Chapitre 14

Le temps que dimanche arrive, Sam était presque épuisée. Entre les préparations pour le retour de Jon à la maison, il y avait les affrontements verbaux qu'elle continuait d'avoir avec Jeff. Ils faisaient une petite fête pour souhaiter la bienvenue à Jon, et elle insista pour que Jack y assiste. Sam était au milieu du nettoyage de la salle de bain lorsque Jeff décida que c'était le moment pour leur dernier round d'affrontement.

« Ecoute, Sam », commença-t-il d'une façon plutôt diplomatique, « est-ce vraiment nécessaire qu'O'Neill soit là ? J'apprécie ce que le gars a fait, mais c'est censé être juste pour la 'famille'. Maman et Papa, Mike, Cindy et leurs familles. Il va se sentir un peu déplacé. »

« Jon veut qu'il soit là, » dit Sam, écartant ses cheveux humides de sueur de son visage avec le dos de la main. « Il l'a invité lui-même. Je ne vais pas aller voir Jack et lui dire qu'il ne peut pas venir. » En fait, Sam priait pour que Jack soit là. Elle avait besoin d'un soutien affectif pour faire face à une pièce remplie de Greenfield désapprobateurs.

Jeff s'appuya contre le mur que Sam venait juste de nettoyer, plaçant une empreinte de boue sur les carreaux brillants, recevant un regard coléreux de Sam. Il était tellement inconscient de certaines choses qu'elle avait envie de crier.

« Jeff ! Je viens de nettoyer ça ! Tu as un évier dans ton atelier ! Pourquoi diable ne peux-tu pas l'utiliser ? »

« Tu vois, Sam ? C'est ce que je veux dire. Lui venant ici t'incite à tout nettoyer. »

Sam dut presque y réfléchir à deux fois. Qu'est-ce que la présence de Jack avait quelque à faire avec lui mettant le bordel dans la salle de bain qu'elle venait de nettoyer ?

« Il vient, » affirma-t-elle d'un ton sans réplique, essuyant le meuble et le lavabo une fois encore. « Tu n'as pas à lui parler, et tu n'as pas à l'aimer, mais il 'vient' ! Il a sauvé la vie de notre fils ! Je ne vais pas l'exclure ! » Sam le frôla en passant à côté de lui, mettant pour de bon fin à leur dernière dispute.

Entrant dans la chambre, elle fit claquer la porte, la verrouillant derrière elle. 'Faites seulement qu'il me laisse seule cinq minutes !' pria-t-elle silencieusement. Depuis que son père s'était montré, et que Jeff avait eu sa petite 'conversation' avec Jack, Jeff ne la quitta quasiment pas. Que ce soit pour l'empêcher de rencontrer Jack ou simplement pour la rendre folle, Sam ne le savait pas. Tout ce qu'elle savait était qu'elle ne pourrait en supporter beaucoup plus. Jon allait avoir besoin d'encore plus d'attention maintenant qu'il allait être à la maison et elle ne pourrait pas s'occuper de trois enfants en même temps.

Entrant dans la douche, Sam nettoya rapidement les tâches sur son corps provenant de son ménage. Permettant à son esprit de dériver, Sam rêva qu'elle partageait sa douche avec Jack. Elle ne l'avait plus vu seul depuis le jour où il l'avait entraînée dans ce petit débarras à l'hôpital, et il lui manquait. C'était probablement plus pour elle-même que Jon qu'elle insistait pour que Jack soit là.

Entendant quelqu'un dans l'autre pièce, elle arrêta la douche. Merde. Il avait trouvé le passe des portes de la maison. Elle aurait à le cacher mieux la prochaine fois. Sam soupira en se séchant rapidement, détestant devoir entrer nue dans la chambre avec lui à l'intérieur. Elle n'avait pas pensé à apporter ses vêtements avec elle, présumant que la porte verrouillée le garderait à l'extérieur. Enroulant une serviette autour d'elle, elle entra dans la chambre.

« Chérie, tu avais verrouillé la porte par erreur, » dit-il en souriant.

« Ce n'était pas une erreur, Jeff. Je voulais un peu d'intimité. Ca a été une longue semaine et je voulais être seule quelques minutes avant que toute ta famille nous envahisse, d'accord ? Alors, si tu me donnes un peu de temps, je serai hors d'ici dans quelques minutes. »

Jeff resta enraciné à sa position, incitant Sam à mettre ses mains sur les hanches, le fixant.

« Eh bien ? »

« Eh bien quoi ? Tu peux t'habiller. J'ai déjà tout vu avant. »

Sam rougit. Simplement parce qu'il avait 'déjà tout vu avant' ne signifiait pas qu'elle voulait le laisser tout voir maintenant.

« S'il te plait, Jeff, voudrais-tu sortir ? »

« Non. »

« Non ? »

« Tu m'as manqué, Sam », dit-il, s'avançant lentement vers elle. « Ce que nous avions avant m'a manqué, avant qu'O'Neill ne vienne. Nous pouvons l'avoir à nouveau. »

Sam commença à paniquer, regardant autour d'elle pour une quelconque arme déciderait-il de devenir violent. Elle ne s'était jamais inquiétée qu'il tenterait de lui faire du mal auparavant, mais elle n'avait jamais vu cette expression dans ses yeux.

« Tes parents seront ici d'un instant à l'autre, » tenta-t-elle de le raisonner.

« Nous avons le temps, » dit-il, continuant d'avancer.

« Je dois voir ce que fait Kelsey, » dit-elle. « Je n'ai pas vérifié depuis un certain temps. »

« Elle va bien, elle joue avec ses poupées. »

« Jeff ! J'ai encore du travail à faire ! »

« Ca attendra, » dit-il, l'agrippant par le bras si durement qu'elle cria de douleur.

« Jeff ! Tu me fais mal ! »

« Et tu ne crois pas que de te voir te pâmer devant O'Neill ne me fait pas mal. Tu verras, Sam. Je peux t'aimer aussi bien que lui. Mieux. » Il arracha la serviette, la poussant sur le lit.

« S'il te plait, Jeff, » supplia-t-elle, des larmes commençant à couler sur ses joues. « Ne fais pas ça. Je ne te le pardonnerai jamais. »

« Je te pardonne, » dit-il, faisant un « tssst » et agitant un doigt devant elle. « Dormir avec ton supérieur, oops, 'ancien' supérieur, n'est pas bien pour une femme mariée, tu sais. Mais je suppose que tu ne peux t'empêcher d'être une pute, n'est-ce pas ? C'est quelque chose de commun chez les militaires, n'est-ce pas ? Dormais-tu avec Daniel, et ce Teal'c aussi ? Je ne serais pas surpris si Jon n'est pas le fils de Jack non plus, excepté le fait qu'il lui ressemble tant. Question de chance, je suppose, hein ? »

Il avait vraiment découvert la nuit qu'elle avait passée avec Jack ! Il avait dû mettre à exécution sa menace de les faire suivre.

