Priviet ! Merci pour les encouragements.

Evidemment pour celles et ceux qui voudrait savoir comment Végéta vit la séparation de son côté, ça va être compliqué, vu qu'il a même pas un compte twitter ce gros nul associal ^^. Bref, il va falloir se baser sur les suppositions de Bulma et sur votre imagination puisqu'on fait le pari d'un récit à la 1ère personne.


Chapitre 14

La Caspule est dévastée. Ce n'est plus qu'une masse de murs mutilés et noircis, juchée sur un tas de cendre. Le spectacle sous la pluie monotone était assez lugubre pour imprimer mon esprit et maintenant, je n'arrête pas d'y penser. Je réalise aussi à quel point Bunny et mon père ont eu de la chance d'en réchapper. La seule idée qu'ils aient pu faire face à un soldat saïyen, sinistre et brutal comme ceux que j'ai servis pendant trois ans, me glace le sang.

- Un saïyen ? Un soldat saïyen ?

La voix incrédule de Chichi me tire de mes réflexions et du souvenir de ma maison ravagée. Je lève la tête vers elle. Elle se tient devant la table de la cuisine, un poing calé sur la hanche, une tasse de thé dans l'autre main. Ses prunelles noires fouillent mes yeux comme si elle attendait que je reprenne mes esprits et que j'admette que l'histoire que je viens de lui raconter est tout simplement surréaliste.

- C'est ce que mon père m'a dit.

Elle porte la tasse fumante à ses lèvres et prend une gorgée tout en semblant réfléchir. Je suis assise à la table de sa cuisine et je me sens terriblement perdue depuis que j'ai vu ma maison en ruine. Il ne me reste rien. Je n'ai même plus de vêtements et j'ai froid. Je n'ai pas eu d'autre idée que de venir ici.

- Pourquoi les saïyens te voudraient-ils du mal ? C'est absurde, leur Prince vient de te libérer, reprend-t-elle.

Mes yeux observent tristement les reflets du plafond dans mon thé. Serait-il possible que Végéta m'ait fait chercher ? Qu'il veuille, peut-être, me tuer ? Parce que c'est sûrement ce que ce soldat voulait : me tuer. Il n'a pas hésité à essayer d'éliminer mes parents… ça n'a pas de sens, ça ne colle pas. Chichi a raison.

Végéta a eu mille fois l'occasion de me tuer et il ne l'a jamais fait. Je ne vois pas pourquoi ça lui prendrait maintenant, maintenant que je suis trop loin pour le défier, et qu'il a d'autres préoccupations autrement plus cruciales pour sa race. Et puis…

Les saïyens ne se cachent pas. Jamais. Un saïyen qui voudrait me tuer viendrait sonner à ma porte et me fracasserait le crâne sur le seuil sans s'inquiéter ni des voisins ni de la police. Et d'après le récit de mon père, celui-ci a fui quand le système d'alarme s'est déclenché. Que pouvait-il redouter ? Rien, sauf d'être vu. S'il agissait sur ordre de Végéta, il n'avait de compte à rendre à personne et un simple système d'alarme n'aurait certainement pas suffi à le faire déguerpir. D'un autre côté… Existe-t-il des saïyens qui agissent de leur propre chef, sans ordre de leur Prince ? Je ne sais plus quoi penser, toute cette histoire me paraît décidément inexplicable.

- Mon père s'est peut-être trompé…

J'avance cette hypothèse sans y croire, essentiellement parce que je n'ai pas la force de discuter avec Chichi et que c'est ce qu'elle veut entendre.

Mon père a parlé avec le soldat, il a dit un soldat donc il devait avoir un uniforme et il a eu tout le loisir de se rendre compte de sa force; en résumé, il a eu tout le temps d'observer le personnage. Non, vraiment, mon père n'est pas toujours connecté mais il sait encore reconnaître un soldat saïyen quand il en voit un. C'était bien un soldat saïyen.

- Avec le choc, ton père a dû embrouiller ses souvenirs. Je ne vois pas d'autres explication, conclut Chichi, parce que Végéta a eu exactement ce qu'il voulait ici.

Elle insiste sur les derniers mots de la phrase et je perçois son amertume. Elle parle de Gokû. Je sais qu'elle croit que je dois ma liberté au départ de Gokû. Tout le monde le croit. Ma petite vie tranquille a été rachetée par le sacrifice de mon ami.

C'est pas vrai. Je sais que c'est pas vrai, mais je ne peux rien dire. Je pince les lèvres et je me tais.

