CHAPITRE XIII
- Tu devrais dormir.
- Je sais. J'essaie.
- Je t'ai dit que je te réveillerai à la seconde où ils arriveront.
- Je le sais, répéta-t-elle, un peu agacée.
Comme si cela pouvait suffire à la rassurer assez pour se laisser tomber dans le sommeil. Le problème, c'était justement qu'elle ne savait pas s'il aurait à la réveiller pour leur retour. Et l'état dans lequel elle craignait qu'ils arrivent, s'ils y parvenaient, lui promettait des cauchemars suffisamment terrifiants pour la tenir éveillée pendant encore longtemps. Sa main se crispa involontairement sur la légère couverture que Kakashi avait tiré du paquetage qu'il portait en permanence sur lui. Cela faisait plusieurs heures qu'ils étaient là, et toujours aucune nouvelle des autres. Ce n'était pas normal.
- Je devrais partir à leur rencontre, murmura-t-elle.
Elle entendit le bruissement des feuilles, les pépiements des oiseaux sur les hautes branches, bien au-dessus d'elle, le souffle irrégulier et difficile de Sai, allongé près d'elle. Kakashi était assis quelque part derrière elle, elle le savait, à l'affut du moindre signe de présence, alliée ou ennemie. Rin était presque sûre que le manque de réponse de Kakashi n'était pas dû au fait qu'il ne l'avait pas entendue, mais elle se retourna néanmoins sur son coude et dit plus fort :
- Je devrais aller voir où ils en sont ; si quelque chose les retient.
- Dors.
Il n'avait même pas pris la peine de tourner la tête vers elle, encore moins d'expliquer son refus. Du reste, ce n'était pas nécessaire, car Rin elle-même en avait anticipé les raisons. Évidemment qu'il était contre, songea-t-elle avec irritation en se tournant à nouveau. Il refusait déjà de lui octroyer un tour de garde alors qu'elle était incapable de fermer l'œil ; il n'allait pas l'envoyer en reconnaissance, à plus forte raison que l'état de Sai ne connaissait aucune amélioration. Le garçon n'avait pas repris connaissance depuis le dernier soin qu'elle lui avait donné. Si l'ennemi arrivait jusqu'à eux, ils ne seraient pas trop de deux pour le protéger, surtout qu'eux mêmes n'étaient pas au sommet de leur forme. C'est pourquoi Kakashi n'avait cessé de lui répéter que c'était après avoir récupéré des forces qu'elle leur serait le plus utile, et qu'avec Yamato, Pakkun, Naruto et Sakura, ses élèves étaient autant en sécurité qu'ils pouvaient l'être. Son intervention à elle ou à lui n'apporterait rien ; non seulement chacun d'eux était redoutable, mais ils formeraient ensemble un groupe solide. Ils leur devaient de les attendre en sécurité.
Rin avait dû se rendre à ses raisons, mais cela ne l'empêchait pas de mourir de peur pour ses élèves et les autres. Elle n'était pas de ceux que la confiance en la force des gens qu'elle aimait empêchait de craindre celle de leurs ennemis. D'ailleurs, qui pouvait prétendre être ainsi ?
Elle n'avait pas répondu, mais son souffle trop rapide indiquait à Kakashi qu'elle ne dormait pas. Il la savait contrariée, peut-être un peu en colère contre lui ; elle l'était depuis qu'il l'avait trouvée par hasard au siège de la Racine. La raison de son humeur ne lui avait pas échappé : elle s'était juré qu'il ne la surprendrait plus en position de faiblesse, et il s'était retrouvé, par le plus grand des hasards, à lui porter secours. Pourquoi n'arrivait-elle pas à faire la différence entre être faible et se retrouver dans une situation inextricable pour une personne seule ? Toute cette histoire la rendait bien plus nerveuse que nécessaire. Elle avait passé trop de temps seule, livrée à elle-même. Ils étaient de la même équipe : elle devait s'autoriser à compter sur lui ; à se fier à lui – non pas à se résigner de mauvais gré à suivre ses directives. L'irritation de Rin, qu'il sentait dirigée tour à tour contre lui et contre elle-même, le blessait. Elle avait pris l'habitude d'être à la tête de sa propre équipe et avait développé un entêtement alimenté par cette idée stupide qu'elle avait de ne vouloir montrer aucune faille devant lui. Personne ne pouvait être infaillible, et lui même découvrait ses limites : Sai n'allait pas mieux, Rin se laissait dévorer par le souci et sa colère envers elle-même de n'être pas plus forte, et il n'avait aucun moyen de savoir où en étaient les autres.