Sam le gifla si violemment qu'elle le fit tomber d'elle. « Bâtard ! »

« Non, ça devrait s'appliquer à notre fils, » dit-il, d'un ton neutre. « Jusqu'à ce que je fasse de toi une femme honnête, bien sûr. »

Elle pleura à nouveau. « Comment peux-tu dire des choses aussi horribles sur Jon ? Déteste-moi autant que tu veux, mais il est ton fils ! »

« Il était mon fils. Maintenant tu as fait clairement savoir que tu voulais que Papa Chéri prenne la place. Je ne renoncerai pas à lui. Ni à toi non plus. Si tu fais un geste pour me quitter, » dit-il, soulignant sa gorge d'une main, « j'éliminerai la raison. Je le tuerai. »

Sam haleta. « Tu ne ferais pas ça ! »

« Chiche, Sam. Je sais tout sur les accidents. »

Sam commença à nouveau à se débattre contre lui, alors que Jeff la tenait de force sur le lit, baissant la tête, lui donna un baiser brutal, l'incitant à lui mordre la lèvre inférieure.

« Putain ! » cria-t-il, essuyant le sang de sa bouche. Sam grimaça, attendant qu'il la frappe.

« Non, Sam, je ne vais pas te frapper. Je ne voudrais pas gâter ce visage parfait et hypocrite, n'est-ce pas ? »

Juste alors, le carillon de la porte sonna. Merci mon Dieu ! Ellen et Darrell étaient ponctuels. « C'est probablement tes parents, » dit Sam d'une voix rauque.

« Sauvée par le gong, hein, Sammy ? Fais-moi confiance. Nous continuerons cela plus tard. » Jeff s'enleva d'elle, remettant ses vêtements en ordre. « Oh, et porte une robe, d'accord ? J'aime quand tu es jolie. Ca me fait presque oublier que tu étais un soldat. »

Sam resta étendue sur le lit pendant quelques minutes, simplement tremblante. Durant toutes les années au cours desquelles elle avait connu Jeff, elle ne l'avait jamais cru capable de violence physique. Ils avaient certainement eu leurs lots de batailles verbales, mais il ne l'avait jamais malmenée. S'il essayait à nouveau, elle serait prête pour lui. Sa technique de combat au corps à corps était peut-être un peu rouillée, mais elle se rappelait les bases. Elle était plus inquiète des menaces que Jeff avait faites envers Jack. Non pas qu'il ne pouvait pas prendre soin de lui-même, mais si Jeff voulait lui faire du mal, il trouverait un moyen.

Sam se leva lentement, traversant la salle de bain pour se passer un peu d'eau sur son visage, espérant masquer le fait qu'elle avait pleuré. Elle n'avait pas besoin qu'Ellen lui pose des questions en ce moment. Elle baissa les yeux sur ses bras et les bleus qui commençaient à se former. Cela faisait mal quand elle levait les bras, mais ce n'était rien qu'elle ne pouvait supporter.

Jetant un coup d'œil à sa penderie, Sam dépassa la robe qu'elle avait prévue de porter initialement pour faire plaisir à Jeff, et sortit un jean et un t-shirt à manches longues. Ce n'était pas la peine que tout le monde voit les bleus que Jeff avait laissés sur ses bras.

ooo

Sam entendit Jeff accueillir sa famille alors qu'elle s'habillait rapidement, et séchait ses cheveux. Elle n'était pas impatiente de les affronter. Surtout à la lumière de ce qui venait juste de se passer. Si l'incident s'ébruitait, indépendamment de qui l'avait provoqué, elle était certaine que tous les Greenfield la blâmeraient. Elle était l'élément extérieur. Jon et elle-même. Elle n'avait jamais été plus consciente de cela qu'elle ne l'était aujourd'hui.

Entrant dans le salon, Sam se colla un grand sourire sur le visage. « Ellen ! Darrell ! Je suis heureuse que vous ayez pu venir ! »

« Bonjour, Samantha, » dit la petite femme grisonnante, la serrant dans ses bras brièvement. Elle était impeccablement habillée comme d'habitude, donnant à Sam un regard légèrement désapprobateur lorsque son regard balaya ses vêtements décontractés.

« Darrell, c'est bon de vous revoir. Je suppose que nous nous sommes manqués à l'hôpital, » dit-elle, l'étreignant également. A l'exception de sa taille, Jeff ressemblait davantage à sa mère qu'à son père.

« Mike et Cheryl ont dit de vous dire qu'ils seront un peu en retard et Cindy et Tom devaient déposer la fille de Tom chez sa mère. Honnêtement, cette histoire de garde est ridicule. Cela ne peut être sain pour les enfants, » dit Ellen.

« C'est mieux que de vivre dans une maison où il n'y a pas d'amour, » dit Sam, regardant délibérément Jeff.

« Oui, eh bien, au moins c'est 'une' chose dont vous n'avez pas à vous soucier, n'est-ce pas, chérie ? Jeff est un homme tellement aimant. Si généreux, surtout concernant Jon. Où est-il, au fait ? »

« Jack le ramène. »

« Vous n'avez même pas été le chercher vous-même ? » demanda Ellen, la désapprobation dans sa voix.

« Jack vit à environ dix minutes de l'hôpital, » dit Sam, offrant aux parents de Jeff un siège. « Cela semblait un peu idiot de conduire jusque là-bas alors qu'il allait de toute façon venir. De plus, Jon et Jack sont devenus très proches. Jon était excité que ce soit Jack qui le ramène. »

« Oh, alors Jack se joindra à nous ? » dit Ellen, sa voix étant à nouveau réprobatrice, alors qu'elle regardait son fils.

« Oui, Mère, il sera là aujourd'hui. Jon l'a invité. »

« Eh bien, n'est-ce pas sympathique qu'ils se connaissent mieux, » sourit Ellen avec hypocrisie.

« Jon s'entend plutôt bien avec lui, en fait, » dit Jeff, sa main serrant l'épaule de Sam, presque au point de lui faire mal. « Tout ce que j'entends de lui ces jours-ci est 'Jack ceci, et Jack cela.' »

« Tu es si compréhensif, » dit Ellen, lançant un regard affectueux à son fils. « Vous ne savez pas combien vous avez de la chance, Samantha. »

Sam ne put supporter davantage de commentaires d'Ellen et s'excusa pour aller vérifier le repas. Une fois dans la cuisine, elle respira profondément, ressentant une certaine dose de soulagement à être seule, même si ce n'était que pour un instant. Elle était impatiente que le frère et la sœur de Jeff arrivent avec leurs époux respectifs. Au moins avec Chéryl et Tom, elle avait un petit « soutien » contre les Greenfield. Elle se rappelait un Noël où elle avait un peu trop bu et s'était confiée à Cheryl combien elle trouvait difficile d'essayer de s'intégrer à la « vieille garde » de la famille Greenfield. Cheryl fit écho à ses sentiments et elles avaient été des alliées depuis lors.

