Bonsoir, bonne nuit, bonjour ! (Je vous laisse choisir.)
Je viens de terminer l'écriture de ce chapitre que je poste donc avec un peu de retard. J'espère qu'il vous plaira ! J'en profite pour vous souhaiter de passer un bon réveillon !
Cette annonce de réunion de famille inattendue en a surpris plus d'un, je vous laisse découvrir ce qu'il en est...
(Et évidemment, je remercie tous ceux qui ont pris le temps de déposer une review la semaine dernière, j'adore lire vos réactions !)
Lexa
Tout le monde est réuni dans le salon. Je ferme la porte derrière moi. Ma mère et son mari sont assis sur le canapé tandis que Clarke et Abby sont assises sur des chaises installées à la perpendiculaire du sofa. Ils me fixent tous. Tris lève la tête et se frotte les yeux. J'observe ma mère. Elle ne regarde que moi. Ne remarque-t-elle pas l'enfant qui est dans mes bras ?
Tris se dégage doucement de mes bras, je la pose à terre. Elle observe les invités, se demandant certainement ce qu'ils font là. Je me racle la gorge, inconfortable. Ma mère se lève. Elle semble plus en forme que la dernière fois que je l'ai vue. Ses yeux brillent d'une lueur vive. Quand j'étais enfant, cette lueur était rare. Ma mère travaillait si dur pour m'élever qu'elle a failli en perdre la vie. J'aimerais la rendre fière. Mais pour le moment, je ne peux m'empêcher de lui en vouloir. Son attitude ne fait que me le prouver, elle garde un secret.
Je déglutis en m'approchant d'elle. Elle s'avance aussi, ses pas en accord avec les miens. Nous avons toujours eu cette forte connexion, je me rends compte aujourd'hui qu'elle est similaire avec celle que j'entretiens avec Tris. Adolescente, les connaissances de ma mère me répétaient sans arrêt que je lui ressemblais énormément. Ma mère a dressé ses cheveux bruns en queue de cheval, laissant ressortir ses hautes pommettes et ses mâchoires aiguisées. Son front dégagé laisse apparaître une légère ride. Je sais déjà à quoi je ressemblerai dans vingt à trente ans.
Nous nous arrêtons en même temps et nous dévisageons avec toujours les mêmes curiosité et affection. Puis elle ouvre ses bras et je la laisse m'enlacer, répondant faiblement à son étreinte. J'ai tant de questions à lui poser...
- Tu es arrivée vite, soulevé-je en me dégageant lentement de ses bras.
- Ton beau-père et moi étions déjà en ville.
- Excuse-moi ? demandé-je calmement malgré le sursaut de coeur que cette information produit.
Elle est donc là l'entourloupe. Ma mère me surveille-t-elle ces derniers temps ?
Elle attrape mon bras et m'attire avec elle sur le canapé. Cependant, j'ôte mon bras de sa main.
- Je crois que tu oublies un détail, dis-je avec sarcasme.
Je me tourne vers ma fille qui, encore à l'entrée de la pièce, nous observe avec curiosité et crainte. Je me baisse et lui intime de me rejoindre. Elle se rue alors dans mes bras et se rassure en me volant un câlin. Je me relève et vais saisir une chaise pour aller m'asseoir près de Clarke, arrachant un soupir exaspéré à ma mère.
- Lexa...
- Je suppose que je n'ai pas besoin de te dire que j'ai retrouvé ma fille ? lui demandé-je.
- En vérité, j'attendais que tu me l'annonces.
Elle savait... avant même de recevoir mon appel, elle savait.
- Tu ne t'es pas donnée beaucoup de mal pour me contacter et rencontrer ta petite-fille, posé-je calmement.
Tris se tourne sur mes genoux pour observer la scène. Elle s'attarde sur ma mère. Encore une fois, la ressemblance doit la troubler.
- Tu n'as pas répondu à mes derniers appels.
Nos regards s'affrontent, mais je n'ai pas envie de me battre. Pas avec ma mère. Pas avec Tris dans mes bras et Clarke à côté.
- J'ai beaucoup pensé à t'appeler tu sais. Clarke elle-même sait au combien tu comptes pour moi. Mais la distance qui nous sépare ces derniers temps, tu l'as instaurée, pas moi. Tu me caches quelque chose, et je t'assure que si ç'a à voir avec Tris -
- Le père de Tris m'a appelée l'été dernier.
