Me voilà de retour!

Dur dur de ne pas écrire tout ce temps.

Je voulais vous dire que mon titre change définitivement pour "La complainte des monstres."

Bonne lecture!


« Où est Malfoy ? »

« Il surveille que personne ne m'approche depuis un recoin sombre, j'imagine. » Répondit Hermione d'une voix morne.

Elle et Ron s'étaient éloignés le plus possible de la foule et du bruit assourdissant. Elle vit Ron hocher la tête, un air satisfait sur le visage

« Par Merlin, tu ne vas pas en être content en plus ? Il devient franchement possessif. »

« La seule raison pour laquelle je ne lui ai pas encore sauté à la gorge c'est parce qu'il est censé assurer ta protection. Alors je ne vais pas le bouffer parce qu'il le fait. » Hermione l'observa longuement, le visage fermé.

« Tu sais que tu es franchement agaçant quand tu te mets à raisonner logiquement comme ça ? »

« C'est bien, tu comprends maintenant un peu ce qu'Harry et moi avons dû subir en ta compagnie. » Elle se renfrogna.

« Mais que veux-tu, reprit-il, plus joyeux. C'est à cause d'Indiana. Il fallait bien qu'un de nous deux ait un comportement d'adulte et ce n'est pas elle qui allait s'y coller. »

« Elle est si immature que ça ? »

« C'est une catastrophe. Une vraie gamine. » Il eut un sourire éblouissant.

« Tu l'adores. » Ce n'était pas une question mais une constatation. Ron respirait le bonheur dés qu'il parlait d'elle. Cette fille semblait au diapason de ce qu'elle même était et pourtant Ron l'aimait, ça crevait les yeux.

« J'imagine. Mais ce n'est pas de tout repos, concéda-t-il. Il faut la surveiller en permanence sinon elle se fourre dans le pétrin dés que j'ai le dos tourné. Même Aimeric a commencé à regretter de l'avoir mordu. »

Hermione vit Ron jeter un regard mauvais vers la foule. Elle suivit son regard. Un homme était accoudé au bar lustré, en compagnie de deux autres loups. Ils avaient tous les mêmes épaules larges, le même corps disproportionné que Ron. Mais ils étaient bien plus âgés et leur apparence plus soignée. Leurs cheveux étaient propres et coiffés et Hermione était certaine que si elle s'approchait, elle ne verrait pas de terre sous leurs ongles alors qu'ils tenaient une chope de bière entre leurs grandes mains.

« C'est lui, Aimeric ? Demanda-t-elle en désignant le plus vieux. Que fait-il ici ? »

« Sais pas. » Répondit Ron, le corps s'agitant légèrement sous les tremblements inconscients de ses muscles. Il semblait se retenir difficilement de ne pas se ruer sur les trois hommes.

« Surement rien de bon. Mais je ne peux pas les attaquer ici. Si Gabriel m'attrape dans une nouvelle bagarre il s'arrangera pour que je ne retombe pas sur mes pattes, cette fois. »

« Il t'a donné des informations sur Indiana ? »

« Oui, elle est confinée à la mine. C'est là que nous avons été dressé. J'imagine qu'ils s'attendent à ce que je cherche à la récupérer. »

Hermione jeta un nouveau regard aux hommes.

« Et qui sont les autres ? »

« Kaan, un autre dresseur, et Edward, un volontaire. » Il continuait de leur lancer des regards noirs et Hermione était presque étonnée qu'ils ne ressentent pas la brulure des yeux de Ron sur leur nuque.

« Ils sont venus avec plusieurs jeunes loups ce soir. On serait assez nombreux pour les massacrer. » Une expression redoutable se peignit sur son visage alors qu'il imaginait tout ce qu'il pourrait faire subir à ses anciens maitres.

« Mais ne sont-ils pas tous sous Imperium ? » S'étonna Hermione.

« Les dresseurs sont venus avec des volontaires qui ne sont pas sous imperium et ils sont presque aussi retords et cruels qu'eux. Mais ils ont amené aussi de nouvelles recrues comme moi. Des gars qui ont été mordus de force et entraînés pour tuer sur leurs ordres. Il jeta un regard sur la foule. J'en ai compté six ou sept ce soir ici. C'est eux que tu m'as vu saluer. Mais ils sont tous sous impérium. J'ai essayé de leur faire dire pourquoi ils étaient là ce soir et si nombreux mais le sortilège les oblige à garder le silence. ils ne peuvent rien me révéler." Ron prit un air songeur.

"Si seulement ils n'étaient pas sous imperium on pourrait massacrer les dresseurs et leurs volontaires et.… » La fin de sa phrase se perdit dans sa gorge alors qu'il regardait Hermione avec des yeux écarquillés.

