USE SOMEBODY by Lis123

CHAPITRE 14

Carlisle

Je sortis sous le porche arrière et regardai le ciel sombre au-dessus de ma tête. Je vis qu'il allait pleuvoir incessamment sous peu. Comme pour me donner raison, des petites gouttes d'eau commencèrent à tomber sur le sol. Je fermai mes yeux, savourant l'odeur fraîche de la pluie. Je souris intérieurement en pensant aux membres de ma famille, souhaitant pouvoir les voir.

Soudain, mes pensées dérivèrent de ma famille vers Bella. Elle m'avait hier demandé de l'accompagner au bal. J'espérai qu'elle ne serait pas trop bouleversée que je ne sois pas venu.

Je voulais être présent pour Bella. Je voulais la rendre heureuse mais même si je le voulais énormément, je ne le pouvais pas. J'avais trop à perdre. J'étais là pour une seule mission qui était de m'assurer que Bella allait bien et c'était maintenant le cas. Il était temps pour moi de partir.

Comment puis-expliquer cela à Bella ?

Comment puis-je lui briser le cœur comme Edward l'a déjà fait ?

J'observais la pluie commencer à tomber à grosses gouttes sur le sol, mouillant tout sur son passage. Je soupirai en refermant derrière-moi la porte en verre coulissante et me dirigeai à l'intérieur. Je fis la seule chose que je pouvais faire. Je me dirigeai vers le piano comme je l'avais fait à de nombreuses reprises auparavant quand je me sentais confus, frustré à propos de quelque chose et laissai la douce mélodie remplir les airs, éloignant mon stress.

Je commençais à me détendre, cela faisait au moins dix bonnes minutes que je jouais quand tout à coup, quelqu'un commença à me hurler dessus.

- Pourquoi ne vous-êtes vous pas montré ?

Je me retournai, surpris et vis une Bella trempée, très fâchée. Immédiatement, j'eus pleins de remords.

Sa robe collait à sa peau à cause de la pluie, ses cheveux mouillés et décoiffés pendant le long son cou. Je baissai les yeux et vis qu'elle était pieds nus et tenait ses talons dans ses mains. Je restai silencieux tandis qu'elle essayait de calmer sa respiration.

- Je ne savais pas que vous jouiez, déclara-t-elle, en remarquant que j'étais au piano.

- Peu de gens le savent, répondis-je en lui adressant un petit sourire, content qu'elle soit maintenant calmée.

- Viens ! dis-je en voyant sa curiosité, montrant un endroit sur le banc près de moi.

Je regardai Bella hésiter brièvement avant de venir s'asseoir près de moi avant de commencer à jouer un nouvel air.

- Vous jouez merveilleusement bien, loua Bella.

Je lui adressai un sourire chaleureux.

- Naturellement, où crois-tu qu'Edward a appris à jouer ?

J'observai Bella avoir un moment de recul en entendant le nom de mon fils. Réalisant aussitôt mon erreur, mes mains s'immobilisèrent. Je voulais lui présenter des excuses mais j'étais certain que Bella en avait marre de la pitié des gens aussi à la place, je décidai de changer de sujet.

- Je t'apprendrai, annonçai-je en regardant Bella.

Je pouvais lire l'incertitude sur son visage. Cependant, je n'allais pas accepter un refus de sa part. Elle avait besoin d'essayer de nouvelles choses et apprendre à ne pas être aussi effrayée. Je pris une des mains de Bella avant qu'elle ne puisse protester et la posai sur les touches.

Je plaçai les doigts de Bella aux bons endroits avant de déplacer ma main de l'autre côté du piano.

- Comme cela, maintenant suis-moi simplement.

Je commençai à jouer de mon côté, montrant à Bella sur quelles touches elle devait appuyer. Elle fit quelques erreurs mais elle n'abandonna jamais.

C'était l'une des choses que j'admirais chez Bella, elle était une battante.

Le moment de quiétude cependant, disparut aussitôt que la leçon fut finie. La pièce se remplit instantanément avec le silence. Je savais que je ne devais pas fuir les questions de Bella, aussi plutôt que de la fourvoyer, j'attendis qu'elle commence, en me disant que répondre honnêtement était la meilleure chose à faire.

