14.
Albator émit un juron.
- Oshryn, je vous…
- Je sais. Mais il s'agit du sort d'Alérian. J'ai déjà tout sacrifié pour lui, je suis prêt à continuer à le faire ! Et ma formation scientifique de base peut aider ce Skemdel vu que moi je suis un adulte !
- J'apprécierai votre aide, lieutenant, fit Skemdel en venant à la rencontre des deux hommes.
- Et moi je signale, au cas où ça intéresserait quelqu'un, que les canons de l'Arcadia sont dirigés droit sur Mélangda-City ! aboya Albator.
- Et vous, vous êtes sur notre sol et donc sous la coupe de Sepbek, vitupéra Krobam en entrant dans la salle de réunion. Et notre dieu ne perd rien de ce qui se passe !
- Grand Guide, laisse-moi agir, comme nous en avons convenus, pria Skemdel. C'est important.
- Et moi je ne ferai jamais confiance à des adultes !
Le jeune Krobam esquissa un sourire cruel qui n'était pas de son âge.
- Vas-y, brûle tes dernières cartouches, tu n'as rien à perdre après tout ! Ensuite, tu pourras retourner dans l'oubli collectif car je ne te permettrai jamais de revenir sous un âge adorable et innocent !
Ne comprenant pas, quoique se forgeant leur propre opinion de vétéran à ces propos, mais se gardant d'intervenir, Albator et Oshryn ne dirent rien.
Sur le seuil de la pièce, Krobam se retourna, poings sur les hanches, position de fureur et d'autorité contrastant avec ses jeunes années !
- Si vous sortez d'ici sans autorisation, Sepbek vous atomisera, et vos canons ne pourront rien empêcher ! Mélangda est un sanctuaire pour mon peuple et je ne laisserai personne lui faire le moindre mal !
- Moi, je veux juste retrouver mon fils. Ensuite, c'est lui qui depuis le tout début est mandaté pour servir d'intermédiaire avec la République Indépendante qui ne cherche qu'une alliance pacifique !
- Nous n'avons besoin de personne ! se révolta Krobam en se retirant. Je veille sur la communauté depuis des siècles et cela n'est pas près de s'arrêter !
Seul face au capitaine de l'Arcadia et au second du Starlight, Skemdel ne s'était pas démonté un instant, posé, sûr de lui et de ses connaissances, les traits parfaits aussi, les lèvres pleines et rouges, les ongles parfaitement manucurés, les gestes élégants.
- Je connais, je respecte et je vénère Sepbek depuis plusieurs régénérations. C'est un protecteur, nous n'avons jamais rien eu à craindre de l'extérieur. Nous sommes une petite communauté, nous n'avons aucun désir d'expansion. Mais notre planète orange est riche en minéraux que vous appelez diamants et autres cristaux, qui peuvent aider à vos machines de navigation. C'est parce que ce but nous a sied en premier que nous avons entamé les négociations.
- « vous » ? Non, ce ne fut qu'un piège ! Vous m'avez implanté un esprit qui n'était pas le mien pour finir de piéger mon fils ! Et pour avoir voulu me sauver, ce qui est le réflexe d'amour d'un fils à son père, il a rejoint l'âge de la moyenne de votre communauté !
- Nous en sommes désolés, poursuivit Skemdel. Mais c'est notre âge qui nous protège, de toute éternité !
- Oui, j'ai côtoyé Alérian dans la plupart de ses démêlées. Il comprend bien des mystères de tous vos mondes, répondit précipitamment Albator. Il aurait peut-être compris, si vous lui aviez expliquez !
- Et, pour nous « peut-être » ne suffit pas ! remarqua Skemdel en fourrageant dans ses rigides mèches rousses pâles. Et Sepbek a capté la présence d'un autre grand lézard : une Dragonne !
Albator soupira.
- Nous tournons en rond ! Vos préceptes de plusieurs siècles, les désirs de la République Indépendante pour un partenariat équitable et…
- Nous avons le dieu Sepbek, nous n'avons pas besoin de la protection de cuirassés, rétorqua Skemdel, ses prunelles grises s'enflammant. Et quoi que vous pensiez, Sepbek peut se projeter hors de notre sol, sauf que la nécessité ne s'est jamais présentée !
- Comme si c'était surprenant, convint Albator en intimant, d'un geste, le silence à Oshryn, poursuivant les négociations à sa manière et selon les souhaits de son ami d'amiral ! Les pouvoirs des Gardiens ou Dieux dépassent le temps et l'espace ! Mais là je réclame la vie adulte de mon fils. Ensuite, s'il n'y a plus rien à espérer, nous repartirons, tous.
- Vous le pensez, vraiment ? insista Skemdel.
- Je réponds toujours la sincérité de mes certitudes, dans l'instant présent. Ensuite, je ne réponds plus de rien ! Et la vindicativité de vos Krobam et Sepbek sont alarmantes pour simplement des contacts involontaires futurs !
Skemdel inclina positivement la tête.
- Je vous crois, capitaine Albator. Hormis Krobam, aucun de nous n'avais eu assez de cœur pour faire passer son petit avant lui ! Je vais vous aider, mais je dois encore négocier avec mon Grand Guide. Je vous rappellerai ! Tenez-vous prêt à me rejoindre, ou non…
Albator et Oshryn se levèrent pour rejoindre leurs bords respectifs.
Mais sur la plateforme d'envol des navettes, Albator avait retenu Oshryn par la manche de son uniforme.
- Oshryn ! ?
- Oui, vous avez vu, vous avez compris, Albator, ce Skemdel me plaît, mais c'est un adolescent ! Je serais un criminel si j'avais seulement la pensée de songer à lui ! J'ai à oublier ces quelques heures d'entremise, j'ai à juste vous aider à négocier pour l'âge adulte d'Alérian !
- Merci, Oshryn. Il faudra bien notre entière sincérité à tous les deux pour sauver Alie !
Toujours inquiet, Albator regagna l'Arcadia.