« Hermione !... Il faut que tu les libères du sortilège! Il faut que tu les libères de l'imperieum comme tu l'as fais pour moi ! » Elle eut un rire bref, presque hystérique.

« Tu oublis qu'il a presque fallu que je te découpe en morceaux avec l'épée de Gryffondor pour ça ! »

« Oui, on va faire pareil avec eux. » Il était sérieux. Elle le regarda un moment, silencieuse.

« Je ne pense pas que ça fonctionnera Ron, dit-elle enfin. Tu étais déjà grandement affaibli quand je t'ai blessé avec l'épée de Gryffondor, le sortilège d'imperium ne devait déjà tenir plus qu'à un fil, comme ta vie. » Elle jeta un regard à deux jeunes loups qui s'interpelaient bruyamment, deux tables plus loin.

« Et eux, ils sont franchement en pleine forme. » Lui fit-elle remarquer en les pointant du pouce.

« Non, je suis certain que tu peux y arriver. » Son regard était fiévreux. Il était si enthousiaste qu'il s'était déjà levé à moitié de son siège. Hermione lui saisit le bras par reflexe et Ron reçut une puissante décharge. Elle retira immédiatement sa main.

« Pardon, marmonna-t-elle. Tu vois, tu me fais trop confiance. Je pourrais les tuer. Tu ne comprends pas. » Il se rassit lentement, douché dans son élan.

« Non, c'est toi qui ne comprends pas Hermione, répliqua froidement Ron tout en massant son bras endoloris. Tu pourras nous faire subir la pire des horreurs que ce ne sera toujours rien par rapport à la torture qu'on nous a fait vivre. Ce ne sera rien par rapport à ce qu'on nous force à faire. Et même sans ça, je sais qu'ils préfèreraient prendre le risque de crever s'il y avait la moindre chance que l'imperium soit levé et qu'ils puissent être enfin libre. »

Hermione resta silencieuse en fixant Ron. Son visage était grave. Ce n'était plus le jeune loup chahuteur qu'elle regardait mais l'homme torturé. Elle se mordit la lèvre.

« En admettant que j'accepte, comment compterais-tu t'y prendre ? Il y a toujours Aimeric, Kaan et Edward. Et les autres volontaires. Ils ne vont pas nous laisser faire tranquillement pendant qu'on lève les sortilèges de leur meute. Ils savent que c'était Draco et moi dans la clairière, j'en suis sure. Ils doivent nous surveiller en ce moment même. »

Ron sourit, il savait que si elle abordait le côté pratique de la question c'est qu'il avait déjà gagné.

« Le mieux serait de s'occuper des loups un par un, afin que les dresseurs ne se rendent pas compte de leur absence. Ils sont obligés de faire des rondes à l'extérieur chacun leur tour, on pourrait en profiter quand ils sont dehors pour essayer de lever le sortilège. Aimeric ne se rendra compte de rien. Il ne s'attendra surement pas ce qu'on tente une chose pareille. Je connais les limites de l'imperium, ils me l'ont infligé à moi aussi: on ne peut rien révéler de nos missions, ni de notre localisation. On ne peut pas attaquer nos dresseurs, ni aucuns des volontaires et on ne doit pas s'enfuir. Mais ils n'ont jamais précisé qu'on ne doit pas laisser quelqu'un essayer de lever notre sortilège d'imperium. » Ron semblait très content de lui. Hermione hocha la tête, nerveuse. Ron se leva.

« Attends. Cette fois elle se retint de le toucher. Tu dois bien leur dire que je ne promets rien. »

« Oui, oui. » Et il s'empressa de filer. Elle le vit s'assoir à la table où les loups qu'elle avait observés plus tôt étaient installés et se pencher immédiatement vers eux.

Draco se laissa alors tomber à la place que Ron venait de quitter. Hermione ne lui prêta aucune attention et continua d'observer les loups qui lui jetaient régulièrement des regards alors que Ron parlait précipitamment à leurs oreilles.

« Pourquoi ai-je la terrible impression que quelque chose se trame ? » Commenta Draco, laconique.

Elle ne répondit rien.

« Tu sais, tu devrais leur dire de carrément venir s'assoir à notre table, sinon Aimeric et Kaan risque de ne pas comprendre que leur ancienne recrue tente de fomenter une mutinerie juste sous leur nez. »

Il pouvait vraiment se montrer franchement agaçant quand il le voulait. Particulièrement quand il avait raison.

« Que propose tu alors ? » Rétorqua-t-elle froidement en se tournant enfin vers lui.

« Dire à Ron d'être plus discret. Ne t'inquiètes pas, princesse. J'ai la chose en main.»

