Voilaa, désolée si j'ai été longue, j'aurai voulu poste rplus tôt pour compléter la journée, mais elle n'est même pas encore terminée ! Le chapitre est plus long que les autres je pense, j'ai du mal à m'arrêter en ce moment... Dites le moi si les longueurs vous gène, que je coupe les chapitres plus courts, je pourrai peutêtre les poster plus tôt comme ça? A vous de voir !
Sinon, merci à tous pour vos commentaires et vos encouragements, je suis heureuse en écrivant, mais je crois qu'il n'y a quand même rien de mieux que de voir que nos mots peuvent faire réagir, créer quelque chose d'assez intéressant pour atteindre d'autres personnes, même si c'est juste engendrer la curiosité, l'impatience... Merci de me lire, et de me le dire :)
Bonne lecture :
Pour ce qui lui semblait la cinquantième fois de la journée, Hermione pénétra dans la chambre de Drago sans frapper à la porte. Malefoy ne s'en formalisait même plus à ce point là, il la vit arriver et sut tout de suite que quelque chose venait de se passer. Il l'avait vu s'éclipser sans un bruit alors qui concluait la conversation avec Smilbank à peine une dizaine de minutes plus tôt, et la voila qui arrivait presque essouflé par les cinq mètres qu'elle avait dû traverser pour passer de sa chambre à la sienne, et les yeux écarquillés comme si elle venait d'apprendre une nouvelle incroyable.
- Drago le Recueil ! J'ai parlé à Dobby, il m'a dit qu'il l'avait déjà vu... qu'il le connaissait!
- Dobby.. l'elfe de maison? Tu as demandé l'aide de l'elfe dans tes recherches?
L'air ahuris de Drago aurait sans doute fait réagir Granger la défenseuse des faibles et des non-humains, mais elle balaya sa remarque d'un geste impatient de la main.
- Ton ancien elfe de maison, Drago.
La jeune femme posa son regard dans les yeux bleus du dernier des Malefoy, comme pour qu'il se rende compte lui même de ce que cette simple déclaration impliquait. L'esprit efficace et rapide de Drago comprit tout de suite le sous-entendu.
- Ce livre ne nous appartient pas. Il n'a pas pu le voir dans la bibliothèque du manoir.
- Tu connais tous les livres qui y sont? Interrogea Hermione en haussant un sourcil, n'y croyant pas une seconde.
- Oui.
Le ton de Drago était implacable. Il l'aurait su, si un Recueil d'une telle valeur reposait sur les étagères de la bibliothèque de son pè... de sa bibliothèque.
- Dobby dit que ta mère ne s'en séparait jamais. Elle s'y référait pour quelque chose. Une couverture en cuire rouge foncé.
Le regard de Drago ne quittait pas celui d'Hermione pendant que celle-ci répétait précipitamment et dans le désordre les informations dont s'était souvenu Dobby. Les souvenirs et les images défilaient derrière les yeux de Drago. Non. Non. Impossible.
- Les yeux de l'Ange, firent Hermione et Drago d'une même voix.
Hermione répétait juste ce que lui avait dit Dobby, mais Drago, lui, prononça ces quelques mots dans un soupir si doux qu'Hermione faillit ne pas l'entendre. Les yeux de Drago s'écarquillèrent de stupeur, avant qu'il ne se reprenne. Dans sa tête, l'image de sa mère et son livre de chevet qu'elle lisait et relisait, assise sur les bancs confortables de leur parc, sur le fauteuil en cuir de la bibliothèque près du feu, ... dans son coin de jardin. Impossible. Une tempête de sentiment qu'il n'arrivait pas à définir, à nommer, faisait rage dans sa poitrine. Granger ne parlait pas, elle le fixait les yeux et la bouche grands ouverts, comme si elle venait de témoigner de quelque chose d'incroyable. Drago ne prit même pas la peine de s'interroger sur cette réaction. Les yeux de l'Ange. Merlin. Les yeux de l'Ange.
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Hermione avait vu les yeux de Drago s'élargir de surprise quand elle avait prononcé en même temps que lui ce nom. Les yeux de l'Ange. La rétine de ses yeux si bleus s'était dilatée en une seconde, volant la place de la couleur pure qu'Hermione se perdait à observer. La couleur bleue si pure. Quelque chose dans le subconscient de la jeune Gryffondor venait de faire tilt. Elle savait qu'elle venait d'avoir la pièce manquante d'un puzzle qu'une partie de sa conscience avait commencé, mais elle ne comprenait pas encore exactement laquelle. Le regard perdu et intense de Drago avait un rapport avec la solution, de cela elle était sure. Elle le fixa aussi obstinément qu'il la regardait. Chacun voyait plus loin que l'autre. Cherchait des réponses, des explications. Sentant quelque chose attirer son regard, elle regarda ses mains qui tenaient encore le dernier livre dans lequel elle s'était plongée. Un livre de botanique qu'elle tenait encore avec le pouce plongé entre deux feuilles de papiers pour jouer le rôle d'un marque-page. Presque sans comprendre pourquoi, elle fit glisser son pouce à l'intérieur, et l'ouvrit. Elle avait déjà lu la description aussi brève qu'inutile de la Fleur Elfique qui se trouvait sur la page de droite. D'un geste, elle fit glisser le papier pour tourner la feuille. Elle releva les yeux vers Drago dont le regard s'était égaré, et son cœur s'élança dans sa poitrine quand elle comprit. Avant de rebaisser les yeux, elle sut ce qu'elle allait trouver sur la page.
Une image. Un dessin. De la fleur. La Fleur du Mont Bleu.
La bouche d'Hermione s'ouvrit sans qu'elle ne puisse la retenir. Cette fleur était magnifique. Chaque pétale d'une couleur différente. Non, d'une teinte différente de… bleu. Ha. Haha. Hermione du retenir un rire nerveux d'échapper ses lèvres. Elle s'était tellement souvent laissée aller à la contemplation, non, l'analyse du regard de son ancien ennemi. Elle avait observé comme un scientifique fasciné les yeux de Drago passer du plus pure des bleus azurs à ce bleu profond et presque gris qui la paralysait. Elle y avait trouvé la couleur du métal fondu, celle de l'océan en pleine tempête, du ciel une nuit d'orage, du ciel un jour d'été. Elle y avait trouvé des reflets de cobalt et de saphir. Et ce dessin. La fleur sur cette image avait l'air d'essayer désespérément de retrouver, d'imiter ces yeux. Pâle copie. Ses yeux.
- Narcissa a fait recouvrir le livre, se rappela t-elle alors dans une sorte de brouillard intellectuel.
Narcissa, la mère de Drago. Elle avait dû vouloir recouvrir le livre pour ne pas attirer l'attention dessus. Pour cacher le titre réel des yeux d'éventuels Collectionneurs. Elle avait décidé du titre à apparaître sur la couverture de cuivre rouge. Les yeux de l'Ange. Drago recentra son attention sur elle quand elle parla, et cette fois, la conviction d'avoir raison frappa Hermione de plein fouet.
- Ce sont tes yeux Drago.
Hermione ne savait même pas pourquoi cette révélation l'affectait autant. Pourquoi tout son être se soulevait à cette découverte. Pourquoi découvrir que Narcissa Malefoy possédait le livre sur la Fleur Elfique l'émouvait. Pourquoi savoir qu'elle avait renommé ce livre, cette fleur pour la comparer aux yeux de son fils, d'un ange, lui étreignait le coeur. Pourquoi la soudaine réalisation que si un ange avait des yeux, ils seraient sans doute vraiment de ces couleurs lui faisait monter le rouge aux joues. Elle savait juste que dans sa tête, tout se mélangeait. Que cela impliquait beaucoup de chose, pour Drago, pour Ginny et quelque part, pour elle aussi. Ginny. Se concentrer sur Ginny.
