Youpi tralala tsoin tsoin!Voilà! Enfin! Le chapitre 14, tout beau, tout aussi con que les précédents! Peut-être même plus. Enfin bref, je sais, je vous ai bien fait attendre. Quatre mois. Nan! Tant que ça? et oui. Je m'excuse platement alors. J'avais quand même de bonnes raisons, comme d'hab' mais… voilà quoi!

J'espère en tout cas qu'il vous plaira! Moi, je me suis bien marrée en l'écrivant. … comment ça, je suis la seule à rire à mon humour? hé! hé!

Et je m'excuse, il paraît qu'on a plus le droit de répondre aux rewiews en début de chapitre, alors je vous remercie tous en masse!

Bon, je vais arrêter de raconter des conneries, y'en a suffisamment dans ce qui suit… bonne lecture!

Chapitre 14:

Rumeurs

Fred demanda pour ce qui semblait être la centième fois.

"- Alors, c'est bon? Tu as bien compris?"

Takashi acquiesça encore une fois, sans quitter Fred des yeux. La petite lueur qui brillait dans les yeux de son interlocuteur ne lui faisait rien ressentir de bon.

"- C'est super important," insista George, la même étincelle dans le regard.

Le petit japonais hocha de nouveau la tête. Ses yeux bridés reflétaient une vague inquiétude. Les jumeaux avaient toujours sur le visage un sourire bizarre que n'avaient pas les autres marins, mais il avait fini par se dire que c'était normal, que Fred et George avaient une sorte de crampe dans les joues qui leur donnait cet air idiot et farceur.

Deux mois s'étaient écoulés depuis son arrivée sur le grand navire pirate. Il commençait juste à avoir le pied marin et il avait enfin arrêter de rejeter tous ses repas par-dessus bord dès que la mer s'agitait un peu. Ambre l'aidait à apprendre la langue, ainsi que Trévor quand il avait le temps, ce qui faisait que Takashi avait fait pas mal de progrès. Mais c'était, bien sûr, sans compter sur l'habileté des jumeaux à bousiller le travail des autres, pour qui une personne baragouinant leur langue était une cible idéale.

"- T'as vraiment compris? insista lourdement Fred.

- Oui, répondit Takashi sans toutefois réussir à masquer son agacement.

- Bien, conclut George.

- On tenait à te le dire, c'est vraiment indisp…

- J'ai compris, coupa Takashi, vraiment exaspéré pour le coup. Il faut dire que les jumeaux avaient un don pour ça.

- Bon bah c'est bon alors…"

Takashi prit cela comme un congé et s'esquiva rapidement, se retenant de partir en courant. C'est vrai que se tirer en courant, d'une c'est pas très poli même lorsqu'il s'agit des jumeaux et, de deux, le petit japonais n'avait pas suffisamment le pied marin pour ça.

Fred et George le regardèrent filer et esquissèrent un sourire mauvais quand Takashi eut disparu de leur champs de vision. D'un commun accord, les jumeaux s'accoudèrent sur le bastingage.

"- C'est fou quand même… commença Fred.

- Quoi donc?

- Deux mois qu'il est avec nous et il continue à croire ce qu'on lui raconte.

- Ah ça? j'ai cru que t'allais dire quelque chose d'intéressant."

George eut droit un regard noir. Cependant, il poursuivit en l'ignorant totalement.

"- J'aime bien ce type."

Ils échangèrent un regard et finirent par éclater de rire. Soudain, ils ressentirent une violente douleur sur le sommet du crâne. Les deux frères poussèrent chacun un 'gnaourf' plaintif avant de se retourner en se massant l'occiput. Evidemment, leur tourmenteur n'était autre qu'Ambre. Pour changer.

"- Nan mais ça va pas! t'es pas bien? rugit George.

- T'as vraiment un grain ma pauvre!

- Ne m'insulte pas, arriéré congénital! répliqua Ambre.

- Oh la! tout de suite les grands mots!

- Tu me pousse dans mes derniers retranchements aussi…

- Quels retranchements? J't'ai à peine vannée!"

L'intéressée le fit taire d'un geste comme on éloignerait un mouche. La jeune fille enchaîna, avec une transition à faire criser un prof de français.

"- Qu'est-ce que vous avez encore trouvé à faire comme mauvais coup à lui faire?

- Nous? rien! répondit Fred avec un sourire trop innocent pour être vrai.

- C'est ça. Et moi je suis l'héritière du trône d'Angleterre!

- C'est vrai? félicitations. Mais ta famille admet que tu fricotes avec des pirates de la pire espèce?

- Mais ta gueule! Bon, revenons-en à nos moutons, dit-elle en se détournant de Fred et en ne s'adressant plus qu'à son frère.

- Quels moutons? demanda innocemment George.

- Vous êtes désespérants, soupira-t-elle en se prenant la tête dans les mains.

- Ok, on arrête d'être chiants, dit George.

Ah! ah! j'arrive toujours à ce qu'ils me prennent en pitié. On va peut-être avoir une conversation normale… je deviens machiavélique!

- Mais pas plus d'une minute," ajouta Fred en se frottant les ongles sur le devant de sa tunique, comme si de rien n'était.

Shit!

Ambre prit une profonde inspiration dans l'espoir de se calmer un peu. Cela échoua lamentablement. Néanmoins, elle réussit à articuler presque avec sang-froid.

"- Qu'est-ce que vous mijotez encore à ce pauvre Takashi?

- Pas grand chose. Une petite farce, comme d'hab.

- Quelle genre de blague? s'enquit-elle d'un air suspicieux.

- Il n'en mourra pas, si c'est cela qui t'inquiète.

- Il n'y a pas que cela qui m'inquiète, sombres crétins! Qu'est-ce que vous allez lui faire?

- Rien. On lui a juste suggéré des petits trucs comme ça, histoire qu'il nous connaisse mieux, répondit George.

- Quels genres de trucs? demanda Ambre, la voix de plus en plus menaçante.

- Tu verras bien.

- Et puis, enchaîna Fred, tu nous délaisses depuis qu'il est là. On serait presque jaloux… il faut bien qu'il paye pour t'enlever à nous!

- Je vois.

- Qu'est-ce que tu vois?

- Qu'il est inutile d'essayer de vous tirer les vers du nez, c'est une perte de temps monumentale.

