Dans ce chapitre, ma première tentative de décrire avec un peu plus de détail un combat! Ça m'intimidait, jusqu'à maintenant je préférais me contenter de rester vague.. Mais je crois m'en être pas trop mal sortie!

Sinon, tranche de vie : mon écriture est rendue loin dans l'histoire, trop loin : j'ai vécu un moment de panique en voyant la fin arriver si vite! J'avais besoin de le partager!

Bonne lecture et n'oubliez pas les reviews!


Chapitre 14 : Sous la colline

Tout s'est passé en une fraction de seconde, mais j'ai tout de même eu le temps de me dire que finalement, tout ça était un gros fail. Mais je ne suis pas tombée : ce cher Dwalin m'a rattrapé in extremis. J'ai rampé sur la corniche et me suis étendue sur le dos. J'étais déjà épuisée de notre montée, et cette presque chute venait d'achever de vider mes réserves d'énergie. J'ai entendu Thorin s'en prendre à Bilbon, avant de se pencher au-dessus de moi.

« Et toi, qu'est-ce qui t'as pris! » m'a-t-il dit d'un ton accusateur. « Tu aurais pu y rester! »

« C'est ce que les amis font, ils se protègent et s'aident.. Même si c'est dangereux. »

Il a grogné je-ne-sais-quoi en guise de réponse et s'est éloigné à la recherche d'un abri. Je n'avais pas du tout aimé le ton qu'il avait pris pour me critiquer. Mais malgré cela, j'ai souri intérieurement : pour la première fois, il venait de me tutoyer.

Nous sommes ensuite entrés dans la petite grotte qui faisait en fait office de Hall d'Entrée vers Gobelin-ville. J'aurais bien aimé pouvoir éviter cette mésaventure à la Compagnie, mais il fallait vraiment que Bilbon y trouve l'anneau et rencontre Gollum. Je ne savais pas si la fissure allait s'ouvrir dans le mur du fond ou dans le plancher, mais dans tous les cas, je planifiais essayer de ne pas me faire prendre. Je me suis donc installé près de l'entrée, même si cela faisait que j'étais moins à l'abri du vent. Au moins, nous avons pu nous changer pour mettre des vêtements secs – ce qui n'est pas facile quand on est la seule femme avec treize nains et un hobbit dans une petite grotte.

Tant qu'à ne pas dormir en attendant les Gobelins, j'ai offert à Bofur de prendre le tour de garde à sa place. J'ai dû insister, il disait que j'avais d'avantage besoin de me reposer. Et il avait raison, en réalité, mais si mon plan fonctionnait, ce serait beaucoup moins épuisant se pointer à Gobelin-ville avec Gandalf plutôt que de se faire capturer.

Dès que tout le monde s'est endormi, j'ai remis mon sac sur mon dos et pris mon épée en main. Je surveillais Bilbon du coin de l'oeil : soit il se réveillerait juste avant que les Gobelins n'apparaissent par une fissure, comme dans le livre, soit il se lèverait pour partir, comme dans le film. Mais je me souvenais avoir vu cette même caverne, avec une ouverture noire dans la paroi du fond, dans la suite d'image qui avaient défilé devant mes yeux à mon apparition, et donc je me doutais que ça se passerait comme dans le livre.

La nuit était bien avancée quand j'ai vu le hobbit commencer à s'agiter dans son sommeil. Il s'est éveillé en sursaut juste au moment où la fissure est apparue. Je me suis rapidement glissée en dehors de la grotte, et j'ai avancé plus loin sur ce qui restait du sentier. Je tenais mon épée devant moi et j'espérais qu'aucun Gobelin ne vienne vérifier. Il pleuvait toujours autant et il faisait toujours aussi froid. J'avais l'intention d'attendre Gandalf dehors, ayant peur que les Gobelins aient un système qui les aurait avertis qu'il y avait à nouveau quelqu'un dans leur Hall d'Entrée. En un rien de temps, les vêtements secs que j'avais enfilés se sont retrouvés imbibés d'eau.