- Drago il faut le Recueil.
Comment sa voix avait pu sonner aussi fermemement? Elle n'en avait aucune idée mais remerciait Merlin.
- Non...
La voix de Drago, elle, était serrée et basse. Hermione ne comprenait pas. Elle faillit répliquer, expliquer, mais il la devança.
- Je l'ai, souffla t-il finalement.
- Je sais, c'était le livre de Narcissa, je viens de ...
- Non, je l'ai... La fleur.
L'esprit d'Hermione était blanc. Vide. Pendant une seconde, certes, mais tout de même. Et la déclaration de Drago avait interrompu toutes les liaisons nerveuses qui reliaient son cerveau au reste de son corps. Et puis, en une seconde, le calme disparut, et tous ses sentiments ressurgirent. L'incompréhension, le doute, une pointe d'angoisse qui ne l'avait pas quitté depuis l'annonce de l'état de Ginny, l'ahurissement et puis... et puis une vague de soulagement. Il l'avait.
- Je vais appeler Severus, Harry ne doit pas tarder à revenir de toutes les manières.
En un clin d'œil, Drago était sortit de la pièce en passant sa main dans ses cheveux. Le visage si neutre et fermé qu'Hermione savait que l'illusionnisme ne devait pas y être étranger. Une vague d'excitation s'abattit sur elle. Comme si elle venait de se réveiller d'un coup, elle sursauta seule dans la pièce, et retourna en courant dans sa chambre pour prévenir Remus.
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Drago était... sonné. La fleur elfique? Vraiment? Cette fleur dont sa mère avait planté la graine le jour de sa naissance? Dont elle avait prit soins jusqu'à la fin de sa vie pour la voir doucement, très doucement, au fil des années, au rythme des saisons, éclore, grandir et embellir? L'œuvre de sa vie ?
Il frappa une fois et entra sans attendre la chambre de William. Sa gorge était sèche, il avait besoin d'un verre d'eau, d'une carafe. Will avait faillit s'exclamer quelque chose, mais l'air impassible de son voisin l'avait arrêté net. Et maintenant? Se demanda le blond. Et maintenant, quoi? Une image de la plante arrachée pour être donné comme ingrédient à Severus dans son esprit, et il renversa de l'eau sur sa chemise. Sa main tremblait. L'œuvre de sa vie. Un ingrédient pour Weasley? L'œuvre de sa vie.
Drago fut prit d'un vertige et il retrouva le fauteuil qu'il occupait toujours dans la pièce. Ce n'était pas la première fois dans la journée que la tête lui tournait et qu'il avait besoin de juste prendre une pause, de s'asseoir et de respirer doucement. Les images de sa mère, à genoux dans la terre, ses instruments dans une main, penchée vers cette fleur... cette fleur si bleu qui semblait changer tous les jours. Le sourire de sa mère quand elle se retournait vers lui, toujours au sol. Son sourire et la chaleur dans son regard. Une boule dans sa gorge, un nœud dans sa poitrine lui bloquèrent totalement la respiration. Son regard qui lui disait Regarde, je prends soins des Yeux de l'Ange. Regarde, je prend soins de toi. Non. Il venait de comprendre. Presque dix-huit ans plus tard, il venait de comprendre. L'œuvre de sa vie. C'était l'œuvre de sa vie. Lui, Drago Malefoy…
- Drago? Je viens de voir Hermione, elle m'a dit que tu étais parti me chercher il y a plus de trois quart d'heures !
Drago entendit à peine la voix de Severus quand celui-ci débarqua dans la pièce, l'air un peu agacé mais plus perplexe.
Il était l'œuvre de sa vie.
Drago se tourna lentement vers son parrain et se releva doucement. Déjà, Granger et Potter étaient arrivés en courant derrière Severus.
- Alors? Pressa Harry dont le regard sautait de Drago à Severus.
- Il faut que j'aille au Manoir. Moi, Severus.
La voix de Drago était neutre, tout son être était neutre. Severus acquiesça d'un signe de la tête mais ne bougea pas.
- Je croyais qu'un sort de conférence était suffisant, pourquoi cette fois..., commença Hermione avant d'être interrompue.
- Le Manoir est doté de nombreuses et puissantes protections, certaines dirigées directement contre Harry, répondit Severus sans quitter Drago des yeux.
Pour la première fois depuis longtemps, Drago détourna le regard, et Severus fit un pas en avant, recherchant des yeux ce qui troublait son filleul.
- Je vais chercher les autorisations, intervint Harry sans attendre une seconde de plus.
Il sortit de la pièce et s'éloigna en courant, Hermione sur les talons. Severus fit un nouveau pas en avant, mais Drago devança tout tentative de discussion:
- Où en est la potion? Tu ne devrais pas être face à ton chaudron?
- J'ai deux heures avant de la reprendre, et ce n'est pas comme si j'allais te laisser aller au Manoir seul de toutes les manières.
- Je m'en doutais.
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Moins d'une demi-heure plus tard, Potter revenait avec deux autorisations de sortie. Drago n'haussa même pas un sourcil, il savait déjà que dans ce monde, la notoriété ouvrait toutes les portes. Harry Potter, héro du monde sorcier ne devait pas avoir de mal à faire signer toutes les autorisations qu'il voulait. Une heure plus tard, Drago, Severus, Hermione et Harry se tenaient devant les imposantes grilles du Manoir Malefoy, comme l'indiquait la gravure dorée devant laquelle Drago s'était arrêté. D'un geste qu'il voulait sur, il posa sa baguette sur la gravure, et murmura plusieurs sorts. Il était conscient de la mine interrogative de Granger à sa droite, et de l'impatience croissante de Potter à sa gauche, mais l'incantation pour débloquer l'entrée aux visiteurs était longue, compliquée, et puissante. Et Drago était seul, malade et affaiblit. Priant intérieurement pour qu'il réussisse le sort jusqu'au bout, il baissa doucement sa baguette de longues secondes plus tard, et attendit un moment. Doucement, les grilles s'ouvrirent sur les côtés, ouvrant progressivement un passage de plus en plus large pour les trois visiteurs et le maître de maison. Au premier pas qu'il fit sur le gravier du large parc qui devançait le manoir, trois elfes de maisons tirés à quatre épingles apparurent.
- Mr. Drago ! Oh, Maître! Couina la première, Quincy est heureuse de vous revoir maître !
L'elfe, plus petite que les deux mâles austères qui restaient en retrait, sautillait vivement, apparemment sincèrement excitée par le retour de Drago. Celui-ci baissa rapidement le regard vers elle, et lui sourit rapidement.
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Malefoy venait-il vraiment de sourire à son elfe de maison? Hermione cligna des yeux plusieurs fois, comme pour vérifier qu'elle ne rêvait pas. Et elle aurait juré que le sourire était sincère! Et comment se faisait-il que les trois elfes étaient aussi bien habillés, vu l'ancienne tenue de Dobby? Suivant Drago qui avançait à grands pas sans plus s'arrêter, elle se reconcentra sur ce qui se passait devant. Quincy s'était retirée derrière les deux autres elfes qui avaient l'air plus âgés et plus sérieux. L'un d'eux portait même des lunettes, vision qu'Hermione aurait voulu prendre en photo tant elle l'avait étonnée.
- ... et Mr. Helwood est passé, trois fois, faisait l'elfe à lunette.
- Nous n'avons pas diffusé d'information sur votre location, précisa l'autre d'un air de professionnel habitué.
- Nous avons envoyé les papiers que vous désiriez à Hanckok & Fridge, on nous a fait savoir qu'ils les retourneraient signés et annotés d'ici la fin de la semaine, continua le premier qui tenait dans sa main un long parchemin aux deux bouts enroulés.
