Note : Ha ! Je parie que vous ne vous attendiez pas à un autre chapitre aussi tôt !


Chapitre 14

...

Riku poussa la porte de l'auberge et sentit aussitôt tous les regards se diriger vers lui, la salle s'emplissant immédiatement d'un silence de mort. Il marcha sans s'en préoccuper jusqu'au comptoir où l'aubergiste le fixait d'un air sévère.

— J'ai reçu une information disant que vous cachiez des rebelles dans votre auberge, dit Riku. Sortez-les maintenant, et vous ne subirez pas de répercussions trop grandes.
— J'ai rien à dire au toutou des Trémaine, répondit l'homme d'une voix décidée.

Riku poussa un long soupir, ses lèvres s'étirant en un léger sourire lorsqu'il entendit des hommes attablés derrière se lever. Quatre… Non, cinq, et deux autres derrière la porte. Il n'avait même pas besoin de se retourner pour sentir leur hostilité.

— Comme vous voudrez.

En un éclair, deux hommes se jetèrent sur lui, mais ils n'eurent pas le temps de sortir leurs épées que Riku les avait déjà envoyés à terre grâce à une vague d'énergie sombre projetée dans leur direction. Il se retourna pour éviter la bouteille que l'aubergiste avait voulu fracasser sur sa tête et saisit son bras pour le plaquer contre le comptoir, la bouteille s'écrasant au sol et l'homme se cognant la tête contre le rebord, tombant assommé lorsque Riku le lâcha.

Les deux hommes cachés derrière la porte apparurent épée en main et Riku posa la main sur la paume de sa propre épée avant de changer d'avis. Il n'avait pas besoin de sortir son arme face à ces hommes. Il fit un pas agile sur le côté pour esquiver un coup d'épée vertical, lançant d'une main une boule d'énergie ténébreuse sur l'attaquant qui, emporté par son élan, ne put rien faire pour l'éviter. Riku fonça alors sur l'autre homme derrière pour lui donner un puissant coup d'épaule dans le ventre qui fit lâcher son arme à son assaillant.

Il scruta la pièce du regard, mais les quelques personnes qui s'étaient levées dans la foulée s'étaient remises à table, regardant le sol. Ils avaient visiblement abandonné toute envie de se joindre au combat face à la supériorité évidente de Riku. Le jeune homme se tourna vers l'aubergiste, qui se relevait avec peine, une main posée sur son crâne d'où s'échappait un filet de sang.

— Vous auriez dû avouer quand je vous l'ai demandé, lui dit Riku.

L'homme, pour toute réponse, se contenta de lui cracher à la figure. Riku essuya sa joue de sa main gantée et lui tourna le dos. Quelques secondes plus tard, un torrent de flammes noires jaillit au centre de la pièce et les occupants se mirent à accourir dehors où les attendaient les gardes. Une femme, qui devait être la doyenne de l'auberge, s'était mise à genoux et gémissait de détresse face aux flammes ténébreuses qui ne s'éteindraient qu'une fois la bâtisse complètement consumée. Riku ne lui accorda pas un regard et sortit, laissant les gardes s'occuper du reste.

Après une vingtaine de minutes passées à traverser un long chemin entouré d'arbres, le jeune homme descendit de son cheval qu'il attacha devant l'enclos, le gratifiant d'une brève caresse sur le flanc avant de le laisser se reposer. Il s'était pris d'affection pour ces animaux dociles mais nobles, bien moins capricieux que les chocobos qu'ils montaient à l'armée. Il monta les quelques marches qui le séparaient de la porte d'entrée de la demeure et frappa à la porte. Un domestique vint aussitôt lui ouvrir et le laissa entrer et rejoindre la pièce principale, où trois femmes se trouvaient. Il attendit poliment que la plus âgées des trois, une femme aux cheveux gris et à la posture stricte, finisse sa phrase et lui fasse signe de s'avancer.

— La situation a été réglée, lady Trémaine, dit Riku.
— Bien, très bien, répondit la vielle femme. Une fois de plus, tu m'es d'un grand secours. Ces rebelles prévoyaient de dérober l'argent des taxes et d'attaquer ma demeure. Quand ces gens comprendront-ils que je ne prélève des impôts que pour le bien de notre royaume ?
— Ils ne vous poseront plus de problèmes à présent.
— Tu m'en voies ravie. Je toucherai quelques mots à cette chère Maléfique de tes exploits.

