Enfin, la fin du service !
Ce fut la première chose que pensa Lea lorsqu'il entendit sonner l'horloge au-dessus du lavabo où il terminait d'essuyer des assiettes. Il finit sa besogne et retira enfin son tablier.
Il ne voulait qu'une seule chose, c'était rentrer.
Et ce veinard d'Ienzo, lui, a dû finir il y a deux heures !
Il prit reprit sa veste orangée et sortit du restaurant. Après avoir passé la journée enfermée dans les cuisines, la lumière du crépuscule lui agressa les yeux, et il fut obligé de se les couvrir s'il ne voulait pas se coltiner un sacré mal de crâne.
Une fois habitué à la lumière, il reprit son chemin. D'ici une vingtaine de minutes, il serait de retour à la maison et lui et Ienzo pourraient préparer leurs affaires afin de pouvoir partir le lendemain dès la première heure. Maitre Yen Sid voulait les envoyer dans un nouveau monde, « La Terre des Dragons » s'il se rappelait bien. Ça serait pour eux un excellent moyen de s'entrainer, Lea avec la Keyblade et Ienzo à perfectionner son odorat et ses illusions. Le jeune homme s'attendait déjà, avec un nom pareil, à devoir affronter de terribles créatures cracheuses de feu, d'immenses dragons rouges. Et bien sûr, ça serait LUI qui les achèveraient, et non Ienzo, sinon, il savait qu'il en entendrait encore parler pendant les semaines qui suivraient.
Mais le plus jeune des deux, lui, préfèrerait autant observer le monde et la manière dont il est construit plutôt que d'affronter des monstres. Il prendrait des notes pendant que Lea se battrait avec des monstres en le suppliant de venir l'aider, nom d'un chien, Ienzo, pose ce livre et bouge-toi les fesses !
Ce à quoi Ienzo répondait un « Oui, oui, deux secondes. » nonchalant et reprenait ses notes. Le rouquin se demandait parfois comment le jeune garçon pourrait se débrouiller en combat seul, il est toujours absorbé par ce qui l'entoure.
Malgré le fait qu'il n'est plus été entouré de grands esprits scientifiques et analystes, l'esprit vif d'Ienzo n'avait jamais faibli. En plus, ses études avec les deux plus puissants mages de tous les mondes réunis (Et mince, si cette légende que chaque étoile est un monde est vrai, c'est un honneur pour les deux hommes) ont aussi permis au mage de développer ses habilités.
Même si il s'en vantait rarement, il était aussi satisfait qu'Ienzo ait grandi aux côtés d'un ado « normal » comme lui. Au moins, quand il fatiguait, soit à cause de son système immunitaire, aujourd'hui parfaitement fonctionnel, soit à cause de la vitesse à laquelle son cerveau tournait, il lui suffisait de s'asseoir sur le sofa du salon et de regarder quelques émissions qu'il qualifiait de « stupides » à la télévision et ça allait mieux. Il imaginait bien le petit Ienzo, dans sa blouse trop grande, et l'horrible Even lui interdire de regarder des « débilités » à la télé et lui fourrer dans les mains un livre du genre pour les grosses têtes et de le forcer à le lire avant d'aller au lit, ce que le petit garçon faisait docilement.
Dans le fond, Lea savait qu'il déformait la réalité, mais il devait bien ne pas avoir tout inventé, et ça ne l'aurait pas étonné d'Even.
Lorsqu'il arriva sur la grande place où était organisé de temps à autre le tournoi de combat de la Cité du Crépuscule (Que Lea et Ienzo avait déjà tous les deux gagné au moins une fois.), il savait qu'il était à mi-chemin de la maison.
~(…)~
Ienzo était affalé sur le canapé, la télé allumé afin de mettre un peu d'ambiance dans la maison vide. Il ne la regardait pas, de toute façon, à cette heure-ci, il n'y avait rien de bien intellectuel, lui, il préférait lire un bon gros roman en attendant le retour de Lea.
Il avait préparé le repas pour ce soir, c'était son tour de toute façon, et avait déjà préparé ses affaires pour aller visiter la « Terre des Dragons ». Il avait déjà hâte de découvrir ces terres inconnues, de prendre des notes, et ensuite, une fois de retour, faire un rapport détaillé et minutieux à Maitre Merlin et à Maitre Yen Sid.
Puis aussi, en parler à Vexen et Lexaeus.
Il savait très bien que les deux Similis n'étaient pas vraiment ses anciens tuteurs, mais le simple fait de leur parler réchauffait le cœur d'Ienzo. Il avait l'impression que tout espoir n'était pas perdu et qu'un jour, ça serait vraiment Even et Aeleus avec qui il parlerait de nouveau.
Il avait aussi hâte de pouvoir dire à Lea qu'Isa… Enfin, le Simili d'Isa était en vie, rien que pour rassurer le jeune homme qui était devenu son frère.
Certes, la vie ne serait plus comme avant, le Jardin Radieux et le château, sa maison n'était plus, détruite à cause des expériences que lui et les apprentis d'Ansem le Sage avaient perpétrés, mais au moins, ils seraient de nouveau tous réunis.
Il jeta un coup d'œil à l'horloge et fronça les sourcils. Lea devraient être rentré depuis déjà 10 minutes et 37 secondes exactement. Certes, il aurait pu s'arrêter pour acheter quelques trucs, mais il avait promis à Ienzo qu'il rentrerait directement après le travail. En plus, le jeune mage avait préparé l'un des repas préféré de Lea, des tacos avec beaucoup d'épices, et le repas allait être froid. C'était très étrange que Lea ne se soit pas manifesté plus vite.