Je ne me tais pas seulement pour cacher mon misérable petit secret. Je me tais aussi par égard pour Chichi et par amitié pour Gokû. C'est tellement plus commode pour elle de penser qu'il ne l'a quittée que par sens du devoir. En réalité, j'ai toujours soupçonné Gokû de rêver de partir livrer des combats qui ne se présentaient plus sur Terre. Comme je l'ai toujours soupçonné d'être nettement plus fort que ce que les saïyens pensaient.

Je sais que, malgré sa filiation avec Bardock, il est considéré comme un guerrier de faible niveau au sein de son peuple. Son potentiel a été évalué à sa naissance et il est apparu si minable qu'on l'a envoyé ici, chez des êtres faibles et faciles à battre. Mais il y a eu un loupé dans l'histoire, parce que Gokû est devenu un guerrier hors norme. J'en ai toujours eu la conviction et quand je l'ai vu se relever, après avoir laissé Végéta le battre, puis quand il a arrêté son attaque après ça, j'ai su qu'il appartenait à une élite insoupçonnée.

Je n'y connais rien en potentiel de combat et toutes ces conneries, mais pendant trois ans, j'ai vu Végéta s'en prendre à ses officiers, des officiers de très haut rang dans la hiérarchie saïyenne, et pas un ne lui arrive à la cheville. Pas un seul n'aurait pu accomplir ce que Gokû a accompli ce jour-là. Végéta le sait. Il l'a deviné depuis longtemps et c'est pour ça qu'il tenait tant à enrôler Gokû. Gokû est un mystère et un défi pour lui. Et la vérité, c'est que la réciproque est peut-être aussi vrai. Végéta est un des derniers défis qui restent à Gokû.

Ça fait trop longtemps que la Terre est en paix. Gokû reste un saïyen malgré tout, un guerrier. Même moi, je me suis aperçu qu'il commençait à tourner en rond ici, à attendre je ne sais quelle menace qui ne venait plus. Il s'ennuyait. Naturellement, il ne s'est jamais plaint, il n'a jamais rien dit, mais ça se voyait si on y regardait de plus près. Et si moi, je m'en suis rendu compte, je ne conçois pas que sa femme ait pu l'ignorer. Ou peut-être a-t-elle préféré fermer les yeux ?

Enfin, peu importe, Gokû s'est sacrifié pour que je retrouve ma liberté. C'est la version officielle et tout le monde a finalement intérêt à s'y tenir, alors je m'y tiens et je me tais.

Je joue mon rôle de redevable et Chichi son rôle d'épouse martyre. Et elle ne peut concevoir que les saïyens soient une menace pour aucun d'entre nous, parce que son mari sert le Prince loyalement et parce que, après tout, elle est l'épouse du fils de Bardock, même si son beau-père n'a jamais voulu entendre parler d'elle. Hm.

Chichi a reposé son thé sur la table et elle se dirige vers le canapé. Le gamin s'est endormi dessus. Elle le prend dans ses bras et le soulève avec l'intention évidente de le coucher. Avant de se diriger vers la chambre, elle revient vers moi.

- Et qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? demande-t-elle avec une pointe de froideur.

Je comprends qu'elle m'en veut. Elle me parle durement et ne s'en rend même pas compte. Bien qu'elle ne dise rien, j'ai conscience que la vie est pénible pour elle, seule avec Gohan à élever et un mari qui n'est pas sûr de revenir avant longtemps. Elle aimerait en vouloir à Gokû mais comme il n'est pas là, c'est à moi que s'adressent ses reproches muets

J'enroule mes doigts autour de ma tasse pour tenter de me réchauffer. Je n'ai pas vraiment envie de lui demander de l'aide. On a été amie, avant. Et sûrement cette amitié vit encore quelque part en nous, mais les derniers événements nous ont laissées toutes les deux meurtries et aucune des deux n'est plus en mesure de soutenir l'autre. Il faut que je me débrouille toute seule.

- Je vais essayer de me trouver une nouvelle maison en attendant que la Capsule soit reconstruite…

Elle lève un sourcil désabusé.

- Ce n'est pas de ça que je parle, explique-t-elle d'un ton sec, je parle de ça.

Elle tend son doigt vers moi et je ne comprends pas ce qu'elle essaye de me dire. Je regarde autour de moi. Elle soupire d'un air excédée.

- Enfin, Bulma, ne fais pas l'imbécile, tu es enceinte !

Je cligne des yeux avec perplexité.

- Qu'est-ce que tu racontes, Chichi ?

Ses traits s'adoucissent légèrement.

- Bulma chérie… Tu es enceinte, tu vois pas ?

Mon sang se glace, mes doigts se raidissent sur ma tasse. Je baisse les yeux sur mon ventre. Je tire de nouveau mon T-shirt machinalement. Elle pense ça parce que je me suis un peu laissé aller sur la bouffe ces derniers temps. C'est très embarrassant.

