Chapitre 13

6 heures 30

Gibbs se réveilla doucement, enlaçant toujours Tony qui dormait du sommeil du juste dans ses bras. Il ne put résister à l'envie de glisser son visage dans le cou du policier pour respirer son odeur, cette odeur qui lui avait tant manquée. Il resta là un moment, parfaitement immobile, profitant de cet instant volé, de la chaleur de ce corps qu'il pouvait autrefois caresser, embrasser, aimer passionnément ou tout simplement enlacer à sa guise et quand il le voulait. Pas comme maintenant où il devait attendre que Tony soit endormi pour voler quelques brefs instants d'intimité.

Tout en se laissant aller à l'agréable sensation de sentir le souffle régulier de Tony lui chatouiller le torse, il repensa aux événements de la nuit précédente. Un léger frisson de peur rétrospective le parcourut. Tony lui avait franchement foutu la trouille. Quand il avait vu son corps immobile reposer au fond de la piscine, il avait bien cru que son cœur allait cesser de battre. C'était presque un miracle qu'il soit arrivé à temps pour le sortir de là et qu'il puisse maintenant le serrer dans ses bras… vivant.

Il embrassa doucement sa tempe, pour ne pas le réveiller, et se décida finalement, bien qu'à contrecœur, à se glisser hors du lit. Ne voulant pas laisser Tony sans surveillance, même si celui-ci dormait toujours, il alla dans la chambre voisine pour prendre le baby phone d'Ella. Il le brancha dans la chambre de l'italien, histoire d'avoir une oreille sur lui le temps qu'il prépare le petit-déj. Après sa tentative de suicide de la veille, il était hors de question qu'il le laisse complètement seul. Il allait devenir aussi fidèle qu'une ombre pour Tony, jusqu'à ce qu'il soit absolument sûr que ce dernier ne réitérerait pas son geste.

Il descendit rapidement à la cuisine pour leur préparer un bon petit-déjeuner le plus complet possible : café, céréale, jus de fruit, yaourt, toasts, œufs et bacon. Il remonta bientôt avec un plateau chargé de victuailles qu'il posa sur la table de chevet à côté de Tony.

-Tony, le petit-déj est prêt dit-il doucement en s'asseyant sur le rebord du lit

-Laisse-moi dormir ! grogna le principal intéressé avec une mauvaise humeur plus qu'évidente.

Gibbs ne put retenir un sourire amusé. Son ancien amant avait toujours le réveil aussi difficile et grognon le matin.

-Non. Il est grand temps de te réveiller ! Je te rappelle que c'est aujourd'hui que tu attaques la rééducation avec ton nouveau kinésithérapeute et tu as ta première séance de kiné dans deux heures. Alors, on se redresse et on s'assoit. Hop, et que ça saute ! ordonna fermement Gibbs en se retenant à peine de ne pas lui donner une petite tape affectueuse sur les fesses, comme il avait l'habitude de le faire avant.

La pensée de ce qu'il se passait généralement après, à l'époque, lors de ces séances de réveil lui fit monter une bouffée de chaleur dans les reins.

« Eh ! Calme-toi là en bas ! Ce n'est franchement pas l'endroit ni le moment de te mettre au garde à vous ! Retourne te coucher ! » Ordonna-t-il à son sexe qu'il sentait se gonfler dans son pantalon.

Tony abdiqua en soupirant et se redressa lentement en se frottant les yeux.

-Je n'ai pas faim marmonna-t-il néanmoins entre ses dents.

-Peut-être mais tu vas quand même manger. Tu vas avoir besoin de toute ton énergie pour ta séance de kiné.

Gibbs glissa le plateau sur les genoux de Tony et prit sa tasse de café. Il en but quelques gorgées avant de la reposer et de prendre une fourchette pour commencer lui-même à manger avec appétit.

-Au fait l'informa-t-il nonchalamment, sur le ton de la conversation. Abby, Ducky, McGee et Ziva seront là dans quelques heures. Ils ont hâte de te revoir.

-S'ils veulent voir un monstre, ils n'ont qu'à aller au musée des horreurs ou regarder Frankenstein !

-Arrête, Tony, tu n'es pas un monstre ! Ils veulent juste rendre visite à un ami qui leur manque.

