Bonjour à toutes ! Voilà le nouveau chapitre tout chaud ! J'espère qu'il vous plaira. C'est un chapitre de transition surtout là pour poser les bases de la nouvelle intrigue qui va commencer. J'espère que vous me pardonnerez le fait qu'il ne soit pas très rythmé. J'ai eu beaucoup de mal à l'écrire, dans la mesure où je voulais garder une certaine cohérence et me focaliser avant tout sur les chevaliers restés au Sanctuaire. Je me rattraperai au prochain chapitre, c'est promis !
En attendant, enjoy et merci de votre soutien !
Camus n'était pas retourné se coucher, suite à sa conversation avec la sirène.
Morphée le boudait déjà souvent dernièrement, mais ce soir, c'était le contraire. C'était le Verseau qui lui tournait délibérément le dos. Il était bien trop préoccupé par l'ampleur négative et soudaine que venait de prendre la situation. A présent, elle s'étendait au Sanctuaire tout entier et peut-être même bientôt au monde. Le Verseau avait eu le tort de prendre cette affaire de manière trop personnelle, niant tout forme de répercussion externe. Un moment même, il avait cru qu'il s'agissait d'une quelconque vengeance divine dirigée à son encontre. Dès qu'il avait quitté le Sanctuaire avec Adonis, il avait espéré qu'en éloignant géographiquement la cause du problème et la gardant sous surveillance rapprochée et continue, cela l'annihilerait assez longtemps pour qu'une solution concrète et efficace soit trouvée.
Si Milo avait été désigné, son seul ami, c'était forcément pour le punir de quelque chose. Camus avait le moral en berne et son rapprochement inattendu avec Adonis, le perturbait grandement. Que lui arrivait-il pour qu'il se laisse ainsi tromper ? Bien-sûr, il savait que ses pouvoirs avaient perdu de leur verve, mais il ne pensait pas que cela affectait jusqu'à son psychisme. N'était-il donc plus capable de faire la différence entre le Bien et le Mal, lui, le chevalier réputé le plus savant du Sanctuaire ? Mais cela n'avait rien à voir avec le degré de culture ou d'intelligence, mais plutôt avec un sens de la psychologie humaine, dont le Verseau semblait tout simplement dépourvu concernant Saga. Il ne pouvait s'empêcher de penser que si Milo avait été à sa place, il s'en serait bien mieux sorti que lui.
Pourtant, ni lui, ni le perspicace scorpion n'avaient échappés à l'emprise de Saga. Évidemment, ils avaient eu leurs doutes au sujet du Pope et la bataille qu'ils avaient férocement livrée lors de la Bataille du Sanctuaire avait été avant tout guidée par leur foi personnelle et non par les ordres du Pope, mais pour autant, ils lui étaient restés fidèles pendant treize sombres années. Camus reconstituait chaque élément, chaque événement et chaque détail dans sa tête, mais il ne comprenait toujours pas comment le Chevalier des Gémeaux avait pu se jouer d'eux en toute impunité, malgré le nombre alarmant de signes qui aurait dû les mettre sur la voie de l'imposture. Saga était malin. Il les avait tous pris par les sentiments, faisant d'eux des pions, bafouant et insultant leur caractère, soit disant incorruptible. Ils étaient ridicules. Tous.
Et aujourd'hui, l'histoire allait se répéter avec un acteur différent.
Aphrodite n'était pas Saga et il ne possédait pas son goût malsain et inné pour la persuasion ou pour la manipulation mentale, pas plus qu'il n'était doué dans pour les longues joutes oratoires. Mais il ne fallait pas sous-estimer le dangereux Chevalier des Poissons. Ses années d'entraînement difficile parmi les variétés de roses les plus mortelles, à inhaler de virulents poisons, avaient fortifiées le faible Andréas. Pas seulement physiquement. Contrairement au preux Albafica, sur lequel Camus avait lu des archives dithyrambiques, Aphrodite ne se cachait pas et n'évitait pas les contacts, même si ceux-ci pouvaient s'avérer fatals ceux qu'il côtoyait. Dès son arrivée au Sanctuaire, il avait fait de sa beauté fort remarquée un atout, refusant de la renier ou de l'ignorer. Plus encore que ses roses mortifères, c'était sa beauté qui était sa meilleure arme. Rares étaient ceux qui y résistaient, tant il savait la manier à la perfection pour obtenir ce qu'il désirait.
Jamais il n'hésitait à minauder lorsque les circonstances ne lui étaient pas favorables. Saga en son temps, avait fait d'Aphrodite son « favori » et son assassin de prédilection. Toutes sortes de rumeurs scandaleuses circulaient à leur sujet, sans que l'on ait su démêler le vrai du faux, Saga se refusant à tout commentaire sur cette partie de son passé qu'il préférait oublier. Mais une chose était cependant certaine, Aphrodite avait bénéficié de traitements de faveurs importants qui l'avaient conduits à obtenir son armure de manière malhonnête et indigne d'un Saint.
Dès le début, l'encombrant voisin du français avait montré une âme aussi laide que la beauté physique du Poisson était grande.
Il ne faisait vraiment pas honneur à son signe, à son armure, ni même à ses illustres prédécesseurs qui avaient trop d'honneur pour oser se servir de leurs attraits physiques de cette manière plus que désolante. Aphrodite ne reculait devant rien. A lui seul, son nom évoquait bien l'étendue de la mégalomanie de son porteur auto-proclamé. Et faisait frissonner d'effroi Camus. A autres temps, autres mœurs. Certes, la beauté empirique d'Aphrodite ne semblait plus aussi imposante que du temps du règne totalitaire d'Arès, mais la rose conservait encore bien des épines prêtes à frapper en cas de menace.
Surtout si les dires de la sirène s'avéraient fondés.
Le Sanctuaire risquait de connaître ses heures les plus noires si Aphrodite était bel et bien possédé. Même si la pacifique déesse de la Beauté n'était pas connue pour ses habitudes belliqueuses ou ses faits d'armes, elle n'en restait pas moins excessivement dangereuse et capricieuse lorsqu'il s'agissait d'obtenir ce qu'elle désirait, au même titre que le chevalier du même nom. Aphrodite et elle avaient ce trait de caractère en commun et pourvu qu'ils se mettent d'accord sur l'objet de leur convoitise, ils mettraient tout en œuvre pour l'obtenir, quittes à se montrer déloyaux et cruels.
