Le chapitre 14 est là, celui que tout le monde attends depuis si longtemps...
Severus ouvre la porte du placard.
Bonne lecture !
Chapitre 14 : Derrière la porte du placard
Severus avait ouvert la porte… Et tout sembla s'arrêter d'un coup. C'était comme si quelqu'un avait mis un film sur pause, une personne vicieuse qui aurait voulu le forcer à regarder l'horreur de la scène sans qu'il puisse réagir.
Rien, il ne se passait plus rien. Plus aucun bruit, plus de pensée, aucune émotion… Même la respiration de l'homme s'était coupée. C'était l'enfer, tout simplement. La prison, à côté, ressemblait fort à un parc d'attraction pour les poneys arc-en-ciel… La vision que Severus avait sous les yeux était cauchemardesque et il aurait voulu l'effacer. Ne pas voir, ne pas savoir et refermer la porte. Oublier et vivre. Mais il n'y avait rien à faire, c'était là. Gravé dans sa rétine pour le reste de sa vie. Comment oublier ? C'était impossible. Il allait devoir vivre avec ça. L'horreur dans toute sa splendeur morbide. Pour toujours.
Petit à petit, Severus se reconnecta avec la réalité. Cela commença par un bruit à l'étage et la pensée stupide qu'il allait être renvoyé de chez les Dursley. Le dernier de ses soucis, en somme. Mais c'est ça qui lui vint à l'esprit en premier. Puis, quelques millièmes de secondes plus tard, tout au plus, toutes les émotions oubliées lui retombèrent dessus avec une violence inégalable. La peur, l'angoisse, la frayeur, l'épouvante, l'effroi, la panique… ça le prenait à la gorge, ça l'empêchait de formuler une quelconque pensée et ça semblait vouloir l'étouffer. Il n'y avait plus que le désespoir. Et un trou béant dans sa poitrine.
Severus tomba à genoux, ses jambes avaient apparemment décidé de prendre un congé mérité. Il heurta le sol avec violence mais il ne ressentit même pas la douleur. Il n'y avait plus que le placard et ce qui se cachait dedans. L'odeur forte d'urine et de sang lui arrachèrent une grimace de dégoût. L'image de détresse qu'il voyait dans les yeux de l'enfant écrasait son cœur et il sentait une nausée plus forte que tout. Ce placard, c'était la mort. Tout simplement.
Qu'est-ce qui était le pire ? Un enfant enfermé depuis apparemment un bon bout de temps dans un placard, un enfant battu presque à mort ou que tout cela ce soit passé sous ses yeux sans qu'il ne voit rien ? Comment aurait-il pu imaginer ? C'était impensable, inhumain, et si une personne lui avait dit ce qui se cachait derrière la porte du placard, il l'aurait envoyé voir un psy. D'urgence.
Mais c'était la vérité. Une vérité nue, brute et insupportable. L'enfer semblait préférable et Severus aurait voulu se trouver n'importe où sur cette Terre, sauf face à ce placard. Face à cet enfant. Face à ces yeux désespérés. Face au chaos. Un abîme noir, sans air et sans vie. La fin.
« Monsieur Rogue ? »
La petite voix le força à regarder la vérité en face. Il était toujours vivant, il n'avait pas réussi à s'envoler ailleurs par la seule force de sa pensée et ce placard existait réellement. Un enfant avait besoin de son aide et ce n'était certainement pas le moment de craquer. Non. Severus ne croyait pas au destin, mais s'il était ici, à cet endroit à ce moment, ce n'était pas pour rien. Il fallait se relever et agir. Sauver une vie. La vie d'un enfant innocent…
Evidemment, c'est exactement au moment où Severus commençait à respirer et à penser à peu près normalement que les Dursley réussirent à se libérer du piège qu'il leur avait tendu. Vernon hurlait de rage, Pétunia pleurnichait et il entendait distinctement leurs pas dans l'escalier.
Il allait devoir les maîtriser. Il lui fallait une idée, un plan, une ruse. Mais, bizarrement, son esprit refusait de lui donner une solution pour se sortir de cette impasse. Pourquoi son cerveau le laissait toujours tomber au mauvais moment ?
« Vous n'avez pas le droit, Rogue ! Vous êtes mon employé, vous devez m'obéir. Ne bougez plus si vous ne voulez pas avoir de problème. »
Vernon Dursley était un monstre de la pire espèce. Il suffisait de le regarder pour le voir dans ses petits yeux luisants. Il était à peine humain. La colère remplaça la panique dans le cœur de Severus. Et c'est avec la rage qu'il réussit à puiser la force nécessaire pour s'opposer à cette limace immonde.
