Doucement, doucement... Il faut juste savoir que ça peut prendre du temps avant de voir quelque chose ! Allez, une suite ^^


Le lendemain matin, ils s'évitèrent encore lors du petit déjeuner. Ils ne se retrouvèrent qu'une fois devant la voiture. Ils arrivèrent donc au commissariat en silence. Ce qu'Ingrid remarqua aussitôt. Elle voulu demander à Lilly ce qu'il y avait, mais le regard de Scotty l'en dissuada. Lilly avait passé la nuit à chercher des explications à cette révélation, mais sans succès. Tandis que Scotty avait passé la sienne à regarder la télé. Vu qu'il ne comprenait rien de ce qu'il s'y passait, il s'était contenté de la chaîne sportive et avait coupé le son. Il avait donc suivi quasiment l'intégralité des matchs de tennis. En fait, c'était plus un accompagnement car il n'avait pas cessé de se répéter qu'il avait agi comme un idiot. Lui révéler ce qu'il ressentait était une bourde monumentale. Surtout dans l'état dans lequel elle se trouvait. Fragile psychologiquement, ne demandant qu'un choc pour replonger. Et c'est ce qu'il avait fait. Chartier le sortit de ses pensées en disant qu'ils avaient fait un effort sur l'horaire. Il était 8h passé. Lilly répondit qu'ils avaient du boulot, donc autant s'y mettre le plus tôt possible. Elle se dit qu'en fait, plus ils se consacreraient à l'enquête, plus celle-ci avancerait et plus tôt ils rentreraient. Elle était obligée d'admettre que ce voyage brouillait leurs repères. Elle préférait cette explication plausible à ce qu'il lui avait révélé. Il essayait de se rattacher à quelque chose, et pour le moment, il n'avait trouvé qu'elle. A 10h, Michel et Millie arrivèrent. Chartier les avait convoqué pour interroger Millie. Elle devait sans doute se rappeler de certaines choses. Les enfants avaient une capacité à se remémorer des événements qu'ils oubliaient avec le temps par contre. Dès que Millie aperçut Lilly, comme à son habitude elle se précipita vers elle et lui offrit un câlin réconfortant. Lilly essaya de se dégager. Elle se devait de rester concentrée, sinon la résolution qu'elle s'était faite de tenir le coup depuis les événements de la veille ne serait d'aucune utilité. Mais elle dû s'avouer que cela lui faisait du bien. Et s'il avait raison ? Cette question la hantait. Si elle refusait de voir la vérité en face ?

Ingrid observait la scène et comprit. Lilly essayait de se convaincre qu'elle n'avait pas besoin des autres pour avancer. Elle lança un regard à Scotty qui faisait celui qui était plongé dans un rapport, mais en fait, c'était une parade. Elle savait que tout ce qui était posé sur le bureau où il se trouvait était en français. Chartier intervint encore une fois et demanda à Michel de l'accompagner. Il appela donc Millie, et ils se dirigèrent dans son bureau.

- Une chose est sûre, fit Ingrid à Lilly. Millie va avoir du mal à vous quitter.

- Je crois que moi aussi, répondit Lilly avec une voix à peine audible.

- Croyez-moi, elle ne vous oubliera jamais. Vous représenterez toujours quelque chose pour elle.

- Je ne croyais pas pouvoir m'attacher aussi rapidement, mais...

- Un conseil ! Ne vous retranchez pas trop derrière elle ! Ne vous voilez pas la face sur vos sentiments et sur votre vie. Fit Ingrid en désignant Scotty du menton.

- Je...

- Je dois avouer que j'ai moi aussi de bonnes relations avec mes collègues, et je ne connais que vous 2, mais je ne suis pas aussi liée à mes collègues comme vous l'êtes.

Elle s'éloigna laissant Lilly seule et stupéfaite par ce qu'elle venait de lui dire. Elle lança un rapide regard à son collègue. Il faisait celui qui n'avait rien vu. Elle s'approcha de lui et lui dit que s'il tenait à rentrer un jour, il fallait s'atteler à la tâche rapidement au lieu de rester à fixer une feuille à laquelle il ne comprendrait rien, vu que c'était en français. Elle ne lui laissa pas le temps de répondre. Il fut obligé d'admettre qu'elle avait raison. Il se leva et la suivit. Mais avant de rentrer dans le bureau, il lui dit qu'il regrettait, il avait agi comme un idiot. Avec un sourire, Lilly lui répondit que pour le moment, ce n'était pas à elle qu'il devait se consacrer, mais à Millie.

- Tu...

- On en reparle plus tard. Je ne suis pas totalement bornée et têtue ! Plus tôt on aura une conversation, et mieux ce sera !

Elle lui sourit timidement et il fit de même. Ils entrèrent donc dans le bureau.

