CHAPITRE TREIZE
Ron et Hermione sortirent en hâte du cours de Potions, espérant trouver Harry à la sortie, avec ses cheveux ébouriffés, ses yeux verts charmeurs cachés par ses horribles lunettes rondes, son sourire un peu dépité, des excuses toutes prêtes à la bouche pour les avoir inquiétés inutilement. Hermione lui montrerait son poignet guéri, purgé de toute souillure, Ron lui donnerait une de ces grandes claques dans le dos, qui faisaient toujours légèrement trébucher le brun. Mais il n'y avait pas de Harry à la sortie.
Il n'apparut pas au déjeuner. Ni aux cours de l'après midi. Ni au dîner.
Après le repas, fébriles, Ron et Hermione se rendirent à l'infirmerie, suivis de quelques camarades, et rejoints en chemin par Luna Lovegood. Dans le Hall, ils jetèrent un œil au tableau des Maisons : Serpentard était devant eux, avec cinq points au-dessus de zéro. Evidemment, comparé aux scores des Poufsouffles et des Serdaigles, c'était ridicule, mais le fait qu'ils soient passés devant les Gryffondors était humiliant. Du moins ça l'était pour les élèves réguliers. Pour les Huitièmes Années, l'absence prolongée d'Harry Potter remettait un peu les choses à leur juste place : il y avait plus important que les points et la Coupe des Quatre Maisons.
Arrivés à l'infirmerie, madame Pomfresh les accueillit et leur indiqua le lit où reposait Harry. Ron et Hermione s'y rendirent d'un pas vif et contemplèrent leur ami. L'infirmière lui avait baissé les paupières, et avait installé en tête de lit un dispositif permettant l'injection d'un liquide nutritif. A le voir comme ça, Ron eut la désagréable impression d'avoir affaire à un malade dans le coma, et sa respiration se bloqua lorsque l'idée que son meilleur ami pourrait ne pas se réveiller, ne pas se relever, le heurta de plein fouet. Jusqu'ici, cette éventualité n'avait été que théorique, une hypothèse qui était possible, bien sûr, et qu'il avait envisagée, bien sûr, mais qui n'avait pas de réalité propre. Il ressentait exactement la même chose que lors de la mort de Fred. Pendant plusieurs jours, il savait qu'il était mort, il avait assisté à son enterrement, mais il n'en avait pas pris conscience. Et lorsqu'un jour il voulut poser une question à Fred et George, qu'il se retrouva devant George tout seul, et qu'il se demanda où donc était passé Fred, alors, alors seulement, la réalité pesa de tout son poids ignoble. C'est au moment de cette réalisation qu'il avait pleuré toutes les larmes de son corps, et c'est George, ironie du sort, qui l'avait réconforté.
Ron ravala les larmes qui commençaient à brouiller sa vue, et prit une profonde inspiration. Car Harry n'était pas mort ! Il vivait, là, sous ses yeux, il respirait !
Il devait bien y avoir quelque chose à faire, non ?
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La chose à faire, selon Hermione, c'était de lire tous les livres possibles et imaginables traitant des différentes sortes de coma magiques, des sortilèges touchant l'esprit, ou les traités de psychomagie. En sortant de l'Infirmerie, elle se dirigea résolument vers la Bibliothèque, entraînant dans son sillage Ron, Neville, Dean et Luna en tant que prête-nom, pour pouvoir emprunter le maximum de livres. Comme elle était majeure et en Huitième Année, elle obtint de madame Pince l'autorisation de consulter les livres de la Réserve, et emporta également des livres sur la Nécromancie, les Arts Noirs, et une Ethologie du Détraqueur qui promettait des heures et des heures de lecture barbante et ennuyeuse.
Pendant qu'Hermione empilait tome sur tome sur les bras volontaires de Ron et Neville, qui la suivaient entre les rayons, Dean et Luna furent chargés de trouver tous les livres traitant de médicomagie, de soins magiques, de guérison, tous les traitements, potions ou sortilèges, non spécifiques à l'esprit, car Hermione ne voulait pas passer à côté de cette branche.
Les médicomages de Ste Mangouste affirmaient qu'il n'y avait pas de solution au problème d'Harry, elle comptait leur prouver qu'ils avaient tort. Et faire leur travail à leur place, si nécessaire !
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Jusqu'à l'heure de se coucher, Ron et Hermione crurent qu'Harry allait revenir. Les élèves de Gryffondors traînaient dans la salle commune, réticents à remonter dans leurs dortoirs respectifs. C'était illogique, mais ils avaient l'impression que s'ils allaient se coucher alors qu'Harry n'était pas là, cela rendrait la situation irréversible. Ils craignaient qu'une habitude s'installe. Ils restèrent longtemps à lire, ensemble, les livres empruntés plus tôt.