Riku la remercia en s'inclinant brièvement et prit congé, quittant la demeure pour s'enfoncer plus profondément dans la forêt, là où se trouvait le château que Maléfique et lui occupaient.

Il vivait depuis six mois dans cette région, aux abords du Palais des Rêves qui avait été détruit quelques années plus tôt durant la guerre. L'illustre famille Trémaine avait racheté une partie des terres du pays qui avaient été épargnées par la bataille, gouvernant sur les paysans qui y vivaient à la place de la famille royale, chassée après sa défaite face à l'armée de Xehanort. Le prétendant au trône, avant de disparaître, avait apparemment choisi pour femme la dernière belle-fille de lady Trémaine, mais la guerre avait éclaté avant qu'il n'ait pu succéder à la couronne et personne ne savait ce qu'il était advenu du jeune couple. Lorsqu'elle racontait cette histoire, lady Trémaine ne pouvait s'empêcher d'essuyer une larme à la pensée de celle qu'elle considérait comme sa véritable fille et qu'elle se réjouissait de voir devenir reine. Elle avait pris la décision de gouverner suite à cela, afin de ne pas laisser la région sombrer dans l'anarchie et dans l'espoir que le couple princier reviendrait un jour la décharger de ce fardeau.

C'est dans ce pays que Maléfique l'avait emmené afin de le former à la magie des ténèbres. Vieille connaissance de lady Trémaine, elle s'était fait prêter un château modeste récupéré par la famille après la guerre, en échange de quoi Riku avait accepté d'aider les Trémaine à régler les différends qui naissaient parfois au sein de la population paysanne. Cela permettait en outre au jeune homme de mettre en pratique ce qu'il apprenait, et il éprouvait beaucoup de satisfaction à l'idée de pouvoir se rendre utile à son royaume même hors des rangs de l'armée. L'entraînement de Maléfique était loin d'être de tout repos et il avait dû faire d'immenses efforts physiques et mentaux avant de parvenir à utiliser la magie des ténèbres, mais le résultat en valait la chandelle, et chaque jour il se sentait un peu plus puissant.

Une fois rentré au château, Riku traversa les salles vides le menant jusqu'à l'étage, où Maléfique se trouvait la plupart du temps. Il régnait dans le palais vide une ambiance froide et glaciale, mais Riku y voyait quelque chose de plutôt apaisant. Dans le calme du château, il pouvait se concentrer en toute quiétude sur son entraînement à la magie.

Il frappa à la porte et la voix de Maléfique l'invita à entrer. Elle était assise à une chaise, un grimoire entre les mains. Malgré la basse température de la pièce aucun feu n'était allumé, mais elle ne semblait nullement souffrir du froid.

— J'ai eu vent de tes accomplissements aujourd'hui, dit-elle d'une voix douce.

Riku se demanda si l'un des gardes de lady Trémaine présent à l'auberge était passé au château. Il se laissa tomber sur un fauteuil, agitant une main dans les airs avec un sourire fier.

— Ce n'était réellement pas grand-chose, dit-il. Ce ne sont pas quelques paysans qui n'ont reçu aucune formation au combat qui vont me faire peur.
— J'ai également entendu dire qu'ils avaient tous été épargnés.

Le sourire de Riku s'estompa légèrement, mais il prit un air indifférent.

— Les tuer n'était pas nécessaire, dit-il. Ils ne posaient aucun danger pour moi de toute façon.

Maléfique se leva et marcha lentement jusqu'à lui, posant une main sur son épaule. Son regard et son sourire étaient tendres. Bien qu'extrêmement stricte durant son entraînement, elle traitait le reste du temps son protégé avec une grande affection. Peut-être était-ce parce qu'il n'avait pas eu de mère, mais Riku ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine chaleur dans la poitrine à chaque fois qu'elle lui disait qu'elle était fière de lui.

— Si c'est ainsi que tu te sens, reprit-elle, alors soit. Il est tout à fait noble de chercher à protéger la vie de tes adversaires, et je ne souhaite nullement te forcer à commettre des actes que tu ne désires pas. Mais c'est cette faiblesse qui persiste encore dans ton cœur qui t'empêche de maîtriser totalement la magie des ténèbres, tu le sais, n'est-ce pas ?

Sa voix était emplie d'empathie et Riku baissa les yeux.

— Je le sais, dit-il. Vous n'avez pas à vous inquiéter. Lorsque la situation l'exigera, alors je n'hésiterai pas.

