle saleté les Électrodes ! Passant son regard outremer sur l'océan de terre qui s'étend à présent sous elle, elle remarque le léger renflement blanc du Pokémon Balle, KO, puis distingue les bordures écarlates des ailes du Libégon. Pauvre Drew – et Sacha ? L'horreur et la peur l'envahissent soudain et elle sent son estomac se nouer sous l'intense nausée angoissée qui la saisit. Elle se souvient très bien qu'il était juste à côté du Pokémon lorsqu'il a explosé. Non... Il ne peut pas... Non.

« Et là, on est avec toi. Et tu ne mourras pas, ça je peux te le promettre. » Les paroles qu'elle a prononcées quelques minutes avant, quelques minutes qui semblent déjà des heures, lui reviennent en mémoire; son ventre se serre un peu plus alors que la culpabilité l'envahit, douloureuse et soudaine comme un coup de poignard en plein cœur. C'est pas possible, tu ne peux pas... !

Prise de panique, elle se redresse brusquement sur les échelons, passe un bras dans l'échelle et met son autre main en porte-voix, puis se met à hurler de toutes ses forces : « SACHA ! SACHA RÉPONDS-MOI, S'IL TE PLAÎT ! » La tête paniquée de Pierre apparaît sur le bord du panier, immédiatement suivie de celles de Pikachu; puis Flora, Aurore et le Trio Rocket se révèlent à leur tour, tout aussi horrifiés que la Championne, qui continue à hurler à l'océan de fumée : « JE T'EN SUPPLIE, DIS QUELQUE CHOSE ! »


Drew tombe à terre, toussant tout ce qu'il peut et les yeux larmoyants, une main plaquée contre la bouche pour éviter de trop respirer de poussière. Entre deux quintes de toux sèche et irritante, le Coordinateur chuchote un ordre inaudible à Libégon, qui a eu la présence d'esprit de lever son aile bordée d'écarlate et de se cacher dessous. Le Pokémon acquiesce et bat des ailes à toute vitesse, chassant peu à peu la terre qui les entoure encore. Le ciel apparaît en premier, sombre et piqueté d'étoiles d'un blanc surréaliste. Puis le garçon aux cheveux verts distingue la silhouette du ballon Miaouss, faiblement éclairé par la lueur rose de la Protection élevée par Kenshi.

À bord de la montgolfière, le trio Rocket et les adolescents sont figés, l'horreur et la terreur inscrite sur leurs visages qui semblent grotesques sous la lumière pâle du bouclier; même la rouquine – quel était son nom, déjà ? …Ah oui, Ondine – semble statufiée, bouche ouverte. De fines traînées brillantes ornent ses joues alors qu'elle semble hurler, mais Drew ne l'entend absolument pas et hausse un sourcil. Ah. État de choc. Super. Son regard émeraude glisse sur la forme du dragon bleu et rouge d'Unys, portant Iris et Rachid, puis sur l'oiseau de Régis : tous les trois ont le regard braqué dans la même direction que la rousse, et le Drakkar-truc en oublie presque de battre des ailes. Le Coordinateur imite ses compagnons et regarde enfin l'endroit qui attire tant leur attention.

Un hoquet s'échappe de ses lèvres et ses yeux s'écarquillent. Médusé, estomaqué, le garçon contemple l'immense bouclier d'énergie qui devient discernable derrière la fumée en train de se dissiper en volutes et tourbillons, alors que la Protection de Kenshi s'évapore délicatement dans l'air. C'est un écran translucide d'un turquoise clair, parfois parcouru d'une étincelle blanche, parfaitement lisse et légèrement bombé vers l'extérieur – vers les Pokémons qui les attaquaient et hurlaient une seconde plus tôt, et qui sont brusquement plus silencieux, jappant de peur, les oreilles couchées, ou bien renâclant d'un air nerveux. Englobés à l'intérieur du bouclier, Flash, Kenshi et Abisaï se tiennent encore sur la défensive, quoique beaucoup plus détendus, et jettent parfois de rapides coups d'œil fascinés sur la silhouette qui se trouve face à l'écran d'énergie.