Mais Harry ne revint pas.
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Le lendemain matin, au petit-déjeuner, les Maisons observaient la table des Gryffondors. L'absence d'Harry Potter était le principal sujet de conversation, des conversations tenues à voix basse par respect ou par crainte des faces blafardes et du silence des Huitièmes Années.
Harry n'apparut pas de la journée.
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Le lendemain matin, à la distribution du courrier, un hibou déposa la Gazette du Sorcier presque dans le bol d'Hermione. Apathique, les yeux cernés d'avoir trop lu la veille, elle fixa un moment le titre de la première page : HARRY POTTER DANS UN ETAT CRITIQUE ! Elle sortit lentement sa baguette et lança un Incendio sur le journal. Elle regarda la photo d'Harry, allongé sur le lit de l'Infirmerie, se racornir et disparaître avec une grimace de dégoût à l'intention du traître qui l'avait fournie au journal. Elle prit bien soin de faire disparaître toute trace et de ne pas abîmer la table, puis termina son petit-déjeuner avec, toujours, cette grimace, et la détermination renouvelée de trouver une solution.
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La journée se passa dans un calme relatif. Les élèves semblaient inhabituellement dociles, pas de galopades dans les couloirs, pas de cris ni de rires intempestifs, même les farces de Peeves ne provoquaient ni colère ni récriminations.
Le dîner avait commencé dans la Grande Salle. Les conversations, toujours murmurées, étaient rares. Et dans le silence relatif, le bruit de pas provenant de l'extérieur de la Salle provoqua un choc. Tout le monde était rassemblé ici, il ne manquait qu'Harry. Ça ne pouvait être que lui. Hermione et Ron se redressèrent avec espoir, les têtes se tournèrent vers l'entrée.
C'était Harry.
Amaigri, les yeux caves, le visage vide de toute expression.
Il se figea dans l'entrée, soumis à l'attention de tous les élèves, déglutit – et le mouvement de sa pomme d'Adam semblait douloureux pour sa gorge déshydratée. Puis il se dirigea en silence, le pas traînant, vers la table des Gryffondors. Il s'assit, une assiette apparut devant lui, et il commença à manger, son regard morne fixé sur sa fourchette.
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Son absence avait duré trois jours, sa rémission n'en dura que deux. Neville, Ron, Dean et Seamus s'étaient levé ce matin-là, s'étaient lavés et habillés, puis étaient partis prendre leur petit-déjeuner au moment où Harry, groggy, sortait du lit et se dirigeait vers la salle de bains pour prendre une douche. Ron lui avait conseillé avec un enthousiasme simulé de ne pas être en retard pour le cours de Métamorphose et les garçons étaient descendus prendre leur petit-déjeuner. Dean s'aperçut qu'il avait oublié son manuel, et, après avoir fini son repas, était remonté à toute vitesse au dortoir.
En entrant, il entendit le bruit de la douche. Il consulta sa montre. Puis chercha son manuel. Il le trouva. Puis consulta à nouveau sa montre. L'eau coulait toujours. Il hésita un instant puis décida qu'il préférait se retrouver dans une situation embarrassante plutôt que de passer à côté de quelque chose de grave. Il entra dans la salle de bains. Il ouvrit le box. Et il trouva Harry, nu et immobile sous le jet. Dans sa main droite, un savon se liquéfiait.
Harry, nu, était pitoyable. Maigre, les côtes saillantes, les hanches protubérantes, des cicatrices partout. Dean l'observa avec un pincement au cœur, se demandant s'il ne pourrait pas emprunter à Malfoy son Baume miraculeux. Ce Malfoy… il avait gardé le pot à moitié rempli, et confié les trois pleins à Slughorn, ravi. Le professeur avait fait une excellente affaire, trois Baumes à trente Gallions l'un en échange de vingt points pour Serpentard… Mais Dean avait compris la manœuvre de Malfoy : du jour au lendemain, Slughorn était devenu pro-Serpentard, et distribuait les points généreusement. Dean esquissa un sourire : on ne pouvait nier le savoir-faire de Malfoy en matière de corruption.
Son sourire mourut très vite. Dean ferma le robinet, retira le savon de la main atone, prit la serviette qui pendait au-dessus de la porte du box et essuya Harry en silence, doucement – cette brûlure sur son torse semblait douloureuse, mais celle que Dean détestait, c'était cette phrase gravée sur le dos de sa main : Je ne dois pas dire de mensonge. Elle provoquait un malaise chaque fois que Dean en observait les déliés et les courbes passant autour ou sur les veines bleutées. Il emmitoufla Harry dans un peignoir, puis sortit sa baguette et le fit léviter jusqu'à l'Infirmerie. Madame Pomfresh prit le relais, sans un mot, la mine défaite.