Fixant l'extérieur par la fenêtre, elle vit le monospace de Mike et Cheryl se garer et leurs trois enfants en sortir, chacun courant pour atteindre la porte. Kelsey les accueillit avant même qu'ils n'entrent dans la maison, les emmenant dans le jardin à l'arrière. Sam ouvrit la porte avec un sourire.

« C'est bon de vous voir, » dit-elle, vraiment heureuse que les renforts soient arrivés. Mike la dépassa pour parler à ses parents, et Cheryl leur fit simplement un geste de la main alors qu'elle se tournait vers Sam.

« Comment ça se passe ? »

« Tu sais, Ellen est Ellen. »

La grande brune acquiesça d'un air entendu. « Je suis heureuse que ce soit chez toi aujourd'hui et non chez moi, » dit-elle. « J'ai une crise cardiaque à chaque fois qu'ils viennent sans avertissement. Ma maison ne sera 'jamais' assez propre pour elle. »

Sam sourit d'un air compréhensif.

« Alors, où est Jon ? Et ce Jack dont j'ai entendu parler ? »

« Tu as entendu parler de Jack ? » demanda Sam, se demandant ce que la famille de Jeff avait dit de lui.

« Seulement qu'il est un de tes vieux amis qui était un donneur pour la transplantation de Jon. J'ai essayé d'en apprendre plus de la vieille, mais elle n'aime pas en parler. Cindy n'a pas non plus été très communicative. Ni Mike. J'espérais avoir la chance de le rencontrer. »

« Tu le rencontreras. Il ramène Jon de l'hôpital. »

« Vraiment ? J'aurais pensé que toi ou Jeff auriez voulu le faire. » Sam, une fois encore, expliqua la logique de Jack le ramenant, et Cheryl en convint.

« Alors, il vit dans la ville ? »

« Eh bien, il a une maison à Colorado Springs, mais il a pris un appartement à St. Paul pour être plus prêt de Jon pendant qu'il était à l'hôpital. »

« Wow, » dit Cheryl. « Ca c'est un ami. »

Sam ne manqua pas l'implication derrière ses mots. « En fait, lui et Jon sont devenus assez proches, » dit-elle, espérant dévier le train de pensées de Cheryl.

« Oh, regarde. Cindy et Tom sont là. Il semble qu'ils attendent tous que Jon soit là, » dit Cheryl. « Je suis vraiment surprise qu'Ellen ait pardonné à Cindy d'avoir épousé un homme divorcé avec un enfant. C'est tellement 'inconvenant', » rit-elle.

Sam essaya de réfréner son sourire lorsque Cheryl énonça « inconvenant » comme Ellen l'aurait fait.

« Oui, elle doit certainement maintenir les apparences, non ? » dit Sam. « J'aurais été parfaitement heureuse de vivre n'importe où en ville, mais Ellen a insisté que les Greenfield ont 'toujours' vécu à Edina. »

« J'ai moi-même un faible pour Roseville, mais tu connais Mike, il n'aurait jamais voulu être en désaccord avec ce que pense sa mère. Au moins, Cindy a un peu de rébellion en elle. »

Une Cindy très enceinte entra dans le salon avec Tom la soutenant gentiment. Cela rappela à Sam combien Jeff était attentionné, surtout quand elle était enceinte avec Kelsey. Tout le monde s'échangea les salutations, discutant alors qu'ils attendaient l'arrivée de Jack et de Jon. Alors que le temps s'écoulait, il était évident qu'Ellen devenait impatiente.

« Il n'est certainement pas ponctuel, n'est-ce pas ? » dit-elle, fixant Sam, comme si c'était sa faute que Jack soit en retard.

« Le trafic est horrible, » dit Cindy. « Il est probablement coincé quelque part sur la voie express. »

« Tu es si indulgente, chérie, » dit Ellen, tapotant la main de sa fille.

« Et vous savez comment est la paperasse à l'hôpital, ils n'arrivent probablement pas à retrouver le formulaire de sortie, » ajouta Tom.

Tout le monde sourit poliment, mais la conversation s'était arrêtée. Même s'ils étaient une famille, il semblait qu'ils avaient épuisé la conversation.

Ellen tripota son collier. « Eh bien, à ce train-là nous aurions pu aller à l'église. Vous savez combien je déteste manquer la messe. »

'Ouais, la communauté spirituelle entière va se flétrir et mourir parce que vous avez manqué d'y faire une apparence, n'est-ce pas ?' pensa Sam amèrement.

« Samantha, j'ai entendu dire que votre père était ici pour une visite, » dit Ellen.

« Oui, il était ici pendant trois jours, mais il devait repartir. »

« Quel dommage qu'il ne puisse se joindre à nous aujourd'hui. Je ne crois pas que j'ai vu votre père depuis que Kelsey est née. »

« Il est assez occupé. »

« Oui, pour un homme en retraite, il l'est certainement. »

« Il fait beaucoup de bénévolat. Je pense qu'il deviendrait fou s'il n'avait pas quelque chose à faire. »

Ellen sourit simplement, continuant de jouer avec son collier. Juste à cet instant, Sam entendit un véhicule se garer. Regardant par la fenêtre elle aperçut la voiture de location de Jack.

« Il est là, » annonça-t-elle. Jeff commença à se diriger vers la porte, mais Sam l'arrêta.

« Je vais l'aider. Tu peux peut-être voir si quelqu'un veut une autre boisson ou quelque chose. » Elle pouvait dire qu'il n'aimait pas avoir été congédié à jouer le barman, mais elle avait besoin d'un peu de temps seule avec Jack pour l'avertir que les vautours l'attendaient pour lui sauter dessus. Elle l'avait averti déjà une fois, mais ils étaient pires qu'elle ne l'avait anticipé. Cette arrivée tardive n'allait pas aider les choses.

Sam atteignit la voiture de Jack alors qu'il ouvrait la portière pour Jon.

« Désolé, nous sommes en retard. Tu ne croirais pas le tracas qu'il y a eu pour sa sortie parce que je ne suis pas listé comme parent ou tuteur ! Même si tu as signé les formulaires et qu'ils m'ont vu là-bas pendant plus d'un mois, il a fallu qu'ils vérifient 'tout' deux fois !

« Eh bien, je suppose que c'est un soulagement de savoir qu'ils font les choses avec sérieux, » Sam haussa les épaules. « Comment vas-tu, Chéri ? »

« Je vais bien, Maman. Tout le monde est déjà là ? »

« Oui, ils sont impatients de te voir ! » Sam aida Jon à sortir de la voiture. Il avait un peu de difficulté à se tenir debout, mais après un moment il sembla plus stable. Sam s'avança pour lui donner un coup de main, mais Jon l'arrêta.