Les pieds campés dans le sol et Pikachu toujours sur son épaule, Sacha se tient droit, affichant un air grave et sérieux, un peu apeuré. Son regard chocolat trahit son intense concentration et sa confusion, alors qu'il déplace l'une de ses mains gantées le long du mur d'énergie, la paume à la verticale et entourée d'un halo flamboyant d'un turquoise très vif, presque fluorescent. Sous les yeux ébahis des jeunes et des Pokémons présents, une parcelle rectangulaire se décale de quelques mètres et se raccorde sans un bruit au reste du bouclier, bloquant tout à fait le chemin aux Pokémons ennemis. Les jappements et les couinements de peur se font plus nombreux et les ennemis reculent progressivement, les yeux braqués sur l'écran turquoise.

Un grand Galopa s'élance en avant et lance un Koud'korne – ou une attaque Bélier – au bouclier du jeune Dresseur, qui ne frémit même pas, et le cheval de feu est projeté en arrière, bien sonné. Une cascade de gémissements salue la tentative ratée du Galopa, puis une silhouette fine fend la masse bien réduite des Pokémons, se révélant peu à peu comme celle de la Noctali métamorphe, Obsidienne. Le Pokémon Lune lève la tête et contemple le bouclier avec une expression indéchiffrable pendant un long moment, son regard grenat suivant parfois le mouvement sec des crépitement qui parcourent l'écran turquoise. « Retraite, gronde-t-elle d'un air dépité, mais la satisfaction brillant dans ses prunelles. Retour vers les autres. » Immédiatement, elle fait volte-face et file dans l'obscurité, bientôt suivie par le groupe hétéroclite de Pokémons qui continuent de japper et de gémir, terrorisés par la simple vue de l'écran bleu.


Les pattes griffues du Rapasdepic cliquettent sur le sol et le Pokémon se pose lourdement, toisant le bouclier de Sacha avec un air méfiant. Régis descend du dos de son oiseau d'un bond et vacille légèrement, mais Drew le retient bon gré mal gré en pestant à mi-voix d'un air absent. Le Champion se dirige vers son ami, toujours debout devant l'écran d'énergie, et secoue la tête d'un air incrédule. « Par les trois gemmes de Hoenn, Ketchum... » Sa voix s'éteint, trahissant son ahurissement total alors qu'il fixe de ses yeux jade le grand bouclier translucide. Sacha ne détourne pas le regard, extrêmement concentré, mais son ancien rival discerne par contraste ses épaules qui s'abaissent un peu, honteuses. Les mains du garçon tremblent doucement et Pikachu lui tapote la tête avec un « Pikapi... » chuchoté, rassurant.

Ondine se redresse après avoir sauté les quelques mètres qui séparaient l'échelle du sol, le regard rivé sur l'immense écran qu'a élevé son meilleur ami, la bouche légèrement entrouverte sous la surprise. Elle s'avance lentement, ne faisant attention ni à l'atterrissage discret de la montgolfière derrière elle et des autres qui en sortent, ni au paysage flou qui se dessine de l'autre côté de la barrière fascinante, ni aux silhouettes de leurs trois protecteurs Pokémons. La rouquine, ses yeux écarquillés reflétant les arcs électriques et l'éclat turquoise de l'écran d'énergie, s'approche de son meilleur ami et lui jette un coup d'œil : l'adolescent a la tête baissée, semblant honteux et gêné, les yeux fermés, refusant d'affronter le regard de ses amis.

Croisant les regards de Régis et Pikachu, la Championne aquatique lève une main hésitante, voulant la poser sur l'épaule de Sacha, mais suspend son geste, laissant ses doigts à quelques centimètres du bras du jeune Dresseur. Elle ne veut pas courir le risque de le surprendre ou de lui faire croire qu'elle compatit – ça serait la pire des choses. La rouquine laisse lentement retomber son bras et se mordille la lèvre inférieure, puis tourne la tête vers le bouclier turquoise. Timidement, elle fait quelques pas vers l'avant et contemple le gigantesque mur bombé, qui semble à peine épais de quelques millimètres; la faible lueur bleue qui en émane éclaire le sol à ses pieds, l'éclabousse d'une ambiance d'aquarium, se reflète dans ses prunelles océan comme dans un miroir.

Ondine suit de ses yeux écarquillés le trajet tortueux d'une étincelle blanche, qui dessine des zigzags et des formes abstraites sur le bleu brillant, elle laisse un large sourire de petite fille s'installer sur son visage, se rapprochant encore de l'écran d'énergie qui se dresse devant elle. C'est beau. C'est tellement beau...Presque sans réfléchir, elle lève une main et effleure délicatement le bouclier, poussant un hoquet agréablement surpris lorsqu'un bref courant électrique, étonnamment tiède, remonte son bras tendu comme une onde bienfaisante et irradie dans son corps tout entier.