- Non, non… Je… bon, j'ai besoin d'un petit régime mais…

- Bulma ! T'as vu tes seins ? t'es pas un peu à l'étroit, là ?

Je croise instinctivement mes bras sur ma poitrine, comme si elle venait de m'arracher mon vêtement. Ses paroles me font l'effet d'une agression gratuite et inexplicable.

- Mais enfin, t'es malade ? ça va, là !… C'est juste…

Je m'interromps subitement tandis que mon regard tombe sur Gohan, endormi dans les bras de sa mère. Le temps se fige. Les saïyens et les terriens sont… compatibles en fait. Ils sont… compatibles génétiquement. Ils font des… bébés ? Des putains de bébés.

Je sens la main de Chichi sur mon épaule. Je lève les yeux vers elle. Elle me regarde maintenant avec douceur.

- Tu n'avais rien remarqué ? souffle-telle.

Elle suit la direction de mon regard perplexe et ses yeux se posent sur son fils. Ses traits se décomposent en un instant elle comprend à son tour. Elle porte sa main libre à sa bouche avec un air horrifié.

- Ils t'ont… forcée ? murmure-t-elle avec effroi.

- Non ! Bien sûr que non ! Chichi…

J'ai répondu avec indignation, sans même réfléchir. Je repense à Nappa, à ce qu'il a failli me faire. Il est hors de question que je laisse croire à mes amis que j'ai subi un tel supplice. Mais je m'aperçois que du coup, je suis acculée par ma réaction qui sous-entend que j'ai pu volontairement me laisser aller avec un saïyen.

- Je ne suis pas enceinte, Chichi ! Arrête tes conneries !

Je me lève tout d'un coup et j'attrape ma veste.

- Bulma ! Calme-toi, Bulma ! Je voulais pas...

Elle me rappelle avec affolement tandis que je me précipite vers la porte.

- Merci pour tout Chichi, ne t'inquiète pas, je te dirai où je m'installe.

- Bulma ! Attends ! Il fait nuit, il pleut ! Tu ne vas pas…

Comme elle a les bras encombré par son fils, elle ne peut pas me retenir physiquement et je m'enfuis littéralement dans la nuit sans plus écouter ses tentatives de me convaincre de rester.

J'abandonne mon avion sans réfléchir et je pars à pied dans les ruelles de la petite ville. Je ne m'inquiète même pas de la pluie. Je courre presque sans savoir où. J'ai envie de vomir.

Finalement, le souffle me manque et je suis obligée de ralentir. Je ne sais même pas où je suis, ça n'a pas d'importance. Je finis par m'arrêter et je me penche en avant, les mains en appui sur mes genoux, pour essayer de réguler ma respiration haletante. Je ne sais pas ce qui se passe. Qu'est-ce qui se passe ?

- Je ne suis pas enceinte.

Je dis les mots à voix haute mais ils sonnent creux. Je les répète encore, et encore. Mais l'angoisse ne s'apaise pas. Je me redresse avec lassitude.

Je baisse les yeux sur mon T-shirt. Il est remonté de nouveau, un peu au-dessous de mon nombril. Moi qui ai toujours eu une taille de guêpe. Je tire sur l'ourlet, mais dès que je me tiens droite, il remonte. Je soulève le tissu. En dessous mon ventre est juste un peu rebondi. C'est moche mais rien de catastrophique. Un bon régime, et tout rentrera dans l'ordre. Sûrement.

Je soupire et me sermonne, ce qu'il me faut c'est un toubib. Un toubib me dira si un régime suffira. Et si ce n'est pas le cas… Je ne sais pas. Je ne veux pas de bébé, et encore moins de bébé de Végéta. Ces bébés impossibles à mettre au monde…

Et qu'est-ce que je vais raconter aux autres ? A Chichi ? A mes parents ? A… Yamcha ?

J'ai besoin d'un médecin.

Je suis dégoulinante de pluie en remontant les rues désertes vers la maison de Chichi pour reprendre mon avion. J'hésite un instant avant d'embarquer. Je devrais peut-être me confier à Chichi… Peut-être qu'elle saurait me conseiller. Elle a porté l'enfant d'un saïyen, d'ailleurs elle a été la seule à soupçonner une grossesse. Si je suis vraiment enceinte, peut-être qu'elle pourrait… J'écarte cette idée de mon esprit vigoureusement. Même si je ne lui avoue pas que c'est le bébé de Végéta, ma fierté se rebelle à l'idée de reconnaître que j'ai pu tomber sous le charme d'une de ces brutes. Et de toute façon, je ne veux PAS de bébé.