Drago hochait de temps en temps de la tête face au flot ininterrompu d'informations que débitaient ses deux elfes-secretaires. Harry et Hermione se jetèrent un coup d'œil à la même seconde, pressant le pas pour rester au niveau de Severus, dont le regard n'avait pratiquement pas quitté Drago depuis sa chambre d'hôpital. Dans d'autres circonstances, la modeste demoiselle Granger se serait sans doute arrêtée une seconde pour profiter du paysage, souffler un " Wow " en admirant la beauté des jardins parfaitement entretenues, du gazons et des buissons qui semblaient taillés à l'aide d'un double-décimetre, des parterres de fleurs multicolores, des fontaines dispersées ça et là, minutieusement placées à quelques mètres des bancs de pierres ou de bois. Mais ce jour-là, elle était trop occupée pour ça. Peut-être une autre fois! Pensa une petite voix dans son esprit. Bien sur, se moqua sa deuxieme petite voix toujours un peu rabat-joie, tu as toujours l'occasion de venir te promener dans le parc de Drago Malefoy!
- Lekka, Sorel, nous continuerons cette discussion plus tard, j'ai des choses à faire avec mes invités, interrompit Drago.
Et Hermione aurait juré voir le dénommé Sorel ( sans lunettes ) lancer un regard mauvais à Harry pendant une seconde, ou peut-être était-ce à Severus puisqu'ils étaient côtes-à-côtes. Légèrement perturbée, la voix de Drago, plus grave qu'ordinairement, bien que toujours aussi calme, la sortit de sa réflexion.
- Lekka va me chercher Les Yeux de l'Ange, l'exemplaire de Mère. Sorel, je te retrouverai directement à la bibliothèque.
Les deux elfes disparurent sans bruit à la seconde où Drago termina sa phrase. Arrivé devant l'imposante bâtisse qu'était sa maison, Drago fit une pause pendant une seconde. Hermione vit Severus hésiter à se mettre au niveau du blond, et Hermione, sans comprendre exactement pourquoi, savait que ce moment était lourd de tensions et peut-être d'émotions. Pire, elle avait l'impression de comprendre Drago, elle qui ne savait rien de la situation - si situation il y avait ! Secouant la tête pour faire disparaitre ce sentiment étrange, elle releva la tête vers l'immense porte de bois aux gravures insolites juste à temps pour voir le " Maître du domaine " y poser la main et pousser doucement. Les deux portes s'ouvrirent, sans doutes aidées par la magie, et en faisant un pas à l'intérieur, Drago se retourna vers les trois autres.
- Vous feriez mieux d'attendre ici.
La voix du jeune homme était ferme mais si basse qu'Hermione tendit le cou instinctivement. Harry faillit protester, mais Severus qui semblait conscient de quelque chose que les deux Gryffondors ignoraient acquiesça son accord et laissa son filleul entrer seul dans la bâtisse. Du coup d'œil qu'Hermione put lancer à l'intérieur elle ne retira rien, il n'y avait pratiquement pas de lumière derrière les deux portes, et la jeune fille frissonna quand la porte se referma derrière Drago comme si le Manoir venait de l'engloutir.
- Messieurs, Mademoiselle, si vous voulez bien me suivre !
Hermione sursauta presque quand la voix enfantine de Quincy la sortit de ses pensées - encore. Sans les attendre, la petite elfe se mit à marcher, le long du Manoir, comme pour le contourner et accéder à l'arrière. Le manoir semblait se trouver au centre même de l'immense parc de verdure qui l'entourait, et bientôt, Quincy s'éloigna du mur, conduisant le groupe entre les buissons, les statuettes. Hermione roula des yeux en longeant une marre où les crapauds croissaient et arrêta de compter tous les petits salons ouverts qu'elle apercevait. Comment une famille de trois pouvait vivre là? Le jardin était certes très beau, mais ce n'était pas un jardin! Tous les élèves de Poudlard pouvaient s'y promener tranquillement sans se marcher sur les pieds ! Une pointe de curiosité envahit tout de même l'ancienne préfète en chef quand Quincy s'arrêta enfin à l'un des salons, abrité à l'ombre d'un grand parasol de tissu blanc et des arbres qui l'entouraient: chaque salon était meublé et décorés différemment et, à vrai dire, très joliment. Elle aurait voulu jeter un coup d'œil à l'intérieur de la maison pour voir si tout y était aussi si impressionnant.
Quincy les laissa là avec l'ordre de s'asseoir, et pas moins de cinq secondes plus tard, elle était de retour avec deux plateaux en lévitation devant elle. Sur le premier de nombreuses boissons colorées et sur le deuxième des petits bols contenant toutes sortes de biscuits qu'Hermione n'avait jamais vu.
- Merci Quincy, fit gentiment la jeune fille en prenant elle même l'un des plateaux pour le reposer sur la table au centre.
L'elfe la regarda une seconde, semblant la jauger du regard, avant de lui faire un grand sourire absolument ravit. Harry ne pouvait pas tenir en place, il resta debout, à faire les cents pas alors que Severus et Hermione s'asseyaient, le premier semblait confortable mais ne rangeait pas sa baguette, et la seconde un peu moins à l'aise devant le regard d'une elfe qui ne la lâchait pas, et de par l'endroit où elle se trouvait.
- Servez-vous, s'il vous plait Mademoiselle.
Hermione haussa un sourcil: l'elfe de maison se donnait vraiment du mal. Elle se pencha vers l'un des petits bols et prit le premier biscuit qui lui tomba sous la main en souriant à Quincy. Celle-ci sembla s'en contenter car elle se tourna et alla se poser derrière l'un des fauteuils, de profil aux invités pour, apparemment, leur laisser une certaine intimité.
Quelques minutes plus tard, des pas pressés résonnèrent sur le gravier derrière elle, et avant qu'elle n'ait put se retourner, Drago disait déjà, aussi doucement que précédemment :
- Je vois que Quincy s'est occupé de vous...
Hermione aurait juré déceler une pointe d'amusement dans la voix de son voisin de chambre, et en se retournant elle cru entrevoir un nouveau sourire en coin presque complice avec l'elfe, qui baissa la tête très bas en se tordant les mains, gênée.
- Quincy voulait être polie Maître, le Manoir Malefoy ne peut pas ...
- Oui Quincy, je sais. Bonne initiative, coupa Drago, épargnant une elfe confuse, puis se tournant vers les autres: Allons-y.
Drago ne remarqua pas le petit sourire qu'y était apparu sur les lèvres d'Hermione quand Quincy avait évoqué la politesse des Malefoy, ha, cette sacro-sainte politesse noble, pensait-elle en secouant doucement la tête. A nouveau le groupe se mit en marche, repassant près de la marre qu'Hermione n'avait pas pu rater, ils la contournèrent et passèrent derrière un mur de branchage qui se transforma bientôt en couloir naturel, rappelant aux deux Gryffondors présents le labyrinthe du tournoi des Trois sorciers. Harry grogna mais ne dit pas un mot, juste avant qu'ils ne débouchent enfin sur la "sortie" du couloir, Lekka, l'elfe myope, apparu devant eux sans un son. Dans ses mains, un gros livre à la couverture bordeaux parfaite. Il le donna immédiatement à son maître sans un mot, mais Drago, sans jeter un coup d'œil à l'ouvrage, le tendit en arrière vers Hermione. Celle-ci se précipita pour le récupérer, les yeux déjà grands ouverts. Elle tenait un des Grands Recueils dans sa main ! Pour être si recherchés et convoités, ces livres devaient être absolument fascinant! La jeune femme sentait déjà l'excitation faire reculer dans un coin l'angoisse omniprésente qui l'avait saisit à l'annonce de l'état de Ginny. Elle allait l'ouvrir, mais ses pas, qui l'avaient conduit automatiquement à la suite des autres, la cognèrent contre Severus qui s'était brusquement arrêté.