Il se releva, forçant ses jambes à le supporter même si celles-ci ne voulaient apparemment plus devoir le porter sans trembler. Et, une fois qu'il fut stabilisé, Vernon Dursley ne lui semblait plus si terrifiant. Non, en fait, il était comme une larve, un insecte misérable à écraser du pied gauche.
« Je n'ai pas d'ordre à recevoir de votre part, Dursley ! Un seul coup de téléphone à la police me permettrait de vous enfermer en prison pour une vingtaine d'années. Alors, si j'étais vous, je la fermerai.
- Vous n'oseriez pas. Vous n'êtes rien, rien !
- Vous voulez parier ? »
Mais Vernon ne souhaitait apparemment pas risquer sa vie. Alors, à défaut d'argument, il recula. Pour la première fois de sa vie, il avait peur. Et il n'était pas tout puissant. Non, il ne pouvait pas maîtriser Severus Rogue à coup de ceinture. Il était faible, normal et il n'avait plus aucun pouvoir. ça le terrifiait.
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Severus s'approcha du petit garçon dans le placard. Etait-il blessé ? Pouvait-il marcher ? Pourrait-il lui parler, lui expliquer ? Il faisait très sombre. Severus pouvait voir le petit matelas, la couverture et le bocal et il en avait conclu que le garçon était enfermé là depuis un certain temps. Mais il distinguait à peine le visage de l'enfant dans le noir. Il aurait fallu allumer une lumière mais il avait peur d'effrayer le petit.
« La lumière est à l'extérieur, monsieur… chuchota la petite voix craintive en répondant à ses interrogations muettes. »
Severus hocha la tête et il trouva un petit interrupteur à côté de la porte. On aurait dit que cette installation était spécialement prévue pour priver l'enfant de lumière. Mais cela aurait voulu dire qu'il était enfermé là depuis longtemps. Trop longtemps pour que ce soit supportable. Non, Severus ne voulait pas y penser. Pourtant, il le devait pour aider le garçon. Tout cela était tellement compliqué…
Severus appuya sur le bouton et, comme le garçon lui avait dit, la lumière s'alluma. Et soudain, l'horreur de la situation lui sembla dérisoire. Un enfant séquestré et battu ? Qu'importe… Tout ce que Severus voyait désormais, c'était les yeux. Des yeux verts qu'il aurait pu reconnaître entre mille. Des yeux qu'il aimait et des yeux qui le poursuivaient dans ses cauchemars. Lily.
Et le visage du garçon, ses cheveux et ses lunettes… James Potter.
Bon sang, sa vie était-elle donc réellement maudite ? Que se passait-il encore ? Pourquoi toutes les catastrophes du monde s'acharnaient sur sa pauvre personne ?
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« Les Potter sont morts.
- Bien. Où le Lord a-t-il décidé d'envoyer Lily ?
- Comment ça ? »
Le soir d'Halloween, Lord Voldemort était allé tuer les Potter. Severus lui avait répété une conversation qu'il avait surpris entre une femme et un vieil homme étrange. Les Potter étaient au cœur de la résistance et ils avaient prévu un plan pour se débarrasser du Lord. Apparemment, l'enfant viendrait à bout du Seigneur des Ténèbres. Le Lord avait ri en écoutant cette fable grotesque. Comment un enfant pourrait-il l'arrêter ? Mais il était allé à Godric's Hollow, là où les Potter vivaient, juste pour vérifier. Rien ne devait être laissé au hasard. Il deviendrait l'homme le plus puissant de Grande-Bretagne, il s'emparerait du gouvernement et il régnerait en maître. Si quelqu'un s'y opposait, il mourrait. C'était aussi simple que ça…
« J'ai passé un pacte, avec le Maître. La vie de James et d'Harry contre la protection de Lily. Il ne t'en a pas parlé, Lucius ? Etonnant… Tu es son préféré. »
Et son meilleur ami ricana. Severus leva un sourcil. Se moquait-il de lui ?
« Voyons, Severus, mon ami… Es-tu si naïf ? Tu me déçois… J'espère que tu n'y as pas réellement cru ? Le Lord n'épargne personne. Et surtout pas ceux qui osent s'opposer à son pouvoir. Tu le sais, mieux que quiconque. »
Severus devint blanc. Pas pâle, pas blafard, juste blanc.
