Je sais, je sais, il y a Joke(r?) Therapy et je dois aller voir les reviews - onze vous êtes des anges - mais c'est venu et ça voulait plus me lâcher alors que je devais faire voici un petit Bonus !
Argh.
Enjoy !
Ah et au fait, je répond au reviews dans le prochain chapitre - d'ailleurs je vais en profiter pour aller m'empresser de les lire (NON. TPE) - qui sortira le... 18 ou 19.
FEVRIER ! Eh ouais, ça sera les vacances alors...
(Et un invité surprise dans le prochain chap)
Harleen a un monstre sous son lit.
Elle a six ans et personne ne la croit, alors que lorsque vient le soir elle voit ses yeux briller dans le noir. Elle a six et a l'âge de rêver aux monstres, ceux qui attrapent les pieds qui dépassent des couvertures, qui se planquent dans les placards et qui susurrent des mots de poisons lorsque le parent - sauveur - sort de la chambre.
Six ans c'est l'âge où l'on rêve d'être une fée, on envie les princesses des contes de fées et on frissonne quand vient le soir parce que le monstre est là et s'étend.
Elle joue, elle pleure - pas autant que les autres - pendant la journée, elle se tresse des fleurs maladroitement dans une mèche dorée, vient montrer son succès aux autres, Harleen a l'âge où on s'amuse d'un rien, on rit d'un tout, on ne comprend pas encore que la couronne se fane.
Et les années passent, les fleurs flétrissent, les mèches poussent, les six ans se transforment en dix. En quinze. En vingt-sept, et à vingt-sept ans, Harleen pose le pied dans l'hôpital où les monstres règnent. Mais elle n'a pas peur, elle ne les craint pas eux. Ils ne sont pas réellement des monstres, ils sont humains.
Des humains qu'on peut décortiquer, qu'on peut analyser froidement et retranscrire sur le papier tout ce qui se passe dans leur cerveau. A vingt-sept ans, on n'en a plus six et coucher en mots des neuro-transmetteurs défaillants, des neurones touchées par des virus, des endorphines qui circulent à des mauvais moments et d'autres encore, ce n'est plus un problème.
A vingt-sept ans, on en a vu des cas dans la théorie et les affaires internes, on se gausse de ceux qui rient des monstres, on rit doucement de ces enfants qui pleurent, qui geignent qu'il y a quelqu'un sous leur lit, un invisible qui se repait de leur peur.
Harleen avait un monstre sous son lit, et désormais elle les étudie. Les criminels de Gotham, dévoreurs d'enfants, générateurs de cauchemars, on les nomme les Rogue, ceux qui sont les parias - les exclus.
Il y en plusieurs, presque tous derrière les vitres. Mais vous savez. Ils viennent. Ils repartent. Et reviennent. Et repartent, encore, encore. On ne sait plus où se donner de la tête.
A vingt-sept ans on est censé ne plus croire au princes des contes, on secoue la tête et se dit que c'est trop tard, que c'est presque cruel ces histoires où les caractères sont si odieusement dépeints. On n'est plus fasciné par le viol d'Aurore, la cruauté de la Reine et le verre qui transperce les pieds d'Ariel - tout ça est loin derrière soi.
Mais Harleen ne l'a pas oublié son monstre. Il est là, n'a jamais disparu lui.
Lorsqu'elle vient se coucher le soir, lui pose sa main sur le dessus du lit, se tire difficilement hors de sa cachette et silencieusement, le bruit de ses pas feutrés venant la faire frissonner, il se couche à ses côtés. De ses doigts sombre il lui effleure le cou, dépose sa bouche acéré contre elle, contre sa nuque et c'est là - à ce moment qu'il commence à parler.
Au début ce n'était que des murmures, de faibles chuchotement qu'elle pouvait éviter.
Mais ça se renforce, ça devient de plus en fort, comme une rumeur enfle et enfle.
Elle l'entend lui parler la nuit, désormais, il est là - ne l'a jamais laissée grandir comme les autres. Au début c'était des insultes, des rires, qu'il se plaisait à chuchoter.
" - Tu crois que tu vas réussir, Harleen ? Regardes-toi, regardes-toi "
Toujours ce même mot, cette même rengaine.
Regardes-toi.
Elle se regardait, elle se brûlait les yeux à se voir. Elle se connaissait par coeur, se visualisait même les yeux rongés par les flammes, elle se voyait. Mais pas assez, disait-il. Regardes-toi. Continue. Pour que tu finisses par te voir.
Harleen affiche un beau sourire quand elle part voir ses patients, elle en est dingue, pourrait-elle dire. Ils sont sa porte de sortie, tellements fascinants ces supers-criminels, tellement... rentables. Qui ne la verrait pas si elle en guérissait un ? Harleen Quinzel, psychiatre de renom pourrait-elle dire. Elle sourit. Faussement.
Sourit quand sa supérieur finit par lui accorder le patient qu'elle veut. Elle ne le veut pas pour lui, pour le guérir réellement, elle se moque de son état, elle ne veut que sa renommée. Elle veut se voir - elle veut que son monstre la reconnaisse, disparaisse.
