Salut à tous ! Tout d'abord, et avant que je n'oublie, je suis absolument désolé pour le retard que j'ai eu pour finir ce chapitre, mais j'ai accumulé les problèmes ces derniers temps (travail, famille, santé...) : Autant dire que j'ai eu deux semaines chargées u_u...
Donc voilà, nouveau chapitre fraîchement terminé ! J'espère qu'il vous plaira en tout cas. Si ça peut en rassurer certains, je ferai un bon dans le temps de deux ans dans le prochain chapitre, donc Harry aura onze ans à ce moment là ; Les choses sérieuses vont commencer pour lui.
Encore une fois, un grand merci à ceux qui m'ont laissé une review, ça fait toujours plaisir d'en avoir (en aussi grand nombre est un bonus que je ne refuse pas non plus !). J'y répondrai dès que j'aurai posté ce chapitre.
Sinon avant de vous laisser lire, je vais vous poser Hm... deux questions en fin de chapitre, deux questions qui n'auront pas vraiment d'importance pour l'histoire (du moins, l'une des deux concerne quand même certains... individus de Poudlard). J'aimerais bien que vous y répondiez, ça m'aiderait en tout cas !
Narkor/Guest/Marie Jo/Yuri Girl/Alysses Kheel : Merci à vous pour vos commentaires ! Alors pour répondre dans l'ordre :
Narkor : Je suis entièrement d'accord avec toi, sauf sur un point : Personnellement, j'ai trouvé Harry un peu pompeux dans ce chapitre mais pas au point de se ficher des Greengrass. Son nouveau statut et ses cours lui ont peut-être transmis l'arrogance et la fierté que certains nobles avaient par rapport à leur statut, mais Harry aime énormément les Greengrass et je doute qu'il puisse un jour se montrer méprisant envers eux. Par contre, ton idée du Poudlard vu par Daphné est justement l'idée que j'ai eu en imaginant Harry aller dans une école militaire : Tous les évènements arrivant dans l'école seraient par conséquent vu selon le point de vue de Daphné, Rosie, Astoria voir pourquoi pas Matthew, tandis qu'Harry lui irait en guerre sans avoir à se soucier de tout ça.
Guest : Ne serais-tu pas par hasard Gb88 ? J'ai comme un doute ^^. Alors je suis d'accord avec toi pour l'amour que l'on peut porter à deux personnes, même si personnellement je trouverai quand même ça irrespectueux pour la femme avec laquelle on s'est marié. L'un des fondements du mariage est quand même la fidélité (même si de nos jours, ce principe n'est plus vraiment respecté) et l'amour inconditionnel, alors avoir des sentiments pour une autre personne reviendrait à douter de ceux que l'on porte pour notre conjoint(e). Enfin c'est mon avis personnel, mais je n'arrive pas à concevoir un amour multiple…
Yuri Girl: Les années 50 ? Hm… juste pour danser le Rock N' Roll alors et rouler en voiture américaine, sinon je n'aurai pas trop aimé y vivre ^^.
Alysses : Un costumier ? Hm… ça doit couter cher quand même (je veux de l'or moi aussi sur mes vêtements, Nah !) Pour James hé bien… Tu le verras toi-même dans très peu de temps ^^.
Bon sur ce, bonne lecture ! (j'ai quand même l'impression d'avoir oublié de vous parler de quelque chose... Bon on verra plus tard).
De son propre aveu, Harry dut admettre qu'il avait passé la meilleure nuit de sa vie, et la raison principale à cela dormait paisiblement juste à côté de lui, lovée contre son corps et lui enserrant la taille comme si elle ne souhaitait pas le voir partir, même pendant son sommeil. Daphné venait de passer sa première soirée au château de Lamballe, un château qui l'intimida dès le départ par sa grande taille et son luxe qui contrastait fortement avec la maison de ses parents. Peut-être par peur, mais aussi par envie de l'avoir continuellement sous les yeux, elle s'était donnée à cœur de ne plus le quitter même pour quelques minutes seulement, n'hésitant pas comme cette nuit à venir le rejoindre dans son lit, ce dont le principal concerné ne se plaindrait de toute manière pas le moins du monde.
L'autre raison était peut-être qu'elle souhaitait simplement s'isoler avec lui pour avoir à éviter les nombreux regards curieux qui croisaient sa route, tous les serviteurs souhaitant voir la jeune fille qui deviendrait plus tard l'épouse du prince Gabriel sans même se rendre compte que leur comportement n'était pas très appréciable. Daphné n'était pas du genre timide, loin de là, mais voir des dizaines d'inconnus l'observer pendant qu'elle découvrait le château en compagnie d'Harry et Marie-Louise était déstabilisant pour elle, étant peu habituée à être le centre d'attention. La seule dont elle apprécia la présence fut Louise-Elisabeth avec qui elle se lia rapidement d'amitié, car tout comme elle, la tante d'Harry avait eu une véritable vénération pour les poupées lorsqu'elle était du même âge qu'elle. Discuter dentelle et porcelaine n'était pas du gout d'Harry, mais cela permit au moins à sa jeune amie de se détendre pour le reste de la journée d'hier.
Harry était certain de garder en mémoire et pour longtemps l'émerveillement qui se lisait dans ses yeux, l'envie qui ressortait de son visage et l'excitation à l'idée de vivre ici quelques temps, et la voir aussi épanouie fut pour lui le meilleur des baumes ; Les retrouvailles n'en furent que plus intenses. Daphné ne semblait pas encore avoir pris conscience que cette résidence pouvait très bien devenir plus tard sa maison ni même qu'elle serait amenée une fois adulte à jouer les maîtresses de maison pour les invités qu'ils pourraient tous les deux recevoir ici. Au contraire, du haut de ses sept ans, Daphné restait malgré tout une petite fille de son âge, s'imaginant déjà jouer dans toutes les pièces qu'elle croisait sur sa route et impatiente à l'idée d'inviter ici Tracey, Astoria et Rosie pour jouer entre demoiselles.
Même si il les aimait toutes les quatre, Harry ne put s'empêcher de déglutir en s'imaginant déjà devoir cohabiter avec les quatre en même temps, une perspective plus angoissante qu'excitante selon lui, surtout lorsqu'il pensait à Tracey qui était de loin la plus active et dynamique des quatre ; Le château ne survivrait sans doute pas à ses petits jeux, mais d'un autre côté, il était persuadé de ne pas s'ennuyer à ce moment-là. Quant à Astoria et Rosie, la première serait trop occupée à admirer les robes de Marie-Louise et de sa tante Elisabeth pour penser à faire des bêtises tandis que la seconde n'était de son côté pas du genre à en faire s'en l'appui de sa meilleure amie. De toute façon, chacune avait néanmoins assez d'intelligence pour se dire qu'il valait mieux être de bonne compagnie ici si elles souhaitaient y séjourner suffisamment longtemps pour y prendre ses repères.
En pensant à son frère, Harry réprima l'envie de rire en l'imaginant invectiver tout le monde pour avoir la plus grande chambre du château, quitte à en expulser la résidente, en l'occurrence sa mère. Le pauvre risquait au final de se faire envoyer paître avec en prime un sortilège dont il se souviendrait toute sa vie. Mais bon, jamais il ne mettrait les pieds ici, alors cette possibilité avait autant de chance de voir le jour que celle où James redeviendrait un père exemplaire pour Harry : inimaginable.
Du mouvement du côté du lit où dormait Daphné le fit sortir de ses pensées, pendant que celle-ci se mettait peu à peu à sortir d'un rêve qui fut apparemment très plaisant. Même en gigotant, elle garda le sourire lumineux qu'elle esquissait depuis qu'il était lui-même réveillé. L'idée qu'elle puisse sourire de cette manière depuis plusieurs heures n'était pas si folle que ça, du moins, c'est ce qu'il pensait.
- Bien dormi ? demanda t-il en la voyant cligner des yeux tout en baillant ostensiblement.
- Comme un bébé, dit-elle en tournant légèrement sa tête vers lui. Je n'ai jamais vu un lit aussi confortable de toute ma vie.
- Le tien devait être tout aussi confortable, affirma t-il en prenant un air soucieux. Tu es sure que tu ne préférerais pas avoir un lit pour toi toute seule ?
