Nouveau chapitre, celui de lundi en fait. Un peu moins drôle, un peu plus dans l'esprit de Noël, un peu plus introspectif.

Encore une fois, j'essaie de rattraper mon retard, c'est pour ça que je répondrai à vos reviews en fin de semaine.

Bonne lecture !


Ciels d'hiver

23 heures.

Le sommeil la fuyait, malgré toutes ses tentatives pour le rattraper. Elle avait beau se tourner, se retourner et se re-retourner dans tous les sens, réarranger ses coussins pour poser sa tête sur le côté froid, allumer une bougie à la lavande, compter les moutons ou même lire des pages du dictionnaire, cet allié précieux refusait de revenir. Et aucune de ses armures ne pouvait vaincre l'insomnie qui s'était emparée d'elle.

Avec un soupir exaspéré, Erza Scarlett quitta son lit, enfila sa robe de chambre et quitta la pièce. Si le sommeil ne venait pas à elle, elle l'attendrait dans la salle commune de Fairy Hills avec un bonne tisane. Si la chance lui souriait, elle croiserait peut-être une de ses colocataires : les arrivées tardives n'étaient pas rares en cette saison de concerts caritatifs et dégustations nocturnes de vin chaud. Son sommeil s'était sûrement attardé dans une activité de ce genre, tiens.

La cuisine au rez-de-chaussée fermait tous les soirs à 20 heures, sans exception possible. Les résidentes avaient donc aménagé une sorte de « bar de secours » à l'insu de la propriétaire, avec tous les ingrédients nécessaires pour se faire un chocolat chaud, un café, un thé ou même une petite pâtisserie. Tout pouvait être réchauffé dans un petit chaudron « à l'ancienne » dans la cheminée.

N'y connaissant pas grand-chose en tisanes et autres plantes à mettre dans l'eau, Titania choisit un sachet qui ne sentait pas trop mauvais et mit un peu d'eau sur le feu. Elle considéra quelques instants l'idée de faire un gâteau, mais y renonça au final. Les jours à venir promettaient une overdose de sucreries, et mieux valait ne pas se goinfrer avant l'heure.

Elle vint vers la fenêtre, où Levy avait eu la bonne idée d'installer un coin de lecture : un petit canapé qui invitait à s'y asseoir, s'y allonger, s'y vautrer pour bouquiner quelques minutes ou quelques heures dans la lumière naturelle, ou sous la lueur tamisée des guirlandes de Noël.

Erza n'avait pas envie de lire, mais les coussins moelleux du canapé avaient l'air trop confortables pour qu'on les ignorât. Elle s'y installa, et appuya sa tête contre la vitre froide. La fenêtre donnait sur les collines et les forêts à l'est de Magnolia. L'absence de pollution lumineuse lui permettait de distinguer parfaitement la lune et les étoiles. L'infini nocturne lui dévoilait ses joyaux, éloignés les uns des autres par des milliards de kilomètres, mais réunis toutes les nuits dans le ciel de Fiore. Erza se laissa happer par ces ténèbres apaisantes, dont l'immensité ne serait jamais égalée, ni même imitée, par l'Homme.

Celui-ci avait pourtant essayé à maintes reprises, et une de ces tentatives avait marqué le corps et l'âme de la mage d'inguérissables cicatrices.

Tout du Paradis. L'arrogance de ce nom promettait un retour à l'Éden par les pouvoirs de Zeref, une ascension vers l'absolu, vers l'infini, vers l'ultime : une élévation spirituelle à l'égal des dieux. La réalisation de cette promesse ne dépendait que de la volonté des fidèles à abandonner toutes les valeurs qui faisaient leur humanité. Vols, pillages, viols, meurtres, esclavage... Le village d'Erza, comme tant d'autres, avait connu cette descente aux enfers qui garantissait le salut à ceux qui la perpétrait.