Il suffisait d'un regrettable concours de circonstances pour que la situation dégénère et Camus n'était vraiment pas tranquille, même si la nature de la déesse de l'Amour ne devrait pas laisser présager de guerre, normalement. Pourtant, le cultivé Verseau n'oubliait pas qu'indirectement, Aphrodite avait provoqué la Guerre de Troie, preuve de son évidente capacité à se montrer violente quand la situation l'exigeait. En effet, la déesse aussi bien que le poisson du même nom, avait une grande passion pour la vengeance et ses perfides desseins. Une nouvelle Guerre risquait d'éclater à tout moment. Sauf qu'elle n'aurait rien de Sainte... Il fallait qu'il prévienne Athéna au plus vite, avant qu'il ne soit trop tard...
Tout à coup, un sifflement familier accompagna le lever de l'astre du jour. Camus n'avait même pas remarqué que le temps avait filé si vite et qu'il était resté à réfléchir toute la nuit durant. Pas besoin de tourner la tête pour savoir qui était le responsable de cette mélodie.
« D'habitude c'est plutôt moi qui me sauve au petit matin pour éviter les épanchements sentimentaux de mon partenaire sexuel de la veille. »
Camus ferma les yeux, exaspéré et il soupira. Comment faisait ce type pour toujours savoir comment lui mettre les nerfs à vif ? Adonis vint s'asseoir à côté de lui, sur la colline verdoyante qui surplombait le Sanctuaire d'Apollon. Il tenait dans sa main une feuille d'olivier en forme de petite barque.
« Quel endroit magnifique. Si paisible. On sent qu'Apollon n'est pas encore là. »
C'était vrai. Le Sanctuaire aussi était comme ça, avant. Il y a bien longtemps. Avant que Saori ne naisse et que Saga le Gris prenne le contrôle de leur demeure sacrée.
« Nous sommes vraiment deux privilégiés d'assister à ce tranquille spectacle. Car une fois que le dieu sera de retour, les alliances politiques, les coups bas et les provocations recommenceront. Le monde serait tellement mieux... sans dieux. »
Camus ne pouvait s'empêcher d'agréer à cette dernière constatation. Cependant, ils étaient là et les humains devaient choisir entre les servir ou périr. Heureusement, Athéna était différente. On sentait de sa part un réel amour pour les Hommes et elle n'en n'avait pas fait ses marionnettes ou ses pions. Il était d'ailleurs amusant de constater comme parfois elle s'inquiétait pour eux, telle une seconde mère et comme la disparition de l'un d'eux pouvait l'affecter... Concernant un éventuel conflit, Camus savait également que la Pythie d'Apollon leur était redevable et qu'à Delphes on vénérait aussi bien le dieu solaire que la déesse virginale et que, par conséquent, Apollon se rangerait sans doute de leur côté. Mais ce n'était pas là le sujet de son inquiétude, comme Adonis recommençait ses pitreries habituelles. Il se remit à souffler dans la feuille ce qui produisit un sifflement musical.
« Tu ne trouves pas que je siffle mieux que Milo ? »
Ah, c'était donc ça ce son qui lui rappelait vaguement quelque chose. Camus se souvint alors qu'étant enfant, Milo adorait faire cela. C'était Aioros qui lui avait appris pour occuper le turbulent garçon. Camus aimait bien s'asseoir près de Milo et l'écouter faire quand il faisait beau dehors. En grandissant, Milo avait un peu perdu cette habitude, mais il lui arrivait parfois de le faire encore, quand il allait paresser sous le grand olivier centenaire.
« Non. » Asséna le Verseau sans un regard de considération envers son compagnon. Sans un regard tout court...
« Pourquoi tu dis ça ? T'es méchant, Camus ! Pourtant, tu étais si gentil hier soir... »
Grand sourire du côté du grec. Et grande envie d'assassinat violent de la part du français. Bien-sûr, Camus assumait pleinement son geste et il ne pouvait nier avoir tout de même apprécié, y trouvant son compte d'une certaine façon, mais ce n'était pas la peine de remuer le couteau dans la plaie ! Adonis jouait un jeu dangereux à ainsi provoquer le seigneur des glaces...
« Parce que tu n'es qu'une pâle copie de Milo. Dans tout ce que tu fais. »
Et pan dans les dents ! Adonis la sentit passer, celle-là ! Il grimaça légèrement, un peu blessé par la remarque. Mais il n'était pas si facile à désarçonner, Camus le savait.
« Mais à force d'acharnement, la copie supplante toujours l'original ! »
Et hop ! Renvoi de balle dans le camp de Camus ! Adonis allait-il avoir le point ?
« Milo est de l'or pur : le métal précieux et noble par excellence. Toi, à côté, tu n'es rien de plus que du plaqué or : un vulgaire morceau de métal commun, qu'on a doré artificiellement pour donner le change, mais dont le placage commence à s'effriter. »
Cette seconde réponse cinglante acheva Adonis et le laissa sur le carreau. Que répliquer à cela ? Il devait se rendre à l'évidence. Hier, il avait obtenu l'attention de Camus et quelques caresses intimes, mais elles ne représentaient en réalité guère plus que celles que l'on accorde gracieusement à un chien fidèle, dont on grattouille machinalement le menton pour tout remerciement.
C'était ainsi, il n'y en avait que pour Milo, même si Adonis avait brièvement cru le contraire hier. Le grec dût reconnaître qu'il s'était peut-être enflammé un peu trop vite au contact des doigts glacés du beau français. Grossière erreur. Mais c'était tant mieux quelque part, Adonis aimait leur relation comme elle était et surtout, il avait quand même fini par avoir un peu de sexe, bien qu'il ne s'agissait pas de l'acte à proprement parler.
Pas encore.
Mais ça ne saurait tarder, au rythme où vont les choses, le favori d'Aphrodite en était persuadé. Il suffisait juste d'être patient, c'était tout et Camus craquerait dès lors qu'il comprendrait qu'il ne récupérerait jamais son précieux Milo. Adonis le sentait s'agiter là, au creux de sa poitrine, mais pour le moment, il retenait bien le fougueux Scorpion, l'empêchant de se manifester. Et ce n'était pas très difficile à faire, avec la rancune que Milo éprouvait encore envers Camus. Il n'était pas vraiment désireux de reprendre sa place dans l'immédiat.
Quant à Camus... il était très partagé. Entre Milo et Adonis.
Milo était-il vraiment possédé par Adonis ?
