AUTEUR (AUTHOR) : GLASSAMILK
Traductrice (Translator) : Prusse
Disclaimer : Ceci est une traduction de l'histoire écrite par Glassamilk, tirée du manga Hetalia d'Himaruya Hidekaz.
REPÈRES GÉOGRAPHIQUES :
Leipzig : Ville allemande située vers le nord-est du pays.
Rebild Bakker : C'est un parc national danois ainsi qu'un site protégé. Chaque année, des danois et des danois d'origine américaine s'y retrouvent pour des festivals célébrant le 4 Juillet, qui est la fête nationale des États-Unis. (Je vous invite à faire un tour sur Google Images, très bel endroit !)
Slupsk : Ville polonaise située au nord-ouest de la Pologne, à 18 km de la mer Baltique.
Note de la traductrice :
Hahaha… Devinez qui c'est qui a encore vu ses chapitres effacés de son ordinateur ? OUI. MOI. Mais attention, cette fois, je me suis faite doublement avoir, parce qu'en plus d'avoir perdu mes chapitres traduits sur mon ordi, tout le contenu de ma clé USB s'est effacé à son tour, perdant donc AUSSI mes chapitres traduits. Ma sœur m'a dit que cette fanfic est en fait maudite, mais je ne baisse par les bras… Ça m'énerve, parce que je vous avais promis la fin de Gutters pour Décembre… Eh bah, nope, que nenni, retour à un chapitre tous les 36 du mois… JE SUIS AMPLEMENT DÉSOLÉE ! Mais rassurez-vous, le chapitre 15 est déjà à moitié terminé, et vu que je suis en vacances… Je vais m'atteler à la tâche ! JE NE LÂCHERAAAAAI PAS ! PROMIS ! Mais on ne m'y reprendra plus à poster une traduction sans avoir au préalable terminé de traduire tous les chapitres…
Bref, euh, donc voilà pour la cause du gros retard. Je vous poste la suite en Février, juré, craché (crache sur le sol mais ne parvient qu'à se baver sur le t-shirt. Charmant.) Pardonnez les fautes de frappes et d'orthographe, j'ai relu le texte tellement de fois que je ne vois même plus les erreurs…
Bonne Lectuuuure ! (ET BONNE ANNÉE en retard…)
Gutters — Chapitre 14 sur 20
Liberia : « L'amour de la liberté nous a amené ici. »
Plus tard dans la soirée, quand ils retournent dans l'avion, Amérique et Canada reçoivent le même discours qu'a eu Peter avant qu'il ne parte du bunker avec Danemark.
— N'apportez que le nécessaire. Couvertures, nourriture, trousse de premiers secours, ce genre de trucs. Abandonnez tout ce qui pourrait vous ralentir.
Matthew est prompt à rappeler Alfred que non, sa figurine Superman n'est pas un objet indispensable, et ils se mettent tous deux à faire une liste des choses à emporter pendant que Danemark et Peter trie leurs affaires, les vérifiant à plusieurs reprises pour être sûrs de ne rien oublier. La plupart de leurs affaires sont déjà rangées et pendant qu'ils attendent les deux autres, Danemark s'empare de leur sac, fait signe à Peter de le suivre jusqu'à la porte de l'avion et annonce qu'ils partent faire un tour. Il sourit devant l'expression confuse de Peter et se contente de l'aider à se hisser à travers l'entrée pour retourner dehors.
— On ne va pas s'éloigner, dit-il à Alfred tout en se hissant à son tour. Gueule si t'as besoin de quelque chose.
Il ferme la porte et réarrange le filet de camouflage au-dessus du métal écrasé.
— Où est-ce qu'on va ? demande Peter. Il n'est pas un peu tard pour se promener ?
Danemark s'essuie les mains.
— Eh bien, on ne va pas vraiment faire un tour, commence-t-il en se tournant vers Peter avec un sourire. Je voulais juste te parler de quelque chose.
— Quelque chose d'important ?