-Je ne veux voir personne ! répliqua aussitôt Tony, sur la défensive.

-Tony, ce sont tes amis. Tu n'as pas vu McGee, Ducky et Ziva depuis plus d'un an et je suis sûr qu'au fond de toi, ils te manquent aussi. Tu verras, ça va être sympa de les revoir un peu.

-Tu aurais peut-être pu me demander mon avis avant de décider des choses pareilles s'énerva Tony en le fusillant du regard.

-Tu devrais manger avant que ça ne soit froid lui conseilla Gibbs pour changer la conversation, et surtout pour que Tony mange quelque chose.

-Je n'ai pas faim ! s'entêta le jeune homme.

-Oui, et bien, tu vas me faire le plaisir de manger quand même !

-Je n'ai pas à te faire plaisir !

-Peut-être. Mais ça n'empêche pas que ton corps a besoin de nourriture pour reprendre des forces.

-Ça, je m'en fous royalement !

-Eh bien, pas moi ! Tu me fatigues, Tony. Arrête ça tout de suite, de te comporter comme un sale gosse mal élevé !

-Non, toi, arrête ! répliqua Tony tout en envoyant balader violemment son plateau qui s'écrasa par terre dans un bruit de vaisselle cassée. J'en ai marre de ta condescendance ! Ça...

-Arrête, ça suffit ! cria Gibbs, excédé par le comportement de Tony. Y en a marre maintenant ! Tu vas cesser de t'apitoyer sur ton sort, tu m'as bien compris ? Abby, Ducky, Ziva et McGee arrivent dans quelques heures, et tu as intérêt à être agréable avec eux, surtout avec Abby. Elle ne mérite pas de supporter ton humeur désagréable et méchante. Oh ! Et si tu t'avises de recommencer une seule fois ce que tu as tenté cette nuit, je te jure que je te le ferai regretter amèrement. Maintenant, tu vas nettoyer tous tes dégâts et fissa !

Gibbs sortit de la chambre en claquant la porte, laissant derrière lui un Tony légèrement estomaqué par son soudain coup de gueule.

Gibbs resta un petit moment derrière la porte pour s'assurer que Tony n'allait pas commettre une nouvelle bêtise sous le coup de la colère puis, il descendit se préparer un autre petit-déjeuner qu'il avala rapidement, tout en gardant une oreille sur le baby phone dont l'émetteur était toujours branché dans la chambre de Tony. Il fut rassuré en entendant le jeune homme se mouvoir dans la pièce au-dessus de sa tête.

Quand il eut expédié son repas, il remonta à l'étage et alla directement se prendre une douche, une douche bien chaude histoire d'essayer de se détendre un peu. Une fois séché et habillé, il regagna la chambre de Tony où il entra, sans frapper à la porte.

Tony était assis sur le rebord de son lit. Il s'était habillé et tentait maladroitement de boutonner sa chemise avec une seule main. Il remarqua le plateau posé sur la commode. Les débris de vaisselle cassée et de nourriture avaient été entassés dessus et le sol de la chambre avait été essuyé et était à peu près propre. Il nota mentalement de penser à venir passer un coup de serpillière par terre et, sans un mot, il prit le plateau et ressortit de la chambre.

-On part dans cinq minutes l'informa-t-il juste avant de franchir le seuil de la chambre.

Cinq minutes plus tard, Tony n'étant toujours pas descendu, il remonta pour voir ce qu'il faisait. Il entra silencieusement dans la chambre, dont la porte était restée ouverte, et découvrit Tony en train d'essayer en vain de nouer les lacets de ses baskets. Mais, malgré toute sa bonne volonté évidente, d'une seule main, il n'y arrivait pas.

-Je peux ? demanda Gibbs en s'agenouillant devant lui, pour l'aider à lacer ses chaussures.

Tony se contenta de répondre par un hochement de la tête, évitant soigneusement de croiser son regard.

-Voilà, on peut y aller annonça Gibbs au bout de quelques secondes en posant une main sur le genou de Tony.

-Merci.

La voix de Tony n'était qu'un chuchotement mais suffisamment audible pour que Gibbs l'entende

-De rien.