Le nouveau coin de jardin sur lequel ils étaient tombés était très diffèrent de ce qu'ils venaient de traverser. Sauvage, pensa Hermione au premier coup d'œil. Ils étaient tombés en plein paysage féérique. Le ciel et la terre ne faisaient qu'un, les branches enlaçaient les nuages, les fleurs s'épanouissaient dans un désordre recherché et tout le paysage se tournait naturellement, sans effort, vers un point précis. Comme le point de chute des toiles des plus grands maitres, le regard était attiré vers cet endroit là. Cette fleur. L'image ne lui faisait pas justice. Elle était absolument magnifique. Hermione se rendit compte qu'elle avait arrêté de respirer une seconde. Elle prit une grande bouffée d'oxygène, ne s'attendant pas être assiégée par les plus agréables et originales senteurs qu'elle n'ait jamais humée. Si seulement elle pouvait mettre ce parfum en bouteille, pensa t-elle une seconde. Ce n'est qu'après cette pensée triviale qu'elle pensa à relever la tête vers les autres, Harry était tout aussi silencieux qu'elle, les bras croisés sur son torse, Severus, comme elle, tournait autour de la fleur pour l'observer de tous les angles, les sourcils froncés, et Drago... Drago n'avait pas bougé. En retrait, il avait laissé ses invités le précéder et était quant à lui resté à l'entrée de ce paradis-sur terre. Le visage fermé, ses yeux fixaient la fleur comme si elle allait subitement se mettre à parler.
Doucement, Hermione contourna l'Elfique pour se positionner de manière à avoir dans le même axe la fleur et Drago, qui la regardait presque sans ciller. Elle en eut le souffle coupé. Le bleu qui ressortait particulièrement sur la peau blanche de Drago en ce jour ensoleillé rappelait exactement celui de la fleur dont chaque pétale apparaissait différemment selon la lumière du soleil.
- Alors c'était ça, souffla finalement Severus. Je comprend maintenant pourquoi Narcissa refusait de me laisser voir son jardin...
- Vous auriez comprit de quoi il s'agissait, compléta Harry à voix basse, comme s'il ne fallait pas déranger la nature.
- Pas immédiatement, mais j'aurai au moins comprit la valeur de ce... « chef d'œuvre ». Fascinant, les couleurs changent selon l'angle et selon l'inclinaison du soleil ! 18 ans de travail, et la fleur n'a pas du éclore il y a plus de ... trois ans, peut-être quatre!
Hermione n'avait jamais vu Rogue dans cet état, il était ensorcelé par ce qu'il voyait, tournant encore autour d'elle, plus ou moins accroupit, la tête penchée tantôt à droite, tantôt à gauche. Il hésitait à la toucher, et ses lèvres remuaient encore des paroles qui se perdaient en murmure dans la brise. La maître des potions en lui s'agitait visiblement.
- Comment va t-on faire? Demanda Hermione plusieurs secondes plus tard, sortant enfin de l'espèce de torpeur qui s'était saisie de tous, semble t-il. On se contente de prélever de la sève à l'aide d'une...
- Non, coupa Severus qui s'était brusquement redressé. J'ai besoin de tout, pétales, racines, tiges, sève. Tout. Il faut l'arracher.
Le silence retomba brusquement. Hermione aurait voulut protester, comment arracher une chose pareille? Si précieuse? Si parfaite? Impossible! S'indigna d'abord une voix dans son esprit. Et puis, comme une claque dans son visage, l'image de Ginny dans son lit d'hôpital se rappela à son esprit. Ils arracheraient une montagne si c'était ce qu'il fallait faire pour la sauver.
Doucement, trois regards se tournèrent vers celui qui n'avait toujours pas dit un mot. Hermione l'avait vu du coin de l'œil reculer d'un pas à l'annonce de Severus, mais il semblait absolument... fermé. Neutre. Il ne dit pas un mot. Ne rendit pas leur regard aux trois personnes qui le fixaient. Que pouvait-il se passer dans son esprit à cet instant présent? Bougeant à peine, il claqua des doigts une fois, et Quincy, qui s'était retirée, réapparut. Il ne la regarda même pas, mais elle sembla comprendre. Comprendre quoi? Elle redisparut presque aussitôt, et revint plusieurs secondes plus tard accompagnée d'un autre elfe de maison qui semblait très âgé et était très diffèrent de Lekka et Sorel.
- Maître, vous avez appelé Priji?
Priji portait un tablier qui lui allait jusqu'aux genoux et des bottes qui y remontaient, le recouvrant pratiquement entièrement. Le tout était marron de terre et de boue et ses mains calleuses et sales renfermaient une touffe de gazon, apparemment. Le jardinier, bien sur!
- Oui, répondit doucement Drago avant de faire une longue pose. Prend tes instruments, et déracine la fleur.
Les oreilles de l'elfe s'agitèrent brutalement, battant l'air comme s'il tentait de prendre son envole.
- Qu..Quelle fleur, Maître, surement pas les Yeux d..
- Si, Priji. Déracine les Yeux de l'Ange et donne la à Severus.
Priji regarda Severus, avant de se retourner vers Drago, ses gigantesques yeux verts montraient incompréhension et choc. Il agita la tête.
- Comment, mais Maître, Maitre c'est impossible ! Cria t-il d'une voix plus grave que celle des autres elfes.
Le cœur d'Hermione se serra quand elle vit les yeux du vieux jardinier se remplir d'eau.
- Ce n'est pas possible! Priji ne peux pas! Les Yeux de l'Ange! La vie de la maitresse! La vie de la maitresse! Ce n'est pas possible!
- Ramène tes instruments Priji, nous sommes pressés.
La froideur du ton de Drago acheva le vieil elfe dont les larmes coulèrent sur le visage sans qu'il ne les essuie. Ses larmes, ses cris, qui résonnaient dans la nature étaient bien plus déchirants que ceux de Dobby. Quelque chose, dans l'image de cet elfe le rendait humble, presque sage, et l'image de lui pleurant ne semblait pas normale. Hermione détourna le regard quand l'elfe se rapprocha en tremblant vers la fleur, il tomba à genoux à moins d'un mètre d'elle et se retourna vers Drago.
- Dix-huit ans, trois mois et quatre jours, Maître. Dix-huit ans, trois mois et quatre jours! La naissance de Maître, la plus belle œuvre de Maitresse! L'œuvre de Maitresse! Maitre, c'est impossible !
L'émotion de Priji prit Hermione à la gorge, elle était sur le point de pleurer, et le regard de Drago ne vacillait pas.
- Priji, appela doucement Quincy pour le rappeler gentiment à l'ordre.
- Non! Non! Priji ne peux pas! Cria soudainement l'elfe en se redressant sur ses jambes toujours tremblantes. Pauvre Maîtresse Narcissa a passé sa vie...
- Ta Maîtresse est morte, Priji, coupa la voix glaciale de Drago qui posa son regard brulant sur son elfe. Le bleu de ses yeux semblait bouillonner comme de la lave, sur le point d'exploser. Maintenant, reprit-il, obéit aux ordres de ton Maître.
Il releva son bras face à l'elfe, et celui-ci détourna le visage comme s'il s'apprêtait à recevoir un coup. Une nouvelle fois, Drago claqua des doigts, et l'elfe se redressa immédiatement, se retournant vers la plante. Il fit apparaître plusieurs outils de jardinage à ses pieds, et tendit les bras vers la fleur. Quelque chose n'allait pas dans cette scène, il y avait un problème, pensait Hermione en observant Priji. De ses yeux foncés, Drago fusillait le dos de l'elfe, et enfin, Hermione comprit. Priji se battait de toutes ses forces contre son propre corps, mais il lui était impossible de désobéir un ordre direct de son Maître. Le claquement de doigts, la voix sombre de Drago, c'était sa manière d'imposer sa volonté sur son elfe de maison, son serviteur, son esclave. Hermione retint un sanglot d'indignation et de douleur face à l'image qu'elle s'imposait, refusant de détourner à nouveau le regard. Bientôt, le corps de l'elfe se relaxa en un instant, et il baissa la tête. Il venait de céder aux ordres. Avant que Priji n'ait put se pencher pour prendre un de ses outils, Drago tournait les talons pour disparaître.