— Quelque chose d'important.
Peter sent son cœur tomber. Soudain, son esprit vogue vers de sombres horizons Danemark veut revenir sur sa promesse. Danemark veut le préparer à sa mort. Danemark veut qu'il prenne les rênes.
Il se mord la lèvre et baisse le regard.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Tout à l'heure, quand on était au poste d'échange, j'ai remarqué que tu regardais les paniers de basketball.
Peter cligne des yeux.
— Hein ?
— Les cerceaux. Pendant qu'on marchait le long des étales, t'arrêtais pas de les fixer. Tu aimes le basket ?
— Euh… Ouais, je crois ?
Il redresse la tête et s'arrête. Danemark a toujours son sourire aux lèvres, mais son regard est tout ce qu'il y a de plus sérieux.
— Pourquoi ?
— Je me demandais juste pourquoi tu ne m'as pas demandé si tu pouvais jeter quelque chose au travers pendant qu'on était là-bas. Il y avait plein de petites pierres et d'autres trucs que tu aurais pu utiliser.
Peter plisse le nez.
— Bizarre. C'est de ça que tu voulais me parler ?
Danemark le vrille de son regard perçant.
— Je suis sérieux. Pourquoi tu ne voulais pas jeter quelque chose ?
Une fois encore, Peter baisse les yeux sur ses chaussures.
— Je ne sais pas.
— Peter…
La voix de l'adulte prend un léger ton d'avertissement.
— Ça paraissait stupide de demander ça, grommela Peter en jouant avec la fermeture éclair de son manteau. On devait se dépêcher et on n'a pas le temps de jouer. En plus, jouer à ce genre de jeux, c'est pour les enfants.
Danemark claque la langue. Il s'accroupit pour être au même niveau que lui et le scrute, son regard vacillant entre l'amusement et la curiosité.
— Tu ne voulais pas jouer à jeter des cailloux parce que… ?
— C'est puéril.
— C'est bien ce que je pensais, rit-il avant de claquer et serrer son épaule, le faisant presque tomber à la renverse. Écoute, ce n'est pas parce que tu n'es pas un petit garçon que tu dois faire le grand constamment. Quand on est adulte, la moitié du fun qu'on a est de pouvoir parfois être immature. Si tu veux t'arrêter un moment pour frapper dans une cannette ou autre, tu as juste à le dire.
— C'est bon.
Peter le regarde et hoche sérieusement la tête.
— Je ne veux jouer à aucun jeu. On n'a pas le temps de s'amuser.
— On a le temps, là, tout de suite, non ?
Peter ouvre la bouche pour rétorquer mais la referme. Il ne peut pas nier que Danemark l'a coincé.
— On devrait se reposer avant de partir demain, finit-il par dire en poussant un doigt dans l'épaule du danois. Surtout toi.
Il lui arrache un sourire.
— On dirait exactement Islande quand tu dis ça, tu sais ?
— Quoi ?
— J'ai eu exactement la même conversation avec Islande dans les années quarante. Il a dû prendre quelques choses en main à ma place lorsque j'étais occupé par Allemagne.
Son sourire prend une teinte plus triste et il se gratte le menton avant de hausser les épaules.
— Le temps que tout soit dit et fait, il était indépendant et tout ce qu'il y a de plus sérieux. Une fois qu'on était tous guéris, j'ai essayé de le faire sortir de chez lui pour se réunir avec les autres et faire la fête et il m'a dit la même chose. « On n'a pas le temps de s'amuser. »
Il secoue la tête.
— Il a dit qu'il avait trop de paperasse et de délégations à faire.
— Mais… il ne voulait pas tous vous revoir ?
— Bien sûr que si. Mais il avait aussi l'impression qu'il devait faire ses preuves devant nous. Il voulait nous montrer qu'il pouvait être aussi bon à son job que nous l'étions. Et tu veux savoir pourquoi ?
— Pourquoi ?
Il le montre du doigt.