« Je veux essayer de le faire tout seul, d'accord ? »

Sam jeta un coup d'œil à Jack. Il haussa les épaules, haussant les sourcils. « Laisse-le essayer, » dit-il.

Sam était juste derrière lui, au cas où il commencerait à faiblir, et Jack était à ses côtés.

« Comment vas-tu ? » articula silencieusement Sam à Jack, derrière Jon pour qu'il ne puisse pas la voir poser la question.

« Ca va, » sourit-il, sans dire à haute voix le mot. Jetant un coup d'œil en direction de la maison, essayant de voir si quelqu'un pouvait les voir de cet angle, Sam tendit une main et toucha la main de Jack.

« Comment ça va, mon pote ? » demanda Jack, regardant le visage de Jon.

« Ca va, » dit-il, mais il était presque essoufflé. Sam remarqua la sueur commençant à se former sur son front et combien il était pâle. Elle était sur le point de lui donner un coup de main quand Jack la retint.

« Laisse-le faire tout seul, » dit-il, « il a besoin de le faire par lui-même. »

Sam hocha la tête en regardant Jon s'efforcer de continuer son chemin vers la maison. Alors qu'il s'approchait des marches, Jeff sortit d'un bond de la maison, balayant Jon dans une forte étreinte.

« Tu l'as fait ! Tu as battu cette chose et tu es à la maison ! » Jeff le souleva, le portant dans la maison, au milieu des protestations de Jon disant qu'il voulait marcher tout seul. Une fois que Jon fut déposé avec sa famille, Jeff tira Sam sur le côté.

« Que pensais-tu faire à le laisser marcher jusqu'ici comme ça ! Essaies-tu de le renvoyer à l'hôpital à nouveau, simplement pour que tu puisses être avec ton amant ? »

« Jeff ! » avertit Sam en chuchotant tout haut. « Il voulait le tenter lui-même. Il n'est plus un bébé ! Et de plus, nous étions juste à côté s'il commençait à avoir des problèmes. »

« Jeff, tu dois être si heureux d'avoir Jon à la maison, » dit Cindy, interrompant leur dispute.

« Oui, je le suis. Nous le sommes. N'est-ce pas, Chérie ? » dit-il, reprenant une humeur plaisante si rapidement que Sam n'avait plus aucun doute dans son esprit que quelque chose n'allait définitivement pas avec Jeff. Comme si le petit épisode dans la chambre n'avait pas été suffisant !

« Oui, » sourit-elle à sa belle-sœur. « Il n'y a rien de pire que d'avoir un enfant à l'hôpital. C'est tout à fait un soulagement de l'avoir ici avec nous. »

« Il semble un peu pâle et fatigué, mais je suppose qu'il fallait s'y attendre. »

« Oui, mais il va beaucoup mieux qu'il y a quelques semaines, » dit Sam, jetant un coup d'œil à Jack, souhaitant qu'il y ait un moyen de lui parler. Peut-être que si elle allait dans la cuisine, il trouverait un moyen de la suivre sans attirer trop d'attention.

Comme si lisant son esprit, Jack parla. « Sam ? Tu veux me donner un coup de main avec les affaires de Jon ? »

« Bien sûr, » répondit-elle, s'écartant du bras que Jeff avait placé autour de ses épaules.

« Je peux l'aider avec ça, » offrit Jeff, mais Sam refusa.

« Non, reste avec ta famille. Ca ne prendra qu'une minute. »

Ils étaient à peine dehors que Jack demanda, « Sam ? Est-ce que tout va bien ? »

Elle s'était promise qu'elle allait être forte et ne pas lui dire combien elle était effrayée, mais l'inquiétude dans sa voix brisa sa résolution.

« Non, je ne vais pas bien, mais nous ne pouvons pas en parler ici. Ca ne fera que rendre les choses pires. » Changeant de sujet, elle le remercia pour avoir amené Jon.

« D'accord, je laisse tomber pour le moment, mais quand tu le pourras, je veux que tu me dises ce qui ne va pas. »

« Je le ferai, Jack. Ecoute, Ellen semble être dans une sacrée forme aujourd'hui, alors ne la laisse pas te coincer. Je suis désolée que tu doives marcher dans cet antre de serpents. »

« Hé, j'ai eu beaucoup d'entraînement avec les têtes de serpent, tu te rappelles ? » essaya-t-il de plaisanter.

Sam essaya de sourire, mais cela ressembla plus à une grimace. « Tu vas en avoir besoin. »

ooo

Jon fut immédiatement entouré par tantes, oncles, et cousins, tous lui souhaitant la bienvenue à la maison. Kelsey avait réussi à se faufiler à travers la foule pour donner à son grand frère une étreinte.

« Veux-tu venir jouer à l'armée avec nous, Jon ? » demanda-t-elle, provoquant le rire de toute la famille à son impulsivité.

« Chérie, Jon a besoin de se reposer un peu avant qu'il puisse jouer avec toi. En fait, je pense que ce serait une bonne idée qu'il se repose avant le dîner, » dit Sam. Il y eut un chorus de grognements déçus de tous les enfants, mais Sam resta ferme.

« Tu n'as pas à dormir, Jon, simplement rester étendu. Ils peuvent venir avec toi. »

« Venez ! » cria Kelsey. « Jon a des jouets vraiment cools ! »

« Hé ! » protesta Jon, essayant de se maintenir avec les enfants courant vers sa chambre. « Maman ! Ne les laisse pas mettre la pagaille dans mes affaires ! »

Sam posa une main rassurante sur l'épaule de son fils. « Je ne les laisserai pas faire. Allons t'installer, d'accord ? »

« Je vais le faire, Sam, » offrit Jack, secrètement heureux d'avoir une excuse pour quitter la pièce avant que l'inévitable interrogatoire ne commence.

Quand il revint, Jack fit sa tournée, accompagnant Sam alors qu'elle l'introduisait à la famille de Jeff. Il avait rencontré Ellen et Darrell brièvement à l'hôpital, mais les autres étaient nouveaux pour lui. Le frère de Jeff et sa sœur, et leurs femme et mari semblaient assez sympathiques, mais il pouvait dire qu'il y avait définitivement une différence entre ceux nés Greenfield et ceux qui étaient entrés dans la famille par le mariage.

Jack remarqua Sam se diriger vers la cuisine et était sur le point de la suivre quand Ellen l'intercepta.

« Mr. O'Neill, » dit-elle. « Ou peut-être devrais-je vous appeler Général ? »

« Eh bien, en fait, je préférerais que vous m'appeliez 'Jack', » dit-il, prenant une gorgée de sa bière.

« Un peu tôt dans la journée pour boire, non ? »

'Quoi ? Il est passé midi !' pensa Jack, mais à la place il haussa seulement les épaules. « Je suppose que cela dépend de votre perception de tôt. »

Ellen lui fit un sourire factice. « Oui, sans doute... Alors, combien de temps prévoyez-vous de rester dans notre belle cité ? »

'Je n'étais pas au courant que vous en étiez propriétaire,' pensa ironiquement Jack. Il devrait vraiment arrêter de penser ainsi, mais il avait eu juste assez de bière et trop peu de nourriture pour réfréner son esprit sarcastique.