Elle hocha la tête d'un air satisfait et retourna à son livre. Du bout des doigts, Riku caressa le pommeau de son épée – un cadeau qu'il avait reçu de Maléfique quelques semaines plus tôt, une épée rouge et bleue à la lame dentée comme une aile et qui avait la particularité de canaliser sa magie ténébreuse. Il ne doutait pas de ce que lui disait Maléfique, mais il n'avait pas le sentiment d'avoir besoin de maîtriser la magie davantage. La force qu'il avait acquise durant ces six mois d'entraînement était infiniment supérieure à ses capacités d'avant, au point qu'il ait du mal à croire que si peu de temps auparavant il eût été si faible. Il avait entendu dire que la magie des ténèbres était la plus puissante de toutes, extrêmement difficile à contrôler de ce fait, mais il ne s'était pas attendu à faire de tels progrès. Même Sora et sa Keyblade pâlissaient en comparaison.

Il se retira dans sa chambre où il se laissa tomber sur son lit, retirant tout son équipement de protection et posant son épée sur son bureau. Il ferma les yeux un instant et leva ensuite une main devant lui pour faire apparaître une sphère d'énergie noire qu'il fit tournoyer dans sa paume. Il pouvait ressentir le flux de magie parcourant tout son corps. Il adorait cette sensation de laisser l'énergie ténébreuse prendre le contrôle sur son esprit. Il ne ressentait alors plus aucune anxiété ni aucune inquiétude, comme si plus rien ne le dérangeait. Ni Sora et ses pouvoirs, ni la menace de la guerre ou la peur de perdre ses amis n'avaient plus d'importance alors.

...

Riku avait désormais seize ans et demi, et il s'était écoulé huit mois depuis le début de son entraînement auprès de Maléfique lorsqu'il eut vent d'un mouvement de révolte important qui venait d'avoir lieu dans un village non loin. Apparemment, les gardes qui s'étaient rendus pour collecter les impôts mensuels avaient été attaqués et avaient été forcés de rebrousser chemin. Selon eux, les villageois auraient reçu une aide externe.

Riku prit aussitôt la directive de rassembler plusieurs gardes, sous le consentement de lady Trémaine, et de partir pour le village en question. En vérité il aurait pu s'y rendre seul, mais il préférait éviter les conflits avec les villageois s'il le pouvait. Avec des gardes avec lui, il lui suffirait de mettre hors d'état de nuire les personnes de l'extérieur qui aidaient le village et les habitants jetteraient sûrement les armes.

Arrivé aux portes du village, des dizaines de paysans, hommes et femmes l'attendaient. Armés de fourches et de faux, ils criaient leur mécontentement, menaçant d'attaquer si les gardes s'approchaient davantage. Riku fit un geste de la main pour signifier aux gardes derrière lui de ne pas bouger et fit avancer son cheval de quelques mètres.

Observant la foule, il fit claquer sa langue de dédain. Ces villageois n'étaient même pas équipés convenablement. Pensaient-ils vraiment pouvoir faire face aux gardes de la famille Trémaine ainsi ? C'était pathétique. Des paysans ignorant tout de la guerre, refusant de partager leurs biens avec le royaume et ne pensant qu'à leur propre intérêt.

Peut-être Maléfique avait-elle raison. Son indulgence était une faiblesse, et à cause de cela les villageois se pensaient tout permis. S'il avait donné l'exemple dès le départ en ne montrant aucune clémence face aux rebelles, alors…

— Riku ?

La voix familière le fit sursauter et il en chercha l'origine dans la foule. Lorsque ses yeux se posèrent sur le jeune homme brun aux yeux bleus et que leurs regards se croisèrent, il se figea.

— Sora…
— C'est bien toi, Riku !

Un grand sourire s'était tracé sur son visage et il s'était mis à courir en direction du garçon, comme s'il était totalement inconscient de la situation. La voix tranchante de Riku, cependant, le stoppa dans son élan.

— Qu'est-ce que tu fais ici ? s'énerva-t-il.

Sora le fixa avec surprise et Riku descendit de son cheval, en remettant les reines à un des gardes avant de faire face à Sora.

— Écoute, Riku, tu tombes bien ! Ces villageois se font extorquer depuis des mois, et ceux qui tentent de faire quelque chose sont jetés aux cachots. Ils…
— Ils ne sont pas extorqués, le coupa Riku. Ils versent des taxes pour soutenir l'armée du Roi Mickey, comme l'exige la loi.