- Non, enfin… Ce n'est pas le lit qui me déplaît, c'est…
- La chambre en elle-même ? termina Harry. J'ai eu la même réaction que toi la première fois que j'ai dormi ici, même si j'étais quand même émerveillé par les ornements du plafond. C'est sûr que dormir dans une chambre pouvant faire la taille de ton salon doit être déroutant, et je te comprends parfaitement, mais il faudra tôt ou tard que tu te fasses à l'idée que nous devons dormir dans des chambres séparées…
- pour quelle raison ? lui demanda t-elle d'une voix amère. Même si nous ne sommes pas encore mariés, mon papa et ma maman dorment ensemble, alors nous pouvons commencer dès maintenant !
- Ce n'est pas aussi simple que ça, répondit Harry en essayant de la calmer. Je ne voulais pas te froisser, mais mère m'a dit que les gens de bonne société comme nous le deviendrons dorment dans différentes chambres par moment, et il se pourrait que nous devions faire la même chose quand nous serons grands… Les rois et les reines en Europe par exemple ne dorment pas ensembles, même si pour les rois c'est surtout parce qu'ils peuvent de cette façon emprunter les passages secrets de leurs châteaux pour rejoindre leurs maîtresses !
- C'est quoi une maîtresse ? s'enquit curieusement Daphné en jouant distraitement avec l'une de ses mèches de cheveux.
Pris au dépourvu, Harry fut incapable de lui expliquer ce qu'étaient ces femmes, du moins sans avoir à lui avouer qu'il était courant chez les nobles d'avoir des aventures avec d'autres femmes que son épouse. Sa propre mère en avait beaucoup souffert, et selon lui, tromper la femme que l'on aime en allant en voir d'autre était absolument répugnant. Même si pour bien des gens, il deviendrait bientôt le fils du défunt prince de Lamballe, Harry éprouvait pour cet homme une grande aversion pour son comportement et jurait que jamais il ne ferait la même chose à Daphné.
- Je pense que nous pourrions trouver un arrangement, dit-il finalement en évitant le sujet précédent. Ce ne doit pas être aussi mal de dormir ensemble.
Sa réponse sembla satisfaire sa fiancée qui en sourit de plaisir tout en observant le dais du lit dont elle admirait les motifs.
- Je n'aurais jamais imaginé que tu dormes dans des draps aussi… fleuris, déclara t-elle d'une voix taquine. D'abord le corset, ensuite les fleurs partout sur le lit… Dis-moi Harry, tu ne serais pas devenu efféminée ?
- Hé ! Je t'interdis de remettre en cause ma… Heu…
- virilité ? finit-elle en le voyant froncer les sourcils.
- Oui voilà ! Quand je deviendrai un grand militaire, tu ne pourras plus jamais douter de ça !
- Pour peu que tu parviennes à être accepté dans l'une de ces écoles, marmonna Daphné en roulant des yeux. Je doute qu'ils prennent des garçons adorateurs des fleurs et des vêtements féminins parmi leurs unités !
Un coup de coussin lui répondit, rapidement suivit par des chatouillis sur toute la surface de son corps. Daphné eut beau s'époumoner et le supplier d'arrêter, rien n'y fit, et Harry était bien décidé à lui faire subir cette terrible torture aussi longtemps qu'elle douterait de ses futurs choix de carrière.
- Qu'est-ce que l'on dit ? demanda t-il sans cesser de la chatouiller.
- Pitié ! Pitié ! Je m'excuse ! s'écria t-elle entre deux gloussements. Monseigneur de Savoie et de tout ce que tu voudras, je t'en supplie, laisse moi tranquille !
- Vous dérangerait-on pendant vos petits jeux matinaux, Monseigneur ? demanda tout à coup une voix en provenance de l'entrée.
Pris par surprise, Harry se retourna rapidement vers la source de ce son pour constater avec effarement la présence de ses deux dames de chambre, debout dans l'embrasure de la porte en tenant chacune deux plateaux pour le petit-déjeuner, et arborant chacune un petit sourire taquin qui eut le don de le faire rougir jusqu'à la racine de ses cheveux.
- Pris sur le fait on dirait, lança Martine tandis que les deux enfants se replaçaient correctement sur lit, tous les deux rouges de honte. Nous nous demandions où mademoiselle était partie lorsque nous avons constaté qu'elle n'était pas dans son lit, mais vos cris nous ont rapidement assuré qu'elle n'était pas allée bien loin. Vous pourriez attendre encore un peu avant de songer à faire des choses réservées aux adultes Monseigneur, ajouta t-elle tandis qu'elle ouvrait les rideaux de ses fenêtres après avoir posé son plateau sur le premier meuble à sa portée.
- M-mais nous ne faisions rien, bafouilla Harry pendant que Daphné cherchait à savoir de quoi il était question, son français n'étant pas encore du tout au point.
- Nous le savons, le rassura Françoise en posant devant lui son plateau de déjeuner, mais n'importe qui vous trouvant au dessus de cette demoiselle aurait pu penser le contraire…
Cette remarque eut le don de faire encore davantage rougir Harry. Daphné elle ne se doutait pas le moins du monde du sujet de conversation abordé, mais la gêne apparente d'Harry lorsqu'elle le remarqua suffit à lui laisser supposer que ce ne devait pas être très réjouissant pour lui.
- Pourquoi est-ce qu'elles sont ici ? Et pourquoi mangeons-nous dans le lit ? demanda t-elle en regardant le plateau que posait sur ses jambes Martine.
- Oh j'avais oublié de te le dire, souffla Harry en se frappant légèrement le front. Donc si tu ne les connais pas encore, voici Françoise et Martine, mes dames de chambre et de compagnie. Elles s'occupent de moi la plupart du temps lorsque je ne suis pas accaparé par mes cours comme ici où elles m'apportent mon petit déjeuner, elles m'aident à m'habiller, me coiffer, elles me conduisent partout où je vais, et le reste du temps elles entretiennent mes appartements. Quant à pourquoi nous mangeons dans le lit, en fait c'est une pratique française qui m'a moi aussi très étonné au départ, mais tu t'y feras au bout d'un certain temps. Et puis, c'est plutôt agréable de manger allongé dans son lit.
- Je ne te savais pas aussi fainéant et paresseux, lança Daphné en arquant un sourcil.
Harry se contenta d'hausser ses épaules, lui-même étonné par cette mauvaise habitude qu'il avait finalement prise au bout du compte. Son côté français commençait à vraiment voir le jour au fil du temps, et les petites habitudes qu'il avait prises dans son ancienne famille commençaient à lentement laisser place à celles inculquées dans l'aristocratie, aussi bien les bonnes que les mauvaises.
- Nous avons eu l'occasion de vous apercevoir hier mais pas encore celle de pouvoir discuter avec vous jeune fille, déclara Martine en s'inclinant légèrement devant elle. Il nous tardait de faire la connaissance de la demoiselle faisant chavirer le cœur du prince Gabriel…
Bien évidemment, et tout comme Harry quelques mois plus tôt, Daphné ne comprit pas le sens de ses paroles, mais son fiancé fit office de traducteur pour elle, un traducteur qui s'avéra utile pour faire durer leur conversation. Bien que Daphné fut surprise de voir ces deux femmes se montrer aussi attentionnées envers elle et la traiter avec un respect dont elle n'était pas habituée, bientôt la gêne disparue de son visage pour laisser place à une mine joyeuse et ravie à l'idée de faire plus ample connaissance avec elles.
- Tu as des nouvelles de ma mère ? demanda t-il tandis qu'il dégustait un délicieux croissant après que ses deux dames de compagnie aient annoncé qu'elles s'attelaient au ménage de la chambre..
- Pas vraiment, on ne l'a pas vu depuis quelques semaines, avoua Daphné en regardant d'un air hébété toutes les victuailles sur son plateau. Ils ne s'imaginent quand même pas que je vais pouvoir manger tout ça !?
- Oh non, c'est juste pour savoir ce que tu aimes et ce que tu n'aimes pas. De cette façon ils te feront un petit-déjeuner selon tes volontés. J'ai essayé un jour le fromage au petit déjeuner, mais j'en garde un très mauvais souvenir…
- Ah, dit-elle simplement en écartant légèrement les rondelles de charcuterie de son bol. En tout cas je ne mangerai jamais ça, ni ça, encore moins ça…
Il s'avéra bientôt que Daphné abhorrait tout ce qui n'était pas traditionnel du petit déjeuner anglais, et seules les pâtisseries et quelques tranches de bacon survécurent à son tri très sélectif. Harry ne dit rien face à ce spectacle, même si intérieurement il espérait que sa fiancée essaie quand même de s'habituer aux traditions et plats de ce pays pour ne pas froisser ses hôtes : Rien de mieux après tout que de montrer son attachement à la cuisine locale pour montrer son envie de s'acclimater à sa nouvelle terre d'accueil.
