Chapitre 11 : Sans toi je ne suis rien (2e partie)
Note de l'auteur : Une courte suite du chapitre 11 et une spéciale dédicace à ma fidèle Sissi.
Merci à Ninie et Na pour vos commentaires adorables. Oui je sais je teste votre patience, chers lecteurs. Mais désormais vous le savez je suis longue à mettre à jour. Je n'abandonne pas pour autant cette histoire, elle me tient trop à cœur.
Bonne lecture !
Au sommet de la falaise, un homme debout fait face à l'horizon, regardant l'océan si paisible. Le soleil au couchant semble s'abimer dans ses eaux tranquilles tandis que la lumière rouge et or diffuse sur la surface ses derniers rayons laissant deviner le mouvement incessant de l'océan. Les eaux semblent si paisibles et si calmes. Le murmure apaisant des vagues qui viennent mourir sur la plage contraste si violemment avec la folie meurtrière des jours précédents. En regardant l'immensité qui s'étend à ses pieds et qui sous une calme apparence cache de sombres secrets, l'homme frissonne. Combien de bateaux engloutis ? Combien de marins perdus dans ses eaux noires et profondes ? Ce n'est plus le royaume d'un Dieu qu'il a sous ses yeux. Ce qui se cache sous cette trompeuse et séduisante apparence n'est rien d'autre qu'un immense tombeau.
Un autre homme s'approche. Il l'entend mais ne tourne pas la tête, incapable qu'il est de détacher son regard de l'horizon. Il sent sur ses épaules le poids d'un tissu qui l'enveloppe.
« Cela fait des heures que tu es là à observer la mer. »
L'homme immobile ne répond pas. Vulco, placé derrière lui, regarde avec inquiétude le jeune homme. Il soupire. Il prend dans ses bras son ami qui sans résister s'appuie contre son torse.
Durant un long moment il reste tous deux en silence à regarder le paysage qui s'étend sous leurs yeux. Ses mains posés sur le ventre de son compagnon, il peut sentir la rondeur qui timidement se laisse deviner. Une tristesse sourde envahit son cœur.
Lui le grand guerrier coureur de jupons s'est laissé percer le cœur. Eros l'a bien puni pour toutes ses incartades en le faisant aimer le seul être qu'il ne pourra jamais posséder. Il sait qu'Hephaistion n'a d'yeux que pour un seul homme. Pourtant il s'est fait une promesse : qu'importe le prix à payer, qu'importe la douleur. Il restera à ses côtés, son gardien. Il fait le serment de lui rester fidèle. Il veillera sur le trésor d'Alexandre et le lui ramènera.
Le prenant par la taille, Vulco cherche à l'entrainer.
« Viens Hephaistion. Il est temps de rentrer. »
Docilement, son compagnon cède à ses exigences. Tournant le dos à l'immensité, ils prennent le chemin qui les ramène à leur abri de fortune. Une cabane de pêcheur abandonnée, un peu plus loin en contrebas.
Arrivés à leur destination, Vulco met le feu en route et prépare le repas. Depuis que Poseidon prêtant une oreille indulgente à leurs prières les a sauvé des eaux, Hephaistion n'a pas dit un mot. Les deux seuls survivants. Vulco revoit Baldo à la barre du navire. Combien de visages ainsi disparus ? Combien de vies volés ? Il préfère ne pas y penser et laisser dans le passé ce qui doit y rester.
Mais il sait combien Hephaistion se sent responsable de la mort de tous ces hommes. C'est pour le sauver qu'ils ont pris la mer. Il reste enfermé dans sa douleur, refusant de parler. Vulco a décidé de lui laisser le temps nécessaire de se remettre mais ils ne peuvent rester ici indéfiniment. Ils ont échoués en plein territoire perse. Ils doivent trouver le moyen de rejoindre Alexandre coute que coute.
Ce matin, Vulco est parti au village voisin. Un village de pêcheurs, il y a vendu leur dernier bien : l'épée d'Hephaistion. Dans le naufrage, ils ont tout perdu. Par chance, l'épée au pommeau d'ivoire que le jeune homme avait ceint autour de lui, n'a pas sombré. C'était le seul bien de valeur qui leur restait avec les bracelets d'argent que portaient Hephaistion. Les bracelets ont été vendus contre des vivres et des vêtements perses, la première journée après qu'ils aient repris connaissance sur la plage.
