Disclaimer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 14: Espoir

-Alors, qu'en dites-vous?

Kyoya dévisagea Ziggurat. Cet abruti semblait sérieux. Plutôt fier de lui même, et sûr qu'ils allaient accepter sa proposition. S'il ne le trouvait pas aussi pathétique, il aurait éclaté de rire. Lui, se mettre au service de quelqu'un? Il ne le ferait jamais, même pas pour sauver sa propre vie. Surtout pour travailler avec ces ordures. Ils l'avaient menacé à plusieurs reprises, lui avaient fait du chantage, avaient tenté de le tuer et, comble de tout, l'avaient capturé.

-Allez vous faire voir.

Ziggurat fut tant surpris que ses lunettes glissèrent sur son nez et laissèrent voir des yeux écarquillés. Il les remit et se recomposa une expression neutre. Totalement pathétique.

-Pardon?

-Vos conneries ne m'intéressent pas. J'ai autre chose à faire.

Kyoya leur tourna le dos et commença à s'éloigner. Raven lui barra le chemin. Kyoya s'arrêta et lui adressa un regard assassin.

-Quoi?

-Tu ne crois pas que tu vas partir comme ça.

-Et pourquoi pas?

-Tu n'en as pas le droit.

Elle sortit son arme et le visa, sûrement pour l'empêcher d'agir. Il commençait à en avoir marre.

-Je croyais que c'était une proposition, dit-il avec une grimace de mépris. J'ai le droit de refuser.

En réalité, il se serait permis de refuser même s'il s'agissait d'un ordre. Il aurait sans doute réagi plus violemment.

-Bien sûr. Mais nous n'avons pas entendu la décision de ton ami.

-Ce n'est pas mon ami, marmonna Kyoya.

Néanmoins, il se retourna et jeta un regard agacé à Ginga qui restait étrangement silencieux, plongé dans ses pensées. Bon, il se dépêchait de refuser? Il n'avait pas que ça à faire. Il lui avait fait perdre suffisamment de temps en le convainquant de chercher Ryûga.

-J'accepte.

Kyoya se tourna brusquement vers lui, les yeux écarquillés. Qu'est-ce qui lui prenait? Ils avaient passé une grande partie de l'après-midi – et plusieurs jours pour lui – à les fuir, il ne pouvait pas s'allier à eux...

Il se redressa et se recomposa un air agacé. Après tout, Ginga pouvait faire ce qu'il voulait. Ça ne le concernait en rien. Par contre, le sourire satisfait qu'arbora Ziggurat l'agaça au plus haut point.

-Bien... Au moins l'un de vous deux a de la suite dans les idées.

Ses paroles et son ton condescendant hérissèrent Kyoya.

-Raven, suit la procédure habituelle.

-Bien!

Elle dévisagea Kyoya avec un sourire mauvais.

-Tu dois venir avec moi.

Ce fut l'ordre de trop. Toute la colère que Kyoya avait accumulé les derniers jours explosa d'un coup. Il bondit sur Raven. Des soldats de fortune entrèrent dans une salle pour tenter de le maîtriser. Kyoya se débattit comme un lion. Frappant et cognant tout ce qui se trouvait sur son passage. Sa rage lui permit de mettre plusieurs hommes à terre mais leur surnombre finit par leur donner l'avantage. Ils immobilisèrent les bras de Kyoya qui continua de se débattre en donnant des coups de pied. Malheureusement, ils se tinrent hors de sa portée. Il grogna et continua de gigoter en tentant de leur faire lâcher prise.

-Quel enragé...

-LÂCHEZ-MOI!

Il ne se laisserait pas faire. Il était bien plus fort qu'eux sinon ils n'auraient pas eu besoin d'être aussi nombreux pour le tenir immobile.

-Enfermez-le, ordonna Ziggurat. On finira bien par trouver quoi faire de lui.

Les soldats obéirent. Ils traînèrent Kyoya hors de la pièce. Même s'il luttait de toutes ses forces pour rester sur place, ils parvinrent à l'emmener. Avant d'être sorti du bureau, il eut le temps de jeter un regard noir à Ginga. Le rouquin arborait une expression étrange. Comme si toutes ses pensées se battaient et qu'il ne savait pas comment réagir. Kyoya trouvait ça ridicule. Il lui ferait payer sa trahison.

Ils descendirent par les mêmes escaliers qui les avaient conduits à cet étage. Une fois au rez de chaussée, cependant, il ne se dirigèrent pas vers la sortie. Ça aurait été trop beau.

