CHAPITRE 13


Assis sur le canapé, il regardait sa mère s'affairer dans ses derniers préparatifs. Ce soir, elle avait rendez-vous avec Lily pour leur soirée entre filles…. Une soirée cinéma apparemment.

Il s'était écoulé une semaine…une longue et interminable semaine, depuis que Rick avait confié son calepin à sa mère. Il avait espéré un geste de Kate: un appel ? Ou une entrevue ? Mais les jours s'étaient écoulés, et l'espoir de pouvoir s'expliquer avec elle diminuait dans son coeur. Sa mère lui avait confié la peur de Beckett de perdre la garde de Lily ou de le laisser simplement entrer dans leur vie dorénavant, malgré ses efforts à lui expliquer qu'il souhaitait juste avoir une chance de rencontrer sa fille, Martha avait refusé de plaindre une nouvelle fois en sa faveur. Elle lui avait expliqué se trouver entre eux deux et ne pouvait pas définir un camp. Ils étaient adultes et ils devaient par conséquent trouver une solution ensemble.

Il s'était donc résigné à contempler, observer chacune des vidéos ou albums faisant référence à Lily, qui se trouvaient dans le loft mais désormais… il avait l'impression d'être un lion en cage.

Du temps, il lui avait promis du temps, mais plus les heures passaient , les jours s'accumulaient, plus l'espoir de connaître sa fille s'amenuisait et cette constatation lui brisait le coeur.

Comment arriverait-il à vivre en laissant derrière lui un second enfant ?

Les yeux dans le vague, il observait de loin sa mère enfiler son manteau, et l'entendit murmurer sur un ton compatissant :

-Je ne rentrerai pas très tard.
-Profite de ta soirée, mère, déglutit Rick en la voyant ouvrir la porte du loft, et lui avouer, le coeur lourd, avant de partir
-Je suis désolée.

Désolée, elle l'était. Elle avait espéré secrètement, tout comme Castle, que Katherine entendrait raison et demanderait des explications. Martha avait espéré que sa belle-fille comprendrait que son fils s'en voulait énormément. Mais les jours avaient passé, et elle commençait à croire que Kate avait son choix.
Martha avait passé la semaine à écouter les excuses de son fils, ses explications, et l'avait regardé de loin sombrer dans les images ou vidéos de sa fille.

Appartement de Beckett

Dans la salle de bain, Kate se débattait avec les cheveux de sa fille, qui ne se laissait pas faire facilement :

-Arrête donc de bouger !
-Mais, je ne bouge pas, ronchonna Lily, en tentant de voir dans la glace son reflet. Ne me fais pas de tresses, on dirait Pocahontas.
-Tu adores Pocahontas, la taquina Kate en la contemplant tendrement
-Pas depuis qu'elle a laissé John Smith partir
-Qui est John Smith ?
-Son amoureux ! s'indigna Lily, en se tournant pour dévisager sa mère qui lâcha sa couette de surprise
-Lily!
-C'est bon, je peux y aller comme ça, fit-elle impatiente
-Non, on va te peigner convenablement

Les bras autour de sa poitrine, la petite marmonna, frustrée :

-Pourquoi je ne dors pas chez mamie ?
-Elle a un empêchement
-Mais c'est notre soirée, on loupe jamais une soirée entre filles, gémit-elle
-Chérie, tu en auras d'autres, des soirées avec ta grand-mère. Elle t'emmène au cinéma et….
-et elle me ramène ici, bougonna Lily
-exactement ! sourit Kate lui faisant une queue de cheval
-Je ne comprends pas pourquoi elle ne veut pas que je dorme chez elle, c'est vrai quoi….elle pourrait enlever son empêchement
-Un empêchement ne s'enlève pas, c'est tout le sens d'un empêchement
-Une soirée fille ne s'enlève pas non plus!
-rhô mais que tu es têtue!

A la cuisine, David terminait de ranger la vaisselle en les écoutant d'une oreille. D'habitude, il appréciait entendre leurs chamailleries, mais, ce soir, il était attristé pour Lily.
David connaissait le plaisir qu'avait la jeune fille à aller dormir chez sa grand-mère, des rituels qu'elles avaient au fur et à mesure mis en place : la soirée film avec popcorn, la nuit chez mamie puis le buffet du matin avec le bain et la séance spa façon Martha. Lily n'avait loupé aucune soirée entre filles depuis sa naissance, et David redoutait désormais son ressenti sur l'annulation du vendredi prochain et du suivant encore.

