Bonjour à tous et à toutes ! Me voici de retour pour un nouveau chapitre de Retour à la réalité. Je remercie One Percent pour ses nombreuses reviews, ainsi que tous les autres. Merci encore, cela m'encourage beaucoup.

Sans plus attendre, voici le nouveau chapitre de l'épopée de Chihiro :


Chapitre 14

Après un voyage remarquablement court, Chihiro apparut juste à l'entrée du pont et s'étala au sol, elle et toutes ses affaires, avec un manque de grâce considérable. Il fallait dire à son actif que c'était la première fois qu'elle voyageait de cette manière. Elle se releva et vit que malheureusement, madame Yubaba avait été témoin de sa maladresse et à son grand embarras, cela semblait même l'amuser :

"Première fois que tu voyages de cette façon, pas vrai ? J'aurais dû m'en douter. Qu'est ce qu'on vous apprend de nos jours ? C'est sûr que c'est moins confortable qu'à dos de dragon mais il te faudra t'y faire. Maintenant, viens, je n'ai pas que ça à faire !"

Chihiro la suivit aussitôt : le Palais des bains était encore plongé dans le sommeil après la nuit de travail que les employés venaient de fournir et l'ambiance était calme et silencieuse, quelque chose qui semblait presque irréel dans l'immense bâtiment qui d'habitude débordait de vie et d'un vacarme constant. Mais elle avait déjà vu ce type d'ambiance paisible lorsque elle s'était levée rejoindre Haku très tôt le matin alors elle s'y était fait. Elle passa devant les dortoirs respectifs des filles et des hommes crapauds dans le plus grand silence pour ne pas déranger leur repos bien gagné et rejoignit la partie des bains où il n'y avait pas un bruit qui s'élevait, où il n'y avait plus un seul Kami. Elles prirent ensuite l'ascenseur des hôtes et montèrent de quelques étages mais pas jusqu'au sommet, aux appartements de Yubaba. Non, ils s'arrêtèrent avant et traversèrent un couloir foré par des Shoji, des panneaux en papier de soie coulissant comme des portes.

La vieille sorcière finit par s'arrêter devant la dernière porte coulissante et l'ouvrit brutalement. L'occupante qui se trouvait être Rin fut réveillée brutalement et commença à murmurer des insanités avant qu'elle ne se rende compte que sa patronne se trouvait là. Aussitôt, elle se leva et s'inclina devant Yubaba qui sourit d'un air rusé :

"Il me semble, ma chère Rin que tu étais surchargée de travail depuis que tu as pris ton poste d'assistante, ta formation à ce nouveau travail sans compter nos petits entrainements aux arts de la magie. J'ai donc choisi de te donner une assistante avec laquelle tu es familière. Sen, tu connais déjà Rin et tu es sous ses ordres. Première consigne : quand tu ne connais pas quelque chose tu lui demandes et tu ne prends pas d'initiatives idiotes comme la dernière fois. C'est bien compris ?"

"Oui, madame Yubaba" Répondit humblement Chihiro sans oser lui rappeler que son véritable nom n'était pas Sen.

La vieille sorcière quitta la pièce et Chihiro sentit un grand poids lui tomber dessus. Au fond d'elle, elle aurait largement préféré continuer son apprentissage auprès de la sœur jumelle de Yubaba mais puisque cette dernière insistait qu'elle apprenne auprès d'autres pratiquants, elle se devait de respecter son conseil. La fillette, peu sûre d'elle, se demandait comment elle parviendrait à apprendre de la magie ici, dans un lieu qui lui rappellerait toujours l'angoisse de perdre ses parents. De plus, elle n'avait absolument aucune idée des tâches qu'on lui demanderait de faire. Comme lors de sa première visite, elle avait l'impression de se retrouver jetée dans l'inconnu sans savoir comment se sortir de sa situation. Et cette fois, elle n'aurait pas l'aide inespérée de Haku ainsi que ses conseils salvateurs.

