Bonsoir bonsoir ! Par la chatte de Morgane, merci pour tous vos retours sur le dernier chapitre ! Tellement d'amour.
Merci à Babylon (voilà la suite tant attendue ;) ), NarcisseYaourt (Wow, ta review me touche beaucoup ! J'ai longtemps pensé à mettre Draco sous le Lac, mais je pense que Dumbledore aurait trouvé cette décision peu sage...), Guest (haha, les idées de Harry sur le parchemin sont venues toutes seules, c'était sympa à écrire ! ), Lolitamaguis (encore un revirement de situation dans ce chapitre-ci, qui devrait t'apaiser), Lilid (Bienvenue ! Et bien ce chapitre devrait répondre à certaines de tes questions, merci pour tes compliments) et Muntittra (c'est vrai que c'est pas la grande joie en ce moment pour les deux petits !).
Précédemment : Harry est désigné deuxième champion de Poudlard. Draco crée des badges « Potter pue » pour prouver aux autres Serpentards qu'il ne soutient pas Harry. Sa farce se retourne contre lui quand Harry et lui passent de longues secondes à se renifler avec nostalgie dans un couloir. Harry est triste, super triste. Genre Ron lui parle plus, Draco lui parle pas vraiment et la première tâche approche. Heureusement qu'il a bientôt RDV avec Sirius ! En attendant, il aimerait écrire à Draco, mais il ne le fait pas, parce qu'il est un peu nul et qu'il a 14 ans.
HIBRIDAE
QUATRIÈME ANNÉE
Chapitre 14 : Dragons et Petit-déjeuner au lit
''Qu'est-ce que j'entends couiner ? Ou plutôt ffffouiner ?''
22 novembre 1994 – Forêt Interdite
Harry en avait assez entendu. Il en avait surtout assez vu.
Il fit demi-tour sans bruit et reprit le chemin du château, laissant Hagrid en compagnie de Madame Maxime et de quatre dragons.
Des dragons ! Des satanés dragons ! Des satanés lézards ailés géants qui crachent du feu !
Harry aurait voulu taper du poing contre un arbre pour exprimer son désarroi et sa haine envers les organisateurs du Tournoi des Trois Sorciers – comment quelqu'un d'aussi austère et ennuyeux que Barty Croupton Senior avait pu accepté une chose pareille ? – , mais il n'avait pas le temps de s'offusquer.
Il avait rendez-vous avec Sirius dans moins d'une heure, devant la cheminée de la Salle Commune. Il pressa le pas, comme si s'éloigner des créatures gigantesques – des dragons, sérieusement ! – repousserait aussi la date de la première tâche…
Mais il ne servait à rien de se voiler la face : d'ici deux jours, avec sa vieille baguette magique pour seule compagne, Harry devrait affronter un dragon de quinze mètres de haut. Comment allait-il s'y prendre pour s'en sortir vivant ?
Il avait besoin de parler à quelqu'un qui saurait le rassurer, le conseiller... ses pensées allèrent, sans raison, vers Malfoy, sans raison car la seule chose que le Serpentard pourrait lui apprendre serait le lien étymologique entre son prénom, Draco, et les dragons enchaînés dans l'enclos. Sans raison, parce que Malfoy et lui ne s'étaient pas adressé la parole depuis leur incartade devant la salle de classe de Potions et que Harry ne pouvait pas se jeter sur lui pour quémander du réconfort.
Seul Sirius pourrait l'aider.
Tout à ses pensées et à son désespoir, Harry faillit se cogner contre Karkaroff – mais un bras musclé le retint de justesse et le ramena dans l'ombre. Harry tourna la tête et reconnut Firenze, le centaure qui les avait aidés, Malfoy et lui, à sortir de la Forêt deux ans et demi plus tôt.
Avec le temps, ses souvenirs de sa première année avaient perdu de leur intensité, balayés par d'autres péripéties plus récentes. Toutefois, Harry n'avait pas oublié les cheveux couleur de lune et le corps palomino de Firenze, ainsi que son air grave.