Camus avait toujours trouvé que son meilleur ami était beau. Le plus beau chevalier du Sanctuaire et le plus bel homme qu'il ait croisé, n'ayant rien à envier à la beauté empoisonnée d'Aphrodite. Ce qui le frappait chez Milo était toute la panoplie d'expressions faciales dont savait faire preuve le scorpion, non pas pour exprimer ses sentiments, mais pour les feindre. Finalement, Milo était celui qui le comprenait le mieux, parce qu'il étaient pareils. Seule leur technique de camouflage des émotions différait, là où Camus préférait l'inexpressivité la plus totale, son comparse privilégiait son talent de comédien. Mais bien que Milo soit d'une beauté souveraine, cela ne faisait pas de lui un « Adonis » pour autant, si ?
Camus se doutait que tout le monde ne partageait pas son avis à ce sujet, puisqu'il était loin d'être objectif et pas uniquement basé sur l'apparence du scorpion. Bizarrement, il avait moins de mal à croire qu'Aphrodite était la déesse du même nom. Après tout, il y avait eu des signes l'annonçant. Des signes qui lui sautaient aux yeux maintenant, alors que pour Milo... rien ne l'avait laissé présager avant la possession. La sirène pouvait très bien s'être trompée et puis pourquoi l'aurait-elle aidé en lui confiant une information de cette importance ?
Pour Camus, cela faisait beaucoup de questions qui restaient sans réponses...
Sanctuaire d'Athéna, quelques jours plus tôt...
« Ouch ! »
Aphrodite serra les dents. Il venait en effet de se piquer sur une de ses belles roses. Ca ne lui arrivait pas souvent, mais ces derniers temps, il était beaucoup dans sa serre, ce qui multipliait considérablement ses risques de blessures. En effet, afin de créer de nouvelle variétés de fleurs, il devait beaucoup manipuler celles-ci et couper les organes mâles ou femelles de celles-ci pour se livrer à de savants rituels de reproduction. Le suédois s'intéressait de près à l'horticulture, sa véritable passion dans la vie. Contrairement aux autres Chevaliers des Poissons qui l'avaient précédé, Aphrodite adorait jouer les petits chimistes avec ses chères roses, là où les autres se contentaient des espèces déjà existantes. Cela l'aidait à passer le temps, qui était plutôt long depuis leur retour à la vie. Oh, il ne fallait pas s'y méprendre. Aphrodite était heureux de ce soudain revirement de situation, même s'il ne lui était pas forcément favorable.
Car le Suédois faisait partie des rares chevaliers regrettant l'époque où Saga gouvernait le Sanctuaire d'une poigne de fer. Ah ! Qu'il faisait bon y vivre en ce temps ! Chaque matin, Aphrodite apportait des roses dans un vase à son bien-aimé et respecté Pope. Il faut dire aussi pour la défense de l'ex-Andréas que le Pope avait joué un rôle déterminant dans sa conquête de l'Armure des Poissons. Différemment de Saga, puisque le Chevalier des Gémeaux l'avait surtout épaulé dans sa jeunesse en l'encourageant continuellement, alors que le Pope lui avait octroyé la Cloth de manière officielle et directe. Saga était déjà son seul et unique soutien au Sanctuaire, quand il n'était encore qu'un apprenti craintif d'abîmer son beau visage et grâce à la sollicitude du Gémeaux, Aphrodite ne pouvait pas dire qu'il avait été réellement surpris quand il avait découvert la véritable identité de ce Pope si bon envers lui.
Il ne fallait pas se mentir : Aphrodite avait monnayé l'Armure d'Or et avait ensuite beaucoup payé... de sa personne. Au départ, il avait surtout séduit le Pope pour obtenir l'armure et il avait cédé pour éviter de se faire mettre en prison ou violenter par sa victime... Mais en démasquant le libidineux Pope qui lui offrait l'armure sur un plateau d'argent, cela avait fortement fait pencher la balance en faveur de Saga, qu'Aphrodite admirait plus que tout, comme Milo avant lui. Aphrodite la rose et Saga l'épée, quel merveilleux duo ils avaient formé ! Surtout une fois que le Pope s'était séparé de l'envahissant Aioros. Jamais Aphrodite n'avait pu le blairer celui-là avec ses airs de héros et d'empêcheur de comploter en rond !
Et le fait que le glorieux archer fut très proche de son Saga avait grandement contribué à cette haine marquée de la part du suédois. A partir de l'assassinat d'Aioros, Aphrodite avait lentement évincé et remplacé le Sagittaire dans le cœur du Gémeaux. D'abord, il s'était rapproché physiquement de son côté sombre de Pope, puis avec douceur, il avait conquis le mélancolique Grec au regard toujours si triste et chargé de regrets. Aphrodite avait gagné la confiance et l'affection de Saga de part sa présence lors des crises de celui-ci et parce qu'il était toujours là, à ses côtés, pour le consoler d'une parole chaleureuse. C'était ainsi qu'Aphrodite s'était taillé une place de choix au Sanctuaire, prenant le parti du geôlier, aussi bien que du prisonnier.
Il était le seul à savoir aussi bien jongler entre les deux personnalités de son amant et c'était à cela qu'il devait sa glorieuse ascension au sein de l'élite.
Il avait rapidement intégré la garde rapprochée du Pope, avec DM et Milo et était même passé assassin, par la suite, ce qui était un avantage non-négligeable pour lui, car il prouvait la confiance (et la dépendance ?) de Saga à son égard. De plus, sa position d'assassin le tenait à l'écart des affrontements plus violents, lui permettant de rester dans l'ombre et d'éviter les confrontations directs qui risqueraient d'entacher sa beauté légendaire... Pourtant, malgré les nombreux privilèges dont il jouissait, il ne pouvait s'empêcher d'être jaloux. La jalousie empoisonnait sa vie.
Et cette jalousie était tournée vers lui... celui qui le devançait dans le cœur de Saga...
MILO !
Ce maudit Grec avait toujours eu la préférence de Saga et celle de son côté obscur, qui lui confiait toujours les missions les plus valorisantes. Souvent, il consultait l'avis du Scorpion avant d'agir et Milo n'avait besoin d'aucune autorisation pour obtenir un entretien privé avec son cher Pope... Saga avait toujours préféré le jeune Lénor. Personne ne pouvait rivaliser avec cela. Alors finalement, et même s'il n'en mesurait pas bien les conséquences, il était heureux que ce soit Milo qui ait été possédé. Comme ça, il avait du quitter le Sanctuaire et cela l'éloignait de Saga ! En plus, Adonis était quand même vachement plus cool que ce satané arachnide ! Maintenant, Aphrodite avait le champs libre pour tenter de se rapprocher de Saga, qui paraissait le fuir dernièrement.
Oh, mais pas que lui, hein !
