Chapitre treize : l'Aveu.
Le baiser que lui volait presque le Seigneur du Temps était à la fois familier et unique pour Rose. Elle le trouvait à la fois chaste et passionné mais dans une douceur qui lui rappelait quelque chose d'enfoui en elle et qu'elle ne parvenait pas à retrouver. Un baiser oublié, un souvenir volé,…
« Combien d'autres fois est-ce que tu m'as embrassé sans que je me souvienne ?
- Eveillée ou endormie ? Demanda le Docteur, gêné de la question. Parce qu'il y en a quand même beaucoup que tu n'as pas dû ressentir vu que tu dormais. »
Le regard noir que lui lança Rose le poussa à répondre, plus sérieusement, la vérité :
« Il n'y en a qu'un autre dont je me souviens, dit-il, sur Nouvelle Terre, dans l'hôpital de New New York. Mais la première fois, tu étais sous l'emprise du Grand Méchant Loup, tu n'étais pas vraiment toi-même, et puis la seconde… Ce n'est même pas moi qui t'ai embrassé, c'était la faute de Cassandra. Elle t'avait possédée tout comme l'esprit du Vortex du Temps. Ils ne comptaient pas. »
Rose en était moins convaincue. Et puis, même s'il disait vrai, ça n'avait pas vraiment d'importance. Il lui avouait simplement avoir goûté ses lèvres deux fois de plus qu'elle ne s'en souvenait. Et elle trouvait ça injuste. Injuste que le temps où ils avaient été ensemble, dans le TARDIS comme compagnons et ensuite aussi plus proches encore. Déjà en se régénérant, il n'aurait jamais dû lui mentir. Elle ne l'avait jamais crue quand il avait parlé de chanter une chanson. Il lui avait raconté comment elle avait détruit la flotte Dalek et l'empereur-même de Skaro. Elle s'en était même vantée devant le culte de Skaro… Mais jamais, elle n'avait cherché à savoir comment il l'avait sauvé du sort funeste qui l'attendait il était mort à sa place après l'avoir embrassé – et certainement absorbé en même temps le Vortex du Temps dans sa propre tête. Il s'était régénéré et ne lui avait jamais dit pourquoi. Ils s'étaient aimés et il ne lui avait jamais parlé de leur véritable premier baiser. Rose Tyler en était choquée. Le Docteur la voyait assimiler ce qu'il venait de lui dire, de lui avouer. Il aurait voulu le faire avant, mais n'en avait jamais eu le courage. Il aurait même voulu ne jamais le faire. Mais Rose l'aurait sûrement découvert un jour ou l'autre… Et il ne voulait plus lui cacher quelque chose comme ça. En même temps elle avait été la seule cause de sa mort, de sa régénération. Et il ne voulait pas qu'elle le sache un jour. Mais le Seigneur du Temps voyait bien qu'elle avait compris.
« Tu m'as menti tout ce temps, dit Rose.
- Je ne t'ai pas dit toute la vérité, répondit le Docteur, mais toi, tu m'as menti. Pourquoi est-ce que tu m'as caché que c'était toi qui étais enceinte ?
- Tu l'as compris, de toute façon. Et ma mère était vraiment enceinte je te rappelle.
- Et vous le saviez déjà ? Je ne sais pas pourquoi mais j'en doute. Si tu voulais me le dire au début – et j'en suis certain que tu voulais d'abord me dire la vérité au sujet du bébé – tu n'aurais pas parlé d'un seul bébé si c'était le cas.
- Non, on ne le savait pas encore, avoua Rose, Maman l'a découvert quelques jours plus tard, en fait.
- Alors pourquoi ne pas avoir dit que tu étais enceinte ? Ta mère ne savait pas pour nous deux, tu as voulu te rattraper ? Demanda le Docteur.
- Elle a dû avoir des doutes quand elle a su ma grossesse, j'imagine, éluda Rose, je suis sûre qu'elle en a parlé à Mickey.