Il retint un soupir et jeta un œil du côté de la kunoichi. Elle était toujours allongée près de Sai, immobile, dos face à lui. Il se surprit à observer ses épaules, à la recherche d'un tressautement. Pleurait-elle ? Quand ils étaient jeunes, il l'avait parfois surprise à sangloter silencieusement : le mouvement de ses épaules la trahissait. Mais quand elle reprit la parole, elle était parfaitement maîtresse d'elle-même :
- Son état ne s'arrange pas, ce n'est pas normal.
Kakashi regarda le jeune homme par dessus la silhouette de Rin. Ses blessures étaient sérieuses, mais Rin avait soigné chacune d'elles il y avait plusieurs heures, elles ne pouvaient pas causer de si grands dommages une fois guéries. La fièvre qui lui rougissait le visage était sûrement normale dans son état, ainsi que ses difficultés à respirer, vu les dommages qu'avaient subis sa poitrine, mais pas sa déshydratation alors qu'ils veillaient régulièrement à lui donner à boire, et il aurait au moins dû reprendre connaissance.
Kakashi grimaça en voyant la médic-nin se redresser pour se pencher sur son malade. Elle finirait par se tuer d'épuisement, elle était incapable de rester inactive. Il s'approcha tandis qu'elle, agenouillée au dessus de Sai, lui redonnait de l'eau.
- Tu penses à quoi ? Demanda-t-il.
- A rien du tout. Je n'ai pas la moindre idée de ce que j'ai pu louper.
Le front plissé, elle palpa le cou, puis les côtes, les épaules et les bras, à la recherche d'un os fêlé ou brisé qui lui aurait échappé. Elle ne trouva rien dans les jambes, ni dans la colonne vertébrale lorsque Kakashi l'aida à retourner Sai, toujours inconscient.
- Il n'a rien, dit-elle, désespérée. J'ai réparé les tissus, les os sont redressés, sinon ressoudés. Il n'a pas de commotion cérébrale et je n'ai détecté aucun signe d'hémorragie...
Elle tendit à nouveau les mains sur le torse du blessé, diffusant son chakra, cette fois.
- Rin, tu ne devrais pas gasp...
- Je sens quelque chose, je crois, murmura-t-elle, les sourcils froncés.
- Comment ça ?
- Il y a quelque chose dans sa poitrine. Ça part de l'estomac... et ça s'étend, on dirait...
- Du poison ?
- Non, quelque chose de solide... je sens une masse étrangère. Ce n'était pas là tout à l'heure.
Rin blêmit soudain.
- C'est vivant, dit-elle, horrifiée, en retirant ses mains. Une plante. Elle grandit et lui prend son énergie.
- Tu es sûre ? Demanda-t-il, les yeux écarquillés. Quelle genre de plante peut faire ça ?
- Plusieurs, et la méthode pour en guérir dépend de la variété dont il s'agit. Je n'ai aucun moyen de savoir comment la détruire grâce à une potion si je ne sais pas de laquelle il s'agit précisément. Et ça on ne pourra le savoir qu'en... en opérant.
- Tu peux faire ça ?
- L'estomac... Même si j'avais le matériel, ça le tuerait.
Elle se laissa retomber ses mains, accablée. Ils allaient regarder ce garçon mourir, dévoré de l'intérieur. Ils s'étaient acharnés à le maintenir en vie et l'avait laissé souffrir pour rien. Bientôt, la fièvre et le délire s'empareraient de lui, les racines s'enrouleraient autour de ses organes et la plante continuerait de s'étendre jusqu'à le transpercer.
Hors de question. Rin se redressa et défit les bandages qui enserraient le torse de Sai.
- Quelle est son affinité ? Demanda-t-elle en posant les bandes de tissu sur le côté.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Il doit y avoir un moyen de résorber ce truc. Je ne peux pas l'opérer, mais si j'arrive à savoir plus précisément ce que c'est, je peux peut-être réussir à l'extraire autrement, ou au moins à l'empêcher de grandir.
Elle reprit son examen, les yeux plissés par la concentration, attentive à chaque fluctuation du chakra que provoquait la plante. Kakashi l'entendit marmonner indistinctement, mais il se garda de l'interrompre en lui posant de nouvelles questions. Lorsque ses mains parvinrent au dessus de l'estomac de Sai, elle ferma les yeux.
