Chapitre 14 : Le poids des secrets

Crédits : l'univers et ses personnages appartiennent toujours à Matsuri Hino.

Bonjour à tous ! Voici le chapitre 14 qui arrive peut-être avec un peu de retard, mais il me restait encore des examens, la semaine précédente.

Bref, j'espère que ce chapitre vous plaira. C'est un peu le chapitre des bouleversements, vu que certaines choses y sont révélées et vont déboucher sur une nouvelle situation. Mais, je n'en dis pas plus.

Merci pour les reviews sur le chapitre précédant. Ca me fait plaisir que vous ayez aimé ce chapitre, car je me suis bien amusée à l'écrire, même si je me disais parfois que c'était du grand n'importe quoi XD. Nous voilà déjà au chapitre 15 et je voulais remercier tous ceux qui suivent mon histoire.

J'en profite pour vous souhaiter une très bonne année 2012.


Place aux reviews :

Darkemi : Je suis contente que mon chapitre t'ait fait rire. C'était le but ^^. Merci pour ton commentaire, ça fait toujours plaisir.

Melli-Mello : Merci beaucoup pour ta review ! J'espère aussi que tu pourras de nouveau faire appel à tes talents d'enquêtrice en chef ^^. Peut-être dans les prochains chapitres. Merci d'être allé voir l'amv, ça me fait plaisir.

Blackcatneko999 : Ah, contente que ça t'ait plu ! Merci beaucoup ! J'espère que tu aimeras ce chapitre. Désolée s'il arrive un petit peu tard.


POV : Yûki

Je tenais Yori par le bras, les yeux rivés sur les silhouettes identiques des jumeaux Hunters. L'un tenait fermement son katana, la lame dirigée vers nous, tandis que l'autre pointait son Bloody Rose sur la nuque du premier. Ichiru Kiryu souriait à présent comme s'il avait tout prévu dès le départ. Il ne semblait nullement étonné et une lueur calculatrice passa dans son regard.

Quand je disais qu'il avait un sacré grain, le frangin…

_ Heureux de te revoir, mon cher frère.

_ Ichiru ! Gronda Zero entre ses dents. Je savais que c'était toi, enfoiré !

Ce n'était pas vraiment le genre de retrouvailles que j'aurais imaginé entre deux frères qui se sont perdus de vue, mais je ne connaissais ni leur histoire, ni ce qui avait provoqué cette fissure entre les deux. Pourquoi Ichiru était-il lui aussi en vie ? Zero ne semblait pas s'en étonner.

Je sentis Yori se tendre à côté de moi. Je lui jetais un regard et écarquillais les yeux. Mon amie paraissait complètement paniquée. Il ne me fallut guère longtemps pour comprendre :

_ Yori ? Est-ce que par hasard, Ichiru serait…

Elle hocha la tête, l'air grave.

_ Mon ravisseur, oui, confirma t-elle tout en fixant le jeune homme aux cheveux d'argent.

Je reportais mon attention sur les deux garçons devant moi. Comment avait-il pu ? Et surtout pourquoi ? Qu'est-ce que cet enlèvement lui apportait ?

_ Yori ? Répéta Ichiru, en insistant bien sur le prénom. Tu t'es bien joué de moi, on dirait.

Je me tournais vers mon amie, sans comprendre un traître mot de ce que disait son ravisseur. Yori paraissait, quant à elle, résignée. Elle semblait savoir exactement de quoi parlait Ichiru.

Ce dernier se mit à rire.

_ C'est ridicule ! Lança t-il en mettant de l'ordre dans ses mèches argentées. Comme si je ne savais pas déjà que tu n'étais pas Yûki Cross !

Yori écarquilla les yeux.

_ Comment… C'est impossible ! S'exclama t-elle avec force.

Ichiru décocha à mon amie un regard chargé d'amertume. C'était fou comme il pouvait changer d'expression et d'humeur d'un moment à l'autre ! La réaction de mon amie m'étonnait tout autant. Je suivais leur échange, interdite, attendant des explications qui tardaient à venir.

_ Petite sotte ! Une fois, je t'ai demandé si tu étais bien Yûki Cross, tu te souviens ? J'ai sondé ton regard pour savoir si tu me mentais. J'y ai lu de la détermination, mais aussi de la résignation.