Chihiro tourna alors la tête vers Rin qui soupira en se massant les tempes. Aussitôt, la jeune fille fut en alerte : avait elle déjà fait quelque chose de mal ? Comme si elle avait surpris ses pensées, son amie secoua la tête et dit :

"Ce n'est rien, Sen. C'est juste que je n'arrive pas à savoir ce qui se passe dans l'esprit de madame Yubaba : je ne sais pas si elle t'envoie dans le but de me remplacer, si elle pense que je ne suis pas à la hauteur… Elle chantait sans cesse tes louanges avant malgré tes idioties et maintenant j'ai peur qu'elle continue parce que tu as sans doute plus appris que moi en magie. Elle a seulement commencé à m'enseigner il y a deux ou trois mois et je progresse très lentement car elle refuse de m'apprendre des sorts qui pourraient être utilisés contre elle, comme pour Haku… Au fond, je suppose que je suis juste jalouse de toi."

Chihiro voulut protester, dire qu'elle restait certainement plus forte qu'elle mais elle ne dit rien au cas où ce serait la vérité : après tout, elle avait eu la chance d'être enseignée par Zeniba qui était certainement plus patiente et gentille que Yubaba. De plus, l'un des Chakras qui lui aurait posé le plus de problème avait été ouvert par la force, lui faisant gagner du temps et des efforts. Donc, si elle affirmait qu'elle était moins forte que Rin et que ce n'était pas vrai, Rin pourrait fort bien devenir jalouse. Contrairement à cette dernière, Chihiro avait l'impression de savoir où voulait en venir en les mettant en compétition : Yubaba et Zeniba avaient été enseignées de manière à exacerber leur rivalité et au début, cela avait eu du succès mais à présent, il n'y avait entre elles que de la défiance malgré le profond amour qui les avait unies.

Chihiro ne désirait pas que son amitié avec Rin se termine ainsi aussi, elle dit avec douceur en tenant la main de son amie :

"Ce n'est rien : j'essaierais de t'apprendre tout ce que Zeniba m'a appris et toi tu m'apprendras des tas de choses sur comment fonctionne le Palais des Bains, toi aussi. Peut-être que tu penses n'avoir rien appris mais qu'en réalité tu te trompes. On ne cesse jamais d'apprendre et notre rythme importe peu, au fond. Et n'oublie pas que sans toi, je ne m'en serais jamais sortie la première fois et je ne pourrais pas m'en sortir maintenant. Et une dernière chose, je suis contente et fière d'être l'assistante de mon amie et rien de ce que dira Yubaba n'y changera quoi que ce soit !"

Rin se redressa avec un peu de fierté et posa sa main sur l'épaule de Chihiro en lui souriant :

"Tu as raison. Ce serait bête de notre part d'entrer dans son jeu, pas vrai ?"

La petite fille acquiesça avec un soupir de soulagement, heureuse de ne pas s'être trompée dans ses paroles. Elle regarda autour d'elle et observa le décors : il s'agissait d'une chambre traditionnelle assez simple de quatre tatamis avec un futon, un tsukubai (un bassin creusé dans la pierre pour des ablutions rituelles,) des maximes calligraphiées concernant le travail étaient suspendues aux murs et Chihiro soupçonnait qu'elles avaient été écrites par Yubaba elle-même. La fillette finit de contempler ce décor si différent de sa vie d'autrefois puis finit par demander, curieuse :

"Nous sommes où, ici ?"

"C'est vrai que tu ne connais pas encore totalement le Palais des Bains. Nous sommes à l'endroit où vivent les employées servant les clients les plus raffinés et elles mêmes sont beaucoup mieux traitées et payées par Yubaba car elles apportent du prestige à sa demeure. Elles ont pris une place importante depuis ton dernier départ car nous avons eu des clients beaucoup plus puissants et désirant avoir accès à d'autres services que celui des bains. "

"Quels types de services ?" Demanda Chihiro dévorée par la curiosité.

"Cérémonie du thé, calligraphie, Composition florales, énuméra Rin en poursuivant : en fait, tu peux dire que ce sont de vrais Geishas. Elles connaissent tout des arts japonais les plus raffinés et savent les pratiquer à la perfection. Quand je suis montée en grade, Yubaba m'a mise ici, en partie, je suis sûre, pour me rabattre le caquet car c'est certain qu'à côté de ces filles, je ne suis qu'une pauvre paysanne ! Elles avaient pour ordre de m'enseigner au moins à ne pas m'humilier devant les clients les plus prestigieux en ne connaissant pas les choses qu'elles savent depuis qu'elles sont toutes petites."

