Un mois était passé depuis que Katniss savait qu'elle était enceinte et elle voyait déjà son corps se métamorphoser. Peeta était fou de joie, rentrant plus tôt de la boulangerie pour pouvoir embrasser sa femme et caresser son ventre, qui pointait déjà sous ses vêtements. Néanmoins, Katniss ressentait un malaise - qui n'avait rien à voir avec son état actuel - qu'elle avait toujours redouté.
Haymitch fut le premier au courant de cette grossesse. C'est Peeta qui était venu le voir un matin, pendant que Katniss se reposait, suite à une nuit ponctuée de vomissements répétitifs et de vertiges. Elle lui avait assuré que le dire n'avait pas une importance primordiale, vu que son mentor l'aurait remarqué lorsqu'elle aurait pris trop de poids. Elle l'avait donc autorisé d'aller le lui dire, pendant qu'elle faisait une sieste au calme.
Haymitch avait donc ouvert sa meilleure bouteille pour fêter l'évènement. Il avait trinqué avec son ancien « poulain » à la santé du futur enfant et n'avait cessé de répéter qu'il allait devoir ralentir sur la boisson pour être un grand-père exemplaire. Peeta avait gentiment rajouté que le fait de dormir avec un couteau en pleine journée et de ne pas être ordonné pourrait nuire à ce que son mentor appelait « l'exemple ».
Cela faisait donc plus de deux mois que Katniss était enceinte. Elle avait beaucoup de mal à se faire à ce qu'elle vivait. Elle refusait de se regarder dans un miroir et n'effleurait jamais son ventre légèrement arrondi - ce que Peeta rectifiait en posant lui-même les paumes de la jeune femme là où le petit être grandissait. Des cernes se creusaient sous ses yeux et Venia le lui avait fait remarquée maintes et maintes fois. Elle lui avait conseillée, sur un ton sec et froid, de ne pas se mêler de cela, sans importance. Aussi, Katniss passait beaucoup de temps à se reposer, dans la journée particulièrement, et elle ne dormait pas d'un bon sommeil sans son mari à côté d'elle.
La belle brune ne réussissait pas à voir le côté positif de la situation. Elle avait désiré ce bébé, certes, mais le porter lui faisait voir la réalité avec une violence assez inouïe. Elle était certaine que son enfant, en grandissant, partirait pour les Hunger Games, se battrait dans une arène et mourrait. Elle suppliait parfois Peeta de les faire s'enfuir loin, dans la forêt, et à chaque fois, il trouvait les mots convenables pour la calmer. Elle pleurait aussi beaucoup. Elle aurait voulu que sa sœur s'extasie devant son ventre distendu. Prim lui manquait plus qu'elle ne voulait se l'avouer réellement.
Aujourd'hui était un jour assez important pour le couple. Ils allaient assister à la première échographie de la jeune femme et cela la stressait quelque peu. Peeta avait pris une journée de congé juste pour être présent aux côtés de son épouse, qui tremblait de peur sur le chemin de l'hôpital. Il lui tenait la main tendrement, caressant grâce à son pouce le dessus de sa main.
On les fit entrer dans une petite salle aux murs blancs et bleus dans laquelle on ne trouvait d'un lit d'hôpital et une énorme machine à côté. L'infirmière qui les avait accompagnés couvrit le lit avec une sorte de papier orange et les prévint que l'obstétricienne n'allait pas tarder à arriver. Katniss s'assit sur le rebord du lit, tenant les mains de Peeta avec fermeté. Le jeune homme sentait qu'elle était inquiète et stressée. Il la serra contre lui et effleura son dos. Il savait qu'elle se concentrait sur sa respiration, qui avait le « don » de l'apaiser. La seule chose qui, depuis plus de dix ans, la calmait rapidement. Il déposa un baiser dans ses cheveux et caressa ses joues avant de se séparer d'elle, sans la lâcher des mains.
La doctoresse entra avec un grand sourire, un dossier à la main, et referma la porte derrière elle. Elle serra la main de Peeta, puis de Katniss, et s'installa sur le tabouret à roulettes en face de la grande machine. Elle ouvrit son dossier et posa ses lunettes sur le bout de son nez.