- Je le vois mieux... Ce n'est pas bon du tout. Le cœur de la plante est là, mais des ramifications s'étendent déjà dans son organisme.
Les doigts fins nimbés de chakra vert remontèrent le long de la trachée de Sai, apparemment guidés par ce qu'elle sentait, puisque ses paupières étaient toujours closes.
- Quelle est son affinité ? Répéta Rin.
- Aucune idée, avoua Kakashi.
Rin rouvrit les yeux, soupira.
- Réfléchis, quel genre d'attaques emploie-t-il ?
- Je ne l'ai jamais vu employer que son encre spéciale ; il dessine sur des rouleaux et fait sortir ses créations du papier.
Elle se mordilla pensivement la lèvre.
- De l'encre, on peut dire que c'est lié à l'eau... murmura-t-elle, pensive. Mais elle est couché sur le papier, alors ça pourrait être la terre, ou bien le vent si ses créations s'envolent du papier...
- Est-ce que c'est très important ? Tu ne peux pas utiliser une pierre de chaque élément, comme ça tu es sûre que la bonne sera dans la lot ?
- Ça ne marche pas comme ça. Je ne peux pas me permettre de disperser mon chakra dans les différentes pierres – et ne me dis pas que tu m'avais ordonné de dormir.
- Je ne t'avais rien ordonné et je n'allais rien dire du tout, répliqua-t-il.
- Tant pis, ce sera l'agate, marmonna-t-elle. Il me semble sentir l'eau dans son chakra, mais c'est très faible. Cette fichue plante l'absorbe.
Elle sortit de sa sacoche un anneau surmonté d'une pierre bleue et le passa à son index.
- Est-ce que je peux faire quelque chose ? Demanda Kakashi.
- Apporte moi autant d'eau que possible, demanda-t-elle en donnant encore à boire au malade puis en vidant le reste du contenu de l'outre sur son torse pour le nettoyer. La plante est en train de complètement le déshydrater. Réfléchissons, qu'est-ce que ça peut bien être... de la valériane ? Ça ressemblerait bien à ses racines, là...
Kakashi tressaillit. Des racines... La Racine avait-elle trouvé là un moyen de faire payer à leur ancien membre son retournement de loyauté ?
- De la sauge, à forte concentration, pourrait provoquer ces symptômes... continuait de marmonner Rin.
- De la belladone...
- Quoi ?
Elle avait relevé les yeux vers lui.
- On a déjà trouvé des corps, dont on soupçonnait qu'ils avaient été assassinés par la Racine. Des plantes les avaient transpercés, on ne comprenait pas comment, et c'était de la belladone, d'après les analyses...
- Oh mon dieu... souffla Rin. La belladone est hautement toxique, elle le tuera encore plus vite par empoisonnement qu'en le vidant de son énergie.
Elle se pencha précipitamment vers le visage de Sai et lui écarta les paupières du bout des doigts.
- Le poison a commencé à faire effet, dit-elle en avisant la couleur jaunâtre de l'œil et la taille anormale de la pupille. Il faut commencer par le neutraliser, je dois préparer un antidote. Je reviens.
Elle bondit sur ses pieds et disparut. Kakashi ne put retenir un juron en approchant à son tour du membre de son équipe. Dans l'ordre : empoisonnement, anéantissement de son chakra, écartèlement. Le tout en une seule arme. La Racine ne faisait rien à moitié, et n'avait voulu laisser aucune chance au garçon de s'en sortir. Rin trouverait-elle les ingrédients de l'antidote dans les environs ? Sai gémit de douleur et Kakashi baissa un œil inquiet sur lui. Rin trouverait-elle les ingrédients à temps ?
Il versait avec précaution de l'eau entre les lèvres craquelées de Sai lorsqu'elle revint, quelques instants plus tard, une brassée de plantes et feuilles entre les mains. Après un rapide coup d'oeil au malade, elle se laissa tomber à genoux près d'eux et entreprit immédiatement de réduire les ingrédients en morceau, d'en piler d'autres entre des pierres, puis de les mélanger – pour ce que Kakashi pouvait en voir. Elle approcha ensuite avec une mixture verdâtre à l'odeur acre qu'elle tenait dans une feuille un peu plus large, qui servait de récipient. Elle s'accroupit près de la tête de Sai et la lui releva avec douceur. Elle lui glissa l'antidote entre les lèvres, et dut lui maintenir la bouche fermée pour qu'il ne recrache pas lorsqu'il se débattit soudain, pourtant toujours inconscient.
