18.

Kycham gloussa à la vue de la scène qui se déroulait devant lui.

- Je peux me tromper mais il me semble bien que le cliché veut que ce soit la secrétaire qui se retrouve à quatre pattes sous le bureau de son patron et non l'inverse ? !

- Mais tu sais que je prends toujours le contrepied des vérités, sourit Aldéran en se relevant souplement, s'appuyant au dossier du fauteuil où Lorèze était assise pour se pencher vers l'ordinateur. Alors, maintenant, ça donne quoi ?

- Parfois rien ne vaut une bonne vieille connexion fixe, Aldie ! J'ai récupéré tes fichiers. Fais une sauvegarde, puis tu peux te remettre sur le sans fil, mais évite de renverser du thé brûlant sur ton émetteur-récepteur fixé au mur !

- Je vais faire déplacer la table afin que cet accident ne se reproduise plus. Merci pour le dépannage, Lorèze.

- Oui, s'il te faut attendre la réponse du service Informatique, t'étais pas tiré d'affaire, Général ! Mais entre ton Toshy Oyama et moi, tu es en de bonnes mains ! Et maintenant, au boulot !

Lorèze se retira et Kycham prit place dans le fauteuil face à Aldéran, après avoir posé les deux tasses de thé sur la table de travail.

- Et ne renverse plus, si j'ai bien compris ! ?

Kycham eut un petit rire.

- A moins que tu ne tentes de tout saboter avant ton départ ? avança-t-il.

- C'est de l'humour ? grinça le grand rouquin balafré.

- Oui, je t'ai vexé ? s'inquiéta Kycham.

- Sur le coup, il me semble que c'est moi qui t'ai eu !

- Pas facile de te cerner, Général. Mais tu es bien plus accommodant qu'on ne pourrait le penser.

- Et toi, tu es là pourquoi ? préféra demander Aldéran en rajoutant du sucre dans son thé.

- Tu nous quittes dans trois semaines, ça coïncide avec la fin des vacances scolaires de tes fils, je peux t'assurer que ça nous fait très bizarre, à tous ! Je n'ose imaginer ce que tu peux ressentir… Ça va ?

- Tout mis ensemble, j'aurai passé trente ans dans les différents services de Polices, en commençant tout en bas de l'échelle puisque je n'étais qu'une petite frappe avec une brassière en or… Et voilà où j'en suis, ça me semble incroyable, impensable… Oui, Kycham, je n'arrive pas à réaliser, et encore moins que je quitte une vie pour en entamer une autre alors que, quelque part, c'est ma retraite que je prends !

- Je me disais bien que ça ne pouvait que te chambouler ! Mais tu sais…

- Je sais que je laisse l'AL-99 en d'excellentes mains avec Soreyn, que je pourrai me concentrer entièrement sur les Divisions Sectorielles.

Aldéran passa la langue sur ses lèvres sèches.

- J'ai repris l'Unité puis le Bureau de Melgon Doufert. Ensuite j'ai eu les Bureaux fusionnés puis ces Divisions… Quel parcours, je me répète mais je ne le réalise absolument pas !

Kycham tendit de nouveaux sachets de thé et remplit les tasses d'eau bouillante.

- Et avant cette retraite, qui est en fait une reconversion, tu n'as pas l'intention d'opérer une dernière virée dans la mer d'étoiles ?

- Une virée, oh que si, mais pas la dernière, juste une avant une très longue interruption pour maîtriser mes nouvelles responsabilités. Oui, j'irai voir mon petit monde, m'assurer qu'il va bien afin, d'entamer sereinement mon autre vie. J'ai quelques jours de congé à poser, ils y seront employés !

Aldéran fronça les sourcils.

- Tu t'inquiétais pour moi ?

- Il y a toujours un commanditaire de meurtre dans la nature…

- Cette question est réglée !

- Comment cela ?

- Le jour du départ de la Présidente Solkadir… Il y a eu du grabuge mais Lhetta et moi avons remis de l'ordre. Ce ne fut pas de notoriété publique…

- Forcément puisque aucun de nous ici n'en avons rien su ! Raconte, Général !

- C'était dans le parking du Sweet Paradise

Lhetta Kron s'étant chargée de la sécurité du cortège à l'extérieur, la dernière tâche du Général des Polices de RadCity avait été d'accompagner jusqu'au parking la Présidente et son époux à leur limousine.

- Prenez place, pria Aldéran en tenant personnellement la porte de la limousine à Varyna Solkadir.

Mais percevant du mouvement du clin de l'œil, il tira son arme et fit face à la femme qui se dirigeait droit sur le long véhicule blanc.

- Plus un pas ! intima-t-il. Et il n'y aura pas d'autre sommation… Sénatrice Ogan.

- Varyna et moi avons combattu les Gorgeons, à l'époque, sur notre planète, mais une fois Vice-Présidente et encore plus Présidente, ce fut un tout autre son de cloche ! éructa la sexagénaire aux cheveux blancs. D'autres combats, alors que notre galactopole natale était mise en coupe réglée, rançonnée jusqu'à la moelle !

- J'ai essayé d'aider, plaida Varyna depuis la limousine. Mais si je disposais d'autres moyens, ils n'étaient plus dirigés sur notre ville natale… J'en suis désolée.

- Et moi je t'ai voué depuis une haine infinie ! Je savais que ce sale rouquin ferait tout pour toi, je devais m'en débarrasser avant d'agir, mais ma tueuse à gages fut trop en vrille que pour suivre mes ordres… Et voilà qu'il est toujours vivant et que tu repars, indemne, avec ton mari issu de basse classe, c'est d'un affligeant ! Il faut vraiment que je me salisse les mains…

- Reculez, Sénatrice Ogan, pria Aldéran. J'ai une mission et je vous sacrifierai pour ma Présidente !

- Jamais !

- … Et j'ai pressé la détente, conclut Aldéran. Menace éradiquée mais à un prix dur pour la Présidente car elle et cette Sénatrice étaient liées, compagnes de débuts de carrière respectives… Encore une épreuve, mais je l'avais presque oubliée, celle-là !

- Ca nous soulage, Général. Tu aurais pu nous le dire, on aurait cessé de s'angoisser pour toi et d'investiguer !

- Désolé, ça m'est vraiment sorti de la tête…

- Je peux comprendre, soulagé de le savoir !

- Tu peux me refaire un thé et me laisser, s'il te plaît, Kycham ? Je préfère être seul.

- Je te préviendrai à la moindre alerte !

- J'espère qu'elle sera d'ordre 9 !


Soreyn jeta un regard noir à Jarvyl qui opina du chef.

- Tu ne devrais pas être là, Général !

- J'ai déjà entendu cette rengaine !

- Aldie, entre tes problèmes cardiaques et de vue…

- Pour mon cœur, l'Implant régule désormais parfaitement mon rythme. Et pour ma vue, aucun de vous n'ignore que je suis à nouveau à mon top ! Et un Code 10, nouvelle graduation oblige, je ne peux vous laisser partir seuls !

Aldéran se dirigea alors vers le Van d'Intervention d'origine pour enfiler sa tenue de combat de toujours.

Et, arme au poing, il se joignit à ses troupes pour entamer l'opération qui les avait mobilisés.