Ichiru la toisa un moment, avant de lancer en détachant chaque mot :

_ J'ai su qu'il s'agissait d'un mensonge.

Yori recula de deux pas, tandis que je me figeais suite à la réplique du jumeau de Zero. J'étais abasourdie par ce que je venais d'entendre. Yori n'était pas visée depuis le début ; il s'agissait de moi. Qu'est-ce qui pouvait bien intéresser ce type chez moi ?

Je jetais un coup d'œil éperdu à Zero. Ce dernier demeurait impassible. Il fixait son jumeau avec une lueur froide dans le regard. Ses prunelles mauves pivotèrent soudain vers moi, sentant que je l'observais. Il ne trahissait aucune émotion, pourtant quelque chose me dit qu'il savait déjà auparavant que j'étais la victime.

_ Pourquoi, Ichiru-san ? Demanda Yori d'une voix blanche, me tirant brutalement de mes pensées.

J'admirais la façon dont elle restait maîtresse d'elle-même. Je voyais bien que ce n'était pas facile pour elle. Contrairement à mon amie, j'éprouvais bien des peines à masquer mon trouble.

Ichiru détourna le regard, l'air sombre.

_ Je ne sais pas, répondit-il.

Le Bloody Rose de Zero se plaqua un peu plus contre la nuque de son jumeau, mettant brutalement fin à la conversation.

_ Fini de rire, lança t-il. J'ai des questions à te poser.

Ichiru sourit, ses traits prenant une expression sardonique.

_ Et que comptes-tu faire avec ton arme anti-vampire ? Demanda t-il avec insolence.

_ Qui sait, répondit Zero sans se poser davantage de question. Tout dépendra de toi.

Je fis un pas en avant, ignorant l'arme d'Ichiru.

_ Pourquoi vouloir me kidnapper ? Qu'est-ce que vous me voulez ?

Ichiru me toisa du regard. Il semblait soudain terrifiant, presque fou. Des fines mèches tombaient sur son visage, voilant son front et une partie de ses yeux.

_ Attirer Zero était mon but. Avec un appât comme toi, je me doutais qu'il accourrait immédiatement. Il se fait passer pour un dur insensible, mais au fond, je savais qu'il rappliquerait en digne chevalier servant.

Le ton moqueur de son jumeau fit froncer les sourcils du Hunter.

_ Je répète ma question : qu'est-ce que vous me voulez ? Demandais-je, la voix tranchante comme une lame.

_ Je viens de te le dire, répéta Ichiru sur un ton plus calme.

Ses sauts d'humeurs étaient aussi impressionnants que surprenants. Il pouvait passer d'une expression à l'autre. De prime abord, on lui donnerait le bon Dieu sans confession, mais lorsque cette étrange lueur de folie s'animait dans son regard, on aurait dit qu'il s'agissait d'une autre personne, plus vile, plus cruelle… plus démoniaque, même.

_ Non, sifflais-je, furieuse. Tu n'as pas tout dit. Ce n'est pas uniquement pour cela, n'est-ce pas ? Zero est venu sauver Yori, pas moi. C'est un Hunter, il protège les humains des vampires et des imbéciles dans ton genre ! Tu prétends connaître Zero, tu revendiques le fait d'être son jumeau. Tu sais donc qu'en digne chevalier, comme tu dis, il serait venu pour n'importe quelle autre raison, y compris pour te botter les fesses, car tu sembles en avoir bien besoin ! Pourquoi moi en particulier ? C'est la dernière fois que je pose la question.

Je détachais froidement chaque mot de façon à ce qu'ils tombent tous comme un couperet tranchant. Je ne savais pas vraiment ce qu'il me prenait. J'étais tellement en fureur, je ne comprenais même pas pourquoi. Il m'arrivait de me mettre en colère, parfois. Pourtant c'était la première fois que je me mettais dans une colère froide. Plus elle montait en moi et plus des vertiges m'assaillaient. Les effets de la morsure de Zero n'avaient toujours pas pris fin. Je me trouvais encore faible, dû à la trop grande quantité de sang que j'avais perdu.