« Tu mens. »
Lucius secoua la tête et il continuait à rire. Severus aurait voulu l'étrangler… Non, ce n'était pas possible. Lily n'était pas morte, ce n'était pas vrai, il avait juré. Le Lord lui avait dit que… Il devait la protéger, la mettre à l'abri. Il l'avait fait, il devait l'avoir fait, le Lord n'était pas un monstre, et… Non !
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« Harry Potter. »
Severus l'avait dit. Potter n'était pas un nom qui franchissait souvent ses lèvres. Il préférait l'oublier, faire comme si ça n'avait jamais existé. Comme si Lily Evans n'avait jamais épousé James Potter. Mais il l'avait dit.
Harry Potter. Cet enfant était Harry Potter.
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« Elle est morte. Ils sont morts, les Potter sont morts.
- Pas tous… »
Il y avait tellement d'espoir dans cette phrase. Cela donna à Severus l'envie de vomir. Comment s'était-il retrouvé parmi les maraudeurs, ses pires ennemis d'enfance ? En fait, c'était logique… Il n'y avait qu'eux qu'il connaissait parmi la foule d'amis ou de connaissance qui étaient venu pleurer à cet enterrement. Il ne pouvait pas supporter ça tout seul, alors il s'était approché de Sirius, de Remus et de Peter. Naturellement.
« Le corps d'Harry Potter n'a pas été retrouvé. Il a dû se cacher… Ou alors ses parents l'ont mis à l'abri. Il est vivant, il faut juste que la police le retrouve.
- Il est mort, Black ! Comme ses parents. Quand est-ce que tu comprendras qu'ils sont morts, tous les trois ?
- CE N'EST PAS VRAI ! Il est vivant, il est vivant. Tu n'as juste pas de cœur, tu t'en fiches toi, n'est-ce pas ? Tu dois être content, James est mort. Et si Harry est mort lui-aussi alors tu auras gagné le Jackpot.
- Ne parle pas de ce que tu ignores, Black.
- Espèce de sale Mangemort ! C'est de ta faute ! »
Severus se jeta sur Sirius et il le fit tomber à terre. Un coup de poing, un coup de pied… Il n'était plus un enfant, il n'était plus le petit Servillus, maintenant il pouvait se battre.
Lupin essaya de les séparer. En vain.
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Le garçon dans le placard ouvrit ses yeux en grand, étonné. Et ça confirma les craintes de Severus. Harry Potter était vivant, Sirius avait eu raison. Mais comment était-ce possible ? Il était censé être mort, un jour d'Halloween, de nombreuses années auparavant.
Lily et James, bien sûr ! Ils aimaient leur fils plus que tout au monde. Et ils l'avaient protégé. Ils l'avaient envoyé à Pétunia et à Vernon Dursley. Alors le garçon avait survécu. Dans un placard… Et il était face à lui. Maigre, terrifié et déboussolé. Quel gâchis !
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Severus était dans sa cellule. Il lisait le journal, apparemment, il y avait du nouveau sur l'affaire Potter. Avaient-t-ils retrouvés le corps du garçon ? Cela faisait trois ans, maintenant. Il était temps d'enterrer les fantômes du passé.
« Le corps du jeune Harry Potter n'a toujours pas été retrouvé à ce jour. Tout porte à croire que Lord Voldemort aurait tué les Potter pour s'emparer du bébé. Il lui aurait réservé un traitement spécial, comme il aimait bien faire avec ses ennemis particuliers. Rappelons-nous de la famille Longdubat, opposants au régime du Seigneur des Ténèbres, torturée jusqu'à la folie. Où a-t-il caché le corps ? Nous l'ignorons. Le plus grand gourou du siècle ayant disparu, il a emporté le secret dans sa tombe… La police, après trois ans d'enquête, a classé l'affaire. L'esprit du bambin peut reposer en paix.
Informations sur Lord Voldemort, page 8. »
Severus lâcha le journal avec un sentiment amer de rancœur. L'enquête avait été classée, mais le mystère n'avait pas avancé d'un pouce. Que faisait la police ? Rien, comme d'habitude.
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« Harry Potter ? répéta Severus.
- Oui, monsieur. C'est mon nom… »
Pourquoi ressemblait-il autant à son père ? Etait-ce de la provocation ? Ce n'était pas Harry Potter qu'il avait devant lui, c'était James. James avec les yeux de Lily. Harry Potter. Le résultat de ses erreurs passées. Lily avait épousé James et ils avaient eu un enfant. Lily l'avait quitté, Lily était morte et lui, Severus, était un assassin. Et il n'avait plus rien.