- Pourquoi n'êtes-vous pas venu ? demanda Bella avec une voix peinée.

Cela me faisait mal de savoir que j'étais à l'origine de cette souffrance. C'était moi qui lui faisais cela. Je soupirai et baissai les yeux sur le piano devant moi, trop effrayé de la regarder dans les yeux.

- Bella, j'ai pensé que ce n'était pas une bonne idée. J'ai une famille, une femme. Même si cette famille traverse une crise en ce moment, je dois lui être fidèle. C'est ce que je fais, avouai-je en me tournant vers elle.

En la regardant, on avait l'impression que je venais de lui tirer dessus avec un fusil. Je l'observais en silence tandis que ses yeux commençaient à se remplir d'eau.

- Vous allez me quitter comme il l'a fait ! laissa-t-elle échapper, en courant hors de la pièce. J'avais été tellement déconcerté par son accès de colère qu'il me fallut une minute pour que je la poursuive. Je ne savais pas ce qu'elle allait faire. Je ne voulais pas qu'elle se fasse mal. Elle était sous ma responsabilité et je serai damné s'il lui arrivait quelque chose sous ma garde. Je sortis de la pièce, juste à temps pour voir Bella ouvrir la porte d'entrée et se précipiter sous la pluie battante.

- Bella ! criai-je, en la suivant.

J'accélérai rapidement mon allure, ce qui n'était pas difficile à faire grâce à ma vitesse vampirique. En seulement quelques secondes, Bella était à portée de bras. J'attrapais son bras et la tirait contre ma poitrine. Je sentis Bella pleurer durement sur mon tee-shirt, raffermissant sa prise sur mon dos tandis que la pluie continuait à se déverser sur nous. Bien que j'avais envie de la réconforter, l'extérieur sous la pluie battante n'était pas le bon endroit pour le faire. La dernière chose dont j'avais besoin, était que Bella tombe malade.

- Viens, rentrons à l'intérieur, dis-je en défaisant la prise que Bella avait sur moi.

Je nous guidai promptement vers la maison. Nous rentrâmes à l'intérieur, complètement trempés. La pluie ne me dérangeait pas, j'y étais habitué mais ce n'était pas la même chose pour Bella qui grelottait énormément.

Je regardai par la fenêtre et ne vis pas la fin proche de cette méchante averse.

- Tu peux rester ici pour la nuit, je ne pense pas que le temps s'arrange de sitôt, dis-je en me tournant pour faire face à Bella.

Elle frissonna sur le canapé et enveloppa ses bras autour d'elle-même à la recherche désespérée de chaleur. Je marchai vers le placard du couloir où nos couvertures supplémentaires étaient rangées. Nous le gardions uniquement pour la décoration, dans l'éventualité où un humain viendrait dans notre maison, pour garder les apparences.

J'en choisis une assez épaisse et l'apportai à Bella.

- Tiens !

Elle l'accepta volontiers et l'enveloppa autour de son corps frêle.

- Je vais appeler Charlie, il doit probablement s'inquiéter pour toi, annonçai-je en me dirigeant vers le téléphone.

- Non ! cria soudain Bella en attrapant mon bras, paniquée. Il ne doit pas savoir que je suis ici.

Je la regardai déconcerté, ne comprenant pas pourquoi cela inquiéterait Charlie que Bella soit ici, étant donné qu'elle avait l'habitude de sortir avec Edward.

- Et pourquoi donc ? demandai-je en voulant des réponses.

Elle hésita avant de s'expliquer.

- Il ne sait pas que vous êtes ici.

Je secouai la tête en guise de désapprobation. Je n'arrivais pas à croire que Bella n'était pas honnête avec son père.

Quelle genre de relation avaient-t-ils ?

- Bella, dis-je en soupirant, stressé. Que lui dis-tu quand tu quittes la maison ?

- La vérité en quelque sorte, je lui dis que je vais à l'hôpital sans faire mention de vous.