Je ne me reconnaissais même pas. Cela ne m'arrivait jamais de me montrer menaçante. Au contraire, j'avais plutôt tendance à me faire menacer par les autres…

Yori se mit soudain devant moi, m'arrachant à ces pensées.

_ Yûki ! Ichiru-san n'est pas le responsable dans l'histoire ! Il est manipulé !

_ Tais-toi ! Lança le jumeau de Zero.

Pour la première fois, je vis de la peine passer sur le visage du ravisseur de Yori. Ces traits se tordirent dans une expression douloureuse. Surprise, j'en oubliais ma colère. Je tournais la tête vers Zero qui, lui, ne semblait pas ému par le soudain état d'âme de son frère. Au contraire, il paraissait plutôt méfiant et le jaugeait du regard.

_ Yori, pourquoi prends-tu sa défense ? Demandais-je à mon amie, étonnée par ce revirement de situation.

_ Je viens de te le dire, répondit-elle. Il est manipulé. C'est un pantin entre les mains de cette sorcière !

_ Il suffit ! Siffla Ichiru, toujours dans le même état.

Ces paroles semblaient provoquer en lui un sentiment douloureux.

_ De qui parles-tu, Yori ?

Elle ouvrit la bouche, mais Zero l'interrompit :

_ Shizuka Hiô.

Il avait prononcé ce nom comme on assène un coup de massue. Tout le mépris et la haine contenue dans cette simple évocation me fit frémir. Je n'avais même pas besoin de demander qui était cette personne. Pour provoquer un tel dédain de la part de Zero, cela ne pouvait être qu'elle : la vampiresse de Sang Pur qui l'avait maudit à jamais en faisant de lui une créature de la nuit, un monstre à visage humain.

_ Yûki, il faut que tu me croies ! Lança Yori de nouveau. Elle le manipule en lui faisant miroiter des choses irréelles.

_ Assez ! S'exclama Ichiru.

On aurait dit un enfant perdu. Il semblait complètement paumé. Rien à voir avec la position de prédateur qu'il tenait auparavant. Il incarnait l'image même de celui qui se voile lui-même la vérité et qui le sait, mais refuse néanmoins d'ouvrir les yeux. Il avait quelque chose de pathétique, à cet instant. Il me rappela ma propre attitude par rapport à mes souvenirs de ce jour de neige.

Yori se tourna vivement vers lui.

_ Ce n'est pas irréel ! S'exclama Ichiru, sans savoir vraiment où il en était.

_ Bien sûr que si ! Répliqua Yori. Ouvrez les yeux, Ichiru-san, tout n'est pas perdu !

Le cliquetis du revolver de Zero fit taire tout le monde. La bouche du Hunter se tordait dans un rictus de mépris.

_ Oh que si, tout est perdu, cracha t-il. Nos parents ne reviendront jamais à la vie ! Et jusqu'à la fin de mes jours, je conserverai cette image d'un chien en train de les regarder agoniser… avec le sourire !

Il accentua la pression du Bloody Rose dans la nuque de son frère.

_ Tu les as tués ! S'exclama Zero. Qu'est-ce que t'as promis cette folle, cette sangsue, pour que tu t'allies à elle ?!

J'écarquillais les yeux, figée devant cette révélation. Ichiru avait assisté à la mort de ses parents aux côtés de leur meurtrière ? Quel sort le destin avait-il bien pu réserver à ce garçon pour qu'il en arrive là ?

Je comprenais soudain mieux pourquoi les deux frères se détestaient et la raison pour laquelle Zero avait dit que son jumeau était mort. Dans son cœur, c'est ce qu'il pensait réellement.

Alors que je m'apprêtais à dire quelque chose, l'éclat du sabre d'Ichiru se mit à briller devant mes yeux. Je n'eus pas le temps d'esquisser le moindre geste que le jumeau de Zero se précipitait sur son frère. Mes yeux n'avaient même pas pu suivre ses mouvements tellement ils étaient rapides et inattendus. Même Zero parut surpris de ce revirement et le Hunter dû reculer de plusieurs pas afin d'éviter la lame froide d'Ichiru.

Je pris Yori par les épaules afin de la faire reculer.

_ Ichiru-san est tellement rapide, souffla t-elle. Ainsi, c'est ça le pouvoir des vampires ?