Le Gémeau évitait minutieusement le Sanctuaire tout entier, y compris Athéna et surtout Shion, dont il était pourtant l'assistant, mais avant tout le meurtrier. Cependant, à cause du caractère effacé et mélancolique du jumeau de Kanon, c'était à présent Dohko qui occupait cette fonction de conseils, de manière non-officielle. Athéna avait tout fait pour que Saga se sente mieux en lui confiant des responsabilités, mais en vain. Il n'avait pas fini de pleurer la mort d'Aioros. Comme quoi, même mort l'archer doré continuait à jeter du désherbant sur les roses du Poisson. Saga ne pouvait-il pas faire comme Shura et se trouver un lot de consolation ? Le Capricorne avait fait fort en s'attaquant au jeune frère du Sagittaire.
Mais bien que la ressemblance physique soit là, Aiolia était un enfant impulsif comparé à son tendre grand frère et il donnait pas mal de fil à retordre au malheureux Capricorne. En effet, ce dernier était tellement rongé par la culpabilité d'avoir ôté Aioros à son jeune amant, qu'il lui passait tous ses caprices. Il s'était même mué en servante du Lion, reprisant ses vêtements déchirés et lui concoctant toutes sortes de plats ibériques bien gras et épicés. Au gré de la dévotion sans limite de l'espagnol, le seigneur des animaux se transformait peu à peu en paresseux chat obèse. Aiolia avait pris pas mal de poids dernièrement entre le manque d'entraînement et les talents culinaires de Shura. Donc finalement, ce n'était pas si mal que les deux aient rompus par la force des choses...
Aphrodite ne s'en voulait absolument pas à ce sujet. Ces deux-là formaient un couple bien mal assorti et lui, le spécialiste de la beauté le savait bien ! Shura tirait une tronche d'enterrement depuis leur séparation, mais bon, ça ne le changeait pas vraiment de d'habitude et puis, ça lui permettait de penser un peu à lui ou à... autre chose. Toute sa vie jusqu'ici ne tournait qu'autour d'Aiolia et Aphrodite en ressentait un profond dégoût ! Le Lion ressemblait trop à son frère... et comme le Poisson ne portait pas Aioros dans son cœur...
Il était donc grand temps de tenter une opération séduction sur Saga ! Aphrodite ne supportait pas de le voir comme un Shura sans son chaton (oui, bizarrement, il semblait réaliser qu'il avait ruiné la vie sentimentale de l'espagnol, mais il voyait cela comme positif malgré tout quand ça l'arrangeait !) et surtout, il gardait une affection particulière pour l'ex-gardien de la troisième maison, qui devait se sentir si seul dernièrement, abandonné de tous !
« Aphrodite ? »
Cette voix, grave et douce... c'était LUI ! Les joues du Poisson s'empourprant. Il avait séduit le Pope en l'enivrant chaque nuit avec son corps, mais avec Saga, un nouveau défi s'offrait à lui ! Aphrodite alla donc accueillir son désiré visiteur à l'entrée de la serre.
« Saga ! Quel BON vent t'amène ? Que puis-je faire pour toi ? » S'enquit-il d'un battement de cils charmeur.
« Nous te cherchions. Une grande réunion va se tenir dans le Palais. »
Hmmm... évidemment, Aphrodite était toujours le dernier au courant ! Mais bon, c'était normal quelque part, vu qu'il préférait passer son temps dans sa serre à éviter les autres... à part DM qui n'était pas franchement non plus un bon élève !
« Ah merci d'être venu me prévenir, c'est à quel sujet ? »
« Nous avons reçu une missive d'un village attaqué par l'Hydre. Bien qu'il ne dépende pas directement de notre juridiction, apparemment, Athéna souhaiterait y envoyer des renforts. »
« Oh. Je vois. Toujours prête à se faire mousser, notre chère déesse ! »
Mais Saga ne fit guère attention à l'épine lancée en direction de Saori. Il avait une autre carte à jouer dans sa manche, sentant le Poisson peu concerné pour le moment.
« Milo et Camus sont dans la région. Enfin, ADONIS et Camus, plutôt. »
« Quoi, quoi, quoi ? »
Immédiatement, le Poisson lâcha son sécateur et il cligna des yeux, ses longs cils papillonnant. Saga avait fait mouche. Il connaissait bien Andréas, et son petit manège, rapporté par un DM consterné, ne lui avait pas échappé. Adonis lui avait tapé dans l'oeil et le fait qu'il soit un ennemi potentiel n'avait su dissuader Aphrodite de tomber sous son charme. Le suédois ôta son tablier rose, comme pour signifier qu'il allait finalement ce rendre à ladite réunion, grâce à « l'argument » de Saga.
« Tu t'es coupé ? » Remarqua aussitôt le Gémeaux, fronçant des sourcils.
« Oui... j'étais distrait, disons. Mais rien de grave ! » S'empressa t-il de le rassurer, sentant le regard d'acier de Saga sur lui.
« Montre-moi ça. »
Sans attendre une quelconque réponse de la part du Poisson, Saga lui attrapa doucement la main, ce qui n'arrangeant pas la situation d'Aphrodite.
« Ce n'est pas grave, tu sais... »
« Il vaut mieux ne prendre aucun risque. »
Saga l'entraîna alors jusqu'à un des lavabo présents dans la serre et il lava la main du Poisson, le plus soigneusement qu'il put. Aphrodite grimaça un peu, l'eau était glacée, mais sa blessure le picota un peu. Cependant, il ne pouvait nier que la sensation d'être main dans la main avec Saga était loin d'être aussi déplaisante que sa douleur !
« Merci, Saga. »
Et quelle meilleure façon de le remercier qu'avec un BAISER, n'est-ce pas ? C'était l'occasion rêvée ! Aphrodite se pencha en avant, ferma les yeux et...
« Saga ! »
Appela une voix familière qui fit perdre l'équilibre à Aphrodite, tandis que Saga tournait la tête. C'était Mü ! Depuis quand ce satané bouffeur de plantes venait-il s'immiscer dans ses affaires sentimentales ? C'était inacceptable !
« J'arrive ! » Lui répondit le beau grec. « Je dois y aller, on se voit dans une heure à la réunion, d'accord ? »
« Tu vas faire quoi avec Mü ? »
Oui, Aphrodite restait une commère surtout concernant son chéri !
« Je l'aide dans ses recherches aux archives. Nous cherchons à comprendre pourquoi l'armure du Scorpion est si capricieuse ces derniers temps. Elle a failli tuer Jabu. »
« Hmpf ! Bon débarras ! Ca fera un sale insecte de moins au Sanctu ! »
« Techniquement, les Scorpions sont des arachnides, pas des insectes. Et ce n'est pas très gentil de dire cela, Aphrodite. »
« Désolé, je n'y peux rien, mais je les déteste ! Ce ne sont rien que de sales bêtes moches, répugnantes et inutiles qui offensent ma vue ! » Il frissonna d'ailleurs de dégoût.