Je remonte dans mon appareil discrètement en priant pour qu'elle ne me repère pas la fenêtre. En fait, elle surgit de la maison dès que je mets les moteurs en route mais j'ignore royalement les signes qu'elle me fait pour tenter de me convaincre de revenir. Au diable tout ça, si ça se trouve, je ne suis même pas enceinte.

J'ai repéré une ville à quelques centaines de kilomètres qui fera parfaitement l'affaire. Elle est assez grande pour disposer de tout l'équipement médical dont j'ai besoin et suffisamment loin pour que personne ne m'y reconnaisse. Je m'installe dans un hôtel discret où on ne pose pas de questions.

Je n'arrive pas à dormir. Bunny n'est pas là à côté de moi pour me rassurer et l'ombre du saïyen pyromane me hante, parfois relayée par l'image terrifiante d'un bébé saïyen qui essaye de me déchirer le ventre. Je passe la nuit à me réveiller en sursaut et en sueur.

Au petit matin, je renonce à me rendormir. Je consulte ma montre, je sais que le centre médical ouvre dans une heure. Je redoute le moment d'y aller autant que je l'espère. Je jette un œil à mon reflet dans la glace de la salle de bains. La pluie a ravagé mon brushing mais ce n'est pas ce qui retient mon attention. Je soulève mon T-shirt moulant, ridiculement léger pour la saison et je scrute mon abdomen. De face, de profil. Je ne vois rien de plus qu'une légère bouée de chair qui n'a, c'est vrai, rien à faire là. Je remonte le vêtement un peu plus haut et j'observe mes seins. Je ne leur trouve rien de particulier. Ou peut-être ? Je remets mon T-shirt en place avec un haussement d'épaule.

Le centre médical est à quelques rues. C'est un bâtiment discret, fondu dans le quartier, qui abrite une sorte de dispensaire pour les filles en perdition, un truc dans le genre. C'est un peu glauque mais je pousse la porte sans hésitation. Ici tout est censé être anonyme, c'est tout ce que je demande. Des réponses, et qu'on me foute la paix.

Quand j'arrive, il y a déjà une fille avec un bébé qui discute avec la réceptionniste. J'attends qu'elles aient fini et je me présente.

- Je dois voir un médecin.

La réceptionniste lève un œil interrogateur sur moi. Je n'ai pas rendez-vous et elle ne m'a jamais vue, je m'attends logiquement à ce qu'elle me pose des questions. Elle se contente de glisser une petite feuille vers moi.

- Remplissez le formulaire et allez vous assoir, le docteur ne devrait pas tarder.

Tandis que je remplis la demande de renseignement de manière totalement farfelue, je sens son regard sur moi. Je suis encore habillée comme pour partir sur l'Ile de la Tortue, une petite jupe courte, un T-shirt et une veste en tissu léger. Rien à voir avec la saison pourrie qu'on a ici. Et mes cheveux détrempés par la pluie ne ressemblent à rien non plus. Je me retiens d'imaginer les conclusions qu'elle en tire et lui rend son petit papier avant d'aller prendre place en face de la fille avec son bébé.

Elle est très jeune, c'est une adolescente encore. Elle retire le manteau du nourrisson avec une certaine dextérité. Il se laisse faire docilement. Il a l'air tellement fragile que je n'oserais même pas y toucher. Comment je peux espérer seulement un instant être capable de m'occuper d'un bébé ? Il est radicalement minuscule. Même l'habiller me semble relever d'une minutie chirurgicale. C'est pas pour moi.

Je m'empare d'un magazine pour détourner mon esprit du spectacle et de toutes les angoisses qu'il éveille en moi. Si je suis enceinte, Végéta aura vraiment flingué ma vie jusqu'au bout.

- Bunny ? Bunny Roshi ? demande une voix.

Je lève les yeux sur un homme en blouse blanche qui tient ma fiche à la main.

- C'est moi.

Je me lève et il m'adresse un sourire rassurant avant de me guider vers une salle de consultation.

Je m'allonge nue sur la table et je le laisse docilement procéder à toutes ces manipulations de toubib. Je fixe le plafond en m'efforçant de penser à Végéta le plus fort possible. S'il y a la moindre chance qu'il puisse ressentir mon humeur là où il est, il a bien mérité de la partager. Ça aurait été plus facile s'il avait été là, mais il n'est pas là. C'est pas comme s'il avait été capable du moindre geste de réconfort, ou quoi que ce soit du genre, mais il aurait un peu flippé avec moi. Et je me serais sentie moins seule.

- A quand remontent vos dernières règles ? demande le docteur.

Bonne question. Il croit vraiment que je note ce genre de conneries ? De toute façon, les bonniches de son Altesse n'ont même pas droit au papier et aux crayons, je te parle même pas d'un calendrier.

- Aucune idée.