Lorsque mon amie s'arracha à sa contemplation, ses yeux reflétaient une profonde gravité.

_ Yûki, Shizuka Hiô donne de son sang à Ichiru. Il est plus fort qu'un humain normal… mais sûrement moins qu'un vampire. Peut-être faudrait-il faire appel à l'un d'eux.

J'ignorais la dernière remarque, gardant pour moi le secret de Zero. Peut-être valait-il mieux que Yori ne sache rien sur la nature de mon ami d'enfance. Je me tournais vers les deux frères, engagés dans un combat à l'issu indéterminée. Aucun ne semblait prendre l'avantage sur l'autre. Ainsi, Ichiru avait bu le sang d'un Sang-Pur…

Ses mouvements se faisaient fluides, rapides et surtout précis. Le katana déchirait l'air dans un sifflement aigu, sa lame brillant d'un éclat meurtrier. Même l'arme traduisait l'envie de sang, le désir de meurtre. Les yeux d'Ichiru n'étaient pas rouges, ils ne ressemblaient en rien à ceux des vampires, pourtant ils n'avaient rien d'humains non plus, à ce moment là.

Zero esquivait les coups d'Ichiru, la lame le frôlant quelques fois. Il lui arrivait d'anticiper certains mouvements de son jumeau avec souplesse. Le corps du Hunter était arqué, comme celui d'une bête prête à bondir, une créature sauvage que l'on pousserait dans ses derniers retranchements et dont la colère finirait par éclater, dangereuse et impossible à arrêter.

Leur affrontement avait quelque chose d'irréel. Un même visage, mais des caractères et des idéologies pourtant si différents. L'un était humain et absorbait de son plein grès le sang d'un puissant vampire, l'autre était lui-même une créature de la nuit et abhorrait ces dernières. Qui pouvait bien l'emporter sur l'autre ?

_ Ichiru-san ne sait pas ce qu'il fait, murmura Yori, se détachant de la vision des jumeaux. Shizuka se sert de lui et de ses sentiments contradictoires. Elle désirait attirer Kiryu-kun d'après ce que j'ai compris, mais pas uniquement. Elle voulait aussi Kuran-senpai. Seulement, je n'ai pas pu entendre pour quelles raisons. Et c'est pour cette raison que son plan était de te kidnapper, Yûki. Je l'ai entendu dire qu'ainsi, ils sortiraient tous les deux de leur tanière et elle ferait d'une pierre deux coups. Elle est machiavélique.

J'avais du mal à assimiler les révélations de Yori. Tout cela me paraissait tellement… fou. Je ne saisissais toujours pas pourquoi la Sang-Pur aurait eu besoin de moi.

_ Yûki, tu ne t'es jamais demandée si Kuran-senpai pouvait avoir un lien avec ton passé ?

La question me foudroya et je me tournais vivement vers mon amie, le cœur comme piqué par une aiguille.

_ Pourquoi dis-tu ça ? Demandais-je.

_ Je ne sais pas. Mais Zero est ton ami d'enfance. Tu es la seule personne à pouvoir t'approcher de lui et à lui parler normalement. Il serait venu pour te sauver. Mais Kuran-senpai ? Shizuka Hiô sait quelque chose que tu ignores. Sinon pourquoi vouloir te kidnapper, toi en particulier ? Pourquoi pas un vampire de la Night Class ?

J'essayais de ne pas trop prêter attention à ce qu'elle me disait, mais tout se bousculait dans ma tête. Yori avait raison. Tellement raison. Je me disais que mon amie avait peut-être mis à jour une partie du mystère. Et si c'était vrai ? Si Kaname Kuran avait joué un rôle dans mon passé ? Avais-je seulement envie d'en savoir plus ? L'inconnu effrayait toujours davantage que l'ennemi connu.

J'étais perdue. Mes yeux essayaient de suivre les silhouettes d'Ichiru et de Zero, mais ils disparurent dans l'obscurité du couloir, peu à peu. J'avais envie de suivre Zero pour l'aider, mais je ne ferais que lui mettre des bâtons dans les roues. Et puis, j'avais promis que je ne tenterais rien qui puisse entraver les actions de Kuran et du Hunter. Je ne pouvais pourtant m'empêcher de me demander si Zero serait capable de prendre le dessus sur son frère… avec tout ce que cela pouvait impliquer, par la suite.