- Et qu'est-ce qu'il lui a dit ? Demanda le Seigneur du Temps moqueur.
- A ton avis ? Plaisanta Rose. En tout cas, si elle l'a su, elle a bien dû comprendre. Oh et puis si jamais elle avait des derniers doutes à la naissance d'Alonso, je crois que ses deux cœurs l'ont convaincue de la nature de notre relation…
- Alonso a deux cœurs ? Je ne les ai pas entendus…
- Il fallait bien le cacher. On a utilisé un filtre sonore de Torchwood.
- Dans sa poitrine ?
- Un patch sur sa peau, corrigea Rose, mais ça n'a pas d'importance. Il n'en a plus besoin de toute façon. Il ne va plus devoir aller à la crèche puis à l'école, maintenant.
- Non… Mais ta mère était loin de nous, tu aurais quand même pu me dire la vérité. Alors pourquoi tu ne l'as pas fait ?
- Tu m'avais demandé pour Mickey, lui rappela Rose.
- Tu sais très bien que c'est faux. C'était mon angoisse qui parlait. Ce n'était pas ce que je pensais.
- Oui, souffla Rose.
- Et puis j'ai lu dans tes yeux que c'était le mien quand tu as juste parlé du bébé, en disant que vous étiez cinq.
- J'aurais aimé que tu me croies, en parlant de ma mère… Pourquoi je t'ai menti à ton avis ? Tu m'as avoué que l'on ne se reverrait jamais, que j'étais condamnée à vivre ici, dans un univers parallèle, loin de toi pour toujours… Je ne voulais pas que tu te sentes encore plus coupable de ne pas pouvoir me ramener auprès de toi en te disant que j'attendais ton enfant ! Qu'est-ce que tu aurais pu faire en le sachant ? En le sachant vraiment, en ayant aucun doute dessus ? Tu aurais vraiment pu me dire seulement adieu ? Ou tu aurais commis un acte fou au risque de détruire l'univers.
- Rose… Jamais je n'aurais voulu te laisser seule, mais je te jure que je le savais. Je le savais au fond de mes deux cœurs Je n'avais aucun doute sur ta grossesse, je l'avais lue dans tes yeux, je te dis. Et je sais lire dans tes yeux. Depuis très longtemps... Et puis tu voulais me le dire au début, et je l'ai su dès cet instant. Et pourtant, je t'ai laissée me mentir. Et puis surtout, jamais je n'aurais pris le risque de détruire l'univers, même pour notre famille, Rose Tyler !
- J'aurais aimé le croire… Fit Rose. Et si tu ne venais pas nous retrouver, je n'aurais pas supporté de te savoir regretter notre absence pour le restant de tes jours. Je ne voulais pas que tu aies plus de remords, encore… Je suis désolée. »
Cette première dispute depuis qu'ils s'étaient retrouvés l'avait épuisée. Le Docteur le vit et la prit dans ses bras.
« Moi aussi Rose, tu as raison : j'aurais dû te dire la vérité depuis longtemps. On aurait dû être ensembles depuis longtemps, on n'aurait dû être ensembles et n'être jamais séparés l'un de l'autre.
- On n'est ensemble maintenant, dit Rose. »
Leurs cœurs étaient plus légers depuis qu'ils avaient délivrés leurs derniers secrets. Les sacs étaient crevés et l'orage s'éloignait déjà. Le Docteur et Rose s'enlaçaient, immobiles, devant la console du TARDIS. Ils se sentaient tous les deux tellement mieux depuis qu'ils avaient faits leurs aveux. Le TARDIS était toujours matérialisé dans la rue londonienne et le sol stable leur semblait un nuage sur lequel ils flottaient, un nuage solide comme le sol riche de leur avenir.
Les pleurs d'Alonso Tyler les ramenèrent à la réalité et ils se séparèrent avant de descendre ensemble dans la chambre de Rose où leur fils venait de se réveiller. Ils se donnèrent la main et joignirent leurs doigts tout en approchant de la source des pleurs, la source également de leur nouveau bonheur.