"Elles ne sont pas gentilles ?" Demanda Chihiro.

"Elles sont très arrogantes et se jugent toujours au dessus des autres. En plus, elles ont la moquerie facile. Mais il faut reconnaître qu'elles sont vraiment douées. Jamais je ne parviendrais à les égaler dans leurs arts même si j'avais l'éternité devant moi. Mais de toute manière, je ne veux pas devenir comme elles, juste en savoir assez pour pouvoir m'adresser aux Kamis importants sans me couvrir de honte. J'ai appris des tas de choses avec elles et toi aussi sans doute…"

"Je ne suis pas certaine…murmura Chihiro toute rouge.

"Tu n'as pas le choix de toute façon. En tant que mon assistante et une personne très demandée, tu devras apprendre les façons de se comporter correctement. Mais je t'aiderai, ne t'en fais pas !"

"Merci…"

"Bon, en attendant, je te conseille d'essayer de prendre un peu de repos, la journée va être dure."

Rin sortit alors un futon d'un placard et borda Chihiro en partageant avec elle un petit sourire. Pour la fillette, c'était agréable d'avoir ces gestes de réconfort puisque ses parents n'étaient plus là pour les lui prodiguer et même alors, c'était entre les moments où ils partaient et rentraient du travail, des gestes d'affection donnés presque distraitement. Oh, elle avait été gâtée étant petite : elle recevait souvent des cadeaux mais elle aurait souvent préféré que ses parents lui consacrent plus de temps au lieu d'essayer de compenser par cela. Mais ce n'était que maintenant que Chihiro s'en rendait vraiment compte : ce n'était pas ses parents tels qu'ils étaient qui lui manquaient mais plus ce qu'ils pourraient avoir été s'ils n'étaient pas si occupés à travailler…

Chihiro essaya de ne plus penser à cela et bien vite s'endormit en serrant contre elle ses talismans, le symbole de ses amis qui seraient toujours là pour elle.


Elle n'eut pas l'impression d'avoir beaucoup dormi quand Rin la réveilla. Chihiro la regarda avec ses yeux sombres et comprit en voyant l'expression sur le visage de la jeune fille qu'il fallait qu'elle se lève d'urgence. Derrière elle, se trouvait une femme qui la contemplait avec une légère expression de dédain sur le visage et qui lui adressa la parole comme si elle y répugnait :

"Toi. Sais tu calligraphier ?"

"Heu… pas très bien…"Marmonna Chihiro en songeant aux commentaires de ses professeurs sur son écriture déplorable dans son bulletin scolaire.

"Ne marmonne pas, coupa la voix froide de la femme. Sais tu danser ? Chanter ? Jouer d'un instrument de musique ?"

"Non" Dit succinctement la jeune fille qui pensait à raison que son interlocutrice ne parlait pas de ceux de la culture occidentale.

"Rien, je suppose, concernant l'arrangement floral, le port du Kimono ou la cérémonie du thé ?"

"Non plus." Murmura Chihiro.

La dame lui prit alors le visage entre ses doigts et l'examina attentivement tandis que Chihiro tentait de ne pas exprimer ses sentiments quant au fait d'être examinée de cette manière.

"Pour les traits japonais, j'ai déjà vu mieux mais ça pourra aller." Déclara la dame comme si elle répugnait à accepter que quelque chose soit bien chez Chihiro. Puis elle leva les yeux au ciel et murmura de façon bien distincte pour les deux autres filles dans la pièce :

"Pourquoi me donne t-on toujours les cas désespérés ?"

Derrière elle, Rin tira la langue et Chihiro dû se retenir de ne pas éclater de rire devant les grimaces comiques de la jeune employée : visiblement, elle aussi en était passée par là. Mais elle n'eut pas le temps d'y penser davantage car déjà la femme lui faisait signe de la suivre. La fillette n'eut pas d'autres choix que de s'exécuter car cette dame ne semblait pas le type de personne que l'on contrariait à la légère. Or, elle semblait déjà de mauvaise humeur même si ça ne se sentait que par d'infimes nuances dans sa voix et son regard et Chihiro ne voulait définitivement pas la rendre d'encore plus mauvaise humeur. Tandis qu'elle la suivait, elle surprit le visage compatissant de Rin et songea que la suite allait être dure.