— Parce qu'il a grandi trop vite.
Peter fronce légèrement les sourcils et soupire lourdement.
— Je pense que c'est un peu différent.
— Ah ouais ?
— Ouais.
— Pourquoi ça ?
— Parce que cette fois, on n'a vraiment pas le temps de s'amuser.
Danemark exhale bruyamment, claque les lèvres et lui envoie un sourire en coin mielleux.
— Encore avec ça.
Il se lève brusquement et attrape Peter par les épaules. Il le fait se tourner et lui montre ce qu'il y a devant eux.
— A quoi ça ressemble, selon toi ?
Peter observe. La seule chose remarquable devant eux est un énorme arbre, noirci mais avec encore de solides et épaisses branches attachées à son tronc nu.
— Un arbre ?
— Tout juste. Et que fait-on avec des arbres ?
— Um…
Peter est sûr que c'est une question piège.
— On les coupe pour faire du bois ?
— Non, non, non.
Il relâche ses épaules et s'approche de la base du tronc. Il laisse tomber leur sac au-dessus des racines poussiéreuses et tend les bras au-dessus de lui, attrapant la branche la plus basse avant de se hisser dans un audible grognement.
— Qu'est-ce que tu fais ? s'enquit Peter en le rejoignant rapidement.
Danemark n'a vraiment pas besoin de se traîner le haut d'un tronc surtout pas quand il tousse du sang tous les jours.
— Je démontre un point, grogne Danemark en se hissant à une nouvelle hauteur.
Il a monté environ un tiers du grand arbre, il n'est pas horriblement haut, mais assez pour qu'une chute fasse mal.
— Les arbres, continue-t-il en balançant ses jambes par-dessus une large branche, les pieds pendants alors qu'il croise les bras sur une petite bosse devant lui, le regard baissé sur Peter, le souffle court, mais un sourire malicieux aux lèvres. Sont faits pour grimper, termine-t-il.
— Descends tout de suite ! s'écrie Peter, les mains plantées sur les hanches et les sourcils froncés. Tu vas tomber !
— J'sais pas, fait Danemark d'une voix traînante. C'est plutôt confortable. Ça te dit de venir t'asseoir avec moi ?
— Non ! Maintenant descends !
Il se penche sur la branche et c'est à son tour de froncer les sourcils.
— Allez, c'est marrant.
— Je sais, mais-
— Regarde dans le sac, le coupe Danemark. Je t'ai trouvé un cadeau aujourd'hui.
— Hein ?
— Fais ce que je te dis. Il est dans la poche avant.
Peter prend un air renfrogné, mais s'avance et ouvre la poche, fouillant jusqu'à ce que sa main se referme autour de quelque chose de lisse et bossu. Il retire la main et arque un sourcil. C'est rond et fait en caoutchouc, couvert de petites bosses vertes et violettes.
— C'est…
Il serre les doigts et un couinement s'en échappe.
— Un jouet pour chien ?
— Exact.
Peter lève le regard vers Danemark.
— Tu m'as pris un jouet pour chien ?
— C'est ce que j'ai trouvé ressemblant le plus à une balle. Maintenant, voilà, commence-t-il en se penchant par-dessus la branche, bras tendus et mains liées ensemble, offrant un cercle osseux. Je ferai même les onomatopées, genre « swish », et tout le tralala.
Le pus jeune demande, pince-sans-rire :
— Qu'est-ce que tu fais ?
— J'imite un panier de basket, ça se voit non ?
— Tu racontes n'importe quoi. Dépêche-toi de descendre, tu vas finir par te blesser.
— Je descends si tu le jettes.
— Danemark, s'il-te-plaît, on ne devrait pas jouer dans un moment pareil, dit-il, les mains serrées autour du jouet. Je ne veux pas que tu te fasses mal.
Danemark baisse les bras et soupire.
— Peter, entame-t-il avec sérieux. On a un dicton chez moi. « Enhver er sin egen lykkes smed. » Tu sais ce que ça veut dire ?
