Sherlock et moi parlons tous les deux couramment français. Quand Sherlock parle français, ses yeux ont toujours l'air de briller et sa voix est toujours plus douce que quand il parle anglais. Sa mère était française, il me l'a dit une fois, il y a des années, lorsqu'il était pris dans un rêve fiévreux Il avait attrapé une pneumonie parce qu'il avait cru que ce serait une bonne idée de se jeter après un criminel dans la Tamise. Il m'a profondément fait peur avec sa petite acrobatie et après ça il a déliré pendant des jours. J'ai passé des journées à ses côtés, serrant ses mains chaudes et sèches dans les miennes en espérant qu'il aille mieux.
Sa mère était une belle femme, on peut voir d'où Sherlock tient son étrange et surréaliste beauté. Elle était menue et mince avec une peau d'albâtre et de long cheveux blonds et clairs, presque blancs, flottant en de douces vagues sur son dos svelte. Elle avait les mêmes yeux brillants, pâles, et oh si perçants qu'a Sherlock. Je ne l'ai jamais rencontré, elle est morte il y a plusieurs années, laissant un mari et deux enfants derrière. Sherlock a une photo d'elle, avec une mèche de ses cheveux blonds, cachées dans une petite boîte en ivoire sous son lit. Il y a aussi – cela m'a surpris et m'a fait sourire quand je l'ai trouvé – une photo de moi quand j'étais plus jeune , un de mes insignes – ce qu'il aime apparemment voler – une photo d'enfance de son frère Mycroft et d'un très innocent et très doux Sherlock, et une photo montrant John et Mrs. Hudson souriant joyeusement. J'ai trouvé la boîte quand je cherchais sa réserve secrète de drogue. J'ai toujours peur qu'il fasse une rechute – particulièrement quand la vie est dure pour lui. Je ferais n'importe quoi pour l'empêcher. Et quand je dis n'importe quoi, je veux vraiment dire n'importe quoi.
Parfois, lorsqu'il est plongé dans ses pensées, il parle français sans s'en rendre compte. Ça arrive aussi quand il est dans une situation de stress ou lorsqu'il a peur. Dans ses moments il retombe dans sa langue maternelle. Ça s'est arrangé avec le temps et il ne le fait presque plus du tout. J'avais l'habitude de le taquiner en anglais et – ce qui l'ennuyait encore plus – avec des petits noms en français. Il disait toujours que je devrais garder à l'esprit qu'il connaît sept façons différentes de me tuer – lentement et douloureusement – et qu'il s'assurerait que personne ne retrouve jamais mon corps si je n'arrêtais pas de l'appeler « mon chaton » ou « mon cœur ». Malgré ses protestations et son immense aversion pour eux au début il semble avoir appris à les apprécier et quand il ne va pas bien, ces petits noms paraissent le réconforter d'une certaine façon. Ces noms sont devenus une marque de confiance, une marque d'affection entre nous.
Depuis qu'il est revenu je peux compter sur les doigts d'une mains les fois où j'ai utilisé « mon chaton » pour le taquiner. Il semblerait maintenant que je ne l'utilise que pour le réconforter lorsqu'il est triste ou apeuré – ce qui est permanent – sans que ça ne fasse quoi que ce soit. Parfois je me dis qu'aucun mot ne peut le calmer. Les choses changent, les gens changent et je devrais l'accepter.
Mais je n'en ai pas envie.