Elle avait raison. À peine fut elle entrée dans la pièce que la dame lui fit un reproche :

"Qu'est ce que l'on t'a appris ? Quand on entre dans un lieu où l'on va recevoir son enseignement, on s'incline par signe de respect envers l'art que l'on va pratiquer. Et c'est également vrai envers celle qui te prodigue son enseignement."

Chihiro s'inclina aussitôt avant d'entrer et fit une autre courbette devant celle qui allait être son enseignante. Cette dernière reprit :

"Je suis l'Oka-san de l'Okiya du Palais des Bains d'Aburaya et tu m'appelleras ainsi jusqu'à ce que j'en juge autrement. Tu as beaucoup de choses à apprendre pour pouvoir faire illusion auprès de nos clients. Nous commencerons maintenant et je n'accepte aucune récrimination, c'est bien clair ?"

"Oui…Oka-san." Cela tordait les entrailles de Chihiro d'appeler Oka-san une autre personne que sa propre mère, d'autant plus quand cette dernière était plongée dans la folie…

"Bien, nous allons commencer par ton apparence physique pour voir si c'est possible d'arranger cela."

Elle la conduisit dans une salle de bain à la japonaise où, pendant de longues heures, des femmes semblèrent vouloir frotter jusqu'au moindre centimètre de son corps. Chihiro apprit rapidement à ne plus se vexer des remarques indélicates des autres filles qui se plaignaient qu'elle était trop vieille pour commencer l'apprentissage, pour d'autre qu'elle était vraiment trop petite pour les responsabilités qu'on voulait lui confier…Dans tous les cas, elle ne semblait jamais avoir l'âge idéal pour quoi que ce soit.

Chihiro n'avait eu que le temps de sauver son élastique amulette et son bracelet et les avait conservés précieusement à l'abri des regards, ne désirant pas qu'on lui ôte ses trésors les plus chers.

Comme dans un rêve, elle observa les femmes qui prenaient soin d'elle l'épiler comme si elle était une femme adulte comme sa mère, traiter ses cheveux en plusieurs rinçages pour qui deviennent les plus raides possibles. Elle sentit des mains la nettoyer de sorte que sa pudeur n'était plus du tout respectée et elle passait entre les filles comme un paquet dont on se défaisait.

Puis, on banda autour de sa poitrine encore non formée une bande de tissu, qui fut suivie par une combinaison de soie rouge. On lui expliqua que le rouge était la couleur des maikos, c'est à dire des apprenties geishas et qu'elle était "à peu près" de ce rang là. Puis on l'habilla d'un yukata d'été de soie verte tandis que certaines filles commençaient au même moment à s'occuper de sa coiffure et lui confectionnait un chignon assez sophistiqué avec des accessoires dorés pendant que d'autres la maquillait comme si elle était une grande personne. Pour Chihiro qui n'avait jamais été du style à prendre soin d'elle, c'était une révolution et elle se contempla dans le miroir, n'ayant jamais pensé même dans ses rêves les plus fous qu'elle pouvait ressembler à une princesse japonaise. Puis on lui ordonna de s'asseoir et d'attendre qu'on vienne la chercher.

Chihiro s'assit en seiza, la position assise traditionnelle au japon : à genou, les mains posées sur ses cuisses et elle attendit longtemps que quelqu'un entre dans la pièce. Elle avait rapidement commencé à ressentir des fourmis dans ses pieds mais elle n'avait pas osé bouger de peur que ce soit un test : elle entendait d'ailleurs des chuchotement de l'autre côté du shoji et elle percevait des ombres derrière les panneaux en papier de riz : les espionnes n'étaient pas très discrètes.

Sans entrer dans leur jeu, Chihiro commença à méditer ses trois chakras et à s'entrainait à faire passer l'énergie au travers de ses différents méridiens. Au moins, ainsi, elle ne perdait pas de temps et pouvait travailler sur les différents exercices que Zeniba lui avait montrés.