L'Incident… ce n'était pas un moment ordinaire de sa vie, ça, c'était sûr. Oserait-il dire pour autant que c'était le plus important ? Plus décisif que sa rencontre avec un demi-géant armé d'un parapluie rose ? Plus capital que sa victoire sur le Seigneur de Ténèbres quand il n'était encore qu'un nourrisson ?
– Harry Potter, le salua le centaure, oublieux des états d'âme du sorcier. Les étoiles m'avaient prévenu de ta prochaine visite dans notre forêt.
– Bonsoir, Firenze. Est-ce que Mars brille anormalement fort ce soir ? plaisanta nerveusement Harry.
– Mars brille toujours plus fort et cela depuis des années, répondit Firenze avec grand sérieux. Quoiqu'à la fin de notre règne céleste et pendant celui du poisson-chèvre, Vénus présidait l'univers… cela n'a pas duré.
Harry fronça des sourcils, essayant de comprendre le message cryptique mais ce n'était pas facile quand des dragons aux griffes acérés dansaient la samba dans sa tête. Il remua la tête pour chasser les créatures.
Son premier cours d'Astronomie lui revint alors en mémoire.
– Vous faites allusion à l'hiver dernier, n'est-ce pas ? s'exclama-t-il, tout excité d'avoir résolu l'énigme. Votre règne céleste, c'est le mois de novembre, sous le signe du sagittaire, donc du centaure, et le poisson-chèvre, c'est le capricorne de décembre !
Firenze hocha de la tête avec patience, comme si Harry venait enfin de comprendre que 2 + 2 = 4.
– Que s'est-il passé à ce moment-là ? demanda le Gryffondor, sa curiosité piquée.
La première explication qui lui était venue à l'esprit était si ridicule, si énorme… Mars, Dieu de la guerre, ne s'était tout de même pas calmé vers Noël parce que Malfoy et lui… ? Ils le sauraient, s'ils avaient le pouvoir d'éteindre une planète.
– Sais-tu maintenant quelles sont les conséquences d'avoir bu le sang de la licorne ? demanda Firenze, comme si Harry ne lui avait pas posé une question.
– Heu… oui ? Vous m'aviez dit une vie maudite, une demi-vie, répondit précautionneusement Harry, en jetant un coup d'œil discret à sa montre.
Il ne voulait pas offenser le centaure, mais il venait de se rappeler qu'il n'avait pas toute la nuit. Il était hors de question qu'il rate Sirius.
– Voilà la réponse simple d'un enfant. Les choses magiques sont infiniment plus complexes que ça, quand une vie a été prise, et une autre a été sauvé… Il y a des liens qui se tissent, des dettes qui se créent... Tu as grandi, Harry Potter, mais tu restes encore un poulain.
– J'ai quatorze ans ! protesta le sorcier, blessé.
Tout le monde ne cessait de lui rappeler qu'il était encore un enfant : Fleur Delacour, Rita Skeeter, les autres élèves de Poudlard...
– Ce n'est pas l'âge qui fait la jeunesse, mais l'innocence. Malgré tout ce que tu as vécu, Harry Potter, tu restes innocent comme un poulain. Ne te méprends pas : je vous souhaite, à Draco Malfoy et à toi, pour notre forêt mais aussi pour Poudlard, que vous restiez enfants de licorne. Gardez le cœur pur et fort et vous sauverez de nombreuses âmes, et vous serez vous-mêmes sauvés.
– Mais de quoi ? De la malédiction ?
– Non, Harry Potter, de vos propres erreurs.
– Comment ça ?
L'énervement commençait à gagner Harry. Firenze ne pouvait-il pas s'exprimer clairement ?
Mais bien que le temps filait, il était trop curieux pour couper court à leur conversation.
– Il viendra un jour funeste, beaucoup plus proche que tu ne le crois, où vous devrez faire des choix. Votre innocence et votre humanité vous pousseront sûrement à commettre de graves et sanglantes erreurs. Toutefois, si vous restez fidèles à la licorne, si vous suivez vos cœurs d'enfants, vous finirez par renverser votre destin, et celui de tous les autres sorciers. Voilà ce que les étoiles m'ont confié.