Toute la semaine, il avait laissé l'espace que Kate lui avait réclamé. Il était resté en retrait face à toute cette situation, mais ce soir, entendre Lily exprimer son mécontentement l'attrista.
Toute cette situation bouleversait leur famille. Il se demandait ou se situait sa place. Pouvait-il aider Kate dans sa décision ou l'aiguiller tout du moins ? Il savait qu'il devait tenter de lui faire entendre raison mais il était lui terrifié à l'idée de la perdre. Et si en voulant aider, il la poussait dans les bras de son ex ?

Perdu dans ses pensées, il en fut sorti par le soufflement exaspéré de Kate :

-Qu'est-ce qu'elle est têtue...je te jure, elle pire que moi !
-Elle ne comprend pas…elle essaie juste d'avoir une explication plausible à ce changement de plan…et ces vendredi soirs sont quelque chose d'important pour elle
-Je le sais, mais que veux-tu que je fasse? Je la laisse avec Martha au loft ?! siffla-t-elle, frustrée par la situation dans laquelle elle se trouvait.
-Non….c'est juste que…., soupira, hésitant, David en déposant son torchon humide sur le plan de travail, mal à l'aise
-Juste que quoi ?
-Tu lui as toujours expliqué la vérité. Depuis que je vous connais, je ne t'ai jamais entendue lui mentir et….
-Je n'ai pas le choix ! se défendit Beckett
-Kate, crois-moi, je suis terrifié aussi, mais…si son père est chez Martha, elle va louper pas mal de vendredis. Que comptes-tu faire ?

Le fusillant du regard, face à cette vérité qu'elle n'avait eu de cesse de ressasser toute la semaine, elle marmonna, peu convaincue :

-Il pourrait passer la nuit à l'hôtel vendredi prochain ou simplement retourner sur cette terrasse de Charleston!
-Hum….et le vendredi d'après ? et ….
-Pourquoi ai-je l'impression que tu souhaites que Lily rencontre son père ?!
-Parce que finalement c'est ce qui va arriver, soupira-t-il en la voyant se braquer. Je le sais, et tu le sais. Malgré toute la force que tu te résouds à déployer pour noyer l'évidence, Lily va rencontrer son père. Ne vaut-il pas mieux que tout ceci se passe correctement…..Après une discussion ….. que par hasard ?
-Je…..
-Tu ne peux pas la cacher ou l'éloigner du loft indéfiniment
-Oh oui ? Eh ben, je ne pense pas que ma fille passera ces prochains vendredi soirs avec son père et sa grand-mère , parce que, jusqu'à preuve du contraire, il s'agit de MA fille ! cracha-t-elle, apeurée, sans se rendre compte des paroles blessantes qu'elle lui lançait.

Elle savait très bien qu'il avait raison. Elle l'avait su au moment où Martha lui avait annoncé le retour de Rick. Mais sa peur était plus grande que sa raison. Elle était terrifiée et ne pouvait même pas expliquer la nature de cette angoisse.
Etait-elle apeurée de devoir faire face à Rick une nouvelle fois ? Craintive de la réaction de sa fille ? Terrorisée par les intentions réelles de Castle ? Ou simplement…Inquiète de l'avenir incertain qui se profilait devant ses yeux?

Baissant le regard, David inspira profondément comme pour cacher la tristesse qui l'envahissait. Sa main droite serrée contre le torchon , il murmura, blessé:

-C'est peut-être ta fille, mais ce n'est pas ta chose. Elle a le droit de savoir que son père est vivant. J'ai l'impression que tu te caches derrière Lily pour ne pas faire face à tes sentiments.
- Je…
- Mais si tu penses que connaître son père serait dangereux pour elle, que c'est la réel raison de ton angoisse, alors arrange-toi pour démêler cette histoire de « vendredis soirs ». Elle est futée Kate, elle va comprendre. Et au-delà de ça, elle commence déjà à souffrir de toute cette situation.
-Tu….., commença Beckett, avant d'être interrompue par la sonnerie de la porte d'entrée.
-C'est grand-mère ! hurla Lily, toute heureuse ,en accourant de sa chambre au hall d'entrée.