Je laissais de côté toutes ces questions pour me focaliser sur un point qui me taraudait depuis plusieurs minutes.

_ Yori, comment se fait-il que tu en saches autant sur les vampires ?

Mon amie porta sur moi un regard terrifié.

_ J'ai découvert leur secret avant d'être enlevée par Ichiru-san. Je sais pour la Night Class. Je les ai vus, une fois, quand j'étais en ville.

Elle s'arrêta un moment pour réfléchir, comme si elle se rappelait de quelque chose de désagréable.

_ Ils ont tué un vampire incontrôlable. Il avait des yeux rouges terrifiants et il hurlait. Je me tenais loin, mais… ce genre de choses n'existait pas pour moi. J'étais persuadée que je devenais folle. Je ne savais pas si je devais crier, courir, ou rester là.

Yori soupira. Elle plaça une mèche rousse derrière son oreille, les yeux fuyants. Comme toujours, elle reprit son calme et parut s'apaiser rapidement. Elle avait toujours été comme ça. Posée et réfléchie. Pas comme moi qui courais sans arrêt vers le danger pour me retrouver en plein dedans.

_ Ils l'appelaient Level E, je crois.

_ Qui sont-ils ? Demandais-je, curieuse et à la fois angoissée, sans même savoir pourquoi.

_ Des élèves de la Night Class, répondit-elle, évasive. Ils ont mentionné les chargés de discipline, donc Zero et toi. Soit disant, il fallait qu'ils soient plus discrets en plein jour sinon vous alliez leur passer un savon et répéter que vous ne seriez pas toujours là pour veiller sur leur secret. Je ne crois pas qu'ils m'ont vu, car j'ai pris la fuite. J'avais trop peur, je n'arrivais pas à réaliser. C'est tout ce dont je me rappelle. Après, je n'ai pu m'empêcher de me sentir en danger. Je n'osais pas te parler de ce secret, même si je savais que tu étais au courant.

_ Qui as-tu vu, Yori ? Insistais-je.

_ Ichijou-senpai et Shiki-senpai, répondit-elle en regardant ses pieds, la mine lugubre.

Mon cœur rata un battement à l'évocation du deuxième nom. Je ne m'attendais pas à l'entendre et il fallait bien avouer qu'avec toutes ces émotions, j'avais complètement occulté le vampire aux yeux bleus.

Je m'étais lourdement trompée : il n'avait rien à voir avec l'enlèvement de Yori. Mais alors, de quoi parlait-il avec son oncle dans la ruelle ? Et pourquoi m'avait-il dit de ne pas me mêler de ses affaires ? Le mystère demeurait encore, comme toujours avec Shiki.

_ Yûki, tu es sûre que ça va ?

Je relevais la tête, troublée. Je tentais de masquer mon état à mon amie. Mieux valait garder mes sentiments contradictoires pour moi. De toute façon, ils restaient inavouables, même à mes propres yeux.

_ Ne t'inquiète pas. Ça va. Je suis juste terriblement désolée, Yori. Je n'ai pas su te protéger comme il le fallait.

Yori secoua la tête.

_ Non, c'est moi. A cause de moi, tu te retrouves ici. Ils sont parvenus à leurs fins, finalement.

_ Tu n'aurais pas dû te faire passer pour moi, lui dis-je. Tu as pris trop de risques.

Yori me dévisagea, la mine sombre.

_ Tu te trompes. Si je ne l'avais pas fait, je serais morte à l'heure qu'il est.

Cette remarque me fit l'effet d'une bombe. Cela faisait très mal. Je n'arrivais même pas à imaginer la détresse et l'angoisse de Yori tellement elles avaient du être grandes. Une minute passa dans le silence le plus complet.

Soudain, un bruit assourdissant retentit, nous arrachant un cri de stupéfaction. Une porte non loin de nous explosa, nous forçant à reculer immédiatement. Malheureusement, c'était sans compter sur ma chance naturelle, puisque je me reçus je ne sais quoi sur le crâne, m'assommant à moitié au passage.

_ Aïe ! M'écriais-je, très peu élégamment.