– Vous… on dirait que vous parlez d'une guerre, Firenze, dit lentement Harry.
Et de Voldemort, songea-t-il, des images du meurtre de Frank Bryce, le jardinier, ainsi que du chaos pendant la Coupe du Monde flottant dans sa mémoire.
Voldemort, le sorcier qui avait tué la licorne dont Harry avait bu le sang...
Est-ce que les étoiles avaient parlé à Firenze du retour imminent du Mage Noir ? Est-ce que c'était ça, la catastrophe à venir, que Malfoy et Harry pourraient éviter ?
Mais comment ? Harry allait se battre aux côtés de Dumbledore, cela ne faisait aucun doute. Malfoy, par contre... Et Firenze qui venait de parler d'erreurs graves et sanglantes...
Firenze leva la tête vers le ciel, comme pour demander à la lune si elle l'autorisait à révéler ses secrets. Harry attendit, le cœur battant. Il n'avait aucune idée de ce que le centaure pouvait bien lire dans la nuit noire. Ce qui était sûr, c'était qu'il ne s'était pas préparé à la question suivante :
– Selon toi, Harry Potter, quel est le point commun entre la guerre et l'amour ?
Pris au dépourvu, Harry mit plusieurs secondes à bafouiller une réponse hasardeuse :
– Il faut être deux pour faire l'un ou l'autre ?
– Oui, c'est vrai, mais il te manque la deuxième partie de la réponse. A la guerre comme en amour, de deux êtres, un seul découle. A la guerre, parce qu'au petit matin, il ne reste qu'un seul vainqueur en amour, parce que les deux amants se mélangent et ne font plus qu'un.
– Et… ? Pourquoi me dites-vous cela, Firenze ? bredouilla Harry, les joues roses après l'allusion sexuelle inattendue.
– Il faut que tu prennes conscience, Harry Potter, que Draco Malfoy n'a pas fait que mutiler ta vie, cette nuit-là. Il l'a aussi sauvée. Ils vous a liés magiquement. Et ce Lien n'a aucun rapport avec le sang de la licorne.
– Je ne comprends pas.
– Peut-être est-ce trop tôt pour en parler. Mais si tu tiens à la vie, si tu ne veux pas sombrer dans le désespoir d'une vie réellement maudite, d'une demi-vie, il est essentiel que tu restes proche de Draco Malfoy. Il est ton bienfaiteur et celui qui détient la clef du triomphe de la Lumière… Vous ne pouvez changer entièrement le Destin, mais à vous deux, vous pouvez l'aiguiller. Bonne nuit, Harry Potter.
Harry ouvrit la bouche et tendit le bras mais Firenze partit au galop, le laissant seul dans le Forêt Interdite.
Harry jura, regarda l'heure, jura de nouveau, puis se mit à courir sans s'arrêter. Merlin, il était sacrément en retard. Il espérait que Sirius soit encore dans la cheminée. Sirius saurait quoi faire, par rapport aux dragons...
Les dragons ! La première tâche ! Dans deux jours ! Il avait presque oublié...
Tandis qu'il grimpait les escaliers qui menaient au septième étage à toute vitesse, Harry réalisa que, suite à sa discussion avec Firenze, les dragons qui dansaient sous ses paupières avaient en effet laissé place à des licornes gisantes et à des furets terrorisés.
xXxxXxxXx
24 novembre 1994 – Dortoir de Serpentard
Draco grogna dans son sommeil. Quelque chose le dérangeait, le tapotait sur l'épaule… sûrement le chat… mais il n'avait pas de chat…
Il n'avait qu'à se décaler pour échapper à la source de ses problèmes ! Tout content d'avoir trouvé une solution pour se rendormir et replonger dans son rêve stupide, qui impliquait le chanteur des Weird Sisters, une Chocogrenouille parlante et un bébé phoque, Draco roula sur le côté.