- Astoria ne va plus chez ton autre maman, lança soudainement Daphné en examinant minutieusement un baba au rhum.
- Pourquoi ça ? demanda t-il d'un air curieux avant de reporter son attention sur le gâteau qu'elle tenait. A ta place, j'éviterai de manger ça, c'est plutôt mauvais et il y a un peu d'alcool dedans.
- Quelle horreur ! souffla t-elle en reposant le baba comme s'il venait de lui brûler soudainement la peau. Qui aurait dans l'idée de mettre de l'alcool dans un gâteau !?
- C'est un plat polonais, enfin il a été inventé pour un roi polonais, et mère dit souvent que les gens dans ces contrées boivent souvent pour avoir chaud, alors c'est peut-être pour ça. Alors, qu'est-ce qui s'est passé pour qu'Astoria n'aille plus chez ma mère ? Il est arrivé quelque chose ?
- Ton père, répondit simplement Daphné en fronçant légèrement ses sourcils. C'est arrivé peu après la nouvelle année en fait, un jour où elle rendait visite à Rosie pour passer la journée avec elle. D'ailleurs, tu ne devineras jamais ce qu'a fait ta petite sœur ce jour là !
- Quoi donc ? s'enquit Harry en appréhendant déjà un quelconque malheur.
- Elle a fait de la magie accidentelle !
Dire qu'Harry fut surpris par cette réponse était un euphémisme. Abasourdi, sonné, stupéfait ou encore éberlué auraient été des termes bien plus adaptés à l'expression du visage qu'il montrait. Sa sœur n'avait que… cinq ans, presque six maintenant, et montrait déjà des signes de magie avancée alors que Matthew lui en était incapable au même âge. En bon frère qu'il était, Harry fut pour le moins fier de Rosie, fier d'avoir la chance d'être le frère d'un futur prodige, mais également triste de ne pas avoir été là pour la voir faire ce prodige et la féliciter pour cela. Une nouvelle fois, l'absence de son autre famille refit surface, moins fort que précédemment mais la tristesse de ne pas les avoir auprès de lui était malgré tout là. Même en ayant désormais une nouvelle famille et une autre mère absolument merveilleuse, Lily et Rosie étaient malgré tout deux personnes à part entière que rien ne pouvait remplacer, et même après un an sans les voir, Harry restait impatient à l'idée de les retrouver et de les serrer dans ses bras.
Mais d'un autre côté, un autre sentiment émergeait en lui lorsqu'il pensait à sa mère : la colère, bien qu'elle soit très minime pour l'instant. Même si Lily ne devait aller le chercher à l'orphelinat que lorsqu'il aurait onze ans, une petite pointe de déception faisait quand même surface de temps à autre dans son esprit lorsqu'il songeait amèrement que sa mère aurait pu essayer de lui rendre visite au moins une fois depuis son départ pour prendre de ses nouvelles. La difficulté était bien évidemment grande, mais ne passer qu'en coup de vent lui dire bonjour ne demandait pas énormément de temps non plus, un temps qui semblait pourtant lui manquer, autrement elle serait déjà venue directement chez sa deuxième mère pour connaitre en détail la raison de son adoption.
Pourtant, comme à chaque fois qu'il pensait à ça, Harry se dégoûta aussitôt pour ses sombres pensées à l'encontre de Lily, surtout en sachant tout ce qu'elle a fait pour lui éviter d'avoir une enfance malheureuse chez les Dursley et auprès de son propre père ; Un acte courageux de sa part qui ne méritait pas qu'on la blâme pour son absence mais plutôt qu'on la respecte pour les risques qu'elle prenait. Harry mettait cette confusion sur le manque qu'il ressentait par rapport à elle et Rosie, même si cela n'expliquait pas tout. Mais les longues réflexions pouvaient attendre pour le moment.
- C'est une excellente nouvelle ! s'exclama t-il d'un air ravi en faisant fit des pensées qu'il venait d'avoir. J'ai hâte qu'elle me montre ce dont elle est capable. Qu'est-ce qu'elle a fait au juste ?
- Elle a fait tournoyer des feuilles mortes autour d'elle comme des papillons. Astoria m'a dit que c'était absolument magnifique à voir, une vision très poétique qui lui a même donné envie d'écrire une poésie dessus… avant de se rappeler qu'elle ne savait toujours pas écrire.
- C'est bien elle ça ! gloussa t-il sous les regards curieux de ses deux dames de chambre. Mais alors… Pourquoi Astoria n'y va plus ? Elles se sont disputées ?
- Non non, en fait c'est surtout par la faute de ton père, marmonna Daphné d'un air sombre. Apparemment leur petit jeu faisait trop de bruit pour lui et troublait l'entrainement de ton frère, alors il est sorti du manoir pour aller les réprimander à sa manière. Ta mère et ton parrain étaient là eux aussi, et heureusement d'ailleurs…
- Qu'est-ce qu'il a fait ? demanda avec inquiétude Harry.
- Ce malpropre a essayé de gifler Astoria ! fulmina t-elle en serrant les poings. Tout ça parce qu'elle continuait de rire même en le voyant approcher. Papa était furieux ! Il était à deux doigts d'aller se plaindre au ministère en l'apprenant, mais étant donné que ta mère l'a empêché de brutaliser ma sœur, il n'avait aucune preuve de ce qu'il avançait, et personne n'oserait croire que le « merveilleux » père du sauveur du monde magique était un homme violent envers les petites filles…
Harry ne répondit pas, mais la colère avait depuis longtemps fait place à la joie qu'il avait eue pour les dernières informations concernant Rosie. Astoria était peut-être la sœur de Daphné, mais pour lui, cette petite fille était comme une sœur, un petit être tout aussi fragile que Rosie dont il s'était fait un devoir de protéger. « Tory » avait beau être par moment agaçante et bruyante, jamais il n'aurait imaginé que James ait le culot d'essayer de lever la main sur elle, surtout qu'elle n'était pas apparentée à lui. Le comportement de son père le dégoûtait au plus haut point et l'envie d'aller lui dire deux mots et lui faire passer l'envie de réitérer cet exploit le tentait, voir d'épauler Mr Greengrass dans sa volonté de faire payer à James ses écarts de conduite en témoignant lui-même sur les sévices qu'il avait eu en sa présence.
Ses cicatrices avaient peut-être disparu, mais celles plus psychologiques restaient quand même présentes dans son esprit, de même que les séquelles découlant des raclées qu'il avait pu avoir. Voir quelqu'un tenant une ceinture en main était encore l'un de ces cas pouvant le mettre très mal à l'aise, même si les serviteurs connaissant son histoire s'efforçaient de minimiser au maximum les scènes pouvant le mettre dans cet état.
Une autre pensée lui traversa brièvement la tête, une pensée concernant Rosie et Lily. Et si James levait la main contre elles à présent ? Après tout, son défouloir favori était à présent chez les Dursley, du moins c'est ce qu'il pensait, alors rien ne l'empêchait de pouvoir passer ses nerfs sur quelqu'un d'autre, surtout si Matthew s'y mêlait. Imaginer James frapper et violenter Lily n'était pas facile à faire, mais pour ce qui est de Rosie… connaissant son caractère et ses sentiments vis-à-vis de lui, il n'était pas impossible que des anicroches aient lieu entre eux, et que James ne les finisse en s'en prenant à elle.
- Est-ce que tu sais s'il s'en prend à ma mère et Rosie ? demanda t-il sèchement en serrant lui aussi les poings sur sa couverture.
- Pas que je sache, mais il semblerait qu'il ait légèrement secoué ta sœur ce jour-là avant que ta mère ne l'arrête. Depuis que mes parents ont eu vent de son comportement, ils interdisent à Astoria de s'y rendre, et de son côté, ton père a décidé que les déplacements de ta mère chez nous seraient limités désormais. Apparemment il cherche à l'isoler, enfin c'est ce que s'imagine maman. Je n'ai dû voir ta mère que trois fois depuis le mois de janvier, mais Rosie vient presque tous les mercredis elle. Elle n'a pas l'air spécialement malheureuse en tout cas.
Harry préféra faire confiance à l'avis de sa fiancée, même si il n'était pas rassuré pour autant. James était un personnage complexe au tempérament ambivalent après tout. Aux yeux de la société, il était le père de famille exemplaire, brave, drôle et sympathique, mais en privé, et selon les personnes présentes, sa personnalité changeait et le rendait plus détestable, mesquin, cruel. Lily et Rosie étaient seules désormais face à lui, et le tyran qu'il était pouvait au fil du temps asseoir sa domination sur elles. Une intervention pour les tirer de cet enfer pouvait être envisageable, et Harry se promit intérieurement de leur porter secours au moindre écho pouvant l'alerter.