Gibbs s'apprêtait à quitter la chambre quand Tony l'interpella.

-Gibbs...

-Oui répondit-il sans se retourner.

-Je… je voulais m'excuser pour ce que je t'ai dit le jour de mon retour et pour tout le reste, aujourd'hui, hier…

-Excuses acceptées dit Gibbs d'une voix douce en se retournant pour lui sourire. Il faut vraiment qu'on y aille maintenant, sinon tu vas être en retard chez le kiné.

Tony lui rendit timidement son sourire. Il enfila une mitaine en cuir afin de cacher sa main abîmée – après l'épisode avec ses voisins, il ne voulait plus recevoir des regards horrifiés et se camouflait encore davantage sous des couches de vêtements. Pour finir, il se leva en prenant appui sur sa canne.

-J'arrive.

Vingt minutes plus tard, Gibbs déposait Tony devant le centre de rééducation, là où il allait dorénavant venir presque chaque jour s'entraîner pour récupérer sa mobilité.

Nouveau lieu, nouvelles personnes, nouveau kiné…nouveau départ ? Tony hésita un instant à franchir les portes du centre. Il s'immobilisa et se retourna pour jeter un coup d'œil derrière lui. Il vit Gibbs le regarder fixement depuis la voiture, il paraissait évident que ce dernier ne démarrerait pas avant de l'avoir vu pénétrer à l'intérieur. Il soupçonnait même qu'il risquait de rester planté là jusqu'à ce qu'il ait fini sa séance pour s'assurer qu'il ne filerait pas avant la fin. Ouais, il semblait bien qu'il n'avait pas d'autre choix que d'aller de l'avant. Il prit donc son courage à deux mains et entra pour aller affronter trois heures de" tortures".

Après avoir vu Tony disparaître dans l'établissement, Gibbs attendit un petit moment pour être sûr qu'il ne ressorte pas. Puis, il décida de mettre à profit ces trois heures de liberté pour aller rapidement faire quelques courses. Abby l'avait appelé pour lui dire que leur vol était bien à l'heure et qu'ils arriveraient donc à Los Angeles dans un peu moins de six heures. Il fallait donc remplir les placards en prévision de ces visiteurs. Les courses faites, il ramena tout à la maison et eut même le temps de faire les lits et de boire un café avant qu'il ne soit l'heure de repartir chercher Tony.

Il arriva juste au moment où le jeune homme franchissait les portes du centre. Il le regarda se diriger vers lui avec attention. Sa claudication s'était légèrement accentuée, signe qu'il devait être épuisé après tous les efforts fournis, d'autant plus qu'il était resté trois jours sans faire ses exercices. Le manque de sommeil et les événements de la nuit précédente n'étaient pas non plus étrangers à sa fatigue.

Quand il arriva à son niveau, Tony ouvrit la portière et se glissa avec difficulté dans le siège. Gibbs se retint de se précipiter pour l'aider à s'installer mais, vu la susceptibilité de Tony sur son état physique, il préféra s'abstenir.

-Ça a été ?

-Ouais.

-Et si on allait déjeuner au restaurant ce midi ? proposa Gibbs avant de démarrer.

-Non. Je préfère rentrer manger à la maison.

-Allez, tu n'as pas mis le nez dehors depuis quatre mois, sauf aujourd'hui pour aller à ta rééducation. Ça te ferait du bien de prendre l'air et de voir un peu de monde.

-J'ai dis non ! Je n'ai pas envie de me donner en spectacle. Je t'ai dit que je préfère manger à la maison et en plus je suis crevé.

Voyant les profondes cernes soulignant ses yeux et son regard brillant de fatigue, Gibbs préféra ne pas insister pour cette fois-ci. Mais il se promit de tout mettre en œuvre pour que Tony recommence à vivre et à sortir de sa tanière. Il n'avait pas à avoir honte de son apparence. À ses yeux à lui, il était toujours aussi magnifique. Blessé dans sa chair, sans aucun doute, mais néanmoins magnifique.

« Et la première personne qui osera lui faire une remarque désobligeante sur son apparence physique regrettera d'avoir un jour croisé la route de Leroy Jethro Gibbs ! » se jura-t-il en démarrant.