Mortifiée par les paroles qu'elle lui avait adressées sous le coup de la colère ou de la peur, elle chuchota « je suis désolée ...» avant de quitter David pour rejoindre sa fille et ouvrir à Martha.

Tout sourire, la matriarche déclara :

-Qui veut aller manger du pop corn devant un bon dessin animé ?
-Moi ! s'écria Lily en lui sautant au cou.

Enterrant son nez dans le cou de sa grand-mère, elle inspira son odeur de fleur en lui murmurant :

-Tu m'as manquée, gram's
-Toi aussi, chérie, répondit Martha en resserrant ses bras sur elle.

Pendant quelques secondes, elles s'enlacèrent sous les yeux de Kate. La discussion avec David lui revenait en tête et elle se sentait coupable d' infliger pareille situation à Lily, Marha et David, simplement parce qu'elle refusait de faire face au retour de Rick .
David avait raison. Que ferait-elle vendredi prochain ? Et le suivant ?

-Katherine , tout va bien ? demanda soucieuse Martha en la voyant apeurée devant elle
-Oui, oui, mentit Beckett, en tentant de sourire
-Tu es certaine , chérie ? Parce que si tu préfères que je reporte notre sortie avec la petite ou….
-Non ! Moi je veux y aller, au cinéma ! s'indigna Lily qui avait déjà du mal à accepter qu'elle ne pourrait pas dormir chez sa grand-mère
-Tout va bien, Martha. Profitez de votre soirée, on se voit plus tard, assura Kate en allant embrasser sa fille sur la joue, puis enlacer sa belle-mère.

Loft de Castle

Il tournait en rond ! Il était seul depuis une heure et il tournait déjà en rond. Tous les albums photos étaient ouverts sur le sol du salon.
Soupirant, en se frottant l'arête du nez, il jalousait sa mère à cet instant. Elle devait être confortablement installée dans un fauteuil de cinéma avec Lily à ses côtés. Elle avait la chance d'écouter sa fille lui compter sa semaine, sa journée…..alors que lui….ruminait dans son coin.

Il n'arrivait pas à calmer la douleur dans son coeur, qui lui rappelait sans cesse qu'il ne connaissait même pas son propre enfant.
Il voulait tout découvrir d'elle, ses hobbies, sa couleur préférée, son animal préféré, mais au-delà de ça, ses traits de caractère et le son de sa voix. Comment ne pouvait-on pas connaître le son de la voix de son propre enfant ?

Se sentant piégé dans cet appartement où il se trouvait encore étranger, il décida de reprendre son rituel de Charleston: il devait marcher. Il devait sortir du loft et partir en vadrouille dans les rues bondées de New-York, avant de perdre la raison.

Prenant son manteau en main, il se précipita vers la porte d'entrée comme pour avoir une nouvelle bouffée d'air, quand il fut stoppé par la silhouette de Kate, qui se trouvait juste sur le palier, prête à frapper à la porte.

Surpris tous les deux par la brusquerie de la rencontre, ils se toisèrent quelques secondes du regard. Beckett se sentait dépassée et peu sûre d'elle. Elle ne savait pas encore quelle était sa décision à propos de laisser Castle entrer dans la vie de sa fille, mais elle savait qu'elle devait faire face à ses peurs pour le bien-être de Lily. Elle devait agir en adulte et discuter calmement avec lui. Martha lui avait confié quelques jours auparavant , que Rick n'avait pas connaissance de sa paternité et que tout ceci était un quiproquo. Comment sa fille pouvait-elle être un quiproquo? Cette question elle se l'était posée pendant une semaine...et ce soir, elle espérait avoir la réponse à sa question.

Seulement se retrouver devant lui, une seconde fois, la troubla plus que de raison. Ses traits étaient fatigués, il avait cette ride sur son front qui montrait qu'il était contrarié, et son rasage n'était pas encore parfait.