Chartier expliqua à Michel ce qu'il avait l'intention de tenter. Il lui dit qu'une assistante sociale et une pédopsychologue devaient arriver normalement pour interroger Millie sur les individus qui rôdaient devant chez elles à Philadelphie. Michel accepta, mais demanda s'il n'y avait aucune conséquence pour sa petite fille. Ingrid lui répondit que la psychologue qui allait mener l'interrogatoire était une des meilleures dans sa spécialité et qu'il ne fallait pas s'en inquiéter. Millie était restée avec Scotty à l'extérieur du bureau. Ce dernier avait dû ruser, car elle ne voulait pas laisser son grand-père tout seul, croyant qu'il ne reviendrait pas. Lilly et Scotty s'étaient regardés. C'était la 1ère fois qu'elle paniquait depuis l'enterrement. Lilly avait encouragé la fillette à le suivre et elle lui avait dit que son niveau de français était nul. Millie avait sourit et donc entreprit de remédier à cela le plus vite possible.

- Je pense que la venue de cette psychologue ne pourra que l'aider au contraire, remarqua Lilly.

- Elle commence à réagir violemment, dit Michel. Elle fait des cauchemars la nuit.

- C'est plutôt bon signe, fit Lilly. Elle évacue. Le tout c'est qu'il ne faut as que cela dure trop longtemps. Pas comme moi, ajouta t'elle.

- Vous... Commença Michel.

- C'est une longue histoire, et je ne préfère pas m'embarquer là dedans.

- Nous pouvons aussi demander à ce que vous restiez, fit Ingrid à Michel.

- Je crois que ce ne serait pas très judicieux, remarqua Chartier. Il va falloir qu'elle se concentre, et si elle voit que son grand-père est là, elle aura peur de lui faire de la peine. C'est valable pour vous aussi Lilly.

Lilly qui avait entendu son nom, détourna son regard vers Ingrid, qui lui expliqua ce que le commissaire venait de dire. Elle acquiesça et répondit qu'elle avait comprit. Elle demanda néanmoins, à ce que Scotty soit présent. Il ne fallait pas enlever tous ses repères à la petite fille non plus. Chartier accepta.


Ils sortirent du bureau et Lilly se dirigea vers Millie et son collègue, à qui elle demanda de suivre Ingrid. Il la regarda étonné et s'exécuta. Millie qui observait l'attitude des 2 inspecteurs trouva ça bizarre. Pourquoi était-elle exclue ? Elle posa la question à Lilly.

- Ecoutes ma grande, une dame va venir te poser des questions. Tu sais comme Léa...

- Encore des questions sur maman, fit la fillette les larmes aux yeux.

- Oui, je suis désolée que tu ais à subir cela, mais...

- Je sais ! Mais pourquoi est-ce que vous me le cacher ?

- On ne te le cache pas Millie, puisque je te le dis. C'est juste que ton grand-père n'aura pas le droit d'être avec toi. Et moi non plus.

- Quoi ? Pourquoi ? Commença Millie en essuyant les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.

- On sera tout près, ne t'inquiètes pas. Et Scotty sera avec toi.

- Pourquoi pas toi ? Demanda t'elle en serrant la main de la jeune femme.

- Millie, s'il te plaît, fit Lilly doucement.

- Je ne veux pas que tu sois loin...

- Je ne serais pas loin, je te le promets. Et puis pourquoi ne veux-tu pas rester avec Scotty ?

Millie accepta donc. Elle serra Lilly dans ses bras. La jeune femme vit que son collègue les regardait. Elle prit sur elle pour ne pas craquer. Les larmes lui montaient aux yeux et sa gorge se noua. Il fallait qu'elle mette une barrière. Millie ne pouvait pas continuer à s'attacher à elle comme ça. Et elle ne pouvait pas continuer, sinon une fois rentrée, c'était la rechute assurée. Elle comprit que comme son collègue, elle n'avait pas ses repères, donc elle se rattachait à ce qu'elle trouvait, en l'occurrence Millie. En temps normal, jamais ils n'auraient perdu pied, mais le contexte de leur voyage et l'enquête y avaient grandement contribuer. Elle se sépara de la fillette et la conduisit vers Michel. En s'éloignant Scotty vint à sa rencontre.

- Lilly...

- Pas maintenant Scotty.

- Il faut qu'on parle pourtant !

- Oui, mais là ce n'est pas le bon moment !

- Et c'est quand le bon moment, avec toi ?

- On doit rester concentrés pour Millie. Toi, car tu l'accompagnes et moi pour épauler Michel ! Alors ce n'est pas le moment qu'on s'embrouille encore plus.

- Je ne sais pas à quoi tu pensais, mais moi je te parlais de l'enquête ! Je sais très bien que pour parler de ça ce n'est pas le moment. Fit Scotty désabusé.

- Mais...

- Mais comme ça, je sais que tu es prête pour une conversation.

Lilly s'en voulu de s'être laissée prendre au piège, tandis qu'il se félicita. Il savait qu'en jouant la carte de l'ambiguïté, il gagnerait à tous les coups.