À peine arrivés à l'appartement, Gibbs se mit à préparer le repas et Tony s'installa sur le canapé sa jambe droite posée sur la table basse.

-Ils arrivent dans combien de temps ?

-Dans un peu moins de trois heures. À ce propos, ils vont dormir ici. Abby et Ziva se partageront la chambre au bout du couloir, McGee prendra le canapé et je vais laisser ma chambre à Ducky. Quant à moi, je dormirai avec toi.

-QUOI ?! rugit Tony avec un air scandalisé. Il est absolument hors de question que je dorme avec toi ! Et de quel droit as-tu tout décidé tout ça sans même m'en parler avant ? Je suis chez moi, merde ! Et j'ai décidé que tu ne dormiras pas dans ma chambre ! Tu leur as proposé de dormir ici sans me demander mon avis, alors tu n'as qu'à partager ta chambre avec Ducky acheva-t-il en se croisant les bras sur la poitrine avec un air têtu.

Gibbs soupira. Décidément, Tony ne lui rendait pas les choses faciles et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour mettre à bout sa patience. Il reprit calmement et avec fermeté, comme s'il s'adressait à un gamin de deux ans et non pas à un adulte ayant presque atteint la quarantaine.

-De toute façon, maintenant, c'est trop tard et tu n'as pas le choix. Et puis, ce n'est pas comme si on ne l'avait jamais fait avant. Je te rappelle qu'on a partagé le même lit pendant plusieurs années. Mais, si ça te gêne autant que ça de m'avoir dans ton lit, pas de problème, je dormirai sur le fauteuil. Dis-toi que ça ne durera que quatre jours, si ça peut te consoler.

-Très bien, je m'incline. Il semblerait que je n'ai pas mon mot à dire de toute façon ! Pour pas changer ronchonna-t-il en lui tournant résolument le dos et en allumant la télé, bien décidé à l'ignorer royalement.

Gibbs le rejoignit rapidement avec deux assiettes remplies de pâtes à la sauce tomate. Il en tendit une à Tony qui la prit en articulant un 'merci' du bout des lèvres. Ils mangèrent sans échanger un seul mot, laissant à la télé le soin de combler le silence pesant qui s'était installé entre eux. Quand ils eurent terminé, Gibbs débarrassa rapidement les assiettes et revint avec deux tasses de café. Il s'installa près de lui sur le canapé et ils sirotèrent leurs boissons pendant un moment en regardant les informations.

Puis, Gibbs reposa sa tasse sur la table basse, se retourna vers Tony, prit son menton dans une main pour lui faire lever les yeux sur lui avant de commencer d'une voix douce

-Ils ne devraient plus tarder à arriver maintenant. Je te demande une chose, essaye de ne pas te montrer trop désagréable avec eux. S'il te plait…

Les yeux de Tony s'embuèrent légèrement et il hocha la tête sans dire un mot.

-Tu veux un autre café ?

-Ouais, je veux bien.

Gibbs retourna la cuisine avec les deux tasses vides pour les remplir à nouveau. Quand il revint auprès de Tony, celui-ci s'était endormi contre le dossier du canapé.

« Un peu de sommeil ne lui fera vraiment pas de mal car il est vraiment épuisé » pensa Gibbs tout en essayant de l'installer plus confortablement sans le réveiller.

Puis, il avala son café d'une traite et s'assit sur un fauteuil pour prendre, lui aussi, un peu de repos.

Une sonnerie stridente frappant ses oreilles l'arracha au sommeil. Il ouvrit immédiatement les yeux en réalisant que c'était son portable qui sonnait.

-Gibbs !

-Hé, Bossman ! Ça y est on vient de sortir de l'aéroport. Le temps de sauter dans un taxi et on est là !

-Parfait, alors à tout de suite.

Gibbs se passa la main sur le visage pour chasser les dernières traces de sommeil puis regarda sa montre. Il avait sombré pendant une bonne demi-heure et ça lui avait fait un bien fou. Il se sentait en bien meilleure forme. Vu l'heure et la circulation dans Los Angeles à cette heure-ci, il estima que son ancienne équipe serait là d'ici trente minutes au plus tard. La sonnerie du téléphone n'avait pas dérangé Tony qui dormait toujours, alors autant le laisser dormir encore un petit quart d'heure.