-Kate, soupira-t-il soulagé en la voyant l'observer

Le son de sa voix était empreint de tant d'amour et de soulagement , qu'il retourna une nouvelle fois le coeur de Beckett. Déglutissant, elle lui déclara fébrilement:

-Je pense qu'on devrait discuter
-Oui, oui, fit-il précipitamment en lui ouvrant la porte du loft pour qu'elle puisse s'y engouffrer. Je suis content que tu veuilles discuter.

Doucement elle entra dans l'appartement.
Comme à son habitude, elle retira son manteau et déposa son sac dans le hall d'entrée. Les mains ensuite dans les cheveux, elle cherchait ses mots quand l'effluve du parfum de Castle transperça son coeur. Comment une odeur de menthe pouvait la chambouler à ce point ? Fermant les yeux , elle l'entendit lui demander, hésitant:

-Veux-tu un café ?

Un café…elle n'avait plus avalé une goutte de ce nectar depuis son départ. Chaque tasse, chaque grain lui laissait un goût amer en bouche. Les premières années, elle n'arrivait même pas à retenir ses larmes devant une simple tasse de café.

-Non
-Je….ok….un verre d'eau alors ? Ou du vin peut-être ? fit-il, pris au dépourvu par son refus.

Depuis quand Kate Beckett refusait une tasse de café ?

-Castle…..je ne sais pas si c'est une bonne idée, avoua-t-elle en reprenant en main son manteau.

La voyant faire demi-tour, il s'approcha un peu plus d'elle et lui murmura douloureusement:

-On a une fille…Kate….On a une fille devrait discuter.
-Je le sais, souffla-t-elle, les larmes aux yeux, en entendant ces mots dans sa bouche
-Je ne le savais pas. Je te promets que je ne savais pas. Si j'avais su…si j'avais su, rien ne se serait passé ainsi
-Castle...
-Laisse-moi la connaître, demanda-t-il, brisé. Laisse-moi une chance d'être son père. Je ne veux pas me battre pour sa garde. Je veux simplement être son père.
-Je…..c'est compliqué….C'est trop tard.

Face à sa réplique, il la dévisagea quelques secondes. Elle venait de reposer son manteau, et se tourna pour tenter de s'expliquer devant sa mine déconfite :

-Je suis fiancée
-Je sais, soupira-t-il, tête basse, douloureusement
-Avec David ….Lily a une famille, on est une famille désormais.
-Je sais
-Castle…..c'est compliqué

Levant ses yeux noyés de larmes, il la contempla. Six années étaient passées et il était toujours autant subjugué par sa beauté. Il avait envie de dire « je t'aime », « je suis désolé » mais il avait l'impression de mourir sous ses mots « on est une famille », « je suis fiancée », alors déglutissant difficilement , il chuchota :

-Je suis son père. Tu peux épouser David, tu peux être une famille avec lui mais….je suis son père, Kate. Ne me retire pas un nouvel enfant.

La détresse dans son regard et sa voix brisée, anéantirent Beckett.

-J'ai une fille….et je ne connais rien d'elle. Je ne connais pas sa couleur préférée, son sport préféré, son parfum de glace préféré ou pire….Le son de sa voix, de son rire….tout ce que j'ai c'est ….son doudou, ricana-t-il ironiquement en le sortant de sa poche pour l'humer une nouvelle fois, sous les yeux larmoyants de Kate. Tout ce que je sais, c'est que j'ai une fille de six ans avec toi et qu'elle sent la vanille.
-Rick, je….
-Je ne veux pas perturber ta vie. J'ai fui comme un lâche et tu as parfaitement le droit d'aimer un autre homme, d'épouser un autre homme. Mais….on a une fille. Ne m'enlève pas ma fille, je n'y survivrai pas cette fois.

Pendant quelques minutes, ils se regardèrent. Les larmes aux yeux, les mains tremblantes, Castle avait mis les mots sur une partie de ses peurs et de ses envies. Il s'apercevait bien que Kate se sentait tiraillée, mais il se devait de se battre pour Lily. Il devait se battre pour sa fille comme il s'était battu pour Alexis.