La jeune femme soupira. Ses années à la Tour du Paradis revenaient encore la hanter : peurs, fatigue, tortures, morts... De tels traumatismes ne s'oubliaient pas. Elle ne pouvait que les repousser dans un coin de sa conscience, ou les édulcorer en pensant aux quelques bons moments là-bas dont elle se souvenait. Leur contraste avec l'univers glauque de la Tour du Paradis, ainsi que leur rareté, leur avait donné une teinte lumineuse, dont la chaleur parvenait parfois à chasser les cauchemars.

Les Noëls là-bas en faisaient partie. On accordait un congé exceptionnel à la plupart des gardes, réduisant leur effectif au strict nécessaire. Les esclaves restaient dans leurs cellules, mais ils n'avaient pas à travailler du midi du 24 décembre au midi du 25. Par contre, on ne leur donnait rien à manger, comme ils n'avaient pas à dépenser de l'énergie au travail.

Dans leur cellule cependant, Rob, Jellal, Simon, Wally, Sho, Milliana et elle avaient réussi chaque année à rendre ces quelques heures un peu plus joyeuses. Ils n'avaient jamais eu le droit d'avoir un calendrier, mais ils parvenaient à soutirer la date exactes à un garde un peu distrait, vers la mi-décembre la plupart du temps. A partir de là, ils comptaient minutieusement les jours qui passaient, et laissaient de côté un petite part de chaque repas, à l'insu des gardes.

Enfin, quand arrivait le soir du 24 décembre, ils s'asseyaient en cercle sur le sol de leur cellule et partageaient les restes qu'ils avaient rassemblés. S'il y avait un soir dans l'année où ils mangeaient à leur faim, c'était bien à ce moment-là.

Leur « festin » était accompagné des échos de chants des autres cellules. Simples murmures étouffés pour ne pas alerter les quelques gardes de service, ils amenaient une ambiance nouvelle presque festive dans leur prison. Ça ne durait qu'une soirée, mais cette soirée, cette toute petite soirée, illuminait leur quotidien misérable et pansait un tout petit peu les blessures du corps et du cœur.

Le fil des pensées d'Erza s'était transformé en véritable torrent d'émotions, d'images, de sons, de sensations. Dans le noir à l'extérieur, elle revoyait des visages connus, de ceux qui étaient devenu sa famille dans ces temps difficiles.

Wally et elle avaient même trouvé un moyen de faire un sapin de fortune, dessiné pour l'occasion sur le mur de leur cachot : monochrome, plutôt petit, en deux dimensions, il apportait tout de même quelque chose de festif à la pièce. Les craies qu'ils avaient utilisées appartenaient aux architectes et ingénieurs qui travaillaient sur le chantier, évidemment mieux traités que les « maçons ».

Une « famille », un repas, des chants, un sapin... Il ne manquait plus que les cadeaux. Dans la Tour du Paradis, ce qu'on pouvait offrir de meilleur était un sourire, une main tendue, une oreille attentive, un moment de partage, une histoire à la fin heureuse. Et si leur petit groupe survivait chaque jour à cet enfer sans sombrer dans la folie, c'était grâce à tous ces échanges qui amenaient un peu de chaleur humaine dans leur quotidien. Ces échanges prenaient de l'ampleur aux heures de Noël. Rob trouvait toujours un nouveau conte à leur raconter, ou alors un souvenir de ses Noëls précédents, à Fairy Tail.

Fairy Tail. Ces deux mots étaient devenus pour Erza une promesse d'un avenir meilleur, et elle s'était jurée de trouver cette guilde si un jour elle parvenait à s'enfuir de la Tour du Paradis. D'y emmener ses amis. D'y commencer une nouvelle vie. Et d'oublier le passé.

Elle y était parvenue, mais en partie seulement. A vrai dire, seuls deux de ses souhaits s'étaient réalisés. Elle avait trouvé Fairy Tail, mais aucun de ses compagnons ne l'avait suivie. Elle y avait commencé une nouvelle vie, mais son passé la hantait toujours. Il était revenu sous forme de ses anciens amis, convaincus par un Jellal possédé qu'elle était responsable de tous leurs malheurs, et elle avait failli mourir en essayant de dissiper ce mal-entendu.