- Madame Mellark, débuta-t-elle pendant qu'elle feuilletait parmi les papiers, comment allez-vous ?
- Ça va… balbutia l'intéressée en haussant les épaules.
- Je prends cela pour un « oui », dans ce cas, dit l'obstétricienne avant de mettre en route sa machine.
L'écran s'alluma, laissant voir une image complètement noire. Des indications purement scientifiques étaient inscrites en jaune dans le coin gauche inférieur de l'écran. Katniss se laissait toujours surprendre par les prouesses technologiques et c'est au bout de trois fois qu'elle entendit qu'on lui parlait.
- Madame Mellark, est-ce que vous pouvez vous allonger, s'il vous plaît ? demanda poliment la doctoresse cinquantenaire.
- Oh… Euh, oui, pardon, docteur Daminius, s'excusa-t-elle en s'exécutant.
La femme releva le bas de sa tunique jusqu'en dessous sa poitrine et appliqua sur son ventre ce qui ressemblait à un étrange gel bleu froid. Katniss frissonna à ce contact. Peeta vint la rejoindre et se plaça entre le mur et le lit sur lequel elle se trouvait. Le médecin alla fermer les stores, plongeant la pièce dans une semi-obscurité.
Puis, elle se saisit d'un drôle d'engin raccordé à la machine, plus petit et plus pratique à utiliser. Elle étala un peu plus le gel sur le bidon de la chasseresse et une image commença à se former sur l'écran.
- Bon, cherchons-le… murmura-t-elle, les yeux rivés sur l'écran.
Peeta caressait doucement le front de sa femme, la rassurant de sa présence. Il regardait, tout comme elle, l'écran sur lequel des formes grisâtres apparaissaient au fur et à mesure que le petit appareil se déplaçait sur la peau de la jeune femme.
Sa compagne, elle, était réellement stressée. Bien sûr qu'elle voulait voir l'enfant qu'elle portait mais cela la choquerait plus qu'autre chose. Elle avait souhaité pendant plusieurs années ne pas avoir d'enfant et voilà que Peeta et elle allaient devenir parents. Elle avait peur, c'était indéniable. Elle avait peur que son enfant parte dans une arène et qu'elle assiste, impuissante, à sa mort. Pourtant, ces maudits Jeux n'existaient plus et leur vie allait au mieux. Elle ne pouvait pas s'empêcher, malgré cela, de garder cette crainte au fond d'elle.
- Ah ! Le voilà, le voilà… s'écria joyeusement la doctoresse.
Katniss sortit de ses pensées et scruta l'écran avec une grande attention. Dans une sorte de « bulle noire », qui s'avérait être son utérus, une petite forme colorée en gris avait l'air de somnoler. La doctoresse expliqua que la tête, plus qu'énorme par rapport au reste, le corps et les membres étaient presque formés, mais que les organes et les yeux ne tarderaient pas à venir dans les prochains mois. Grâce à quelques curseurs, la doctoresse prit quelques mesures, laissant au couple le temps d'admirer le petit être qui allait encore évoluer.
Peeta était aux anges. Cette expression semblait concrète, et non abstraite, sur le moment. Il avait les yeux brillants et tenait la main de Katniss avait douceur. C'est à ce moment qu'il réalisa réellement qu'il allait être père dans sept mois au plus tard. Un sentiment de fierté et d'amour inconditionnel commença à naître dans son cœur en voyant le fruit d'un amour passionné.
Katniss, quant à elle, semblait perdue. Elle ne savait pas quoi penser de ce qu'elle voyait. Elle n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'elle était enceinte. Pour elle, le petit être qui était sur l'écran n'était pas son enfant. Son enfant à elle était dans son ventre et elle seule savait comment il évoluait. Elle secoua la tête et tourna son regard vers son compagnon. Lui affichait une joie… indescriptible. C'est cela qui fit sourire la jeune femme et elle se redressa un peu pour l'embrasser avec tendresse.
Au bout d'un certain moment, le médecin enleva son petit engin du ventre de la jeune femme et le nettoya avec un bout de papier avant de le reposer à son emplacement initial. Elle enleva le produit avec le même tissu et remit le vêtement de la jeune femme sur son ventre.