Cela faisait une trentaine de minutes que j'attendais, quand une lueur bleutée est apparue sur le sentier. C'était Gandalf, qui avait allumé la pierre sur son bâton pour se faire de la lumière.

« Que se passe-t-il? » a-t-il demandé en me voyant seule.

« Ils ont dormi dans le Hall d'Entrée de Gobelin-ville.. J'ai eu le temps de me cacher, mais ils ont tous été emportés. »

« Qu'est-ce qui leur a pris? » a-t-il répondu en entrant rapidement dans la caverne. « Les grottes dans ces montagnes sont très rarement inhabitées! »

Il s'est rendu jusqu'à l'endroit où la fissure est apparue et a commencé à marmonner des choses en passant sa main sur la paroi. Presque aussitôt, le mur s'est ouvert. Mais avant d'y entrer, le magicien s'est retourné vers moi.

« Vous n'auriez pas pu empêcher cela d'arriver? » son ton n'était pas accusateur, plutôt curieux.

« Oui, mais ça aurait eu des conséquences catastrophiques sur l'histoire… »

« Très bien. Alors suivez-moi, et prenez garde. Ils auront certainement été conduits jusqu'au roi et pour les rejoindre, nous devrons nous battre, mais sans trop attirer l'attention. »

J'ai acquiescé et je l'ai suivi à travers la fissure, dans un tunnel dont la pente était très abrupte. Je n'avais pas eu de réels combats depuis très longtemps - les trolls ne comptaient pas – et j'ai réalisé, un peu surprise, que j'avais hâte. Ça me ferait du bien, de laisser sortir ma rage un peu, et en plus, je pourrais essayer ma nouvelle épée et mon arbalète.

Nous avons ainsi marché pendant ce qui m'a semblé une éternité. Nous croisions de nombreux passages, mais Gandalf semblait savoir quelle direction prendre. Plus nous descendions, plus l'air était chaud et puant. Finalement, le passage s'est élargi et nous avons débouché dans une grande salle, où se tenaient quatre gobelins.

Ils étaient réellement hideux – presque plus que les orcs – avec leurs bras trop longs et leur visage déformé. Je crois qu'ils n'ont même pas eu le temps de réaliser ce qui leur arrivait avant que le magicien et moi ne les transpercions de nos lames.

En sortant de la salle, nous nous sommes retrouvés en pleine Gobelin-ville. Au loin, une musique – ou plutôt un tintamarre désagréable – retentissait. L'attention de toute la ville devait être portée sur le roi et ses prisonniers, ce qui faisait qu'il n'y avait presque personne dans le reste de la ville, heureusement pour nous. Nous avons bien croisé quelques gobelins, mais contre nous deux sur les petits ponts de bois, ils offraient très peu de résistance; c'était tellement facile les faire basculer dans le vide. J'ai eu l'occasion d'essayer mon arbalète, en tirant sur des gobelins qui se trouvaient sur des ponts et plateformes parallèles à nous et qui auraient pu nous voir.

J'ai eu un peu le temps d'observer tout autour les structures de bois et d'ossements. Ce n'était pas de la haute architecture, mais j'étais étonnée que ces immondes créatures aient pu construire quoi que ce soit qui tenait en place.

Soudainement, une immense ouverture est apparue devant nous. C'était le cœur de la ville, là où le roi devait être en train d'interroger nos compagnons.

« Restez ici », m'a chuchoté Gandalf. « Dès que je les aurai assommés, rejoignez-nous aussi vite que vous le pourrez. »

Je suis restée là, bien heureuse que le magicien s'avance tout seul jusqu'au centre. Avec la quantité de gobelins qui se trouvaient dans les galeries tout autour, je me demandais comment nous aurions pu nous y rendre sans être vu. Cela faisait visiblement partie des talents de Gandalf, puisque très vite, il y a eu un grand éclair blanc. J'ai couru les rejoindre, si vite que je suis arrivée près d'eux avant que les nains ne se soient relevés. Je les ai donc aidés, en pigeant dans la pile d'armes pour les rendre à leur propriétaire.