Leur petit-déjeuner se poursuivit dans une ambiance plutôt pesante, chacun ressassant les informations que l'autre lui a fournies ou s'interrogeant sur certains aliments disposés sur leurs plateaux. Le temps avançait inexorablement, et les rayons du soleil d'abord timides avaient à présent largement investi la chambre d'Harry pour illuminer les boiseries et les moulures dorées des murs, sous les yeux indifférents de Martine et Françoise qui poursuivirent leur ménage tranquillement tout en questionnant de temps à autre les deux enfants présents avec elles sur leurs activités de la journée ou pour en savoir davantage sur Daphné et ses centres d'intérêts favoris. Celle-ci sembla maintenant très à l'aise en leur compagnie et paraissait même ravie lorsqu'elle essayait de leur parler bien que ses phrases mélangeant français et anglais n'avaient généralement aucun sens.
- Maintenant je pense qu'il est temps pour votre charmante amie d'aller se nettoyer, décréta Martine. Madame a dit qu'elle souhaitait lui faire essayer les vêtements du deuxième tiroir, ajouta t-elle pour Françoise qui hocha simplement sa tête avant de sortir rapidement de la chambre.
- Qu'est-ce qui se passe ? lui demanda Daphné en voyant la dame de chambre lui prendre délicatement le poignet pour la conduire vers la salle de bain.
- Oh pas grand-chose, juste que tu vas être lavée et vêtue par ces deux femmes qui se feront surement une joie pour accomplir cette tâche.
- Quoi !? Mais… Je sais le faire toute seule !
- Oh mais tu ne vas te plaindre d'être choyée de la sorte quand même ? dit-il en croisant les bras derrière sa tête en la regardant d'un air amusé. Laisse toi faire quelques jours seulement, et puis tu leur diras que tu préfères le faire toi-même par la suite, ce serait les décevoir que de refuser l'offre qu'elles te font.
- Mais… Oh et puis d'accord ! Vraiment, la vie que tu mènes est très bizarre quand même !
Harry éclata de rire à cette remarque tandis que Daphné disparaissait à présent derrière la porte de la salle de bain, curieuse mais également soucieuse à l'idée de ce qui allait lui arriver. Même si une paroi de pierre les séparait désormais, son fiancé put tout à son aise entendre ses exclamations et ses petits couinements de surprise à mesure que Martine l'aidait dans sa toilette.
- La connaissant, je suis persuadé qu'elle mettra un temps fou avant d'accepter de se dévêtir devant elle…, soupira t-il en roulant des yeux.
Et ses attentes furent largement satisfaites. Daphné passa les cinq prochaines minutes à balbutier et à refuser que la servante l'aide à se déshabiller, comme si le contact avec elle n'était pas encore possible. Néanmoins, ce fut avant de voir la superbe robe que lui ramena quelques instants plus tard Françoise en lui indiquant qu'elle ne pourrait jamais la porter si elle n'enlevait pas sa chemise de nuit. Le principe de l'âne et de la carotte fonctionna parfaitement, et Daphné obtempéra docilement et de bon cœur, acceptant même d'être lavée sans même s'en offusquer.
Préparer Daphné pour le repas fut presque aussi long que pour Harry, voir même davantage encore d'autant plus qu'être habillée comme une petite princesse l'enthousiasma énormément. Elle passa d'ailleurs le plus clair de temps à s'admirer dans le miroir de la salle de bain une fois sa toilette terminée, tournant et retournant sur elle-même pour se regarder dans les moindres détails et exhibant fièrement les nombreux paniers qui grossissait sa robe, tout en lançant de temps à autre des commentaires sur sa petite sœur qui serait « tellement jalouse » de la voir ainsi habillée.
Harry la laissait faire, amusé par son comportement et surtout mélancolique en se remémorant lui-même son premier jour à Lamballe et la joie qu'il avait eu en découvrant lui aussi ses nouveaux vêtements. Tout comme lui, Daphné faisait désormais la découverte d'un monde qui lui était encore étranger, un monde dans lequel elle devrait s'habituer et se préparer à y vivre pour le reste de sa vie. Son fiancé espérait simplement qu'elle ne deviendrait pas comme ces femmes coquettes ne pensant qu'à l'argent et aux vêtements, autrement sa patience ne tarderait pas à flancher.
- Pouvons-nous y aller maintenant ? demanda t-il pour la quatrième fois pendant que Daphné terminait de se préparer. Le repas est servi à dix heures pile et il me tarde de manger.
- Nous venons à peine de prendre notre petit-déjeuner, répliqua t-elle distraitement en réajustant son corset. Tu es un estomac sur pattes ! Merlin, j'espère que tu ne vas pas devenir comme ton frère, son tour de taille est aussi large que celui d'un cochon !
- ça ne risque pas ! s'insurgea Harry, blessé d'être comparé à son frère. Et si tu ne le sais pas encore, cela fait plus d'une heure maintenant que nous avons terminé notre petit-déjeuner ! J'ai largement eu le temps de me laver et m'habiller pendant que toi tu continues à t'admirer dans ce miroir ! C'est dire depuis combien de temps tu le fais !
- Maman serait tellement contente de me voir habillée ainsi ! s'enthousiasma Daphné en se regardant une nouvelle fois dans le miroir, ignorant royalement au passage les commentaires de son fiancé. Je ressemble à l'une de mes poupées !
- Oui bon nous n'avons plus le temps pour ces enfantillages, dit-il en lui empoignant le bras pour la faire avancer. Plus vite nous nous serons ressourcés, plus vite nous pourrons suivre notre cours de magie, et je ne tiens pas à la rater.
- Vraiment Harry ! Ce que tu peux être malpoli par moment ! fulmina t-elle tandis qu'il la traînait vers la sortie. Ne sais-tu pas qu'il ne faut pas déranger une dame pendant sa toilette ?
- Je ne vois qu'une jeune sotte se prenant déjà pour une dame adulte moi.
Leur dispute se poursuivit durant tout le trajet, sous les yeux à la fois intrigués et amusés des deux suivantes qui bien que ne comprenant pas un traître mot de leur conversation mais eurent l'impression d'avoir devant elles la première scène de ménage du petit couple princier. Finalement ils parvinrent à arriver dans la traditionnelle salle à manger, une salle plutôt vide comparée au reste de la demeure et qui n'était composée que d'une large table ovale, de chaises et de quelques ornements sur les murs. Harry remarqua d'ailleurs que le portrait familial qu'il avait fait avec Marie-Louise avait une nouvelle fois atterri ici, installé au dessus de la cheminée en attendant que sa mère ne décide une nouvelle fois de le déplacer.
- Vous voilà enfin, les accueillit-elle d'ailleurs en faisant signe aux valets présents de bien vouloir ôter les cloches renfermant les plats. Vous êtes resplendissante Daphné dans cette tenue, ajouta t-elle en faisant immédiatement rougir la concernée. Vous aviez raison Elisabeth, cela lui va à ravir.
- Pauline avait à peu de choses près la même silhouette au même âge, déclara son amie en souriant d'un air mélancolique en repensant à cette période. Mais il faudra quand même se renseigner sur les dernières créations de Paris prochainement. Cela fait des années que je n'ai pas renouvelé ma garde-robe…
- Nous verrons cela en temps voulu, proposa t-elle en réprimant l'envie de rouler des yeux. Avez-vous bien dormi les enfants ?
- Très bien mère, répondit Harry en embrassant sa tante pour la saluer. Du moins, cela aurait été parfait si je n'avais eu une visiteuse inattendue durant la nuit.
- La compagnie de votre charmante fiancée vous a déplu, Gabriel ? s'enquit Louise-Elisabeth tandis qu'ils prenaient tous les deux place autour de la table. Moins d'une journée depuis vos retrouvailles et déjà désappointé par sa présence ?
- N-non ! Je ne voulais pas dire cela comme ça !
Harry eut beau se défendre d'apprécier la compagnie de Daphné, les deux adultes préférèrent rirent de ses maladresses et de ses pâles tentatives pour prouver qu'il n'était pas déjà ennuyé par sa présence. Daphné elle ne comprenait pas leur conversation et préférait plutôt admirer les plats présentés devant elles, des plats qu'elle n'avait d'ailleurs jamais vus. Peut-être est-ce en voyant son air curieux et confus que Marie-Louise se proposa pour lui présenter un à un les mets disposés sur la table, Harry lui préférant discuter avec sa tante des dernières nouveautés dans la vie sentimentale mouvementée de sa cousine partie quelques jours rendre visite à un officier de l'armée française lui ayant plu.