Elle l'a même choisi en pointant son doigt au hasard. Le Joker est-ce tombé. Que lui importe, ce n'est pas un monstre, quoi qu'on puisse lui dire. Ce n'est pas un monstre, c'est un homme. Et un homme s'analyse, un homme se regarde, se guérit.
Alors la première fois qu'elle entre dans la salle, qu'elle le voit - et ses cicatrices, mon dieu, elle ne put s'empêcher de les détailler, d'en faire son analyse. D'en venir à une conclusion : il se les ait faîtes. La question. Pourquoi ?
« Bonjour... à qui ais-je... l'honneur, huh ?»
La froide indifférence s'étiole un peu. A peine vraiment, rien de bien grave mais elle est curieuse, étonnée. Il est différent de ce qu'elle pensait, plus dur à... comprendre. Il bouge, il varie, il saute de droite à gauche dans ses pensées, elles se mêlent et se perdent, l'une fuse, il la dédaigne. Tout ça ne suit pas un ordre... logique.
Et elle se fait mathématicienne, elle aime ce qui est logique. Les hommes le sont, ses patients le sont. Elle en a guéri trois pour le moment, le Joker est peut-être anarchique mais elle le connaîtra. Elle le comprendra et aura ce qu'elle cherche.
Harleen ne s'intéresse pas à lui, uniquement à ce qui va lui apporter. Elle n'est pas curieuse de son passé, de qui il est, pourquoi il fait ça, qu'est-ce qui a été... huh... bougé dans sa petite-vie-étriquée pour qu'il devienne ce qu'il est. Non, elle lui impose le changement, elle continue de sourire. Faussement.
Et lui ça le rend furieux, elle le sait, fascinée et furieux. Parce qu'il n'est rien pour elle, simplement un outil. Et il déteste ça, de se savoir utilisé, qu'elle ne réagit pas à ses piques, à ses tentatives de la rendre hors d'elle. Elle n'est rien qu'un robot, une machine et une machine ne peut pas réagir.
Parce qu'il y a toujours ce monstre dessous son lit, qui lui dit et continue. "Regardes-toi"
Alors elle se regarde et elle dédaigne de voir lui, qui pourtant se met devant la caméra, agite les bras et en est jusqu'à cacher le reste de sa présence. Mais elle voit à travers, elle essaye de se voir elle.
Et puis il y a ce jour. Ce jour là où il a baissé les bras, il a souri de ce sourire qui voulait en dire beaucoup, a léché avec attention ses lèvres déchirées et l'a regardée à son tour. Il a vu ce qu'elle cherchait à voir, ce qu'elle n'arrivait pas à trouver. Alors il a baissé la tête, l'a penchée, a fait danser ses doigts sur la table.
A parlé.
« Le mien a... disparu.» commence-t-il. Et là elle l'écoute, attentive. Intéressée. « Il était là aussi, huh. Nous étions un monstre et un homme. Et puis j'ai attrapé mon couteau, mon rasoir, mon essence, que peu m'importe, tout ce qui me passait par la main. Et je me suis fait ça, vous vo-yez, huh. » Il les exhibe une seconde, sourit pour montrer son oeuvre. « Et à présent que j'étais devenu... le mon-stre, il est parti. »
Il fait une pause, se penche vers elle, les yeux étincelants.
« Un monstre ne va voir qu'un homme. Vous comprenez, doc' ? »
Elle comprend. Elle ne comprend que trop bien et elle claque la porte, réagit pour une fois. Elle ne peut pas se résoudre à obtempérer, parce que toute machine fut elle, celle-ci a des limites.
Elle est engoncée dans son costume et son rôle de psychiatre, d'individu hantée.
Elle sait ce qu'il veut dire.
Deviens le monstre.
Le soir quand elle va se coucher, elle appréhende davantage. Encore, encore, encore. Elle ferme les yeux, serre la couette contre elle, rien n'y fait, qu'est-ce que cela aurait pu y changer ?
Il vient une fois de plus, vient se coller contre elle. Il reste silencieux au départ, ne dit pas un mot. Puis une seule phrase, avant que derechef ses mains ne viennent effleurer la peau déjà pâle d'Harleen.
« Lui t'a vue. »
A vingt-sept ans, on ne doit pas hésiter pourtant. Mais rien que l'idée de penser subir le monstre encore et encore, la fait voir le Joker d'un oeil nouveau. Compréhensif. Et maintenant de mieux en mieux, elle comprend. Une fois de plus la voilà qui se met à sa place à lui, qui analyse froidement et décortique.
Mais elle comprend aussi que dans son cas ol n'y a pas de retour en arrière. Il a avalé le monstre, il s'est confondu en luipour le faire fuir et ce fait, il n'y a pas d'alternative pour remodeler le passé.
Sa renommée vient de lui filer entre les doigts - il ne sera jamais guéri.