« Tu as tort de penser cela. Ils sont très utiles, la médecine a notamment beaucoup évolué en étudiant leur poison. Enfin, ce n'est pas grave. Si tu veux, tu peux venir nous aider... »
Cela leur permettrait de passer du temps ensemble et puis, Saga n'était pas vraiment contre un peu d'aide vu le bordel mythologique qui régnait dans ce lieu sombre et peu accueillant.
« Pas question ! Je déteste la poussière, les toiles d'araignées et surtout, l'humidité risque de massacrer ma mise en plis ! » Protesta instinctivement Aphrodite, ne saisissant malheureusement pas la perche tendue vers lui.
« C'est dommage... » Répondit juste tristement Saga en lui caressant une dernière fois la main. Il avait toujours de l'affection pour le jeune suédois. « A toute à l'heure à la réunion, alors. »
Il s'éloigna alors et alla rejoindre Mü, qui adressa un sourire qui en disait long à Aphrodite. Maudit Bélier qui venait jusque chez lui pour le narguer ! Si Aphrodite ne se retenait pas, il en ferait bien un gigot ! Une fois encore, Aphrodite s'était sabordé tout seul et il avait loupé une occasion en or, pratiquement impossible à rater ! Il se sentait minable et était très en colère. Pourquoi fallait-il toujours que les autres prennent un malin plaisir à lui gâcher l'existence ? Et depuis quand Mü et Saga étaient-ils proches ? Le biquet semblait oublier un peu vite que Saga avait saigné son cher Maître !
En retournant chez lui pour se changer et mettre un pansement, il fit tomber un mouchoir de sa poche. Celui qu'il avait lancé à Adonis... Hmm... Adonis. Contrairement à Milo, ce scorpion là était très acceptable et en plus, il n'était pas aussi coincé que Saga. Il méritait bien que le Poisson se tape cette réunion soporifique pour lui ! Bien évidemment, pas question pour le suédois d'aller risquer sa peau pour se battre contre une sale bestiole baveuse dans ses marécages insalubres. Il se contenterait donc d'apporter son soutien détourné à son cher et tendre en lui envoyant DM. Ca suffirait bien. Même si DM n'avait pas une gueule de messager de l'amour, c'était le seul Cupidon que le Poisson avait en stock !
Peut-être que ce n'était qu'une perte de temps avec Saga... Peut-être qu'à moins d'avoir une « Love Rose » fichée dans la poitrine, le Gémeaux ne serait jamais à lui. Aphrodite commençait à douter, alors qu'en revanche, l'amour d'Adonis lui était servi sur un plateau. Celui de Deathmask aussi, en fait, mais... c'était différent, n'est-ce pas ? Entre eux, ce n'était qu'une complicité purement amicale et sexuelle.
« Je ferai mieux de renoncer à Saga. » Essaya t-il mollement de se convaincre, en se regardant dans le miroir.
Seulement, c'était impensable pour lui. Saga était son amour d'enfance et il était hors de question de laisser Mü gagner le coeur du mélancolique jumeau de Kanon, maintenant qu'il n'avait plus Aioros dans les pattes. Ne serait-ce que par fierté ! De toutes façons, rien ne l'empêchait de courir plusieurs lièvres à la fois, non ?
Cependant, Aphrodite ignorait qu'en faisant cela... il risquait fort de se retrouver sans rien à manger dans l'assiette...
Comme convenu, Aphrodite avait insisté avec l'ardeur et la ténacité qu'on lui connaissait quand il se sentait concerné par une affaire, pour imposer DM en tant que second chevalier pour la mission. Athéna avait semblé ravie de la soudaine implication du Poisson et elle avait donc validé son choix. Shura s'était proposé seul et il suffirait bien, mais le Poisson avait besoin d'un messager pour aller prendre des nouvelles de son protéger et il n'avait pas un degré de connivence assez appuyé avec le Capricorne pour lui demander de lui faire cette faveur, sans que cela ne paraisse suspect. A la nuit tombée, apprenant que Shura était rentré depuis un moment et sentant la présence de Craby dans le Palais royal, Aphrodite fit le déplacement pour l'accueillir. Il habitait à côté, c'était plutôt pratique ! Surtout avant, quand il venait rendre visite à Saga en empruntant cette route pavées de roses, symbole de son amour inconditionnel envers le Pope. Il connaissait de mémoire ce chemin et cela lui remémorait bien des souvenirs heureux.
Le Cancer était bien là et quand Angelo l'aperçut, il sembla pris d'angoisse et chercha à fuir ! Quelle idiotie ce bon à rien de crabe avait-il encore faite ? En croisant le poisson, le rital fit tomber un objet doré qu'Aphrodite ramassa simplement par curiosité. Tout ce qui brille n'est pas or, après tout. Mais là, puisque semblant momentanément aveuglé pour le fruit, Aphrodite tituba, perdant l'équilibre. DM le rattrapa de justesse, passant un bras sous la taille gracile de son comparse.
« Est-ce que ça va ? »
Pour toute réponse, Aphrodite ouvrit les yeux et lui caressa le bras. En captant son regard, le cancer fit pris d'une peur insensée. Une peur qui le paralysa sur place. Il se retourna furtivement vers Athéna et décida de se faire violence pour éloigner le plus vite possible le Poisson.
Une nouvelle menace venait de s'éveiller...
Dans les souterrains secrets et oubliés du Sanctuaire, le jour et la nuit n'existaient pas. Le temps semblait s'écouler de manière différente et avoir une emprise moindre. Les meubles gonflés par l'humidité, les livres aux pages jaunies et rendues presque indéchiffrables semblaient figés dans l'inertie temporelle la plus totale. Mü et Saga continuaient leurs recherches, celles-ci consistant plutôt en un travail d'excavation. Assis sur une pile de documents inutilisables et de livres trop usés pour pouvoir en tirer quelque chose, le bélier était silencieux. Silencieux, son voisin l'était également, tenant sa lanterne à la lumière archaïque et vacillante. Ce ne fut qu'en remarquant que son compagnon frottait ses paupières alourdies par le sommeil que Saga se décida à prendre la parole.
« Tu devrais aller te coucher, Mü. »
« Non, ça va, je ne suis pas fatigué. » Mentit le Bélier en s'efforçant de sourire.
« Nous sommes probablement les deux seuls chevaliers encore debout à cette heure. »
« Encore faudrait-il que nous sachions l'heure qu'il est... » Ajouta t-il en souriant encore.