Après plusieurs secondes dans le silence, Kate baissa les yeux et rejoignit le salon où tous les albums photos de sa fille étaient éparpillés sur le sol. La boule au ventre, elle les ramassa un par un puis les déposa sur la table basse avant de s'installer sur le canapé et de déclarer, hésitante:

-Jaune
-Jaune ? répéta-t-il surpris en la rejoignant sur le fauteuil en face d'elle plein d'espoir
-Sa couleur préférée est le jaune, avoua-t-elle sur le ton de la confidence
-Jaune, sourit Castle .C'est pas commun pour une fille
-Elle adore le baseball. Depuis qu'elle a quatre ans, mon père l'emmène au stade. Elle connait tous les noms des joueurs par coeur .

Levant le regard sur Castle, elle s'aperçut qu'il souriait aux anges. Comme si connaître ses petits détails de la vie de Lily étaient exceptionnels pour lui.
Elle lui en voulait toujours d'avoir fui , il y a six ans, ou d'avoir préféré se terrer à Charleston plutôt que de revenir, mais, ce soir, elle se rendait compte de toute la souffrance qui l'habitait lui aussi.

Les paroles de David résonnaient dans sa tête « si tu penses que connaître son père serait dangereux pour elle… », non , bien sûr qu'elle ne le pensait pas. Elle connaissait Castle….il avait été son partenaire , son meilleur ami…..l'amour de sa vie. Elle le savait, il serait un très bon père. Elle était simplement habitée par une peur qui la tiraillait.

Soupirant, la boule au ventre, elle se rendit compte que le bonheur de sa fille primait sur le sien, sur ses craintes. Alors doucement, elle continua sur le ton des confidences:

-Le doudou que tu as en main est « Javier », sourit-elle en le voyant la dévisager
-Javier ? Son doudou a le nom d'Espo ?
-Oui. Ryan dort tranquillement chez mon père .
-Ok, là tu m'effraies.
-Les gars lui ont offert le même doudou sans ce concerter quand elle s'est fait opérer de l'appendicite. Elle trouvait très drôle de les appeler ainsi. Comme il lui manquait un doudou chez ses grand-parents , elle a mis chacun des gars chez mon père et Martha.
-Ryan et Javier, répéta-t-il, incrédule, en toisant le lapin qui l'avait en main
-Les gars ont eu la même réaction que toi.

La contemplant quelques secondes, il baissa le regard sur « Javier » en marmonnant:

-J'ai dormi avec Espo cette nuit
-Je suis sûre qu'il sera ravi de l'apprendre, rit-elle à sa confession.

Le sourire aux lèvres, il se délectait d'entendre le son mélodieux de sa voix. Elle lui avait tellement manqué. Chaque respiration avait été un calvaire sans Beckett à ses côtés. Il était donc ravi à cet instant de pouvoir enfin échanger, discuter, sans cris ou sans reproches.

-Son doudou…..le vrai….est à la maison, ajouta-t-elle un peu plus sérieusement.
-D'accord, fit Rick en la voyant hésiter désormais
-Je…elle…..enfin….
-Dis-moi…je veux savoir.. je veux tout savoir sur elle.
-A sa naissance, Martha lui a offert….Monkey Bonkey.
-Elle a le singe d'Alexis, murmura-t-il, troublé, en déglutissant

Il n'avait pas pensé à sa citrouille depuis que Kate était entré dans le loft. Discuter sur le doudou de sa citrouille , lui renvoya une image de sa fille, allongée dans son lit, ses chevaux roux sur son oreillers et son doudou dans la main, il pouvait même entendre le son de sa voix "bonne nuit , papa".

-Oui. Martha a dit que quelque part …Alexis veillerait toujours sur Lily.… Elle ne se sépare jamais de lui, avoua Kate, le coeur lourd, en pensant comment Lily s'accrochait à ce doudou depuis sa naissance.