Sora secoua vivement la tête, l'air très concerné par ce qu'il disait.

— Les sommes qu'on leur demande sont bien plus hautes que le montant de l'impôt normal. Les personnes qui dirigent ce pays se servent de l'argent pour leur intérêt personnel, et ne reversent qu'une part minuscule au reste du royaume !

Il parlait avec tant de conviction que Riku hésita, mais sa raison le rappela rapidement à l'ordre. Lady Trémaine avait toute la confiance de Maléfique, qui était informée de tous ses agissements. S'il y avait eu extorsion, il était impensable que Maléfique ne l'ait pas vu. Sora s'était probablement fait embobiner par les villageois, naïf comme il était !

— Je croyais que tu t'entraînais à la magie, dit-il en croisant les bras.
— Oh… J'ai fini mon entraînement là-bas il y a un mois. Maître Yen Sid a dit qu'il m'avait appris tout ce qu'il avait à m'apprendre.
— Pff ! Au final, malgré tout ce qu'on dit sur lui, c'est pas un si grand sorcier que ça, on dirait !

Il jeta un sourire condescendant à Sora, mais le garçon sembla ne même pas y prêter attention.

— Peu importe tout ça, Riku ! Puisque tu es là, aide-moi à repousser ces gardes !
— Pourquoi je ferais ça ?

Son ami lui jeta un regard choqué.

— Tu n'as pas entendu ce que j'ai dit ? insista Sora. Ils ont besoin de notre aide ! Attends… comment ça se fait que tu sois arrivé en même temps que les gardes ?
— Il t'a fallu du temps pour t'en rendre compte. Je suis au service de la famille Trémaine, et je peux te dire que cette histoire d'extorsion est complètement fictive.

Comprenant enfin la situation, le visage de Sora s'assombrit.

— Non, tu te trompes ! Ils se servent de toi, Riku !

Riku serra les dents. Le revoilà, ce sentiment de supériorité qu'avait Sora depuis qu'il avait eu sa Keyblade. Parce qu'il était meilleur que lui, Riku était forcément celui qui avait tort et qui était assez bête pour se laisser utiliser par les autres.

— Ça suffit, dit-il sèchement en dégainant son épée. Recule, maintenant, et reste en dehors de cette histoire si tu ne veux pas être blessé.

Il s'était sincèrement attendu à ce que son ami cède, mais à son grand étonnement, Sora ne broncha pas. Son regard se durcit au contraire, et sa Keyblade apparut soudain dans sa main dans une lueur vive. Riku s'apprêta à insister mais il s'arrêta. Si Sora voulait se battre, alors soit. Il allait lui montrer à quel point il était devenu meilleur que lui, à présent.

Ils se fixèrent en chiens de faïence durant quelques secondes et, lorsque Riku donna l'ordre aux gardes de lancer l'assaut, leur combat commença. Sora fonça sur lui et Riku se mit à courir également. Il battit Sora de vitesse et donna le premier coup, heureux de voir qu'il était toujours le plus rapide des deux. Sora bloqua son épée de sa Keyblade, ancrant ses pieds dans le sol pour résister au choc avant de le repousser avec violence. Riku serra les dents, mais ne se découragea pas. S'il ne pouvait pas égaler la puissance brute de la Keyblade, il pouvait néanmoins avoir l'avantage de la vitesse.

Il enchaîna les coups, assaillant Sora de nombreuses attaques rapides que le garçon parvint tant bien que mal à parer.

— On dirait que tu t'es un peu amélioré, dit Riku avec un sourire moqueur. Moi qui pensais que tu te serais ramolli à force de te tourner les pouces chez Yen Sid.

Sora ne répondit rien, son regard plus sévère que Riku ne l'avait jamais connu chez son ami. Cela ne fit que l'agacer davantage. Pour qui se prenait-il ? Il n'était rien d'autre que Sora, ce gamin maladroit destiné à toujours courir derrière lui ! Il était supposé l'admirer et lui obéir sans discuter !

Autour d'eux, les cris de lutte des villageois et des gardes retentissaient, et tout en échangeant des coups ils se déplacèrent plus en retrait hors du village pour ne pas être gênés par les autres.

Après un dernier enchaînement qui força Sora à esquiver, haletant, Riku cessa d'attaquer pour reculer en arrière avant de lancer une boule d'énergie ténébreuse sur le garçon, qui ouvrit de grands yeux. Plaçant sa Keyblade devant lui, il parvint à la bloquer avant qu'elle ne l'atteigne et lutta quelques secondes avant de finalement parvenir à la repousser. Riku se mordit la lèvre. Visiblement, la Keyblade n'était pas appelée arme de légende pour rien. Qu'importe ; il n'avait pas encore montré toute l'étendue de ses pouvoirs.