- Bon, je ne vois rien d'alarmant, conclut le médecin en écrivant tout ce qu'elle disait dans le dossier. Il est bien placé, les proportions correspondent à la normalité, il a un bon poids et…
- Quand est-ce que l'on saura si c'est un garçon ou une fille ? demanda Peeta en aidant Katniss à s'asseoir sur le rebord du lit.
- Ne vous impatientez pas ! Ce n'est qu'au cinquième mois que l'on voit cela, monsieur Mellark ! Vous verrez, cela arrivera bien rapidement ! Bon, j'ai fait quelques calculs… J'ai calculé la date approximative du terme de la grossesse…
- Ce serait pour quand ? questionna Katniss, le regard soucieux.
- Je dirais que votre terme est situé au 8 octobre…
Sur le chemin du retour, Katniss semblait préoccupée. Peeta la tenait par la taille, lui racontant des tas de choses plus ou moins intéressantes, mais elle paraissait pensive. Ce n'est qu'une fois arrivés chez eux qu'elle parvint à se changer les idées.
Elle posa son suivi médical sur la table basse du salon et enleva son manteau qu'elle jeta négligemment sur le premier fauteuil qu'elle aperçut.
Soudain, elle se précipita dans la cuisine, n'ayant pas le temps d'aller aux cabinets, et vomit dans l'évier. Peeta arriva rapidement et soutint sa tresse et sa taille par précaution. Juste à temps car elle s'effondra après dans son étreinte. Il la porta jusque dans le salon et l'allongea dans le canapé, la couvrit d'une couverture et resta à ses côté. Il se sépara de sa femme quelques minutes pour nettoyer l'évier et lui apporter un verre d'eau.
Katniss regarda par la fenêtre. Un sourire se dessina avec subtilité sur son visage et elle plissa des yeux.
- Ta couleur préférée, murmura-t-elle. L'orange rosé des couchers de soleil… Moi aussi j'aime cette couleur…
- Tu l'aimes mais ce n'est pas celle que tu préfères, remarqua le jeune homme en caressant sa joue, remettant des mèches de cheveux derrière ses oreilles.
- Et laquelle je préfère ? demanda-t-elle en reportant son regard sur son mari.
- Le vert des feuilles en été, répondit-il sans nul doute.
Elle ferma les yeux et son sourire s'élargit, les reflets du soleil se reflétant sur ses dents. Peeta posa une de ses mains sur le ventre de sa compagne et l'effleura doucement. Katniss se crispa légèrement et se détendit quand les doigts de Peeta s'entremêlèrent aux siens avec délicatesse. Elle finit même par s'endormir sur le canapé.
Lorsqu'elle se réveilla, la nuit devait être bien avancée car elle était couchée dans le lit conjugal et son époux dormait profondément à côté d'elle. Elle se releva un peu et se frotta les yeux. La nuit devait être froide dehors ; la buée couvrant les carreaux de la chambre le prouvait. Elle tenta de se saisir des croquis de Peeta, sûrement esquissés avant qu'il ne s'endorme, sur la table de chevet à son opposé mais une poigne ferme enserra son avant-bras. Elle ne put apercevoir que deux pupilles sombres et dilatées dans les yeux de son amoureux.
Instinctivement, elle attrapa l'autre main de Peeta et la plaqua sur son ventre. L'effet escompté fut rapidement trouvé et les iris bleu océan du jeune homme réapparurent dans les secondes suivantes. Ses paupières papillonnèrent et il dévisagea Katniss, allongée sur son torse. Elle pleurait doucement et il s'en aperçut car en moins de temps qu'il ne le fallait, il se retrouva assis dans le lit, sa femme dans ses bras, la berçant doucement.
- Ssshhhh… Je suis désolé, chérie, désolé… s'excusa-t-il en la serrant un peu plus dans son étreinte.
- Non, non… Ce n'est pas ça, Peeta… pleurnicha-t-elle en relevant son regard vers lui. J'en ai juste… marre que nos vies soient…
- Différentes des gens normaux… Mais nous sommes normaux, mon amour. A notre façon, expliqua-t-il. Nous sommes mariés, nous avons des amis formidables, je travaille, tu t'occupes de la maison et de ce cher Haymitch, rigola-t-il avant de poursuivre, tu es enceinte et… Oui, j'ai des épisodes, oui, tu as des cauchemars qui te font hurler la nuit, seulement… dis-toi, mon cœur, que certaines personnes ont aussi des problèmes, pas comme les nôtres, mais ils en ont…
- Pourquoi, maintenant, est-ce que je réussis à te calmer en posant une main sur mon ventre alors qu'avant, tu… tu m'aurais étranglée ou pire ?!