« Je ne sais pas, » dit-il. « En fait, je réside dans 'l'autre' belle cité. Mon appartement est à St. Paul. »

« Oh ? Je ne savais pas que vous aviez acheté un appartement. »

« Non, je ne l'ai pas acheté, je le loue. » La déclaration fut totalement ignorée par Ellen, et Jack se retrouva encore plus d'humeur à jouer avec elle.

« Alors, je comprends que vous et Samantha vous vous connaissez du temps où vous étiez militaires. »

« Oui, elle était sous mon commandement pendant un peu plus de trois ans. »

« C'est tellement difficile d'imaginer Samantha dans l'Air Force. C'est tellement contraire à sa vie de maintenant. Et elle n'en parle jamais. Presque comme si elle veut se distancer elle-même de ce style de vie. »

'Sam avait raison. Elle 'est' douée !' pensa-t-il. « Je ne sais pas si elle essaie de se distancer elle-même de ça. Elle n'en parle sans doute pas beaucoup à cause de l'animosité que vous tous semblez avoir contre les militaires. »

Les yeux d'Ellen s'étrécirent en regardant Jack. « Pourquoi, je ne crois pas que j'ai jamais exprimé... »

« Je doute que vous ayez déclaré cela ouvertement, mais Sam est une fille intelligente. Elle n'a pas besoin d'une feuille de marque pour savoir où elle se situe avec vous tous. »

« Je n'ai rien contre Samantha. Mais c'est évident qu'elle était un peu, comment dirais-je cela, imprudente ? Quand elle était 'sous votre commandement', comme vous l'avez dit. »

« Je ne suis pas certain de ce que vous voulez dire, » dit Jack prudemment.

« Eh bien, Jack, il est évident pour nous tous qui est le père de Jon. Même sans la preuve de la compatibilité de la moelle osseuse. »

Jack avala le reste de bière, attendant qu'elle continue.

« Bien sûr, en tant que la femme de mon fils, je ne mentionnerais jamais rien de tout cela devant elle, mais cela prouve ma croyance que 'l'indélicatesse' et 'l'armée' vont de paire. »

'De quoi diable parle-t-elle ?' se demanda Jack. D'abord, il avait pensé que Sam avait été peut-être un peu paranoïaque quand il en venait à la famille de Jeff et leur attitude envers les militaires, mais maintenant il voyait ce qu'elle voulait dire. Il y avait ici bien plus qu'il ne pouvait discerner, et cela l'ennuyait.

« Mme. Greenfield, j'ai peur que vous m'ayez pris à mon désavantage. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous voulez dire. »

« Jack, je pensais que nous en étions à nous appeler par nos prénoms, » dit-elle, son sourire presque sauvage.

« Très bien, Ellen, » dit Jack, sentant sa colère commencer à monter. Il n'aimait pas son ton ni la façon dont elle calomniait Sam derrière sa façade de grands mots. « J'aimerais savoir ce que vous entendez par votre dernière déclaration. Pourquoi pensez-vous qu'indélicatesse et l'armée vont de pair ? »

« Eh bien, tout ce que vous avez à faire est de regarder les journaux, écouter les nouvelles pour voir la preuve des erreurs que les militaires ont faites. Et les tentatives d'étouffement des affaires qui ont lieu presque quotidiennement. Parlant d'étouffement d'affaires, je crois savoir que notre Samantha est une experte en tromperie. »

Maintenant Jack était vraiment en colère. Ellen se référait-elle à ses sentiments redécouverts et à ceux de Sam pour l'un l'autre ou à quelque chose d'autre ?

« Puisque nous ne vous avons pas rencontré avant que Jon ne tombe malade, j'hésiterais à supposer qu'elle vous a caché le fait qu'elle était enceinte. Pour quelque raison, elle a pensé que cacher cela était pour le mieux. Je ne condamne pas l'action, je me contente de souligner que sa longue carrière militaire se prête à de telles tromperies. »

Jack détesta l'admettre, mais par une voie étrange et alambiquée, sa déclaration avait du sens. Mais cela n'expliquait pas pourquoi les Greenfield, comme un bloc, semblaient prendre personnellement le fait que les militaires utilisaient des couvertures. Bien sûr, la majorité des Américains était bouleversée lorsque des scandales se dévoilaient au grand jour, mais ils ne prenaient pas cela à cœur contrairement à ces gens. Il lui manquait une pièce du puzzle, et cela allait le tarauder jusqu'à ce qu'il le découvre. S'il les connaissait mieux, il le demanderait peut-être ouvertement, mais il était dans la maison de Sam, et elle semblait déjà être sur un terrain précaire avec ces gens. Il n'avait pas besoin de déclencher un tremblement de terre en étant trop curieux.

Jack était sur le point de répondre lorsque Darrell vint derrière sa petite femme, plaçant ses mains sur les épaules.

« Encore debout sur ta tribune, Ellen ? » demanda-t-il, la réprimant gentiment, en souriant à Jack.

'En parlant de couverture...' pensa Jack en notant la manière habile de Darrell de dévier la conversation vers des sujets plus généraux.

« Alors, Jack, Sam nous a dit que vous étiez en retraite ? Je suppose que c'est pourquoi vous pouvez passer autant de temps avec Jon ? »

« Oui, effectivement. Je suis heureux d'avoir la chance de mieux le connaître. C'est un super gamin. Sam et Jeff ont fait du très bon boulot avec lui. » Jack était sincère, mais il sentait que c'était plus l'influence de Sam que celle de Jeff qui l'avait rendu si bien. Bien sûr, entouré par l'ennemi, cela ne faisait pas de mal de faire un peu de lèche.

« Il aime son fils, » dit Darrell, dévisageant intensément Jack. Dieu, cette bande avait fait de la subtilité un art.

« Je ne suis pas ici pour remplacer Jeff en tant que père de Jon, si c'est ce que vous suggérez, » dit Jack, prenant une autre gorgée de bière, ennuyé de trouver la bouteille vide. « J'aimerais croire que Jon et moi avons une relation, mais ce n'est pas la même que celle qu'il a avec votre fils. » Jack faisait tournoyer nerveusement la bouteille vide entre ses longs doigts. « Je crois que je vais aller voir si Sam a besoin d'aide, » dit-il, s'excusant des Greenfield.

Soufflant bruyamment, Jack entra dans la cuisine, remarquant Sam près de l'évier avec, Cheryl ? Etait-ce son nom ? La femme du frère, se rappela-t-il.

« Ca te dérange si j'en prends une autre ? » dit-il, montrant la bouteille dans sa main.

« Sers-toi, » dit Sam, lui faisant un sourire de compassion. « Tout va bien ? »

« Au poil, » lui sourit-il en retour.