Le visage grave, Rin et Kakashi, qui le maintenaient toujours, attendirent que le réflexe de déglutition se soit enclenché et que Sai soit retombé dans l'inertie pour le relâcher.
Au bout de longues minutes, Rin reposa la tête du garçon dans l'herbe, puis se pencha brièvement vers lui et lui ouvrit à nouveau les paupières.
- Ses pupilles redeviennent normales, ça va... c'était moins une.
Elle se laissa tomber en arrière et relâcha son souffle. Kakashi ferma les yeux, inondé par le soulagement.
- Mais il n'est pas tiré d'affaire pour autant, soupira Rin en se redressant aussitôt. On a juste gagné du temps. Il faut encore lui enlever cette saleté, et ça, ça va être une autre paire de manches.
Du revers de la main, elle essuya la sueur de son front.
- Il me faudrait de quoi écrire
- Tu penses pouvoir faire quelque chose, alors ?
- Peut-être, dit-elle d'un ton fébrile. Je ne connais aucune formule pour extraire un corps solide d'un organisme. Mais en modifiant un peu le sceau qui permet de retirer un poison...
- L'encre et les rouleaux de Sai, ça irait ?
- Fais voir, dit-elle avec curiosité en attrapant le flacon que Kakashi avait prélevé dans la sacoche du blessé.
Elle l'ouvrit et y plongea une brindille.
- Ça m'a l'air d'être de l'encre tout à fait classique, dit-elle en observant l'encre sombre et brillante à la lumière. Passe-moi son pinceau, s'il te plait.
L'instrument était en noisetier, estima-t-elle ; fin, avec au bout ce qui devait être des poils de chat, sombres et fins.
- Le noisetier est associé à l'eau, je pense pas m'être trompée sur son élément affin. L'encre, le pinceau et ses rouleaux sont tout ce qu'il y a de plus normal. C'est le chakra de ce garçon qui fait toute sa technique, même si les matériaux qu'il emploie ont été choisis avec soin pour s'accorder à son pouvoir. Je vais pouvoir les utiliser, merci.
Elle posa un rouleau sur ses genoux, le déroula, puis plongea le pinceau dans le flacon d'encre. Kakashi, accroupi près d'elle, la vit tracer quelques signes, des caractères qu'il connaissait et d'autres qui lui étaient étrangers, organisés selon une manière de toute évidence réfléchie mais qui lui échappait à lui. Il fut tenté d'utiliser le Sharingan pour voir si la logique du sceau que constituait Rin lui apparaissait, mais s'occupa plutôt de donner de nouveau de l'eau à Sai qui avait légèrement remué sans toutefois ouvrir les yeux.
Au bout de quelques minutes, la médic-nin fronça les sourcils, marmonna indistinctement, puis ratura et traça un autre signe. Elle posa un instant rouleau et pinceau et reposa ses mains sur l'estomac de Sai. Elle avait à nouveau fermé les yeux, concentrée, comme à la recherche de nouvelles informations.
- Non, ça va pas du tout, murmura-t-elle en prenant un nouveau rouleau pour commencer un autre sceau.
Désœuvré, Kakashi s'employa à donner à boire au blessé qui s'était mis à transpirer et à s'agiter en marmonnant des propos incompréhensibles.
- Il délire, dit Kakashi à voix basse.
- C'est un effet du poison, dit Rin en posant un regard empreint d'inquiétude sur le malade. L'antidote n'as pas encore totalement neutralisé toutes les toxines. Il reste encore un peu de l'antidote. Si d'ici quelques minutes il n'y a pas de mieux, je lui en redonnerai.
Et elle se repencha avec empressement sur son travail. Tout en veillant sur Sai, Kakashi continuait de surveiller les alentours. Yamato et Pakkun auraient déjà dû être de retour avec les autres. Il devait être à peu près midi maintenant. Qu'est-ce qui les retenait ? Pakkun n'avait-il pas réussi à retrouver leur trace ou bien avaient-ils été capturés ? Quelle était la situation à Konoha, à présent ?
Il fut tiré de ses réflexions qui ne promettaient aucune conclusion réjouissante par Rin qui, le pinceau entre les lèvres, avait entrepris de déployer sur le sol le rouleau qu'elle tenait. C'était son troisième essai ; elle avait soigneusement détruit les rouleaux précédents aux formules inexactes. Celui qui s'étendait dans l'herbe devant ses genoux était totalement recouvert de signes que Kakashi renonça à déchiffrer.