- Heureux que tu le remarques enfin, répliqua Fred. Maintenant si ça ne te gène pas, on a encore des plans machiavéliques à fomenter…

- …

- …

- …

- Bon, dit Ambre. A part ça, ça va?

- Pas de problème, la mer est calme, les cales pleines, on se rapproche de Tortuga, enfin je crois, donc voilà quoi. Rien de spécial.

- On rentre sur Tortuga? Je savais pas… commença Ambre.

- Normal, t'es jamais au courant de rien."

Elle lui jeta un regard chargé de "tu m'énerves vraiment là", les lèvres pincées. Fred se contenta de hausser les épaules et ils retombèrent dans le silence. Tous les trois accoudés au bastingage, ils regardaient la mer sans fin. Les vagues couleur de plomb s'écrasaient contre la coque et retombaient dans une gerbe d'écume. Ils restèrent ainsi quelques instants, à savourer leur monde aux odeurs d'embruns. Mais dans un navire tel que l'Ecumeur, on ne pouvait espérer rester inactif plus de quelques minutes. La démarche claudicante de Trévor leurs ramena bien vite les pieds sur terre.

Encore une expression qui nous exclut, nous, pauvres pirates.

"- Qu'est-ce que vous faîtes là? demanda le quartier-maître avec un sourire torve.

- On regarde la mer en se disant que l'endroit devait grouiller de poissons," répondit George.

Ambre haussa un sourcil et fixa le jumeau avec une intensité accrue.

Mais qu'est-ce qu'il nous mijote encore?

Elle se tourna ensuite vers Fred qui lui fit discrètement signe de laisser courir. George arriverait peut-être à leur faire couper court à de pénibles occupations et, au pire, si ça tournait mal, il serait le seul responsable: Fred et Ambre déclineraient toutes responsabilités sur les actes de leur compagnon. La jeune fille haussa imperceptiblement les épaules et se contenta donc d'écouter, pour voir comment George allait se dépatouiller.

"- Hé…? fit Trévor pour l'inciter à poursuivre.

- Et ça nous changerait bien des haricots au lard, si vous voyez ce que je veux dire.

- Je ne suis pas sûr de voir où tu veux en venir…

C'est pourtant pas difficile à voir: il ne veux pas travailler, comme nous tous.

- On pourrait peut-être, Ambre, Fred et moi, prendre une ligne et voir ce que ça donne.

- …

- On vous donnera le plus gros, ajouta George pour finir de convaincre le quartier-maître.

- C'est d'accord. Mais ne foutez pas le bordel!

- Pas de problème," répondit George avec un grand sourire.

Trévor lança un regard à Fred et Ambre qui tiraient une sale gueule. Il eut un sourire mauvais puis s'en fut aller enquiquiner d'autres pirates qui n'avaient pas l'imagination débordante de George et donc, qui ne couperaient pas au travail. Fred attendit que Trévor soit hors de portée de voix pour se mettre à râler contre son frère.

"- La pêche! C'est tout ce que t'as trouvé? mais c'est nul! Et tu nous embarques dans ta combine pourrie! Mais t'as pas honte?

- Du calme, je… je trouvais que c'était une bonne idée. Non? Tu trouves pas qu'elle est bonne mon idée? appela-t-il Ambre à la rescousse.

- C'est pas top comme idée, je suis d'accord avec Fred.

- Tu vois? aboya Fred. La prochaine fois que t'as une idée aussi naze, tu la gardes pour toi, enfermée au plus profond de ton âme de dégénéré congé…

- Non, pas congénital je te prie, l'interrompit Ambre, tu t'insultes aussi.

- Merdum! grogna Fred.

- Mais je vois un point positif dans ton plan pourri pour nous faire échapper au boulot, continua Ambre, c'est que tu as oublié de préciser qu'on était obligé de prendre du poisson. On peut simplement faire semblant et nous excuser platement ce soir en disant que ça ne mordait pas…

- Là, dit Fred, ça me convient beaucoup mieux.

- Mais… mais j'y avais pensé," pépia George en essayant de se rattraper.

Fred et Ambre se tournèrent vers lui en tirant sur leur paupière inférieure, l'air de dire "mais bien sûr! vas-y, prend nous pour des imbéciles."

"- Bon, d'accord, j'y avais pas vraiment pensé.

- Naaan! Sans blague? railla Fred.

- Hiek! Hiek! Hiek! fit Ambre. Venez, allons chercher de quoi faire semblant de pêcher."

Les grognements rageurs des pirates qui passaient près d'eux les laissaient royalement indifférents. Ce n'était pas de leur faute s'ils ne savaient pas entourlouper le quartier-maître. Et au bout du compte, la pêche, ce n'était pas si nul. Ambre et les jumeaux s'amusaient finalement comme des petits fous et leurs rires tapaient sur les nerfs de leurs camarades suant sang et eau sous un soleil de plomb.

"- Eh! j'en ai un! s'écria Fred, tirant comme un fou sur le fourreau de son épée qui lui servait de canne.

- Quoi! encore? s'étonna son frère. C'est pas possible, c'est le cinquième depuis tout à l'heure et j'en ai eu qu'un! pô juste.

- Hé! hé! se moqua Ambre en relançant sa ligne dans les eaux mouvantes.

- Te fous pas de ma gueule, toi!

- Et pourquoi donc?

- Parce que tu es assise sur le bastingage et que si tu m'énerves trop, je pourrais avoir un geste malencontreux, si tu vois ce que je veux dire.

- Je vois, je vois.

- Tu m'en vois ravi.

- OUAIIIIIS ! j'en ai encore un! gueula Fred avec une mine extatique.

- Y m'énerve, se renfrogna George.

- Hé! hé!"

George lança un regard noir à la jeune fille qui lui répondit par un immense sourire niais. George soupira, exaspéré.

"- T'es infernale.

- C'est ce qui fait ma charme," répliqua-t-elle en envoyant une mèche de cheveux voler derrière son épaule dans un geste sensuel.

Ils échangèrent un bref regard avant d'éclater de rire, pendant que Fred les regardait sans comprendre.

"- Bah quoi?"

BLAM PING BLARF et TOMB, fit la poulie en rebondissant sur la tête d'Ambre et des jumeaux avant de s'écraser par terre dans un bruit du tonnerre.

"- AIEUUUUUUUUUUUUUH ! rugirent les trois compères en chœur. Nana mais ça va pas? t'es pas bien?