Se levant, Rick tenta de retenir ses larmes. Sa gorge était nouée, ses mains tremblaient dans ses poches, et c'est tête basse qu'il lui avoua:

-Elle a toujours voulu avoir une petite soeur ou un petit frère…..Quand elle était petite, elle prenait ce singe partout où elle allait. Un jour, on se baladait à Chicago pendant une de mes nombreuses tournées promotionnelles. A l'angle d'une rue, elle est tombée sur une boutique qui vendait des Monkey Bonkey. Tu aurais dû voir sa tête, sourit-il, mélancolique, en se remémorant sa fille à six ans. Elle m'a supplié d'en acheter un autre pour pouvoir l'offrir à sa soeur ou son frère….si un jour elle en avait un.
-Qu'as-tu fait? déglutit-elle en le voyant affligé

Se tournant pour la regarder, il chuchota honteusement :

-Le singe de Lily se trouve dans ma penderie.

Alors qu'elle allait répliquer, son téléphone sonna, soupirant elle partit le récupérer dans son sac qui se trouvait dans le hall d'entrée. Le prenant en main , elle déclara :

-Capitaine Beckett
-Hey, c'est moi, fit timidement son fiancé dans le combiné
-David ? il y a un souci ?
-Martha vient de déposer Lily. Veux-tu que je la couche ou préfères-tu la border toi-même ?

La séance cinéma était déjà terminée ? regardant l'heure sur sa montre, elle soupira en se rendant compte qu'elle avait encore tellement de choses à demander, de choses à expliquer….

- Kate ?
-Couche-la….je ne vais pas tarder
-Très bien, fit-il tristement en raccrochant.

L'entendre discuter avec l'homme qui partageait sa vie désormais, attrista encore plus Castle. Il l'enviait, il le jalousait. Depuis qu'il avait revu Kate près du bar « seconde chance » à Charleston, tous ses sentiments s'étaient décuplés. C'était comme s' ils avaient été endormis pendant ces six dernières années, et que désormais ils revenaient plus puissants que jamais.

Le rejoignant au salon , elle le sortit de ses pensées en lui déclarant :

-Je ne sais pas quelles sont tes intentions envers Lily. Tu me demandes de la connaître, mais que se passera-t-il quand tu partiras ?
-Partir ? je n'ai pas l'intention de partir, répondit Rick, étonné
-Tu ne vas pas retourner à Charleston ?
-Non
-Castle, soupira-t-elle, perdue
-Je ne vais pas retourner à Charleston quand ma famille est à New-York. Je ne savais pour Lily.
-Ta famille a toujours été à New-York, et pourtant tu es parti, contra-t-elle, sur la défensive et blessée

Ne souhaitant pas partir au conflit, il se gratta la nuque et chercha une façon plus... douce d'expliquer la situation :

-Tu as lu le calepin ?
-Je te remercie de te soucier de ma lecture mais je…..
-Kate, si je suis parti, c'est pour Alexis
-Oh, et tu reviens pour Lily, hein ? répondit-elle ironiquement.

Elle ne savait pas pourquoi, mais elle était blessée. Elle aurait aimé qu'il reste pour elle ou …..qu'il revienne pour elle. Et l'entendre dire qu'il était parti pour sa fille, et qu'il était revenu pour la deuxième la blessait.

-Tu te souviens de cette nuit ?
-Quelle nuit ? demanda-t-elle, surprise
-La nuit où je suis parti ? La nuit où j'ai enterré ma fille ? demanda Rick, douloureusement.

Il avait à coeur de lui expliquer ses raisons. Il devait tenter de lui faire comprendre sa démarche. Le fait qu'elle n'ait pas lu son journal ne l'aidait pas dans ses explications, alors il devait agir différemment et commencer à s'ouvrir un peu plus à elle.

-Je…..oui, déglutit Kate, en fermant les yeux pour cacher son désarroi.

Flashback.

Son bébé avait été la lumière et la joie dans sa vie. Elle avait été la bonté-même. Et aujourd'hui, entouré de toute sa famille, tous ses amis, il ne restait qu'un cercueil devant ses yeux.
Du simple ébène qui lui rappelait ses erreurs. Sa fille était morte. Elle avait été assassinée à cause de lui .
S'il avait agit en père responsable et non en gamin, elle serait auprès de lui. S'il avait arrêté de se prendre pour un flic, de jouer avec le danger, elle ne serait peut-être pas rentrée dans la ligne de mire.
S'il avait été plus rapide, si Beckett avait fait correctement son boulot, sa fille serait là .