Au bout d'une heure, l'Oka-san entra et eut un minuscule hochement approbateur quand Chihiro s'inclina devant elle puis elle lui fit signe de la suivre et la fillette imita les petits pas de la geisha, en grande partie pour soulager ses pieds endoloris par l'inconfort de leurs positions mais aussi parce qu'il semblait qu'elle devait marcher de cette manière.

Elle fut introduite dans une pièce où se tenait plusieurs geishas tenant chacune un instrument de musique : Shamisen, kokyû, Koto ainsi que de divers tambourins. On l'informa qu'on allait voir si elle possédait un quelconque don pour les instruments de musique traditionnels. Pour décrire pleinement comment s'était passé cette séance, il suffit de dire qu'à la fin, Chihiro était surnommée "offense à l'art de la musique" par les filles ayant assisté au cours : elle avait été incapable de tirer une note convenable des instruments auxquels on l'avait présenté et elle avait un sens du rythme exécrable. La seule exception avait été le koto duquel elle avait fini par tirer des notes à peu près justes et si elle appréciait cet instrument, c'était uniquement parce qu'elle lui rappelait le Kyudo, le tir à l'arc, dans sa manière de pincer les cordes. La Oka-san avait soupiré et déclaré qu'elles devraient bien s'en contenter.

Puis un gong avait résonné, informant les Geishas que la nuit était tombée et que les clients ne tarderaient pas à arriver. L'Oka-san dit à Chihiro qu'il était hors de question qu'elle soit présente pour le moment devant des clients tant qu'elle ne connaissait rien aux arts traditionnels et que donc, en attendant, elle allait attendre que les autres filles reviennent sans rien déranger de sa coiffure. Mais le caractère de Chihiro venait d'être mis à rude épreuve tout au long de la journée et au lieu de rester assise sur son coussin à attendre le retour des autres, elle se dirigea vers un coin de la pièce où elle avait remarqué une fente et se pencha.

Dans la pièce d'à côté se tenait une cérémonie du thé très ritualisée où une jeune geisha tenait le rôle de l'hôte tandis que trois esprits se tenaient assis en seiza en face d'elle. D'après ce qu'elle pouvait voir, il s'agissait d'esprits félins à en juger par leurs oreilles qui surgissaient derrière leurs masques. Ils étaient vêtus de kimonos dispendieux et suivaient le protocole de la cérémonie avec le plus grand soin.

Chihiro, de son côté, observait avec une attention immense ce qui se passait, les gestes rituels qui se succédaient les uns après les autres : les ablutions, les sucreries servies, la façon dont le thé était fait, la manière dont les clients invités se comportaient quand ils acceptaient le thé, le peu de mots qu'ils disaient pour remercier leur hôtesse, leurs commentaires élogieux sur la décoration traditionnellement minimaliste de la salle de cérémonie. Enfin, les invités quittèrent la salle après une dernière salutation. Enfin, la jeune geisha qui avait officié durant près de cinq heures quitta la pièce et rejoignit la salle où se trouvait Chihiro, sagement assise en seiza. La fillette salua celle qui était désormais son Onee-san qui lui dit :

"Tu as tout écouté et tout regardé depuis la fente dans le bois, n'est ce pas ?"

Se croyant découverte, Chihiro décida que mentir ne ferait que l'enfoncer davantage. Aussi, elle acquiesça en se demandant si elle allait être punie pour avoir espionné la cérémonie. Mais à ce moment là, le visage de sa compagne s'éclaircit et elle lui dit :

"Ça fait plaisir de savoir qu'au moins, tu as été assez dégourdie pour penser à observer nos rituels. Généralement, il faut un temps fou ou bien qu'elles s'ennuient vraiment pour que les nouvelles cherchent à savoir comment nous faisons nos rituels. Mais malheureusement, notre Oka-san et Yubaba sama provoquent la crainte parmi toutes les nouvelles venues et elles ont bien trop peur pour oser désobéir. Continue à faire ça. Nous avons toutes ici plus appris en observant nos ainées pratiquer qu'en écoutant les leçons de Oka-san. C'est même pratiquement la tradition."

"Merci pour le conseil, Onee-san."

"Tu sais, j'ai été geisha depuis que j'avais six ans et six mois du temps de ma vie sur terre. Quand je suis morte, j'ai juste continué ce que je savais faire le mieux. Tu te demandes peut-être pourquoi on te mène la vie dure ? C'est parce que nous avons travaillé durement pour arriver jusqu'à notre position et voilà que Yubaba sama prétend que nous vous apprenions à l'autre fille et toi nos connaissances durement acquises ! Nous avons toutes eu du mal à accepter cela."