Kyoya continuait de lutter. Il ne cédait jamais. Ce n'était pas dans sa nature. Ils l'emmenèrent dans les entrailles du bâtiment et le jetèrent dans une salle. Malgré la violence du geste, Kyoya parvint à ne pas tomber. Il garda l'équilibre. Il bondit vers les soldats mais ces lâches fermèrent la porte. Il se cogna contre le battant. Un grognement s'échappa de sa gorge. Il n'exprimait pas la douleur mais la colère. Il avait envie de tout dévaster. Mais il se retint. Ce n'était pas le moment de dépenser ses forces inutilement.

Il se mit à examiner ce qui l'entourait. La porte n'appartenait clairement pas au bâtiment d'origine. Elle était bien trop solide. Ils l'avaient ajoutée quand ils avaient envahi les lieux.

La salle avait entièrement été vidée. Les deux fenêtres étaient barrées de planches de bois. Il s'en approcha. À travers les interstices, il distinguait des masses épaisses et sombres. Ça ne servait donc à rien d'enlever les planches et d'espérer fuir par là. Cette salle avait été conçue pour emprisonner et elle remplissait sa fonction à merveille.

Kyoya se mit à marcher de long en large, malgré l'exiguïté de la pièce. Il devait trouver un moyen de sortir. Au plus vite. Il ne voyait pas pour l'instant mais il finirait par trouver.

Il s'arrêta, furieux. Tout était de la faute de cet imbécile de Ryûga. Il espérait qu'il était mort, ou sérieusement blessé du moins.

Sauf qu'il en doutait.

XXX

Nile avait rallumé la radio. Le message passait toujours. Les mêmes mots se répétaient en boucle. Un lieu sûr promis à tous les survivants, pas si loin de leur emplacement. Il leur faudrait sûrement quelques jours pour y arriver mais ce n'était pas impossible. Ce ne serait pas plus dangereux que le chemin qu'ils avaient pris pour finir dans cette cabane au plein milieu des bois. Par contre, cette promesse...

Nile avait appris depuis longtemps à se méfier des offres trop belles et celle-ci – un refuge en des temps de danger absolu – lui semblait... trop. Juste trop. En plus, il intervenait à un moment charnière. Les gens ne s'étaient pas encore habitués à la situation et les survivants restaient terrés dans leur coin, emplis de panique et de la douleur d'avoir perdu des proches, cherchant désespérément une issue. Ça ressemblait à un piège. Raisonner ainsi lui donnait l'impression d'être parano mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Ça lui semblait trop beau qu'un plan se jette dans leurs bras alors qu'ils galéraient depuis plusieurs jours.

Aussi, il éteignit la radio. Elle ne lui apprendrait rien de plus.

-Kyoya et Ginga ne sont toujours pas revenus, soupira Ryûto.

-Ils sont peut-être morts, commenta froidement Ryûga.

Le visage de Ryûto se décomposa.

-Mais... Ce serait...

Il se tut, des pensées tourbillonnant dans son esprit et de la tristesse se reflétant dans ses yeux d'or.

-Ça m'étonnerait, dit Nile à son tour. On parle de Kyoya là.

Par contre, il se demandait si ça avait été une bonne idée de laisser Ginga avec lui. Ils ne le connaissaient pas depuis longtemps. Il risquait de subir le mauvais caractère de Kyoya voire, s'il l'agaçait vraiment, d'être abandonné à un coin de rue rempli de zombies.

Il commençait à croire qu'ils auraient dû former les équipes autrement.

Ryûto opina, légèrement soulagé. Il ne devait pas se poser les mêmes interrogations que lui sinon il s'inquiéterait du sort de Ginga.

-C'est vrai, souffla-t-il.

Ryûga se mit debout, attirant toute l'attention sur lui. Il s'éloigna calmement.

-Qu'est-ce que tu fais? lui demanda son frère avec des yeux écarquillés.

-Je pars chercher mes affaires.

Le plus jeune se redressa avec espoir.

-On va les chercher?

Ryûga lui montra la radio et ses épaules s'affaissèrent.

-Non. On part.

-Mais... On ne peut pas les laisser tomber.

-On les attendra jusqu'à demain matin.

Ryûga quitta le salon sur ces mots.

XXX

Cela faisait des heures que Kyoya était dans sa cellule et il n'avait toujours pas trouvé un moyen de sortir. Il ne savait même pas s'il y avait un garde de l'autre côté de la porte. En fait, il avait l'impression que non. Il n'entendait aucun bruit et ne ressentait aucune présence de l'autre côté du mur. Ça l'énervait encore plus à vrai dire. Ça voulait dire qu'ils le considéraient comme trop faible pour sortir de cette pièce. Et pour l'instant, il leur donnait raison.