Le cercueil descendit sous ses yeux, des roses commencèrent à recouvrir l'ébène, les pleurs de sa mère retentissaient dans le cimetière.
Il ne pouvait détacher ses yeux de ce tombeau. Il était comme figé, détruit de l'intérieur. Il ne remarqua pas la détresse de Martha qui était soutenue tant bien que mal par Lanie, il n'observait pas les gars en pleurs entourés de tous les uniformes, il était simplement obnubilé par ce cercueil qui commençait à être recouvert de terre.
Les coups de pelle comme symboliques, qui terminaient l'histoire d'Alexis Castle.

La foule s'était éparpillée laissant la famille proche à sa peine. Les gars , Jim et Lanie s'étaient effacés pour laisser Martha, Kate et Rick seuls.

A genou à terre, Martha pleurait sa petite fille alors que Castle regardait son unique enfant se faire enterrer.
Meredith n'avait même pas daigné se déplacer. Elle se sentait trop accablée par le chagrin pour assister aux funérailles de sa propre fille.

La gorge nouée, les poumons serrés, il avait l'impression de mourir de suffocation. Quand la main de Kate effleura la sienne pour lui montrer son soutien , il la rejeta violemment avant de se laisser choir sur le sol.

Un pas en arrière, elle avait essuyé son refus avec beaucoup de peine. Depuis qu'il avait découvert le corps inerte d'Alexis dans cette camionnette, Castle avait arrêté de lui adresser la parole, il avait fui tout contact avec elle. Il se refermait peu à peu sur lui.

Ne sachant pas si elle devait les laisser seul ou rester, elle sentit la nausée la prendre en entendant Castle murmurer, brisé:

-Elle a peur du noir
-Mon Dieu….Richard, pleurait Martha en serrant de toutes ses forces une poignée d'herbes en face d'elle.

Alors qu'un nouveau coup de pelle retentissait et que la terre s'écrasait sur le cercueil de sa fille, il se leva brusquement en pleurs, arrachant la pelle à l'employé municipal en hurlant :

-Arrêtez ! Elle a peur du noir ! ….Elle a peur du noir !

Les trois hommes engagés pour travailler se figèrent devant le désespoir de ce père. Les minutes passaient, et les hommes observaient cet homme couché au sol, tenter de retirer vainement à mains nues la terre recouvrant le cercueil .

-Elle a peur du noir…..elle a peur du noir…., répétait-il en pleurs

Figée devant cette scène, Martha implora Kate du regard, lui demandant silencieusement de l'aide. Ravagée par les larmes, Beckett l'avait rejoint au sol et lui avait murmuré:

-Rick….Elle dort….elle n'a pas peur.
-Elle a peur du noir !
-Elle dort…Alexis dort….elle n'a pas peur, pleurait Kate à ses côtés

Ses mains lâchèrent la terre et il resta au sol en pleurs. Martha s'était relevée et avait demandé à Kate de la ramener . Au moment où elles avaient commencé à partir, Kate avait entendu Rick chantonner une berceuse :

Bonne nuit, cher trésor,
Ferme tes yeux et dors.
Laisse ta tête s'envoler,
Au creux de ton oreiller.

Un beau rêve passera,
Et tu l'attraperas.
Un beau rêve passera,
Et tu le retiendras.

Elle avait laissé Castle au cimetière. Elle connaissait le sentiment qui l'habitait. Il avait besoin de solitude en ce moment, et elle ne se sentait pas capable de le voir à terre entonner cette chanson.

Vers 21 heures, il était rentré et avait découvert Beckett assise sur le canapé en train de l'attendre. Des mouchoirs à la main, les yeux rougis, les jambes recroquevillées sur elle, elle s'était levée quand elle l'avait aperçu. Levant le regard sur l'étage, Rick l'entendit lui avouer:

-Je lui ai donné un somnifère. Elle dort depuis une heure.

Soupirant, il était passé devant elle sans un regard alors qu'elle lui demandait, brisée :

-Veux-tu boire quelque chose ? ou….
-Non
-Castle, soupira-t-elle
-Laisse-moi….fous-moi la paix
-Ne sois pas injuste , je….
-Ma fille est morte ! hurla-t-il les yeux noirs. Morte ! Comment as-tu pu laisser ça arriver ! Comment peux-tu te regarder encore dans la glace! Elle est morte Kate !
-J'ai essayé, j'ai….
-Tu as échoué! Et moi aussi d'ailleurs , et crois-moi , je ne me le pardonnerai jamais , tout comme je ne pourrais jamais te le pardonner!