« Quinze minutes avec Ellen, » dit Cheryl. « Pas mauvais. Je ne crois pas lui avoir parlé aussi longtemps depuis que je la connais. C'est un dur à cuire, Sam. »

Sam se détourna de ses tâches pour faire un grand sourire à Jack. « Oui, je sais. »

Cheryl les regarda chacun leur tour, puis essuya ses mains sur un torchon.

« Vous savez, je crois que je vais aller vérifier les enfants. Ils ont été horriblement calmes et ça me fait toujours peur. » Elle sourit à Jack, le tapotant sur le bras alors qu'elle passait à côté de lui.

Une fois qu'elle fut sortie de la pièce, Jack se tourna vers Sam. « Je l'aime bien. »

« Oui, Cheryl a été en quelque sorte mon 'port dans la tempête' quand il en vient à Ellen et à son attitude. C'est agréable d'avoir quelqu'un pour te témoigner de la sympathie. »

« Je sais, » dit-il, s'approchant plus près de l'évier. « Puis-je te donner un coup de main ? »

Sam commença à rire. « Tu n'es pas sérieux ? »

« Bien sûr que si. Si je peux faire quelque chose ici, je n'aurais alors pas à retourner là-bas avec eux. De plus, j'ai beaucoup plus de plaisir à te déshabiller mentalement qu'Ellen. »

« Jack ! » cria-t-elle, mais ne put s'empêcher d'éclater de rire.

« Sais-tu combien j'ai envie de t'embrasser là maintenant ? » demanda-t-il, soudain sérieux.

Sam regarda dans ses yeux, puis baissa son regard sur ses lèvres. « Je crois en avoir une idée. »

Jack commença à se pencher plus près, mais elle l'arrêta. « Jack ! Nous ne pouvons pas ! J'ai une maison pleine 'd'hostiles !' » murmura-t-elle.

« Je sais, » soupira-t-il, se reculant et s'appuyant sur le comptoir. « Quand penses-tu que j'aurais la chance de te voir seule ? »

« Je ne sais pas, » dit-elle tristement. « Je doute que l'on puisse aujourd'hui. »

« Je crois que je m'en doutais, » dit-il, prenant une gorgée de sa nouvelle bouteille de bière. « Sam, je n'essaie pas de rendre les choses difficiles pour toi. Si ma présence ici est un problème... »

« Non, Jack, elle n'en est pas un. Jon te veut ici et moi aussi. J'ai vécu pire que ça avec eux, » dit-elle, faisant un signe de tête vers le salon.

« D'accord, » dit-il, prenant sa main, pressant ses lèvres sur les doigts. C'était le plus qu'il pouvait faire pour ne pas la prendre dans ses bras et l'embrasser. Ils restèrent ainsi pendant un moment, leurs regards soudés, jusqu'à ce que Cindy entre dans la cuisine, les faisant se séparer. Jack savait comment la situation pourrait apparaître à la sœur de Jeff, et essaya de justifier son action.

« Tu vois ? L'embrasser arrange tout, tu ne crois pas ? »

« Euh, oui, » dit Sam, saisissant sa couverture. « Je suppose que je devrais être plus prudente avec ce couteau. »

« Je, euh, suis venue pour voir si tu as besoin d'aide, Sam, mais je crois que tu as tout sous contrôle, » dit Cindy, regardant ostensiblement Jack. Il pouvait dire qu'elle n'avait pas avalé leur histoire, mais ne savait pas ce qu'il pouvait dire sans susciter plus de soupçons.

« Je pourrais avoir besoin d'aide pour servir, si ça ne te dérange pas, » dit Sam, évitant de regarder Jack. « Et peut-être que vous les gars pourriez aider à porter les plats sur la table ? »

Le regard de Cindy sur Jack fut à peine aimable. Eh bien, il ne pouvait pas lui en vouloir, pensa-t-il. Jeff 'était' son frère et naturellement elle allait être de son côté. Qui savait combien il lui avait dit ou combien elle avait deviné par elle-même ? Au moins, son hostilité était visible, pas voilée par une politesse et des manières hypocrites. Regardant la table de la salle à manger, Jack se demanda entre qui il allait être. Peu importe où il finirait, ça allait être un long repas, conclut-il. Probablement le plus long de sa vie.

ooo

Sam ne fut pas surprise quand Jack partit après le dîner. Elle pouvait voir que cela était difficile pour lui de répondre aux questions de sa belle-famille. Heureusement, Jon avait insisté pour s'asseoir à côté de Jack durant le dîner, ce qui lui donna au moins un allié. Elle voulait mettre Cheryl à côté de lui également, mais à la dernière minute Mike changea de place avec elle. Jeff s'était assis de l'autre côté de Jon, et Sam espéra que son fils ne ferait pas de commentaires innocents sur le fait d'être assis entre ses deux pères. Le dîner fut assez tendu sans souligner l'évidence.

Raccompagnant Jack à la porte, Sam réussit à murmurer, « Je t'appellerai plus tard. J'utiliserai le cellulaire pour qu'il ne le sache pas. »

« Sam, je déteste que tu doives te cacher ainsi ! » murmura-t-il en retour.

« Tu crois que j'aime ça ? »

Jack soupira. « Je sais bien que non. Nous trouverons un moyen, » lui sourit-il. Juste à ce moment-là, Jon vint derrière sa mère.

« Jack ? Tu t'en vas ? »

S'accroupissant au niveau de Jon, Jack dit, « Oui, champion, j'ai un tas de choses à faire à la maison. » Sam savait que son 'tas de choses' consisterait probablement à plus de bière et la télé.

« Awww, je souhaiterais que tu n'aies pas à partir. Je ne t'ai pas montré toutes mes maquettes d'avions ! »

Sam observa Jack alors qu'il luttait contre ses émotions. Elle savait que construire les maquettes avait été un des passe-temps qu'il avait partagés avec Charlie.

« La prochaine fois, d'accord ? »

« Très bien, » acquiesça Jon. « Hé ! Tu dois m'emmener à ce parc ! Tu as promis ! »

« Aussitôt que ta maman et les docteurs diront que c'est ok, nous irons, marché conclu ? »

« Marché conclu. »

« Au revoir, Jack, » dit-il, jetant impulsivement ses bras autour de son cou, lui donnant une rapide étreinte. « Je suis heureux que tu sois venu aujourd'hui. »

Sam essayait aussi difficilement que Jack de garder sa contenance. La vue du père et du fils dans les bras l'un de l'autre était presque irrésistible.

« Moi aussi, Champion. Merci de m'avoir invité. » Libérant Jon et se redressant, Jack regarda dans les yeux de Sam. « Je te parlerai plus tard. »

Sam lui fit un demi-sourire, hochant la tête alors qu'il partait, certaine que sa voix aurait fait défaut si elle avait essayé de parler.