"Je suis désolée que vous pensiez cela. Je ne prétendrais jamais être capable d'apprendre toutes les choses que vous connaissez alors qu'il vous a fallu toute une vie pour cela. C'est comme pour le Kyudo, même si je suis devenue meilleure à atteindre ma cible, je sais que j'ai toute une vie pour m'améliorer. Et je sais que nous voyons la vie de Geisha de façon différente : pour vous, il s'agit de l'accomplissement de vous même en tant qu'artiste japonaise alors que pour moi, ce n'st qu'un moyen d'atteindre un but : rien que pour cette raison seule je n'arriverai pas à vous égaler." Déclara Chihiro.

"Nous avons choisi deux voix différentes: nous avons choisi la voie de l'art et toi, tu serais plutôt en recherche de quelque chose d'en dehors de toi…Commenta la jeune Geisha avant de demander : Si je ne suis pas indiscrète, quel est ton but ?"

"Sauver mon père et ma mère, Onee san."

"J'ai du mal à compatir et j'ai du mal à comprendre pourquoi tu te donnerais tant de mal pour eux et pourtant je sais que la piété filiale est l'une des vertus les plus honorées et les plus importantes mais mes propres parents m'ont vendue à l'okiya quand j'avais à peine six ans et après cela, j'ai dû travailler comme une folle pour pouvoir régler ma dette auprès de mon Oka-san. Puis il y a eu un incendie et toute la maisonnée a péri, brûlée vive mais ma dette n'a pas été résorbée par la mort et je suis dans l'incapacité de m'émanciper tant que l'Oka-san et Yubaba détiendront mon contrat."

"Je suis désolée…"Murmura Chihiro.

"Ne le sois pas. Ici, au moins, j'ai la sécurité et je peux pratiquer les arts que j'aime. C'est juste l'Oka-san et Yubaba que je n'aime pas trop mais elles nous protègent à leur manière…"

'Et elles en profitent bien au passage' songea Chihiro qui connaissait désormais fort bien la personnalité de sa patronne et elle voyait bien l'Oka-san comme une matrone aimant tout contrôler. Décidant qu'elle était au moins en bon terme avec la jeune femme, elle demanda :

"Comment t'appelle t-on ?"

"Je vois que tu as compris qu'ici, on nous vole nos noms…On m'appelle Mie avec les idéogrammes qui signifient belle et charitable.'

"Ce nom te convient bien : tu es la première à me parler gentiment dans l'Okiya. Je crois que s'il n'y avait pas eu toi sans compter Rin et mes autres amis, j'aurais vraiment eu du mal. Sinon, mon prénom est Chihiro mais tout le monde ici m'appelle Sen par habitude."

"Au moins, tu te souviens de ton nom. Garde le précieusement. Les autres filles ne vont pas tarder à rentrer et ensuite on pourra toutes aller dormir. L'aube ne va pas tarder à se lever. Par contre, si je dois te donner un conseil, essaie de réviser ce que tu as appris sur la cérémonie du thé. Ce sera l'objet de la leçon de demain, si tu veux tout savoir…"

"Merci, Mie !" S'exclamz spontanément Chihiro avant de rougir et de se rappeler qu'elle était sensée se conduire avec retenue et de s'incliner profondément devant la jeune femme profondément amusée.


À l'aube, Chihiro et Rin s'était retrouvée dans la chambre qu'elles partageaient désormais et chacune racontait sa journée : Rin s'était entrainée tout l'après midi à méditer pour essayer d'ouvrir le second Chakra puis elle s'était occupée à assister madame Yubaba dans ses tâches comme accueillir les plus puissants clients et diriger ses équipes. Chihiro avait raconté la sienne en narrant à la fois ses grosses difficultés pour la musique, les instants pénibles de sa métamorphose, les merveilles de la cérémonie du thé qu'elle avait espionnée et enfin, le début de son amitié avec Mie. Rin la regarda avec fierté et li dit :

"Je savais que tu étais devenue suffisamment dégourdie pour trouver le truc ! Je n'avais pas pu te le dire ce matin mais sache que ce que tu peux espionner est souvent l'objet de la leçon du lendemain. Il m'a fallu une semaine pour le comprendre et après cela, tu fais beaucoup moins d'erreurs ! Si c'est la cérémonie du thé, on peut essayer de la réviser ensemble. Moi aussi, j'ai un peu de mal. Dès que j'apprendrais quelque chose en magie, on fera un échange, d'accord ?"