Il comprit d'où venait la faille de sa compagne. Et il fallait vite la rassurer avant qu'elle ne s'enfonce trop dans cette idée.
- Tu ne penses pas qu'au fil du temps, tout s'estompe ? lui rétorqua-t-il, ses doigts dans les cheveux bruns de la jeune femme.
- Je ne crois pas aux miracles, tu le sais bien… Je suis juste persuadée que c'est parce que j'ai une part de toi dans mon ventre que tu arrêtes instantanément tes flashs !
- Katniss, je t'aime, je ne pourrais pas te faire le moindre mal !
- Mais tu as déjà essayé !
- Chérie, c'était il y a plus de dix ans ! En dix ans, j'ai presque guéri de tout ça !
- Mais tu ne comprends pas que je ne peux pas m'empêcher d'avoir peur de tes réactions !
Et elle se recoucha de son côté, pleurant seule à chaudes larmes. Elle voulait lui dire qu'elle-même, elle ne pourrait rien faire pour l'aider. Elle pensait juste que Peeta se calmait car son bébé grandissait dans son ventre. Sa propre personne ne pouvait pas lui venir en aide.
Soudain, une autre peur la submergea. Et si Peeta avait un épisode après la naissance de l'enfant ? Et si il la tuait, elle, devant leur nourrisson ? Pire, si il tuait accidentellement leur bébé ? Tant de questions auxquelles elle n'avait pas les réponses et qui avaient le pouvoir de l'angoisser plus qu'elle ne l'était déjà. Elle reprit un peu plus de couverture et essaya de s'assoupir. En vain.
Katniss se tourna vers Peeta. Il s'était assis sur le rebord du lit, le front posé dans ses paumes. De là, elle pouvait voir son dos nu arrondi légèrement. Parsemé de cicatrices et de quelques grains de beauté, elle était la seule à en connaître les emplacements exacts. La culpabilité commença à gagner du terrain et délicatement, elle posa une de ses mains sur la peau de son homme. Elle installa sa joue également et se concentra sur le souffle de son compagnon.
Il savait qu'elle s'excusait. Elle n'avait jamais été douée pour les mots et les gestes répondaient plus que ses paroles. Il se tourna vers elle et l'allongea sur le lit avant de l'embrasser.
Elle décida d'emblée d'approfondir ce baiser et ses jambes s'enroulèrent d'elles-mêmes autour du bassin de son amant tandis que ses bras crochetèrent autour de la nuque de son partenaire. C'est à ce moment qu'elle remarqua qu'elle n'était vêtue que de ses sous-vêtements. Elle s'en moqua complètement. Après tout, Peeta connaissait son corps, même nu, par cœur. Sa pudeur s'évaporait dès qu'elle s'offrait à lui. Elle sentit que lui n'allait plus tenir très longtemps dans son short et le lui ôta, tandis que ses mains à lui lui arrachaient presque sa culotte.
Elle se savait entière quand elle l'avait en elle et quand il l'envoyait dans les limbes du plaisir grâce à sa bouche ou à ses mains. La respiration saccadée de son amant résonna près de son oreille et ses dents mordillèrent son lobe avec avidité. Il la plaqua contre la tête de lit et entama ses va-et-vient en elle. La jeune femme sentait ses doigts entremêlés aux siens et les serrait amoureusement.
Elle cherchait à joindre leurs deux corps de toutes les manières possibles et un de ses bras glissa de la nuque au bas du dos de Peeta. De cette façon, elle pouvait se coller à lui à son aise et gémir, la tête en arrière, les yeux clos. Elle ne se lassait jamais de lui et elle était certaine de ne jamais ressentir un ennui dans leurs relations sexuelles dans le futur.