- Je pense que la formule est prête, dit-elle, l'air las. Comment-est-ce qu'il va ?
- Ses yeux sont normaux, la fièvre a diminué, mais sa respiration ne s'arrange pas.
- Je ne sais pas du tout s'il supportera l'extraction, dit-elle à mi-voix. Ça risque d'être très douloureux. Je vais devoir dématérialiser ses chairs pour faire remonter la plante, et même si j'arrive à réduire sa taille, il la sentira passer...
- Mais si tu ne fais rien, il mourra de toute façon.
Rin acquiesça gravement. Kakashi baissa son œil sombre sur le membre de son équipe. Une pièce rapportée, en remplacement de son élève déserteur puis banni ; imposé dans l'équipe par les manœuvres retorses de Danzô. Mais le garçon avait prouvé sa grande intelligence, sa fiabilité, et une loyauté sans faille une fois qu'il avait eu compris la manipulation dont il avait été victime et la dangerosité de ceux qui l'avaient contraint et dépouillé de sa vie. Presque dépouillé de son âme. Il était devenu un membre à part entière de l'équipe. Peut-être aurait-il été plus charitable de l'achever maintenant. Kakashi releva les yeux pour retomber dans ceux de Rin. Rin, qui avait déjà sauvé Sai de l'empoisonnement, et qui s'était démenée pour créer une formule exprès pour le sauver. C'était Rin. Il la connaissait, il savait de quoi elle était capable. S'il pouvait confier une vie à une personne, c'était bien à elle.
- Très bien, vas-y. Dis-moi comment je peux t'aider.
L'opération fut longue ; désagréable pour Kakashi et Rin, extrêmement douloureuse pour Sai. Rin avait commencé par reproduire dans le sol le sceau qu'elle avait préparé sur papier. Les signes complexes avaient été gravés dans la terre à l'aide d'un bâton, sur sur un cercles de plusieurs mètres de diamètre. Rin s'était assurée une dernière fois que le schéma qu'elle avait dessiné sur le rouleau avait été parfaitement reproduit, puis l'avait laissé de côté et autorisé Kakashi à poser le blessé au centre de la zone. Et, après avoir vérifié une nouvelle fois l'étendue de belladone dans le corps de Sai, la médic-nin s'était mise au travail.
Kakashi avait repris son poste de surveillance, pour veiller à ce que rien ne vienne perturber l'opération en cours. L'énergie que déployait Rin soulevait des trombes de vent, et s'il avait fait moins jour, le sceau contre le dos de Sai aurait lui, témoignage de la puissance de la technique. Il ne voyait que le dos de Rin, accroupie près de Sai, les deux mains sur son torse et les épaules droites. Elle n'avait pas dit un mot, pas relevé la tête ni même changé de position depuis qu'elle avait commencé. Le chakra vert qui émanait de ses mains englobait le torse de Sai, dont le visage s'était crispé sous la douleur, malgré son inconscience. Rin lui avait expliqué que, dans un premier temps, elle tenterait de réduire la taille de la plante ; puis, des heures après qu'elle ait commencé, la peau sous les mains de Rin s'était peu à peu dématérialisée, troublée comme de l'eau dans laquelle on jette un galet. Kakashi ne lui avait pas demandé les détails de l'opération, mais à voir les mains s'enfoncer lentement dans le corps qui avait perdu sa consistance solide, il supposa qu'elle tentait à présent d'écarter les chairs pour parvenir jusqu'au cœur de la plante. La difficulté de l'opération dépassait de loin ce qu'il était capable de concevoir : la médic-nin, tout en désintégrant les chairs, ne devait pas la faire disparaître, mais en maintenir chaque cellule en suspends, afin de les recomposer en même temps et au fur et à mesure qu'elle faisait remonter la plante toxique. C'était le sceau qui lui permettait de réintégrer les cellules dans le corps de Sai, mais il fallait également veiller à ne pas perturber le réseau des points de chakra.
Le soleil était bien descendu dans le ciel lorsqu'il vit les épaules de Rin se décrisper. Pendant un moment, il craignit qu'elle n'ait un malaise, mais elle se relevait. L'air exténuée, mais droite. Et lorsqu'elle se tourna vers Kakashi, elle tenait une plante ramifiée aux feuilles ovales pointues et pendantes. Dans les mains de Rin, elle paraissait frêle et bien inoffensive, mais elle avait failli coûter la vie à Sai.