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En tout cas, l'absence de Potter ne semblait pas traumatiser Dolorès Ombrage. Chaque cours qu'il manquait élargissait son sourire. Par ailleurs, la convocation de Nott par McGonagall semblait avoir laissé le garçon dans une sorte d'apathie docile. Il avait manifestement été contraint de retourner en cours, et Ombrage s'en prenait à lui sans vergogne. Ses deux principaux contradicteurs hors course, elle se prenait à nouveau pour la maîtresse des lieux, et se donnait tous les droits.
Elle n'avait pas du tout apprécié qu'aucun Serpentard ne joigne le RAT, elle les punissait en leur retirant de nombreux points, et en distribuant allègrement les retenues. Pour l'humilier, elle avait fait entrer Nott de force au RAT – manière de l'avoir sous sa coupe en permanence, et de lui faire perdre son temps autant que possible. Il était de garde presque tous les soirs, et était chargé du tutorat les samedis et dimanches à raison de trois heures chaque jour. Mais, insidieusement, Nott avait retourné cette situation non pas à son avantage, mais en tout cas clairement à l'avantage de l'école : il montait drastiquement le niveau des élèves qu'il supervisait. Des rumeurs circulaient à ce sujet, et l'on se demandait si McGonagall n'avait pas justement fait exprès de garder Nott à Poudlard pour l'infiltrer au RAT, et lui permettre d'enseigner les parties du programme que le Ministère avait retirées. Au nez et à la barbe d'Ombrage, qui ne s'intéressait qu'à la fonction disciplinaire du RAT.
Gonflée de sa propre importance, persuadée d'avoir éliminé toute opposition malgré son Réseau en déliquescence – les défections se multipliaient, et les inscriptions se faisaient rares – Ombrage se sentit bientôt apte à prendre en main, au nom du Ministère, l'Affaire Potter. C'est pourquoi, lorsqu'après deux jours d'absence de Potter, madame Pomfresh réclama qu'un Guérisseur de Ste Mangouste soit dépêché à Poudlard pour s'occuper de lui, et établir une procédure médicale pour son maintien en vie le temps de trouver une solution pour le réveiller, Ombrage lui fit savoir que toute demande en ce sens devait passer par elle. Et qu'elle se chargerait de la transmettre aux personnes compétentes au Ministère et à l'hôpital.
A demi-mot, elle fit comprendre que quiconque outrepasserait son autorité en la matière, en subirait les conséquences, à un niveau financier et légal. C'est ainsi que le sort d'Harry Potter se retrouva entre les mains d'Ombrage. Une Dolorès Ombrage qui estimait qu'un Harry Potter inconscient, c'était beaucoup mieux qu'un Harry Potter éveillé.
Deux jours passèrent ainsi, madame Pomfresh attendant vainement l'arrivée d'un médicomage plus qualifié pour traiter son patient. Ne voyant rien venir, et comprenant la duplicité de cette bonne femme rose, elle décida de jouer à un petit jeu avec elle. Elle qui d'habitude prenait son petit-déjeuner à l'Infirmerie, elle se rendit à la Grande Salle, s'installa à la table des professeurs, et demanda innocemment à Ombrage :
- « Au fait, mademoiselle, avez-vous envoyé le message à l'hôpital Ste Mangouste, pour qu'ils envoient un médicomage capable de soigner notre cher Harry Potter ? »
Le silence s'était fait dans la Grande Salle, dans l'attente de la réponse d'Ombrage. Celle-ci fulminait : cette affaire aurait dû rester privée, mais elle était piégée, aussi fit-elle bonne figure.
- « Pas encore, je dois m'en occuper aujourd'hui… »
Evidemment, elle n'en fit rien, mais les élèves n'étaient pas obligés de le savoir. Elle déchanta lorsqu'au déjeuner, madame Pomfresh lui reposa la question.
- « Oh, je n'ai pas eu le temps, mais je vais le faire… »
Puis au dîner.
- « J'ai complètement oublié, vous avez bien fait de me le rappeler… »
La mascarade dura trois jours. Ombrage pestait car elle ne pouvait pas punir Pomfresh – qui ne faisait que poser une simple question, et finalement s'était habituée à lui servir les excuses les plus minables qu'elle put inventer. Mais un matin, elle comprit que l'infirmière l'avait piégée, lorsqu'elle lut dans la Gazette du Sorcier, le titre en première page : LE MINISTERE ABANDONNE HARRY POTTER (UNE NOUVELLE FOIS !)
Elle aurait dû savoir que ce qui se tramait à Poudlard finissait toujours par arriver aux oreilles fort étendues de la Gazette. Elle releva les yeux sur une Pomfresh tout sourire, et sur les élèves, qui la regardaient avec mépris. Elle eut un sourire odieux à leur intention : quoi qu'il arrive, elle n'enverrait pas de demande auprès de l'hôpital.