Il se leva comme une flèche et se dirigea droit sur Ron qu'il saisit par le col et renversa de sa chaise. Les deux autres loups se levèrent d'un bond, prêts à défendre leur congénère. Mais Malfoy ne frappa pas Ron. Il se contenta de le plaquer sur le mur derrière lui tout en le secouant comme un prunier, ce qui en soit n'était pas un mince exploit, même pour un homme aussi grand que Malfoy. Mais Hermione savait qu'il lui parlait en même temps. Elle voyait ses lèvres bouger rapidement, toutes proches de l'oreille de Ron. Enfin il le lâcha et cracha au sol, à ses pieds, sous les regards outrés des loups. Un instant plus tard il avait regagné sa place prés d'elle, un sourire satisfait aux lèvres.

« Message reçu. » Lâcha-t-il en s'écrasant sur la banquette.

« J'imagine que je devrais me montrer reconnaissante que tu ne lui ais pas lancé ton poing dans la figure. » Soupira-t-elle.

« Question de crédibilité, concéda-t-il. Je ne pouvais pas aller gentiment papoter avec eux juste sous les yeux des dresseurs. Ça aurait paru quatre fois plus louche.»

« Puis -je savoir de quoi il retourne maintenant ? »

« Ron veut que je brise leur sortilège d'Imperium. » Lâcha-t-elle tout à traque. Elle évita son regard qu'elle sentait rivé sur elle.

« Et tu comptes t'y prendre comment ? » Demanda-t-il, froidement. Cette fois il n'y avait plus de sarcasme ni de rire ironique dans sa voix. Il était furieux.

« Aucune idée, avoua-t-elle, toujours sans oser le regarder. Mais on est censé sauver le monde, tu te rappelle ? » Elle sentit les mains fraiches de Draco enserrer son visage et l'obliger à lui faire face.

Son expression était indéchiffrable alors qu'il baissait ses yeux de glace entre ses longs cils blonds sur elle.

« Et si je ne veux pas sauver le monde ? Si je ne veux sauver que toi ? »

« Alors tu peux m'aider à rassembler cette belle petite meute de loups, car quoi que tu en dises, ce soir j'ai des sortilèges d'Imperium à lever. Ma guerre commence ici. »

Elle ne savait pas pourquoi elle était si confiante tout à coup. Mais la présence de Draco à nouveau près d'elle la rassurait. Il lui donnait de la force.

Il la regardait toujours sans rien dire, visiblement partagé entre l'envie de la jeter sur son épaule pour l'éloigner le plus vite possible de son projet stupide ou de rester ici et de la laisser lui demander de l'aide.

« Ils vont souffrir pendant le procédé si cela peut te convaincre. » Précisa-t-elle, en espérant le dérider un peu.

Mais il ne rît pas, sa bouche ne tressaillit même pas. Il continuait de la fixer douloureusement. Elle comprit alors ce qu'il se passait dans sa tête. Il avait peur de la perdre. Peur plus pour lui que pour elle sans doute, mais peur quand même.

« Il ne m'arrivera rien Draco, souffla-t-elle. Je suis avec toi. » Il libéra enfin son visage.

« J'espère au moins que tu réalises tout le paradoxe de cette phrase. » Lança-t-il, glacial.

Elle ne se laissa pas embobiner. Avec Draco les joutes rhétoriques se finissaient toujours bien pour lui et mal pour elle.

« Donc, tu m'aides ? »

« Évidemment, lâcha-t-il froidement. On doit sauver le monde, non ?

« Merci. »

« Ne me remercie pas trop vite. Je ne sais pas si je pourrais supporter de te voir repousser dans ses limites un jeune loup garou. »

« C'est pourquoi tu ne viendras pas avec moi, Draco. » Il la dévisagea durement.

« Tu ne penses pas sérieusement que je vais te laisser faire ça toute seule ? »

« Écoute, Aimeric va se douter de quelque chose si on disparait tous les deux, tu le sais très bien. »

« Je ne veux pas te laisser toute seule avec une bande de loups garous instables. » S'entêta-t-il.

« Il va bien falloir car c'est ce que je vais faire. Tu dois faire diversion pendant ce temps. Tu y arriveras ?»

Il lui lança un regard condescendant.

« Évidemment. »

« Parfait, conclu Hermione et elle se leva avant qu'il ne change d'avis. Je retrouve Ron. On se rejoint… plus tard. »

« Laisse-moi ta cape avant. » Hermione s'en défit sans le questionner. Elle ne ressentait pas le besoin de lui demander quel était son projet, tout simplement parce qu'elle lui faisait confiance pour couvrir ses arrières. Confiance. Un nouveau paradoxe sans aucun doute.

Draco la regarda s'éloigner, de mauvaise humeur. Il devait faire diversion, et cette diversion s'appelait Artémis.