Il profita de ce temps pour remplir le lave-vaisselle et le mettre à tourner. Quand il revint dans le salon pour réveiller Tony, celui-ci avait déjà les yeux ouverts.

-Bien dormi ?

-Ouais, et ça fait du bien.

-Abby a appelé il y a un quart d'heure pour dire qu'ils étaient arrivés. Je pense qu'ils ne devraient plus tarder maintenant.

-Ok. Je vais vite aller me prendre une douche avant qu'ils arrivent alors.

Une bonne dizaine de minutes plus tard, il appela Gibbs.

-Il y a un problème ? demanda ce dernier inquiet, en grimpant rapidement les marches pour le rejoindre dans la salle de bains.

-Heu... non. J'aimerais juste que tu m'aides à me raser, de la main gauche je n'y arriverai pas.

Gibbs esquissa un petit sourire, heureux de voir que Tony n'hésitait plus à lui demander son aide.

-Bien évidemment.

Gibbs étala la mousse sur le visage de Tony et le rasa avec beaucoup de précaution. Il mourrait d'envie d'embrasser ce visage qui apparaissait de sous cette barbe non rasée depuis deux mois. C'était bon de pouvoir voir de nouveau le tracé ferme de sa mâchoire et il ne résista pas à l'envie de l'effleurer légèrement du bout des doigts

-Voilà.

-Merci.

-De rien.

Ils échangèrent un regard intense avant d'être dérangés par la sonnerie de l'interphone qui les ramena au temps présent.

-Je vais aller leur ouvrir dit Gibbs en s'écartant à regret.

Il avait été à deux doigts de céder à la tentation et de poser ses lèvres sur celles de Tony.

C'est avec un peu d'appréhension que Tony suivit Gibbs au rez-de-chaussée. Dans quelques instants, il allait revoir ses anciens collègues qui, hormis Abby, ne l'avaient pas vu depuis pratiquement un an et demi. À peine la porte fut-elle ouverte que la tornade Abby sauta au cou de Gibbs pour le serrer avec enthousiasme contre elle.

-Gibbs !!! Tu m'as tellement manqué !

Elle embrassa Gibbs avec effusion puis, apercevant Tony qui arrivait derrière, elle le relâcha pour se précipiter vers lui, se retenant à la dernière seconde de se jeter sur lui pour plutôt le serrer dans ses bras avec précaution.

-Toi aussi, tu m'as manqué ! dit-elle avec chaleur en lui déposant un baiser sonore sur la joue. Tu as meilleure mine qu'à l'hôpital ajouta-t-elle en s'écartant légèrement afin de pouvoir l'examiner.

Ducky, McGee et Ziva entrèrent à leur tour dans l'appartement et saluèrent Gibbs avant de se tourner pour dire bonjour à leur ami et ancien collègue.

Tony ne put s'empêcher de se raidir légèrement quand il se trouva face à eux. La dernière fois que ses trois amis l'avaient vu, il était encore Tony le tombeur qui charmait tout le monde avec son sourire et son physique séduisant. Ils avaient maintenant face à eux un demi-monstre qui se déplaçait avec une canne, avait tout un côté encore à moitié paralysé et des brûlures immondes sur une bonne partie corps. Et, même si celles-ci étaient soigneusement camouflées sous ses vêtements longs, il avait l'impression d'être nu sous leurs regards.

Il les observa avec attention, essayant de déchiffrer leurs pensées et leurs réactions, cherchant une lueur d'horreur et de dégoût au fond de leurs yeux, mais en vain. Ducky, McGee et Ziva se contentèrent de lui sourire, heureux de le voir encore vivant après ce qui lui était arrivé. Ils s'avancèrent vers lui pour lui serrer la main, lui donner une accolade et même, pour Ziva, l'embrasser sur la joue en lui exprimant leur joie de le revoir enfin après tout ce temps.

Quand tout le monde eut fini de se saluer, Gibbs endossa le rôle du parfait maître de maison et se chargea de leur faire visiter les lieux ainsi que de leur montrer les chambres où ils allaient dormir. Pendant ce temps, Tony en profita pour aller se réfugier sur la terrasse, il n'avait plus l'habitude de voir autant de monde en même temps et il avait besoin d'un peu de solitude.