_ Yûki ! S'exclama Yori.

Je me relevais avec le peu de présence d'esprit qu'il me restait et je vis apparaître une silhouette nonchalante qui faisait disparaître un long fouet de sang dans son doigt. Mon cœur fit un bond grandiose dans ma poitrine et j'écarquillais les yeux, à ce moment grands comme des soucoupes.

_ Mais qu'est-ce que tu fais là ?! M'exclamais-je aussitôt, sans même m'en rendre compte, la main sur mon crâne qui me faisait souffrir.

Les yeux bleus de Senri Shiki balayèrent les lieux puis s'arrêtèrent sur moi un instant.

_ Je ne retrouvais plus mon chemin, alors j'ai décidé de couper à travers les murs, expliqua t-il le plus naturellement possible.

Je ne ferai aucun commentaire sur cette explication, je ne savais même pas si cela en vallait la peine…

Son regard se reporta sur Yori qui le fixait avec incompréhension.

_ Tiens, ils t'ont retrouvé, toi, releva t-il sans paraître plus surpris que ça.

Yori ne répondit rien, se contentant de le dévisager comme s'il venait d'une autre planète.

Shiki haussa les épaules et se mit à scruter avec attention l'obscurité. Son visage n'exprimait aucune émotion particulière, son regard demeurait absent. Il semblait percevoir des choses échappant à la vision et l'ouïe humaines.

_ J'avais raison, alors, reprit-il finalement, quand je disais au président du dortoir que c'était Kiryu Zero le coupable.

Je manquais de m'étouffer avec ma salive (oui je sais, ce n'est pas terrible, mais avouez qu'il avait le don de me faire sortir de mes gonds).

_ Ce n'est pas Zero le coupable ! Protestais-je. Il s'agit de son frère jumeau, Ichiru !

Shiki se tourna de nouveau vers moi, considérant un moment ma réplique.

_ Kiryu un, Kiryu deux, pour moi c'est du pareil au même, répondit-il sur son éternel ton blasé.

J'avais les mains moites. Il y avait à peine une bonne demi-heure, je croyais dur comme fer qu'il était coupable. Cela me faisait un drôle d'effet de le voir devant moi après tout ces bouleversements. Je ne savais pas quoi lui dire. J'oscillais entre plusieurs attitudes à adopter, ne sachant pas laquelle choisir. Mon cœur battait un peu trop fort et j'avais des bourdonnements dans les oreilles. Je n'osais pas esquisser le moindre geste.

Je finis cependant par fournir au vampire une explication sur la situation:

_ Ils ont engagé un combat. Zero est peut-être en danger. Il faut l'aider !

Shiki ne cilla même pas. Il m'observait, sans faire mine de bouger.

_ Je ne vois pas en quoi ça me concerne, rétorqua t-il sur un ton légèrement hautain et inhabituel. J'ai rempli mon rôle dans cette histoire.

Son attitude recelait une distance bien plus forte que de coutume. Je ne le comprenais pas. Il pouvait parfois paraître complètement idiot, limite simplet lorsqu'il jouait l'imbécile, mais il arrivait qu'il change brusquement, devenant plus sombre et plus secret. Qui était vraiment Senri Shiki ?

_ C'est toi qui as retrouvé la trace de Yori ? Demandais-je brusquement, au moment même où cette pensée me traversait l'esprit.

Le vampire haussa les épaules de nouveau.

_ Qu'est-ce que ça change ?

_ Mais tout, imbécile ! Ça change tout ! Je croyais que c'était toi le ravisseur !

Ce fut la première fois que je voyais se peindre sur ses traits une réelle surprise. Ses yeux écarquillés me fixaient avec incompréhension.

_ Moi ? Pourquoi moi en particulier ?

Je commençais à me demander si c'était une bonne idée de lui sortir ça. Bah, tant pis ! Je ne pouvais plus faire marche arrière.

_ Parce que tu paraissais suspect avec tes cachoteries et la conversation avec ton oncl…

Aïe ! Ce qu'il ne fallait surtout pas dire ! LA boulette du siècle ! Je venais d'avouer à moitié ma présence le soir où il avait retrouvé son oncle !