— Non, quoi ?
— Ça veut dire que chacun se créé son propre bonheur. Tu ne peux pas te contenter de rester assis à attendre que quelque chose arrive, tu dois faire en sorte que ça arrive par toi-même, même si c'est quelque chose d'aussi simple que jeter une balle à travers un cerceau.
Il croise les bras et appuie son menton dessus.
— Si tu veux jouer et t'amuser, ne t'arrête pas pour te demander si les gens vont penser que c'est stupide ou puéril. Ce qui compte, c'est ce qui te fait te sentir bien toi, pas eux.
— Je sais ça, commence-t-il avant de s'arrêter et de reprendre : Mais il n'y a déjà personne qui me prend au sérieux.
— Et alors ? Personne ne me prend au sérieux non plus et pourtant, je suis plus vieux que presque tous ceux que je connais, lâche-t-il en penchant la tête sur le côté, un nouveau sourire habillant sa bouche. Tu as toujours le droit d'être parfois un enfant, Peter. Si quelque chose de puéril te rend heureux, fais-le. C'est ce que tout le monde fais et je te promets que personne ne va avoir moins d'estime pour toi.
— Vraiment ?
— Vraiment, affirme l'adulte avant de se pencher. Tu veux que je te dise ?
— Vas-y.
— Norvège dort encore avec des animaux en peluche.
Il écarquille les yeux.
— Sans rire ?
— Yep. Et Islande aime déguiser son macareux. C'est pour ça qu'il a toujours cette petite cravate, raconte-t-il avant de sourire grandement. Berwald aime tricoter, mais il ne le dit à personne. Tu te souviens du Noël où il t'a donné un bonnet et des moufles assorties ?
— C'est lui qui les a faits ?
— Yep. Ça lui a pris une semaine parce qu'il n'arrivait pas à se décider sur les couleurs pour la laine.
C'est au tour du plus jeune de sourire.
— Et Finlande ?
— Ahh, Tino en a un bon, lui aussi. Quand il sort ses fusils pour les nettoyer, il les fait se parler entre eux. Tu vois, un peu comme certaines petites filles jouent avec leurs poupées ? Eh bien c'est pareil, sauf que c'est avec un bordel qui peut t'exploser la tronche. Tout ça pour dire que nous faisons tous des trucs idiots parce qu'on aime les faire. C'est drôle et peu importe à quel point les choses peuvent aller mal, s'amuser devrait toujours être important. Surtout maintenant, quand les choses sont si horribles.
Il tend à nouveau les bras.
— Alors, tu voulais jeter quelque chose à travers un panier, fais-le. Si t'arrives à le mettre dans le mille, je descends et je ne dirai rien à personne.
— Juré ?
— Craché.
Peter hésite et pèse le pour et le contre. C'est embarrassant, et Danemark a le sourire le plus niais qui existe scotché aux lèvres, mais son enthousiasme est contagieux. Il recule la main en arrière. C'est juste pour le faire descendre, se dit-il. Rien de plus.
Le jouet passe à travers le cercle formé par Danemark et rebondit contre le tronc de l'arbre.
— Il est rentré ! s'exclame Danemark en jetant les bras en l'air. Voilà, tu vois ? C'est marrant, non ?
Peter éclate de rire.
— T'es vraiment débile.
— Ouais, ouais, c'est ce qu'on dit.
Il pousse un soupire et s'apprête à se reculer.
— Bon, attends une seconde, j'arrive.
— Attends !
Danemark le regarde, surpris, et Peter rougit.
— A-attends, reste là-bas.