Un bruit le figea. La serrure s'ouvrait. Il s'en approcha à pas félins, prêt à attaquer la personne qui se présenterait. Quand la porte s'ouvrit, cependant, il se figea. Il s'agissait de Ginga. Il montra les dents.

-Qu'est-ce que tu me veux? grogna-t-il au traître.

-Je viens te faire sortir, murmura le traître.

Il regardait de tous les côtés comme s'il avait peur de se faire repérer. Kyoya se redressa, sceptique.

-Ah oui? Tu n'es pas pote avec Ziggurat?

-Je voulais savoir s'ils avaient attrapé Ryûga.

Pas bête d'un côté, quoique totalement stupide de l'autre.

-Raven a dit qu'elle voulait qu'on la mène aux autres.

-Oh...

Kyoya n'ajouta pas qu'il lui avait sûrement sauvé la vie. Qu'ils n'auraient jamais pu sortir s'ils s'étaient tous les deux retrouvés enfermés dans cette pièce. Il n'avait pas besoin d'aide. Jamais. Il aurait pu s'en sortir seul.

-Qu'est-ce qu'on attend? s'agaça-t-il.

Il dépassa Ginga, sans même lui adresser un regard reconnaissant. Ils se faufilèrent silencieusement dans les couloirs, jusqu'à la porte principale – la seule dont ils connaissaient l'existence à vrai dire. Ils sortirent de l'école. Le crépuscule teintait le ciel de couleurs sombres. Kyoya savait qu'il était resté longtemps dans sa cellule mais il ne pensait pas la nuit si proche. Ils n'avaient pas beaucoup de temps pour atteindre leur refuge. Cependant, ça leur offrait un net avantage: leurs ennemis ne penseraient pas à les chercher avant le matin. Ils avaient plusieurs heures devant eux.

Ils longèrent le bâtiment. Quelques gardes se tenaient devant le portail, leur tournant le dos. Ils devaient s'attendre à des menaces extérieures. Kyoya avait bien envie de les attaquer mais une petite vengeance de cette sorte n'avait aucun intérêt. Il préférait vite se retrouver loin d'ici.

Ils escaladèrent un grillage avec facilité et se laissèrent tomber de l'autre côté. Kyoya ne cessa de surveiller les gardes. Ils faisaient mal leur travail. Aucun d'eux ne semblait avoir remarqué leur présence. Ginga et lui partirent de l'autre côté, ne voulant pas tenter la chance davantage. Ils avancèrent dans les rues qui s'obscurcissaient de plus en plus. Aucune lumière ne s'alluma pour éclairer leur chemin. Les immeubles devinrent des masses imposantes qui perdaient peu à peu leurs détails jusqu'à se confondre les uns avec les autres. Leurs pas résonnaient fortement et semblaient pouvoir être entendus à des kilomètres à la ronde.

Kyoya continua d'avancer sans montrer la moindre once d'hésitation. Il connaissait cette ville. Ils finiraient par atteindre un quartier qu'il connaissait suffisamment pour pouvoir s'y orienter parfaitement, même dans le noir absolu, et de là ils pourraient retourner à la maison dans la forêt. Il ne s'inquiétait pas de l'idée de traverser les bois dans le noir, pas même des bois infestés de zombies.

Ginga lui effleura le bras.

-On devrait peut-être s'arrêter.

Bien qu'il avait murmuré, sa voix se repercuta dans les rues.

-On retourne à la maison. On s'arrêtera là-bas.

Ginga ne semblait pas convaincu.

-Écoute, tu peux bien faire ce que tu veux, moi j'y vais.

-J'ai rien dit...

Kyoya lui lança un regard agacé puis reprit sa route, d'un pas un peu plus rapide. Ginga le rattrapa puis cala son allure à la sienne.

-Tu m'en veux toujours?

-Qu'est-ce que ça peut te faire?

-J'ai pas envie qu'on soit fâchés.

-Pourquoi tu as besoin de parler maintenant?

-On va sûrement devoir marcher plusieurs heures. Ce serait mieux si...

Il se tut, l'air de se demander comment finir sa phrase. Kyoya ne lui posa aucune question. Il espérait qu'il hésiterait assez longtemps pour qu'ils puissent continuer leur route en silence.