« Comment est-ce possible ? Tu es mort… Tu as été tué avec tes parents ! Tu ne peux pas être vivant… C'est impossible, ce n'est pas réel. »
Severus murmurait des bouts de phrases, tentant de trouver la faille qui expliquerait cette erreur. Mais c'était anormal… Comment Harry Potter aurait-il pu être enfermé dans un placard pendant de trop nombreuses années et battu jusqu'au sang ?
« Désolé, monsieur.
- Tais-toi ! »
Severus ne pouvait plus l'entendre. Sa voix qui parlait, sa voix si vivante alors que Lily était morte.
L'enfant recula dans le placard et il se recroquevilla dans un coin éloigné dans le fond. Il avait peur, il était terrifié, ça se voyait dans ses yeux. Bizarrement, l'image qui s'imposa dans l'esprit de Severus n'avait plus rien à voir avec les Potter.
C'était lui. Lui, des années auparavant. Un souvenir qu'il pensait avoir oublié, une des plus anciennes punitions de son très cher père. Il s'était caché, dans le fond d'un placard pour échapper à la ceinture de l'homme.
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« Sors de là, tu ne pourras pas m'échapper longtemps !
- Désolé papa, désolé… Je ne recommencerai pas, je le jure.
- Je t'interdis de m'appeler « papa » ! Tu n'es pas mon fils, tu n'es rien, Severus.
- Désolé. Je t'en supplie, s'il te plait, j'ai mal partout…
- C'est de ta faute, ça ! Tant que tu n'apprendras pas, je te punirais. Sors de ce placard ! A moins que tu ne veuilles que je perde un temps fou à ramper jusqu'à toi ? Une punition supplémentaire, qu'est-ce que tu en dis ? »
Severus, à peine cinq ans, secouait la tête de gauche à droite en pleurant. Il reniflait, il pleurait et il appelait sa maman dans sa tête. Mais elle ne viendrait pas, elle était clouée au lit. Ce n'était pas la première fois ni la dernière fois que la femme faisait une dépression. Et elle laissait Severus affronter les colères de Tobias à sa place. Elle n'avait plus la force de s'opposer.
Et le petit enfant pleurait…
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Et Harry pleurait. Il essuyait rapidement ses larmes avec sa manche, comme si personne ne devait le voir. Il avait peur. Il avait peur de Severus parce que ce dernier était incapable de parler correctement à un enfant. Pourtant, il le fallait. Severus était obligé de faire un effort. Juste le temps de protéger le gamin, ce n'était pas infaisable. Alors il essaya d'adoucir sa voix :
« Doucement, Harry… Je suis désolé, je ne voulais pas t'effrayer. »
Harry releva sa tête et il regarda l'homme en noir quelques secondes dans les yeux, avant de plonger son regard vers le sol, rouge de honte. Il n'avait pas le droit d'affronter un adulte avec ses yeux. Il le savait, c'était une règle importante. Mais pourquoi l'homme s'excusait-il ?
« Tu peux bouger ? demanda Severus. Est-ce que tu penses pouvoir sortir du placard ?
- Oui, monsieur. »
Harry le pouvait. Ça ferait sûrement très mal, mais l'homme l'avait demandé alors il le ferait. Délicatement, pour ne pas se blesser davantage, Harry rampa sur son matelas. Petit à petit, il arriva à avancer vers Severus Rogue. Il était terrifié, il ne savait pas comment l'homme allait agir avec lui. Comment pourrait-il se préparer à encaisser un coup s'il ne pouvait pas prédire le moment où il allait être frappé ?
« Viens, approche… »
Severus attrapa son bras et Harry laissa échapper un gémissement. Il avait vraiment très mal partout. Il avait peut-être le poignet foulé et un bras cassé…
« Qu'est-ce que tu as ?
- Rien, monsieur. »
L'homme leva un sourcil et Harry trouvait ça bizarre. Comment pouvait-on lever un seul sourcil ? Lui, il n'y arrivait pas…
« Potter, tu ne lui dis rien ! Rien, tu m'entends ?! Sinon… »
Harry hocha rapidement la tête. Il ne voulait pas imaginer ce que son oncle prévoyait de lui faire s'il disait quelque chose à Severus Rogue. Alors il ne dirait rien, il serait muet.
« Dursley, si j'étais vous, je me ferais oublier ! Fermez-la, je vais m'occuper de vous après. Patientez un peu… »
Harry sursauta. Severus Rogue était effrayant, parfois. Il avait l'air gentil quand il lui parlait à lui, mais c'était trop étrange pour que ce soit honnête. Il faisait comme son oncle, paraître gentil pour mieux le surprendre. Mais Harry était habitué et il ne se ferait pas avoir. Pas cette fois-ci.