- Bouba… Boulaba…
- Bouillabaisse, rectifia t-elle patiemment malgré les efforts de Daphné pour mémoriser ce nom. C'est un plat typique du sud de la France, une spécialité que l'on trouve généralement aux abords de Marseille et de sa région. Vous devriez goûter c'est très bon ! Je vous conseillerai également la fondue de fromages aux truffes fraîches, un pur chef d'œuvre de la gastronomie.
- Vous souhaitez initier Daphné aux plats régionaux en un seul repas mère ? lui demanda moqueusement Harry en se servant de la Beuchelle*. Je ne suis pas certain que son estomac puisse contenir tout ce qu'il y a sur la table.
- C'est ce que je me suis répétée à lui dire, ajouta Louise-Elisabeth tandis que sa mère prenait une légère teinte rosée. Vous connaissez désormais bien votre mère Gabriel, elle n'en fait qu'à sa tête.
Malgré tout, Daphné choisit de faire honneur à ses hôtes en prenant une part certes infime de chaque plat mais qui lui permit d'avoir une quantité raisonnable de nourritures à se mettre sous la dent. D'ailleurs, il apparut bientôt que l'andouillette de Troyes, des lanières d'organes de porc cuites dans un court-bouillon aromatisé et agrémentées de quelques oignons, fut son plat préféré, alors que son aspect peu ragoutant ne lui inspirait guère confiance au départ.
- Vous avez des goûts très… royaux, souffla Louise-Elisabeth en la voyant manger goulûment ce plat. Certains de nos monarques raffolaient de ce mets, même si pour être honnête avec vous, je n'ai jamais osé y goûter.
- Vous devriez, c'est vraiment délicieux ! Il faut juste s'adapter au gout !
- Parlez-nous un peu de vous Daphné, lui demanda t-elle en regardant d'un air attendri Harry rabrouer poliment sa fiancée sur le fait qu'il ne fallait pas parler la bouche pleine. Gabriel ne cesse de dire du bien de vous, mais nous n'avons encore eu l'occasion de connaitre en détail qui est la véritable Daphné Greengrass…
- Que voulez-vous savoir ? demanda t-elle en regardant étrangement Harry. Je me demande ce que tu as bien pu leur dire, ajouta t-elle à son encontre tandis que son fiancé préférait baisser timidement les yeux sur son assiette.
- Hé bien, dites-nous donc ce que vous aimez, vos passions et vos activités de la vie de tous les jours ! Je suppose que vous ne restez pas toute la journée dans votre chambre en attendant que la journée se termine ?
- Oh non, enfin parfois l'envie est grande, mais maman me rappelle continuellement à l'ordre. Alors j'aime beaucoup la lecture, mais surtout quand c'est Harry… Je veux dire Gabriel, qui me lit des histoires parce qu'il ajoute toujours une anecdote à ce qu'il me lit. D'ailleurs c'est grâce à lui que j'ai appris à connaitre les fables de Jean de la Fontaine. Je fais de la couture aussi, mais c'est surtout parce que c'est maman qui me l'apprend. Personnellement je trouve ça ennuyant… J'aime aussi la peinture, mais je suis loin d'avoir le talent des messieurs qui ont peint tout votre château et vos tableaux…
- Pour les tableaux, c'est une femme qui me les a faits, lui annonça Marie-Louise en désignant d'un geste celui qui ornait l'un des murs de la pièce. Celui-ci d'ailleurs représente votre fiancé et moi-même, fait il y a quelques mois et peu après la transformation physique de Gabriel. C'est un tableau qui a une immense valeur sentimentale pour moi…
- Elle n'arrête pas de le changer de salle, disons… trois fois par semaine, l'informa Harry en se penchant légèrement vers elle. Elle n'arrive pas à se décider à l'accrocher définitivement sur un mur. Elle préfère l'avoir continuellement sous les yeux en faisant courir partout les serviteurs pour combler ses désirs.
Un léger coup de pied dans le tibia répondit à ses chuchotements, et le responsable ne fut pas bien compliqué à trouver pour lui car en tournant la tête vers sa mère, Harry eut la désagréable surprise de la voir le fusiller du regard, un regard tellement effrayant chez elle qui l'intimait généralement à aller voguer sur des eaux plus calmes.
- Ne vous moquez pas Gabriel, le sermonna t-elle brièvement sous les reniflements moqueurs de Daphné. Vous aussi vous seriez heureux à la simple vue de ce tableau lorsque vous avez attendu plus de trente ans pour avoir l'occasion de poser avec votre fils.
- Trente ans ? répéta Daphné en la regardant curieusement. Mais… V-vous avez l'air d'avoir le même âge que ma maman !
- Je suis une experte dans l'élaboration de cosmétiques visant à me donner l'apparence d'une jeune femme, mais en vérité, je cours vers mes quarante-neuf ans au mois de septembre.
- Un âge respectable, ajouta Louise-Elisabeth tandis qu'elle piochait dans son assiette. Bien des gens rêveraient de pouvoir atteindre cet âge. Il faut savoir mes enfants qu'un individu vit généralement une cinquantaine d'années à notre époque, et encore si il reste en bonne santé, les informa t-elle en constatant leurs visages confus. Vous êtes déjà considérés comme une vieille personne dès l'âge de trente ans, et ne parlons pas des rares cas qui atteignent l'âge des soixante-dix années…
- Ma maman me dit toujours qu'il faut profiter de notre vie tant qu'il est encore temps, et surtout qu'elle soit riche en aventures et péripéties pour que l'on puisse une fois vieux n'avoir aucun regret sur elle lorsque l'on y songe. La vie est un cadeau qui nous est offert, et c'est à nous de faire en sorte qu'elle reste extraordinaire jusqu'à la fin.
Un silence pesant accompagne sa diatribe, et Daphné regretta au bout du compte d'avoir ouvert sa bouche pour exprimer sa façon de penser, du moins… celle de sa mère qu'elle partageait quand même.
- Votre mère est une femme très sage Daphné, souffla Louise-Elisabeth en rompant finalement ce silence gênant pour elle. C'est une bien belle façon de voir notre vie et ce que l'on peut faire d'elle par nos actions et nos décisions. Je n'ai aucun doute sur le fait que les philosophes des lumières auraient été ravis de discuter de ce sujet avec elle si l'occasion leur avait été donnée.
- Je lui dirai lorsque je la reverrais, marmonna t-elle timidement en baissant la tête vers son assiette. Papa dit qu'elle aurait pu écrire des thèses dans la gazette du sorcier pour changer un peu des articles que l'on peut lire actuellement dedans. Moi je lui ai proposé de faire une page entière sur les poupées, mais il a dit que ça n'intéresserait personne et que de toute façon il ne travaillait pas à la gazette… Vous croyez que personne ne se soucie de ça ?
Les deux adultes se contentèrent de se regarder quelques secondes, chacune essayant de trouver une réponse qui ne déplairait pas à Daphné tandis qu'Harry réprima l'envie de ricaner en se concentrant tant bien que mal sur le contenu de son assiette.
- Oh mais nous nous serions absolument enchantées d'en savoir plus sur ces charmantes petites poupées ! répondit finalement Marie-Louise. Qui ne le serait pas voyons ?
Cette réponse dut certainement lui convenir car Daphné esquissa simplement un sourire rayonnant à son encontre, ravie d'avoir au moins deux personnes partageant sa passion pour elles.
- Tant mieux alors, parce que j'en ai trente-six, et je n'ai encore jamais eu l'occasion de pouvoir toutes les présenter à quelqu'un ! Je les ramènerai la prochaine fois !
Une autre heure plus tard, et après un long exposé sur chacune des poupées que possédait Daphné, le repas fut enfin terminé, et la digestion pouvait enfin commencer pour eux. Marie-Louise proposa à Harry de profiter de ce moment pour faire découvrir à Daphné les jardins du château, du moins une petite partie le temps qu'elle-même prépare le cours qu'elle s'apprêtait à leur donner d'ici une heure. Les roseraies et autres agréments s'étendaient sur plusieurs hectares de terrain, et une journée n'était sans doute pas assez pour tout lui montrer, aussi Harry se contenta t-il de lui présenter « le jardin de la duchesse », un parterre de fleurs et de sculptures se trouvant derrière le château et la petite ferme avoisinante dans laquelle Harry et sa mère s'adonnaient de temps à autre au jardinage et à nourrir les quelques bêtes s'y trouvant.