Je manque de m'étouffer avec ma propre salive. Je déglutis difficilement, les mâchoires douloureusement crispées. L'été dernier, j'étais encore cette fille arrogante qui s'amusait avec les autres. Avec les filles. Une façon bien médiocre de cacher la douleur que je ressentais face à l'absence de mon bébé. Et voilà que ma mère m'annonce qu'elle a eu contact avec le père de ma fille. Elle aurait pu m'aider à retrouver Tris il y a plusieurs mois de cela.
Je veux lui cracher ses torts au visage mais ma fille s'est tournée vers moi et m'observe avec espoir. Elle a compris, et me demande :
- Tu peux appeler Papa ?
Sa question me déchire le coeur. J'aurais tant voulu offrir une véritable famille à Tris, mais au lieu de ça elle est partagée entre l'attachement de longue durée qu'elle porte à son père et la connection subite qu'elle a ressentie envers moi et que nous partageons encore. Et Costia... cette femme qui n'a jamais su être mère... Tris ne méritait pas d'être ainsi délaissée. Pas étonnant qu'elle se soit si vite attachée à moi, vaincre Costia pour le titre de meilleure mère de l'année ne demande pas beaucoup d'efforts.
- On va voir, ma chérie. Je t'ai dit que j'allais essayer de le faire venir.
Je l'embrasse sur la tempe et elle me fait dos à nouveau pour se blottir contre moi.
- Explique, Maman, ordonné-je à la femme qui nous observe avec attention ma fille et moi depuis le canapé.
Ma mère soupire, croisant les genoux comme si elle était l'adulte de la situation et que je n'étais qu'une enfant irréfléchie. J'essaie de détendre mes muscles. Je ne veux pas que Tris ressente ma colère.
- Il te cherchait. Il a cru voir sur internet, par tes prouesses sportives en football et en kick boxing, que tu étudiais ici, mais n'avait pas ton adresse. J'ai refusé de la lui donner, c'est là qu'il m'a annoncé que votre fille, Tris, était malade.
Cette histoire ne tient pas la route, et pourtant, je sens que ma mère dit la vérité. Une main saisit la mienne, me rappelant le plus important : Clarke est ici, ma fille est ici, nous sommes ensemble, en sécurité. Je tourne la tête vers Clarke pour lui adresser un remerciement muet. Elle m'encourage d'un discret signe de la tête à poursuivre la conversation.
- Tu l'as empêché de me retrouver... soufflé-je, dépitée.
Ce n'est pas une conversation pour Tris. Elle ne devrait pas entendre tout ça, qu'elle comprenne ou non. Je lance un regard d'appel à l'aide à Clarke, qui comprend immédiatement et se tourne à son tour vers sa mère. Abby a besoin d'un petit moment pour comprendre, mais elle finit par se lever.
- Tris, veux-tu que l'on aille dessiner dans ta chambre ? Nous pourrions parler comme avant.
Ma fille se serre d'abord un peu plus contre moi, mais devant la moue encourageante d'Abby, elle glisse de mes genoux et rejoint sa médecin. Elles disparaissent dans le couloir qui mène aux chambres et Clarke et moi nous retrouvons en face à face avec ma mère et mon beau-père.
- Je ne pouvais pas les laisser se servir de toi à nouveau, explique ma mère avec un calme de diplomate. Il m'a été de plus en plus difficile de te cacher ça car je sais que la disparition de Costia avec ton enfant t'a abattue. C'est justement pour ne pas que l'histoire recommence que je ne t'ai rien dit.
Je ferme les yeux un instant, respirant profondément mais silencieusement. La main de Clarke dans la mienne m'aide à rester calme. Je ne sais plus quoi ressentir à l'égard de ma mère... je veux lui en vouloir, déposer sur elle une part de ma culpabilité, mais son point de vue se justifie si aisément !
J'apprends moi-même à être bon parent, et je ferai tout pour que ma fille ne souffre plus. Ma mère m'a vu chuter dans les abysses pendant des mois et elle s'est démenée pour tenir le coup financièrement tout en m'aidant à me relever. Dans les premières semaines suivant la disparition de Tris, elle m'a observée me détruire, impuissante. Je n'arrivais plus à me nourrir, je n'arrivais plus à boire, je n'arrivais plus à dormir. Elle s'était mise à me secouer si fort que j'en repris des forces. Pour elle. Devant tous les efforts de ma mère, depuis ma naissance, pour m'élever seule, pour me protéger et faire de moi une jeune femme intelligente et forte, je suis venue à culpabiliser de m'être laissée abattre. Alors, j'ai tout fait pour reprendre ma vie en main.