Hermione rejoignit discrètement Ron qui attendait près de l'entrée et se dissimula derrière son immense carrure.

« On y va, Benjamin se porte volontaire pour le premier essai. » Hermione jeta un coup d'œil au loup qu'elle reconnu sans surprise. C'était l'homme aux cheveux noirs qui l'avait abordé plus tôt. Il lui jeta un sourire éblouissant.

« On dirait que tu cherche vraiment à te faire tuer toi, ce soir. » Lui lança Hermione en fronçant les sourcils.

« Si c'est par toi, je suis prêt à subir n'importe quoi. » Il lui effleura la joue du bout de sa grosse patte sale…. Et reçu une décharge.

« Ouch! »

« Je t'avais prévenu, Benjamin. » Grogna Ron, sévère.

« Je voulais être certain que tu n'exagérais pas. » Rétorqua le loup tout en sourire et dents blanches.

« Pas trop déçu j'espère ? Ironisa Hermione.

« Je suis conquis. » Elle leva les yeux au ciel.

« Tu as de la chance que Draco soit occupé ailleurs. » Elle le chercha automatiquement des yeux et l'aperçu en pleine conversation avec ce qui semblait être elle même. Hermione ne savait pas de qui il s'agissait mais il s'était enveloppé de sa propre cape et avait rabattu le capuchon comme elle même l'avait fait plus tôt. Une bonne diversion, Aimeric la penserait toujours dans le bar avec Draco.

« On sort. » Leur intima Ron qui attendait que l'attention des dresseurs soit accaparée ailleurs. Il les poussa légèrement vers la sortie.

Hermione suivait l'immense silhouette de Benjamin qui montait l'escalier étroit en frôlant les parois des deux bords de ses larges épaules. Lui et Ron montaient les marches par volée de cinq.

« Je ne suis pas un monstre surdimensionné moi ! » S'exclama-t-elle lorsqu'elle entendit un énième soupir d'impatience dans son dos.

Ils débouchèrent dans la nuit noire et rejoignirent le couvert des bois. Un autre loup les attendait déjà. Il était grand, évidemment, mais aussi très jeune. Quinze, peut-être seize ans. Hermione regarda ses tâches de rousseurs et ses cheveux blond. Elle ne voulait pas torturer un enfant. Elle jeta un coup d'œil désemparé à Ron mais ce fut Benjamin qui prit la parole.

« Tu va te faire la main sur moi d'abord. On verra après pour Émile. »

« Hey ! Protesta l'intéressé. Je peux aussi bien encaisser que toi, Benji. »

« Ce n'est pas un jeu, coupa Hermione un peu plus sèchement qu'elle ne l'avait escompté. Veux tu mourir ce soir, Émile ? Car c'est peut-être ce qui t'attend. »

« Ron te fait confiance, alors moi aussi. » Répondit le jeune loup, sans se démonter.

« Grosse erreur. Ron ne sait rien tout simplement parce que moi non plus. » Hermione retira l'épée de son fourreau. Elle brilla sous la lumière de la lune, tranchant entre elle et les loups une frontière redoutable.

« Cet idiot est prêt à en subir les conséquences avant toi, continua-t-elle en désignant Benjamin de la pointe de sa lame. Alors regarde et vois ce qui t'attend, jeune loup. »

Il lui lança un regard troublé. Ce n'était pas juste une jeune femme qui faisait la moitié de sa taille qu'il fixait, mais une redoutable sorcière, aguerrie par plusieurs années de combat. Elle fit tournoyer l'épée dans le silence et trancha l 'épaule de Benjamin. Il se recula et gémit, plus de surprise que de douleur. Le sang perla sur la peau brune avant qu'il n'y applique sa grande main. La coupure était superficielle cependant et le sang cessa de couler presque aussitôt.

« Pourquoi êtes vous ici ce soir ? » Lui demanda précipitamment Ron.

Benjamin ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Le sortilège lui nouait toujours la langue. Elle vit ses traits se durcir. Toutes traces de rire ou de plaisanterie s'était évaporé de son visage.

« Recommence, lui ordonna t-il. N'ais pas peur de me faire du mal, sorcière. Je veux être libre. » Ils échangèrent un long regard. Plus que tout autre chose elle pouvait comprendre ça. La captivité avait plus d'un visage.

« Alors tiens-toi prêt le loup, rétorqua-t-elle. » Et presque immédiatement il reçu un second coup.

Elle avait visé son torse cette fois et le tissu de sa veste se fendit d'une épaule à l'autre. Elle put voir ses muscles contractés trembler et sa peau désormais à nue se couvrir de sang. Il tomba à genoux et ne put empêcher un gémissement de souffrance. Ron, reposa sa question mais seul le silence lu répondit. Benjamin se releva, déterminé dans sa douleur. Hermione frappa. Elle frappa encore et encore. Mais Ron ne parvenait toujours pas à obtenir une réponse à sa question. Émile regardait son ami se vider de son sang sur la neige, une expression de dégout et d'appréhension mélangé sur son jeune visage.