- Je suis vraiment navré, répondit Vincent du haut de sa vergue. Elle m'a échappé et…

- Et tu vas mourir, répliqua George, menaçant.

- J'ai vraiment pas fait exprès, sincèrement, tenta de l'apaiser Vincent avec la tête de celui qui croit à ce qu'il dit.

- Je n'en doute pas, le coupa Ambre froidement, mais on a une réputation de terribles pirates à tenir. Et te tabasser, d'une, nous rendra peut-être plus crédibles dans ce rôle et, de deux, même si ça ne calmera pas notre mal de tête, ça soulagera."

Vincent déglutit difficilement devant cette paire de grands yeux brillants de colère.

"- Elle commence à être terrifiante, non? dit Fred, l'air de rien.

- Je trouve aussi. J'espère qu'elle grandira pas trop vite, on pourra plus l'embêter après…

- Elle stagnera peut-être toujours au mètre cinquante, qui sait?

- Ça mord, grogna la principale concernée pour couper court à cette conversation qui l'agaçait plus qu'autre chose.

- Ah oui, tiens, répondit Fred. Curieux, non? demanda-t-il à son frère qui se contenta de pousser un grognement d'ours blessé dans son ego avant de se mettre à bouder.

- Tais-toi et sors-le de l'eau, répliqua Vincent, toujours en haut de son mât.

- Z'êtes pas drôles.

- Qu'est-ce tu veux, enchaîna Ambre, on a pas tous ton don pour ça!

- Encore heureux, sinon je ne serais pas unique!

- Te rends-tu compte des âneries que tu débites, le questionna son jumeau.

- Huuum. Non, je ne crois pas. Encore heureux pour ma santé mentaaaAAAAAAALE!

- Costaud son poisson, remarqua calmement la jeune fille alors que Fred luttait pour rester à bord de l'écumeur.

- C'est une évidence, compléta George tout aussi indifférent au hurlements de son frère.

- Pourriez-vous m'aider? murmura Fred, le souffle rauque, arc-bouté contre le bastingage.

- Pardon? j'ai pas bien entendu… demanda George.

- A l'aide.

- Comment ça, fit Ambre en ouvrant de grands yeux étonnés, le roi des pêcheurs aurait-il besoin d'aide? Je n'arrive pas à y croire…

- Siou'plait, gémit Fred, le teint aussi rouge qu'une tomate trop mûre.

- On l'aide?

- Allez, répondit George, y'm'fait pitié.

- Son altesse est trop bonne, cracha Fred, hors d'haleine.

- Je sais, ça me perdra un jour."

Et tous les trois se mirent à tirer comme des bourrins sur la canne à pèche improvisée. Mais leurs efforts restèrent infructueux.

"- La ligne s'est coincée sous la coque, c'est pas possible autrement, réussit à articuler Ambre entre deux bouffées d'oxygène.

- On abandonne? dit George, il me saoule c'te poiscaille!

- Qui a parlé d'abandonner? rugit la voix familière de Korp derrière eux. Et qu'est-ce que vous faîtes d'abord? demanda-t-il en se penchant par dessus bord.

- On essaye de sortir de l'eau un poisson récalcitrant, répondit Fred avec son bon sourire d'imbécile, celui qui exaspérait le plus le second.

- Et même à trois, vous n'y arrivez pas? se moqua le second. Quelle bande de lavettes vous faîtes.

- Vous voulez essayer, vous qui êtes si fort? répliqua vertement Ambre.

- Pourquoi pas…"

Korp leur saisit la canne rudimentaire des mains et se mit à tirer comme seule une armoire à glace peut le faire. Les jumeaux et leur petite protégée s'assirent sur le bastingage, près de leur imposant second pour regarder ses efforts. En moins d'une minute, celui-ci était déjà couvert de sueur. Ses muscles saillaient sous sa peau mâte et paraissaient prêts à se rompre. Il soufflait comme un bœuf à qui on aurait fait courir trois kilomètres à fond de train.

"- Vous vous en sortez? demanda mielleusement Fred.

- Gnourf, eut-il droit comme réponse.

- Quelle honte si vous n'arrivez pas à sortir un malheureux petit poisson de l'eau. Votre réputation de Minotaure sera ternie à jamais… ajouta Ambre, tout aussi doucereusement.

- Une vraie lavette, conclut George avec un sourire benêt.

- La ligne serait pas accrochée quelque part? demanda Korp, en faisant la sourde oreille à leurs propos désobligeants.

- Vous pouvez toujours aller la décrocher si ça vous tente, mais l'endroit grouille un peu trop de requins à mon goût," répondit Ambre, en frissonnant au souvenir de sa fuite à la nage, après l'attaque qui avait bouleversé à jamais sa vie d'aristocrate.

Mais soudain, le second bascula en arrière et s'étala de tout son long, sans toutefois lâcher sa canne à pêche. Il se releva d'un bond, un sourire de vainqueur au lèvre.

Et voilà. Peuvent pas s'en empêcher. Suffit qu'on leur donne quelque chose à faire, même un truc ridicule, et ils tournent ça en concours olympique. Ah, les hommes!

Korp avait fait le tour du grand mât, enroulant sa ligne autour, et revenait maintenant vers le bastingage, tout joyeux. Un dernier effort et le poisson montra enfin le bout de son nez. Plutôt de ses dents, en fait. Le second regarda ce qu'il venait de tirer de l'eau et se sentit un peu con. Les trois autres, évidemment, étaient morts de rire.

"- Un requin? J'ai pêché un requin?" gémit Korp, pendant que Ambre et les jumeaux s'écroulaient sur le pont en se tenant les côtes. "Vous le saviez, n'est-ce pas? rugit-il.

- Nan, hi! hi! Même pas.

- Que se passe-t-il ici? intervint Trévor de son imposante voix de stentor.

- Ce sont eux, comme d'habitude, lui répondit Vincent, toujours dans la mâture, en désignant le trio hilare.

- Je vois, soupira le quartier-maître. Vous trois, maintenant que vous vous êtes bien amusés, vous allez aller en cuisine… vider vos prises. Ça vous calmera peut-être. Et que le pont soit impeccable quand je repasserais.

- Mais heu, c'était pas prévu dans le contrat! se plaignit Fred.

- Je n'admet aucune réclamation, le coupa Trévor. Si t'es pas content, tu peux toujours rentrer à la nage, ça nous fera des vacances."