Mais la gêne persista, plus pressante encore. Draco remua vaguement l'épaule, dans l'espoir de chasser l'intrus. Qu'on le laisse tranquille, merde, il fallait qu'il soit reposé pour la première tâche, le lendemain… bon, ce n'était pas comme s'il allait lui-même concourir, il n'était pas suicidaire, nom de nom, mais il se devait d'avoir l'œil frais et alerte pour encourager mentalement Potter.
Qui savait ce que le staff réservait aux quatre champions...
En parlant de Potter... la Chocogrenouille de son rêve avait la même voix que lui, ce qui était tout de même curieux…
– Malfoy, désolé de te réveiller… dit la Chocogrenouille, avec la voix de Potter.
Draco entrouvrit finalement l'œil gauche. Potter ? Que faisait Potter dans son dortoir ?
– Impossible de m'endormir dans mon lit donc je suis venu ici sans réfléchir, dit le Gryffondor sur un ton d'excuse. C'était stupide en fait. Je vais m'en al – lllller...
La fin de sa phrase se perdit dans un bâillement très violent et très sonore. Draco se félicita de lancer chaque soir un Sortilège de Silence autour de son lit.
Si un de ses camarades apprenait qu'il avait autorisé Potter à dormir avec lui… parce que Draco avait un cœur, il n'allait pas obliger le Survivant à retraverser le château pour rejoindre ses quartiers, Merlin savait quelle heure il était… quelle heure était-il, en fait ?
– Quelle heure ? marmonna-t-il.
– 2h45, répondit Potter, l'air encore plus penaud. Désolé, je sais pas à quoi je pensais... Me suis entraîné au Sortilège d'Attraction jusqu'à 2h…
– Reste, mais tais-toi, soupira Draco, car les babillages du brun lui donnaient mal au crâne.
– Okay, d'accord, balbutia Potter, mettant ainsi fin à une discussion qui avait duré beaucoup trop longtemps, selon l'esprit ensommeillé de Draco.
Le Serpentard entendit des froissements de tissus et il sentit le lit bouger à côté de lui. Il replongea aussitôt dans l'inconscience.
xXx
Dortoir de Serpentard
« So close, no matter how far
Couldn't be much more from the heart
Forever trusting who we are
And nothing else matters... »
[Si proches, peu importe la distance
Ça ne pourrait être plus près du cœur
Croyons éternellement en ce que nous sommes
Et rien d'autre n'a d'importance]
Les yeux fermés, Draco tendit la main vers sa table de chevet pour éteindre son réveil. Ses doigts tâtonnèrent sans rencontrer l'objet métallique et il grogna de frustration.
« Never opened myself this way
Life is ours, we live it our way
All these words I don't just say
And... »
[Je ne m'étais jamais ouvert de cette façon,
La vie est à nous, nous la vivons comme bon nous semble
Tous ces mots que je ne fais pas que dire
Et...]
Soudain, un sortilège passa à ras de son visage. La chanson s'arrêta nette.
Draco se retourna lentement, pour tomber sur Potter. Merlin, il croyait avoir rêvé toute l'affaire mais le Gryffondor avait bien fait irruption dans son dortoir au beau milieu de la nuit.
– Tu avais l'air d'avoir besoin d'un coup de main, dit doucement Potter, en désignant le réveil. Bon choix de sonnerie, cela dit.
– Et toi, tu as besoin d'une douche, répondit Draco. Tu empestes.
– Non, je n'empeste pas, je pue.
– C'est la même chose, Potter...
– Tant qu'il n'y aura pas de badges « Potter empeste »...
– Oh, Salazar, tu vas me tuer de bon matin.
Un autre réveil sonna :
«Wouldn't it be nice if we were older?
Then we wouldn't have to wait so long
And wouldn't it be nice to live together
In the kind of world where we belong
You know it's gonna make it that much better
When we can say goodnight and stay together... »
[Ne serait-ce pas sympa si nous étions plus vieux ?
