-1Chapitre 14

Quand elle se réveilla le lendemain, elle ne se rappela d'abord pas tout de suite ce qui s'était passé la veille. Elle se souvint de la soirée passée à jouer aux cartes et de la tempête qu'il y avait eu la nuit. Quand elle entra dans la cuisine pour se chauffer un café, les deux piles d'assiettes posées sur le plan de travail lui firent un électrochoc et tout lui revint en mémoire : la voiture de Hodgins disparaissant dans la nuit, son incapacité à aligner deux mots et le souffle chaud de Booth sur sa joue lorsqu'il l'avait embrassée. Il fallait qu'elle oublie tout ça et qu'elle se rende au plus vite au Jeffersonian pour se concentrer sur son travail. Elle n'avait jamais été aussi fâchée contre elle-même. Elle n'aurait jamais du se laisser faire et il fallait qu'elle mette les choses au clair avec Booth. Maintenant.

- Bonjour Brennan, pas trop fatiguée ? lui demanda Hodgins lorsqu'elle arriva à l'institut.

- Comme tout le monde, je suppose. Il y a du neuf à propos de l'inconnu 713 ou pas ? - Booth va arriver d'un instant à autre avec les dossiers correspondants.

La panique envahit Brennan. Elle n'avait rien prévu, elle n'était pas préparée à le voir, pas maintenant.

- Pourquoi n'a-t-il pas téléphoné ? Ce serait plus rapide s'il nous appelait…

- Je ne sais pas, répondit Hodgins sans comprendre pourquoi Brennan disait cela.. Il a pris l'habitude de faire le déplacement pour n'importe quoi, depuis quand c'est un problème ?

Brennan soupira, alla s'enfermer dans son bureau sans donner aucune explication et se concentra sur son travail. Pendant ce temps, Hodgins et Zack continuèrent d'étudier le squelette dans l'espoir qu'ils contiennent des informations encore inconnues qui permettraient de trouver la cause de la mort.

- L'arrière du crâne me semble bien abîmé. Je pense que la victime a fait une chute de plusieurs mètres et est tombé sur la tête, déclara Zack.

- Combien de mètres ? demanda Hodgins.

- Eh bien entre les données suivantes dans l'ordinateur. Le crâne est enfoncé de six millimètres sur une surface circulaire d'environ quatre-vingt millimètres carrés.

- C'est fait, on a une chute de … sept mètres, annonça Hodgins.

- Bonjour tout le monde ! J'ai trouvé deux personnes correspondant au squelette sept cents je sais plus quoi.

- 713, agent Booth, dit Zack.

- Soit c'est James Nalock, soit c'est David Minton, continua Booth en ignorant Zack. Tout deux ont le même profil : vingt ans, un mètre soixante-dix-neuf et environ quatre-vingt kilos. Mais comment pouvez-vous savoir que votre squelette faisait le poids là ? Il pouvait très bien être gros ou maigre sans que ça ne se voit sur les os.

- Eh bien, on regarde l'usure des articulations, on étudie la composition osseuse de la moelle épi…

- D'accord, laissez tomber, coupa Booth. Ou est Bones ?

- Je ne l'ai pas vue et toi, Zack ?

- Euh … Moi non plus, mentit Zack.

- Ok, elle ne veut pas me voir, c'est ça ?

- Non, c'est pas ça, répondit Hodgins, trop vite pour paraître crédible. Elle… Elle semblait fatiguée alors…

- Je repasserai plus tard, dit Booth en faisant demi-tour.

Zack et Hodgins poussèrent un soupir de soulagement. mais Booth se retourna.

- Non, il vaut mieux que j'aille la voir maintenant, dit-il en se dirigeant vers le bureau de Brennan.

Il traversa la pièce, longea le couloir qui menait au bureau de Brennan et s'arrêta devant la porte ouverte. Brennan était sur son ordinateur, surfant sur le net à la recherche d'un outil spécial pour le laboratoire. Booth tapa doucement sur la porte.

- Bonjour, dit-il.

Brennan sursauta et regretta d'être venue trop tôt à l'institut. Quelques minutes plus tard et elle ne l'aurait pas croisé.

- Oh, je ne vous ai pas entendu arriver, dit-elle.

- J'ai deux dossiers qui correspondent au profil que vous m'avez donné.

Elle fut soulagée de voir que Booth était venu pour travailler.

- Deux seulement ? C'est parfait, on trouvera plus rapidement l'identité de ce squelette. James Nalock et David Minton, lut-elle sur la couverture des dossiers. Est-ce qu'il y en a un qui est texan ? Les ossements ont été trouvés dans le Nord du Texas.

- Je sais, je vous ai entendu en parler, c'est pour ça que je n'ai que deux dossiers. Les deux sont texans.