- Fais vite Priji, murmura t-il sans se retourner.
Sa commande sonnait comme une excuse. Hermione laissa échapper une larme qu'elle essuya rapidement.
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Priji avait lui aussi essuyé ses joues mouillées et s'était appliqué à faire ce qu'on lui avait demandé sans relever la tête vers les trois sorciers restants. Etrangement, Hermione avait envie de s'excuser au près de lui, mais elle n'en fit rien. Quelques minutes plus tard, Priji les conduisait à l'extérieur du jardin secret de Narcissa Malefoy, avec dans ses mains la dépouille encore parfaite de la fleur sur laquelle il avait appliqué de nombreux artifices magiques que la jeune Miss-je-sais-tout ne connaissait pas. Ils marchèrent sans un bruit jusqu'au salon qu'ils avaient quitté plus tôt, et dans lequel attendait Drago Malefoy, assit à l'ombre mais le regard tourné vers le soleil. Ses deux elfes-secretaires étaient à ses côtés, debout, ils avaient recommencés à débiter un flot d'informations: noms, rendez-vous, papiers, dates, adresses. Hermione savait pourtant que Drago n'écoutait pas. Son regard semblait ailleurs, perdu.
- Non, coupa t-il juste avant que Priji et les trois autres n'arrivent, dites à Frederic de faire la livraison lui même.
Ah. Et bien peut-être qu'il écoutait finalement. Hermione se gifla mentalement, Arrête de te faire des films avec un Drago Malefoy torturé, mystérieux et sensible, se moqua voix N°2. La jeune femme gronda sa propre conscience avant de voir que Malefoy s'était levé.
- Allez-y les premiers, je suis juste derrière vous, fit-il en montrant d'un signe de la main le chemin de retour.
Quincy menait le groupe pour éviter qu'il ne se perde, Priji le fermait, toujours accroché à la plante, toujours évitant le moindre contact visuel avec qui que ce soit. Drago, ses deux secrétaires sur les talons, était resté en recul par rapport au groupe pour pouvoir continuer d'écouter ce qu'ils avaient à dire, reprenant une information ou répondant à une question sur un détail logistique. Plusieurs bonnes minutes plus tard, ils arrivèrent enfin face à la grille de sortie. Severus et Harry sortirent les premiers, mais Drago rappela Hermione à la dernière seconde.
- Le Recueil, une seconde.
Récupérant le lourd livre rouge, il l'ouvrit et en fit voler les feuilles, jusqu'à ce qu'il s'arrête à une page et en retire un fin carré de tissu. Hermione sentit une odeur floral quand il le retira d'un coup du livre avant de le refermer et de lui rendre sans un regard, il revint sur ses pas pour finir la conversation avec ses secretaires, alors que Priji revenait lui aussi après avoir donné à Severus la plante, s'en séparant à jamais. La tête basse, le jardinier pivota à droite, et commença à s'enfoncer dans les jardins parfaits, quand Hermione vit Drago lui courir doucement après. Les deux secrétaires avaient disparu, et elle venait de sortir, observant par delà les grilles, sans pouvoir entendre ce qui se disait.
Elle vit Drago tendre quelque chose à l'elfe qui recula, visiblement surpris. "Oh!" s'exclama t-elle sans le faire exprès en remarquant qu'il s'agissait du bout de foulard qu'il avait récupéré du Recueil. Il le lui donnait? Lui ... rendait sa liberté? Le renvoyait? Elle aurait voulut les entendre ! Priji recula encore, et Drago finit par se pencher, et posa le foulard sur le gravier au pied de l'elfe, avant de s'en aller sans regarder en arrière. Hermione vit l'elfe s'approcher, renifler, visiblement, le bout de tissu qu'elle savait parfumé, et tomber à genoux à ses côtés, finissant par le prendre et le serrer contre sa poitrine. Elle détourna vite le regard quand elle sentit les yeux de Drago se poser sur elle.
Quelle sortie, Merlin, quelle sortie!
Ils avaient récupérés la fleur. Dans sa poitrine, son cœur se mit à battre plus vite, plus fort. Plus qu'un ingrédient, par Merlin, faites qu'ils le trouvent.
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"-Et tu le leur as donné? "
La voix de Pansy dans son esprit s'efforçait d'être neutre.
"-Oui"
En rentrant, Drago avait laissé Harry et Severus retourner à la chambre de Hermione pour plus de recherches sur le dernier ingrédient. La seule chose qu'il avait voulut, c'était retrouver le silence de la solitude, chose qu'il avait plutôt eu tendance à haïr récemment. Il avait eu l'impression de sentir quelque chose bouillir dans sa poitrine, le brulant de l'intérieur tout en glaçant chaque organe de son être. Comment était-ce possible? Drago savait ce qu'être déchiré intérieurement voulait dire, il avait eu dans sa vie des décisions à prendre plus difficiles les unes que les autres. Tous les choix principaux qui avaient fait de lui ce qu'il était présentement avaient été des dilemmes. Mais ce mélange d'émotions, de sentiments contradictoires le dévorait sans lui laisser une chance de se battre. Il savait qu'il avait fait la bonne chose pourtant, il savait que son choix avait été le choix raisonnable, logique, bon. Qu'il n'y en avait pas d'autre de toutes les manières. Mais découvrir tout ce qui se rattachait à cette fleur, à sa mère.. à lui, et l'arracher comme il l'avait ordonné...
Et puis Pansy était arrivée, ayant rebranchée le Simulton. Elle lui avait expliqué pour l'attaque surprise qui avait interrompu leur précédente conversation, et rassurée en rajoutant qu'elle était de retour chez elle, où Blaise se reposait encore depuis la guerre. Et puis, elle lui avait demandé de parler de lui, et presque sans s'en rendre compte, il lui avait tout dit. Jusqu'aux évènements de la journée.
"- Tu as changé Drago, déclara t-elle dans un soupir mental.
- Toi aussi "
Oui, la Pansy d'avant n'aurait pas parlé de Potter comme elle l'avait fait dans les minutes précédentes, c'était un fait qu'elle n'essaya même pas de nier.
" - Je suppose que c'est pour le mieux.
- Est-ce que Blaise réussit à marcher ou pas encore?
- Il marche normalement, mais pas longtemps. C'est étrange, il n'a plus mal, mais se fatigue vite, répondit Pany.
- Et tu es sure que rester chez toi, c'est assez sur?
- Drago, je ne compte pas retourner dans une de ces pla..
- Chez moi, vous pouvez aller au Manoir, coupa Drago "
Pansy ne répondit pas pendant quelques secondes. Drago pouvait deviner le train de ses pensées. Le Manoir, c'était là où tout avait commencé. Le Manoir avait caché le QG des Mangemorts, les plus grands secrets de la puissante magie noir et ses plus fervents adeptes. Il les avait vu s'enrôler dans quelque chose de plus grands qu'eux alors qu'ils étaient trop jeunes pour comprendre ce qui aller découler de leur choix. Mais il les avait aussi vu se révolter, réfléchir, s'éduquer, comprendre, saisir le courage de leur position. Pansy était venu si souvent au manoir qu'en sortant du Poudlard Express, ses elfes de maisons y transportaient immédiatement toutes ses valises. Et puis il y avait eu un moment de vide quand il était trop occupé par les amis de son père. Mais quand elle y était revenue finalement, c'était avec un plan. Un plan que Drago avait embrasé avec elle.
" - Tu sais qu'il est presque aussi protégé que Gringott, rajouta doucement Malefoy, sans insister tout en sachant qu'elle finirait par accueillir son idée.