Ainsi nous n'aurions pas à attendre si longtemps
Et ne serait-ce pas sympa si nous vivions ensemble ?
Dans le genre de monde où nous avons notre place
Tu sais que ça serait tellement mieux
Quand nous pourrons nous dire bonne nuit et rester ensemble...]
Potter ouvrit de grands yeux quand il reconnut la chanson.
– C'est ''Wouldn't it be nice'' des –
– Beach Boys, je sais. Le réveil de Blaise depuis toujours. Tous les matins depuis trois ans et demi. Incapable de jeter un foutu Sortilège de Silence autour de son lit, celui-là.
– Zabini connaît les Beach Boys ?
– Quelques-uns de ses beaux-pères étaient Moldus.
– Et toi, tu connais les Beach Boys ?
– Comme tu m'en as parlé une fois avec des étoiles dans les yeux, je me suis senti obligé d'écouter Summer Songs cet été, répondit Draco, avec l'air le plus digne de son répertoire.
– Tu as…
– Potter, aussi agréable que soit cette conversation, il faut qu'on se prépare pour aller petit-déjeuner.
– La première tâche ! s'exclama Potter. Merlin, j'avais oublié !
Draco se figea une seconde, mais personne ne tira ses rideaux pour comprendre pourquoi la voix de Harry Potter sortait de son lit. Son Sortilège de Silence était donc toujours bien en place.
– Cache-toi et ne bouge pas d'un pouce, Potter, j'ai une idée, ordonna Draco avant de se lever.
Il fit mine de batailler pour refermer les rideaux de son lit, à grand renfort de tremblements, mit ensuite une main devant sa bouche comme s'il allait vomir, puis tituba faussement jusqu'aux toilettes, en saluant ses camarades d'un infime hochement de tête au passage.
– Ça va, Draco ? demanda Goyle, en arrêtant de se brosser les dents pour dévisager son ami avec inquiétude.
– Est-ce que j'ai l'air d'aller bien ? répliqua Draco avec une irritation à peine feinte.
– Non…
– Alors tu as ta réponse, Greg. Ne m'attendez pas pour monter petit-déjeuner, je vais rester au lit et j'irai en cours après, si je suis encore vivant.
Gregory hocha la tête, depuis longtemps immunisé aux tendances hypocondriaques de Draco Dramaticos Malfoy, finit de se brosser les dents en vitesse et retourna dans le dortoir pour avertir les autres de l'état de santé de Draco.
Ce dernier urina en souriant, puis il se débarbouilla sans se presser.
Dix minutes plus tard, il était de retour dans son dortoir vide. Comme il s'y attendait, ses camarades s'étaient dépêché de quitter les lieux. Parfait.
Il écarta les rideaux de son lit et trouva Potter tout tendu, ses yeux verts envoyant des éclairs. Visiblement, le Gryffondor n'avait pas apprécié d'avoir été abandonné pendant un long quart d'heure.
– Ne fais pas ta tête –
– Je préfère être un écureuil qu'une fouine, l'interrompit Potter, sa grimace mécontente se transformant en sourire crâneur.
– Ah, Potter, c'est bas.
– J'ai un bon professeur.
– Tss, dit très intelligemment Draco en tirant un peu plus ses rideaux. Tout le monde est parti.
– Déjà ?
– Ils savent très bien qu'il vaut mieux me laisser seul quand je suis indisposé.
– Parce que tu risques de leur vomir dessus ?
– Parce que ce sont de bons amis, gredin, rétorqua Draco d'un ton à la fois sec et affectueux. Bon, parlons peu, parlons bien : petit-déjeuner au lit ?
Potter fit une mimique qui voulait dire quelque chose comme « évidemment », comme s'ils faisaient ça plusieurs fois par semaine, comme si ça n'avait rien d'extraordinaire. En réalité, la dernière fois qu'ils avaient pris le petit-déjeuner dans le dortoir de Draco remontait à presque un an auparavant.