Et aujourd'hui, bien que ma mère m'ait caché une information vitale, je suis dans ce joli appartement avec ma fille et une femme dévouée. J'ai Clarke. J'ai Tris. Bientôt un diplôme. J'ai les cartes en main pour le gain d'un futur heureux. C'est à moi de jouer intelligemment.
- Ton secret ne m'a pas empêchée de retrouver ma fille, déclaré-je. J'ai appris récemment qu'il était inutile de se focaliser sur le passé. Je suis tournée vers ce présent avec Clarke et Tris, et je travaille pour l'avenir.
Ma mère nous dévisage tour à tour Clarke et moi. Je ne réagis pas. J'ai fait ma part. A elle de faire la sienne. Son regard tombe sur nos mains entrelacées et se teinte peu à peu d'un voile que je ne connais que trop bien.
- Tu retrouves ta fille et une femme te tombe dans les bras...
C'en est assez. Le commentaire de trop. Je me lève brusquement, lâchant la main de Clarke.
- Je connaissais Clarke avant de retrouver ma fille, et tu sais quoi ? Elle est la seule à être restée ! Costia a fui ! Tu as préféré laisser la distance nous écarter ces derniers mois plutôt que de me dire la vérité ! Clarke a fui aussi...
Celle-ci se lève et attrape ma main, coupant ma phrase. Elle a peur de ce que je m'apprête à dire, pourtant elle n'a rien à craindre.
- ...mais elle est revenue. Elle a joué sa propre vie pour m'aider à en offrir une à ma fille.
- C'est beau, Lexa, s'exprime ma mère qui n'a pas perdu son calme, mais tu me racontais aussi tout un tas de belles choses dans tes débuts de relation avec Costia. Tu as toujours eu du mal à séparer devoir et sentiments.
- J'avais dix-huit ans et j'étais perdue quand j'ai connu Costia ! Tu crois que je suis toujours aussi stupide aujourd'hui ?! Après avoir eu un enfant et l'avoir perdu une fois ! JE SUIS PARFAITEMENT CAPABLE DE SEPARER MON DEVOIR ET MES SENTIMENTS !
J'ai hurlé si fort que les murs eux-mêmes ont tremblé. Mon beau-père, discret jusqu'ici, a attrapé le bras de ma mère pour l'empêcher de se lever. Ma mère a un aussi fort caractère que moi. Nous nous mettons rarement en colère, mais quand ça arrive, la dispute est forte.
- Lexa...
Le murmure réconfortant de Clarke m'intime de me calmer. Sa main libre vient glisser dans mon cou et je suis poussée dans son regard. Son bleu me semble plus pâle que la première fois que je m'y suis plongée. Ce bleu me semble plus calme, plus paisible, dénué de larme. Ce sont les larmes qui avivaient la couleur de ses yeux. Je ne veux pas d'un océan turquoise s'il implique un ciel orageux.
L'azur actuel lui correspond mieux. Il semble plus authentique. La couleur naturelle. Celle qui me donne envie de me blottir contre elle et de ne me plus jamais me détacher.
- Ta mère voulait seulement te protéger, Lexa.
La voix d'Abby nous tire Clarke et moi de notre contemplation muette. L'attention de tous se porte sur elle. Ce qu'elle a dit, je le savais. C'est bien pour ça que la situation m'est aussi compliquée.
- J'ai entendu hurler, se justifie-t-elle. Tris a eu peur.
- Je vais aller la voir, me précipité-je alors.
- Attends, Lexa, m'arrête Abby alors que je la dépasse pour m'engouffrer dans le couloir. Tu devrais prendre un peu l'air, agir par colère ne mène à rien de bon, je suis bien placée pour le savoir.
- Je l'accompagne, propose Clarke.
Je hoche la tête et vais voir ma fille. Je n'ai pas vraiment envie de la laisser à Abby le temps de reprendre mes esprits à l'extérieur, mais je ne peux pas non plus laisser la tension envahir l'appartement. Le lieu de vie de Tris.
- Tris ? Tout va bien ? appelé-je en entrant dans la chambre.
Tris est assise à son petit bureau devant une feuille présentant un coloriage de forêt non terminé. Les mains jointes sur ses cuisses, elle contemple la feuille, mais je sens que ce n'est pas le dessin qui occupe son esprit.