« En… Encore. » Murmura Benjamin.

« Non, répliqua Ron, catégorique. Tu es en train de te vider de ton sang. » Il l'aida à se relever.

« Ce… ce n'est pas possible, murmura Benjamin dans un souffle. Je suis sur qu'elle peut le faire. »

Hermione percevait la souffrance dans sa voix. Pas celle de la lame dans sa chaire mais une souffrance pire encore. Celle d'un espoir déçu. Benjamin était un esclave condamné à massacrer des innocents. Et il avait cru un moment qu'il parviendrait à s'échapper de cet horrible destin. Il avait cru qu'elle pourrait l'en délivrer.

Elle abaissa son arme. La lame luisait du sang du loup.

« Non, n'abandonne pas, gémit Benjamin. Je peux en supporter encore. »

Émile s'avança, blanc comme un linge, pour aider Ron à le soutenir.

« Je crois que Ron a raison Benjamin, lui dit-il d'une voix faible en passant un de ses énormes bras sur son épaule. Tu vas mourir si tu continue. »

Hermione ne voulait pas abandonner. Elle ne pouvait pas les abandonner.

Elle fixa Benjamin, tentant une nouvelle approche. Elle observait sa magie, ses mouvements, ses couleurs, ses nuances. Elle devait trouver une faille dans laquelle se glisser.

« Posez-le à terre. » Leur ordonna-t-elle.

« Hermione, souffla Ron, il ne peut rien endurer de plus. »

« Fais ce que je te dis. Je ne le blesserai plus, cela ne sert à rien de toute façon. »

Comme pour appuyer ses paroles elle lâcha l'épée qui tomba dans la neige ensanglantée et se concentra sur l'aura du loup. Un sortilège aussi puissant que l'imperium devait forcément laisser une trace. Elle se mit à tourner autour de Benjamin qui attendait, les deux genoux dans la neige, le corps tremblant et ruisselant de sang.

« L'imperium contrôle l'esprit n'est ce pas ? Dit-elle, plus pour elle même que pour les autres qui la fixaient. Il doit bien se cacher quelque part. »

Elle tomba à genoux à son tour, faisant face à Benjamin et saisit sa tête entre ses mains. Il baissa docilement son visage vers elle jusqu'à ce que leur front se touchent. Il recevait sa puissance de plein fouet et serraient les dents pour lui résister. Elle sentait son grand corps trembler contre elle. Elle entendit vaguement la voix d'Émile qui semblait protester mais elle était déjà loin. Loin dans le corps de Benjamin. Elle laissa ses yeux se perdre dans sa magie, en écartant chaque repli à la recherche du sort. Elle creusait toujours plus loin, toujours plus profondément et les gémissements de douleurs du loup vibraient à ses oreilles. Son intrusion à l'interieur de lui semblait le faire souffrir encore plus que son simple contact. Elle devait se dépêcher car il ne tiendrait pas très longtemps. Elle voyait déjà sa propre magie envahir la sienne, brulant tout sur son passage. Frénétiquement elle scannait son esprit, vérifiant chaque pan, chaque feuillet étincelant. Les tremblements de Benjamin se transformèrent en convulsions alors qu'elle approchait du cœur de ses pensées. Elle entendit Ron crier mais elle resserra ses mains autour du visage de Benjamin. C'est alors qu'elle le perçut, nuage noir recroquevillé au plus profond de sa magie, étirant ses fils noirs et nocifs dans les courants de ses pensées. Elle détacha une de ses mains et la plaqua sur le front du loup recouvert de sueur, dirigeant directement sa propre magie sur la tumeur sombre.

« Je te tiens ! » elle vit sa magie fondre dans une puissante décharge et se sentit arrachée au corps du loup. Elle atterri loin en arrière, ses mains brulantes s'enfonçant dans la neige glacée pour prévenir sa chute. Elle roula sur elle même plusieurs fois avant de se stabiliser, un genou et une paume au sol.

À quelques mètres, Benjamin gisait dans la neige, allongé de tout son long. Ron accourait vers elle pendant qu'Émile se penchait sur son ami.

« Je… je l'ai eu. » Murmura Hermione, alors que Ron l'aidait à se remettre debout.

« Il n'est pas mort ? » Chuchota Émile, tremblant d'émotion de la tête au pied.

Il ne l'était pas, elle pouvait voir sa magie couler dans son corps. Libérée de tout sortilège, belle et pure. Elle eut un soupir de soulagement et se pencha sur Benjamin qui ouvrait péniblement les yeux.