« Harry… commença Severus. »
Il hésitait, il cherchait et il ne trouvait pas. Alors Harry voulait l'aider. Même s'il ne savait pas comment faire. L'encourager, c'était une bonne idée. Alors, tout doucement, Harry murmura :
« Oui, monsieur ? »
Avait-il le droit de parler ? Il chercha son oncle du coin de l'œil mais celui-ci ne le regardait pas. Non, il fixait Rogue comme s'il cherchait un moyen de le tuer. Alors, ça voulait dire qu'il n'avait rien fait de mal ? Il pouvait continuer à parler à monsieur Rogue, jusqu'à ce que son oncle lui dise de se taire.
« Il va falloir que tu répondes à certaines questions, tu es d'accord ?
- Potter… menaça Vernon. »
Harry secoua la tête négativement. Son oncle n'était pas d'accord, alors il ne le ferait pas. Ne pas fâcher son oncle, c'était la première règle de survie. Et Harry l'appliquait du mieux qu'il le pouvait. Il ne dirait rien, muet.
« Tu as peur de ton oncle ? »
Severus grogna. Il était stupide, bien sûr qu'Harry avait peur de son oncle. Il ne s'était pas blessé tout seul… Et comment gérait-on un petit garçon terrifié ? Il fallait le séparer des Dursley. Appeler la police. C'était le moment.
Severus aurait voulu avoir quelques détails avant de confier l'enfant aux services sociaux. Mais il fallait surtout l'éloigner de cette famille. Le bien-être du garçon passait avant tout, et il allait appeler la police.
« Harry, je vais appeler la police…
- NON ! s'écria soudainement le garçon. »
Vernon hurlait derrière eux, mais Severus n'écoutait pas. Pourquoi Harry ne voulait-il pas être aidé ? Il était enfermé ici depuis de trop nombreuses années, cinq ans, peut-être ne connaissait-il pas bien la police ? Les Dursley lui avaient sans doute raconté des mensonges pour qu'il craigne la police. C'était malin de leur part, vraiment… Pour une fois qu'ils avaient une illumination, il fallait que ça lui complique la vie !
« Je ne veux pas être en prison, je suis gentil, je le jure !
- Oui, Harry, je te crois. Tu es gentil. Et tu n'iras pas en prison… »
Harry ouvrit la bouche, étonné. Il fronça les sourcils et pencha la tête sur le côté. Il était adorable, mais cette attitude rappelait trop violement Lily à Severus. Malgré lui, il le fusilla du regard. Harry recula.
Severus eut une idée. Il allait appeler Albus Dumbledore. Lui, il saurait quoi faire. Puis après tout, c'était un peu de sa faute s'il s'était retrouvé dans cette situation. Alors il lui devait bien une faveur. Il fallait appeler Dumbledore, c'était la meilleure solution.
« Je vais appeler un ami à moi. Tu es d'accord ? »
Vernon hurlait, hurlait et hurlait encore. Severus grogna. Ne pouvait-il pas la boucler ? Il avait un début de migraine très désagréable… La prochaine fois que l'oncle déciderait de crier sa rage, il allait devoir réagir. Et il ne voulait vraiment pas se laisser aller à écouter ces pulsions d'agressivité qui bouillonnaient dans ses veines.
« N'écoute pas ton oncle. Je suis là pour t'aider. Tu veux bien que je t'aide ? Je vais essayer… »
Harry hocha la tête, craintif. Severus devait atteindre le téléphone du salon, il n'avait pas de téléphone mobile. La barrière Dursley l'empêcherait de passer… La solution ? La sensibilité cachée de Pétunia. Sa dernière carte.
« Pétunia, comment tu as pu faire ça ?
- Je n'ai rien fait du tout… »
Elle ne pleurait plus. Elle avait cette expression hautaine sur le visage et les lèvres pincées. C'était mauvais signe…
« C'est de la faute de ce monstre ! »
Et, d'un coup de tête, elle désigna Harry qui fixait le sol avec une attention trop soutenue. S'en était trop pour Severus. Cette femme n'avait-t-elle donc aucun cœur ?
« C'est un enfant, Pétunia ! Tu aurais dû le protéger… C'est ton neveu, le fils de ta sœur, l'enfant de Lily.