Sacha, finalement trop impatient pour garder la tête baisser plus longtemps, relève les yeux et découvre son amie qui sourit, émerveillée, la tête basculée en arrière pour mieux admirer cet étrange écran qu'il a élevé instinctivement. Un intense sentiment de soulagement envahit le Dresseur, qui se permet un sourire timide, le cœur battant à tout rompre pour une raison qui lui est inconnue. La vision de la rouquine souriante et totalement confiante, baignée de cette lumière surnaturelle, fait courir une chaleur nouvelle dans son corps tout entier, une chaleur douce et apaisante. Se tournant en arrière, il détaille les expressions de ses amis, le nœud d'appréhension dans son estomac s'allégeant au fur et à mesure : Pierre lui adresse un sourire gentil et rassurant, imité par Régis – quoique ce dernier garde les yeux fixés sur Ondine. Un peu plus au fond, Aurore tient la main de Flora et veut la tirer doucement vers l'avant, curieuse d'en voir plus; la brunette de Hoenn dégage sa main d'un mouvement souple, grimaçant légèrement lorsqu'elle tire sur ses plaies, mais ne recule pas. À la place, elle s'avance lentement, plus lentement que la gamine aux cheveux d'un noir bleuté, s'avançant tout de même. Quant au trio Rocket, il s'extasie à voix basse : « Oooooh, c'est joli...

- Le gamin est un artiste, mine de rien.

- Comme quoi, la vie est étrangement faite. » Ondine finit par reculer et enlève sa main du bouclier avec réticence, parcourue de frissons au moment où elle brise le contact avec la protection élevée par Sacha, puis se tourne vers lui et le regarde d'un air indéchiffrable et étrange, rempli d'une sorte de... fierté ? Admiration ? Le Dresseur ne parvient pas tout à fait à mettre le doigt dessus. Prenant soudain conscience de l'absence des troupes hurlantes de Crocs-de-Sang, le garçon abaisse les bras, et l'écran disparaît comme par magie, tout comme la lumière bleutée; une dernière étincelle pétille dans la nuit, puis plus rien. La seule lumière qui les éclaire est la faible lueur des astres et de la lune, ainsi qu'une clarté grisâtre qui provient de l'est. L'aube ? On s'est battus si...longtemps... ?

Brusquement, Sacha chancelle, épuisé. Le monde se met à tourner autour de lui et il porte une main à son front, lâchant un faible gémissement; sa vision se trouble et il commence à tanguer dangereusement, attirant des hoquets surpris et des appels lancés à mi-voix. Le Dresseur s'effondre, mais est rattrapé par des mains fortes et amicales qui l'empêchent de heurter le sol. Le petit brun relève ses yeux chocolat et remercie silencieusement Pierre et Ondine, puis se redresse non sans mal. La pression autour de ses bras se relâche mais ne disparaît pas, signe que le Champion plus âgé a peur que son cadet tombe dans les pommes.

« Tu vas bien ? » La question anxieuse d'Aurore résonne comme une absurdité dans l'air nocturne, faisant sursauter machinalement les Dresseurs du groupe. La Championne se mord la lèvre, un peu gênée d'avoir parlé, mais personne ne lui fait de réflexions; même Drew se contente de lui lancer un regard vide, trop épuisé pour la provoquer ou même lui répondre de quelque manière que ce soit. Sacha, les lèvres sèches et les yeux lourds, dévisage la jeune fille d'un air vaguement surpris, comme s'il l'avait oubliée. Le jeune Maître ouvre la bouche pour répondre, mais la referme lentement lorsqu'il se rend compte que sans doute pour la première fois de sa vie, il ne sait pas quoi dire. Le silence retombe doucement, gêné, tendu, mettant les jeunes mal à l'aise. Finalement, le garçon plonge son regard chocolat dans les iris azur d'Aurore et lui répond d'un ton incertain : « Ça... ça va. Je crois. »

Le soulagement émerge lentement dans les prunelles de la Coordinatrice et elle laisse échapper un soupir rassuré; les autres laissent un léger sourire apparaître sur leur visage. Drew, comme d'habitude, croise les bras et souffle pour dégager une mèche de cheveux de son champ de vision, mais quelque chose s'est adouci dans son regard émeraude. Iris murmure un « Gros bébé » affectueux qui lui attire un regard amusé de son ami Sommelier. Soudain, quelque chose entoure le cou de Sacha et il est entraîné dans une embrassade à briser les côtes d'un Ursaring. Alors que le pauvre Dresseur pousse un hoquet étranglé, Ondine se penche et lui murmure à l'oreille : « Ne refais jamais ça, Ketchum. Jamais. Ou tu me le paieras cher.