Abby, qui connaissait déjà bien la maison, décida de l'accompagner pour lui tenir compagnie. Elle sentait bien que son ami était un peu perturbé et lui cachait quelque chose. Son attitude étrange n'était pas seulement due au fait qu'il venait de revoir ses anciens collègues et amis. Non, il y avait autre chose, elle en était sûre et elle était bien décidée à découvrir ce que c'était. Ils s'assirent l'un à coté de l'autre sur le transat et Abby vint se lover contre le bras valide de Tony. Elle examina un moment le visage du jeune homme essayant de deviner ce qui semblait le perturber.

-Ça se passe bien avec Gibbs ? lui demanda-t-elle finalement, se disant que l'ex marine était la cause la plus probable de la mélancolie de Tony.

-Ouais, ça peut aller… même s'il est franchement agaçant par moments.

-C'est normal, c'est Gibbs riposta Abby comme si 'agaçant' et 'Gibbs' étaient deux mots qui allaient automatiquement ensemble.

-Justement non, ce n'est pas normal ! Il n'est plus trop lui… je veux dire… il est trop gentil.

-Arrête ! Il n'a jamais été méchant répondit Abby en prenant aussitôt la défense de son renard argenté.

-Alors disons plutôt qu'il est trop attentionné, trop prévenant, si tu préfères. Il est toujours sur mon dos et ça m'étouffe. Ça m'est un peu difficile de vivre de nouveau à ses côtés, c'est…

Tony s'interrompit, à la recherche de ses mots pour exprimer ce qu'il ressentait et tout à coup, il explosa et laissa s'écouler tout ce qu'il avait sur le cœur, toute la confusion qui l'habitait. Il savait qu'Abby ne le jugerait pas et surtout, le comprendrait, le soutiendrait. Après tout, n'avait-elle pas toujours été sa fidèle confidente au cours de ces dernières années ?

-Merde ! C'est trop dur à gérer tout ça ! D'abord, Gibbs qui réapparaît dans ma vie, au moment où j'avais enfin tourné la page et décidé d'avancer, puis la mort de Martin...

« À cause de moi » se garda-t-il bien de rajouter à voix haute, ne voulant pas subir une fois de plus un laïus sur le fait que ce qui était arrivé n'était pas sa faute, etc…

-Et maintenant…maintenant, je ne sais plus où j'en suis, soupira-t-il avec un air misérable qui brisa le cœur d'Abby.. Je me rends compte que…j'éprouve toujours des sentiments pour Gibbs, même s'ils sont assez confus mais d'un autre côté, je me sens coupable de les ressentir alors que Martin est mort depuis si peu de temps...et qu'il me manque vraiment beaucoup. Sans parler du fait que je n'ose plus accorder ma confiance à Gibbs, j'ai trop peur d'être de nouveau blessé...trahi et je ne pourrai pas le supporter une deuxième fois…Il se tut de nouveau, une boule dans la gorge.

-Il t'aime fit alors doucement remarquer Abby en serrant sa main dans la sienne.

-Je le sais ça… mais c'est trop dur, trop tôt.

Il secoua la tête d'un air désespéré.

-Tout aurait été tellement plus simple s'il n'était jamais réapparu dans ma vie…

-Pourquoi dis-tu ça ? Pourquoi cela aurait-il été plus simple ? interrogea Abby en fronçant les sourcils, intriguée par sa remarque.

Tony releva les yeux pour plonger son regard dans le sien et lui répondit honnêtement,

-Parce que s'il n'avait pas été là, et bien… je ne serais plus là non plus.

Voyant qu'Abby ne comprenait pas ce qu'il voulait dire, au regard perplexe qu'elle lui jeta, il expliqua.

-Tu sais, quand j'étais dans le coma, je l'ai entendu…et je me suis accroché à sa voix. Pourtant, j'étais attiré par cette envie de tout lâcher et de partir rejoindre… tu sais… cette lumière blanche que certains disent avoir aperçue lors de comas profonds, je l'ai vue moi aussi. Je sais que je suis resté longtemps à la contempler et à vraiment hésiter à m'y plonger… Mais de l'autre coté, il y avait la voix de Gibbs qui me demandait de m'accrocher… et je l'ai fait, parce que je n'ai jamais su résister à Gibbs… mais pourquoi ? Pour quelle vie ? Pour celle d'un infirme dont tout le monde a pitié ?