Il s'approche rapidement et agrippe la première branche, se tirant en hauteur et prenant garde à garder l'équilibre alors qu'il grimpe. Il ne veut pas lever les yeux. Il sait pertinemment quel genre d'expression satisfaite il trouverait sur le visage du danois, alors il se concentre sur son ascension pour ne pas glisser et s'ouvrir le crâne sur le sol dur. Après une minute accompagnée par le bruit de ses gestes consciencieux, il se laisse tomber aux côtés de Danemark et enroule les bras autour de la branche la plus proche pour se garder ancré, les jambes pas assez longues pour s'asseoir confortablement. Ils ne sont pas assez haut pour voir au-dessus la cime des arbres, mais il peut toujours voir à travers les restes squelettiques de la forêt, assez pour voir la grande route au travers de la cendre et de la lumière qui s'estompe.
Danemark lui donne un coup de coude.
— Tu vois, ce n'était pas si difficile, pas vrai ?
— La ferme, marmonne-t-il. J'ai juste… J'aime grimper aux arbres, d'accord ? Et tu étais sûrement coincé de toute façon, alors je dois t'aider à redescendre.
Danemark se contente de rire et se penche en arrière pour poser la tête contre ses bras. Un silence s'étire depuis le ciel, accompagné de sa parade de poussières dansantes, et pendant plusieurs minutes, ils se complaisent tous deux à regarder au loin, dans les arbres, perdus dans leurs pensées assez longtemps pour apprécier la vue, aussi désolante soit-elle.
— Et pour toi ? demande Peter après un instant.
— Hm ?
— Tous les autres ont un truc idiot qu'ils aiment faire, alors c'est quoi pour toi ?
Danemark sourit.
— Les pâtisseries, dit-il. J'aime faire des pâtisseries.
— Vraiment ?
— Vraiment. J'ai le tablier, les sacs à pâtisseries et tout ce qui va avec.
— T'es bon à ce que tu fais ?
— Le meilleur, dit-il en riant dans son coude. Un jour, quand on rentrera chez nous, je t'en ferai pour que tu puisses voir par toi-même.
— Ça serait bien.
— Ouais.
Un autre silence s'installe, suivi par le soleil couchant et Peter serre sa veste contre lui. Il commence à faire froid et l'obscurité gagne rapidement les bois. Il suppose qu'Amérique doit maintenant avoir fini de ranger ses affaires, et quand ils retourneront à l'avion, il n'y aura pas grand-chose à faire à part dormir, se réveiller le lendemain matin dans la même réalité à travers laquelle il s'était traîné ces derniers mois. Marcher à travers un gris infini et oppressant. Il aime cet instant présent, à laisser son regard balayer les arbres. Depuis cette hauteur, dans cette lumière si pâle, on dirait presque que les arbres ont seulement perdu leurs feuilles pour l'automne, se tenant debout, nus dans la nuit fraîche automnale plutôt que brûlés et morts dans un paysage de cendre misérable. On dirait presque que la nature fait semblant.
— Tu as froid ?
Peter acquiesce.
— Un peu.
Danemark passe un bras autour de ses épaules et lui frotte le bras.
— On peut rentrer si tu veux.
— Non, c'est bon.
Il se penche sur le côté, juste assez pour se laisser aller contre lui.
— Est-ce qu'on peut rester ici encore un peu ?
Sans même le voir, il sait que Danemark sourit encore.
— Bien sûr, p'tit gars.
xox
Le matin arrive bien trop tôt.
Ils se mettent en route juste avant l'aube, alors que les cieux sont encore sombres et que l'air est assez frais pour leur permettre de voir leur souffle dans le faisceau de leur lampe-torches, se mouvant rapidement alors qu'ils défilent un à un de l'avion et se dirigent vers la grande route. Matthew est sur le dos d'Alfred, enroulé dans des couvertures, encore à moitié endormi, tandis que Danemark porte le caddy retourné de telle sorte à ce que l'intérieur repose sur ses épaules. Le sol est trop irrégulier pour le pousser avec Matthew dedans jusqu'à ce qu'ils atteignent la route. C'est un facteur que personne n'avait pris en compte quand ils ont ramené le chariot, et même si Danemark ne se plaint pas, Peter sait très bien qu'il est fâché de se retrouver avec la tâche qu'était de tirer la chose bringuebalante à travers les bois, essayant de se frayer un chemin parmi les branches cassées et les taillis pleins de ronces aussi silencieusement que possible avec un panier en métal géant sur la tête. Il avait offert de l'aider, mais Danemark avait décliné et simplement demandé qu'il tienne bien leur sac jusqu'à ce qu'ils arrivent à la route.