- Vous avez fait une partie de mon travail, en fait.

- J'ai juste rajouté une information dans le logiciel de recherche, avoua-t-il.

- Merci quand même, répondit-elle en examinant les dossiers.

Un silence gênant s'installa entre eux. Comme si le temps avait ressentit la légère détresse de Brennan, le ciel gronda pour couvrir le silence et il se mit à pleuvoir.

- Je n'aurais plus besoin de ça, remarqua Brennan en rangeant ses lunettes de soleil dans son sac.

- Vous faites quelque chose ce soir ? demanda brusquement Booth. Je voudrais vous parler.

La question avait étonnement résonné dans le bureau et dans la tête de Brennan. Elle aurait préféré qu'il ne la pose pas.

- Non mais je tiens à récupérer mes heures de sommeil. La soirée d'hier et la fête de samedi m'ont épuisées.

C'était la seule excuse qu'elle avait trouvé pour éviter de se retrouver dans une situation semblable à celle de la veille.

- Je m'en doutais un peu, avoua Booth. Mais ça ne coûtait rien d'essayer.

Il sourit et ajouta :

- Vous me direz quand même s'il faut que j'oublie ou non ce qui s'est passé hier soir ? Ne vous blessez pas mais je voudrais savoir à quoi m'en tenir avec vous parce que soit dit en passant, vous êtes une femme compliquée.

Au fond d'elle-même, Brennan sentit qu'il disait la vérité. Elle, au moins, savait où elle en était : elle ne voulait pas d'une autre relation avec Booth que celle qu'elle avait déjà. Se sentant en danger, elle trouva une de ses phrases secrète lui permettant de trouver un échappatoire.

- On est sur mon lieu de travail, ce n'est pas vraiment le moment pour parler de ça.

Booth la regarda d'un air blasé et sortit de son bureau sans ajouter un mot. A peine disparut-il au coin du couloir qu'elle regretta sa réaction. Tant pis, elle devait se remettre au travail. Elle ouvrit les deux dossiers et commença à les étudier pour trouver une différence qui lui permettrait d'identifier le squelette 713. Elle était en train de lire le dossier de James Nalock lorsque Angela fit irruption dans son bureau.

- Salut ! Je viens de croiser Booth et …

Brennan n'avait pas envie d'entendre des reproches aussi coupa-t-elle Angela avant que celle-ci ne le lui en fasse.

- Ne me parles pas de lui, je t'en supplie Ange'. Je m'isolerai pour réfléchir à une solution qui nous permette de clarifier les choses et je te demanderai conseil au moment propice mais pas maintenant, dit-elle.

Angela la regarda comme si elle venait d'une autre planète.

- Quoi ? Il y a un problème avec Booth ?

- Tu ne venais pas me voir pour ça ? Tu ne l'as pas croisé ?

- Si je l'ai vu et j'ai d'ailleurs une commission à te faire de sa part.

- C'est quoi ?

- Je te la dis si tu me racontes tout.

- Ange', je t'en prie, je n'ai pas du tout envie d'en parler mais je te promet que je t'expliquerai tout dès demain.

- Whou ! Booth aurait-il suivit mon conseil ?

- Quel conseil ?! demanda Brennan d'une voix remplie de soupçons.

- Oh rien. Booth m'a dit de te dire que le dossier Minton est confidentiel parce que c'est le fils d'un grand… d'un grand peintre ou un truc comme ça. Bref, il ne faut pas que tu le transportes chez toi ou que tu le ramènes seule au FBI. Il faut que ce soit Booth ou un agent du FBI qui s'en occupe. Et Booth te demande de ne le confier à personne. Je te laisse ; Zack m'attend pour la reconstitution faciale du squelette 713, dit-elle en se levant. A plus tard !

- Angela, attend ! C'est quoi cette histoire de conseil ? Angela ?!

Brennan retourna se rasseoir dans son fauteuil, la tête remplie de questions diverses, mélangeant travail et sentiments. Elle reprit le dossier Nalock et continua sa lecture. James Nalock était un jeune homme déstabilisé. À l'âge de dix ans, il avait tué sa mère avec une arme à feu parce qu'elle s'apprêtait à tuer son père avec un couteau de cuisine. Les détails de la scène racontée par Nalock à dix ans étaient étonnement précis. Il avait passé les deux années suivantes dans un hôpital psychiatrique pour enfant puis était retourné à l'école un an avant d'être de nouveau enfermé dans un hôpital. Le squelette était celui d'un homme de 20 ans et il était en décomposition depuis deux ans d'après les observations de Hodgins, donc la personne aurait du avoir environ vingt-deux ans aujourd'hui. Son profil correspondait donc à James Nalock mais aussi à David Minton bien que l'histoire de ce dernier soit beaucoup plus simple. Enfant de bonne famille sans problèmes, il s'était enfuit à dix-neuf ans et avait disparu de la circulation sans que sa famille ni la police ne comprenne pourquoi. Angela avait presque raison ; son père était célèbre mais pour ses sculptures et non pour ses peintures. Les deux visages étaient semblables : grands yeux marrons, front haut, nez presque parfait, des pommettes hautes et une bouche de taille moyenne. Brennan avait peur que la reconstitution faciale d'Angela ne soit d'aucune utilité. Elle étudia correctement les dossiers puis essaya de trouver une correspondance avec le squelette 713 qui ne serait pas présente dans les deux dossiers.