« C'est juste. Avec cette pénombre et ce silence macabre, on perd complètement la notion du temps. »
« C'est sans doute ce qui est arrivé à notre ami... »
Mü jeta un regard derrière lui, désignant ainsi le squelette qui avait failli lui faire rendre l'âme il y a peu.
« On devrait peut-être le remonter et lui donner une sépulture décente. » Proposa Saga, la tristesse se lisant dans ses yeux.
« Tu as raison. Mais ça fait des siècles qu'il est ici, de toutes façons. Il peut bien attendre encore un peu. »
Le biquet se replongea dans sa lecture. Il avait bien aimé embêter Aphrodite toute à l'heure, n'ignorant pas les sentiments de ce dernier à l'égard de leur aîné. Mais en vérité, l'ambiance et la situation ne se prêtaient pas vraiment à un rapprochement d'ordre sentimental ou physique avec le beau Saga, à son grand regret. Et puis, ils avaient une urgence sur le feu et le temps leur était compté, même si ici, il semblait bloqué, pas le temps de compter fleurette à Saga ! Pour la tentative de séduction, on repasserait.
A la belle époque, Saga et Aioros étaient les deux icônes du Sanctuaire. Les deux chevaliers les plus rayonnants et charismatiques que tous les jeunes admiraient et voulaient imiter. Chacun choisissait son camp. Mü s'était toujours senti plus proche de Saga. Découvrir son côté sombre et être forcé de s'exiler du Sanctuaire avait profondément blessé le jeune bélier. Pourtant, l'image qu'il avait de Saga ne s'était pas ternie. Elle restait immaculée, comme si rien n'était jamais arrivé. Tous n'avaient pas eu la clémence de l'Atlante. Milo, par exemple, restait très affecté par cette période de leur histoire commune et même si comme tout le monde il avait passé l'éponge en apparence, Mü savait que son ami scorpion gardait du ressentiment contre l'ancien chevalier des Gémeaux. Pire encore, Milo avait pardonné bien plus facilement à Kanon, qui lui, était le diable incarné et non pas la malheureuse marionnette d'une entité supérieure, contrairement à son frère. Mü ne comprenait pas cette attitude et le pire, c'est que Milo était loin d'être une exception. Beaucoup pensaient ainsi sans oser le dire. Et la sensibilité exacerbée de Saga ne lui épargnait rien. Il savait ce que pensaient réellement les autres chevaliers de lui. Que derrière les sourires amicaux et le pardon se cachaient de sombres sentiments. Il en avait pris son parti en silence, mais son visage mélancolique ne pouvait mentir, c'est pourquoi le gémeau s'isolait souvent, conscient d'être un fardeau et un traitre.
Mü ne supportait pas les noires pensées qui empoisonnaient le coeur de son ami et idole. Il voulait faire quelque chose pour Saga. Quelque chose de beau, de bon et de propre. Pas le séduire contre son gré ou juste le mettre dans son lit.
Il voulait le guérir.
Le réparer...
Comme une armure.
Si seulement c'était aussi simple que cela... Mü serait plus que ravi de donner un peu de sang pour à nouveau voir Saga heureux, comme avant, quand Aioros était encore vivant.
« Il te manque, n'est-ce pas ? »
« Oui. » Répondit-il simplement, sans lever les yeux de son livre.
« Saga, ne va pas croire que je minimise ton chagrin. Nous avons tous soufferts dans cette histoire. Toi peut-être plus que les autres, je ne sais pas, je ne connais pas la nature de ta relation avec Aioros, mais... il est peut-être temps d'aller de l'avant, tu ne crois pas ? Tu ne peux pas continuer à t'en vouloir comme ça, même Aiolia a tourné la page. »
Saga n'appréciait sûrement pas que le bélier se montre aussi franc envers lui, mettant ouvertement les sabots dans le plat fissuré, mais c'était ainsi, Mü ne pouvait plus se retenir. Il en avait assez de faire semblant que tout allait bien et il devait aussi profiter de ses recherches avec Saga pour essayer d'en savoir un peu plus sur la façon de l'aider à redevenir comme avant et non pas l'ombre de lui-même, comme c'était le cas.
« Je ne peux pas. »
Ce fut la réponse de Saga. Claire, nette et précise. Ferme, sans appel.
Sans espoir.
En son for intérieur, Mü avait toujours su que Saga ne parvenait pas à aller de l'avant parce qu'il ne le désirait pas, surtout. Il se complaisait dans cette passivité malsaine et mélancoliques, gorgée de souvenirs douloureux et de rêves brisés. Cette attitude défaitiste peinait Mü, mais ne le surprenait pas.
« Excuse-moi Saga, ce ne sont pas mes affaires et je n'avais pas l'intention de m'immiscer dans ta vie privée. Mais il fallait que je te le dise... »
Contre toute attente, Saga ne lui resservit pas son discours périmé sur sa traitrise. Il releva la tête et le regarda droit dans les yeux.
« Mü, tu m'as dit que ta façon de prouver ton amitié à Milo et Camus, même si tu es à des kilomètres d'eux, c'est en effectuant des recherches. »
« C'est exact. »
« Et bien moi, je prouve mon amour à Aioros en restant en vie. »
Ces paroles inattendues et sincères touchèrent Mü autant qu'elles le blessèrent.
« Mais Saga, Aioros... il t'a... »
Il s'interrompit juste à temps. Aioros était peut-être tout ce qui reliait Saga à ce monde, mais Mü ne supportait pas que l'archer soit la cause de toute la détresse du Grec. Il ne le méritait pas. Il ne méritait pas toute l'affection, tout l'amour de Saga, puisqu'Aioros les avait rejetés en décidant de ne pas revenir à la vie, laissant Saga seul avec ses remords. Mü n'avait même pas envie de s'excuser de penser du mal du saint. En cela, Aphrodite et lui se rejoignaient. Qui l'eût cru ?
« Abandonné ? C'est faux. Il ne m'a jamais quitté. Pas un seul instant. C'est pour cela que je me bats pour lui maintenant. Je ne suis pas seul, nous sommes deux, il vit en moi et il m'accompagne partout. Mais c'est justement parce que je ne peux plus le voir, parce que chaque jour qui passe j'oublie un peu plus son sourire que je veux éviter à Milo et Camus de connaître la même chose. »
« Que veux-tu dire ? »
« C'est ma raison de t'aider dans tes cherches. Je ne veux pas qu'ils connaissaient cette sensation de vivre avec un fantôme, avec des souvenirs qui font mal, avec l'image de quelqu'un qui ne peut vous répondre et ne peut vous tenir dans ses bras. Si nous n'agissons pas, j'ai bien peur que l'un d'eux doive vivre avec cette boule dans la poitrine jusqu'à la fin de ses jours, comme moi. »
Saga avait raison. Si le Verseau et le Scorpion laissaient une tierce entité les séparer, une tragédie finirait par arriver entre eux. Saga ne connaissait que trop bien cette sensation et c'était sa motivation principale. Il voulait épargner cette terrible douleur incessante, même à ceux qui l'avaient rejeté.