Daphné fut particulièrement impressionnée par les résultats accomplis par leurs efforts, d'autant plus qu'elle ne put résister à la tentation de goûter les quelques fraises dont Harry prenait tant soin. La visite des écuries fut également l'occasion pour lui de lui proposer quelques balades à cheval de temps à autre et même de lui apprendre tout simplement à y monter. Les chevaux de traits qui d'ordinaire conduisaient leur carrosse n'avaient après tout pas énormément d'occasions pour être utilisés, et rien ne valait une promenade sur les terres de Marie-Louise qu'à dos de cheval pour profiter du cadre idyllique des côtes-d'Armor.
- Tu as tellement de chance, soupira Daphné tandis qu'elle caressait tendrement la tête de l'un des chevaux. Je n'irais pas jusqu'à dire que j'aimerais être à ta place parce que cela voudrait dire que je devrais avoir James comme papa et Matthew comme frère, mais je ne peux m'empêcher de t'envier quand même.
- Tu sais, tu peux rester ici aussi longtemps que tu le désires. Mère te l'a bien dit hier : Tout ce qui se trouve ici te reviendra un jour lorsque notre mariage sera fait, par conséquent tu peux jouir de tous nos biens puisqu'ils seront à toi.
- Je ne m'étais jamais imaginée devenir une dame comme ta nouvelle maman avant la journée d'hier, mais maintenant que je vois tout ça, ça me fait un peu peur…
Bien qu'occupé à donner au cheval une carotte, Harry ne pouvait néanmoins manquer l'anxiété évidente de Daphné qui se lisait comme un livre ouvert sur son visage. Se mettre à sa place était d'autant plus facile que lui-même avait eu la même réaction quelques jours seulement après son arrivée ici et après avoir eu toutes les explications de sa mère au sujet de son futur rôle. Devenir des personnalités importantes des sociétés magiques et moldues avaient en soit quelque chose d'effrayant.
- Je serai toujours là si tu as besoin d'aide ou de conseil, jura t-il en posant une main réconfortante sur son épaule. Nous affronterons ensemble les difficultés qui jalonneront notre vie, je ne te laisserai jamais tomber.
- De biens belles paroles, gloussa t-elle légèrement bien qu'émue quand même. Tu les as trouvé dans un livre je suppose ? Lequel ?
- Vous m'offensez, très chère ! Comment pouvez-vous croire que ce que je vous dis là ne me sort pas du cœur ? Je suis outré par votre-Aie ! Tu m'as fait mal Bucéphale !
Le concerné se contenta d'hennir joyeusement en enfournant les restes de son délicieux repas, rapidement rejoint par les ricanements de Daphné qui reprirent de plus bel.
- Même lui sait reconnaître quand tu mens ! caqueta t-elle entre deux gloussements.
- Vieux canasson, maugréa Harry en se détournant d'eux, vexé. Nous devrions rentrer, cela fait presque une heure que nous sommes sortis du château et notre cours devrait commencer sous peu.
Daphné accepta à contrecœur d'abandonner Bucéphale, bien que la perspective d'assister à son premier et véritable cours de magie chassa rapidement ses regrets. Le retour au château se fit beaucoup plus rapidement que le départ, même si comme elle le remarqua très vite, Harry ne se dépêchait pas pour autant. Même en pareille circonstance, son fiancé gardait cette même allure lente et posée qui le caractérisait désormais, et l'espace d'un instant, Daphné fut jalouse de la grâce qui émanait de lui.
« M'en fiche d'abord, je dirai à maman de m'apprendre à marcher comme ça quand je serai rentrée à la maison » pensa t-elle sombrement.
Harry lui ne remarqua nullement la jalousie de son amie, trop occupé à saluer les rares jardiniers présents ou à admirer les roses rouges et fleuries sur les chemins de cailloux qu'ils traversaient tous les deux. Au final, il leur fallu près de dix minutes pour arriver à l'endroit où les attendait Marie-Louise, c'est-à-dire la bibliothèque du château. Trois coups portés contre la porte l'informèrent de leur présence, et bientôt, chacun put tranquillement pénétrer dans cette pièce dans laquelle Harry passait le plus clair de son temps lors de ses études. Daphné elle n'y était encore jamais entrée et resta longuement dans l'embrasure de la porte, subjuguée par les colonnes de livres et les décorations de la salle.
- Nous ferez-vous l'honneur de votre présence ma chère, ou souhaitez-vous rester dans l'entrée à regarder la bouche grande ouverte les représentations de la mythologie grecque du plafond ? lui demanda moqueusement Harry.
Daphné n'eut pas besoin de se le faire répéter deux fois, et pénétrant dans la bibliothèque, elle en profita au passage pour administrer un léger coup sur l'épaule d'Harry en signe de vengeance pour son ton moqueur envers elle. Loin d'être en colère pour son geste, son fiancé l'accompagna jusqu'au centre de la pièce où se trouvait Marie-Louise, penchée au dessus de ce qui semblait être un épais livre disposé sur un pupitre lui-même installé sur une sorte de plateforme en bois par laquelle on accédait en empruntant un tout petit escalier de trois marches seulement.
- Nous sommes désolés pour le retard mère, mais nous avons fait un léger détour vers les écuries pour nourrir les animaux.
- Inutile de vous excuser, vous arrivez juste au moment où je finis le travail sur lequel je planchais depuis quelques semaines !
- Qu'est-ce que c'est ? s'enquit Harry en prenant place près d'elle autour de la table dont il se servait généralement pour étudier.
- Un moyen pratique pour nous permettre de trouver plus rapidement les livres dont nous aurons besoin. Vous voyez celui qui est installé sur ce pupitre ?
- Comment ne pas le remarquer, souffla Daphné en le regardant. Il est seul au centre d'une immense salle et il n'y a rien autour…
- C'est exact Daphné, mais je ne voulais pas parler de sa disposition. Le livre qui est posé dessus est différent des autres pour la simple et bonne raison qu'il est entièrement vierge de la moindre écriture malgré les nombreuses pages qu'il contient. Cependant il ne servait pas à être lu mais à vous indiquer quel livre lire. Vous n'avez qu'à noter sur l'une de ses pages un mot ou un terme que vous souhaitez comprendre, et tous les livres le mentionnant s'illumineront grâce aux runes que j'ai installées sur chacun d'eux.
- Mais… Il doit y avoir plus d'un millier de livres ici ! s'exclama Harry en écarquillant les yeux. Cela a dû vous prendre beaucoup de temps !
- Quelques semaines pour être exacte, mais le résultat en valait la peine. Regardez par vous-mêmes… Aujourd'hui, notre cours sera un peu particulier et sera consacré aux émotions et à l'occlumancie. Par conséquent, si j'écris ces deux mots sur ce registre, tous les livres les mentionnant brilleront et me permettront d'échapper à des heures de recherches fastidieuses.
Ce qu'elle fit aussitôt, et en moins de temps qu'il n'en fallu, une dizaine de livres se mirent à briller, livres qu'elle se fit une joie d'amener jusqu'à leur table d'un coup de baguette magique.
- C'est… C'est incroyable ! balbutia Daphné en voyant les volumes se poser négligemment devant elle. Quelle idée brillante madame !
- Merci Daphné, mais appelez-moi Marie-Louise ou ma tante s'il vous plait, le terme « madame » me donne l'impression d'être une vieille dame.
Daphné hocha simplement sa tête pendant que Marie-Louise s'asseyait à son tour autour de leur table de travail.
- Nous allons pouvoir commencer alors, dit-elle en prenant le premier livre de la pile. Qu'avons-nous revu la dernière fois Gabriel ?
- Le sang et son utilisation dans les rituels et cérémonies magiques, ainsi que ses autres utilités pour certaines branches de la magie comme les potions où les runes.
- Nous en étions arrivés à quel point de votre cours ? s'enquit-elle en analysant distraitement la couverture du manuel qu'elle tenait.
- Les symboles runiques nécessitant quelques gouttes de notre sang et la législation concernant l'utilisation de ces runes. D'ailleurs je n'arrive pas à me rappeler du terme gaélique écossais pour le mot feu…
- « Gabhail » ou « Gabhaltas », cela dépend des régions qui autrefois le désignaient. La rune invoquant le feu est l'une des plus dangereuses à manipuler Gabriel, et son utilisation reste très déconseillée. Le symbole que vous devrez tracer avec votre sang doit être absolument parfait, autrement le feu ainsi invoqué sera du même ressort que le maléfice du feudeymon, incontrôlable.
