Chapitre 14 : L'excuse d'un cheveu

- Nous allons nous marier ! C'est tout ce que tu as trouvé à dire ! Nous allons nous marier !

Le feu aux joues, Ron venait de transplaner aux côtés de sa future épouse, pile devant l'appartement de cette dernière. Ils venaient à l'instant de quitter le Terrier, laissant derrière eux une mère devenue muette et un père qui tentait de se résoudre à cette nouvelle : le ministère venait une fois de plus de mettre le nez dans les affaires de sa famille. Mais comment réfuter une loi mise en place par le milieu dans lequel on travaille ?

- Ron, je te rappelle que tu n'as pas fait mieux avec mes parents !

- Et bah justement ! Tu te rappelles la beuglante que tu m'as passé suite à ça !

- Je ne t'ai pas envoyé de beuglante…

- Rho… c'est une expression !

Le jeune homme continuait à fulminer, se pinçant les lèvres pour éviter d'exploser, il venait de se laisser tomber sur l'un des canapés du salon, dévisageant Hermione comme pour la mettre au défi de lui parler. Ce que bien sûr, elle ne fit pas. Au bout de longues minutes à la regarder feuilleter un bouquin qu'elle devait connaître par cœur, Ron ne tint plus et lâcha dans un grognement :

- C'est facile pour toi ! T'as pas à retourner chez eux avant la fin de la soirée…

Hermione releva la tête, et fermant son livre d'un geste sec, elle ne prit pas de gants pour lui répondre :

- C'est de ma faute sans doute ?

- Je… enfin… Oui !

- Tiens donc, le contraire m'aurait étonné. Tu peux me dire pourquoi ?

- Tu le sais très bien pourquoi !

- Oh oui… aussi bien que toi sans doute.

Ron s'enfonça un peu plus dans le fauteuil et se remit à mordre sa lèvre inférieure. Il n'avait plus à disposition la moindre raison de se mettre en rage.

Une nouvelle fois, le silence se fit avant que la future Mrs Weasley ne prenne son courage à deux mains pour y mettre fin. D'une voix monocorde, elle lui dit :

- Et bien, ne retourne pas chez toi…

- Et j'irai où ? Tenir la chandelle entre Ginny et Harry ?

Hermione soupira, partagée entre l'envie de rire et celle contradictoire, de laisser tomber son approche. Finalement, elle céda :

- Tu es désespérant… tu le sais ça ?

- En sachant que ça fait au moins la mille et unième fois que je t'entends me le dire, je pense que oui.

- Alors pourquoi tu… et puis zut. Il y a un canapé ici, et je pense qu'il sera suffisant pour que tu puisses y passer la nuit.

Ron tourna un regard dédaigneux vers le fameux canapé sur lequel il était assis, comme cherchant une faille, histoire de ne pas la voir gagner aussi facilement. Et c'est ce qu'il fit :

- Ah oui et je dis quoi à ma mère pour expliquer mon absence…

- Tu as vraiment besoin de moi pour ça ?

- Non ! Mais si je ne la préviens pas, elle risque de s'inquiéter et de me tuer par la même occasion !

- C'est ta solution ?

- Non, c'est la tienne !

Hermione se leva de la chaise sur laquelle elle était si bien calée et porta la paume de ses mains sur ses yeux, comme pour mieux réaliser que non, elle ne rêvait pas.

- Bien sûr Ron, que tu dois la prévenir ! Tu peux… tu peux lui dire que tu restes ici car on n'a commencé à mettre en route les préparatifs du mariage et qu'on aimerait bien avancer un peu plus.

Ron se leva à son tour, et un sourire se dessina sur ses lèvres. Bientôt, il déposa un vague baiser sur les joues de son amie, murmurant avant de disparaître :

- Je savais bien que tu trouverais !

Hermione posa ses doigts à l'endroit où les lèvres du jeune homme s'étaient posées quelques secondes auparavant, se remémorant la première fois où elle l'avait vu faire ça… une histoire de devoir où il lui avait administré un « j't'adore » qui lui avait fait monter le rouge aux joues. Voilà toute leur histoire… elle n'était sans doute aimée que pour ces choses futiles pour lesquelles il avait besoin d'elle.

Quelques minutes plus tard, Ron était de retour, portant sur ses épaules le sac qui était celui qu'il utilisait à Poudlard.

- A quoi tu penses ?

Il laissa tomber son fardeau au pied d'une chaise et s'approcha de la jeune fille qui tenta de sourire en le voyant arriver.

- Alors 'Mione, à quoi tu penses ?

- A rien…

- Tu mens, tout le monde pense à quelque chose… enfin peut-être pas Crabbe et Goyle…

Hermione ne put s'empêcher de sourire à la remarque du jeune homme. Il avait le chic pour la mettre dans une situation embarrassante. Comment lui expliquer qu'elle savait que tout ce qu'il pouvait y avoir entre eux, c'était ce besoin de services… qui de surcroît, n'était pas réciproque… enfin…

- Et puis en plus, je vois bien que tu as le regard complètement ailleurs…

- C'est faux Ron… je lisais.

- Ah oui, et tu peux me dire ce que tu étais en train de lire…

- Je…

- Ah ah ! Tu vois ! Tu ne sais pas… parce que tu ne lisais pas…

Elle tenta comme elle le pouvait de reprendre son sérieux, bien qu'une envie de rire venait torturer ses lèvres et répondit :

- Non Ron, c'est juste que je ne suis pas certaine que tu comprendrais le moindre de ces mots.

Le sourire qui baignait le visage hâbleur de Ron s'éteignit en un instant. Une fausse alerte car au grand désarroi de cette dernière, il reprit le plus simplement du monde :

- Justement, d'habitude ça t'arrange… fais-moi une traduction !

- Ron…

- Et puis pourquoi est-ce que tu tortillais ta mèche entre tes doigts comme ça ? Si vraiment tu étais concentrée sur ta lecture, elle serait placée derrière ton oreille… Je le sais, tu as toujours fait ça !

Cette fois, Hermione ne sut quoi répondre. Comment avait-il pu remarquer un geste dont elle-même n'avait pas conscience ?

- Alors, tu me dis !

- Bon d'accord… tu as gagné…