Chapitre 14 – Motiver les troupes
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Ils regardaient la balle, en silence. En tant que sniper, Gibbs n'avait eu aucun mal à reconnaître le modèle de fusil allant avec, une arme excellente, une arme de professionnel.
- Il n'aurait pas dû pouvoir rater McGee, dit-il en s'emparant du mouchoir et du projectile. Pas avec l'arme à sa disposition.
- Je doute qu'il ait l'habitude des missions avec des lacs gelés au crépuscule. Et puis le bleu a vu le laser sur la glace, ce qu'il n'avait pas prévu à mon avis.
- Vous l'avez dérangé avec Ziva, mais il comptait bien toucher une de ses cibles.
Il fit rouler la balle, fronça les sourcils en comprenant quelque chose.
- Il cherchait ses marques. Il savait qu'il ne réussirait sans doute pas à les avoir.
- C'était un test alors ?
- Et une manière de t'avertir qu'il était là.
- Pour que je déprime bien de connaître ses projets ? Génial !
Il eut une moue désabusée.
- Tu nous as raconté ce qu'il s'était passé avec le Caïd, Mike Macaluso.*
- Et ?
- Il veut te voir souffrir, lâcha Jethro avec colère.
- Il ne me fera rien, assura Tony, pas plus qu'aux enfants. Il ne s'en prendra qu'à vous grâce au type qu'il a engagé.
Il détourna les yeux, les braquant de nouveau sur l'extérieur.
- Tout recommence, Gibbs. J'ai l'impression de retourner des années en arrière.
Le ton était presque désespéré.
- Il ne nous fera rien, certifia l'ancien marine.
- Comment veux-tu l'en empêcher ? Je te l'ai dit, quand le Caïd a une idée en tête, rien ne l'en fait changer.
- Commençons par attraper le tireur.
- Et ensuite ?
- On avisera.
- Ce n'est pas comme ça que ça marche. Dès qu'on aura coincé ce gars, il l'apprendra et en enverra un autre. Il n'y a pas d'issue !
- Tout problème à sa solution.
La phrase l'ébranla. Elle faisait écho à celle de Maya. Il reporta son attention sur Gibbs.
- Personne ne quittera le chalet aujourd'hui, décréta celui-ci. On s'occupera de ce type demain.
- Le planning dit que les deux jours qui arrivent sont libres. On fait ce qu'on veut. Moi, je veux bien t'aider à l'attraper, mais je doute que les enfants soient du même avis.
- Ils savent ce qu'il se passe, Tony, ils ne sont pas aveugles.
- Justement, après ce qui est arrivé à Ally, ça m'étonnerait qu'ils soient ravis qu'on aille à la chasse au fou armé. De plus, ils finiront par en avoir marre de rester cloitrés au chalet, point sur lequel on doit s'accorder, je pense.
Gibbs se contenta d'un hochement de tête affirmatif. Il poursuivit.
- Donc, on a un autre problème. En plus d'attraper le tireur, on doit gérer les enfants. Et je ne parle pas bien sûr du Caïd pour lequel on n'a pas de solution !
Jethro le regarda intensément. Il fit un pas en avant et, sans qu'il l'aie vu venir, lui asséna une magistrale claque à l'arrière de la tête.
- Aïe ! s'écria-t-il en portant la main à son crâne. Ça fait mal ! Qu'est-ce-qu'il te prend ?
- J'ai besoin d'un agent en pleine forme pour les prochains jours, et pas seulement physiquement. Alors tu arrêtes avec ces phrases pessimistes et tu te secoues un peu.
- Si j'ai un traumatisme crânien, je porte plainte !
- Essaye toujours.
Le jeune homme soupira.
- Si c'est comme ça que tu comptes motiver les troupes, en l'occurrence moi, autant te dire que ça n'a aucun effet.
Gibbs le toisa une nouvelle fois du regard.
- Tes enfants veulent comprendre ce qu'il se passe. Tu dois les rassurer. Tu vas donc cesser de t'apitoyer sur ton sort et aller les voir. Tout de suite.
Tony n'eut aucune réaction.
- Bouge tes fesses de là, DiNozzo ! Maintenant !
- Faut vraiment que tu revois ta façon de motiver les gens, patron.
C'était la première fois qu'il l'appelait comme ça depuis leur arrivée au chalet. Gibbs comprit que le problème était plus grave qu'il ne le pensait de prime abord. Tony n'était pas seulement inquiet, il avait peur. Cela changeait absolument tout.
- Il ne nous arrivera rien, dit-il.
- Tu ne peux pas le savoir.
- Ce n'est pas ta faute.
- Si ça l'est et tu refuses de l'admettre.
- Qu'est-ce-que tu veux entendre, Tony ? Oui, c'est de ta faute si un type veut nous faire la peau ? Si McGee a failli ce noyer ? Si on risque nos vies en faisant un pas en dehors du chalet ?
- Je le sais déjà.
- Alors qu'est-ce-que tu fous là ?
L'agent ne répondit pas.
- On sait tout les deux ce qu'il en est de la situation. Ça ne sert à rien de s'appesantir sur le sort que le Caïd nous réserve. Ce qu'il faut, c'est l'empêcher de faire ce qu'il a prévu. L'important, c'est d'agir ! Donc tu vas quitter cette chambre et aller parler aux enfants. Ensuite, on décidera d'un plan au sujet du tireur et de son employeur. C'est clair ?
- Tu sais ce que tu peux être impressionnant quand tu t'énerves ? Je suis sûr que Shannon disait que tu étais sexy comme ça.
La réplique de Tony déstabilisa totalement Gibbs.
- Enfin...
Il haussa les épaules comme si de rien n'était.
- Je vais aller parler aux Tripl's puisqu'il le faut, mais tu te débrouilles avec les autres. OK ? Bien, alors j'y vais.
Il avança vers la porte sous le regard ahuri du chef d'équipe.
- J'oubliais... dit-il en s'arrêtant sur le seuil. Ta méthode pour motiver les gens et les rassurer est sensiblement la même. Tu devrais demander des cours à Abby et demander à Ducky de t'expliquer la différence. Ce serait pas mal pour la prochaine fois.
Il quitta la chambre. Jethro resta encore quelques instants interdits, puis un sourire étira ses lèvres. Tony ne changerait jamais.
* Je reprends le nom du chef mafieux qu'il a arrêté à Baltimore. On l'apprend dans l'épisode 309.