- Drago, je suis sur que si tu étais dehors, tu serais déjà en train de trainer mes valises à la chambre d'amis.
- Ta chambre, corrigea le blond en souriant à la pensée qu'elle avait surement raison.
- Et comment tu t'en sors, à l'hôpital? Je sais que la première fois, déjà, tu as eu du mal à ne pas t'exploser un chemin par les murs pour t'échapper, alors cette fois..
- Je suppose que je me suis fait à l'idée. Bizarrement, je me suis crée une routine ici. Même Granger y participe.
- Et tu vas bien? Je devrais venir vérifier. Je tenterai de pass..
- Non Pansy, tu n'es pas autorisée à tenter quoique ce soit. Tu ne dois pas sortir du Manoir!
- Ah, le retour de Drago Maledoy, l'autoritaire.
- Pansy tu ne dois pas sortir, répéta t-il d'une voix dangereuse.
- Si quelqu'un est en danger, ce n'est pas moi, répliqua t-elle de la même voix. "
Une fois encore, le silence retomba. Entre eux le silence n'avait jamais été un problème. Pansy pouvait passer pour la fille bavarde qui gloussait et s'agrippait à son bras à Poudlard, mais Drago savait que comme lui, quand elle était sérieuse, le silence pesait plus lourd que n'importe quel mot. Que c'était aussi dans ce silence qu'ils se comprenaient, s'apaisaient, réfléchissaient.
" - Drago, il faut faire quelque chose. Tu dois rentrer au Manoir. Tu peux payer n'importe quel médicomage pour te suivre en privé, tu le sais. Tu ne peux pas..
- De toute façon, il y a toujours Weasley et Granger à l'hôpital, ça n'empêcherait pas une attaque. "
Drago savait pertinemment que l'idée était sans doute moins perturbante pour Pansy si elle le savait, lui, en sécurité. Mais bizarrement, pour Drago, retourner au Manoir et laisser les autres face au danger s'apparentait beaucoup à de la lâcheté. Et lâche il avait décidé de ne plus l'être.
La vision d'un groupe de ces "nouveaux" mangemorts qui venaient l'attaquer dans la nuit ne le terrifiait pas. Il se demanda une seconde si la notion même de la mort le touchait, et il se rendit compte qu'il semblait anesthésié contre la peur qui lui étreignait par le passé le ventre à ce mot. Il n'avait plus peur de mourir. Son cœur ne battait ni plus vite, ni plus fort. Il ne sentait pas l'angoisse s'échapper dans ses membres, les alourdissant, l'étourdissant. Il ne sentait pas le voile fin de sueur froide qui se formait par le passé sur sa peau. Rien. Il était mourant, après tout. Huh, il était mourant. Pas le mourant de " On mourra tous un jour d'une manière ou d'une autre " mais le mourant de " là, tout de suite, je meurs ".
"- Je meurs, Pansy "
Les mots s'étaient formés dans son esprit sans qu'il ne les retienne, et le Simulton les avait fidèlement transmis. Il mourrait.
" Drago ! "
- Drago !
Deux voix avaient appelés son prénom dans la même seconde, celle de Pansy, furieuse dans son esprit, couverte par celle d'Hermione, qui, comme d'habitude, s'était invitée dans sa chambre et le regardait à présent, appuyée contre la porte qu'elle avait refermé. Au premier coup d'œil, le blond sut qu'elle venait dans un but spécial. Ses yeux ne s'arrêtaient jamais sur lui plus que quelques secondes sans tomber au sol, jusqu'à ce qu'elle ne relève pas la tête, attendant peut-être que Drago dise quelque chose.
"- On se reparlera Pansy", fit-il simplement, avant de retirer son bracelet.
Les yeux d'Hermione captèrent son mouvement, et elle dût comprendre qu'il avait été en discussion avec quelqu'un. Elle se mordit la lèvre et Drago fronça les sourcils une seconde, avant de reprendre une apparence neutre, attendant sans un bruit.
- Je t'avais prévenu.
Sa voix était faible, presque douce, et Drago ne comprenait pas ce qu'elle voulait dire. Il n'intervint toujours pas.
- Je t'avais dis que c'était de mon droit, que je ferais ce qu'il faudrait pour récupérer les souvenirs de cette nuit.
D'habitude, quand Hermione évoquait "cette" nuit en accentuant le "cette" comme s'il s'agissait d'une nuit particulièrement spéciale, il avait envie de rouler des yeux face à tant de dramatisme. Mais cette fois, instinctivement, il sut que ce qui suivrait n'allait pas lui plaire.
- Donc je l'ai fais. J'ai retrouvé tes souvenirs. Enfin, nos souvenirs.
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Drago ne répondait toujours rien à ce qu'Hermione venait de lui dire. Et cette attitude la poussait à continuer, alors même qu'elle aurait voulu se taire et le regarder. Lui dire qu'elle venait, quelques minutes plus tôt, dans sa chambre, de revoir encore ce souvenir volé. Non, elle aurait voulut s'avancer vers lui et le remercier, le remercier pour la manière qu'il avait eu de rester avec elle toute la nuit. Pour ce qu'il avait crié en lui demandant de se taire. Parce que déjà ce soir-là, il lui avait rappelé qu'elle devait espérer au lieu de sombrer. Parce qu'elle l'avait cru idiot et imbu de sa personne mais que malgré tout, malgré le pouvoir qu'il savait avoir sur elle, il n'avait fait aucune remarque. Il avait mentit pour ne pas lui dire. Comme si il était pudique. Le remercier parce qu'il l'avait prit dans ses bras pour la déposer dans son lit quand il avait commencé à faire froid. Parce qu'il s'était battu contre le sommeil pour pouvoir la bercer plus longtemps de sa voix, parce qu'il avait finalement céder dans la chaise inconfortable de sa chambre. Parce qu'il n'avait pas tourner les talons pour la laisser seule quand, inconsciemment, elle avait eu besoin de lui.
Elle aurait voulu s'avancer et le prendre dans ses bras. Parce qu'il l'avait soutenu quand elle avait cru s'effondrer dans le couloir. Quand son propre corps l'avait abandonné il l'avait rattrapé. Parce que ses mots avaient rappelé à elle l'essence endormit de sa personne alors qu'elle se croyait perdue sur le champ de bataille. Parce qu'il avait métaphoriquement renoncé à l'amour de sa mère pour sauver sa meilleure amie, sans ciller une seule fois. Sans hésiter, alors qu'ils n'avaient jamais été amis. Parce que, sans le savoir, il avait sacrifié la seule œuvre de la nature capable de ne jamais égaler la complexité, la magnificence de ses yeux, et que ça, même elle aurait voulut en pleurer.
Mais il ne disait toujours rien, et ses jambes n'osaient pas la rapprocher de lui. Sa bouche n'osait plus lui expliquer les pensées qui martelaient son esprit.
- Tu as.. prit ma pensine.
Bien sur, il avait deviné. C'était la seule manière de voler des souvenirs. Elle aurait eu honte, à cette seconde, si elle ne l'avait pas prévenu. Mais quelque chose dans l'expression figée de Drago l'inquiéta. Il s'était statufié. Ses yeux la fixaient, immobiles, entre deux paupières qui ne laissaient presque rien filtrer de la couleur désormais orageuse de son regard. Et puis, soudain, elle comprit ce qui n'allait pas.
- J'ai cherché la nuit qui m'intéressait d'un sort, je l'ai prit, et j'ai reposé la pensine là où je l'avais trouvée.
Je n'ai rien vu d'autre, expliquait-elle ainsi. Drago la jaugeait du regard, se demandant sans doute si il pouvait la croire ou non. Il était vrai que la chose paraissait peu probable, mais Hermione avait une conscience. Elle avait même été incapable de le faire sans le prévenir, et finalement, sans le lui avouer après coup. Si elle avait apprit l'art de contourner le règlement, ça avait toujours été pour une cause juste.