Les cris, les reproches avaient fusé et il s'était réfugié dans sa chambre. Kate, quant à elle, avait encaissé chacun de ses mots. Elle savait qu'il était simplement anéanti, mais toutes ses paroles l'avaient malgré tout blessée. Pourtant, elle avait passé une partie de la nuit au sol, près de la porte de sa chambre, en espérant qu'il lui demanderait de l'aide….

Fin du Flashback

-Tu te souviens de cette nuit-là ? demanda Rick
-Bien sûr ! Comment peux-tu croire que j'aie pu oublier un seul instant de cette journée ! Malgré ce que tu penses, j'aimais Alexis ! fit-elle, blessée à nouveau devant ses insinuations
-Je le sais…..je l'ai toujours su…..seulement à l'époque j'avais besoin d'un coupable, quelqu'un à blâmer. Et je suis désolé pour mes mots ou mes paroles Kate, tu ne méritais pas d'être accusée à tort.
-Je ne veux pas discuter de ça
-Pourtant il va bien falloir en parler. Quand j'ai refermé la porte cette nuit-là, je….
-Arrête, déglutit-elle douloureusement, en repensant à ce pan de sa vie
-J'ai hurlé ma détresse, j'ai pleuré pendant des heures et je savais que tu étais là….près de moi….comme.…toujours
-Stop!
-Si je suis parti, c'est à cause de ton collier….de ce que cette bague impliquait pour moi, avoua-t-il en la -voyant prendre son manteau pour clore la discussion.

Se figeant à ces dernières paroles, elle se retourna pour le dévisager et lui demanda :

-De quoi parles-tu ?
-Vers une heure et demi du matin, je me suis levé pour …vomir. Quand je me suis rincé la bouche, j'ai vu ton collier avec la bague de ta mère sur la console de la salle de bain. Et j'ai pu voir l'ironie de la situation me sauter aux yeux. Pendant des années, je t'ai demandé de mettre le meurtre de ta mère en suspens pour pouvoir vivre ta vie. Je t'ai demandé de passer outre ton besoin de vengeance pour …..nous.
-Castle, je ne comprends rien, et je ne vois pas le rapport avec….
-Comment fais-tu ? Comment fais-tu pour te coucher ou te lever tous les matins en sachant que Bracken vit tranquillement ?

-...

-Je me suis senti égoïste et écoeurant. Je ne pouvais pas le faire, je le savais. Je ne pouvais pas me coucher et me lever chaque matin auprès de toi en sachant que le meurtrier de ma fille vivait sa vie.

-...

-J'ai attendu que tu rejoignes ma mère et j'ai fait mes valises. Je ne pouvais pas respirer, aimer, vivre sans lui rendre justice. Le mot que je t'ai laissé…..le « je suis désolé », était pour mon départ et pour t'avoir obligée de choisir entre moi et Bracken. Je suis parti pour Alexis…je pensais que je pourrais effacer ou diminuer cette douleur qui me consumait de l'intérieur, mais quand je suis arrivé à mon but…cela n'a pas fonctionné.
-Castle...
-Tu m'as dit que ma famille avait toujours été sur New-York…..c'est vrai. Toi et ma mère avez toujours été là…..je suis revenu pour toi Kate….il y a deux ans …..je suis revenu pour toi, comme…..toujours. Mais je t'ai entendue parler de ta fille et j'ai cru...j'ai cru que tu avais eu un enfant avec un autre...si j'avais su...Kate, je suis revenue pour toi, il y a deux ans. Et aujourd'hui je reviens pour Lily et à nouveau pour…
-Richard, tu es là, mon grand ? demanda Martha en entrant dans le loft, et en les faisant sursauter par la même occasion.


Allez chapitre qui s'est fait attendre mais je promets que l'attente avec le suivant sera moins long. En attendant, j'attends vos commentaires pour connaitre vos ressentis.

Bonne soirée à tous..