Enveloppant son épée d'énergie ténébreuse, il fonça sur Sora et se remit à l'attaquer avec violence, ses coups bien plus vifs qu'avant et l'énergie enveloppant sa lame augmentant légèrement sa portée. Il parvint à infliger une coupure légère au niveau de la poitrine de Sora et ne put contenir un rire de satisfaction.

— Arrête de te défendre et attaque-moi sérieusement ! cria-t-il.
— J'ai pas envie de me battre contre toi ! répondit Sora.

Pensait-il réellement pouvoir se permettre de ne pas se donner à fond ? Il sous-estimait décidément beaucoup trop Riku. Agacé, celui-ci décida que s'il voulait jouer ainsi, alors il n'allait pas se retenir. Il concentra toute son énergie dans son épée et effectua un grand mouvement circulaire avec, libérant cinq sphères ténébreuses qui s'alignèrent devant lui et restèrent figées un instant avant de foncer simultanément vers Sora. C'était sa meilleure attaque, qu'il n'avait même pas encore montrée à Maléfique. Sora ne pourrait pas toutes les parer cette fois.

Au lieu d'opter pour une posture défensive, Sora leva cette fois sa Keyblade au-dessus de lui. Des braises se mirent à crépiter tout autour de lui et Riku ne put contenir un sourire. S'il pensait pouvoir arrêter son attaque avec une simple magie de feu !

Mais en l'espace d'un éclair, un tourbillon de flammes jaillit soudain autour de Sora, déchirant l'air tout autour de lui dans une explosion de force et consumant instantanément les sphères ténébreuses lancées par Riku. Lorsque les flammes s'évanouirent, une onde de choc parcourut la zone tout autour d'eux, si puissante qu'elle fit reculer Riku d'un pas à elle seule.

Riku demeura figé sur place, incapable de comprendre ce qui venait de se passer. Comment sa magie de ténèbres avait-elle pu perdre face à un élément aussi basique que le feu ? Bon sang ! La différence de niveau entre sa magie et celle de Sora était-elle donc si grande que ça ? Il s'était pourtant entraîné jour et nuit pendant des mois, ne relâchant jamais ses efforts ! Et on allait lui faire croire que l'écart qui le séparait de Sora s'était encore creusé ? Il avait été naïf de croire qu'il l'avait rattrapé.

Le garçon semblait attendre que Riku attaque à nouveau, et celui-ci eut un rire jaune. Sora n'avait probablement même pas réalisé que Riku avait mis toutes ses forces dans cette attaque. Il baissa son arme et appela le garde le plus proche, lui ordonnant de battre en retraite pour l'instant. Le visage de Sora s'illumina d'espoir l'espace d'un instant mais Riku lui jeta un regard noir avant de lui tourner le dos.

— Je te laisse le temps de réfléchir, dit-il froidement. Mais ne va pas croire que c'est terminé.

Il partit rejoindre son cheval sans se retourner, refusant de laisser Sora voir la frustration et la colère sur son visage.

...

Une fois au château, Riku poussa les portes d'entrée sans ménagement et entra en trombe dans la pièce principale, jetant au sol tous les objets qu'il trouvait sur son passage sous le coup de la rage. Pourquoi Sora était-il plus fort que lui ? Il avait fait tout ce qu'il fallait pour s'améliorer ! Il avait même réussi à utiliser la magie de ténèbres, qu'on disait la plus difficile à apprendre ! C'était lui qui aurait dû avoir une Keyblade, pas Sora !

Sans doute alertée par le raffut qu'il faisait, Maléfique apparut en haut des escaliers, sa longue cape noire flottant doucement derrière elle tandis qu'elle descendait les marches, le dos droit.

— Ce n'est pas suffisant ! cria Riku. J'ai fait tout ce que vous m'avez dit, mais je n'arrive même pas à la cheville de Sora !

Elle le fixa quelques secondes puis son visage reprit son expression calme habituelle, devinant sans doute à quoi il faisait allusion. Elle attendit qu'il se calme pour venir se placer devant lui, le fixant d'un œil attendri mais sévère.