- Hm. Moi je dirai trois mois et demi ou quatre mois, qu'en pensez-vous ?

Tout mon corps se tend brutalement et je n'ose pas poser la question franchement, la vraie question, celle pour laquelle je suis là. Trois mois et demi ou quatre mois. Je ferme juste les yeux et j'enfonce mes ongles dans la table d'examen sous moi. Heureusement que je suis allongée parce que je sens le monde tourner autour de moi.

- Vous êtes enceinte Mademoiselle Roshi, conclut-il enfin, en rangeant ses instruments.

- C'est pas possible.

Je ne peux m'empêcher de négocier encore. Mon esprit refuse l'évidence médicalement constatée. Comme si on pouvait marchander avec le destin et la nature.

- Ah non ? répond le médecin tranquillement, je vais vous montrer quelque chose.

Je redresse ma tête. Il s'approche de moi avec, dans une main, un appareil étrange relié à une machine, et une bouteille dans l'autre. Il a un demi-sourire.

- Attention, c'est froid.

Il verse un liquide glacé et gélatineux sur mon ventre et je sursaute. Il l'étale avec l'embout de son appareil. Puis, il me tourne le dos pour faire face à un petit écran de télé fixé au mur en hauteur, sans cesser de me badigeonner distraitement le ventre avec son appareil bizarre. Je ne comprends pas ce qu'il fait et je m'apprête à lui poser la question, agacée par la sensation désagréable de son produit sur mon ventre.

Les mots meurent dans ma gorge quand subitement, l'écran s'allume. Sous mes yeux ahuris, une forme mal défini de ce qui semble être un haricot difforme apparait sous forme d'ombres mouvantes. Je sais pas ce que c'est, mon cerveau comprend tout de suite mais je préfère ne pas reconnaître la forme qui est celle d'un foetus. Puis, le haricot se met à bouger, il se tortille d'une manière un peu grotesque.

Mes yeux incrédules se posent sur l'appareil en contact avec mon ventre. Est-ce que c'est l'image du contenu de mon ventre ? Ou une plaisanterie douteuse pré-enregistrée sur cet écran de charlatan ?

- Je vous présente votre bébé, annonce le médecin…Hm.

Je sens une réserve dans sa voix tout d'un coup. Je reste hypnotisée par le spectacle de cette chose qui bouge en moi, bien que je ne sente absolument rien, mais j'ai perçu ce « Hm » qui ne me plaît pas du tout.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Je ne peux m'empêcher de ressentir une inquiétude terrible. C'est pire que l'angoisse qu'a représenté l'attente du verdict. Je répète avec une pointe d'hystérie dans la voix.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Oh… Sûrement rien de grave… Sa colonne vertébrale…C'est un peu tôt pour le dire mais, il a peut-être quelques vertèbres en trop, c'est bizarre… J'ai jamais vu ça.

- Des vertèbres en trop ? C'est quoi, ça ?

- Je ne sais pas, comme… Comment dire… Une sorte de queue ?

Je laisse ma tête retomber brutalement sur la table et je ferme les yeux. Une putain de queue. Comme son père et tous ces dégénérés de saïyens. Bien sûr.

- En dehors de ça, tout va très bien, Madame Roshi, le cœur, le cerveau. Il est même bien développé déjà et très vif. Il faut attendre de voir, ce n'est sûrement rien de sérieux.

- Je dois partir.

Il essaye de protester mais j'écarte son appareil de mon ventre d'un geste décidé et je me rassois.

- Il faut quand même qu'on fasse une prise de sang, et qu'on prévoit…

- Il faut que je parte. Je dois quitter la ville. J'irai voir un médecin quand je serai arrivée à destination.

Je me nettoie hâtivement le ventre avec la protection de la table d'examen et je commence à me rhabiller.

- Vous êtes sûre ? C'est pas prudent… Vous devriez…

- C'est bon. Je suis plus une petite fille, croyez-moi.

- Il faudra surveiller cette colonne vertébrale de très près, vous savez.

- Ça vous pouvez me faire confiance, je vais la surveiller…

Je parle sur un ton acerbe. Je ne supporte plus d'être ici. Cette salle d'examen, le calme de ce toubib qui vient d'ébranler toute ma petite vie en trois mots et un clic, l'odeur du désinfectant qui s'est imprégnée partout, l'évocation de cette « colonne vertébrale » à surveiller. J'ai juste envie de hurler.

Je ne prends même pas le temps d'enfiler ma veste, j'attrape mon sac et je m'enfuis dans le couloir vers l'accueil. Je suis stoppée net par un fracas assourdissant qui vient de l'entrée. Un nuage de poussière s'engouffre dans le corridor depuis le hall et dans ma direction.