Ne voulant pas perdre davantage de temps, je pris le téléphone et composai le numéro des Swan. J'attendis patiemment et fut rapidement récompensé avec la voix de Charlie.

- Allo ?

Je soupirai de soulagement, content qu'il ne soit pas stressé, à la recherche de Bella.

- Salut Charlie, c'est Carlisle.

Il y'eut un blanc à l'autre bout de la ligne avant que Charlie réponde.

- Carlisle, comment allez-vous ? Cela fait quoi, deux mois, non ? questionna-t-il.

- Ouais, je sais que cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus, répondis-je, ne voulant pas rentrer dans les détails avec Charlie.

- Que faites-vous en ville ? Je présume que vous appelez de la ville, demanda-t-il.

Je suis en train de régler certaines affaires et récupérer quelques affaires oubliées, déclarai-je.

Je pouvais entendre Charlie piétiner. Je continuai avant qu'il ne puisse demander autre chose.

- Ecoutez, Bella est venu dire bonjour et il a commencé à pleuvoir à verse. Il semble que cela n'est pas prêt de s'arrêter, aussi je me disais que si vous n'étiez pas contre, qu'elle pouvait rester ici pour la nuit.

Il y'eut une autre pause.

- Vraiment ?

Je pouvais entendre l'agacement dans sa voix. Il soupira lourdement.

- D'accord, seulement, ramenez-la le plus tôt possible. J'ai besoin d'avoir une sérieuse conversation avec Bella avant que je ne parte au travail, annonça-t-il.

- Entendu, je la ramènerai dans la matinée, agréai-je.

- C'était agréable de parler avec vous Carlisle, répondit-il.

Je n'étais pas persuadé qu'il était aussi ravi de mon appel qu'il voulait me le faire croire.

- D'accord, vous aussi. A bientôt.

Après avoir raccroché, je me tournai vers Bella, assise sur le canapé. Je pris place à côté d'elle en lui faisant un petit sourire.

- Est-ce que tu vas bien ? Es-tu réchauffée maintenant ?

Bella me regarda avec un mélange de différentes émotions sur le visage.

- Est-ce que c'est vrai ?

Je plissai le visage, confus.

- Quoi ?

- Vous allez partir ? demanda Bella, bien que cela ressembla davantage à une affirmation qu'à une question.

- Bien, éventuellement ouais. C'était seulement jusqu'à ce que tu sois assez forte pour vivre ta vie. Je pense que tu es prête, dis-je pour tenter de l'encourager.

- Quoi ? s'exclama Bella en courant vers la porte d'entrée.

Cependant, je m'y attendais cette fois-ci et j'attrapai rapidement le bras de Bella avant qu'elle n'atteigne la porte.

Je retins le dos des épaules de Bella pendant qu'elle fixait la porte.

- Bella, c'est pour le meilleur ! déclarai-je, avec une voix calme, espérant que si je restais calme, cela calmerait un peu ses nerfs.

Bella se retourna pour me faire face. Sa colère était visible et tout à fait compréhensible.

Cela me tuait de savoir que je faisais la même chose à Bella que ce qu'Edward lui avait fait. Je démolissais ses espoirs. Je l'abandonnais. Je lui brisais le cœur.

- D'accord, entendis-je Bella dire tandis qu'elle abandonnait.

Elle avait l'air trahie, elle me faisait tellement confiance en croyant que je ne lui ferais pas de mal et c'est pourtant ce que j'avais fait. Je ne supportais plus de la faire souffrir. Je devais la tenir dans mes bras, je devais apaiser ses pensées.

Je la tirai contre moi tandis qu'elle tentait de se calmer. Je lui caressai doucement le dos pour l'apaiser. Au bout de quelques minutes, j'entendis ralentir la respiration de Bella. Je savais qu'elle n'allait pas tarder à s'endormir.

En un mouvement rapide, je pris Bella dans mes bras, à la manière d'une jeune mariée et montai les escaliers pour me rendre à l'étage. J'atteignis la chambre d'amis que nous n'avions jamais utilisée, déposai Bella sur le lit et rabattis les couvertures sur elle.