« Quelle était ta mission. » Lui demanda Ron, aussitôt.

« Trouver le Résurrectionniste et le massacrer dés qu'on nous en donne l'ordre. Ne pas tuer la fille. »

Il eut un large sourire qu'Hermione lui rendit.

« Je suis libre ! »

La suite se passa plus facilement. Ron soigna les blessures de Benjamin mais ne le renvoya pas dans le bar de Gabriel. Il était trop faible et aurait attiré l'attention d'Aimeric immédiatement. Hermione s'occupa d'Émile qui se jeta presque dans ses bras malgré la douleur. Il fut envoyé en bas à la place de Benjamin. Il devait agir comme si le sortilège faisait toujours effet et leur envoyer discrètement les autres loups. Ils arrivaient deux par deux dans les sous bois, avec plus d'impatience que d'appréhension. Même la vue de Benjamin, recouvert de sang qui se remettait doucement contre un arbre, ne parvenait pas à modérer leur enthousiasme.

« Il n'en reste plus qu'un, l'informa Ron, qui vennait de voir émile revenir seul.

Hermione, luisante de sueur, s'épongea le front. Elle était épuisée. Elle avait de plus en plus de difficulté à repérer les sortilèges enfouis dans l'esprit des loups. Ce qui voulait dire que cela lui prenait plus de temps et qu'ils souffraient plus. Elle regarda les septs jeunes recrues qu'elle venait de libérer du sortilège. Ils chahutaient en comparant bruyamment leur expérience. Qui avait gémit le plus, qui s'était montré le plus courageux.

« Tu veux faire une pause ? Lui demanda Ron, préoccupé par son visage pâle. Tu as l'air à bout. »

Hermione jeta un coup d'œil au dernier loup garou qui attendait devant elle. Il sautillait presque d'impatience malgré tous ses compagnons qu'il avait vu passé avant lui, souffrant toujours un peu plus que le précédent.

« Non, je veux m'occuper de William maintenant sinon je ne serai plus capable. »

C'est à ce moment que Draco fit irruption dans leur cercle, Artémis sur ses talons. Il accrocha le regard d'Hermione dans le silence qui venait de s'abattre sur eux.

« Ils ont compris, lâcha-t-il simplement. Ils arrivent. »

Immédiatement les garçons autours d'eux explosèrent dans un éclair de fourrures et de griffes. Bondissant entres les arbres, ils se mirent en position d'attaque dont Ron était le fer de lance.

Draco dégaina sa baguette et Artémis banda son arc, une flèche entre les dents.

Hermione chercha son épée des yeux mais ne la trouva pas.

« Draco, je suis trop faible pour me battre ! » Il n'eut pas le temps de répondre.

Plusieurs silhouettes sombres venaient de surgirent à la lisière des arbres, leur corps se découpant dans la lumière blafarde de la lune. Hermione cherchait toujours frénétiquement son arme des yeux. C'est alors que son regard se posa sur le loup le plus plus proche d'elle et de Draco. Le seul qu'elle n'avait pas eu le temps de libérer. Le seul encore sous Imperium. Aimeric brandit sa baguette.

« Attaquez le Résurrectionniste, c'est un ordre ! »

« Ron ! » Hurla Hermione.

Mais c'était trop tard. Le jeune loup se jetait déjà sur Draco, totalement prit au dépourvu. L'arc d'Artémis vibra avec force alors qu'elle tirait avec une vitesse et une précision incroyable dans l'obscurité des sous bois. Hermione vit la flèche couverte de runes s'enfoncer dans le cou du loup qui rugit de douleur mais ne renonça pas à se ruer sur Draco qui roula sur le côté pour l'éviter. Il n'avait même pas eu le temps de jeter le moindre sort. Il y eut alors un chaos indescriptible. Une fois leur surprise de voir les sortilèges d'imperium levés passée, les hommes d'Aimeric et Aimeric lui même se transformèrent à leur tour pour se jeter sur eux. Ils étaient en nombre inferieur mais plus aguerri. Une partie des garçons, dont Ron, se précitèrent vers eux pour les contrer dans leur attaque tandis que deux autres se ruaient pour s'interposer entre William et Draco. Artèmis avait déjà tiré sa seconde flèche qui se ficha dans le flanc du loup. William trébucha et percuta Draco de plein fouet. Hermione vit sa grande silhouette blanche disparaitre dans un enchevêtrement de pattes et de poils.

À la lisière, le combat entre les loups faisait rage. Ron et sa meute étaient plus nombreux mais aussi plus jeunes et moins expérimentés que des loups garou comme Kaan et Edward, qui se battaient depuis plusieurs décennies. Mais leur liberté retrouvée semblait avoir décuplé à la fois leur force et leur colère et ils se battaient férocement. Hermione vit même Benjamin, brillant dans sa fourrure d'un noir de jaie, se jeter dans la mêlé malgré ses blessures toutes fraiches. C'était un vrai bain de sang.