Harleen pourrait abandonner, le reléguer à un autre psychiatre, se choisir un nouveau super-criminel. Mais il a attiré son attention, il est comme elle à un stade plus avancé voilà tout. Elle le considère avec un autre oeil, se surprend à laisser tomber la machine Harleen pendant leurs entretiens.
Elle parle, elle sourit. Pas faussement cette fois, elle sourit parce qu'elle aime l'entendre parler, raconter son point de vue sur le monde, elle sourit parce qu'elle sait que c'est une des deux branches de son futur. Elle peut la choisir. Elle peut la couper. Alors elle reste. Elle reste pour pouvoir reculer son choix.
Le temps file, les fleurs se fanent, son monstre est toujours là.
Mais il y a lui, et eux deux, leurs moments de solitudes, leurs entretiens et ça la fait sourire davantage. Harleen a vingt-sept ans et son monstre vient de prendre un tout nouveau visage.
Elle continue de le voir. Ils n'avancent pas, ils font croire qu'il est presque guéri. Ils en rient tout les deux, dans leurs moments intimes quand les autres croient que lui se repend. Foutaise. Ironie. Se repentir quoi ? Le monstre se repent-il de dévorer les âmes des enfants ? Le Clown non plus. Le requin se repent-il de manger le poisson ? Le Clown non plus.
Il est parti plusieurs fois. Revenu. A chaque fois Harleen soupire quand Batman revient, le regarde en haussant un sourcil, faussement agacée. Lui sourit à son tour, rit en effectuant des révérences. Il est un tigre en cage et les tigres se refusent d'être enfermés, elle le sait alors elle secoue la tête et le fait s'asseoir.
Et leur séance recommence.
Le jeu tourne, encore et encore, encore et encore.
Elle croit que ça peut continuer toujours. Il reste parfois que quelques jours ici, parfois des mois entiers. Elle sait qu'il n'a du se passer que deux ans en tout, deux ans et elle a l'impression d'en avoir soixante.
Sauf qu'un jour, il ne revient pas. Elle ne peut croire qu'il est mort, c'est impossible. Et pourtant aucune nouvelle, jamais, jamais, jamais. Rien que des échos. Batman a disparu. Le Joker est mort.
Elle fouille, ne peut se résoudre à laisser le premier monstre gagner.
Et elle gagne. Il n'est pas mort - elle le savait. Elle le savait. Il est au fond de la pire prison de Gotham, ils en ont eu assez de l'hôpital, il est bon pour purger désormais. Harleen proteste, refuse.
Et ce soir là quand elle va se coucher, c'est l'étreinte des doigts glacés contre sa gorge qu'elle doit subir, l'étranglement. la douleur. La douleur douleur douleur douleur douleur DOULEUR DOULEUR
«Il est parti, il est parti, le seul qui te voyait »
Et Harleen ne peut laisser ça se faire. Elle file hors de son lit, c'est le soir peu importe, elle s'en va. Elle court, elle court le furet, elle hurle, elle vole et s'enfuit. Direction la boutique de farces et attrapes, ce sont d'abord des aiguilles qu'elle attrape, de quoi coudre, du tissu, du rouge, du noir, jolis pompons, elle cout. Elle cout encore et encore, elle se tisse à même la peau, sent les larmes de sang perler de ses gants qui sont cousus sur ses mains et ses avants bras.
Les pompons, le chapeau, l'aiguille traverse le cuir chevelu et Harleen meure et renaît par la douleur.
Elle en ressort, apprêtée. Sans oublier une batte de baseball sur son épaule et un petit vieux traumatisé. Ravi de la vue mais traumatisé. Dévalisé aussi.
Rentrer dans la prison ne fut pas un réel problème. Sa carte de psychiatre lui donnait presque tout les droits, VIP personnalisée, il lui suffisait de dire qu'elle venait pour l'examen du Joker. En deux ans elle n'avait pas causé un seul problème, donné des résultats - elle s'engouffra dans la prison avec une facilité déconcertante.
En ressortir en serait plus dur.
Elle slaloma presque dans la prison, fila jusqu'à ouvrir la porte la plus sécurisée. Un ou deux gardes obligés, rien de méchant en réalité. Tout lui semblait si facile qu'elle se demandait ce qui l'avait refrénée jusqu'à présent.
La porte ouverte, la batte s'abattit sur les crânes. Une fois, deux fois. Encore et encore, jusqu'à n'en donner que des corps.
Elle s'engouffra dans la cellule, son sourire si réel qu'il lui en faisait mal aux commissures des lèvres.
« C'est fini - ou tout recommence ? » commença-t-elle doucement. « Avancer donnera la réponse. » Son sourire se fit plus franc, la déchira davantage de douleur.
« B-onjour, poussin. »
Le rire du Joker résonna longtemps après ça, de longs hurlements qui montaient vers le ciel alors qu'il lui attrapait la main et l'enserrait dans une étreinte brutale.
Le Roi et la Reine.
Harleen avait un monstre sous son lit. Et pour le chasser elle s'était faîte plus monstrueuse encore.