- B-bien compris. » L'étreinte de la jeune fille se desserre, permettant à Sacha de respirer à nouveau; maladroitement, l'adolescent aux yeux marron enserre les épaules de sa meilleure amie de ses bras, en prenant bien soin de ne pas trop serrer pour éviter de raviver la douleur de sa brûlure au ventre. Malgré la situation, il sent son pouls accélérer brusquement et des pétillements étranges font leur chemin au creux de son estomac, semblables à ceux qu'il avait ressentis dans la chambre où Ondine l'avait soigné. Tentant d'en faire abstraction, ainsi que du ricanement – un brin amer – de Régis et des regards du genre « je-le-savais-ils-sont-trop-mignons » que se lancent les autres, le Dresseur confus souffle un bon coup, soulagé.Enfin, on va pouvoir souffler.

Apparemment, Sacha avait tort.


Soudain, un hurlement modulé et lugubre résonne dans l'air de la nuit, les faisant sursauter une nouvelle fois. Aurore, morte de peur, pousse un cri étranglé, alors qu'une voix grave lâche un juron grossier – Pierre ou Rachid ? Résignés, effrayés, épuisés, Sacha et Ondine se libèrent de leur embrassade mutuelle et se tournent en direction du cri sauvage. La première chose qu'ils découvrent est la silhouette noire et immobile d'un Pokémon, fièrement posté sur une colline à quelques centaines de mètres, qui les fixe de son regard de braise. Même à cette distance, il est facile de dire que Crocs-de-Sang leur sourit d'un air cruel. Plissant les yeux, le jeune Aura-gardien remarque que quelque chose bouge derrière lui. Non, pas encore des Pokémons... Ses yeux bruns s'écarquillent brusquement lorsqu'il comprend que ce ne sont pas des Pokémons.

Mais quelque chose de bien pire.

« A-a-arceus tout-puissant. » balbutie la voix d'Aurore. L'horizon a viré du bleu roi au noir d'une nuit sans lune et une énorme masse sombre, une chose innommable, une vague monstrueuse et rampante est en train de progresser vers eux. La chose ne semble ni liquide ni gazeuse, plutôt comme un genre d'énergie puissante, semblable à un incendie à la fois contrôlé et sauvage. Et elle se rapproche vite. Très vite. Une peur instinctive prend le jeune Dresseur à la gorge et il recule précipitamment, imité par les autres adolescents. La nuit semble s'assombrir encore plus; les étoiles et la lune perdent de leur éclat et l'aube noircit, occultés par la vague noire qui arrive avec un bruit affreux de cris et de plaintes funèbres.

« Mais C'EST QUOI CE TRUC ? hurle Ondine, horrifiée par la vision du magma noir qui se déverse sur le sol et se rapproche inexorablement d'eux.

- Il faut partir d'ici. Dépêchez-vous ! VITE ! » L'ordre d'Abisaï est le signal de la fuite générale; Sacha, Ondine, Pierre et Flora tournent les talons et se ruent vers le ballon du trio Rocket, qui déroule en catastrophe l'échelle de corde. Iris saute d'un bond sur le dos de son Drakkarmin – heureusement trop attaché à sa Dresseuse pour partir sans elle – et fait grimper Rachid en attrapant sa main et en le tirant brutalement vers le haut. Elle décolle immédiatement et rejoint le Rapasdepic de Régis qui se tient à une bonne distance du sol, les longs cheveux noirs d'Aurore et les mèches brunes du Champion de Jadielle flottant dans le vent violent qui souffle et se jette par la falaise.