Hermione vit Ron se jeter sur Edward avec Émile mais elle s'obligea à arracher ses yeux de leur combat enragé. Sa priorité était Draco mais elle ne trouvait toujours pas son épée perdue dans la neige écarlate et les énormes pattes aux griffes aiguisées qui lacéraient le sol alors que les loups galopaient et roulaient dans tous les sens entre les arbres. Une troisième flèche siffla aux oreilles d'Hermione. Draco, étendu dans la neige, reculait comme il pouvait alors que les deux loups tentaient de tenir William à distance de lui. Ils lui lançaient des coups de griffes en montrant les crocs tout en interposant leur immense masse entre lui et Malfoy et Hermione comprit qu'ils ne cherchaient pas à le tuer, juste à l'éloigner. Elle chercha Artémis des yeux mais la femme avait rejoint la lisière pour aider les autres dont la force commençait à flancher. Elle vit Kaan, reconnaissable à sa fourrure blanche, s'écrouler dans une gerbe de neige et de terre, une flèche entre les deux yeux.

C'est alors qu'elle perçut le mouvement de William du coin de l'œil. Il feinta un des loups qui le tenait à distance de Malfoy, percuta le second qui bascula et se rua sur Draco. Le sectumsempra fusa mais le manqua. Elle n'avait plus le choix. Au lieu de courir vers le loup elle se précipita sur Draco. Elle l'atteignit une fraction de seconde avant William qui tenta de s'arrêter dés qu'il la vit. Il avait ordre de ne pas la tuer. Mais il allait trop vite et il roula en avant, emporté par son élan.

« Hermione ! » Hurla Draco.

Mais elle avait déjà ouvert les bras, se laissant percuter par le loup et s'agrippa à sa fourrure. Un bout de ciel, des arbres, de la neige. Des poils, une patte. Tout tournait autour d'elle. Enfin la bête se stabilisa, elle releva la tête, encore étourdie. Elle vit la magie de l'animal, solidifiée comme une armure impénétrable. Elle ne parviendrait jamais à la percer, se rendit-elle compte, dans un élan de panique. Elle n'était pas assez forte.

« Hermione ! » Cria Draco pour la seconde fois.

Il s'était relevé et dans un grand mouvement de bras elle le vit jeter l'épée qui tournoya dans les airs. Elle lâcha l'animal qui remuait son cou puissant pour se débarrasser d'elle. Elle attrapa l'épée au vol, la leva haut avant de l'abattre sur William. La lame transperça l'épaule. Elle la sentit dévier légèrement de sa trajectoire lorsqu'elle ripa sur l'os avant de se ficher dans la terre.

Le loup cessa de se débattre, cloué au sol. Quand elle se retourna elle vit Draco courir vers elle. Derrière lui, Ron et les autres finissaient d'abattre Aimeric qui était le seul encore en vie. Tous ses hommes étaient morts et leurs morceaux gisaient un peu partout dans les sous-bois.

Il fallut un peu de temps pour que le silence se répande à nouveau autour d'eux. Les loups garous haletaient, la gueule dégoulinante de sang. Ils tournaient sous les arbres pour s'assurer que toute menace était écartée. Ron trottina vers eux, sa fourrure flamboyante se détachant sur celle de tous les autres loups. Il se transforma, affichant son corps nu et musclé dégoulinant de sang sans aucune gêne. Draco se retint de lever une main devant les yeux d'Hermione.

Ron était essoufflé par son combat mais semblait satisfait.

« Une bonne chose de faite. » Commenta-t-il sans passion. Ils ne méritaient rien de moins, rien de plus.

Il jeta un regard froid sur les loups dépecés. De sa meute il n'y avait que quelques blessures à déclarer. Car c'était définitivement sa meute à présent. Les autres loups le regardaient, attendant ses instructions.

« Nous allons rejoindre la mine, continua Ron. Ils vont bientôt apprendre ce qui s'est passé ici et je ne veux pas qu'ils s'en prennent aux captifs. » Hermione savait qu'il pensait à Indiana qui y était retenue prisonnière.

Pendant qu'il parlait Ron s'approcha de William et retira l'épée qui le maintenait au sol d'un mouvement vif. Celui-ci gémit et s'allongea sur le flanc, pantelant. Hermione voyait son immense corps se soulever douloureusement à chacune de ses respirations.