L'épée d'excellente facture a été négociée à un très bon prix à une caravane de marchands. Son expérience auprès des Marchands de Gordion, en cela, lui a été précieuse. Vulco a longtemps hésité à prendre cette décision. Après tout, c'était le seul moyen de défense qui leur restait. Mais un soldat est plein de ressources. Et puis, grâce à cet argent, ils pourront acheté des chevaux, quitter leur cabane et fuir le territoire perse pour rejoindre Tyr ou se trouve l'armée d'Alexandre.
Pour acheter des chevaux, il leur faudra marcher jusqu'à une autre ville un peu plus à l'est. Celle-ci plus importante y a un marché. Il espère que le voyage à pied jusqu'au village ne sera pas trop éprouvant pour Hephaistion dans son état. De toute façon, ils n'ont pas le choix.
Leur situation leur imposant une intimité forcée, Il n'a pas fallu longtemps à Vulco pour comprendre les raisons des malaises matinaux. Se souvenant de la réaction d'Hephaistion dans la chambre du palais, il comprit que celui-ci portait dans ses entrailles le fruit que son agresseur avait semé contre sa volonté.
Que dira Alexandre quand il le découvrira ?
Lorsqu'il a posé la question à Hephaistion, sa réaction l'a surpris. Une sourde colère allumait son regard tandis qu'un sourire d'une triste ironie se dévoilait sur ses lèvres. Bien entendu, il n'a pas répondu, clos dans son silence. Sa réaction ouvrait la voie a plus de questions que de réponses.
Laissant toutes ses interrogations pour plus tard, il se focalise sur la préparation de leur départ.
Hermès prenant pitié des deux hommes, ils croisent chemin faisant une caravane de marchands qui accepte de les prendre avec eux. En trois jours à peine, Hephaistion et Vulco atteignent leur destination. Vulco sans perdre de temps, trouve un vendeur de chevaux et fait l'acquisition de deux belles montures persanes.
L'indifférence d'Hephaistion trouble Vulco. Rien ne semble le concerner, ni l'atteindre. Il a construit un mur entre lui et le reste du monde.
Vulco sait qu'ils ont un long chemin à faire avant de pouvoir rejoindre Alexandre. Même si le trajet jusqu'à la ville s'est passé sans encombre, il peut lire sur le visage de son ami la fatigue. Il décide de leur trouver un endroit pour y faire étape et reprendre des forces avant leur prochain départ.
Préférant éviter les tavernes fréquenter par les soldats de Darius, Vulco trouve un hébergement au sein d'une maison à l'écart de la ville. C'est la propriété d'une veuve et de ses enfants. Celle-ci les accueille avec courtoisie. On peut reprocher beaucoup de choses aux Phéniciens mais pas leur sens des affaires. Après avoir négocier le prix de l'hébergement, La femme d'age mur met à leur disposition la chambre de ses fils. Ceux-ci se retrouvent reloger dans l'étable durant leur séjour. Ce qui ne semble pas les troubler outre mesure. Les deux garçons de 15 et 18 ans aident leur mère à entretenir la propriété vinicole. Durant le repas qu'ils prennent avec leurs hôtes, et non sans une certaine irritation, Vulco n'est pas sans remarquer les regards admiratifs qu'ils lancent à Hephaistion.
Durant le repas, celui-ci reste silencieux et ne semble pas prêter attention à son entourage. La femme prénommée Azel engage la conversation avec Vulco et le questionne sur leur destination et les raisons de leur voyage. Prudent et ne voulant se montrer rude, Vulco se contente de dire qu'ils travaillent pour un marchand de Gordion et qu'ils sont ici pour affaire. Le regard de la femme s'attarde longuement sur Hephaistion puis se porte sur Vulco sans un mot. Son regard le met mal à l'aise, mais elle semble accepter son explication.
La conversation continue sur un ton plus enjoué, jusqu'au moment ou Hephaistion se lève précipitamment. A son visage, je devine le problème. S'excusant auprès de ses hôtes, Vulco le conduit à l'extérieur. Une fois la nausée passée, il lui apporte un peu d'eau et le guide vers chambre. Hephaistion s'écroulent sur un lit les yeux fermés. Ces malaises récurrents l'épuisent. Après avoir aidé Hephaistion à se coucher, il retourne dans la pièce principale où l'accueillent trois regards interrogateurs.
« Tout va bien pour votre ami ? » demande Azel.