Trévor tourna les talons et s'éloigna à grands pas boitillants. Il faut dire que l'odeur des poissons au soleil sur le pont n'était pas des plus alléchantes.

"- Toi et tes idées à la con!" s'écria Fred avant de se jeter sur son frère, suivi de peu par une Ambre tout aussi en colère.

En quelques instants, la cambuse fut un véritable chantier. Les jumeaux et Ambre avaient réussi à désespérer complètement le pauvre cuistot qui hésitait entre attendre que l'orage passe et se pendre. Ambre et Fred en voulait tellement à George de les avoir mis dans cette mouise pas possible qu'ils ne desserraient la bouche que pour s'engueuler. Et quand ils ne braillaient pas, ils s'envoyaient des bouts de poissons. Œil, joue, écailles, tripes. Tout ce qui leur tombait sous la main.

La cambuse était donc dans un triste état et tous les pirates attendaient d'être au bord de l'inanition avant d'y tenter une incursion.

"- Arrêtez un peu vous deux, beugla George. On va pas continuer à s'engueuler comme ça, ça devient pathétique!

- Tu peux parler! J'imagine même pas comment tu aurais réagi si on t'avait fait un coup pareil! rétorqua Fred.

- Mais c'est Trévor qui m'a piégé! Moi, je comptais juste pêcher un peu, pas nettoyer derrière ni faire la bouffe!

- Ça t'apprendra à réfléchir! gueula Ambre d'une voix suraigue.

- Huuuum, fit Fred en se grattant le menton de sa main poisseuse. Ce que tu essayes de nous dire, c'est qu'on devrait se venger de Trévor?

- Voilà, c'est ça!

- Je suis partant…

- Cool, s'écria George.

- Mais à une condition, continua Fred, c'est que si ça tourne mal, tu prends tout sur ton dos. Tu portes le chapeau pour nous tous et c'est toi qui te l'enfonce sur le crâne. D'accord?

- Mouais. Comme ça, on sera quitte.

- Je marche avec vous, conclut Ambre. Et toi, Bob, t'as rien vu, rien entendu.

- Moutus et bouche cousue! répondit Bob, qui soupira de soulagement. Sa chère cambuse allait enfin retrouver un peu de calme.

- Bien, alors qu'est-ce qu'on fait?" chuchota Fred d'un ton de conspirateur.

"- Wulfran! le capitaine te demande!"

Le fils de Roberts leva les yeux vers le forban taché de sang qui venait lui transmettre les ordres de Jack. Il acquiesça silencieusement, signe qu'il avait entendu. L'homme se sauva rapidement sans demander son reste. C'était vrai que, depuis l'attaque où il avait battu un record dans le nombre d'éventrés, les autres pirates du Grand Fourbe le craignait. Donc, autant éviter de se le mettre à dos et pour cela, le mieux, c'était de l'éviter. Mais cela ne le gênait nullement.

De toute façon, je n'aime que moi, je n'ai besoin de personne.

Bref, avec un soupir, il essuya sa lame ensanglantée, jeta un dernier regard au pont couvert de sang et de cadavres en lambeaux. Encore une belle journée d'abordage qui se finissait. Puis il rengaina son épée, traversa le pont encombrés de coffres remplis d'or, de pierreries et d'autres trucs inutiles, en se frayant un passage sans difficulté au milieu des forbans, et non, je n'ai pas la peste. Wulfran se dirigea vers le château situé à l'arrière du navire et entra dans la cabine du défunt capitaine. Là se trouvait Jack, en présence de deux cadavres et trois passagers visiblement terrifiés. Deux pirates les tenaient à l'œil, l'épée au clair.

Y'en a même un qui s'est pissé dessus. Pathétique.

Jack se tourna vers lui en l'entendant entrer. Wulfran lui lança un regard interrogateur.

"- J'ai besoin de ton avis, commença le capitaine du Grand Fourbe.

- Dites.

- Vous," dit Jack à l'intention de ses hommes, "vous me surveillez ces trois-là," en indiquant du menton les prisonniers. "Viens," ajouta-t-il à Wulfran en entrant dans la pièce adjacente.

Wulfran le suivit docilement. Il referma soigneusement la porte et regarda son capitaine avachi dans un large fauteuil recouvert de velours violet. Avec ses tentures humides et pourrissantes, la pièce n'était pas des plus accueillantes. Mais Jack ne semblait pas s'en soucier. Il avait les sourcils froncés et ses yeux sombres étaient plongés dans des pensées guère plus réjouissantes.

Cela commençait à titiller la curiosité du jeune homme. Il s'apprêtait à interroger son capitaine quand celui-ci, après une grande inspiration, plongea son regard dans le sien et déclara:

"- Je crois que nous avons un gros problème.

- De quel ordre?

- Ces braves gens à côté ont gentiment avoué, sans qu'on les pousse trop, qu'il y avait une grande campagne anti-pirates qui allait être mise en œuvre.

- Ce ne serait pas la première…

- Je sais.

- …

- …

- Pourquoi celle-ci vous inquiète-t-elle tant?

- Son ampleur, le fait que tant de gens soient au courant… répondit Jack en haussant les épaules. Un pressentiment aussi, ajouta-t-il avec un sourire qui n'avait pas son sarcasme habituel.

Il commence vraiment à m'inquiéter…

- Et… que puis-je faire pour vous?

- Je voudrais ton avis. Je… je ne vois pas vraiment quoi faire…"

Jack n'ajouta rien. Il ne fit que regarder intensément le jeune homme, attendant de voir quelle serait sa réaction. Il avait peut-être commis une erreur: celle de montrer son désarroi face à ses évènements. Il avait confiance en Wulfran, tout comme en son père, mais… Wulfran était si froid, si distant. Il tuait comme un machine, sans qu'une once d'un sentiment quelconque envahisse son visage toujours impassible. Avait-il eu tort de lui confier ses doutes? Wulfran n'allait-il pas en profiter pour semer le trouble dans son équipage? Une mutinerie peut-être? Jack se mordit la lèvre, un peu trop violemment peut-être, et poussa un grognement de surprise mêlée de douleur. Wulfran prit cela comme le moment de donner sa réponse.

"- Je ne vois pas comment je pourrais vous aider si je n'en sais pas plus."

Jack partit d'un grand rire, mais au fond de lui, il poussa un profond soupir de soulagement. Les émotions de ce genre n'étaient décidément plus de son âge. Quand son rire, un peu nerveux tout de même, s'éteignit, il narra au jeune homme tout ce qu'il avait appris ces derniers temps, lors de leurs pillages en mer.