L'eau sur le feu était arrivée à ébullition. Erza se leva, et la versa dans une tasse, avant d'y plonger le sachet de thé. Elle revint ensuite à sa place près de la fenêtre, pour se replonger dans ses pensées.

Au moins, la Tour du Paradis avait été détruite, et plus personne n'avait eu à souffrir et à mourir sur le chantier. Sho, Wally et Milliana s'étaient trouvé une nouvelle place dans le monde, et même si elle aurait aimé les avoir à ses côtés, elle se sentait rassurée de les savoir vivants, et elle l'espérait, heureux.

Pour Jellal, même si sa situation n'était pas des plus enviables, elle le savait capable de se débrouiller. Dès qu'elle en aurait l'occasion, elle partirait à sa recherche pour le revoir une fois avant Alvarez. Personne n'était sûr de survivre à la guerre qui se préparait, et elle avait envie de clarifier des choses avec lui.

La perspective de mourir au combat ne la réjouissait pas, même pour sauver Fairy Tail. Évidemment, elle se sacrifierait sans hésiter pour la guilde qui l'avait accueillie et ses membres qu'elle considérait comme sa famille. Elle le ferait, mais par devoir, non par envie. Car elle voulait vivre : côtoyer la mort et les ténèbres pendant tant d'années lui avait insufflé un amour inconditionnel pour la vie et la liberté qu'elle offrait. Elle voulait vivre pour oublier son passé douloureux, pour sauver ceux qui souffraient, pour libérer ceux qu'on tenait en esclavage, pour amoindrir les maux du monde et apporter un peu de bonheur à ceux qui le peuplaient. Reine des fées, elle voulait ramener un peu de magie dans la vie des Hommes, non seulement à Noël, mais tout au long de sa vie.

Et quand viendrait son heure, elle l'accepterait la tête haute, un peu amère mais satisfaite d'avoir vécu pleinement jusqu'au jour fatidique. Et si les dieux étaient suffisamment cléments pour lui accorder une place au paradis, le vrai cette fois-ci, sans l'artifice d'une tour, elle retrouverait Rob et Simon, dont le sacrifice l'avait sauvée. Elle leur devait tout, et elle voulait les remercier du fond du cœur. Elle était certaine que sa vie ne valait pas la leur, et avait d'autant plus de la peine à comprendre leur geste. Ou au contraire, elle ne le comprenait que trop bien : la bienveillance et l'amour de ses deux compagnons les avait poussé à se précipiter à son secours, sans se soucier de la mort.

Les yeux d'Erza scrutaient le ciel nocturne, que le froid rendait encore plus pur. Elle y cherchait deux étoiles particulières, qui étaient apparues peu après la mort de Rob et de celle de Simon. Sans doute ces astres n'avaient aucun lien avec leur mort, mais elle aimait croire que oui. Peut-être qu'ils étaient là-haut, et l'observaient ? Que pensaient-ils d'elle ? Avait-elle été à la hauteur de leurs espérances ?

Titania, reine des fées, mage de rang S, maître de Fairy Tail. Tant de titres et d'honneurs pour elle, alors qu'elle savait ne pas arriver à la cheville de Rob et Simon. C'était eux, les véritables héros, et elle devait honorer leur souvenir.

C'était aussi pour cela qu'elle s'était jurée de vivre sa vie au maximum, pour que leur sacrifice ne restât pas vain. Pour leur souvenir. Pour eux.

Minuit sonna douze coups. Erza s'était endormie.


Je file écrire la suite, « Cartes d'Edolas ». Merci d'avoir lu, et de supporter mes retards. A bientôt !

Note importante: Je n'aurai pas accès à Internet ce week-end, je posterai les chapitres du 15 au 20 décembre dimanche soir.