Le chemin devint peu à peu familier. Une vitrine par-ci, un panneau par-là lui rappelèrent des éléments de sa vie passée. Il traversa le quartier où il avait vécu sans hésitation, même s'il ne pouvait s'empêcher de noter tous les changements qu'il avait subi depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Il bifurqua dans une rue, toujours suivi par Ginga, et continua sa route. Il avança, contournant les quelques barricades de fortune qui n'avaient eu aucune utilité, et fit son chemin jusqu'à la forêt. Il la travaersa du même pas vif, quoiqu'un peu plus prudent – il ne connaissait pas le terrain aussi bien que la ville et il pouvait être beaucoup plus piégeux. Il entendit Ginga marmonner quelque chose mais il ne distingua pas ses paroles. Il s'en moquait en fait.

Ils marchèrent longtemps, si longtemps que Kyoya eut le temps de se demander s'ils ne s'étaient pas perdus. Il n'avait fait que rarement ce chemin, toujours en journée. Il ne l'avait peut-être pas assez bien mémorisé.

Finalement, ils arrivèrent en bordure d'une petite clairière, au milieu de laquelle se dressait la maison. Il chassa ses doutes dans un coin de son esprit en les mettant sur le compte de la fatigue et de l'agacement.

Ils firent les derniers mètres à toute vitesse, n'ayant qu'une hâte: se reposer après toutes ces péripéties. Mais personne ne leur ouvrit avant qu'ils ne soient sur le seuil.

-À tous les coups, ils dorment, marmonna Kyoya.

Il frappa sur le battant, de toutes ses forces, faisant le plus de bruit possible. Il espérait bien tous les réveiller. La porte s'entrouvrit presque immédiatement, laissant apparaître le visage de Ryûto. L'inquiétude qu'il exprimait laissa place au soulagement.

-Vous êtes en vie! s'exclama-t-il.

Kyoya leva les yeux au ciel. Ryûto ouvrit la porte en grand et les laissa entrer.

-Pas trop tôt.

Kyoya entra. Ginga le suivit de près.

-Qu'est-ce qui vous est arrivé?

-Rien d'important.

Il était hors de question que Kyoya admette qu'il avait été capturé.

-Comment se sont passées vos recherches? demanda Ginga, dégoulinant d'inquiétude et de bons sentiments.

Ryûto eut l'air gêné. Il se passa une main dans les cheveux.

-Eh bien... Nous n'avons pas trouvé Ryûga mais...

Il leur indiqua le canapé où le blanc était nonchalamment allongé, les bras croisés derrière la tête. Un sac était posé au sol, près de lui.

-Il était là quand on est revenus...

-Je le savais! rugit Kyoya.

Ryûga entrouvrit les yeux et lui adressa un regard agacé. Comme si c'était lui le problème. Kyoya brûlait de rage. Il avait toujours su que cet abruti était en sécurité, qu'il n'avait aucunement besoin d'aide. Personne ne l'avait écouté mais il avait eu raison. Il jeta un regard noir à Ginga qui eut la décence de paraître gêné. Parfait. Au moins il se rendait compte de son erreur et en avait honte.

-Il y a quelque chose de plus important que votre dispute, marmonna Nile.

Kyoya lui jeta un coup d'oeil. Il était assis devant une table, la tête appuyée sur une main et les yeux à moitié fermés, comme s'il luttait contre le sommeil depuis un moment.

-Quoi?

Nile se contenta de lui montrer une radio posée près de lui. Ryûto s'illumina et courrut jusqu'au poste qu'il alluma. Une voix grésillante résonna dans la pièce silencieuse.

-...zone sécurisée. Je répète. À tous les survivants. Blaze vous propose la sécurité. Tout le monde est libre de venir. Les secours s'organisent. Un point de contrôle est placé à l'entrée de la ville, avant la zone séurisée.

À côté de lui, Ginga se crispa. Ryûto éteignit la radio et se tourna vers eux, plein d'espoir.

-Vous avez entendu?

-Oui. Et?

Son expression se décomposa.

-On ne peut pas rester ici éternellement...

-Je compte partir dès demain, répliqua Kyoya. J'en ai assez d'avoir à tous vous supporter.

Nile haussa un sourcil mais ne commenta pas.

-On devrait y aller, murmura Ginga.

Kyoya lui jeta un regard surpris. Il y avait une telle solennelité tant sa voix... Il semblait certain que c'était la bonne chose à faire. Ses yeux miel fixaient la radio comme si elle était devenue l'objet le plus précieux de l'univers.

-Ce n'est qu'un message. Il peut être émis par n'importe qui.

-Peut-être...

Mais il irradiait d'espoir. Encore plus que Ryûto qui les observait avec insistance, attendant leur réponse.

Fin du chapitre 14