« Evelyne! » s'est exclamé l'un d'eux en me voyant (dans le brouhaha, l'identifier était impossible). « Nous croyions t'avoir perdu! »

« Il fallait bien que quelqu'un reste derrière pour montrer le chemin au magicien! » ai-je répliqué.

Puis, le combat a fait rage. J'avais sorti un de mes couteaux, en plus de mon épée, ce qui a été d'une grande aide vu la quantité de gobelins. Visiblement, la seule force de ces bestioles était de se battre en troupe, nous assaillant de toute part. Mais leurs attaques étaient faciles à parer et comme ils ne portaient pas d'armures, il était encore plus facile de les transpercer.

Nous avons suivi Gandalf d'une plateforme à l'autre. Il y avait toujours plus de gobelins, arrivant de toute part. Bien vite, avec l'épuisement qui me rattrapait, j'ai regretté d'avoir pensé qu'ils faisaient des adversaires faciles. Je sentais que c'était l'adrénaline à elle seule qui me permettait de tenir.

Quand j'ai vu le pont que nous nous apprêtions à traverser, j'ai deviné que ça se passerait comme dans le film. J'ai soupiré intérieurement, j'aurais vraiment aimé en être épargnée et surtout, je commençais à être mélangée dans mes histoires, à force de sauter d'une version à l'autre. C'était trop tard pour les avertir de choisir un autre chemin, j'étais à l'arrière – ma fatigue m'avait un peu ralenti – et les nains avaient déjà commencé à le traverser.

Comme prévu, le Grand Gobelin nous a bloqué le chemin, avant de se faire transpercer par Glamdring. Dès que le pont a commencé à tanguer sous nous, des bras m'ont poussé à plat ventre. La chute m'a semblé durer une éternité et j'ai gardé les yeux fermés tout le long, tellement j'avais peur. Une fois enfin atterris et écrasés par le roi, j'ai remarqué avec étonnement que je ne sentais pas autant de pression contre mon dos que ce dont je m'étais attendu. C'est là que j'ai remarqué que Thorin était par-dessus moi, et qu'il encaissait tout le poids à ma place, se retenant avec ses bras de chaque côté de moi. C'était très – extrêmement – gênant, mais je lui en étais très reconnaissante. J'aurais certainement fini en bouilli, avec tout ce poids.

Mais je n'ai pas eu le temps de le remercier, les gobelins arrivaient à nouveau. Plusieurs mètres de course plus loin, nous avons enfin vu la lumière. Il faisait encore jour, et nous savions que les gobelins ne se risqueraient pas dehors avant la nuit. Nous nous sommes donc permis une courte halte pour reprendre notre souffle, après s'être suffisamment éloigné de la porte.

« Merci », ai-je dit à Thorin en m'assoyant près de lui.

« Ce n'est rien. C'est ce que les amis font, ils se protègent. »

Je l'ai pris comme des excuses pour ses propos de la veille, et lui a offert un large sourire fatigué. Finalement, mon plan allait peut-être fonctionner.

« Où est Bilbon? » s'est soudainement exclamé Gandalf.

J'ai laissé les nains à leur moment de panique et de doutes, pendant que je cherchais dans mon sac. J'étais la seule à l'avoir encore, et il me restait suffisamment de viande séchée pour partager un peu avec tout le monde. Et c'est ce que j'ai fait, dès que Bilbon fut réapparu et ait expliqué ses mésaventures – en cachant la découverte de l'anneau, bien sûr.