Quand il eut fini, ils restèrent silencieux un long moment. Wulfran réfléchissant à ce qu'il y avait de mieux à faire et Jack se prélassant dans son fauteuil. N'est pas capitaine qui veut.

"- Je pense que le mieux est de faire passer le message, déclara Wulfran sans préambule, quitte à passer pour des cons.

- Hé! hé!

- Qu'est-ce qui vous fais rire?

- Tu ressembles de plus en plus à ton père. Il fait exactement la même chose il y a quelques années, et effectivement, il est passé pour un imbécile. Mais cela n'empêche que je pense que c'est la meilleure chose à faire. Je voulais un autre avis que le mien avant de détruire l'image de mon équipage…

- Ce n'est pas notre image qui est la plus importante, c'est qu'on soit craint. Les gens pourront toujours se foutre de nous, ils ne nous feront jamais rien.

- C'est pas faux.

Qu'est-ce qu'il a pas compris?

- Bien, fit Jack. Je crois que tout est dit. Je vais achever ces quelques passagers qui, tout compte fait, m'ont gâché la journée. Ça me distraira. Peut-être. En fait, fais-en ce que tu veux.

- … Je peux disposer?

- Mais bien sûr. Pourquoi tu poses de questions aussi idiotes?

- Pour faire semblant d'être un pirate obéissant?" répondit Wulfran avec un sourire torve.

Jack eut un petit rire sans joie. Wulfran se dirigea vers la sortie mais s'arrêta sur le seuil pour jeter à son capitaine un dernier regard quelque peu inquiet. Jack avait de nouveau les sourcils froncés, le regard perdu dans de sombres préoccupations. Ses rides aux coins des yeux, autrefois pleines de canaillerie, reflétaient son désarroi. Ses cheveux en bataille et le visage parsemé de tâches de sang séché le rendaient encore plus troublé. En l'espace de quelques heures, son capitaine semblant avoir pris dix ans. Wulfran poussa un soupir imperceptible et ferma la porte.

Il leva les yeux vers les prisonniers et les pirates qui les surveillaient.

"- Passez les par la planche, ça amusera les hommes," dit-il d'une voix atone.

Les deux forbans eurent un sourire ravi. Les passagers pâlirent. Une femme et deux hommes. Encore de pauvres gens qui devaient amèrement regretter de s'être embarqués à bord de ce navire malchanceux. Wulfran se désintéressa d'eux immédiatement. Il en avait vu beaucoup avec la même expression. Peut-être même trop.

Il s'apprêtait à quitter la cabine du défunt capitaine quand quelque chose l'en empêcha. Il se retourna et son regard tomba sur la femme, accrochée à sa jambe.

"- Pitié… pitié," gémissait-elle, en pleurs. Elle leva vers le jeune homme un visage rondouillard barbouillé de larmes. Ses deux yeux rouges et gonflés par les larmes semblaient lui prendre tout le visage. "Pitié…"

Mais ses plaintes ne rencontrèrent qu'un regard glacial et moururent. Elle savait que, quoiqu'elle fasse, elle allait mourir. Wulfran en eut un serrement au cœur mais son visage n'en laissa rien voir. Impassible, il se baissa pour la décrocher de sa jambe et lui dit calmement:

"- Il paraît qu'une vie meilleure vous attend. J'espère que c'est vrai."

Il se redressa et quitta la pièce, laissant derrière lui la femme éplorée et ses compagnons.

J'espère que tout ça n'est vraiment qu'une mauvaise passe…

"- Eh! ils sont pas mauvais vos poissons! dit Vincent en en reprenant une pleine bouchée.

- Merci du compliment, répondit Ambre avec son sourire le plus charmeur, on s'est donné vraiment beaucoup de mal pour le préparer.

- Ma cuisine s'en souvient encore, dit Bob en ricanant.

- Et le requin de Korp? vous en avez fait quoi? s'enquit un dénommé Gustave.

- On avait promis le plus gros à Trévor, répondit Fred.

- On lui a préparé avec amour," poursuivit George avec un demi-sourire.

Vincent lui lança un regard acéré auquel George répondit par un haussement d'épaules avant de se détourner vers un autre groupe de forbans. L'ardéchois se tourna alors vers la jeune fille. Un regard pétillant de malice l'informa qu'ils avaient encore préparé un mauvais coup. Vincent haussa un sourcil interrogateur et les yeux ambrés s'illuminèrent encore plus. Ayant eu confirmation de ses soupçons, Vincent eut soudain un doute affreux. Son estomac se noua et il repoussa son assiette encore à moitié pleine. Ambre éclata de rire.

"- Ne t'en fais pas, tu n'es pas visé."

A moitié rassuré, Vincent récupéra sa pitance. Il s'apprêta à l'achever en quelques coups de fourchette quand un hurlement de rage les fit tous sursauter. Il jeta un bref coup d'œil au trio de farceurs qui essayaient de se contenir et de paraître surpris. Vincent secoua la tête, ne sachant vraiment plus ce qu'on pouvait faire d'eux.

"- Vous! rugit Trévor en désignant Ambre et les jumeaux d'un index menaçant. Vous êtes vraiment…"

Un bruit peu ragoûtant le coupa dans son élan. Le quartier-maître porta la main à son ventre, celui qui émettait de si bruyantes plaintes.

"- Vous êtes des hommes morts," gronda Trévor avant de repartir à toutes jambes, une main crispée sur son ventre. Son ventre émit une dernière plainte qui fut couverte par un rugissement de rire. Tous les pirates présents dans la cambuse étaient écroulés. Certains se mirent même à applaudir les jumeaux pour leur nouveau tour.

Mais les rires s'éteignirent subitement. La démarche caractéristique du capitaine se fit entendre dans les escaliers. Il apparut dans l'encadrement de la porte, plus sinistre que jamais. Son visage était masqué dans l'ombre de son immense chapeau, mais tous sentaient qu'il n'était pas d'humeur à plaisanter.

Oups.

"- Puis-je savoir à qui on doit le poisson qui s'est retrouvé dans nos assiettes?

- Heu… nous, capitaine, dit Ambre d'une toute petite voix.

- Je sais que c'est vous qui l'avez pêché. Je veux savoir qui l'a préparé! rétorqua Roberts d'une voix glaciale.