Flora se précipite sur le bord du ballon et voit son rival s'escrimer auprès de son Libégon, lançant bientôt d'un geste frustré une bouteille de Guérison vide. Le récipient en plastique vole dans les airs et atterrit dans la marée noire, avant d'être avalé sans un bruit, disparaissant en un claquement de doigt. La brunette pousse un hoquet étranglé, refusant même d'imaginer le sort qui leur serait réservé s'ils se font prendre dans cette mélasse ignoble. Un flash de couleurs vives lui fait baisser la tête et elle découvre les trois silhouettes de Kenshi, Abisaï et Flash, qui sautent sans un bruit par-dessus le rebord de la falaise. La bouche de la Coordinatrice s'ouvre sous le choc, les prunelles azur écarquillées braquées sur le sol au pied de la muraille rocheuse – le choc se transformant en soulagement lorsqu'elle distingue les formes groggy mais toujours vivantes des trois Pokémons. Eux ont peut-être eu de la chance, mais nous... on ne résisterait pas. Soudain, la lumière se fait dans son esprit et elle se met à trembler violemment, horrifiée. Si Drew ne décolle pas, il mourra englouti ou démembré.

Il mourra.

Il mourra.

« DREW ! » À son appel désespéré, la brunette voit Drew relever la tête et découvre ses yeux émeraude voilés de panique, la fatigue se lisant sur le moindre de ses traits. « DREW, GRIMPE DANS LE BALLON ! hurle-t-elle de nouveau. DÉPÊCHE-TOI ! » Un instant, le visage de son rival s'éclaire d'un sourire rempli d'espoir, le soulagement remplaçant la terreur dans ses prunelles, et Flora lui tend la main en un geste inutile mais symbolique. Viens avec moi...

Mais les traits du garçon de Dicoville s'assombrissent soudain et il secoue la tête en signe de refus, pressant les paupières, poings fermés de déception et d'impuissance. « Je... Je ne peux pas ! crie-t-il d'un air désespéré à sa rivale. Vous êtes trop nombreux ! » Flora a la sensation horrible que tout son sang quitte son visage en entendant ces mots. Non... « FAIS UN EFFORT ! lance-t-elle de nouveau, l'horreur brillant dans ses yeux humides de larmes, refusant, refusant absolument d'admettre cette vérité qu'il vient d'énoncer. « S'IL TE PLAÎT, DÉPÊCHE-TOI !

- Drew, derrière toi ! » L'avertissement de Régis lui fait tourner la tête, et les yeux agrandis de peur du Coordinateur reflètent l'avancée implacable et terrifiante de la marée grouillante d'un noir de mercure. Elle submerge le sol à une vitesse effrayante, progressant rapidement dans la direction du garçon pétrifié, immobile au bord de la falaise, son Libégon terrifié battant frénétiquement des ailes en cherchant à décoller avant d'être englouti par cette chose immonde. Le dragon d'un vert brillant pousse un cri déchirant qui fait frémir tous les Dresseurs, et Pikachu lance un « CHUUUU ! » aigu; réagissant enfin, Drew attrape une patte de son Pokémon et le tire vers la falaise, hurlant des mots inaudibles dans le chaos de terreur et de gémissements qui émergent de la vague sombre. Mais... Mais QU'EST-CE QU'IL...

« DREEEEEW C'EST QUOI TON PROBLÈME ?! hurle Aurore, hors d'elle. UTILISE TON POKEMON, C'EST VOTRE SEULE CHANCE DE VOUS EN SORTIR ! » Mais l'adolescent aux cheveux verts fait la sourde oreille et entraîne son dragon toujours plus près du bord... Plus près... L'ondulation malsaine et hurlante n'est plus qu'à vingt mètres et se rapproche toujours. Quinze... Douze...

Plus près... Plus près...

Dix, puis neuf, huit...

Soudain, la cadette du groupe comprend la tactique de Drew; ses iris clairs s'écarquillent sous la surprise et une étincelle admirative s'y allume un instant, avant d'être occultée sous un voile de nuages sombres et angoissés. Il est fou. Ça ne va jamais marcher ! Mais aidé de son Dresseur, Libégon progresse rapidement, à moitié rampant, à moitié sautant, battant de sa meilleure aile pour accélérer encore sa course, lançant comme le Coordinateur de Hoenn de fréquents regards en arrière. Sept mètres, six, cinq... Il avance vite, mais pas assez pour distancer la masse horrible qui menace de les engloutir tous les deux. Enfin, il fait un dernier pas et s'immobilise au bord de la falaise.

Trois, deux...

Drew pousse un cri, donnant ainsi à son Pokémon le signal pour qu'il ouvre les ailes. Le dragon attrape l'adolescent entre ses pattes, puis ouvre ses ailes blessées et se laisse tomber dans le vide, alors que la marée noire les recouvre complètement et les dérobe à la vue de leurs amis horrifiés.


Aha ! Arrivera, arrivera pas... ?