Ienzo soupira, ferma son livre et se leva. Si Lea ne venait pas à lui, alors il allait venir à Lea, même si cela ennuyait le jeune garçon. Il n'avait aucune envie de faire le tour de la ville à la recherche de Lea.
Après avoir enfilé ses chaussures, il sortit et se mit en route.
La nuit commençait à tomber. En effet, le crépuscule éternel de la ville commençait à se faire de plus en plus sombre au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient.
Lorsqu'Ienzo arriva sur la grande place, il vit le marchand de glace qui lui sourit. Le jeune garçon lui rendit la pareille et s'approcha.
Le marchand de glaces de la Cité du Crépuscule était un homme qui n'était pas loin d'avoir l'âge d'Even, enfin, de Vexen. Il connaissait Ienzo et lea depuis maintenant une bonne dizaine d'années, et les deux garçons étaient ses meilleurs clients, qui faisaient concurrence avec un autre trio d'habitués, Olette, Pence et Hayner.
« Bonsoir, monsieur. » commença poliment Ienzo.
« Bonsoir, Ienzo ! Comment vas-tu ? C'est étonnant de ne pas te voir avec Lea. Au fait, tu es venu pour acheter une glace ? À l'eau de mer, comme d'habitude ? »
Le garçon secoua doucement la tête :
« Non, malheureusement, je ne suis pas là pour acheter l'une de vos glaces. Mais justement, en parlant de Lea, il n'est pas rentré chez nous, je pense qu'il doit encore trainer, mais j'aimerais bien le retrouver, l'avez-vous vu ? »
L'homme sembla réfléchir, puis répondit :
« Lea ? Bien sûr, je l'ai vu passer, il allait vers la grande place, tu sais, le chemin habituel qu'il prend quand vous rentrez chez vous. Je l'ai vu passer il y a… Je dirais une dizaine de minutes ? C'est étrange qu'il ne soit pas revenu, mais la Cité n'est pas si grande que ça, tu finiras bien par le retrouver, il n'a pas pu disparaître complètement de la ville ! » Ajouta-t-il en rigolant.
Ienzo sourit et le salua avant de foncer vers la direction que le marchand avait indiquée.
Mais, plus il approchait de la place, plus son cœur se resserrait. Oui, une personne normale n'aurait pas pu quitter la Cité du Crépuscule. Mais Lea n'était pas normal. Lea était un manieur de la Keyblade. Avec le pouvoir de son arme, il pouvait voyager de mondes en mondes à sa guise. Et Ienzo, lui, ne pouvait pas.
Enfin, si, il pouvait théoriquement. Il lui suffirait d'aller voir Maitre Yen Sid et qu'il prenne un manteau noir pour voyager par le biais des ténèbres.
Mais ensuite, comment savoir dans quel monde Lea serait allé ? Il aurait pu aller dans un monde qu'Ienzo connaissait, mais aussi dans un monde complétement différent, comment le jeune homme pouvait savoir ?!
Il fallut qu'Ienzo s'arrête et reprenne son souffle pour éviter qu'il ne fasse de l'hyperventilation.
Il s'inquiétait probablement pour rien. Lea avait peut être juste décidé de l'embêter et de se cacher, ce n'était pas la première fois qu'il faisait ça. Mais Ienzo avait un mauvais pressentiment, il sentait que quelque chose clochait, que quelque chose était inhabituel.
Il se massa la tête… mais oui ! Sentir ! Il pouvait utiliser son pouvoir d'odorat ! Si jamais Lea était encore dans la cité, il sentirait la présence de Lea !
Le jeune garçon leva le nez en l'air, ferma les yeux et inspira.
Des milliers d'odeurs différentes se mêlèrent dans ses narines. Le marchand de glaces, Olette, Hayner, Pence, la gentille propriétaire, le bibliothécaire grincheux, la marchande de bijoux, Lea…
Lea !
Arrêtant immédiatement d'analyser les autres odeurs, Ienzo couru vers la grande place où se déroulaient les concours. Lea était encore en ville, il ne faisait donc que lui jouer un tour. Il allait en entendre parler !
Ce n'est pas qu'Ienzo déteste les farces de Lea, il trouve même amusant que le grand rouquin ait autant d'imagination. Mais là, avec son pressentiment, infondé bien sûr, et le fait qu'il aurait pu disparaître d'un claquement de doigts, Ienzo avait paniqué. Il avait juste peur de se retrouver seul.
C'était différent, maintenant, il était devenu indépendant, et il saurait se débrouiller seul, mais ce n'était pas ça. La présence de Lea le rassurait.
Il était la seule chose qui lui restait du Jardin Radieux. Malgré tout ce qu'Even et Xehanort lui avait fait subi, il n'avait pas pris en considération l'implication d'Ienzo dans ces expériences, c'était qu'un gamin après tout.
Et pour Ienzo, après avoir subi une deuxième fois la perte d'être chers à son cœur, la présence de Lea, qui acceptait de le garder avec lui, malgré toute les difficultés que son jeune âge et que sa fragilité impliquait, le faisait se sentir protégé, alors le perdre, et se retrouver seul, encore, il ne savait pas vraiment si il le supporterait ou pas.
C'est alors que, lorsqu'il arriva, l'odeur de Lea se fit surpuissante. Ienzo leva la tête en souriant, heureux d'avoir retrouvé le rouquin.
« Lea ! »
C'est alors que son sourire disparu :
« Lea… ? »
