Oscar profita du calme retrouvé pour demander à Grand-Mère si un manteau digne de ce nom pouvait être trouvé, elle avait laissé ses affaires dans la sacoche de son cheval et souhaitait la récupérer. Grand-Mère lui en trouva rapidement un et elle sortit immédiatement vers l'écurie, la lampe à huile qu'elle tenait dans les mains manqua plusieurs fois de s'éteindre tant le vent continuait à souffler.

Elle chercha un endroit sûr où la déposer, elle devait trouver un endroit stable afin d'éviter la moindre chute de la lampe. L'écurie était propre mais beaucoup de paille, bien trop inflammable, s'y trouvait. Elle finit par la déposer sur un petit meuble dans lequel étaient rangées les brosses servant à bichonner les chevaux. Elle releva la tête se souvenant soudain d'un détail de son enfance. Là, sur cette poutre, André et elle avaient régulièrement mesuré leur taille au fil de leur enfance puis d'une partie de leur adolescence.

« Oscar ? Es-tu là ? » Lui demanda André qui entrait à son tour dans l'écurie. « Je suis là, je regardais le temps s'écouler » lui dit-elle, mystérieuse. Il s'approcha d'elle et la découvrit devant la poutre, traçant tendrement du doigt les différents traits qu'ils y avaient laissé Il sourit, à son tour attendri par ce souvenir. Il l'attira contre son torse et posa son menton sur son épaule.

« J'ai eu beau manger toutes les soupes de Grand-Mère, je n'ai jamais réussi à te rattraper, tu as toujours été plus grand que moi » Dit-elle avec nostalgie, le doigt toujours posé sur la poutre. « J'ai eu beau m'entrainer comme une folle, je n'ai jamais réussi à avoir les mêmes muscles que toi. Si tu savais à quel point j'ai pu t'envier ton corps. » Elle le sentit sourire contre son épaule.

« Mais ce corps est tout à toi maintenant » lui dit-il provocateur. Elle sourit à son tour en se retournant vers lui. « Et je trouve ça très bien d'être légèrement plus grand que toi, regarde à quel point nos deux corps sont parfaits l'un pour l'autre. » lui dit-il l'attirant à nouveau vers lui et calant sa tête sous son menton. « André, tu as froid ! » lui reprocha-t-elle en cherchant sa main.

« J'étais venu t'apporter une couverture, je sais que le manteau qu'on t'a donné n'était pas bien épais. » Oscar secoua la tête cherchant à taire son agacement. « Bon sang André ! » tempêta-t-elle, finalement incapable de se contenir. « Quand prendras-tu soin de toi ? Quand existeras-tu vraiment ? Tu es frigorifié et tu m'apportes une couverture sachant que tu n'as rien d'autre sur toi que ta tenue de voyage ! Tu veux me monter je ne sais combien de barriques d'eau chaude pour me préparer un bain alors que tu es épuisé par cette route bien que tu doives faire attention à toi pour ton cœur. Quand cesseras-tu donc de t'inquiéter pour moi ? Quand comprendras-tu que toi aussi, tu es important et tu mérites le meilleur ? »

André la regarda durant toute sa diatribe réalisant à quel point elle s'inquiétait sincèrement pour lui. « Tu n'es plus mon domestique bon sang ! Tu es mon époux, mon égal, mon seigneur et maître même si l'on en croit les promesses que je devrai te faire à l'église le jour de notre mariage ! »

Le sujet de la conversation déviait légèrement, il attendit calmement qu'elle termine son discours passionné et réalisa qu'elle avait trouvé le moyen de récupérer la couverture de ses mains et de la lui passer autour de son corps. Il était sur le point de la déplier pour la couvrir également lorsqu'il fut stoppé dans son élan par son regard à nouveau rageur. « N'y penses même pas ! Tu gardes cette couverture sur toi, je récupère ce que je suis venue chercher et nous rentrons au chaud, les cheminées ont dû être toutes allumées maintenant. « A vos ordre mon colonel » lui dit-il claquant les talons. Elle soupira roulant les yeux au ciel.

« André … je … » Il l'interrompit en posant un doigt sur sa bouche afin de la faire taire.
« Non ne t'inquiète pas, je te taquinais. Je suis extrêmement touché par ce que tu viens de me dire, mais passer de ce statut de domestique que j'ai toujours connu à celui de ton époux prendra du temps. Ce sont des habitudes ancrées en moi depuis des années que tu me demandes de changer. Cela ne se fera pas en une nuit. »

« J'ai honte tu sais André, de la façon dont je t'ai souvent traité. Honte de cet égoïsme que je ne réalise que maintenant. Bon sang j'ai été une gamine pourrie gâtée, je t'ai imposé tellement de choses, … » elle baissait la tête, n'osant affronter son regard.

« Je les ai acceptées en connaissance de cause. D'une part, comme je te l'ai déjà dit il y a quelques jours, parce que malgré ce que tu sembles toujours croire, vous m'avez toujours très bien traité, et puis … je suis fou amoureux de toi depuis des années ma douce colonelle. » lui dit-il en caressant sa joue.

« Je ne te mérite pas » lui dit-elle, les yeux dans les yeux.

« Bien sûr que si. Nous avons tous les deux traversé de sacrées épreuves. Nous méritons ce bonheur, l'un comme l'autre. L'un avec l'autre même. »

Elle lui sourit, rassurée et plus amoureuse que jamais. « Allez viens, sinon Grand-Mère va nous faire rentrer à coup de louche ! » Elle prit la sacoche en passant la lanière autour de son cou, attrapa la lampe et prit la direction de la sortie de l'écurie.

« Ca ne serait pas la première fois » lui dit-il en riant et l'entrainant dehors. « C'est vrai, mais ce n'est pas pour autant que je suis prête à renouveler l'expérience. » Elle riait elle aussi et ils coururent aussi vite que possible vers les marches qui menaient à l'entrée principale du bâtiment, se tenant la main comme deux adolescents.