Daphné les écouta parler sans oser entrer dans leur conversation. De toute façon, le sujet abordé était de son propre aveu bien trop fascinant et compliqué pour qu'elle émette le moindre son, d'autant plus que les deux autres avaient pris la peine de parler en anglais pour qu'elle puisse comprendre également. Les runes n'étaient pas vraiment un sujet qu'elle appréciait, ce serait même plutôt le contraire. Les racontars colportaient bien souvent le fait que ce cours soit ennuyeux et soporifique, mais, expliqué par Marie-Louise, cela devenait soudainement très intéressant, et il lui tardait déjà d'en savoir plus à ce sujet.
-… Additionnez cela à la rune du vent ou « fosgladh » et vous pourrez ainsi contrôler ce feu à votre guise et lui donner la forme que vous désirez, que ce soit une épée de feu ou même une tornade par exemple. Tout dépend de la quantité de feu qui est mise à votre disposition. Apprenez tous les termes connus pour les cinq runes suivantes, y compris ceux en celte, breton, cornique, gallois et gaélique d'Irlande ainsi que leurs fonctions pendant que je vais m'occuper de votre fiancée.
- Bien mère, répondit Harry en plongeant aussitôt son nez dans le livre posé devant lui.
- Maintenant Daphné, comme je vous l'ai annoncé hier, je vais vous apprendre à développer vos capacités en magie grâce au lien qui vous unit à mon fils, commença t-elle en se tournant vers elle. Gabriel travaillera également durant nos séances car ce sera en partie grâce à lui que vous parviendrez à progresser dans votre travail.
- Comment est-ce possible ? s'enquit t-elle en regardant curieusement la mère d'Harry. Comment un simple lien magique peut lui permettre de me transmettre de la magie ?
- C'est une très bonne question, et je vais tâcher de répondre au mieux à vos interrogations. Tout d'abord sachez que normalement, le contrat de mariage lie deux personnes par le biais d'un lien allant du noyau magique de l'un des époux à l'autre et que ce lien est indestructible tant que le contrat n'est pas annulé. Normalement hormis le fait que cela vous rend très empathique et que vous puissiez ressentir les émotions fortes pouvant apparaitre chez Gabriel, vous n'avez normalement aucun autre avantage à cela, mais Gabriel a su exploiter ce lien au point de pouvoir vous faire bénéficier de ses réserves de magie. Nous n'avons encore jamais essayé, mais je pense que ce sera une formalité qu'il est déjà susceptible d'avoir rempli.
- Ses émotions ? répéta Daphné d'un air confus. Mais… Oh attendez, vous voulez dire que toutes les fois où j'ai été heureuse, triste ou en colère sans aucune raison, c'est parce qu'Harry l'était également ?
- Exactement, et il vous faudra travailler sur cela si vous ne voulez pas subir les aléas de ces émotions. Il serait par exemple étonnant que vous soyez heureuse lors d'un enterrement ou triste le jour d'un anniversaire…
S'imaginant brièvement éclater de rire à l'enterrement de l'un des membres de sa famille, Daphné ne put s'empêcher de frémir d'horreur à la seule pensée des réactions qu'aurait son entourage face à son comportement. Vu comme cela, apprendre à être maitresse de ses émotions semblait être essentielle pour elle.
- Je devrais donc apprendre l'occlu… Rah je ne retiens jamais ce mot !
- L'occlumancie, l'informa patiemment Marie-Louise. Oui vous devrez l'apprendre, mais vous verrez que tout est une question de volonté et de motivation. Vous devrez en outre effectuer de nombreuses séances de médiation pour vous apprendre à fermer votre esprit aux intrusions extérieures mais également à savoir contrôler le flux d'émotions que pourrait vous transmettre Gabriel. Personne n'emploie cette méthode, mais envoyer par le biais de ce lien des émotions à l'autre peut être une façon de communiquer avec lui, l'alerter par exemple lorsque vous courrez un danger.
- C'est très ingénieux, avoua t-elle pensivement.
- Nous allons commencer dès maintenant si vous le voulez bien, proposa Marie-Louise en se penchant légèrement vers elle. Comme pour l'occlumancie, faites le vide dans votre esprit et surtout ne pensez à absolument rien. Cette étape ressemble beaucoup à la méditation et vous permettra de vous plonger dans votre subconscient pour pouvoir vous aussi trouver et exploiter le lien qui vous unit à Gabriel. Fermez les yeux tout d'abord, cela vous aidera.
Comme pour Harry quelques mois plus tôt, Daphné fit exactement ce que lui recommandait la princesse de Lamballe, bien qu'elle mit énormément de temps pour parvenir au même résultat. Tout comme lui, le vide s'invita autour d'elle, et la voix de Marie-Louise fut la seule chose dont elle se souciait désormais. Le noir l'entourant l'effraya quelque peu, et l'envie de reporter cette séance de méditation s'immisça en tel un poison dans les veines, mais une soudaine sensation de chaleur et de réconfort l'assaillit aussitôt pour une raison qu'elle ne pouvait expliquer sur le moment. Néanmoins, ce fut avant d'entendre au loin la voix d'Harry s'exprimer :
- Elle est paniquée, mais j'ai essayé de la rassurer en lui envoyant des émotions positives…
- Vous avez bien fait Gabriel, je suis fière de vous, lui répondit de la même manière Marie-Louise. Il est étonnant de voir qu'elle est capable de vous transmettre des émotions sans même encore avoir rencontré le lien magique vous unissant. Je suppose qu'il sera très facile de lui apprendre à le maîtriser…
Même si les entendre discuter comme si elle ne pouvait pas les écouter lui parut étrange, elle fut néanmoins heureuse et surtout rassurée de voir qu'Harry s'appliquait lui aussi à la faire progresser dans ses leçons, et surtout lui montrer qu'il était tout simplement là pour elle comme il le lui avait annoncé dans les écuries précédemment. La séance se poursuivit plus tranquillement même si Daphné eut l'impression de tourner en rond, mais son noyau magique fut finalement à portée de vue au bout d'un certain temps. Contrairement à Harry, son noyau ne brillait pas aussi fort que le sien et ne dégageait pas une sensation de puissance à l'état brut… Son noyau était en vérité tout ce qu'il y a de plus normal.
- Hého ? Il y a quelqu'un !? s'exclama t-elle en levant les yeux vers ce qui aurait pu être le plafond de son esprit… mais qui était tout aussi noir que le reste. Qu'est-ce que je fais maintenant ?
- Que voyez-vous Daphné ? lui demanda Marie-Louise.
- Une forme bizarre qui brille beaucoup. C'est mon noyau magique, n'est-ce pas ?
- Oui, comment est-il ? Décrivez-le-moi.
- Hé bien, il brille mais il a l'air de faiblir par moment, comme un feu sur le point de s'éteindre… Et il n'a pas l'air très énorme, enfin je veux dire que je m'attendais à ce qu'il soit plus grand. Là il fait à peine ma taille…
- C'est tout à fait normal Daphné, la rassura t-elle d'un ton apaisant. Votre noyau commence seulement à se développer véritablement et à canaliser votre magie. Au fur et à mesure que vous grandirez, vous constaterez qu'il grandit avec vous et prendra davantage de place en vous. Les premiers signes de ce développement ne seront pas difficiles à reconnaître puisqu'il s'agit tout simplement de la magie accidentelle que vous montrerez.
- Oh… Je suis rassurée, souffla t-elle de soulagement. Je croyais avoir le même noyau magique qu'un Cracmol.
Un léger rire cristallin se fit entendre, avant que Marie-Louise ne lui donna les quelques directives qu'elle souhaitait qu'elle suive pour mener à bien sa petite tâche. La première était de repérer le lien qui l'attachait au noyau d'Harry, ce qui ne lui prit que quelques secondes seulement. Le lien ressemblait à un minuscule tube fait d'une magie aussi blanche que la neige et qui semblait en constant mouvement et s'étendait aussi loin que le lui permettait sa vue. La deuxième tâche, tout aussi facile, consistait elle à tout simplement se saisir ou à défaut de toucher cette mince bande de magie pure pour établir le contact avec elle, ce qu'elle fit aussitôt. Un brusque frisson la parcourut dès que sa peau entra en contact avec le lien, mais hormis le fait qu'elle eut la sensation que la magie circulant à l'intérieur se promenait en elle sans pour autant cesser sa route, rien ne se passa, du moins rien d'extraordinaire.