Pendant une heure, tout en mangeant des onigiris, les deux filles révisèrent les étapes de la cérémonie du thé en écrivant sur des feuilles tout ce qu'elles avaient retenues de leurs observations, ce qui en plus améliorait la calligraphie de Chihiro. Cette dernière apprit ainsi qu'il existait un grand nombre de variantes dans ce type de cérémonies et qu'il fallait prendre garde à ne pas les confondre. Après ces révisions, Chihiro, après s'être dévêtue et avoir plié soigneusement son beau Yukata, s'effondra sur son futon, épuisée tout en posant son cou sur un takamakura, un repose tête en bois pour ne pas abimer sa coiffure et s'endormit comme une masse.


Voici maintenant quelques informations importantes sur la culture japonaise !

Le tsukubai (蹲踞, littéralement « bassin où l'on se penche »), est un petit bassin d'ablution que l'on trouve souvent dans les chaniwa (茶庭), les jardins entourant les pavillons de cérémonie de thé. Le bassin sert à se purifier les mains et la bouche avant la cérémonie, conformément à la tradition héritée du shintoisme. La position basse du bassin oblige les personnes à se baisser en signe d'humilité d'où le nom de « bassin où l'on se penche ».

Le tsukubai peut prendre différentes formes, mais correspond généralement à une pierre creusée alimentée en eau par un tube en bambou. Une louche sert aux ablutions.

Une geisha (芸者?), plus souvent appelée geiko (芸妓?) à Kyōto, est au Japon une dame de compagnie raffinée réservée à une clientèle très aisée, dédiant sa vie à la pratique d'excellence des arts traditionnels japonais. Le mot « geisha » peut s'interpréter comme « personne d'arts » ou « femme qui excelle dans le métier de l'art ».

Les geishas étaient traditionnellement entraînées depuis leur petite enfance. Les jeunes filles étaient vendues par les familles pauvres aux okiya, qui se chargeaient de les élever et d'assurer leur éducation.

Durant leur enfance, elles travaillaient comme bonnes, puis comme assistantes dans les maisons de geisha pour contribuer à leur entraînement mais aussi pour assurer le remboursement de la dette contractée pour le coût de leur éducation qui est souvent élevé. En particulier, la plus jeune fille de l'okiya avait pour tâche de veiller à l'entrée et d'accueillir les geishas qui revenaient de leurs rendez-vous11. C'est une forme d'entraînement traditionnel au Japon et qui perdure encore aujourd'hui, dans laquelle l'étudiant vit chez son maître, l'aide, le regarde pratiquer, l'assiste et exécute les tâches ménagères. Cet entraînement dure souvent plusieurs années.

Elles commençaient dès leur plus jeune âge à pratiquer un vaste éventail d'arts. La tradition japonaise veut que les enfants qui pratiquent les arts commencent « le sixième jour du sixième mois de leur sixième année », mais il arrivait que les futures geishas commencent plus tôt

Une okiya (置屋, maison de geisha) est l'endroit, au Japon, où logent les geisha le temps de leur contrat (nenki), et parfois même après.

L' okiya est dirigée par une okâsan (mère) qui s'occupe de ses pensionnaires comme ses propres filles.

Pour espérer devenir geisha, une jeune femme doit tout d'abord entrer en contact avec une okiya qui accepte de la prendre en charge. L' okâsan assure tous les frais de sa jeune apprentie (kimonos, accessoires, effets personnels...) qui s'avèrent particulièrement coûteux et s'occupe de sa formation.

La future geisha rembourse sa dette à l' okiya par la suite, dès qu'elle touche ses premiers revenus.


J'espère que ce chapitre vous a plu et si vous avez des remarques, des questions ou simplement, si vous aimez cette fic, n'hésitez pas à me laisser un message !