Sa réaction ne se fit pas attendre une seconde. Son visage s'assombrit très nettement tandis que des mèches retombaient devant ses yeux, m'en dissimulant la vision. Je ne savais pas ce qu'il regardait exactement, ni même de quelle façon, mais je retins un frisson. Je me mordis la lèvre inférieure, me flagellant mentalement pour avoir lâché cette information. Qu'est-ce que je pouvais bien inventer, maintenant ?

Le vampire passa devant moi, sans même me regarder, juste avant de s'arrêter à mon niveau.

_ Arrête de te mêler de tout, Chargée de discipline, dit-il sans animosité dans la voix, mais avec une certaine distance. Je dis ça pour toi. Il n'y a rien de bon à en retirer. Surtout avec ma famille… Tu tomberais sur des choses qu'il ne vaudrait mieux pas découvrir.

Bon, je sentais toujours la menace qui planait à travers ses propos. Un peu comme « arrête de fouiner ou tu vas finir en petits morceaux disséminés sur le sol ». Je remarquais néanmoins qu'il s'agissait de la la première fois où le vampire parlait autant. Il venait de faire quatre phrases. Jamais, même en un mois tout entier je n'aurais pu espérer l'entendre à ce point.

Shiki releva la tête, l'air pensif.

_ Il y a quand même quelque chose que je me demande, poursuivit-il sur un air mystérieux.

Je le considérais du regard.

_ Dis toujours, peut-être qu'on aura la réponse, lançais-je.

Shiki réfléchit un moment puis se décida enfin à poser sa question existentielle :

_ Est-ce qu'il reste des toasts au saumon ?

Et là… il y eut un gros blanc. Je me tournais vers Yori, qui tentait difficilement de retenir un fou rire en se cachant derrière sa main. Personnellement, j'hésitais entre la consternation et l'envie d'éclater de rire. Du Shiki tout craché !

_ Et c'est ça qui te pose des problèmes de conscience ? Demandais-je.

Le vampire esquissa un demi-sourire. Il posa sa main sur ma tête, ébouriffant mes cheveux. Déjà que ma coiffure ne ressemblait pas à grand-chose, cela ne risquait pas de l'arranger.

_ Essaye de ne pas trop en faire, dit-il.

Puis il disparut dans l'ombre du couloir de sa démarche nonchalante, sans un bruit.

_ Shiki-senpai est vraiment… spécial, lança Yori.

_ Oui, affirmais-je, le regard perdu dans le vague. Il est très original.

_ Euh… Yûki, tu vas bien ?

Je me rendis compte que je fixais la pénombre avec un air vide de toute intelligence, aussi ridicule qu'inattendu venant de ma part. Je repris soudain contenance, me rappelant également que toute cette sombre histoire n'était pas encore terminée. L'intervention de Shiki m'avait mis du baume au cœur aussi bizarre que cela puisse paraître, mais il me fallait revenir à la réalité. D'ailleurs, je constatais que le vampire aux yeux bleus savait très bien où j'allais me rendre, puisqu'il m'avait dit de ne pas trop en faire.

Je me tournais vers mon amie qui m'observait et à qui je n'avais toujours pas répondu. Il fallait que je fasse attention, je ressemblais de plus en plus à Kuran quand il décidait d'ignorer les questions qu'on lui posait. Même si je doutais que le Sang-Pur fasse ça parce qu'il pensait à Shiki… Du moins, j'espérais pour lui. Il y aurait de quoi se poser des questions !

Mon visage se fit soudain plus grave. Trêve de plaisanteries, on ne pouvait plus rester là.

_ Yori, est-ce que tu veux bien suivre Shiki-senpai, s'il-te-plait ? Demande-lui s'il peut te conduire à Yagari. C'est un chasseur de vampires, il pourra veiller sur toi.

Yori me dévisagea avec un air soupçonneux, pas vraiment rassurée.

_ Qu'est-ce que tu vas faire ? Demanda t-elle sur un ton qui annonçait des reproches.

_ Il faut que je retrouve Zero. Qui sait ce qui a pu se produire. Je ne pense pas qu'il soit capable de tuer Ichiru, malgré ce qu'il dit. Pour l'autre, c'est moins sûr…

_ Tu ne devrais pas y aller ! Protesta mon amie en me retenant par le bras. Je sais ce que tu penses d'Ichiru-san. Il se peut qu'il en veuille à Zero, mais peut-être pas autant qu'il essaye de le faire croire. Le dialogue est encore possible.