- Maintenant essayez de faire passer une émotion à travers ce lien, peu importe laquelle. Pensez simplement à quelque chose de très fort pour vous, un souvenir heureux ou triste, un moment qui vous aurait effrayé ou fortement amusé au cours de votre vie…
Là encore, la facilité fut déconcertante pour elle, et en un rien de temps, le choix se porta sur sa toute première rencontre avec Harry, une journée qui encore aujourd'hui lui faisait prendre encore conscience du tournant qu'avait eu sa vie à ce moment là. Peur de l'avenir, joie à l'idée d'avoir rencontré Harry, anxiété pour ce qui était du contrat de mariage… Toutes les émotions lui passaient par la tête lorsqu'elle y pensait, mais la plus forte était sans nul doute le bonheur car cette journée avait tout simplement été une journée inoubliable et merveilleuse pour elle. Daphné essaya de son mieux de montrer à quel point cette journée comptait pour elle et la sérénité qui découlait de cela, bien qu'elle songea également au fait qu'elle aurait l'air particulièrement idiote si sa tentative ne fonctionnait pas.
- Bonté divine Daphné, encore un peu et je pleurerai presque de joie, décréta Harry d'une voix tout aussi lointaine que tout à l'heure.
- Revenez à vous, lui intima Marie-Louise. Nous en avons terminé pour aujourd'hui.
Daphné n'eut pas besoin de se le faire répéter deux fois, mais en revenant dans le monde réel, une soudaine fatigue se fit ressentir, et il en fallut de peu pour qu'elle ne s'écroule sur sa chaise.
- Merlin… Je me sens si… épuisée…, souffla t-elle avant de boire avidement le verre d'eau que venait de faire apparaître la mère d'Harry.
- Vous avez fait le plus dur, Daphné. Encore une semaine de travail et vous n'aurez même plus besoin de vous plonger aussi longuement dans un état méditatif.
- Combien de temps suis-je restée ainsi ? s'enquit t-elle d'une voix curieuse.
- Environ… une heure et trente minutes, l'informa Harry en regardant l'horloge installée quelques mètres plus loin. Tu as fait pire que moi !
- C'est ma première fois ! répliqua t-elle plus durement qu'elle ne l'aurait voulu. Je commence seulement à apprendre la magie moi !
Ce fut seulement à ce moment là que Daphné remarqua que les yeux d'Harry était étrangement brillant, comme si… il avait pleuré.
- Tu as pleuré ? lui demanda t-elle d'ailleurs en observant son visage.
- Tes émotions sont très fortes, dit-il simplement en refermant son livre de runes. Mère m'a demandé de baisser mes barrières d'occlumancie pour évaluer le degré de puissance de tes émotions, et je dois avouer que je n'ai pas été déçu. Je me demande bien à quoi tu as bien pu penser qui puisse te rendre aussi heureuse…
- Ah rien, dit-elle précipitamment en détournant le regard, visiblement gênée. Rien du tout !
Harry fut bien tenté de lui demander davantage d'informations, mais un simple regard de sa mère lui fit comprendre qu'il ne devait pas forcer sa fiancée à lui raconter le moindre de ses secrets.
- Nous reprendrons cette leçon demain si vous ne voyez pas d'inconvénient, ma chère, l'informa Marie-Louise en rangeant soigneusement les livres dans leur emplacement d'origine en utilisant cette fois-ci la magie sans-baguette. Au regard de l'état dans lequel vous êtes pour le moment, il serait risqué de vous replonger à nouveau dans l'exploration de votre subconscient sans vous épuiser totalement.
- Alors, nous avons terminé les cours pour le reste de la journée ? demanda t-elle avec un légère pointe de déception.
- Oh grand Dieu, non ! Vous allez pour les heures qui viennent suivre un entrainement très intéressant en compagnie de Gabriel…
- Quel est-il ? dit-elle avec excitation.
- Un cours intensif de bonne manière et de savoir-vivre, lui répondit Harry en se levant de sa chaise. J'apprends actuellement les différentes façons de saluer une personne selon son statut et son rang, avant de passer à la géographie et aux mathématiques. Quant à toi, hé bien… Peut-être t'apprendra t-elle à marcher correctement et non pas de la même façon qu'un bœuf échappé de son enclos.
- Harry James Potter ! Tu vas payer pour ce que tu viens de dire ! s'écria t-elle en le poursuivant jusqu'à l'extérieur de la bibliothèque. Je marche aussi gracieusement que toi, et même plus encore !
Marie-Louise les regarda sortir de la pièce avec étonnement, incapable de dire le moindre mot ou même de leur reprocher leur comportement. Ce n'était après tout que des enfants, et même les plus grands cours de savoir-vivre ne pouvaient pas faire disparaître les réactions immatures des jeunes de cet âge là, elle-même en était consciente. Et puis, la présence de Daphné avait amené au château quelque chose dont elle venait de découvrir l'existence seulement maintenant : Un brin de folie, accompagné par des rires et… de la gaieté tout simplement. Même lors du séjour des Delacour, elle n'avait pas ressenti cela, bien que Gabrielle fût quand même une adorable petite fille pleine de vie qui égayait l'humeur de chacun par sa seule présence.
Mais maintenant, le château de Lamballe prenait véritablement vie, et son fils n'avait pas paru aussi heureux depuis longtemps. Pour combien de temps encore ? Tel était la question, mais pour l'heure, elle ne préférait pas y penser. Voir son fils heureux suffisait à son propre bonheur, et si Daphné en était la cause, alors elle tâcherait de la garder auprès d'Harry aussi souvent qu'elle le pouvait.
A/N : Donc voilà, chapitre bouclé ! J'espère que vous ne l'aurez pas trouvé ennuyant, même si il est quand même assez répétitif par rapport à celui sur le premier jour d'Harry à Lamballe.
Donc pour les deux questions avant que je n'oublie :
- étant donné que les machines à vapeur n'existent pas encore à ce moment là, le Poudlard Express lui-même n'a pas lieu d'être, alors auriez-vous une idée sympathique permettant aux élèves d'y aller ? Je choisirai celle qui me semblera la plus logique voir la plus drôle.
- L'esclavage existait encore au début du XIXème siècle (Napoléon le rétablira même en 1802, lorsque l'Angleterre elle l'abolira en 1807), par conséquent je me questionne par rapport aux élèves ayant la couleur de peau noir : Peuvent-ils être élèves à Poudlard ? Pour Blaise Zabini je n'ai pas vraiment de difficulté à le voir y aller vu qu'il est un Sang-Pur et que sa famille semble très riche (même si il aurait droit quand même aux remarques racistes), mais pour Dean Thomas et Angelina Johnson, là je sèche... Je les imagine mal s'intégrer au beau milieu d'élèves ayant de forts préjugés haineux envers eux pour être honnête. Et vous ?
Bon maintenant petite note informative :
La Beuchelle* : C'est un plat que j'ai déjà eu l'occasion de déguster une fois et qui est originaire de Tours et qui se compose de ris de veau, de rognons et de champignons. Franchement j'ai trouvé ça délicieux !
L'andouillette de Troyes : Bon là j'en ai déjà fait une grosse description dans le chapitre, mais là encore, malgré son aspect vraiment peu ragoutant, c'est un plat qui se mange facilement (du moins si l'on aime le porc).
J'espère que le cours vous aura intéressé aussi, je me suis dit qu'il fallait trouver une autre alternative à ce lien magique crée par le contrat de mariage, et la transmission des sentiments et émotions me semblait plutôt intéressante. Cela leur permettra de pouvoir sentir si l'autre est en danger, en colère, heureux... un peu comme le don d'empathie quoi !
Pour les runes, j'ai trouvé un dictionnaire sur Internet qui mêlait tous les langages celtiques, breton etc à l'anglais ; Je ne sais pas si ce sont les termes exacts, mais j'ai trouvé leur consonance sympathique, et puis au moins vous avez eu un autre aperçu de ce qu'apprend Harry ! J'utiliserai de temps à autre les runes d'ailleurs, bien que je vais également y ajouter l'emploi des amulettes égyptiennes (comme me la si gentiment conseillé un ou une reviewer... Hermystic peut-être ? ^^).
Donc prochain chapitre dans... Hm... Moi-même je ne sais pas : J'ai commencé à l'écrire mais vu ce que je vais mettre dedans, je doute que je puisse le finir pour samedi prochain. En tout cas attendez-vous à de l'action, à des cris, des larmes, des... Non il vaut mieux que je me taise.
Sur ce, à bientôt !