-Tony, tu vas t'en remettre, tu vas finir par récupérer toutes tes aptitudes physiques… tu vas pouvoir reprendre une vie normale…

-J'ai voulu tout arrêter lui annonça alors Tony.

-Pardon ? Tout arrêter ? Comment ça ?

-Hier… j'ai… j'ai tenté de mettre fin à mes jours lui avoua-t-il dans un murmure.

Les yeux d'Abby s'agrandirent d'horreur à cette révélation et de grosses larmes se mirent à couler le long de ses joues. Tony lui essuya immédiatement les yeux d'une main tremblante, regrettant presque son aveu. Il détestait faire de la peine à son amie.

-Hé, ma belle, ne pleure pas la supplia-t-il. Je suis toujours là. Gibbs m'a empêché de réussir.

-Mais…. pour… pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ?

-Je me sentais tellement mal. Toutes les nuits je fais des cauchemars sur ce qu'il s'est passé ce jour-là… Je me sens tellement coupable d'avoir mené la moitié de mes hommes à la mort. J'étais leur chef, j'étais censé les protéger…. et j'ai lamentablement échoué. Et, s'il te plait dit-il en lui posant un doigt sur les lèvres, ne me chante pas toi aussi le refrain que ce n'était pas de ma faute. J'ai vu Martin agoniser sous mes yeux… et je n'ai rien pu faire… je voulais que tout ça finisse. Plus de culpabilité, plus de douleurs… plus de regards remplis de pitié.

Il ferma les yeux et résista à l'envie de se mettre à hurler sa colère et sa frustration. Abby le serra un peu plus fort dans ses bras pour le rassurer, lui faire savoir qu'elle était là pour lui, le serait toujours.

-Je n'aurais pas supporté de te perdre chuchota-t-elle contre son oreille d'une voix bouleversée. Tu ne recommenceras plus, hein ? Tu me le jures.

Il tourna légèrement la tête et déposa un baiser sur sa chevelure noir corbeau avant de faire un signe de dénégation.

-Promis, je ne recommencerai plus.

Il se sentit beaucoup mieux de s'être confié à Abby. À ce moment, ils entendirent des bruits de pas et de conversation, tout le monde était redescendu et venait juste de les rejoindre sur la terrasse avec un plateau où se trouvaient boissons et biscuits pour une légère collation. Ils arrêtèrent donc là leur conversation pour se tourner vers les nouveaux arrivants.

Ces derniers sentirent tout de suite l'atmosphère pleine d'émotions qui entourait les deux jeunes gens mais décidèrent, sans même se concerter, de faire comme si de rien n'était, pour ne pas les embarrasser. Ils s'installèrent près d'eux tout en discutant de tout et de rien, comme lors d'une réunion informelle entre amis.

-Alors, comment est la vie à Los-Angeles ? se hasarda à demander Ziva en regardant Tony.

-Bien fut la brève réponse donnée par l'italien, qui ne semblait pas vraiment décider à entretenir la conversation.

-Pas trop de tremblements de terre ? continua-t-elle néanmoins, faisant mine de ne pas remarquer son absence de loquacité.

-Un seul depuis que je suis ici répondit-il nonchalamment tout en haussant les épaules avant de se murer de nouveau dans le silence…

-Je suis en train d'écrire un nouveau livre lança alors McGee, histoire d'essayer de déplomber l'atmosphère qui devenait vraiment lourde.

-Ah oui ? Et sur quoi va-t-il porter cette fois-ci ? De qui as-tu copié la vie ? ricana Ziva, saisissant aussitôt la perche au passage.

-Ça va tourner autour d'un tueur en série qui marque ses victimes au fer rouge…

-Au moins, ce coup-ci, l'agent Tommy ne fera pas partie de l'aventure marmonna Tony entre ses dents.

Un silence s'abattit chacun un peu mal à l'aise. Gibbs le rompit rapidement en demandant de l'aide pour finir de préparer le repas et mettre la table.