Je mets du temps à comprendre. J'ai l'impression qu'un mur vient de s'effondrer, mais c'est un peu plus que ça.

Quelques ampoules du plafond grésillent avant de s'éteindre et je reste hypnotisée par l'éboulement de mur au bout du couloir devant moi. Je crois qu'il y a eu un cri étouffé mais je ne suis pas sûre. Je ne vois plus rien et je toussote, la gorge irritée par la brume de particules qui d'est propagée jusqu'à moi.

Je mets du temps à réaliser qu'une silhouette s'en détache progressivement. Une silhouette massive et menaçante. Cours.

Je reste tétanisée et je cligne des yeux, comme si ça pouvait suffire à ce que tout rentre dans l'ordre. Au lieu de ça, l'ombre du personnage qui s'avance vers moi se précise. Il émerge enfin de son halo de poussière et ses yeux noirs tombent sur moi. Un sourire étire ses lèvres et me glace le sang. Raditz.

Je commence à reculer sans même m'en rendre compte.

- Tu es là ? C'est pas trop tôt, marmonne-t-il en croisant les bras avec satisfaction.

Je fais demi-tour en un instant et je bute littéralement sur le médecin. Je ne m'étais pas aperçue qu'il était sorti de sa salle de consultation et se tenait derrière moi avec un air ahuri. Je le bouscule violemment et le contourne pour courir et m'éloigner de Raditz.

Je ne l'entends même pas me poursuivre. Il se contente de rire avec amusement. Je m'enfonce vers l'arrière du bâtiment, espérant trouver une porte. Je repère une issue de secours qui doit donner sur la rue et je la pousse violemment pour l'ouvrir.

Au moment où je passe l'embrasure pour rejoindre l'extérieur, le sol explose sous mes pieds. Je pousse un hurlement d'effroi en ressentant un souffle puissant et chaud qui me soulève et me brûle. J'enroule instinctivement mes bras sur ma tête pour me protéger et je prie en fermant les yeux et en retenant ma respiration.

Bizarrement quelque chose fait écran entre la source d'énergie dévastatrice et moi. Des bras s'enroulent autour de ma taille et je me sens flotter dans les airs. J'ouvre les yeux avec une certaine panique et j'essaye de comprendre ce qui se passe. Yamcha. Il me tient et s'élève dans le ciel. En dessous de nous, le sol et le bâtiment endommagé du dispensaire s'éloignent et se noient dans un écran de fumée. J'entends la voix de Krilin quelque part. Je m'agrippe frénétiquement à mon ami qui finit par se poser sur le toit d'un immeuble un peu plus loin.

Une pluie fine nous enveloppe et le bruit d'une nouvelle explosion se fait entendre. Mes pieds sont ravis de rejoindre la terre ferme et je me tourne aussitôt vers Yamcha.

- Que… Comment ?

Ma panique est si indescriptible que les mots se bousculent sur mes lèvres.

- Tu vas bien ? me demande-t-il avec préoccupation.

- Je… Je crois… Mais…

- Il faut que j'aille aider Krilin, reprend-t-il, attends-nous là et essaye de te planquer.

Je n'ai pas le temps de poser plus de question, il s'est déjà envolé et disparait rapidement de mon champ de vision. Je reste un instant perplexe à scruter le ciel blanc et vide. Les échos assourdis d'une bataille me parviennent mais je ne vois rien. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je ne comprends pas ce que me veut Raditz. Du mal visiblement. Pourquoi ?

Subitement, une alarme se déclenche dans ma tête. Raditz. Il est fort. Très fort. Krilin et Yamcha ne pourront pas lui tenir tête longtemps et il va finir par se remettre à ma recherche. S'il me trouve, il me tuera. J'en suis certaine, je l'ai lu dans ses yeux. S'il me tue, il va tuer… Je plaque inconsciemment ma main sur mon ventre.

Qu'est-ce qui se passe ? Ce qui est sûr, c'est que si je reste ici, je ne le saurais jamais. Je me précipite vers la porte d'accès aux étages et je dévale les escaliers de l'immeuble quatre à quatre pour m'enfuir.

Je ressens les vibrations du combat et des bâtiments qui s'écroulent à proximité, jusque dans la rampe d'escaliers. Mon adrénaline monte en flèche.

Dès que j'émerge à l'extérieur, mes yeux cherchent à localiser les combattants. Combien de temps Krilin et Yamcha vont-ils retenir Raditz avant qu'il ne se mette à ma poursuite ? Sûrement pas longtemps. Quelle chance j'ai d'en réchapper s'il me met la main dessus ? Aucune. L'addition est simple et je me mets instinctivement à courir dans la même direction que les passants autour de moi.