« Ce n'est rien, juste un peu de fatigue dû au voyage »
Vulco sent le regard intense de la femme posé sur lui comme si elle cherchait à lire en lui, mais n'ajoute rien.
Hephaistion marche dans une prairie qui ne ressemble à rien de ce qu'il ait déjà vu. Tout autour de lui, tout est d'une beauté à couper le souffle. Le soleil inonde le paysage d'une lumière douce et chaude. La brise légère fait onduler les fleurs des champs qui s'étendent à perte de vue autour de lui. Quelques arbres deci delà habillent le paysage.
« Je t'attendais » dit une voix derrière lui.
Il se retourne étonné. Là, comme sortie de nulle part, se trouve une petite fille qui le regarde avec un grand sourire. Il observe l'enfant, il y a quelque chose de familier en elle qu'il n'arrive pas à déterminer.
« Qui es-tu ? »
Sans répondre, l'enfant lui demande : « Veux-tu jouer avec moi ? »
Sans savoir pourquoi, il hoche la tête. La petite fille rit et part en courant vers un des arbres où elle disparait. Sa curiosité le pousse à la suivre. Là, pousse un énorme saule pleureur. Ecartant les branches du saule, il découvre la petite fille assise sur le sol jonché de tapis et de coussins. Et rien d'autre.
La petite fille lui sourit et l'invite à s'assoir sur les coussins.
« Raconte moi une histoire »
Hephaistion regarde la petite fille. Elle est si belle. il sent une tristesse l'étreindre sans savoir pourquoi. Il s'assoie et commence à lui raconter une histoire. Il ne sait ce qui le pousse à le faire. Il ressent le besoin de plaire à cette enfant. Une histoire, puis une autre et une autre encore. Il prend plaisir à la voir rire, sourire. Fatiguée elle pose sa tête sur ses genoux et s'endort. Sa confiance le touche. Une tendresse infinie l'envahit. D'un geste doux, il caresse les cheveux de l'enfant endormie. Il murmure une berceuse, celle que sa mère lui chantait quand il était enfant.
Combien de temps reste-il ainsi ? Une minute ? Une éternité ? Il ne saurait dire. Il voudrait que cet instant ne s'arrêtent jamais.
Elle ouvre finalement les yeux et le regarde intensément un long moment sans rien dire. Puis son regarde se pose au delà d'Hephaistion. Ce qu'elle voit derrière lui semble tout à coup l'effrayer. Elle dit fermement :
« Il est temps que tu partes. »
Hephaistion sent son cœur se serrer.
« Quel est ton nom ? »
Elle sourit avec tristesse.
« C'est à toi de me le dire » répond-t-elle. Hephaistion sent soudain son cœur s'emplir de larmes. Le corps de l'enfant devient comme translucide et s'efface lentement. Un angoisse envahit soudain Hephaistion.
« Attend ! Ne t'en va pas ! Qui es-tu ? »
En panique, il se lève. Autour de lui tout a disparu, l'enfant, le saule, la prairie. Tout n'est plus que vide et désolation. Des larmes dont il n'a pas conscience coule le long de son visage. Il hurle :
« QUI ES TU ? »
« Hephaistion… Hephaistion ! Que t'arrive-t-il ? » Hephaistion ouvre les yeux. Il sent les larmes sur son visage. Au dessus de lui, le visage de Vulco inquiet. Il regarde autour de lui et réalise qu'il est dans la chambre.
« Que m'arrive-t-il ? » Dit-il en regardant Vulco.
« Tu hurlais dans ton rêve. Ou plutôt je devrais dire ton cauchemar. Tu semblais terrifié par quelque chose. »
Vulco observe inquiet Hephaistion. Il passe une main lasse sur son visage.
« Le côté positif, c'est que tu parles à nouveau. »
Hephaistion regarde Vulco et semble réaliser quelque chose.
« Je suis désolé Vulco. Je n'ai pas été un compagnon très agréable ces derniers temps. »
Vulco sourit rassuré.
« Ne t'en fais pas pour ça camarade. »
Hephaistion sourit pour la première fois depuis bien longtemps. Mais le sourire s'efface quand une violente nausée le prend. Vulco maintenant habitué s'empresse de lui donner une bassine posé près du lit. Une fois le malaise passé, Vulco ajoute avec humour :
« Bienvenu dans le monde des mortels. »
Hephaistion qui reprend à peine son souffle, fronce les sourcils et lui fait un doigt d'honneur. Vulco éclate de rire. Son Hephaistion est enfin revenu.