Spontanément et porté par un élan de courage sincère, Mü laissa tomber son ouvrage et il s'approcha de Saga, passant derrière lui et lui entourant le cou avec ses bras chauds.
« Oh, Saga... »
Le geste était désintéressé. Même si parfois Mü pouvait se montrer aussi froid et distant que Shaka et Shura, face à Saga, il fondait complètement et ne pouvait s'empêcher de vouloir le réconforter. Cet homme avait le don de l'émouvoir avec ses failles et sa loyauté à celui qu'il aimait. Même mort. Cela inspirait un profond respect au bélier. Seul Saga était capable de nourrir des sentiments aussi purs et forts, sans personne pour les recevoir.
C'était sa malédiction.
C'était Un Deathmask anormalement inquiet qui avait redescendu les marches du Temple d'Athéna fissa ! Il n'avait même pas pris le temps de s'excuser, ni de fournir une explication à la déesse de la sagesse, bien trop pressé d'évacuer le suédois qui lui faisait office de comparse habituel. Demain, il aurait certainement quelques comptes à rendre à Saori, mais pour le moment, l'urgence était ailleurs. Arrivé chez ledit poiscaille, l'Italien le déposa dans son lit. Il semblait en effet qu'Aphrodite ait profité de la balade pour tomber dans les vapes ou faire du pied à Morphée. A vrai dire, DM se foutait bien du comment, car le pourquoi l'angoissait déjà plus !
En arrivant dans le Temple des Poissons, il faisait horriblement noir. Comme si une tempête se préparait. Comme par hasard, ajouta mentalement et pour lui-même le crabe. Heureusement, DM était tellement habitué aux visites nocturnes à son amant qu'il n'eut même pas besoin d'allumer la lumière pour se repérer dans les appartements privés d'Aphrodite. Il connaissait le chemin qui menait à sa chambre, par coeur, les yeux fermés et les mains attachées dans le dos !
Un moment, il resta là à veiller le poisson. Il hésitait entre le laisser roupiller sagement ce qui leur épargnerait des problèmes, et entre le réveiller illico pour vérifier s'il allait bien. En fermant les yeux pour réfléchir, car DM réfléchissait mieux les yeux fermés, il se remémora ce regard qu'Aphrodite lui avait lancé. Ce n'était pas le regard habituel de son tendre suédois. Quelque chose avait changé dedans. Et ça le faisait horriblement flipper. Il détestait ça !
« Putain Aphro, mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Un court instant, il espéra qu'Aphrodite allait miraculeusement prendre la parole et lui répondre, ce qui le rassurerait, comme ça, il pourrait aller se pieuter lui aussi. Mais que nenni. Et la situation 'alla pas en s'arrangeant, puisque le Cancer sentit un cosmos connu pénétrer dans l'enceinte du temple. Manquait plus que ça, tiens ! Normalement, il se foutrait bien des visites nocturnes que pouvait recevoir Andréas, mais là ça sentait mauvais pour lui, on allait encore croire qu'il avait fait une connerie ou qu'il était responsable de l'état comateux de son confrère. Ronchon, bien décidé à ne pas se laisser accuser et également à bouter l'envahisseur hors du temple, tel une Jeanne d'Arc plus poilue, pour éviter que le mystérieux visiteur ne réveille le Beau aux Roses Dormantes, DM sortit l'accueillir. De façon musclée, si nécessaire. Il s'arma d'une chaise en bois, prête à la fracasser sur le crâne de l'agresseur ou tout autre membre passant à sa portée et il attendit. L'attente n'étant pas son fort, pas plus que la maîtrise de soi, d'ailleurs, le rital abattit l'objet sur la grande silhouette noire qu'il croisa. Ce qu'il regretta aussitôt en constatant le vacarme qu'un tel assaut produisit.
Mais ce qu'il regretta encore plus, en dehors du fait qu'il allait certainement se faire enguirlander par Aphrodite le lendemain quand il découvrirait que sa chaise était cassée, fut de comprendre sur QUI il venait de frapper comme un malade !
C'était LA boulette !
L'ombre n'eut pas la moindre égratignure. Par réflexe, elle avait levé son bras pour se protéger et là où n'importe quel humain l'aurait eu dans le plâtre dès le lendemain, là, ce fut la chaise se fit envoyer à l'hôpital quand elle entra en contact avec le radius du visiteur. Le meuble se trancha en deux de façon très nette. Ce qui ne pouvait être l'oeuvre que d'un seul chevalier.
« Mais qu'est-ce que tu fous dans le temple d'Aphrodite à pas d'heure ? » S'indigna presque l'indomptable crustacé !
« Je peux te retourner la question. » Répondit impassiblement le caprin en allumant la lumière.
« Je suppose que tu viens voir Aphrodite. T'inquiète, je me fiche de tes raisons, mais là tu vois, il dort, alors vaudrait mieux pas le réveiller, si tu vois ce que je veux dire. Il devient très chiant quand il a pas eu ses dix heures de sommeil ! »
« Avec tout le bruit que tu viens de faire en me balançant cette chaise, je doute qu'il soit encore endormi. »
« Aphro a un sommeil très profond, t'inquiète ! Bon, tu fais quoi ici ? »
« Je croyais que tu te fichais de le savoir... »
« Je vois clair dans ton petit jeu, la chèvre ! Ca fait combien de temps que tu te tapes Aphro ? »
Le Capricorne éclata alors de rire, ce qui était très rare chez lui. Et qui avait le don de foutre les boules à DM. Tout chez l'espagnol lui semblait sinistre et pourtant, c'était le crabe qui collectionnait les cadavres ! L'hôpital se foutant de la charité, en gros. DM frissonna mais il ne supportait pas qu'on se paie sa tête alors il devint tout rouge et commença à faire de grands moulinets avec les bras, signe qu'il fallait peut-être arrêter de se moquer, maintenant.
« Tu vas me répondre, hijo de puta ? »
Ledit fils de p...oulpe cessa immédiatement de se gausser et il coinça son malchanceux détracteur entre lui et le mur. Son regard ne reflétait que noirceur et folie, autant dire qu'il ne faisait pas bon se trouver dans les bottes d'Angelo à l'heure actuelle.