- Dors bien, lui dis-je doucement, avant d'éteindre la lumière et de repartir vers le rez-de-chaussée.

Je retournai vers le piano pour apaiser mes nerfs en laissant la musique me submerger. Peu longtemps après, je sentis les rayons du soleil passer à travers les fenêtres du salon. J'arrêtai de jouer et jetai un œil vers l'étage. Je savais que Bella n'allait pas tarder à se réveiller.

Je me dirigeai vers la cuisine et regardai le contenu du réfrigérateur. Même si ma famille ne mangeait jamais de nourriture humaine, nous faisions toujours en sorte de garnir notre réfrigérateur avec de la nourriture pour Bella. Je souris intérieurement en rassemblant tous les ingrédients dont j'avais besoin et commençai ensuite à cuisiner des œufs avec du bacon.

Tandis que le bacon commença à grésiller, répandant son arôme dans les airs, je ne pus pas m'empêcher de repenser à la première fois que Bella avait rencontré ma famille. Il me semblait que c'était hier qu'Edward était arrivé avec Bella à ses côtés. Bella avait l'air nerveuse tandis que les membres de ma famille la détaillaient de haut en bas. J'avais été impressionné par la facilité avec laquelle elle s'était intégrée à ma famille vampire. A peine quelques minutes après les avoir rencontrés, c'était comme si elle faisait déjà partie de la famille. J'avais lancé un regard approbateur à Edward, lui disant secrètement qu'il avait raison. Bella n'était pas comme les autres. En connaissance de cause, il avait hoché rapidement la tête en retour.

J'entendis soudain les bruits de pas de Bella à la fin des escaliers et cela me sortit de mes pensées et me fit la regarder. Ses cheveux étaient en désordre et sa robe était pleine de plis pour avoir dormi avec, mais malgré cela elle était encore magnifique.

- Je pensais que tu serais probablement affamée, dis-je en plaçant de la nourriture sur la table de la cuisine.

Bella eut l'air déconcertée tandis qu'elle regardait la nourriture sur la table.

- Vous avez cuisiné pour moi ?

- Je suis désolé à propos de la nuit dernière, j'aurais dû être plus clair quant à la durée de ma présence ici, m'excusai-je en espérant qu'elle ne s'énerverait pas à nouveau.

- Je suis désolée moi-aussi. Je sais que vous tentiez seulement de m'aider, déclara-t-elle en prenant place à table.

Je voulais lui dire qu'il s'agissait de plus que cela mais je ne pouvais pas. Elle devait savoir que c'était notre seule option. C'était le seul moyen pour que les choses demeurent telles qu'elles étaient.

Je souris chaleureusement en poussant l'assiette de nourriture vers Bella.

- Allez, mange avant que cela ne refroidisse. Je ne veux pas faire attendre Charlie.

Bella fit ce que je lui avais dit et porta la nourriture chaude à sa bouche impatiente. Elle sourit avec satisfaction en regarnissant sa fourchette pour en manger davantage.

Après que Bella ait fini de manger, je la menai vers ma voiture. Elle s'installa en silence, sans se plaindre. J'attendais qu'elle se batte, qu'elle me dise combien j'étais injuste mais elle ne prononça pas un seul mot.

Tandis que nous regagnions sa maison, il était certain que la voiture de Charlie était encore là. Je me souvins que Charlie avait dit la nuit dernière qu'il voulait parler avec Bella. J'espérais seulement qu'elle était assez forte pour le faire. Elle me remercia rapidement avant de se diriger à l'intérieur.

Charlie nous regardait derrière la fenêtre et me fit un bref signe de la main. Je lui en fis un à mon tour, avant de reprendre la route.

Un million de choses me vinrent à l'esprit pendant mon retour en voiture. La douce odeur de Bella, la sensation de son corps chaud contre le mien, ses gestes innocents qui me faisaient frissonner, sa voix, ses espoirs, la battante en elle, la façon dont elle m'avait regardé quand que je lui avais dit qu'il n'y aurait jamais de nous.

Plus que tout, je repensais à quel point j'avais voulu l'embrasser.


Tout devient plus clair !