- Lily n'est plus ma sœur. A cause de personnes dans ton genre, Rogue. Par ta faute, tu me l'as enlevé…
- Ta vieille rancœur ne te quittera donc jamais ? Tu me dégoûte à un point… »
Pétunia ouvrit la bouche, mais Severus balaya son commentaire d'un geste de la main. Il la dégoûtait lui-aussi, très bien, il le savait déjà. Mais Pétunia devait l'écouter, elle avait fait quelque chose d'atroce et elle devait s'en rendre compte. Vernon était irrécupérable, c'était un horrible homme alcoolique et violent, mais Severus savait qu'il y avait un reste de bonté chez Pétunia. Quand elle était enfant, elle aimait jouer avec Lily, elle aimait rire et elle aimait vivre. Il devait bien y en avoir une trace, quelque part, tout au fond.
« Tu ne te rends pas compte, n'est-ce pas ? Ouvre les yeux et regarde cet enfant. Enlève-toi les barrières que tu t'es construites et regarde-le en face. Tu y vois un monstre ? Moi j'y vois juste un petit garçon apeuré.
- C'est le fils de James Potter, cracha-t-elle avec dégoût.
- Oui, je sais. Et crois-moi, s'il doit y avoir une personne entre nous deux qui a le droit de haïr James, c'est bien moi. Il a fait de mon enfance un enfer… L'école était mon refuge, avant. Avant qu'il vienne se pavaner en me ridiculisant. Alors, oui, James est peut-être un salopard. Mais est-ce James que tu as en face de toi ? Regarde ses yeux, Pétunia. Ce sont exactement les mêmes que ceux de… »
La voix de Severus s'éteignit sous l'émotion. Harry fixait toujours le sol avec une détermination froide. Il tenait fermement ses jambes contre son torse et il se balançait régulièrement. Il avait peur et il se berçait. Comme un enfant…
« C'est un enfant, Pétunia. Un petit garçon sans défense. »
Pétunia ouvrit la bouche pour répliquer et elle la ferma. Son mari lui hurlait de ne pas écouter ce « délinquant qui voulait la pervertir ». Il disait la même chose en parlant d'Harry. Mais ça ne pouvait pas être un délinquant, il avait à peine six ans ! Elle plaqua ses mains sur sa bouche, elle aurait voulu arrêter ce cauchemar. Et la seule solution, c'était d'amener Rogue jusqu'au salon. C'était trop tard, ils avaient été découverts. Le secret était brisé, il fallait que tout s'arrête, et vite. Qu'il appelle donc la police !
Pétunia s'avança vers son neveu et Rogue se plaça entre elle et lui. Il le protégeait, parce qu'il fallait que l'enfant soit protégé d'elle. Elle était inoffensive pourtant. Vraiment ?
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Dudley pleurait, hurlait et frappait des poings. Elle regardait la télévision mais elle se redressa violemment. Son fils avait un problème, alors elle s'élança dans les escaliers à son secours.
Elle pénétra dans la chambre et elle comprit immédiatement la source du problème.
« TOI ! hurla t-elle en pointant son neveu du doigt. »
Dudley avait l'air si malheureux et Harry la regardait avec de grands yeux innocents. Dégoûtant personnage…
« Je… Je n'ai rien fait, tante Pétunia. Il s'est mis à pleurer tout d'un coup, je… Je ne comprends pas… Pourtant, je… »
Menteur, fourbe et sournois. Comme son père.
« Et tu mens en plus ! »
Elle l'attrapa par le col. Il allait parler, elle allait lui faire cracher le morceau. Son pauvre petit Dudlynouchet était si triste. Par la faute de ce monstre !
« Qu'est-ce que tu as fait ?! Réponds ! »
Elle secoua son neveu, encore et encore. Il étouffait, mais qu'importe ! Il allait finir par parler…
Mais il n'en eu pas besoin. Les feutres tombèrent de sa poche. Il avait volé Dudley ! Son propre fils malmené par ce garnement. Sous le choc, elle le lâcha et Harry rampa loin d'elle.
« VERNON ! Vernon, vient ici. »
Elle appelait son mari, il allait s'en occuper. Un monstre, ce gosse était un monstre. Il terrifiait son petit trésor chéri, elle ne pouvait pas le laisser faire ça, non !
Le gamin reniflait et il essuyait sa morve avec son pull. Il était dégueulasse !