NOTE DE L'AUTEUR
Réponse aux reviews :
Matsuyama : Ha ha ha ! Je suis grillée ! Effectivement, j'ai vu la série Avatar, qui m'a beaucoup impressionnée… Et en effet, la magie de Talos, discipline Elémentale en est fortement inspirée (c'est un peu plus dansant et un peu moins art martial dans mon esprit, mais c'est à peu près ça…) Merci pour les reviews !
MlleGanou : Ah, je suis contente que ce chapitre vous ait plu. J'avais un peu peur d'avoir perdu une de mes fidèles lectrices à cause d'un Harry Potter un peu décalé…
Raspoutine66 : J'avoue que dès la lecture du premier livre Harry Potter, j'ai été choquée par le système mis en place à Poudlard vis-à-vis des élèves… Un directeur d'école qui les met sciemment en danger, des élèves qui risquent leur vie et sont récompensés, parce qu'ils survivent, par des points distribués et une Coupe qui ne sert strictement à rien à part à gonfler les égos et souffler sur les braises de la rivalité entre Maisons… Et le pire, effectivement : des parents qui ne sont jamais, jamais prévenus de ce qui arrive à leurs enfants… La seule exception étant Lucius et Draco Malfoy ! Et cela uniquement parce que Draco prévient son père, l'école ne jugeant pas nécessaire de le faire… Et en prime, on dit aux élèves que Poudlard est l'endroit le plus sûr de la Communauté Sorcière : c'est franchement ridicule ! Oui, le monde de Madame Rowling est réellement absurde !
McGonagall est cependant, à mon sens, un peu moins farfelue que Dumbledore. Je fais partie de ces gens qui estiment qu'en cas de conflit entre un élève et un professeur, ce n'est pas à l'élève (ou à ses parents…) de punir le professeur, mais à son autorité de tutelle. Il faut qu'il y ait un respect envers le professeur, quelle que soit sa faute. Donc pour moi, elle ne peut pas réellement laisser passer l'attitude de Théodore et d'Harry vis-à-vis d'Ombrage, qui est quand même un professeur. Elle se doit de les punir, ne serait-ce que pour conserver le respect dû à l'autorité. Par contre, les punitions qu'elle donne sont adaptées à la personnalité des élèves. Retirer 100 points à Harry pour son appréciation du lynchage verbal d'Ombrage par Théodore est une punition qui atteint Harry – qui fait partie de cette majorité d'élèves pour qui le système de points est encore très important. En effet, peu d'entre eux ont, comme Théodore, compris que ce système n'avait aucune valeur à long terme. Par contre, elle est parfaitement consciente que retenues ou retraits de points n'auront aucun impact sur Théodore, elle va donc le punir d'une autre façon…
Harry dit enfin non, c'est vrai que dans les livres, il se laisse un peu porter par le courant… Et surtout, il dit non à Ginny, qui est un personnage que j'ai du mal à apprécier…
Ah, l'intervention des deux membres du RAT… la base, c'est : interdiction de pratiquer de la magie hors de la classe ! Donc ni dans les couloirs, ni en extérieur, sauf autorisation ou surveillance par un préfet… Ombrage – et le Ministère – tirent l'école vers le bas (comment s'entraîner à lancer des sortilèges si on ne peut le faire que sous surveillance constante ?), et Théodore s'en rend parfaitement compte. McGonagall aussi…
A ce sujet, oui, je suis totalement d'accord avec la réaction de Théodore : lorsque l'enseignement est médiocre, il faut apprendre par soi-même. Et je ne parle pas ici de la qualité pédagogique des enseignants, mais de la teneur même du programme enseigné. Car cela pose, en filigrane, la question du choix des programmes (au-delà du choix des professeurs… car après tout, ce n'est pas Ombrage qui a décidé d'amputer les cours, c'est le Ministère…)
Enfin, pour les médicomages de Ste Mangouste qui n'envisagent pas Talos pour aider leurs patients… En fait, la magie de Talos demande de s'impliquer personnellement. C'est comme si on demandait à un médecin de se couper un bras dans le but de le greffer à un patient qu'il a fallu amputer. Aucun médecin ne ferait ça. Bon, ici l'exemple est exagéré, mais c'est le principe. Les médecins, comme les médicomages, sont neutres dans les soins qu'ils prodiguent, et Talos, lui, n'est pas neutre.
himechu95670 : Merci ! Je suis contente que mon Draco vous plaise ! Et oui, il a la classe !
faerycyn : merci, voici la suite, j'espère qu'elle vous plaît tout autant.