Se tournant vers Jon, Sam plaça son bras autour de ses épaules. « Hé, quand es-tu devenu si grand ? Tu n'étais pas censé grandir pendant que tu étais à l'hôpital ! » Elle commença à le chatouiller, mais s'arrêta brusquement quand il commença à lutter pour respirer.

« Jon, est-ce que tu vas bien ? » cria-t-elle, se baissant devant lui, écartant les cheveux de ses yeux.

« Oui, je crois que je suis juste fatigué, » dit-il d'une voix essoufflée. En un instant sa respiration redevint normale. Sam se gronda mentalement d'avoir provoqué la douleur de son fils. Elle aurait dû le savoir ! Mais elle avait été dominée par l'instant. Pendant juste une minute, c'était comme autrefois, quand Jon était en bonne santé et qu'ils s'engageaient à des jeux idiots. C'était peut-être simplement parce qu'elle voulait que les choses reviennent à la normale si désespérément. Revenir au temps où Jeff n'agissait pas comme un psychotique. Mais et Jack ? Souhaitait-elle pouvoir revenir si loin en arrière et ne pas l'avoir revu ? Une partie d'elle voulait qu'il restât dans le passé, mais la plus grande partie d'elle savait qu'elle ne pouvait pas revenir à une vie sans lui. La route devant elle ne serait pas facile, mais au bout, Jack serait là à l'attendre, et cela rendait toutes les épreuves supportables.

Sam venait d'aider Jon à se mettre au lit et retournait à son salon plein d'invités, quand elle passa près de la salle de bain. Entendant le nom de Jack, elle s'arrêta, sans intention de surprendre la conversation, mais la porte n'était pas complètement fermée et elle ne put s'en empêcher. Elle voyait clairement Cindy, mais pas l'autre occupant. Sam écouta ce qu'elle avait à dire à l'autre personne.

« Eh bien, tu aurais dû les voir dans la cuisine, » dit Cindy, soufflant un flot de fumée. Sam 'détestait' quand Cindy fumait dans la salle de bain. Elle lui avait demandé plusieurs fois que si elle ressentait le besoin d'une cigarette, qu'elle aille à l'extérieur, mais pour quelque raison, se faufiler dans la salle de bain semblait être plus important que la cigarette elle-même. Et qu'avait-elle à fumer alors qu'elle était enceinte ?

« Que s'est-il passé ? » demanda la seconde personne. Cheryl, identifia Sam.

« Il embrassait sa main ! Comme tout droit sorti des romans d'amour ! »

« Es-tu sûre que tu n'as pas mal interprété ce qui se passait ? » demanda Cheryl.

« Oh, il a fait une excuse bidon à propos 'd'embrasser pour tout arranger', comme si elle s'était blessée ou quelque chose comme ça, mais ce 'n'était' pas ce qui s'était passé. »

« Comment peux-tu en être certaine ? »

Cindy prit une autre bouffée de sa cigarette. « J'ai des yeux, Cheryl. Il n'y avait rien sur sa main. Pas d'égratignure, pas de sang, rien. Je te dis, ils ont toujours une liaison. »

« Que veux-tu dire 'toujours' ? »

« Dieu, Cheryl ! Tu ne peux pas être si obtuse, n'est-ce pas ? Jack est le père de Jon ! »

« Eh bien, je sais que Jon ne ressemble pas à Sam ni à Jeff, mais je pensais que peut-être un grand parent ou son frère à elle... »

« Ou Jack ? » suppléa Cindy. « Allez, tu étais en face d'eux, sûrement que tu as pu voir la ressemblance ? »

« Eh bien, je... »

« Ecoute, je sais que tu vénères Sam, pour une raison étrange, mais ça ne fait pas d'elle une sainte. Si quelqu'un est un saint ici, c'est Jeff. »

« Pourquoi Jeff serait-il un saint ? » demanda Cheryl.

« Eh bien, la façon dont il tolère Jack. Comment te sentirais-tu si une ex-petite amie de Mike apparaissait soudain, prenant une part active dans votre vie ? » Un autre flot de fumée fut envoyé en direction de Cheryl.

« Tu as raison, je suppose que je n'avais jamais pensé à cela sous cette perspective. Mais ce n'est pas comme s'il est là pour toujours ! Sam vient de dire qu'il l'avait aidée avec Jon pendant qu'il était à l'hôpital. Aujourd'hui était la première fois qu'il était ici. »

« Cheryl, » dit Cindy, utilisant la même voix condescendante que sa mère, « pense à toutes ces longues après-midi ennuyeuses à l'hôpital pendant que Jon dormait. Combien de temps peux-tu te repasser le passé ? Et à propos de ce passé ? Certainement que de voir l'enfant que vous avez fait ensemble doit faire resurgir 'certains' sentiments. C'est pourquoi je déteste quand Tom va chez Theresa. Ils ont ce 'lien' avec Alisha que je n'ai pas. Cela me rend terriblement jalouse. »

« Eh bien, je ne crois toujours pas que Sam ferait quelque chose comme ça. Pas à Jeff. Je sais que nous avons toujours su que Jon n'est pas le fils de Jeff, mais je n'y ai jamais pensé parce qu'il le traite comme s'il l'était. Sam n'aurait pas une liaison. Elle ne le voudrait pas. »

Sam ne put écouter davantage leur conversation. Elles avaient toutes les deux raisons, et la culpabilité la tuait. Si cela avait été n'importe qui sauf Jack, elle n'aurait même jamais songé à regarder un autre homme. Mais elle et Jack 'avaient' un passé, et elle 'avait' toujours ressenti qu'il y avait quelque chose d'incontestable entre eux. Cela lui donnait-il le droit de détruire sa famille ?

Et Jeff ? Est-ce que son action de ce matin était simplement une réaction à la frustration qu'il ressentait d'avoir été repoussé ? Sam sentit les marques douloureuses sur ses bras. Non, c'était plus qu'une simple jalousie. Il voulait la blesser, et pouvait encore le faire. Dieu ! Elle était tellement troublée ! Son esprit nageait dans une mer de « si seulement. » Elle était déchirée entre l'espoir que ses invités partiraient et priaient qu'ils ne le fassent pas, car une fois qu'ils seraient partis, elle n'avait aucune idée de ce que Jeff ferait.

ooo

Sam s'assit sur la terrasse, levant les yeux vers les étoiles, le portable en main, tapotant ses doigts sur le boîtier en plastique. Jack attendait son appel. Elle le voulait, mais une fois qu'elle l'aurait fait, il n'y aurait pas de retour en arrière possible. De qui se moquait-elle ? Depuis qu'elle avait passé la nuit avec lui, il n'y avait pas de retour en arrière.

Jeff était parti au lit, affirmant qu'il avait un rendez-vous avec des clients potentiels tôt dans la matinée. Il avait été tout à fait aimable avec elle la plus grande partie de la journée, même après que sa famille soit partie, ce qui avait surpris Sam. Elle supposa qu'elle n'aurait pas dû être déstabilisée par son comportement, mais c'était déstabilisant de ne pas savoir quel genre d'action elle devait s'attendre de lui. C'était peut-être un jeu. La garder tellement en déséquilibre qu'elle ne ferait rien pour le quitter.