« Les ombres s'allongent », a trop vite annoncé le magicien. « Il nous faut continuer. »

Nous venions à peine à nous remettre à avancer lorsque le premier hurlement de Warg s'est fait entendre. Heureusement pour mes jambes qui n'en pouvaient plus de courir, mais malheureusement pour nous, nous sommes très vite arrivés au bord du précipice. J'ai choisi le même arbre que Gandalf, celui tout au fond, en prenant bien soin d'être sur une branche qui ne pointerait pas vers le vide une fois l'arbre tombé. Et je me suis accrochée au tronc avec toutes les forces qui me restaient.

Je me suis ensuite tournée vers le magicien, m'attendant à le voir en pleine discussion avec un papillon. Mais son regard était fixé sur Azog qui venait d'apparaître – et qui, en passant, faisait plus peur que tous les gobelins et orcs réunis.

« Gandalf! » lui ai-je crié. « Il faut appeler les aigles, vite! »

Sortant de sa torpeur, il l'a fait, juste au moment où les Wargs ont commencé à se déchaîner sur nos arbres. Nous nous sommes donc retrouvé tous les seize dans le même pin, à lancer des pommes de pin enflammées – quelle mauvaise idée – vers nos assaillants.

Tout s'est ensuite enchaîné comme dans le film : l'arbre a basculé vers le vide, Thorin qui s'est élancé vers Azog… Comme je m'étais bien accrochée, j'ai pu me lever debout juste après que le nain soit passé. Je ne sais pas ce qui m'a pris, peut-être un deuxième (ou troisième) souffle d'adrénaline, mais j'ai bondi derrière lui. Pourtant, je savais que tout se passerait bien (relativement bien, on s'entend), même sans mon intervention.

Quand je suis arrivée, Thorin était déjà en difficulté. Le chemin m'a été bloqué par trois Wargs, dont deux étaient montés par des orcs. Le premier, sans cavalier, s'est rapidement pris mon épée entre les deux yeux. Pendant que je faisais de même avec le deuxième, j'ai reçu ce qui devait être un coup de patte du troisième, sur la hanche droite. La douleur a été affreuse : c'était comme – en fait c'était vraiment le cas – si chacune de ses griffes s'était enfoncée dans ma peau. Je me suis retrouvée à plat ventre contre le sol et j'ai tout juste eu le temps de me retourner et de lui enfoncer mon épée dans le ventre avant que sa mâchoire ne puisse se refermer sur ma tête (quelle mauvaise haleine!).

Mais il y avait encore les deux orcs, qui étaient descendus de leurs montures sans vie. Je me suis rapidement relevée en grimaçant de douleur et j'ai vu Bilbon passer comme un éclair. Au moins, j'avais fait diversion pour lui permettre de se rendre jusqu'à Thorin sans difficulté.

Avec l'épuisement qui me regagnait et ma blessure, je me devinais en très mauvaise posture. Je n'avais plus la force d'attaquer, seulement de parer les attaques pour éviter d'être d'avantage blessée. J'ai poussé un soupir de soulagement en entendant les cris de nos compagnons qui accouraient à notre secours. Ça a été une distraction suffisante pour que je me prenne un coup d'épée dans l'épaule gauche. Mais j'ai quand même tenu bon, jusqu'à ce qu'un aigle m'attrape avant de me lancer sur le dos d'un autre. C'était effrayant – être à des centaines de mètres dans les airs avec rien d'autre que de fragiles plumes pour se retenir – mais j'étais trop soulagée et fatiguée pour m'en plaindre.

« Merci », ai-je dit au grand oiseau.

« Ce n'est rien, les ennemis des orcs sont nos alliés », a répondu doucement l'aigle – je ne m'attendais pas vraiment à une réponse : un oiseau qui parle, c'est franchement étonnant.

On nous a amenés jusqu'à un grand rocher entre deux bras d'une rivière, qui devait être le Carroc. Je me suis aussitôt écrasée par terre, sur le dos, sans même avoir pris le temps de retirer mon sac – ce qui faisait que j'étais dans une position semi-assise. Je suis vite tombée dans un état de second, entre le sommeil et l'évanouissement.