Il y a une véritable petite foule qui s'enfuie avec moi, les gens hurlent avec effroi et parfois des débris pleuvent ça et là. Je me fais bousculer mais ça me rassure un peu d'être perdue au milieu des autres, j'ai l'impression que ça me garantit de passer totalement inaperçue.

Au bout d'un moment, la cohue devient moins dense et commence à se disperser. Je m'aperçois qu'on entend plus les échos du combat. Même pas assourdis. Mon estomac se noue. Je m'interroge sur le sort de mes amis et je me demande si Raditz va me trouver.

Je continue à m'enfoncer dans les rues de cette ville inconnue avec l'espoir de m'éloigner autant que possible. Les sirènes des secours ont pris le relais des explosions en chaine. Je finis par ralentir le pas.

Je tremble de froid et de panique, la bruine continue à tomber, indifférente à tout ça et j'essaye un instant de réfléchir posément. Posément.

Comment Raditz m'a-t-il retrouvée ? Aucune idée, mais sûrement pas en repérant mon aura qui est trop semblable pour lui à celle de tous les autres humains qui vivent ici, c'est sûr. Il ne me connaît pas assez pour me localiser comme ça, j'en suis quasiment sûre. Quasiment.

Mon avion. Ça ne peut être que ça. Je l'ai laissé sur le parking du centre médical. Il est facilement reconnaissable, il a pu le tracer peut-être, un peu de chance et il a été sur ma piste. Je n'ai pas pris les paroles de mon père suffisamment au sérieux. Cache-toi. J'étais trop obsédée par ce que Chichi m'a dit. Le temps de la prudence est revenu.

Au loin j'entends une explosion de nouveau. Son fracas résonne et couvre un temps le bruit lointain des sirènes. Je me raidis. Il me cherche. Il va détruire toute cette putain de ville si ça continue, et comme je connais les saïyens, sa patience va vite trouver ses limites et il risque de finir par tout pulvériser sans chercher à comprendre. Déjà, il a l'air de prendre moins de précaution pour se dissimuler. Il ne semble plus vraiment inquiet de dévoiler ses intentions et son identité. Il s'énerve.

J'aborde une grosse femme avec un cabas qui scrute le ciel avec inquiétude. On ne voit rien de là où on est mais elle cherche de toute évidence à comprendre d'où vient cette rumeur menaçante et ces bruits d'explosion.

- Excusez-moi, il y a une gare dans le coin ?

Elle se tourne vers moi avec perplexité et met un instant avant de rassembler ses esprits.

- La gare routière est à deux pâtés de maison d'ici… Vous savez ce qui se passe ?

Elle a un regard soucieux mais pas encore paniqué. La panique serait ma pire ennemie à cette minute et je me garde bien de lui expliquer quoi que ce soit.

- Aucune idée. Merci pour l'info.

Je reprends mon chemin d'un pas nerveux et j'essaye de suivre ses indications au mieux. Je finis par tomber sur la gare routière et je repère le prochain car en partance pour Dieu sait où.

Je m'installe à une place au fond du véhicule et je tire légèrement les rideaux pour me planquer derrière. Il n'y a pas beaucoup de monde, le car se remplit lentement. Un homme s'avance vers la place à côté de la mienne et je plante fermement mon sac sur le siège qu'il convoite pour lui signifier que je préfère être seule. Il va s'assoir plus loin.

Je guette nerveusement la petite fourmilière qui circule dans la gare, je redoute à tout instant qu'un mur s'écroule et que Raditz n'apparaisse dans toute sa splendeur. Le car ne se décide pas à partir, ça commence à me rendre dingue. J'entends des passagers qui rient un peu plus loin, et finalement, enfin, le bruit béni du moteur qui s'allume et tourne un instant.

J'ai fermé les yeux, la tête appuyée contre le dossier du siège et j'écoute les portes qui se ferment, l'annonce du départ imminent, le nom de la destination que je ne retiens pas. Je prie intérieurement. Grouillez-vous.

Le car se met lourdement en route. On manœuvre lentement pour sortir de la gare envahie de piétons. C'est long. Quelqu'un fait tomber une valise et je sursaute au bruit de choc inattendu. J'ouvre les yeux et écarte le rideau du bout du doigt pour observer l'extérieur. Tout semble normal.

On sort de la gare pour s'engager dans une grande avenue. On roule lentement, c'est interminable. Je continue à scruter les rues pour déceler l'approche de Raditz. Tout a l'air paisible jusqu'à ce que l'un des immeubles les plus hauts du quartier ne commence à s'affaisser. Il s'écroule mollement, presque au ralenti dans un grondement sourd, et une rumeur d'effroi circule dans le car tandis qu'on s'arrête brusquement.