— Mon pauvre garçon, dit-elle. Je t'avais pourtant dit que ton potentiel ne pouvait pas être pleinement libéré tant que tu gardais cette part de faiblesse dans ton cœur.
— Ce n'est pas une question de potentiel, s'énerva Riku. Vous n'étiez pas là ! Il ne s'est même pas battu sérieusement, mes attaques ne lui faisaient rien !
— C'est là que tu te trompes, Riku. Le potentiel qui t'abrite est bien plus grand que ce que tu peux imaginer, incomparable avec ce dont tu es capable actuellement.

Elle se rapprocha de lui et il lui lança un regard plein de doutes.

— La magie des ténèbres est la plus puissante de toutes, et tu détiens en toi le potentiel d'en libérer la pleine puissance. C'est un talent rare, mais ardu à maîtriser. C'est la seule raison pour laquelle ton ami t'a semblé plus fort, aujourd'hui. Un volcan minuscule entrant en éruption paraîtra toujours plus dangereux qu'un volcan immense ne crachant que des braises.
— Qu'est-ce que je dois faire, alors ?

Maléfique posa une main sur le haut de sa tête et caressa affectueusement ses cheveux.

— Ouvre pleinement ton cœur aux ténèbres qui l'habitent, et détruis toutes les barrières qui les retenaient jusqu'à présent.
— Je croyais que c'était dangereux, hésita-t-il.
— Pour quelqu'un d'inexpérimenté, certes, répondit Maléfique avec un petit rire. Mais tu t'es suffisamment entraîné pour être capable de les maîtriser. Libère-toi de tout ce qui t'étouffait jusqu'à présent. Laisse-toi bercer par les ténèbres, laisse-les s'écouler en toi. Tu pourras alors utiliser une force d'une ampleur incomparable.

Riku ferma les yeux et respira profondément. Ouvrir son cœur aux ténèbres… en était-il réellement capable ? Avait-il en lui cette force dont Maléfique parlait ? Il se concentra sur le flux d'énergie parcourant son corps, le laissa grandir et l'envelopper complètement.

— C'est bien, l'encouragea Maléfique. Ne sois pas effrayé par les ténèbres. Elles n'existent que pour te protéger.

Il déglutit et continua de se concentrer, résistant à la sensation de panique qui le prenait à chaque fois qu'il tentait de libérer trop de force d'un coup. Il devait devenir plus fort, il lui fallait plus de puissance… Beaucoup plus… Tout le reste était inutile. Son esprit devait se vider de tout ce qui l'encombrait et ne laisser place qu'à l'essentiel.

À mesure qu'il laissait l'énergie le parcourir, il sentait son corps se détendre, comme si un poids était en train de s'envoler. Pourquoi s'était-il tellement énervé ? Il avait l'impression que plus rien ne le dérangeait à présent. Tout va bien, répétait une voix en lui. Tu n'as pas à t'inquiéter. Tout va bien…

Riku rouvrit les yeux et sentit une force nouvelle l'habiter. C'était comme s'il était devenu une toute autre personne, à présent. Il n'avait plus aucun doute, plus aucune hésitation. Plus aucune crainte. La main de Maléfique se posa sur son épaule et il leva les yeux vers elle ; il ne ressentait absolument rien, son esprit était totalement libéré.

— Tu es prêt, lui dit-elle avec un sourire.

Elle lâcha son épaule et recula. Riku leva ses mains à hauteur de son visage et pouvait sentir l'énergie qui le parcourait désormais. Un immense sourire se dessina sur son visage.

...

Il faisait nuit lorsque Riku arriva de nouveau devant le village, mais la lune était pleine et éclairait suffisamment les environs pour qu'il y voir clair même sans lumière. Il descendit de son cheval à la lisière de la forêt et le laissa là sans prendre la peine de l'attacher, traçant à pieds les quelques mètres qui le séparaient encore des premières habitations. Le village était calme, malgré la bataille qui avait eu lieu quelques heures plus tôt.

Il prit une grande inspiration, profitant du calme de la nuit et de la tiédeur agréable de l'obscurité. Puis, décidant qu'il était temps pour lui d'agir, il leva une main en direction d'une maison. Des flammes surgirent aussitôt, engloutissant la bâtisse entière en un instant. Des cris ne tardèrent pas à retentir tandis qu'une épaisse fumée envahissait l'air tout autour. Il ne savait pas si les gens piégés à l'intérieur auraient le temps de s'échapper ou non, et il se rendit compte qu'il s'en fichait. Il ne ressentait aucune culpabilité ni aucune empathie mal venue.