Apparemment ça fonctionnait, parce qu'elle n'avait toujours pas composé le numéro de Jack. Sam pouvait l'imaginer arpenter son salon, attendant la sonnerie du téléphone. Elle devait lui dire quelque chose, après tout elle lui avait dit qu'elle l'appellerait.

Ouvrant le téléphone, elle frappa les touches.

« Allô ? »

« Salut, Jack. »

« Sam ! Mon Dieu ! Où étais-tu ? Je commençais à être si inquiet que j'ai failli venir chez toi ! »

Sam ferma les yeux. « Je vais bien, Jack. Seulement un peu confuse, je crois. Tu dois me promettre quelque chose. »

« Quoi ? »

« Que tu ne viendras pas ici, à moins que je ne te le demande. J'irai bien. »

« Sam, tu étais vraiment bouleversée ce matin. Il t'a blessée, n'est-ce pas ? »

Sam essaya de calmer sa voix. « Oui. »

« Je vais le tuer ! » jura Jack.

« Jack ! C'est de cela que je parle ! Tu ne peux pas venir ici si tu crois que quelque chose m'arrive ! J'irai bien. »

« C'est ce que tu as dit. Ecoute, Sam, je sais que tu peux prendre soin de toi-même, mais je ne veux pas que tu aies à le faire. Tu ne devrais pas avoir à vivre comme cela. Qu'est-ce qu'il t'a fait ? »

Sam hésita, déchirée entre en parler à quelqu'un et ne voulant pas l'inquiéter. « Il a essayé de me violer. »

« Sam, tu ne dois pas tolérer ça ! Que tu sois mariée à lui ou pas, il ne peut te forcer à coucher avec lui ! »

« Je sais, » dit-elle en reniflant.

« Sam, tu pleures. Est-ce qu'il t'a fait beaucoup de mal ? » L'inquiétude dans sa voix fit rouler une autre larme sur son visage.

« Pas tant que ça. Vraiment. Ses parents sont arrivés avant qu'il puisse... finir ce qu'il avait à l'esprit. »

« Et après que tout le monde soit parti ? »

« Il allait bien » dit-elle, certaine qu'il entendait son trouble. « Comme si ce matin il ne s'était rien passé. Il est allé au lit et je suis sortie sur la terrasse pour t'appeler. »

« Eh bien, 'c'est' étrange. Mais aussi, en considérant sa famille, je suppose que je ne devrais pas être surpris. »

Sam éclata de rire, essuyant ses dernières larmes. « Ils forment une sacrée famille, n'est-ce pas ? »

« Je vois ce que tu veux dire à propos de leur attitude envers les militaires. C'est étrange. C'est plus qu'étrange. »

« Oui, » convint-elle. « Ca m'avait sciée. »

Il y eut un silence puis elle dit, « tu m'as manqué. Je n'arrive pas à croire que tu sois seulement en bas de la route. J'ai l'impression que tu es sur une autre planète. »

« Je sais. Je souhaite qu'il y ait un moyen pour que tu puisses venir ici. »

« Moi aussi. »

« Combien de temps penses-tu qu'il faudra avant que tu puisses amener Jon ici ? Au moins, nous pourrions nous voir pendant que les enfants jouent. »

« Peut-être un jour ou deux. Je veux d'abord que Jon se réhabitue à être à la maison. »

« Je comprends. Sam, je sais que j'ai dit de ne pas te presser, mais as-tu repensé à ce que nous avons parlé l'autre jour ? »

Sam n'avait pas besoin qu'il précise sa question. Il voulait savoir si elle avait repensé à son divorce avec Jeff. Elle y avait pensé un peu. Si c'était seulement elle, il n'y aurait pas de problème, mais il y avait tant d'autres personnes à qui elle devait penser. Avait-elle le droit d'être aussi égoïste ?

« J'y ai pensé, » lui dit-elle.

« Et ? »

« Jack, je sais que tu penses que ceci est simple, mais j'ai besoin de plus de temps. Tu comprends, n'est-ce pas ? »

Elle l'entendit soupirer. « Oui. Oui, je comprends. C'est seulement que je deviens fou ici. »

« Je sais. La patience n'a jamais été une de tes meilleures qualités, » taquina-t-elle.

« Je crois que ça devient pire, si c'est possible. »

Il y eut un autre silence, puis il dit. « Tu disais que tu es dehors sur la terrasse ? »

« Oui, pourquoi ? »

« Peux-tu voir les étoiles ? »

« Oui, chaque fois que je les regarde, je pense à toi, » confessa-t-elle.

« Eh bien, je vais rendre cela encore pire, » dit-il. Elle pouvait entendre son sourire dans le ton de sa voix.

« Comment vas-tu faire ça ? »

« Tu peux voir la Voie Lactée ? »

« Oui, Jack. Je sais 'certaines' choses à propos des étoiles, tu sais. »

Il rit, puis dit, « D'accord, trouve la constellation du Cygne. Tu vois l'étoile qui serait sa tête ? »

« Je l'ai. »

« Maintenant regarde à trois heures, il y en a une légèrement rouge ? »

« Oui. »

« Tu sais ce qu'elle est ? »

« Jack ! »

« P2R-665 tourne autour de cette étoile. »

Sam prit une profonde aspiration. « Vraiment ? »

« Vraiment. Nous pourrions peut-être l'appeler 'l'étoile de Jon.' Qu'en penses-tu ? »

Sam sentit des larmes monter à nouveau à ses yeux. « Je pense que ce serait une merveilleuse idée. Je pourrais la lui montrer, mais c'est tellement dommage que je ne puisse pas lui dire pourquoi elle est si spéciale. »

« Ca semble presque incroyable maintenant, tu ne crois pas ? »

« Quoi donc ? »

« Tout, » dit Jack.

« Oui. Une autre vie, » convint Sam. « Ecoute, il commence à être tard, et Jeff pourrait commencer à se demander où je suis. Je t'appellerai demain, d'accord ? »

« Ce serait mieux si je pouvais te voir. »

« Je sais. Mais bientôt. Je te le promets. »

« Je te prends au mot, » dit Jack.

« 'Nuit, Jack. Je t'aime. »

« Je t'aime aussi, Sam. » Elle éteignit le portable, fixant le ciel. Elle retrouva l'étoile de Jon, soupirant en la regardant. Jack avait raison. C'était incroyable que son fils ait été conçu sur une planète orbitant autour d'une étoile éloignée. Tout droit sorti de la science-fiction. Si elle avait trouvé la force de quitter la vie qu'elle aimait tant, sûrement qu'elle pourrait trouver les moyens de quitter une vie qu'elle ne désirait plus.

ooo