- C'est nous aussi, mais Bob nous a aidé…

- Je ne crois pas que nous ayons eu droit au même que le nôtre, dit Roberts en jetant un bref regard aux assiettes de ses hommes. Puis-je savoir ce qu'on nous a servi?

- Vous… vous avez eu le même que Trévor? demanda George d'une voix blanche.

- Oui. Un cadeau spécial paraît-il, siffla-t-il entre ses dents.

- C'était du requin. On avait dit qu'on lui donnerait le plus gros…

- Bob? appela le capitaine, en lui jetant un regard interrogateur.

- Ils l'ont préparé mais ils ont suivi mes conseils en ce qui concerne la cuisson. C'est peut-être le requin qui n'était pas frais…

GROOUAAARF, gémit le ventre de Roberts.

- Peut-être bien, admit le capitaine. On verra ça plus tard.

- Je vous assure qu'ils n'ont fait que suivre ce que je leur ai dit de faire, poursuivit Bob. Je ne vois vraiment pas ce qui… vous mis dans cet état… ajouta-t-il en essayant de se retenir de rire.

- Mouais. On dirait bien que vous avez de la chance aujourd'hui, dit-il en se tournant vers les trois comparses. Je… je crois que je vais y aller", grogna-t-il en portant la main à son ventre.

Son départ se fit dans le plus grand silence, si on peut exclure les gémissements des boyaux du terrible pirate Roberts.

"- Co… comment vous avez fait? s'enquit Ken.

- Je vous l'ai dit, répondit Bob. Ils n'ont fait que suivre mes conseils…

- Tu… tu les as couverts? s'écria Vincent, indigné.

- Broaf, je trouvais ça marrant. Pas vous?

- Mais… mais, continua Ken, qu'est-ce que vous…

- Oh, fit Fred avec un sourire bon enfant, on les trouvait juste un peu trop constipés."

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis "l'incident de la pêche", comme l'appelait Korp. Tortuga n'était plus qu'à trois-quatre jours, si le temps se maintenait. Ambre et les jumeaux avaient retenu la leçon, pour une fois, et n'essayaient de trouver des excuses bidons que quand ils étaient sûrs qu'elles pouvaient marcher. Ce qui fait qu'ils travaillaient comme tout le monde, le second et le quartier-maître étant beaucoup plus méfiants.

Ils étaient avec Vincent, Ken et deux autres en train de déplier une voile du grand mât. Le capitaine avait ordonné qu'on déferle toutes les voiles. Le vent soufflait fort mais pas suffisamment pour que l'Ecumeur risque de démâter.

George reçut un coup de coude dans les côtes de la part de son frangin qui faillit le faire tomber. George lui lança d'abord un regard noir qui disparut bien vite quand il comprit que son frère voulait lui montrer quelque chose. Fred lui indiqua du doigt leur capitaine qui s'approchait de Takashi. Le même sourire benêt naquit sur les lèvres de George. Cela ne passa pas inaperçu. Ambre connaissait tellement les jumeaux maintenant qu'elle savait exactement quand ils allaient faire une ânerie ou quand ils avaient un idée folle en tête. Leurs mines réjouies n'étaient qu'un signe annonciateur de catastrophes. Elle se rapprocha donc discrètement pour voir qui était leur nouvelle cible.

Takashi. J'aurais du m'en douter.

Elle hésita à intervenir puis se ravisa finalement.

Ça fait un moment qu'ils la préparent cette blague… je vais enfin voir ce que c'était.

Elle se rapprocha encore un peu pour pouvoir entendre ce qui se passait en-dessous des jumeaux. Ceux-ci levèrent soudain les yeux vers elle.

Oh, merde. Grillée.

Ils eurent un grand sourire et lui firent signe de venir les rejoindre.

"- Ecoute bien, conseilla Fred, ça risque de devenir marrant…"

La jeune fille se pencha un peu plus. Takashi se trouvait juste en dessous, en pleine conversation avec le capitaine.

"- Alors, tu supportes ta nouvelle condition?

- Oui, je m'y fait. C'était un peu dur au début, à cause de la langue mais Ambre m'a bien aidé, selon la prophétie.

- Oui, c'est une bonne petite. Et…" Roberts s'interrompit, cligna deux fois des paupières avant de reprendre. "Qu'est-ce que tu as dit?

- Heu… que j'ai pu apprendre votre langue assez facilement grâce à Ambre, selon la prophétie.

- Mais… mais de quelle prophétie tu parles?

- Eh bien… je ne suis pas sûr de comprendre, en fait…

- Tu me parles d'une prophétie. Que dit-elle?

- Elle veut savoir si vous voulez des frites…

- Tu te fous de moi? rugit Roberts, le teint rouge et la main posée sur la garde de son épée.

- Heu… non, … selon la prophétie… ajouta-t-il après coup.

- Mais je m'en fous de ta prophétie! le coupa Roberts. Je…

- Heu… dit Takashi, visiblement pas rassuré, je crois que je n'ai pas du comprendre le sens du mot "frites"…

- Je…" commença le capitaine avant de prendre une profonde inspiration pour se calmer. "Reprenons du début. Où as-tu entendu ce mot?

- C'est…"

Les jumeaux ne purent se retenir et éclatèrent de rire. Ambre les regarda d'un air désespéré. Mais qu'est-ce que je vais faire d'eux?

"- Je vois, dit Roberts d'une voix qui charriait des glaçons.

- Ce sont eux qui m'ont dit que c'était ce qu'il fallait dire quand on s'adressait à vous…

- Et malgré tout ce temps, tu continues à croire ce qu'ils te racontent? beugla-t-il. Et vous deux descendez de là!

- Gloups, firent les jumeaux en avalant difficilement leur salive. Je crois qu'on l'a énervé…

- Perspicaces, siffla Ambre d'un ton de reproche.

- Monsieur Korp, venez ici, ordonna le capitaine.

- Je suis là, capitaine!" répondit Korp en arrivant à la hauteur de son capitaine. "Qu'est-ce que c'est que ce raffut?"

Roberts désigna du menton les deux coupables qui descendaient des haubans, l'air penaud.

"- Ah, je vois. Encore eux."

Quand les jumeaux furent à la hauteur de Roberts, celui-ci les dévisagea de haut en bas, comme si c'étaient deux larves de la pire espèce.

"- Alors? cracha-t-il, qu'avez-vous à dire pour votre défense?