« Solo Aiolia me interessa. » Avoua t-il en caressant la gorge du cancer, presque amoureusement avec sa main tranchante.
« Alors... qu'est-ce que tu fous là ? » Se risqua à demander à nouveau DM, n'en perdant pas son latin pour autant.
Et devant le silence ferme de son interlocuteur, DM paniqua mentalement. Se pourrait-il que Shura soit au courant de la « Love Rose » et qu'il vienne clamer vengeance ? Aphrodite se trouvait dans la pièce d'à côté, sans défense !
« Je veux simplement voir Aphrodite, j'ai à lui parler. Et tu ne m'en empêcheras pas... »
« Doucement, Shu' ! On est potes maintenant, pas vrai ? » Sourit nerveusement DM, peu désireux de finir en surimi. « Et puis, Aphro dort, comme je te l'ai dit. Ce que tu as à lui dire ne doit pas être urgent au point de ne pas attendre demain, si ? »
Effectivement, Masque de Mort marquait un point. Le Capricorne fronça des sourcils, contrarié et pensif. Il s'était emporté pour rien. Il lâcha le quatrième chevalier et l'épousseta un peu, ce qui arracha quelques sueurs froides à l'italien. Un accident était si vite arrivé.
« Je repasserai demain. » Précisa évasivement Shura avant de sortir.
Deathmask laissa échapper un soupir de soulagement et il retourna s'assurer de l'état d'Aphrodite. Heureusement, ce dernier dormait encore profondément, comme si rien n'était arrivé et le Cancer décida de passer la nuit à le surveiller, au cas où il subirait une autre visite inopinée...
Bien loin de se douter des évènements qui s'étaient joués au Sanctuaire la nuit dernière, Camus continuait à réfléchir. Devait-il annoncer la vérité à Adonis ? Mieux valait ne pas se précipiter. Tout d'abord, il voulait l'avis de Prisca et de Cassandre sur la question. Il alla donc les voir en fin de matinée. Les deux jeunes femmes étaient en train de rire aux éclats dans le vaste bureau de la Pythie. Un fugace sourire se dessina sur le visage du Verseau, qui s'imagina Milo et lui à leur place. Cela lui faisait plaisir de les voir réconciliées. Mais...
« Excusez-moi de vous interrompre, mais j'ai besoin de votre avis. »
« Camus ! Entre donc ! Tu ne nous déranges pas du tout ! » Le rassura Prisca, tandis que Cassandre l'attrapait par le bras pour le faire asseoir.
Devant la mine préoccupée du beau français, Prisca craqua. Que ne ferait-elle pas pour ces beaux yeux bleus ? Les deux jeunes femmes l'encouragèrent à se confier, ce qu'il fit sans détour. Il leur raconta la visite nocturne de la sirène et ses révélations. Pendant qu'il parlait, Prisca entrait toutes les données dans son ordinateur et Cassandre se concentrait. La conclusion tomba rapidement.
« D'après O.R.A.C.L.E., beaucoup d'éléments se recoupent et semblent désigner Milo comme étant Adonis et Aphrodite comme étant la déesse du même nom, à commencer par leur soudaine et naturelle complicité. » Exposa froidement Prisca.
« Je vois. » Répondit simplement Camus, à cours de mots et surtout profondément blessé.
« Je suis désolée... » Fit Cassandre en posant une main compatissante sur son épaule.
« N'y a t-il rien à faire ? »
« En théorie, le risque est minimal tant que la déesse est en phase de sommeil. Par contre, si ce n'est plus le cas, ce qui arrivera bien à un moment ou à un autre, elle risque de s'approprier Adonis. »
Si c'était le cas, il n'y aurait pas mort d'homme, évidemment, du moins, c'est ce que pensait Camus. Mais égoïstement, le Verseau refusait de laisser son meilleur ami à une déesse dans un corps masculin ! Il se fichait bien d'Adonis, malheureusement ce dernier occupait le corps de Milo.
« J'avoue que j'ignore bien ce que nous devons faire pour forcer l'esprit à quitter son corps, mais en attendant de trouver, vous pourriez rester ici. Tous les deux... »
« Comment ça ? » Se méfia Camus.
« Disons simplement que si O.R.A.C.L.E. trouve quelque chose, il sera plus pratique d'avoir Milo sous la main pour tester les solutions qu'il propose. Et puis... »
« C'est peut-être un signe ! » La coupa Cassandre sur un ton plutôt enjoué, mais déplacé compte tenu de la situation. « Peut-être que votre véritable place est ici, au Sanctuaire d'Apollon ! Vous pourriez devenir chevaliers sans problème ! En plus, Apollon est l'allié d'Athéna, donc ce serait une bonne chose. »
Constatant l'air peu enthousiaste du Verseau, Prisca décida de recadrer les paroles de son amie.
« Ce qu'elle veut dire, c'est qu'en attendant, le plus sage serait de rester ici. Ce serait plus sûr. Car si Aphrodite voit Adonis, ça va peut-être la réveiller. »
« Pourquoi maintenant ? Ils se sont déjà croisés et ça ne l'a pas réveillée avant. »
« On ne sait jamais, maintenant que nous avons découvert l'identité d'Adonis... mieux vaut que le moins de personnes possibles soient au courant. »
Camus était d'accord sur ce point et effectivement, leur retour au Sanctuaire semblait compromis pour le moment. Cependant, il devait informer Athéna et consulter son avis avant toute chose.
« C'est d'accord. Mais je veux envoyer une missive au Sanctuaire pour ne pas que les autres s'inquiètent, c'est possible ? »
« Bien-sûr. »
Prisca sourit. Même si cette alliance était de courte durée, elle était ravie que Camus accepte cette situation provisoire. Mieux valait ne pas faire de choix précipité et étudier tous les paramètres pour prendre la meilleure décision possible.
Mais Camus était bien loin de se douter qu'au Sanctuaire... c'était le chaos qui s'apprêtait à régner...
Shura transformera t-il DM en surimi et Aphro en sashimi ? Camus et Milo vont-ils rester au Sanctuaire d'Apollon et y couler des jours heureux ? Mü découvrira t-il ce qui arrive à l'armure du scorpion avant le siècle prochain ? (et même question quant à sa tentative de rapprochement avec Saga ?) Que prépare Eris ? Athéna cessera t-elle d'être une cruche et sera t-elle un peu utile dans cette histoire ?
Toutes les réponses dans le prochain chapitre !
Merci de vos reviews et de vos conseils !