Son sourire s'agrandit ; il ne s'était jamais senti aussi bien de sa vie entière !

Quelques minutes plus tard, la silhouette de Sora apparut devant lui, et Riku put voir son visage se déchirer d'horreur en l'apercevant. Il jeta un regard à la maison en flammes derrière lui et sa Keyblade apparut dans sa main tandis qu'il s'élança vers Riku. Son hésitation de la veille semblait avoir succombé à la colère de voir des innocents en péril car, cette fois, il ne se contenta pas de parer les attaques de Riku.

Leurs armes s'entrechoquèrent dans un tintement métallique assourdissant et ils restèrent quelques secondes face à face, poussant chacun de son côté pour faire flancher l'autre. Riku sourit et emplit son épée d'une énergie ténébreuse bien plus dense que durant leur précédent combat, et il sentit alors Sora être poussé en arrière, luttant pour garder ses pieds ancrés au sol. Quand il comprit qu'il allait être battu, le jeune brun fit aussitôt un mouvement sur le côté pour éviter d'être écrasé par leurs armes et recula de quelques pas dès qu'il le put.

— Ben alors, Sora ? fit Riku en riant. Je croyais que tu ne voulais pas te battre contre moi !
— Qu'est-ce qui t'arrives, Riku ? s'écria Sora. T'es pas dans ton état normal !
— Non, et crois-moi, je me sens beaucoup mieux comme ça !

Il planta son épée dans le sol et une ombre noire fila alors en direction de Sora, où se formèrent trois piques énormes juste à l'endroit où il se trouvait avant d'avoir fait un bond en arrière au dernier moment. Les piques éclatèrent alors en morceaux et Riku profita de la confusion pour foncer sur Sora, projetant sur lui une salve de projectiles ténébreux en même temps qu'il plongeait pour lui asséner un grand coup d'épée. Une sphère transparente et brillante se forma aussitôt autour de Sora, bloquant l'épée de Riku et les projectiles avant de se mettre à luire d'un éclat dangereux. Riku recula juste à temps pour éviter une explosion lumineuse, comme si l'attaque magique avait absorbé ses attaques pour les renvoyer sur lui ensuite.

Sora leva derechef sa Keyblade dans les airs et un immense nuage noir se forma au-dessus de Riku. Copiant l'idée de Sora, il forma une barrière ténébreuse par-dessus sa tête et une série d'éclairs vint alors s'abattre dessus et tout autour, assez puissants pour faire trembler la terre mais pas assez pour faire s'effondrer le mur de protection créé par Riku.

Ils se rapprochèrent l'un de l'autre et s'attaquèrent cette fois au corps à corps, échangeant des coups à une vitesse presque trop difficile à suivre à l'œil nu. Mais Riku n'avait pas besoin de regarder pour deviner les gestes de Sora ; il laissait ses réflexes le diriger, son corps et ses mouvements plus légers que jamais. Ni lui ni Sora ne fléchissait. De forces égales, leurs armes s'entrechoquaient à chaque fois et aucun ne parvenait à blesser l'autre. Le sang de Riku bouillonnait dans ses veines et son sourire refusait de quitter son visage.

Soudain, un faux pas le fit baisser sa garde l'espace d'une seconde à peine, et cette seconde suffit à Sora pour prendre l'avantage. Il repoussa l'épée de Riku d'un coup de Keyblade bien placé et s'apprêtait à lui asséner le coup final quand soudain il s'arrêta, à quelques centimètres seulement de sa peau. Même dans une telle situation, Sora ne pouvait pas se résoudre à blesser son ami.

Il était trop faible pour ça, pensa Riku. Profitant de ce moment, il renversa aussitôt la situation en donnant un coup de pied dans le genou de Sora, qui tomba aussitôt au sol. Riku le regarda de haut, empli d'un immense sentiment de supériorité et de satisfaction. Il tendit une main devant lui, prêt à le frapper d'une balle d'énergie ténébreuse.

C'est à ce moment qu'un poids s'abattit sur lui, le stoppant dans son élan.

— Arrête, Riku !

Il reconnut la voix de Kairi avant même d'avoir pu voir son visage. La jeune fille s'était jetée sur lui, s'agrippant à lui pour l'arrêter. Depuis quand était-elle ici ? Était-elle venue en même temps que Sora ? Cela n'avait pas d'importance.