Je m'agenouille à côté d'elle et passe une main dans son dos pour attirer son attention.
- Tu cries, me dit-elle enfin.
Sa voix est triste, mais son ton reste banal, comme si c'était habituel pour elle d'entendre des gens crier.
- Je ne crie pas, là, rétorqué-je. On t'a déjà crié dessus ?
Elle fait la moue, signe qu'elle a bien quelque chose à dire sur le sujet.
- Papa et Echo criaient. Et Echo me criait dessus.
Je ne suis même pas surprise de cet aveu... comment l'être ? Costia a tout fait de travers avec Tris.
Je me penche pour prendre Tris dans mes bras et la rassurer avec une étreinte réconfortante et quelques mots :
- Echo n'est pas là. Je ne vais pas te crier dessus.
Je l'embrasse sur la tempe et me redresse pour vérifier qu'elle ait bien compris. Je crie rarement. Ce soir, j'ai perdu mon calme face à ma mère car mon coeur était partagé entre deux vérités. Je vais faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Clarke m'a déjà beaucoup aidée à modérer ma colère. Il est évident que sans Clarke je serais perdue. Tris et Clarke... j'ai tant à perdre...
- Lexa ? Tu es prête ?
Clarke m'appelle. Elle tient à me faire sortir aussi et elle a raison. Je bouillonne malgré le réconfort qu'elle et ma fille m'apportent.
- Je reviens, Tris. Abby reste avec toi. Je ne serai pas longue, d'accord ?
J'aperçois dans son regard une lueur de crainte qu'elle combat pour ne pas me décevoir. Ou alors, elle a peur que je lui hurle dessus, et dans ce cas-là, il va falloir que je redouble d'efforts pour gagner sa complète confiance.
J'attends qu'Abby retourne auprès de Tris pour sortir dehors avec Clarke. Ma mère est restée dans le salon avec son époux. J'espère revenir à l'appartement plus sereine pour prendre la bonne décision.
Dehors, la nuit est tombée. Il est encore tôt, mais l'hiver a eu raison du jour. Nous nous sommes seulement éloignées de quelques mètres de l'immeuble que Clarke prend déjà ma main et entrelace nos doigts.
Nous marchons en silence. Je respire lentement en prenant de longues bouffées d'air froid. Le calme est revigorant, car je le partage avec Clarke. Nous avançons sans savoir où aller, et en souhaitant silencieusement pouvoir l'emmener quelque part de précis, un lieu bien à nous, une idée me vient.
Je presse la main de Clarke pour l'intimer à me suivre. Nous changeons alors de direction, sans briser le silence.
Les rues sont calmes. La partie fêtarde des étudiants doit être enfermée dans les pubs, au chaud. De la vapeur s'échappe des lèvres de Clarke. La scène me semble irréelle. Sa peau pâle reflète la lumière douce des lampadaires bordant la rue. Ses yeux portent le voile du froid. Ses lèvres tremblent de froid, je presse le pas pour que nous arrivions plus vite. Bientôt je tourne pour nous immiscer dans une petite ruelle. Une échelle mène au toit d'un petit bâtiment. Si je m'étais arrêtée devant, Clarke aurait pu voir la devanture d'une boutique d'instruments de musique.
- Tu veux vraiment monter ? me demande Clarke, brisant finalement le silence.
Je hoche la tête et lui offre un sourire assuré. Je l'invite à passer devant et grimpe sur le côté de l'échelle pour m'assurer qu'elle ne trébuche pas sous la douleur et ne tombe. Nous prenons dix longues minutes à escalader la petite échelle pas plus haute que deux mètres et demi. Une fois en haut, je m'empresse de rejoindre un coffre cadenassé. J'entre le code dans le cadenas et le retire pour ouvrir le coffre. Je sors de celui-ci une épaisse couverture, m'assieds contre le murêt à côté et invite Clarke à me rejoindre pour nous enrouler dans le duvet.
Elle se blottit contre moi et l'épaisse couverture ne tarde pas à nous réchauffer. Protégées du froid glacial de l'hiver, nos muscles se détendent et nous levons la tête, nos yeux attirés par les mille lueurs des étoiles que le ciel dégagé nous autorise à voir.
Clarke dépose sa tête sur mon épaule. Nous n'avons jamais pris le temps de sortir dehors ensemble, sans but. Je réalise à quel point c'est important de pouvoir passer du temps ensemble sans autre raison que pour apprécier la présence de l'autre.