« C'est Aimeric qui l'avait ensorcelé, cracha Ron avec dégout. Maintenant qu'il est mort le sortilège est levé. »

Derrière eux, Hermione voyait Artémis retirer ses flèches des corps sans vie des loups qui reprenaient lentement forme humaine avant de s'approcher de William. Sans cérémonie elle arracha la flèche de son flanc puis celle de son cou. Le loup gémit à nouveaux.

« Je les ai payés une fortune, se justifia t-elle en voyant le regard d'Hermione. À un vieux fou d'irlandais que j'ai eu un mal monstre à trouver. Il boit beaucoup trop mais il n'a pas son pareil pour les armes runiques. » Elle étira son grand corps musclé et retira la cape d'Hermione qu'elle lui tendit avant de se tourner vers Draco.

« Ma dette est effacée Résurrectionniste. Mais sache que ce fut un plaisir d'avoir eu à te traquer. »

« Très touché. » Répondit Draco, son habituel masque impassible sur le visage.

Elle passa son arc au dessus de sa tête.

« Je suis certaine qu'on se recroisera. » Hermione la vit s'éloigner sans regret.

De son côté, William s'était déjà relevé. Elle vit Ron lui lancer un regard anxieux.

« On devrait pourvoir rejoindre la mine dans la nuit. Je laisserai Émile en arrière avec William s'il ne tient pas le rythme, je ne veux pas prendre le risque de laisser la bande à Aimeric débarquer là-bas avant nous. »

« Entendu, répondit-Hermione. On va vous y rejoindre pour que je puisse libérer ceux qui restent si besoin. Mais là j'ai besoin de me reposer. » Ron acquiesça.

Elle saisit la main froide de Draco inconsciemment.

« Tu te souviens où c'est ? Demanda Ron à Malfoy, ignorant leurs mains enlacées.

« Sans problème. »

« Alors on se trouve là-bas. »

Hermione et Draco, main dans la main, les observèrent disparaitre un à un dans la nuit profonde des bois. Benjamin s'arrêta un instant à la hauteur d'Hermione, fourrant son museau humide dans son cou et lui badigeonnant au passage la moitié du visage de sang. Draco grogna mais Hermione se contenta de lever la main pour caresser son énorme tête. Le loup ferma les yeux paresseusement avant de se détourner lentement et de s'enfoncer à son tour dans le noir.

Hermione glissa au sol, épuisée. Draco s'assit à son tour, lui prit la cape des mains et la déploya autour des épaules de la femme. Il était occupé à attacher les boucles d'argent sous son menton quand elle lui effleura la joue.

« Tu vas bien ? Tu n'as rien ? »

« C'est plutôt moi qui devrais te poser la question, se renfrogna-t-il. C'est la seconde fois que tu t'interposes entre un loup et moi. Je ne veux plus que tu refasses ça, Hermione. »

« J'ai eu peur. » Souffla-t-elle. Draco était à présent occupé à essuyer le sang de son visage à l'aide de sa propre manche et elle sentait le tissu râpeux lui échauffer la peau alors qu'elle se laissait faire.

« Ce loup aurait fait peur à n'importe qui. » Commenta-t-il d'une voix blanche.

« Non, j'ai eu peur pour toi. J'ai eu peur que tu sois blessé. »

« C'est n'importe quoi. » Il continuait de s'acharner sur le sang qui collait à la joue de la jeune femme sans vraiment s'en rendre compte. Elle saisit sa main entre les siennes pour l'arrêter.

« Peut-être, admit-elle. Mais c'est comme ça. » Il la regarda pensivement.

« Je me rends compte que je ne suis pas plus capable de te garder en vie que de te tuer. » Lâcha-t-il après un long silence. Sa voix était tranchante, froide.

« Qu'est ce que tu racontes ? »

« Ce soir c'est moi qui aurait dû m'interposer entre ce loup et toi, pas le contraire. Si tu avais été attaqué je n'aurais rien pu faire. »

« C'est toi qui me garde en vie jour après jour et tu le sais. »

« Oui, c'est tout ce que je sais faire, dit-il sombrement. T'emprisonner sous ma cape pour aspirer ta force comme un monstre dans la nuit. »

Hermione l'observa. Elle redoutait ces moments où Draco sombrait dans sa propre douleur. Elle craignait qu'un jour celle-ci ne soit trop forte, qu'il ne parvienne pas à refaire surface et qu'il l'abandonne.

« Tu veux me laisser ? » L'homme leva les yeux et vit son visage rosi par l'émotion. Du sang colorait toujours sa peau blanche et de longues mèches brunes s'échappaient de sa tresse. Enfoncée dans la neige écarlate, elle avait l'air incroyablement vulnérable.

« Je ne crois même pas le pouvoir, souffla-t-il, la voix brisée. Voilà ce que tu as fait de moi, Hermione. Un pantin incapable de te tuer, incapable de te sauver et encore plus que tout, incapable de te laisser. »