Je me mords les lèvres avec angoisse. Merde. Les voyageurs se lèvent d'un seul mouvement pour se rapprocher de la vitre par laquelle on aperçoit le mieux ce spectacle impressionnant. Même le chauffeur reste pétrifié, le regard incrédule face à la scène. Quelques voitures klaxonnent dans la rue.

Les gens autour de moi poussent des cris horrifiés ou lancent des commentaires paniqués.

Raditz est fou. Il est en train de devenir fou à me chercher sans me trouver. Il va finir par raser cette ville. Cette pensée m'agite, et la confusion et l'effroi me submergent irrésistiblement. Ça confirme ce que je pensais, il n'arrive pas à identifier mon aura. Mais… Il va tuer, il a tué déjà tellement de victimes innocentes, juste pour… moi ? Pour m'attraper ? L'espace d'un instant, je me demande s'il ne vaudrait pas mieux que je me rende parce que je sais qu'il ne va pas s'arrêter et je sais aussi que personne ne pourra l'empêcher de continuer son entreprise de destruction méthodique. Où sont Krilin et Yamcha maintenant ? J'ose pas y réfléchir.

Je me lève tout d'un coup et je hurle au chauffeur.

- Repartez ! Repartez ! Vous voyez pas ? Il faut dégager !

L'homme tourne ses yeux abasourdis vers moi. Je me précipite jusqu'à lui.

- Si on reste ici, le prochain bâtiment qui s'écroule atterrira sur nous, vous comprenez pas ?

J'ai mis une intonation si menaçante dans mes paroles qu'il a l'air de se réveiller brutalement. Il fronce les sourcils et hoche la tête avant de remettre les gaz. Les passagers, encore debout dans le couloir, sont pris au dépourvu et certains perdent l'équilibre. Je me cramponne au siège du conducteur, debout face au pare-brise gigantesque et je continue à observer nerveusement les rues qui défilent.

Le chauffeur va nettement plus vite maintenant. Il est un peu obligé de slalomer entre les voitures arrêtée en plein milieu de la voix. Sur les trottoirs, les piétons ont tous la tête levée en direction de l'immeuble qui vient de s'effondrer.

- Plus vite.

Je psalmodie à voix basse à côté du chauffeur, dans l'espoir de lui rappeler l'urgence de fuir la ville. Mais je n'ai pas vraiment l'impression qu'il a besoin de ça. Il commence à conduire vraiment imprudemment, passant les feux orange à toute vitesse. L'idée qu'un accident ne ferait qu'empirer la situation me traverse l'esprit. Ce côté de la ville est encore étrangement épargné, et nous finissons par déboucher sur la voie express qui nous dirige directement vers la campagne avoisinante.

Le chauffeur et moi restons concentrés sur notre chemin, ignorant les murmures de protestation et de peur des autres passagers. Peu à peu, je m'aperçois que le silence est retombé dans le car. Chacun a repris sa place et devant nous, la route presque déserte, s'enfonce entre des champs détrempés par la pluie.

Ma respiration se ralentit et reprend un rythme normal progressivement. Le calme du paysage autour de nous m'apaise petit à petit. J'abandonne mon poste à côté du chauffeur et regagne à mon tour ma place sans un mot, pour m'écrouler sur mon siège.

Je me recroqueville sur moi-même, subitement rattrapée par le froid et la fatigue. Mon père avait raison, c'était bien un saïyen qui me cherchait et son objectif est clairement de m'éliminer. Pourquoi tout ça ? Végéta est-il à l'origine de ce cauchemar ? Je préfère ne pas me poser la question.

Comme un écho à ma réflexion, je ressens une douleur diffuse dans mon bas-ventre et je suis obligée de poser ma main dessus pour essayer de soulager la peine. Je me sens complètement perdue.

Si seulement je pouvais parler à Végéta. Rien qu'une minute. Notre dernière conversation me revient à l'esprit. Son regard à la fois conquérant et à la fois incertain, sa façon de m'enlacer avec précaution, comme s'il redoutait de me briser, la résignation dans sa voix quand il m'a annoncé que je pourrai rester sur Terre… Il me manque.

Je ne peux imaginer une seule seconde qu'il ait ordonné ma mise à mort. Il est implacable et cruel, je le sais. Je sais à quel point il peut être dénué de scrupule mais il ne l'a jamais été avec moi. Ce que j'ai vu de lui me hurle que c'est impossible. J'ai tellement besoin de le voir.

Je me laisse bercer par le ronronnement régulier du moteur et je m'enfonce doucement dans la somnolence. Mes yeux se ferment, ignorant les larmes qui sèchent sur mes joues. Je glisse très vite dans des rêves obscurs où j'espère pouvoir le retrouver.

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