- Mon père et moi regardions beaucoup le ciel, le soir. Il me racontait toutes les histoires qu'il connaissait sur l'espace. J'aimais ces moments paisibles où plus rien sur Terre ne comptait, se confie Clarke.
Sa voix est douce, je ressens sa paix intérieure et je souris. Elle a parlé de son père sans douleur ni culpabilité. Elle semble s'en rendre compte aussi puisqu'elle redresse la tête pour la tourner vers moi.
- Je suis désolée de ne pas avoir cru en nous plus tôt, s'excuse-t-elle.
Nous avons toutes les deux douté. Elle n'a pas à s'excuser. Ces derniers mois, elle a commis autant d'erreurs que moi. Je saisis sa main encore froide et l'enveloppe dans les miennes. Son visage s'apaise, ses sourcils s'arquent légèrement, ses lèvres s'étire en un petit sourire attendri. Mon estomac se tord, mais je ne suis pas éprise d'un sentiment désagréable de nausée. Il se tord pour se faire plus discret et ne plus alourdir mon ventre. Je me sens légère. Je me sens bien. Clarke provoque cet effet chez moi. Un sourire et je suis heureuse. C'est un pouvoir immense que seul Clarke détient.
- Nous avons eu du mal à y croire, et pourtant...
Sa main se libère délicatement de la mienne pour se poser sur ma joue. Mon visage se réchauffe instantanément et l'hiver disparaît. La moue attendrie de Clarke est déformée par un froncement de sourcil concerné.
- Ce que t'a dit ma mère après t'avoir entendu crier... elle a raison. Ta mère voulait te protéger, mais c'est le cas de la mienne aussi. Je ne veux plus me disputer. J'aimerais qu'on s'entende tous. Je compte l'expliquer à ma mère en rentrant.
Je comprends son intention. Elle veut aussi que je parle à ma mère. Et elle a raison. Elle a raison de m'insinuer à le faire, car si j'enclenche un nouveau conflit nous ne nous en sortirons jamais. Nous ne serons jamais vraiment heureux. J'acquiesce, passant un bras autour de la taille de Clarke pour qu'elle tourne un peu son buste et me fasse complètement face.
- Je parlerai à ma mère en rentrant.
Mes mots la font relâcher une longue bouffée d'air qui, j'en suis sûre, n'a jamais réussi à passer par ses poumons.
- La personne que tu es aujourd'hui est meilleure que celle que j'ai connue, me déclare-t-elle, obtenant de ma part un haussement de sourcil interrogateur. Il y a cette fille super sexy, à la réputation de feu ; elle brûlait tout sur son passage et beaucoup l'enviaient pour ses résultats. Cette fille a toujours été mon type, mais je n'ai jamais souhaité l'approcher de trop près. Cette fille me voulait dans son lit, c'est ce qu'elle disait. Je n'étais qu'un objet de plaisir pour elle.
Je baisse les yeux et déglutis à son récit. J'ai honte de cette personne que la douleur m'a poussé à devenir. La main sur mon visage le redresse, me forçant à relever le regard. Je tombe dans celui de Clarke, et je n'y trouve ni colère, ni dégoût. Des étoiles se reflètent dans le fond de ses yeux. Elle est magnifique. Mon coeur canalise mille ans d'énergie en plus pour battre. Clarke me rend immortelle. C'est ainsi que je le ressens.
- Cette fille arrogante est encore là en toi, reprend-elle. Mais celle que j'ai découvert et dont je suis tombée amoureuse est cette femme magnifique, intelligente, altruiste, déterminée... je comprends l'ampleur des dégâts dans ton coeur. Il est si grand qu'il a été victime de son propre amour. Je veux profiter de cet instant pour te promettre de le protéger. Ton coeur... toi, et ta fille. Je t'aime Lexa, et j'espère pouvoir t'apprendre à t'aimer toi-même.
Une larme tombe. Elle n'a même pas eu le temps de rouler sur ma joue. Elle est tombée d'un coup. Je n'ai rarement autant pleuré de bonheur que ces derniers jours. Comment ai-je pu penser un jour que pleurer était signe de faiblesse ? Les larmes sont un symbole d'espoir... pleurer permet de laisser s'écouler un peu de détresse, mais aussi de montrer aux autres à quel point on les aime. Pour Clarke, je verse mes larmes. Son monologue est si beau que je le réécoute dans mon esprit et le grave dans ma mémoire. Je le noterai. Je le noterai pour le raconter et le relire encore et encore.