Ce n'est pas une longue marche, mais le rythme est lent. Amérique est encore assez fort pour pouvoir équilibre le poids de Canada avec le sien, comme s'il s'agissait de la chose la plus aisée qui soit et il ne cesse de les devancer sans s'en rendre compte. Il ne réalise pas ce qu'il fait jusqu'à ce que Matthew remarque qu'il n'entend plus leurs pas et le fait s'arrêter et attende, tapote son bras et le réprimande quand il s'impatiente et demande à Danemark d'accélérer le pas quand ils finissent par les rattraper.
— Sois patient, dit-il doucement. C'est plus difficile pour le reste d'entre nous.
Danemark est trop à court de souffle pour répondre et se contente de jeter à Amérique un regard noir de derrière ses lunettes de protection.
La lumière du jour commence tout juste à percer à travers la cendre lorsqu'ils arrivent sur la route et chacun éteint sa lampe-torche, ne voulant pas risquer de faire réfléchir les faisceaux sur des objets ressortant de la crasse. Danemark dépose le chariot sur le sol et l'empêche de rouler en arrière quand Alfred y place avec précaution Matthew. Il réarrange les couvertures autour de lui, les mains lentes et prudentes, et l'aide à s'allonger contre le côté incliné à l'avant du caddy afin qu'il soit face à la barre permettant de pousser le chariot.
— T'es à l'aise ?
Un sourire et un hochement de tête.
— Bien !
Il se penche et attache doucement un bout de toile autour de la tête de Matthew, couvrant son nez et sa bouche, et drape la dernière couverture sur sa tête, s'arrêtant juste un instant pour toucher ses cheveux avant de s'assurer que les couvertures restent en place grâce à une broche qu'il attache sur son épaule. Il pose leurs sacs sur ses genoux et le pousse gentiment une dernière fois après qu'il ait viré Danemark de derrière la barre dont il s'empare, poussant le caddy dans un lent demi-tour vers le centre de la route.
— Essaye de rester aussi loin que possible des voitures, lui dit Danemark, prenant la main de Peter avant de lui emboîter le pas. Il se peut qu'il y ait des gens qui dorment dedans.
— Je sais, je sais, lance Amérique en secouant une main pardessus son épaule. On fera attention.
Il ralentit assez pour que Danemark et Peter le rejoignent à ses côtés.
— Alors, vers où on va ?
— Vers l'est.
— Une idée de combien de temps ça va prendre ?
Il hausse les épaules.
— Aussi longtemps que nécessaire.
— C'est-à-dire long comment ?
— Je ne sais pas, soupire-t-il. A la vitesse où on va, je dirais peut-être une semaine ?
Amérique fronce les sourcils.
— Si on se dépêche, on pourrait y parvenir bien plus vite.
— Merci pour l'explication, je ne serais jamais arrivé à cette conclusion tout seul.
— Bah dis-donc, souffle-t-il avant de se tourner vers la route. T'es vraiment grincheux de bon matin.
Danemark ignore complètement son insinuation et secoue la tête.
— Si tu veux te dépêcher, vas-y. Mais je ne peux pas aller plus vite que ça.
— Pourquoi pas ?
— Alfred, interrompt Canada avant qu'il ne puisse continuer et pose une main sur celle d'Amérique.
— Tout ira bien. Quand on y réfléchit, sept jours c'est pas mal, et on arrivera quand même avant Ivan.
Il se penche vers Danemark.
— Pardon, il est plutôt imperméable aux sentiments des autres.
Danemark tousse.
— J'ai remarqué.
— On s'y habitue.