En fin d'après-midi, les recherches avaient peu avancé et comme Brennan s'y était attendue, la reconstitution faciale n'avait rien donné. Le visage pouvait tout aussi bien être celui de James Nalock comme de David Minton.

- Il faut que le FBI trouve plus d'informations à propos de ces deux types, on ne peut rien faire de plus, dit Hodgins dans le bureau de cette dernière.

- Oui, il faudrait par exemple qu'on sache lequel des deux s'est cassé le poignet à huit ans, c'est une des observations que Zack et moi avons faite.

- Je vote pour Nalock. Je mettrais ma main à couper que ces ossements lui appartiennent, déclara Hodgins.

- Je ne peux pas conclure que c'est Nalock parce qu'un membre de mon équipe est prêt à risquer la perte de sa main.

- En effet, docteur Hodgins, le docteur Brennan n'est pas autorisée à faire une chose pareille.

Goodman était arrivé sans qu 'aucun d'eux ne s'en aperçoive. Il s'approcha du bureau de Brennan et se mit assis sur une chaise à côté d'Hodgins.

- Je vois que vous travaillez avec acharnement sur ce squelette, je vous félicite vous et votre équipe. Cela fait cependant plusieurs jours qu'il est à l'institut et je me demande pourquoi vous êtes plus rapide d'habitude.

- Les ossements de la victime peuvent correspondre à deux personnes que l'on arrive pas à différencier. On manque d'informations bien que leur dossier soit assez complet. Il faut soit retrouver Nalock ou Minton ou bien …

- … que l'agent Booth découvre une information supplémentaire, dit Hodgins en complétant les paroles de Brennan.

- Mmm Mmm.

Hodgins et Brennan attendait une réaction différente de la part de Goodman mais il resta de marbre.

- Faites comme vous voulez mais dépêchez-vous. J'ai besoin de vous pour répertorier des centaines d'anciennes pièces de monnaie retrouvées lors de la construction d'un bâtiment. C'est Mlle Monténégro qui excelle dans le domaine du 3D mais elle ne pourra pas faire ça seule en un jour.

- Comment ça « en un jour » ? demanda Hodgins.

- Il me faut impérativement les résultats pour après-demain midi.

- Mais, docteur Goodman …

- Non Monsieur Hodgins, je ne marchanderai pas de temps supplémentaire, ces pièces ont été retrouvées là où un milliardaire s'apprêtait à construire un hôtel. Il me faut les résultats au plus vite afin de certifier à cet homme que ces pièces appartiennent à l'état et non à lui.

- Bien. Dit simplement Brennan. Où sont-elles ?

- Sous clefs dans mon bureau.

- Nous viendrons les chercher demain matin. Combien y en a-t-il ?

- Un petit millier. Je vous remercie docteur Brennan. Bonne continuation.

Goodman sortit du bureau, laissant Brennan et Hodgins avec un nouveau poids sur les épaules.

- Dis à Angela de venir à huit heures demain matin. Je sais qu'elle ne travaillait pas normalement mais nous allons avoir besoin de tout le monde, déclara Brennan. A ce propos, où est-elle ?

- Son père l'a appelée en milieu d'après-midi pour l'inviter à dîner ce soir, il voulait lui parler, expliqua Hodgins.

- Pourquoi ne m'en a-t-elle pas parlé tout à l'heure ?

- Elle semble être plus inquiète à propos de toi et Booth qu'à propos de son père.

- Mais … Pourquoi … Comment sais-tu ça ? Qui d'autre est au courant de cette histoire ? s'énerva Brennan.

- Je ne suis au courant de rien, Angela m'a simplement dit que votre relation… comment a-t-elle dit déjà ? Ah oui, que votre relation « connaissait quelques tumultes et obstacles ». Mais ça ne me regarde pas. J'ai terriblement faim, ajouta-t-il pour couper court au malaise de Brennan. On mange ? Je vois que tu as un beau micro-ondes dans ton bureau.

- Oui, il me permet de manger à peu près équilibré même en travaillent. Il me reste des spaghettis à la bolognaise, des soupes de légumes, une palette à la diable, …

- Les spaghettis, ce sera parfait.