Tandis qu'ils se remettaient d'un des orgasmes les plus puissants qu'ils aient eu, la pluie commençait à tomber. Katniss remit ses vêtements, tout comme son compagnon. Ils se rallongèrent sous les couvertures et le jeune homme déposa un baiser dans le cou de son femme.
- Katniss, tu peux avoir peur de mes réactions, certes, soupira-t-il en l'attirant à lui, mais je ne m'attaquerai jamais à ma famille. Tu es tout ce que j'ai de plus cher dans ce monde, d'accord ?
- Oui mais si un jour… tu t'en prends à moi ou… au bébé… bafouilla-t-elle.
- Je m'en voudrais pour toujours… Tu le sais, pourtant…
Elle se fourra un peu plus dans son étreinte, l'enlaçant elle aussi après lui avoir fait face. Elle ferma ses paupières et se laissa aller dans les bras de son mari. Pourtant, bien qu'elle essayait de trouver le sommeil, rien n'arriva. Quelque chose la travaillait, mais elle ne savait pas bien quoi.
Elle n'avait annoncé sa grossesse qu'à quelques personnes de son entourage et ses amis les plus proches. Haymitch, bien sûr, sa mère, Johanna, Annie et son fils, Delly et Thom, l'ancien collègue de Gale, puis les employés de Peeta - aussi leurs amis - et leurs compagnes respectives, Sae Boui-boui et enfin, son équipe (qui, de toute manière, l'aurait deviné en voyant ses mensurations augmenter). A tous, elle leur avait fait promettre de ne pas raconter cela.
Mora et le reste de l'équipe de Katniss avait informé le couple qu'ils avaient reçu un appel du Capitole quelques jours auparavant. Une offre d'emploi leur avait été proposée en tant que préparateurs sur une chaîne de shows télévisés et tous ont répondu qu'ils y réfléchiraient. A vrai dire, c'était surtout pour demander à Peeta et Katniss si ils avaient encore besoin d'eux. Après tout, les journalistes et les photographes ne viendraient plus les importuner pour des interviews et ils pouvaient bien se gérer eux-mêmes. Alors, les deux tourtereaux leur avaient répondu de partir car une offre aussi importante que celle-là ne se produisait pas tous les jours. Et ils savaient que le Capitole et ses extravagances leur manquait.
Non, ce n'est pas tout cela qui la travaillait. Elle pensa alors à Gale, venu un mois plus tôt, et à ses étranges confidences dans la forêt. Pourquoi avait-elle pensé qu'il aurait changé ? Pourquoi était-il resté le même ? Elle s'en moquait de lui, après tout. Elle avait Peeta et c'était le plus important. Pourtant, tout le monde dans le district aurait parié plus de dix ans plus tôt qu'elle et son ancien meilleur ami finiraient mariés et parents de trois enfants aux cheveux noirs et aux yeux gris, signes typiques de la Veine.
Les enfants. Katniss n'avait jamais caché qu'elle n'en voulait pas, car elle avait peur pour leur avenir. Elle craignait également de les voir tomber et se faire mal ou de les exposer au grand public. Elle avait la phobie qu'on lui enlève ce qu'elle chérissait plus que tout. D'ailleurs, elle répétait sans cesse que pour vivre heureux, il fallait vivre caché(e/s). Et Peeta voulait crier leur bonheur sur tous les toits, ce qui lui faisait peur plus que tout. Mais elle avait confiance en lui et elle savait qu'il n'irait le dire qu'à quelques personnes. Avec une certaine extravagance, bien entendu.
Elle se redressa dans le lit, sous l'œil à moitié endormi de son époux. Elle prit son saut-de-lit et descendit au rez-de-chaussée pour se servir un verre de jus d'orange. Elle avait toujours cette sensation étrange de ne plus devoir manquer de rien. Cela lui faisait bizarre de ne plus aller à la Plaque, même reconstruite, pour échanger du gibier contre des bouteilles de jus de fruits ou quelques fruits des bois contre des boutons de chemise ou autre. Elle reposa son verre sur le comptoir avant même d'y avoir poser les lèvres et le fixa sans le voir.