— Mattie, c'est pas sympa, boude Alfred. J'ai beaucoup de compassion, c'est lui qui fait son connard.
Canada offre un sourire à Danemark.
— Tu vois ?
— Je vois, oui.
— Il ne le pense pas. Il t'aime vraiment beaucoup, tu sais.
— Maaattie…
— C'est vrai, sourit-il en se rallongeant. La première nuit où vous étiez avec nous, il n'a pas arrêté de me dire à quel point il était excité d'être tombé sur toi.
Il tapote la main d'Alfred.
— Qu'est-ce que tu m'as dit, déjà ? « Danemark est l'Euro-bro le plus cool d'Europe » ?
— J'ai… pu dire quelque chose du genre, lâche-t-il avant de pointer le nez vers le haut, dédaigneux. Mais je ne m'en souviens pas.
Danemark hausse un sourcil.
— Quoi ?
Il échange un regard déconcerté avec Peter.
— Tu me trouves cool ? Pourquoi ?
— Ne prends pas la grosse tête. Je trouve juste que c'est plutôt cool comment tu avais l'habitude de… tu sais…
Il murmure quelque chose d'incompréhensible.
— Tu sais, quoi.
Le sourcil du danois monte remarquablement plus haut.
— J'avais l'habitude de quoi ?
Le sourire de Canada prend de l'ampleur.
— Tu avais l'habitude de fêter le quatre Juillet.
— Matt !
Il hausse les épaules de manière innocente.
— Quoi ? C'est vrai.
Danemark éclate de rire.
— Eh bien, je suis désolé de te l'annoncer, mec, mais je ne pense pas que le Rebild Bakker soit encore là.
Il lui tape l'épaule.
— Mais je te chanterai quand même joyeux anniversaire.
— Pour de vrai ?
— Eh, pourquoi pas ?
Il fourre sa main dans sa poche.
— D'après ce que tu nous as dit, on sera de toute façon rentrés chez toi pour Juillet.
Il baisse le regard sur Peter, le coin des yeux plissé par un sourire.
— Pas vrai ?
Peter déglutit. Juillet est dans presque six mois.
— Ouais, dit-il en essayant de sourire. C'est vrai.
xox
Danemark n'était pas si loin que ça dans son approximation, et ils arrivent en périphérie de Leipzig en neuf jours. C'est plus long que ce qu'Amérique avait espéré, chose sur laquelle il avait été très vocal durant les derniers jours, à chaque fois qu'ils devaient s'arrêter pour se reposer et monter un camp pour la nuit. Il veut faire vite. Il veut faire ce voyage en courant parce qu'il veut mettre Canada à l'abri de la cendre et il veut trouver Angleterre et France et il a trop de désirs réprimés pour marcher lentement. Il essaie de l'encourager il le taquine et lui donne des coups d'épaule, ne manquant pas de lui rappeler son âge à chaque opportunité, lui faisant remarquer qu'il risquait de se casser une hanche s'il bouge trop vite, ne riant que lorsque Danemark le menace de lui fracasser le crâne.
Il se moque, mais ça ne les fait pas avancer plus vite.
Depuis qu'ils ont quitté l'avion, Peter a remarqué des choses changées chez Danemark. Il ne bouge plus quand il dort, allongé dans une immobilité parfaite jusqu'au matin quand Peter doit le secouer pour le réveiller, une tâche devenue de plus en plus ardue au fil des jours. Il lui faut toujours plus d'un essai et il est toujours groggy quand il finit par se réveiller. Il passe ensuite plusieurs minutes à rester assis, les mains sur les genoux, le regard vide, clignant des yeux, comme s'il était toujours coincé entre rêve et réalité, déglutissant longuement jusqu'à ce qu'il doive retirer son masque pour cracher du sang. Ces matins sont devenus une sorte de rituel malsain pour eux. Peter le réveille et s'assied à côté de lui avec une bouteille d'eau, silencieux alors qu'il attend que l'adulte retrouve ses esprits, et il lui frotte le dos quand il se recroqueville dans une quinte de toux, ses doigts hostiles à l'idée de toucher les nœuds durs qui marquent la colonne vertébrale de Danemark.