- C'était juste une blague… commença Fred.

- Vos blagues, comme vous dites, commencent sérieusement à me taper sur le système. Je crois qu'il est temps de vous calmer un peu.

- On peut s'excuser platement? risqua George.

- Vous pouvez et vous le devez. Mais je crois qu'un séjour aux fers vous fera le plus grand bien.

- Mais… protesta George.

- Silence! Vous avez de la chance, je ne vous pend pas à la grand vergue! Sur un autre navire, vous seriez morts depuis longtemps! On n'est pas en croisière pour le plaisir! Nous sommes des pirates, ce que vous semblez oublier un peu trop souvent! J'ai le malheur de me croire trop bon avec vous… Monsieur Korp, foutez-moi ça aux fers.

- Bien, mon capitaine, répondit Korp. Allez les gars, c'est qu'un mauvais moment à passer, dit-il doucement aux jumeaux qui tiraient une triste mine.

- Et je crois que vous allez y mettre aussi Takashi.

- Hein? fit l'intéressé, mais pourquoi?

- Ça vous mettra peut-être un peu de plomb dans la cervelle! Plus de deux mois que vous traînez avec eux et vous vous faîtes toujours avoir! Ça en devient pathétique!

- Allez, viens par ici," dit le second.

Takashi obtempéra sans un mot, la tête basse. Sur le pont régnait désormais un silence de mort. Jamais Roberts n'avait réagi comme ça. Il avait toujours prit les farces des jumeaux sur le ton de la rigolade, mais il faut croire que c'était la blague qui avait fait déborder le vase.

A moins qu'il nous fasse une crise de mégalomanie et qu'il veuille réaffirmer son autorité en les bouclant à fond de cale. Encore heureux, j'y…

"- Ambre! Descends!" ordonna Roberts d'une voix qui n'admettait aucune insubordination.

Aie! J'ai pensé trop vite.

La jeune fille dégringola plus qu'elle ne descendit de l'échelle de corde. Elle atterrit sur le pont néanmoins avec un semblant de grâce sur ses genoux tremblants.

"- Tu savais qu'ils préparaient quelque chose?

- Heu…"

Les yeux perçants de son capitaine semblaient lire en elle comme dans un livre ouvert.

"- Je crois que tu peux aller retrouver les autres en bas…

- Mais c'est dégueulasse! Je ne savais pas ce qu'il préparait exactement! Je ne peux pas connaître tout ce qu'ils ont l'intention de faire et…

- Tais-toi!"

Ambre se tut. Les larmes lui montaient aux yeux. C'était injuste.

"- Oui, c'est injuste. Mais si tu n'es pas contente, tu peux toujours partir. Ici, c'est chez moi. Ce sont mes règles. Je l'ai dit, nous sommes des pirates. Cruels, durs, impitoyables et injustes.

- Bien, mon capitaine," dit-elle, les dents serrées.

Roberts tourna les talons et retourna à la barre. Tous ses hommes s'écartèrent sur son passage sans piper mot. Ambre lui lança un regard haineux au travers de ses larmes qu'il ne put voir.

"- Allez, ma petite, chuchota Trévor en lui posant sa grosse paluche sur l'épaule. C'est pas si terrible que ça en a l'air…"

Ensemble, ils se dirigèrent vers l'ouverture sur le pont menant aux cales et s'enfoncèrent ans les sombres entrailles du navire.

"- Pourquoi est-il comme ça? demanda tristement Ambre, alors qu'ils descendaient toujours les marches vermoulues menant au pont le plus inférieur.

- Il… n'est pas vraiment dans son assiette en ce moment… trop de soucis.

- Est-ce une raison pour s'énerver sur nous?

- Il ne fait que montrer son autorité. Certains ont tendance à l'oublier, parfois.

- Mais pas nous! protesta-t-elle.

- C'est vrai mais… vous avez quand même mérité votre passage aux fers."

Ambre leva vers le quartier-maître un regard surpris.

"- On va dire que c'est pour toutes les fois où vous n'avez pas été pris… comme pour le poisson par exemple."

Ecrasons-nous, écrasons-nous…

Le second leva un regard surpris quand il vit pénétrer Trévor suivi d'Ambre dans la cale exiguë.

"- Il la met aux fers aussi?"

Le quartier-maître hocha la tête en signe d'assentiment. Korp soupira.

"- Eh ben. Il est vraiment de mauvais poil… Mais vous en faîtes pas, on n'est plus loin de Tortuga…

- Ca me remonte le moral, t'imagines même pas! marmonna George, les chaînes déjà attachées à ses poignets.

- Viens par là Ambre, dit Korp, que je te mette les fers.

- On est vraiment obligé? geignit-elle.

- Je tiens à garder la tête solidement attachée sur les épaules…"

La jeune fille se mit à la hauteur du second avec un soupir de résignation et lui tendit les mains.

"- Nan, j'te les met aux chevilles. Ils sont trop grands pour toi…"

Et merde! je pourrais pas me tirer de là pour retourner très discrètement dormir dans mon hamac.

Lorsque le second eut fini de les enchaîner, il adressa à la petite bande un pauvre sourire avant de ressortir en compagnie de Trévor. Ambre n'eut même pas la force de se moquer de Korp qui devait marcher plié en deux pour ne pas se cogner aux poutres.

La jeune fille, Takashi et les jumeaux restèrent silencieux un long moment, trop occupés à se morfondre et à essayer de comprendre la réaction de leur capitaine pour s'engueuler.

La cale était plongé dans l'obscurité; Korp avait ramené avec la lanterne qui diffusait sa lueur blafarde. L'atmosphère y était brûlante, étouffante. L'air, aussi immobile qu'un linceul, sentait le renfermé, le goudron, la paille pourrie, le sel, les algues vomies par les marées, mélange d'odeurs à en retourner les estomacs les plus endurcis. Les parois de bois étaient humides, semblaient suinter un jus noirâtre et collaient à la peau. Les chaînes rouillées commençaient à les gratter sérieusement, sans oublier les puces qui s'en donnaient à cœur joie pour donner à cet endroit exiguë coincé à la proue, au plus profond du vaisseau, un côté encore plus sinistre. La faible lumière qui leur parvenait les faisait ressembler à des cadavres, ce qui aurait put faire rire la jeune fille si elle n'avait pas cette impression d'être elle-même dans un caveau. Elle frissonna et ramena ses jambes dans un cliquetis de chaînes rouillées avant de les entourer de ses bras et de poser son front sur ses genoux pour laisser libre cours à ses larmes.