Elle se détourna de son verre et regarda vers l'extérieur. Chez Haymitch, les lumières du salon étaient encore allumées, ce qui ne l'étonna pas le moins du monde. Chez l'équipe, la chambre d'Octavia semblait encore éclairée. Dans la rue, les lampadaires illuminaient avec douceur la route en terre et les quelques pots de fleurs vides du Village des Vainqueurs. Une atmosphère calme. Qui aurait pensé qu'onze ans plus tôt, tout le district a été ravagé, à l'exception du village ?
Elle avala sa boisson avant de retourner se coucher, tant bien que mal. Ses jambes devenaient lourdes et elle se sentait ballonnée. En soupirant, elle ferma les yeux et retourna dans les bras de son mari, qui l'avait attendue. Le sommeil arriva assez rapidement et elle s'endormit enfin.
Deux semaines plus tard, alors que le printemps daignait enfin arriver, Katniss, allongée mollement dans le sofa, lisait un livre à propos de la gestation de grossesse. Un conseil d'Annie, qui lui avait envoyé le bouquin assez rapidement.
Elle n'arrivait pas à tenir la lecture, suite à ses nuits de plus en plus compliquées à gérer. Prise souvent de vertiges et de nausées, elle passait désormais la plupart de ses journées allongées dans le canapé du salon ou celui de la bibliothèque, ou bien, elle restait alitée dans la chambre conjugale. Elle lisait, dessinait quelques fois (sans le même talent que son mari), faisait de la couture avec quelques morceaux de tissu, réparait des trous dans les vêtements ou alors, tentait de dormir. Cela était bien plus compliqué que prévu, car les cauchemars la prenaient avec plus de force. Et souvent, c'est Haymitch qui venait veiller sur elle.
L'équipe était repartie pour le Capitole une dizaine de jours auparavant et les adieux ont été assez durs. Ce n'est pas évident de quitter un district dans lequel on a passé dix ans de sa vie. Mais leur place était parmi les gens aux styles aussi déjantés que les leurs. Avant, c'étaient eux qui veillaient sur la jeune femme, mais depuis, c'est son mentor qui se prête au jeu.
Haymitch restait avec elle. D'ailleurs, en ce moment, il buvait une bouteille en fixant son couteau, avec lequel il jouait entre ses doigts. Il taillait une bûchette, créant diverses formes tout à fait banales. Katniss lui avait suggéré de fabriquer des babioles pour enfants, étant certaine qu'il voulait se rendre utile. Il lui avait répliqué sèchement qu'il n'était pas fabricant de jouets et s'était remis à boire. Toutefois, quand elle faisait semblant de dormir (avant de réellement dormir), elle le voyait s'appliquer minutieusement sur un morceau de bois, cherchant à faire sortir une forme d'animal ou de plante.
Aujourd'hui, Delly devait passer voir Katniss et lui apporter des nouvelles de Peeta, qui ne pouvait pas quitter la boulangerie de la journée à cause des préparatifs de la Fête des Semences. Il dressait, avec Marcus et Swetto, divers petits pains et viennoiseries. La fête se déroulerait deux jours plus tard et ils leur restaient un travail monstre à faire. A vrai dire, la brune s'impatientait de l'arrivée de son amie, pour enfin savoir comment allait Peeta. A chaque fois qu'il téléphonait, c'est Haymitch qui décrochait et cela lui donnait un air grognon et une attitude exécrable. Et il téléphonait assez souvent, au moins une fois toutes les trente minutes.
Aussi, quand Delly arriva, Katniss bondit presque du sofa et se dirigea vers la blonde, aux cheveux blonds trempés. Le temps n'était pas en leur faveur, en ce moment. Elle la serra dans les bras, lui fit la bise et lui proposa de s'asseoir dans le salon. La blonde enleva sa veste et la posa sur le portemanteau avant d'accepter la proposition de son amie.
- Alors ? s'empressa de demander Katniss. Comment il va ?
- Ça se porte bien, répondit-elle en remerciant Haymitch qui lui apportait une tasse de café. Les pauvres, ils doivent sortir et ramener des sacs de farine sans les mouiller. Pour Peeta, ça allait, mais Marcus et Swetto ont eu plus de mal. Alors, ton cher et tendre leur a proposé d'aller faire la pâte à pain pendant qu'il rentrait les cargaisons ! Il s'est pas mal débrouillé ! Je soupçonne néanmoins qu'il va avoir besoin d'un bon bain et d'un bon massage, ce soir !