J'attendis un moment, prenant en considération les propos de Yori. Je finis par hocher la tête.

_ Tu es vraiment la bonté incarnée, lui dis-je. Être trop gentil peut parfois attirer des ennuis. Mais, tu dois avoir raison. Il faut que quelqu'un les arrête. S'ils continuent à se battre, l'un des deux risque d'y rester et il sera trop tard. Je dois y aller.

Je tirais brusquement sur mon bras, afin qu'elle me lâche, puis partis en courant. Je n'aimais pas le fait de la laisser seule alors que je venais tout juste de la retrouver, mais il n'y avait plus une minute à perdre. J'espérais que Shiki ne ferait pas la mauvaise tête et l'emmènerait immédiatement auprès de Yagari. Le Hunter avait toute ma confiance.

Je m'enfonçais peu à peu dans le dédale de couloirs, priant pour qu'il ne soit pas trop tard.

Au moment où j'allais poursuivre, j'entendis du bruit provenant de l'une des portes que je venais de dépasser. C'était léger, à peine perceptible, mais cela ne m'avait pas échappé. Je m'adossais au mur, puis glissais lentement vers la porte, le cœur battant. C'était peut-être eux. Mais cela pouvait ne pas l'être, également. N'importe quel vampire pouvait avoir quitté la salle de bal et s'être faufilé parmi les ombres, j'en avais eu assez de preuves comme ça ce soir. Je ne devais pas non plus exclure la menace de Shizuka Hiô. Etait-elle présente elle aussi ? Se cachait-elle quelque part, en train de m'épier ?

Je retins un frisson, puis déglutis. Plus que quelques centimètres à peine me séparaient de la porte entre-ouverte. Un froissement parvint à mes oreilles, me faisant sursauter. Il y avait bien quelqu'un de l'autre côté. Je m'approchais tout doucement. Plus j'avançais, plus mes sens se mettaient aux aguets. Si la porte s'ouvrait je risquais sûrement de claquer, tellement la tension qui me saisissait était forte.

J'y étais. Je me penchais légèrement, prête à laisser mon œil parcourir la pièce, lorsqu'un bruit de succion m'arrêta nette. Mon cœur s'accéléra, tandis que la frayeur et l'écœurement me gagnait peu à peu. Mon souffle s'accéléra, bien que je fasse de gros efforts pour me calmer afin de ne pas alerter ce qui se trouvait à l'intérieur. Ce bruit horrible emplissait mes oreilles, me donnant envie de vomir. J'avais la nausée rien que d'y penser.

Une chose était certaine : un vampire se trouvait dans la pièce. Je respirais plus calmement et décidais enfin de me pencher. Mon œil se plaça devant l'embrasure de la porte et lorsqu'il s'arrêta sur le spectacle terrifiant qui se déroulait au centre de la pièce, je me retins de ne pas hurler.

Une femme, vampire si j'en jugeais par son apparence et sa beauté froide, se trouvait enserrée dans les bras d'un homme qui se tenait derrière elle. La vampiresse était vêtue d'un kimono blanc et ses longs cheveux, aussi pâles que la neige, retombaient souplement au niveau de son dos.

Elle se laissait aller contre le torse du vampire qui la tenait dans ses bras. Cette scène aurait pu paraître belle ou romantique si la vampiresse n'avait pas eu le cœur arraché de sa poitrine, laissant place à un trou béant duquel une mare de sang s'étirait jusqu'à engloutir la moindre parcelle de tissu blanc.

Le meurtrier derrière elle avait planté ses crocs dans sa nuque, ses yeux rouges luisant bestialement dans l'obscurité. Et ce vampire n'était autre que Kaname Kuran…

Lorsque son regard sanglant se leva pour se planter directement dans le mien, je crus mourir de peur. Je reculais jusqu'à me cogner contre le mur, mais je fus incapable de prendre mes jambes à mon cou. Mon cerveau hurlait à mon corps de déguerpir, mais ce dernier se brisa soudainement, victime d'un trop plein d'émotions fortes…