"- Allons, Ambrinouchette, lui murmura Fred, ne te met pas en peine pour ça!

Ne rien répondre ou ça part en cacahuètes…

- Je crois que tu peux t'écraser, grogna Takashi, on n'en serait pas là, et elle la première, si vous faisiez moins les idiots!

- Nan mais tu l'entends, et l'autre eh! c'est pas de notre faute si tu tombes dans le panneau à chaque fois!

- Il tombe plus dedans, il y court la tête la première et les yeux fermés, marmonna George.

- Commencez pas vous deux, les coupa Ambre, c'est de votre faute si on en est là alors n'en rajoutez pas!

- Oh ça va, hein? t'es toujours partante quand on fait des conneries! C'est même toi qui les proposes!

- Mais je n'ai jamais rien fait contre le capitaine! Faut être vraiment con pour le viser!

- Mais c'est ça qu'est marrant! protesta George.

- Peut-être dans d'autres circonstances, mais pas en ce moment!

- Oh! Tu repenses à ce qu'il s'est passé y'a deux mois? Mais c'est oublié depuis le temps! C'est pas une femmelette Roberts! Il va pas se laisser impressionner par une pauvre rumeur!

- Mais t'es complètement aveugle mon pauvre gars, gueula Ambre, t'as pas vu la tête qu'il tire depuis deux mois? Encore un peu et on pourrait lancer des paris pour savoir quand est-ce qu'il va se pendre!

- C'est vrai qu'il a l'air un peu fatigué, acquiesça Fred, mais pas de là être dépressif! Il s'est peut-être ronger les sangs au début mais…

- Mais il continue à se les ronger, l'interrompit Takashi.

- On t'a pas causer, toi, répliqua George.

- Il n'empêche que je dis que vous êtes des… comment dit-on déjà?

- Des abrutis de première, acheva Ambre sombrement.

- Mais c'est toi l'abrutie!

- Comment ça? rugit Ambre, le visage déformé par la colère.

- Si tu restais plus souvent avec nous, tu aurais pu nous empêcher de faire ça! déclara George.

- Deux mois que tu nous délaisses! continua Fred.

- Et ça va être de ma faute en plus? mais vous êtes vraiment des… des…

- Eh bah, vas-y, dis-le, cracha Fred.

- Vous êtes vraiment des imbéciles profonds, jaloux, doublés d'un ego démesuré issu sans aucun doute de votre petit pois chiche déformé et pourrissant qui vous tient guise de cervelle! gueula-t-elle de toute la force de ses poumons à un rythme effréné.

- Wahoo! fit Fred, admiratif. Essaye de le dire trois fois plus vite," chuchota-t-il à son frère.

Mais sa pauvre tentative pour détendre l'atmosphère déjà surchauffée mourut aussitôt.

"- Je vois que t'as fait de très gros progrès dans le maniement des insultes, lâcha George, sarcastique. Je vais te montrer moi…"

George cracha un chapelets d'invectives à faire pâlir une grand-mère en kilt. Ambre en frémit de rage, vu que tout lui était adressé.

"- Espèce de…" commença-t-elle, les yeux brillants de colère et les mâchoires serrées.

"- Je crois qu'ils se sont calmés, dit Korp.

- Je l'espère parce que là… j'en suis presque à regretter de les avoir mis aux fers pour un aussi long moment…

- Ça ne fait pourtant qu'un jour et demi qu'ils sont à fond de cale et pourtant, j'ai le sentiment qu'ils y sont depuis des semaines déjà, gémit l'imposant second.

- Plus que deux jours jusqu'à Tortuga et là… on a la paix jusqu'à ce que Jack revienne! soupira Roberts.

- Vous voulez vraiment pas revenir sur votre décision et les faire sortir maintenant? demanda Trévor pour la énième fois. On comprendra…

- Non. Ça leur fera les pieds et les hommes comprendront peut-être que je suis toujours le terrible pirate Roberts, pas une lavette. J'ai l'impression qu'ils commencent un peu à en douter depuis quelques temps.

- C'est vrai que depuis l'arrivée d'Ambre, commença Korp, pas mal de choses ont changé. Pas en mal, je n'ai pas dit ça mais… c'est différent. C'est plus calme. On est… moins brutaux, moins… enfin. Ce n'est que mon impression.

- Que je partage, dit Trévor.

- Mais je ne veux pas dire par là qu'il faut nous débarrasser de la gamine, ajouta Korp, soudain inquiet. Je dis juste que je comprend que vous vouliez montrer votre autorité. Surtout avec ce qui se passe en ce moment.

- Merci d'être de mon avis, Korp, répondit tristement le capitaine.

- Vous ne les laisserez donc pas sortir? demanda Trévor sans trop y croire.

- Non.

- Et bien, soupira le quartier-maître, j'espère que le temps se maintiendra! Le voyage jusqu'à Tortuga risque d'être très, très long.

- Ectoplasme! beugla Ambre.

- Morue! renchérit Fred sur le même ton.

- Crotale empaillé!

- Génisse maigrichonne!

- Remplaçant de prof de chimie!

- Moule à gaufres!

- Tri… pardon?

- Ah, désolé, on l'a p't'être pas encore inventé.

- Tubercule périmée!

- Renonculacée flétrie!

- Ah, non, pas les fleurs!

- Hé! hé! t'as plus rien?

- Demeuré congénital!

- Tu l'as déjà sortie, celle-là, se moqua George avant de renchaîner.

- Monsieur Korp, pourriez-vous fermer la fenêtre avant que je n'explose?

- Oui, mon capitaine," répondit le second en se levant pour fermer la fenêtre sur un dernier "Bouffon d'opérette!".

Alors? C'était bien? Je suis contente, je vais pouvoir refaire mumuse avec Wulfran! Ça faisait longtemps. Hiek! Hiek! Hiek! Je rigole d'avance aux conneries que je vais pouvoir mettre dans le prochain chapitre qui risque de mettre longtemps aussi à arriver. J'espère quand même qu'il arrivera plus vite que celui-là!

Voili, voilou! N'hésitez pas à mettre des rewiews, des messages, pour me donner votre avis, des conseils aussi, et des idées(pourquoi pas!) et en plus, ça fait toujours plaisir!

Bazouxxxx les gens!