« Et tu nous contamines avec tes microbes de bâtard ! Tu as ruiné nos vies, cela ne te suffit donc pas ? Il faut en plus que tu nous refiles tes microbes… »
Le coup partit tout seul. Elle lui envoya un coup de pied dans les côtes. Elle était furieuse, elle lui en voulait tellement, tout était de sa faute, tout ! Alors elle le gifla, encore et encore. Elle voulait effacer le mal, faire partir le démon qui hantait son corps. Le frapper, le blesser, le punir !
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Le garçon avait fini dans le placard, blessé pour plusieurs jours, détruit. Elle l'avait frappé… Et maintenant, il fallait qu'on le protège d'elle. Severus Rogue avait raison, ce n'était qu'un enfant. Et elle était complice.
Maintenant, elle voulait le protéger. Juste un instant, le temps que Severus trouve le moyen de le mettre à l'abri. Alors qu'elle prenait peu à peu conscience de sa culpabilité écrasante, elle affirma :
« Je ne compte pas lui faire du mal. Mais je crois que tu as un coup de téléphone à passer, non ?
- Je prends Harry avec moi, contredit Severus dans un élan de protection envers le garçon. »
Il posa une main sur le haut de la tête du gamin et Pétunia secoua la tête. Vernon beuglait des menaces de mort. Contre elle cette fois-ci… Oh, mon dieu ! Sa vie était horrible et elle ne s'était rendu compte de rien, préférant se voiler la face. Et puis, elle n'en était totalement pas la victime… C'était affreux, un cauchemar, sa réalité qu'elle avait préféré ignorer.
« Il n'est pas capable de marcher, tu n'iras pas loin. »
Harry voulu se révolter, dire qu'il n'était plus un bébé et qu'il pouvait marcher. Il n'était pas un poids lourd et il voulait aider Severus qui paraissait quand même drôlement gentil. Mais c'était inutile et il le savait. Sa tante avait raison, il ne pouvait pas faire un pas sans se tordre de douleur. Alors il resta silencieux en baissant la tête pour fixer ses chaussures. Est-ce que Rogue se lasserait de lui en s'apercevant qu'il était inutile ?
Severus regarda l'enfant, puis Pétunia, puis Vernon, puis à nouveau le garçon qui fixait ses chaussures d'un air désolé. Le petit était terrifié et couvert de sang. Pétunia devait avoir raison, Harry ne semblait pas en état de gambader et il était obligé de lui faire confiance. Il soupira.
« D'accord. Mais si tu fais le moindre geste suspect… »
Pétunia hocha la tête frénétiquement. Ce n'était pas à son avantage. Il fallait penser à l'avenir. Et maintenant, la seule chose qui comptait, c'était de protéger Dudley. Severus Rogue avait tous les défauts du monde, mais il tenait toujours ses promesses. Il fallait qu'elle trouve le moyen de l'obliger à protéger son fils. C'était le plus important, que Dudley soit à l'abri. Elle devait gagner les faveurs de l'homme dès maintenant. Elle n'aimait pas ça, mais c'était obligatoire. Elle ne se faisait guère d'illusions sur l'avenir. Pour Vernon, ça serait la prison pour une vingtaine d'années et pour elle, peut-être tout autant. Seul Dudley était innocent dans l'histoire et elle ne souhaitait pas plus que ça qu'il subisse leurs péchés. Elle devait le protéger.
Severus s'éloigna dans le salon tout en gardant un œil sur Vernon mais ce dernier n'essaya même pas de l'en empêcher. Il était fichu, tout était terminé et il le savait. Mais étrangement, il ne regrettait rien. Sauf peut-être de ne pas avoir pu tordre le cou maigre de ce garçon immonde qui avait gâché sa vie.
Severus avait le numéro de téléphone d'Albus Dumbledore dans sa poche. Par quel miracle l'homme avait-il pensé à lui donner ce papier juste avant qu'ils ne se quittent, il l'ignorait. Il était tout simplement médium, ça paraissait presque évident.
« Allô, Severus ? Quelle agréable surprise ! Vous êtes toujours chez les Dursley à ce que je remarque… »
Oui, médium, sans aucun doute. Comment Albus aurait-il pu savoir que c'était lui qui lui téléphonait ? A moins qu'il n'ait gardé le numéro des Dursley en mémoire mais c'était trop étrange à son goût. Non, il valait mieux qu'il soit médium.
« Qu'est-ce qui vous pousse à me téléphoner, mon cher ami ? Voulez-vous qu'on dîne ensemble pour que vous puissiez me raconter cette journée ? »
Severus grogna. Quelles idées traversaient parfois la tête de ce vieillard sénile ? Lui, dîner en tête à tête avec le vieux fou ? Non, merci bien.