Draco appela Moopy, un Elfe de Maison de Poudlard avec qui il avait sympathisé au fil des années et, bientôt, un plateau bien garni apparut sur sa couette. Potter commença aussitôt à se servir.
– Confiture de fruits rouges ou d'abricot sur ta tartine, Malfoy ? demanda le Gryffondor, ses grands yeux innocents contrastant avec sa joue frémissante, qui signalait un sourire difficilement contenu.
Draco n'était pas dupe, Potter le provoquait à demi-mot. Cela ne l'empêcha pas de foncer dans le panneau.
– Déjà, une tartine, comme son nom l'indique, est déjà tartinée, corrigea donc Draco de son ton le plus docte. Ce que tu tiens entre tes doigts sales, c'est un toast ou plutôt une biscotte, c'est-à-dire un toast sucré. Ensuite, tu me blesses jusqu'au plus profond de mon âme, Potter. Tu ne te souviens pas que–
– Oh si, je me souviens, Malfoy, le coupa Potter, sans chercher à dissimuler son amusement, désormais. Mot pour mot, je crois, même. Le quart d'heure le plus mémorable de ma vie, battant à plate couture la fois où je t'ai appris que les filles moldues n'avaient pas de dents autour de leurs vag–
– Ça suffit, Potter ! l'interrompit Draco à son tour, mortifié de se voir rappeler cet honteux épisode.
Comment aurait-il pu deviner que tout ce que Blaise lui avait raconté sur les Moldus était des mensonges ? Comment aurait-il pu savoir à quoi ressemblaient les organes génitaux des personnes non-magiques ?
Potter aurait pu montrer de la compréhension ou même de la pitié devant son ignorance, mais non. Quand Draco avait fait référence aux mâchoires redoutables que les Moldues avaient entre les jambes, Potter avait simplement ri, ri comme s'il avait été frappé par trois Sortilèges d'Hilarité.
– Tu préfères qu'on parle de la confiture, c'est ça ? demanda le brun, en papillonnant des yeux. Parlons-en, alors.
Il fit une pause, toussota faussement, avant de se lancer dans une tirade avec un accent snob et le nez levé, dans une imitation peu flatteuse de Draco :
– ''La confiture de fruits rouges est la preuve que le monde est dépourvu de sens, Potter ! La confiture de fruits rouges est terriblement sucrée, afin d'en cacher l'acidité, ce qui menace nos dentitions de terribles trous – des trous, Potter, des trous dans les dents. De plus, il nous est impossible de savoir quels fruits exactement sont confits, le seul renseignement qu'on daigne nous fournir est qu'ils sont rouges. Jamais, au grand jamais, je ne consommerai une telle aberration, Potter, tu m'entends ?''.
Le Gryffondor se figea dans une pose censée évoquer l'outrage. Il soufflait du nez très fort, comme un dragon furieux.
– Confiture d'abricot, capitula Draco. S'il-te-plaît.
Potter étala joyeusement une épaisse couche de confiture d'abricot sur une biscotte puis, sans prévenir, il l'enfonça dans la bouche de Draco.
Au lieu de recracher sa tartine sur Potter à grand renfort de postillons, ce qu'il avait légitimement le droit de faire, Draco mâcha et déglutit dignement. Il avait toujours eu un faible pour les enfantillages de Potter, bien malgré lui.
Les deux sorciers continuèrent à petit-déjeuner paisiblement. Aucun d'eux ne mentionna la première tâche qui attendait Potter cette après-midi là, ni le fait que Potter avait, selon ses dires, passé la première partie de la nuit à s'entraîner au Accio et la deuxième dans le lit de Draco.
Merlin, Potter avait passé la nuit dans son lit et ils avaient simplement dormi.
Bien que l'envie l'en démangeait, Draco ne demanda pas non plus à Potter comment il avait réussi à mettre son nom dans la Coupe de Feu ni pourquoi il participait au Tournoi. Non, il se contenta de grignoter sa biscotte et de siroter son litre de café en faisant comme si tout était normal.