Ils découvrent cette nuit-là que le corps d'Amérique est une fournaise vivante, et ils sont tous deux très gênés le lendemain matin quand ils se réveillent pour trouver Danemark accroché à Alfred. Il est humilié, mais ne peut nier que la chaleur collective l'aide et ils finissent par dormir ainsi chaque nuit.
Mais le plus gros changement se voit dans sa démarche.
Quand ils étaient partis la première fois pour Munich, il boitait tous les quelques pas. On aurait dit qu'il y avait quelque chose de coincé dans sa chaussure, ou une bosse dans sa chaussette, une pensée innocente, mais maintenant il doit traîner ses jambes à chaque pas, d'une manière lourde et raide et si prudente qu'il aurait pu tout aussi bien être en train de traverser un chemin fait en verre. Chaque kilomètre devient un immense effort. Il dit que ce n'est pas un problème, même s'il continue à traîner derrière, mais ils peuvent tous voir de quoi il s'agit. Même Canada, malgré ses yeux embrumés, le remarque.
— Tu as du mal, fait-il le septième jour. Ça va ?
— J'vais bien.
— Ce n'est pas vrai. C'est facile de voir que tu as des difficultés.
Danemark renifle.
— T'es aveugle, comment est-ce que tu peux savoir si j'ai un problème ?
— Danemark, j'entends ton cœur d'ici.
Danemark n'a rien à répliquer.
Quand ils passent enfin le panneau signalant les limites de la ville après neuf jours, il y a un soupir de soulagement collectif. Avec la quantité de chamailleries et petites chicaneries qui les avaient accompagnées sur la route, il n'y en a pas un qui n'est pas impatient de voir tout cela se terminer, surtout Alfred, qui a des étoiles dans les yeux quand les buildings décrépits apparaissent.
— Oh mon Dieu, on est arrivés ! s'exclame-t-il. Danemark, je retire tout ce que j'ai dit sur tes capacités pourries de navigateur. On est arrivés, on est arrivés !
Il rit avec joie et se dépêche de pousser le chariot à travers une toile de conteneurs retournés.
— On va dormir en intérieur ce soir et on va trouver tout le monde et ça va être génial !
Alors qu'il se lance en avant, Danemark et Peter prennent leur temps, comme ils l'ont fait lors de tout le voyage.
— On ne peut pas rester sur Leipzig très longtemps, hein ? demande Peter.
Danemark sourit et secoue la tête.
— On reste pour la nuit.
— Tu penses qu'on va réussir à trouver Arthur ou Francis ?
— Probablement pas. Mais, s'ils sont ici, je peux te garantir qu'Alfred les trouvera et les rapatriera aux States quand Russie va débarquer.
Il serre la main de Peter.
— Tu les reverras. Ne t'inquiète pas.
Peter baisse le regard sur le sol.
— D'accord.
— Hé, lui dit-il en lui donnant un petit coup de hanche. Ne sois pas si triste. On y est presque. Il ne reste plus qu'environ six-cent kilomètres jusqu'à Slupsk.
— C'est vrai ?
— Vrai de vrai. On y sera dans encore une semaine, si je compte large.
Le visage du plus jeune s'illumine d'un grand sourire.
— Et on n'aura plus qu'à trouver un bateau.
— Yep. Et dès que ça sera fait, la traversée jusqu'en Suède sera rapide.
— Et puis…
Il s'arrête, visionnant la distance.
— Et puis on aura réussi.
— La seule chose qui restera à faire sera de trouver les autres. Après ça, c'est juste une question d'attendre que notre billet-retour se montre.
Il hausse plusieurs fois les sourcils et lâche :
— Excité ?
Peter ne prend pas la peine de répondre et le traîne dans la ville aussi rapidement que leurs jambes le peuvent.
A suivre…