- Et ?
- Merci.
Pourquoi la voix d'Hermione était elle si serrée et petite? Pourquoi n'arrivait-elle pas à le remercier aussi chaleureusement qu'elle le souhaitait? Pourquoi, là, tout de suite, elle se sentait toute petite contre cette porte fermée, sous ce regard.
Il haussa un sourcil, comme pour lui demander d'élaborer sa réponse.
- J'ai voulu te le dire il y a quelques jours. Mais tu dormais.
Elle espérait qu'il comprenne ainsi pourquoi il l'avait retrouvé un matin endormie à côté de lui. Un frisson la traversa à ce souvenir. Elle avait ouvert les yeux pour s'immerger immédiatement dans ceux de Drago. Combien de fois avait-elle déjà pensé leur beauté? Sans doute pas autant qu'elle l'avait fais depuis. Au départ, elle avait cru qu'elle rêvait encore. Et puis elle s'était souvenue de la veille, et avait comprit, reculant brusquement. Leurs visages avaient été si proches qu'elle avait cru une seconde qu'il avait voulu l'embrasser. Idée stupide, pourquoi l'embrasserait-il? A nouveau, elle frissonna. Ses lèvres entrouvertes avaient été à moins de cinq centimètres des siennes.
- Pourquoi tu me le dis, exactement?
Drago s'était levé cette fois. Se rapprochant d'elle. Chaque pas l'enfonçant dans des images de bleus et de lèvres qu'elle fit disparaître en secouant la tête. Et puis il était là, à nouveau si proche d'elle. Il l'emprisonnait de son corps contre la porte, et elle perdit ses mots. Merlin Hermione, qu'est-ce qui t'arrive ! Trop de choses s'étaient passés dans les dernières heures, jours. Il fallait bien que ça ressorte à un moment où à un autre. En relevant la tête, Hermione comprit pourquoi on parlait d'explosion d'émotions quand elle rencontra à nouveau le regard de son voisin.
- Est-ce que tu as un problème aux yeux? Demanda t-elle assez soudainement pour se surprendre elle même.
- Quoi ?
Drago avait perdu de la belle contenance qu'il avait une seconde plus tôt, à essayer de l'hypnotiser pour la perturber. Quelle idiote, elle s'était faite avoir. Ses pensées n'étaient jamais claires dans cette pièce. Bien sur, c'est la faute de la pièce! se moqua une voix dans son esprit. Elle n'y répondit pas.
- Tes yeux. Tu es déjà allé voir un ophtalmologiste?
Les mots sortaient de sa bouche de leur propre volonté. A présent, il la regardait comme si elle était devenue folle. Et c'était peut-être vrai, peut-être qu'une partie de son esprit venait de se noyer dans la mer de saphirs qui la fixait. Et puis peut-être aussi qu'il ne comprenait tout simplement pas ce qu'un ophtalmologiste pouvait bien être. Idiote, se gifla t-elle mentalement.
- Tes yeux changent tellement, tu es sur que c'est normal? J'ai même découverts certaines nuances de bleus grâce à toi ! S'exclama t-elle. C'est peut-être un problème médical?
Hermione lu la surprise dans les traits de son vis-à-vis, et puis quelque chose de rare arriva. Les épaules de Drago tremblèrent légèrement, et ses lèvres dessinèrent un sourire qu'il essayait de contenir en se mordillant la lèvre interieure (Merlin!), et puis, il éclata de rire. Le son était grave et chaleureux, comme une cascade de notes basses qui s'accordaient en une mélodie rassurante et agréable. De celles qui font que l'on ferme les yeux en souriant, pour mieux les savourer. Hermione le fixa un instant, perturbée par cette réaction, observant, pour changer, le visage du blond se détendre, ses yeux se fermer pour mieux profiter de son fou rire, ses pommettes relevées, ses dents blanches qui retenaient toujours une lèvre parfaite en otage pour tenter de se contrôler. Ses épaules toujours traversées de secousses la fascinèrent autant que son torse tremblant qui semblait parfait derrière une chemise noire le mettant en valeur.
Sans contrôler le mouvement de ses mains, elle les posa contre ce torse, ressentant par ses paumes la chaleur corporelle du jeune homme et les soubresauts qui s'étaient emparés de son corps. Hermione vivait l'expérience intensément, voir Drago Malefoy rire si librement à quelques centimètres d'elle était quelque chose qu'elle n'aurait jamais deviné vouloir à ce point. Quelque chose la pinça, à l'intérieur, quand elle se rendit compte qu'à présent cette image gravée dans sa mémoire lui manquerait sans doute plus que tout quand il recommencerait à la rejeter méchamment.
Drago se calma, se rendant surement compte des deux mains couchées patiemment sur lui. Il reouvrit les yeux pour les baisser doucement vers Hermione, intrigué, mais sans perdre le sourire. Et au contact de ses deux yeux bleus qui s'étaient éclairés comme un ciel après la tempête, sa lâcheté, sa timidité, la quittèrent brusquement, et elle se redressa sur ses pointes pour se rapprocher du visage de Drago, qu'elle baisa sur la joue, avant de le prendre dans ses bras.
- Merci, répéta t-elle d'une voix plus calme et posée cette fois-ci.
Le corps du jeune homme se raidit à ce contact, mais ne bougea pas. Comme paralysé. Elle resta elle aussi immobile, sur ses pointes, les bras passés derrières la nuque du jeune homme, ses paumes ouvertes plaquées sur son dos pour ne pas retomber en arrière, poitrine contre poitrine, sa joue contre sa nuque. Elle respira son odeur pour la première fois, et se sentit étourdie une seconde, sentant ses jambes se ramollirent sous son poids. Quelle était cette odeur? C'était sans doute floral, mais rien dans le jardin qu'ils avaient visité plus tôt n'y ressemblait. Un nouvel élément sur lequel obséder, soupira sa petite voix numéro deux dans on esprit, parfait, vraiment !
Elle le sentit se détendre sous son corps, et la sensation des deux bras masculins qui lui entourèrent alors la taille en réponse l'étourdit à nouveau. Drago posa ses deux mains sur les hanches de la jeune fille, gentiment, doucement, et l'éloigna avec autant de délicatesse. Comme si pour préciser qu'il ne fallait pas qu'elle prenne mal ce geste de rejet. Il avait dû penser longtemps à quoi faire fasse à cet assaut, et bien que son corps se soit décidé, ses yeux étaient encore surpris de la réaction d'Hermione. Et c'est là qu'Hermione réalisa. Merlin, que venait-elle de faire?
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Elle avait fait glisser ses mains lentement contre sa nuque quand il l'avait éloigné, et cette caresse involontaire l'avait fait frissonner. Il était terriblement sensible de la nuque, et le regard étrangement ému d'Hermione ne l'avait pas aidé à refreiner ce passage de courant électrique. Elle semblait ailleurs quand il s'éloigna d'elle d'un pas, et puis, son visage changea, et Drago eut envie de rire à nouveau. Elle arborait la plus jolie expression de choc horrifiée de son répertoire. Ses yeux s'étaient écarquillés, ses joues avaient rosis furieusement et elle fit un pas en arrière. Drago se mordilla la lèvre pour retenir son rire qui serait sans doute malavisé, et il aurait pu jurer que ses yeux s'étaient encore plus agrandis à ce geste. Il laissa filtrer un sourire, espérant -sans savoir pourquoi- qu'elle ne le prendrait pas mal, et, tout en attendant une explication, essaya de faire que son expression reste détendue. Il ne voulait pas la faire fuir en s'arrachant les cheveux - bien qu'il en soit capable -, mais bien que le geste d'Hermione ne l'ait pas rendu furieux, il ne le comprenait pas vraiment pour autant.