Severus regagna son sérieux. Un enfant souffrait dans la pièce d'à côté et il devait faire vite.
« Albus, venez immédiatement au 4, Privet Drive. Nous avons un gros problème.
- Que se passe-t-il donc ?
- J'avais raison, cette famille est malsaine… »
Albus ricana doucement dans l'appareil. Non, il n'était pas paranoïaque ! Et il allait le prouver :
« Harry Potter est en vie. »
Silence. Severus avait réussi à décontenancer le grand Albus Dumbledore. Mais il n'en tirait aucune victoire. Juste un immense vide au niveau de son cœur. Harry Potter était en vie, ou du moins, il survivait dans un placard à peine plus grand que lui. Et c'était loin d'être un sujet de plaisanterie.
« Etes-vous vraiment sûr ? »
La voix de son mentor tremblait légèrement.
« Ne bougez pas, j'arrive… Je serai là d'ici dix minutes. »
Et, à peine sept minutes plus tard, le grand Albus Dumbledore pénétra dans la petite maison des Dursley.
Enfin ! C'était le chapitre que vous attendiez tous... Des commentaires ?
J'écris facilement et j'obtiens un résultat correct sans avoir besoin de me relire sans cesse. Jusqu'ici, c'était plutôt une qualité, c'est en effet ce qui me permet d'écrire des chapitres suffisamment longs tout en gardant un rythme de parution régulier. Arrivée à ce chapitre, j'ai écris le titre toute fébrile. Si vous avez attendu ce chapitre longtemps, je peux vous assurer que je rêvais d'en écrire enfin les premiers mots. J'ai ouvert une bouteille d'eau citronnée et j'ai tapé la première phrase. Je l'ai effacé. J'ai recommencé, j'ai effacé. Encore une fois, puis une autre, et cinq minutes plus tard, je n'avais toujours pas ma première phrase. Pour tout avouer, j'avais le vide de la page blanche. Ecrire étant une seconde nature, depuis que je sais à peine parler, je n'ai jamais éprouvé cette crainte. Combien de fois ai-je ouvert un document word vierge afin de commencer un roman, puis le laissant, recommençant un autre roman, etc. Ca a l'air idiot de ne pas terminer ses chantiers comme ça (j'avais neuf ans), mais ça aide énormément à entreprendre un début. Je ne crains pas de commencer, jamais. Hors, là, j'étais bloquée. Je voulais écrire un chapitre parfait du premier coup. Deux jours plus tard, j'ai dépassé cette crainte et j'ai tout écrit d'un seul coup. Quand je me suis relu, j'étais plutôt satisfaite... Mais j'ai quand même retravaillé dessus plusieurs jours, plusieurs semaines, presque jusqu'à l'usure. C'est sans doute le chapitre qui m'a demandé le plus de travail.
Il y a maintenant une semaine, j'ai commencé un partenariat avec une bêta lectrice (Luinwe Luthien) qui m'a très gentiment corrigé ce chapitre. Ses remarques étaient pertinentes et chaque correction était d'une justesse incroyable. Sans elle, vous auriez eu un chapitre avec de nombreuses fautes de coordinations, de frappe ou de français. Je la remercie très sincèrement, elle m'a rendu son travail dans les temps. Vite, bien et efficace, c'était tout ce que je demandais.
Ce chapitre sonne la fin d'une période. Mais je peux vous assurer que l'histoire continue ! Il reste pleins de mystères à résoudre... Voldemort, l'Ordre du Phénix, Poudlard, Dumbledore, ils ont tous des secrets à cacher. J'avoue que j'ai peur de perdre la moitié de mes gentils lecteurs en leur donnant ce chapitre qu'ils attendent avec impatience. L'intrigue du placard est en effet terminée... Mais j'ai trouvé d'autres perturbations bien plus importantes encore ! Alors restez fidèles, cette fanfiction peut encore vous surprendre.
Dans le chapitre suivant, Dumbledore débarque chez les Dursley et la sentence tombera. Quelles machinations imaginera-t-il avec la réapparition de l'enfant ? Quelles punitions donnera-t-il aux Dursley pour ces années d'abus et de maltraitance ? Et Severus, dans tout ça ? Quel sera l'avenir d'Harry Potter ?
Le Chapitre 15 sera publié le 15/06/2014.
Ce chapitre vous a-t-il plu ? Est-il à la hauteur de vos attentes ? A vos claviers pour une review !
Je continue d'écrire pour vous, et je vous dis à très bientôt pour de nouvelles aventures.