- Oh, il ne va rien dire ! rétorqua la chasseresse. Il va faire comme si tout allait bien, encore une fois ! Mais tu vas voir, je vais me charger de lui !
- Comme si tu ne le faisais déjà pas, sweetheart, soupira Haymitch.
Katniss lança un regard assassin et appuyé à son ancien mentor avant de reprendre, plus calmement :
- C'est tout ce qu'il t'a dit ?
- Non ! J'oubliais… Attends, je reviens, dit-elle en filant vers le couloir où elle avait laissé sa besace.
La braconnière se mit en tailleur sur le sofa en attendant le retour de son amie et attrapa le petit sachet que cette dernière lui tendait.
En regardant dedans, elle remarqua qu'il s'agissait d'un cookie de grande dimension, comme elle les aimait, et qu'un glaçage rose pastel était appliqué dessus, avec une inscription au chocolat écrite au cornet : « Je t'aime ». Elle sourit et croqua dedans sans attendre. Même quand il n'était pas là, Peeta la faisait sourire et rougir.
Haymitch aussi avait eu un sachet avec un cookie dedans. L'inscription n'était pas aussi romantique, bien évidemment. Il était marqué : « Veille correctement sur elle ou je fais un meurtre. A plus, vieux ! ». Katniss manqua de s'étouffer avec son biscuit. Peeta avait un sens de l'humour assez douteux, mais quand il voulait plaisanter avec leur mentor, des idées subites de meurtre apparaissaient, surtout lorsqu'il s'agissait de la protection de Katniss.
- Quel poète, ton mari ! conclut Haymitch en mordant dans son gâteau.
Katniss le finit tout entier et se rallongea, pendant que Delly dépliait le journal pour pouvoir le lire. Le mentor, quant à lui, sifflotait en taillant une branche se trouvant dans la caisse du bois. Elle reprit sa lecture, au chapitre intitulé : « Comment gérer un appétit pour deux ? ». Bon, elle se l'avouait elle-même, elle ne faisait plus très attention à ce qu'elle mangeait, avec ses envies subites de femme enceinte. Entre les brioches au rutabaga à dix-sept heures ou la purée de topinambour et de courgette à trois heures du matin, le pauvre Peeta avait de quoi faire. Mais tout cela cessait progressivement. Ses envies redevenaient plus normales au fil de la grossesse.
Une heure ou deux passèrent lorsqu'une envie de vomir la prit soudainement. Haymitch s'en aperçut et rapidement, lui tendit la bassine dans laquelle elle rendit tout son repas du midi. Delly alla chercher un verre d'eau, qu'elle lui donna et que la jeune femme avala durement.
- Tu es drôlement pâle, remarqua le mentor en tâtant le front de son ancienne tribut.
- Si tu pouvais éviter de me parler en pleine figure… suggéraKatniss en expirant profondément. Ton haleine n'est pas des meilleures…
La blonde aida son amie à se relever pour l'emmener aux cabinets. Sans la tenir, elle l'accompagna jusqu'aux toilettes et attendit. Elle attendit une, deux, dix minutes. Au bout d'une demi-heure, elle frappa. Un léger bruit lui parvint. Elle patienta encore. Mais lorsque les trois quarts d'heure passèrent, elle décida enfin d'appeler Haymitch.
- Qu'est-ce qui se passe, là-dedans ? s'énerva-t-il. Elle a fermé à clef, en plus ! Sweetheart ! Réponds, s'il te plaît !
- Elle veut peut-être qu'on la laisse tranquille…
- Elle ne reste pas si longtemps dans les cabinets et si elle veut être seule, elle va soit dans la bibliothèque, soit dans sa chambre… Katniss ! Tu vas me répondre ou je défonce la porte ?!
Aucun son ne résonna dans la petite pièce. Haymitch, qui commençait à s'inquiéter, prit son couteau suisse et arracha de la crinière de Delly une épingle à cheveux recourbée, parfaitement adaptée à la situation. Grâce à quelques mouvements par-ci par-là avec les deux instruments, il déverrouilla la porte et l'ouvrit.
Katniss était par terre. Évanouie.