Potter lui en était reconnaissant, si on se fiait au fait qu'il gloussait joyeusement dès que Draco ouvrait la bouche (mais Draco avait peut-être quelques chose entre les dents).
Apparemment, ce n'était toujours pas ce jour-là qu'ils allaient parler de leur dispute à Pré-au-Lard ni des mois difficiles qui avaient suivi, encore moins de leur dérapage dans le train… Mais plus le temps passait, plus Draco se demandait si évoquer le passé était vraiment nécessaire.
Faire comme si de rien n'était, se pardonner l'un l'autre implicitement... si cela lui permettait de recommencer à passer du temps avec Potter... A profiter de sa présence... Ce ne serait pas si mal, tout compte fait.
– Tu penses que ce serait quoi, ta forme d'Animagus ? demanda Potter sur le ton de la conversation, en versant du lait d'amande dans son café.
– Je n'y ai jamais pensé. Et content de voir que tu suis enfin mes précieux conseils nutritionnels, Potter. Le lait d'amande est un des meilleurs laits végétaux…
– Draco Malfoy, expert en amandes et autres fruits à coques ! s'exclama Potter, qui se sentait apparemment obligé de saisir chaque occasion de tourner Draco au ridicule. Je ne me moque pas, c'est un métier dur… à quelle heure te lèves-tu, déjà, pour traire tes amandes ?
– Mes amandes ne sont pas exploitées, Potter. Elles m'offrent d'elles-mêmes leur lait nourricier.
– Tu as donc conclus un accord formel avec le peuple almandin, exploit jusqu'à ce jour jamais réalisé ! dit Potter, en feignant l'admiration.
– Si tu arrives un jour à devenir un Animagus, ce dont je doute, Potter, tu serais un moustique, riposta Draco, implacable. Insignifiant mais incroyablement insupportable. Mais peut-être que je me montre insensible... Après tout, je parle au célèbre Harry Potter qui... que fait le célèbre Harry Potter la nuit, déjà ? Ah oui, il n'a pas peur de l'avouer à la presse, il pleure dans son oreiller. Ah, la vie trépidante de Mr Potter ! Saviez-vous qu'il avait trouvé l'amour auprès de Hermione Granger, jeune fille à la beauté éblouissante ?
– Qu'est-ce que j'entends couiner ? Ou plutôt ffffouiner ?
– Potter…
– En tout cas, ta remarque sur l'insignifiance des moustiques me révolte, Malfoy. Toi qui t'ériges en défenseur du peuple almandin, comment peux-tu mépriser ainsi ces magnifiques insectes que sont les… Aïe ! gémit le brun, quand Draco le frappa avec un oreiller. Ne frappe pas le moustique, le moustique vient en paix ! Nooon, le vilain être humain vient de casser le dard du moustique !
– La trompe, Potter, ce sont les abeilles qui ont des dards, Draco se crut contraint de préciser.
– Au lieu de trikiter, aide le moustique à retrouver son dard ! Sa trompe ! Il se sent tout nu, castré même, sans sa…
Draco adressa un regard noir à Potter, qui s'arrêta net dans sa phrase.
– D'accord, d'accord, Malfoy, je me calme, concéda le Gryffondor, en levant deux mains pacifiques. Pas besoin de faire ta tête d'écureuil en colère… ou plutôt de fouin– de fourmi. Très intelligentes, les fourmis, n'est-ce pas ?
Draco se laissa tomber en arrière dans son lit, épuisé. Si Potter conservait une telle énergie cette après-midi-là, il sortirait vivant de la première tâche.
A Suivre...
Prochain chapitre en ligne le 20 juin : BAL DE POUDLARD YOYO.
Merci de laisser un petit mot pour encourager la belle et modeste et magique personne que je suis, si le cœur vous en dit.
Et si vous ne connaissez pas, allez regarder A Very Potter Musical avec Darren Criss, c'est genre de mauvaise qualité audio-vidéo (les 2 premiers) mais c'est vraiment incroyable. Je veux dire, c'est presque mieux que Harry Potter tellement c'est génial. Amour.