- De rien, répondit-il finalement, voyant que sa vis-à-vis ne répondait pas.
Prit d'un élan de compassion pour la gêne de la jeune femme, il sourit, s'efforçant de rester détendu, pour bien lui faire comprendre que tout allait bien. Mieux, d'ailleurs, que plus tôt, avant que la question sur ses yeux ne déconcentre la colère qui l'avait prit. Vraiment, un problème médicale! Il eut envie de rire à nouveau, mais se retint.
- Et bien, qui aurait cru que Drago Malefoy était capable d'accepter un contact physique aussi facilement! S'exclama Hermione, dont le choc de ses propres mouvements laissait place à la simple surprise.
- Oh, mais Drago Malefoy est toujours ouvert à toutes sortes de rapprochement physiques, au contraire, fit-il remarquer avec un petit sourire en coin, s'amusant à voir le visage d'Hermione rougir en une fraction de seconde.
- Je parlais d'un geste de remerciement, s'embrasser amicalement, se prendre dans les bras, se serrer les mains...
- Ah, je ne m'y attendais pas moi-même, ce n'est pas vraiment comme si j'avais l'habitude. Je ne sais pas ce qu'aurait dû être ma réaction, tu t'attendais à...
Drago ne répondit pas, il observa Hermione qui passait par les mêmes étapes que lui précédemment. Elle se mordilla les joues intérieures, rougit encore, et explosa finalement comme si ce qu'il venait de dire était terriblement drôle. Il haussa seulement un sourcil, se sentant d'humeur terriblement accommodante depuis peu, et attendit.
- Désolée c'est juste..., elle rigola encore plus en s'attrapant le ventre comme si elle s'y était blessée, c'est juste que l'image de toi - t.. oi-ha-ha-haa et de-eu-euh Cra-abbe et Go-oyle en train de vous serrez dans les bras l'un de l'au-au-autre...
Drago dû avouer que l'image d'un gros calin entre les deux molosses et lui pouvait avoir quelque chose d'amusante. Il s'autorisa un sourire en coin en marmonnant qu'il devrait en parler à Pansy, quand Hermione dû entendre ce prénom avant de retomber plus profondément dans son fou-rire, reperdant le peu de control qu'elle avait réussit à retrouver. Elle glissa le long de la porte pour s'asseoir par terre, et il recula pour tirer une chaise pour lui même, avant qu'un élan de politesse ne la propose d'abord à Hermione. Ah, quand on a été élevé en gentleman, les reflexes étaient durs à perdre.
Les joues d'Hermione étaient d'un rose flamboyant, ses yeux brillants larmoyaient doucement de ses larmes que provoque souvent l'hystérie d'un rire. Drago se demanda si ce rire qui commençait à peine à se canaliser après plusieurs minutes n'était pas aussi en grande partie nerveux. Il ne l'avait jamais vu comme ça depuis leur entrée en quarantaine, elle ne devait pas s'être autant lâché depuis longtemps, même avec Potter et Weasley. Avec en plus le stress et l'angoisse liée à la petite rousse dans le coma, le poison, la quête au ingrédients, et tout le reste, elle avait dû céder à un moment ou à un autre. Et tant qu'à faire, pourquoi pas dans la chambre de Drago Malefoy, avait dû penser Merlin. Au moins elle n'était pas là, à épancher des larmes de chagrin, positiva t-il en soupirant. Ou en tout cas pas encore!
Il l'aida à se relever, et elle ne prit sa main qu'après avoir fait une pause pour l'observer. Il ne comprit pas le mouvement, mais ne la relâcha qu'une fois installée sur sa chaise, calmée. Ses paupières semblaient lourdes sur ses yeux, et Drago se demanda depuis combien de temps elle n'avait pas vraiment dormi, et si c'était le trop-plein d'excitation qui l'avait momentanément vidé de ses forces.
- Harry est allé à la recherche de dragons. Des dragons, répéta t-elle en souriant sans humour, secouant la tête. Il n'a pas attendu une seconde quand le frère de Ron nous a dit qu'il savait peut-être ou il pourrait y en avoir. Il n'a même pas entendu qu'il n'en existait peut-être plus, qu'ils avaient réputation d'être féroces ou que leur habitat naturel était des plus hostiles pour l'homme. Il s'est juste levé, et il est parti.
Drago pensa une seconde qu'elle allait vraiment finir par éclater en sanglot. Mais sa voix était enrouée et calme, fatiguée. Comme si elle venait d'arriver à bout d'une journée éreintante, qu'elle avait fait tout ce qu'elle avait à faire et que maintenant, il n'y avait plus qu'à attendre le résultat. Et c'était exactement le cas, bien sur, sauf que le résultat, c'était la vie de sa meilleure amie. Ou sa mort.
- Tu devrais dormir, répondit simplement Drago en allant se poster contre la porte comme elle l'avait fait plus tôt.
Elle renifla ironiquement et redressa la tête.
- Je n'arrive pas à dorm..
Elle ne termina pas sa phrase, ses yeux se rouvrant brusquement et jetant un regard éclair à Drago. Celui-ci remarqua les joues à nouveau rougies de sa voisine, et comprit qu'elle venait de se souvenir qu'elle dormait très bien quand il la berçait. Il aurait pu faire une remarque suffisante sur la question, se moquer d'elle, faire l'indiffèrent, le froid, il aurait même réussit à faire passer sa colère pour une bonne raison fictive si il l'avait voulu. Mais la réponse naturelle qui lui vint fut de sourire gentiment. Gentiment? Un sentiment de nausée s'empara de lui aussi vite que le sourire était apparu. Drago repéra la corbeille à papier des yeux, prêt à s'en servir si il vidait effectivement ses tripes comme il le croyait, mais au bout de plusieurs minutes le sentiment passa. Il avait sentit une couche de sueur froide sur son frond, et s'étonna lui même en constatant qu'il s'était vraiment sentit nauséeux, pas seulement métaphoriquement. Wow, la gentillesse lui faisait vraiment le meilleur effet !
Quand il remarqua enfin le silence dans lequel Hermione l'avait laissé reprendre ses esprits, il se retourna vers elle, attendant qu'elle réagisse. Mais la tête tombant en avant d'Hermione et le son de sa respiration lente et profonde expliquèrent sans mot qu'elle avait cédé à la fatigue. Drago soupira, déjà vu, pensa t-il en passant ses bras sous ses genoux et épaules, la soulevant d'une traction. Il se tourna vers la porte, mais une douleur à l'épaule le désarçonna et il faillit faire retomber la jeune femme toujours immobile dans ses bras. Contrôlant sa respiration, il se retourna pour retrouver son propre lit dans lequel il la posa avant de s'asseoir de l'autre côté.
A nouveau il sentit la transpiration sur son front, cette fois liée à la douleur et à l'effort physique pour la contenir. Retenant un grognement, il se contenta de poser la tête sur son oreiller et d'attendre que ça passe.
Hermione s'agita une seconde à ses côté, et son bras gauche vint s'abattre brutalement sur l'épaule endommagée de Drago, qui retint de peu un geste furieux sous le coup littéral de la douleur. Hermione se tût aussitôt, se calmant tout aussi vite. Son corps se mit à l'aise en se retournant à moitié vers lui. C'était la meilleure celle-là, pensa Drago sans se rendre compte que la fatigue alourdissait déjà son corps. Mal à l'aise sur son épaule, il se retourna vers elle et sa main retomba sur celle d'Hermione qui venait de glisser sur son épaule, rejoignant les deux corps au milieu du lit qui supportait leur fatigue. Il ne pensa pas à défaire leur doigts, déjà trop enfoncé dans la torpeur. Et puis il ne l'avait pas vu depuis trois jours.
Trois longs jours, monotones, désagréables et insatisfaisants. Il soupira et s'enfonça dans le sommeil en souriant.