- J'ai l'impression de te connaître depuis une éternité, plaisanté-je sous la force de l'émotion. Je n'ai jamais aimé quelqu'un si fort aussi vite. On vit déjà ensemble, et bientôt... le mariage ? la taquiné-je.
Elle éclate de rire. Je ferme les yeux pour que mon monde ne soit plus que ce son. A croire que mon actuelle belle-mère a permis à cette scène de se dérouler... j'ai de la chance d'avoir Abby en belle-maman. C'est une excellente médecin, et en plus elle m'apprécie. Si elle avait appris en plein traitement de Tris que je sortais avec sa fille et me détestait... la situation aurait été compliquée.
- Tu es du genre à attendre le mariage avant la première fois ? réplique Clarke, un échantillon de malice collé aux lèvres.
- Non, pour ça, je suis sûre que l'occasion se présentera bien avant.
Elle rit et mon sourire s'élargit tant mes joues me font mal.
- Bon, par contre, dit-elle, si tu pouvais calmer le jeu avec ta mère pour qu'elle me déprécie un peu moins... la voir me dénigrer alors qu'elle te ressemble énormément est vraiment perturbant.
- Oui, oui, affirmé-je avant de laisser un rire s'échapper de ma gorge.
Je m'accroche un peu plus à sa taille pour l'approcher encore. Ses lèvres heureuses me font envie. Je relève les yeux en imaginant croiser son regard, mais le sien est lui-même en train de reluquer mes lèvres. Je n'attends pas plus longtemps et approche mon visage pour aller joindre mes lèvres aux siennes. Je les pose délicatement, mais la délicatesse se noie rapidement dans l'océan d'émotions qui nous submerge. Malgré la réunion de famille compliquée de ce soir, nous retenons tout de même cette facilité que nous avons à être ensemble.
Nous nous imaginions avoir une relation complexe en tout instant, et c'est ce qui nous effrayait toutes les deux, mais en réalité, lorsqu'il n'y a que nous deux, tout est plus simple. Je souris contre ses lèvres. Elle n'apprécie pas cette légère séparation de nos lèvres et attrape ma lèvre inférieure des siennes. J'attrape alors sa lèvre supérieure, et ce pincement mutuel nous fait sursauter toutes les deux. Les frissons voyagent sous ma peau, des frissons d'une intensité que même le froid n'arrive pas à créer.
Clarke glousse, un gloussement étouffé par notre baiser, et ma langue vient automatiquement caresser sa lèvre comme pour aller chercher ce rire adorable. Elle réagit aussitôt, me suivant dans mon geste. Nos mains se cherchent par-dessus nos vêtements, nos bouches se lançant dans une guerre de contrôle, nos respirations sifflant des discours de guerre. Nous nous séparons. Après un moment de silence étrange mais paisible, je déclare :
- Cet endroit est très important pour moi. J'y venais souvent pendant mes deux premières années d'études. J'aimais y passer des soirées seule à contempler le ciel. Maintenant... il est d'autant plus important pour moi.
Clarke sourit et soupire lentement, signe de paix intérieure qui ne la quitte pas depuis que nous sommes sorties. Il serait d'ailleurs temps de rentrer, j'ai promis à Tris que je ne serai pas longue. Je me lève, range la couverture dans mon coffre, remets le cadenas en place et me glisse en première sur l'échelle pour sécuriser la descente de Clarke. Si sa mère l'a laissée sortir, c'est qu'elle n'a rien de cassé et qu'il ne s'agit réellement que d'un hématome. Un hématome quand même conséquent.
Une fois de retour en bas, nos mains se retrouvent et nous rentrons calmement, apaisées et joyeuses. J'ai ma décision. Je vais faire la paix avec ma mère, lui demander de recontacter le père de Tris et nous allons arranger une rencontre autour d'un dîner de Noël en retard. Ce ne sera pas vraiment Noël, mais je tiens à ce que Tris ait sa dinde, ses chocolats, et quelques petits jouets. Après ce qu'elle a traversé ces derniers mois, elle le mérite, et même si elle a eu plusieurs jouets donnés pour sa chambre, je tiens à lui en offrir. Je veux voir ma fille déballer ses cadeaux. Je veux qu'elle ait sa famille avec elle. Je veux avoir Clarke à mes côtés pour ce rattrapage de Noël.
Il est temps de recoller tous les morceaux et d'être une famille unie.