Il se dégagea de l'emprise de Kairi et la poussa violemment au sol. Sora cria aussitôt son nom et voulut se relever, mais Riku lui donna un coup de pied pour le maintenir au sol avant de lancer cette fois pour de bon une boule d'énergie ténébreuse sur lui, arrachant un cri de douleur au garçon. Ce n'était pas suffisant pour le blesser, mais certainement assez pour l'assommer pendant quelques secondes au moins.

Kairi avait sorti son arc mais Riku se rapprocha d'elle avant qu'elle n'ait eu le temps de décocher une flèche et lui arracha son arme des mains. Voir Sora paniquer lorsqu'il avait poussé la jeune fille au sol lui avait fait réaliser un fait important. Il n'y avait qu'une seule chose, depuis toujours, qui avait su mettre Sora hors de lui. S'il arrivait quelque chose à Kairi, cela serait suffisant pour le forcer à se battre sérieusement contre lui. Ils pourraient alors voir qui était le meilleur des deux.

Il leva son épée au-dessus de la jeune fille. Oui, c'était tellement évident, pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Il lui suffisait de le faire. Si Sora voyait la fille qu'il aimait mourir devant ses yeux, il…

Riku se figea. Que… Qu'était-il en train de faire ?

Tuer Kairi ?

Un vent de panique l'envahit. Avait-il sérieusement pensé à l'instant à tuer sa meilleure amie ? Comment avait-il pu seulement… ? Non, quelque chose n'était pas normal. Qu'est-ce qui était en train de lui arriver ?

Il lâcha son épée qui tomba au sol et prit sa tête dans ses mains. À l'instant où il avait commencé à paniquer, quelque chose s'était mis à affluer en lui, comme pour le forcer à se calmer. Il savait ce que c'était. Il laissait les ténèbres envahir son esprit, effacer toutes les pensées et les émotions pénibles et douloureuses… L'hésitation, la peur des conséquences, la culpabilité… Tout disparaissait pour ne laisser place qu'à un sentiment de bien-être total et, pour la première fois, il réalisa à quel point c'était quelque chose d'effrayant.

Il entendit Kairi appeler son nom mais la repoussa d'un geste de la main.

— Va-t'en ! hurla-t-il. Je n'arrive pas à le contrôler… J'ai l'impression que je vais me perdre moi-même d'un instant à l'autre !

Du coin de l'œil il aperçut la silhouette de Sora qui se relevait. Il ne pouvait pas rester ici. Il attrapa son épée et tourna le dos à ses deux amis. Il lui sembla les entendre crier son nom mais il ne se retourna pas pour vérifier, courant en direction de la forêt.

Il ne regardait même pas son chemin, à peine visible dans l'obscurité, la lune désormais cachée en partie par la cime des arbres. Lorsqu'il fut sûr que personne ne lui courait après, il se laissa tomber à genoux et plaqua ses coudes à même la terre avant d'y appuyer son front.

Ce n'était pas ce qu'il voulait ! Pourquoi les choses étaient-elles devenues ainsi ? Comment avait-il pu penser ne serait-ce qu'un seul instant à faire du mal à ses amis ? Il n'arrivait plus à savoir quand les choses avaient dérapé. Quand il avait commencé à être jaloux de Sora ? Quand il s'était donné pour objectif d'être meilleur que lui ?

Ne voulait-il pas le protéger ? N'était-ce pas ce qu'il s'était juré, le soir de leur première mission ?

Il sentit les larmes lui embuer les yeux. Il n'avait pas pleuré depuis des années, pas même le soir où il avait pour la première fois ôté une vie. Il s'était toujours dit qu'il fallait qu'il paraisse fort devant Sora et Kairi, pour les aider à tenir. À présent il se sentait comme un enfant, lâché à à peine quinze ans dans un monde d'adultes et forcé de participer à une guerre qui le dépassait.

Il ne sut combien de temps il passa ici immobile mais, au bout d'un moment, il sentit une présence s'approcher de lui. Son cheval l'avait visiblement retrouvé et attendait calmement à quelques pas de lui. Riku se releva et respira profondément. Pour l'instant du moins il été revenu à lui, mais il sentait les ténèbres logées dans son cœur et menaçant de ressurgir au moindre moment de faiblesse. À présent qu'il leur avait ouvert une porte, elles ne disparaîtraient probablement plus jamais.

Rejoignant son cheval, il se mit en route mais ne partit pas immédiatement pour le château. Il y avait une chose, avant, qu'il avait besoin de vérifier.