Kakashi sauta à bas de l'arbre pour rejoindre Rin.
- C'est fini ? Demanda-t-il.
La médic-nin hocha la tête.
- Ça a pris du temps parce que la formule n'était pas parfaite, mais je pense m'en être sortie.
- Alors il va se remettre ?
- Je vais être franche : son organisme était déjà très affaibli et j'ai brûlé ses dernières réserves. J'ai fait de mon mieux, mais il reste à savoir s'il va pouvoir se rétablir. Il est jeune et résistant, il arrivera sans doute à reprendre le dessus. Cependant, je serais incapable de te dire combien de temps ça prendra, et vu la situation... en tout cas, ce qui est sûr c'est qu'on ne peut plus le déplacer. Dans son état, autant l'achever tout de suite. Quoi qu'il arrive, il va falloir qu'on fasse de notre mieux pour tenir ici, et je ne peux pas te dire combien de temps ça prendra.
- On fera ce qu'il faut. Merci pour tout ce que tu as fait.
- J'espère en avoir fait assez.
Elle eut un sourire las puis lui tendit la plante.
- Il faut la brûler. Je vais réinstaller notre convalescent un peu plus confortablement.
Kakashi s'occuper de faire flamber le végétal, puis s'approcha à nouveau des membres de ses deux équipes différentes. Rin achevait de refermer sa chemise et sa courte verste noires et lui passait un tissu humide sur le front. Le visage de Sai était toujours blafard, mais le masque de souffrance avait disparu.
- Je vais le veiller, va te reposer maintenant.
Comme si elle ne l'avait pas entendu, elle s'attarda, accroupie dans l'herbe.
- Kakashi, ce garçon... d'où est-ce qu'il vient ?
Surpris par la question, le ninja posa ses yeux sur le blessé, puis revint sur Rin.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Eh bien, quelle est sa famille ? Est-ce qu'il fait partie d'un clan...
- Je n'en ai pas la moindre idée... Il a été élevé au sein de la Racine, alors je suppose qu'on peut en conclure qu'il n'a plus de famille, soit que ce soit la raison pour laquelle l'unité l'a pris en charge, soit que ce soit elle qui s'en soit débarrassée ; en tout cas, il dit n'avoir aucun souvenir de sa vie avant la Racine. Sai n'est même pas véritablement son prénom. Pourquoi cette question ?
Rin observait avec attention le visage pâle, les cheveux et les yeux sombres... Songeait à la technique que Kakashi lui avait décrite, qui impliquait cette maîtrise si singulière du chakra.
- Parce que je crois qu'il vient de l'endroit où j'ai été en mission.
Kakashi resta muet de surprise.
- Et qu'est-ce que ça implique précisément ? Demanda-t-il avec prudence.
- Précisément, je ne sais pas. Mais ça fait une coïncidence troublante, dit-elle à mi-voix, songeuse.
Un coéquipier de Naruto, poussé par la Racine, et originaire du peuple qui possédait le savoir sur les Bijuu. Ça ne pouvait pas être une coïncidence
- Tu ne vas pas m'expliquer exactement ce que tu sais, n'est-ce pas ?
Rin releva la tête vers lui.
- J'ignore ce qui se passe exactement, Kakashi. Je t'assure que la plupart des pièces du puzzle m'échappent également.
- Mais si on recoupait ce qu'on sait, tous les deux, on avancerait peut-être.
Malgré lui, il perdait patience.
- Tout ça, tout ce qui arrive, ce n'est pas des coïncidences, poursuivit-il. Toi qui reviens, Sai, la Racine. Je sais qu'il y a un lien avec Naruto et entre vous tous. Tu es peut-être en train de le mettre en danger par ton silence...
Elle se redressa de toute sa hauteur. La colère commençait à la gagner.
- Crois-tu réellement que je pourrais faire quoi que ce soit qui le mette en danger ? S'indigna-t-elle. Peux-tu croire que je ferais ça au fils de Minato-sensei et Kushina ? Kakashi, il est comme mon propre fils !
- Tu l'as laissé et tu es partie !
- Tu es en train de suggérer que je l'ai fait par plaisir ? Demanda-t-elle en blêmissant de colère.
- Oh non. Tu l'as fait pour devenir plus puissante, pour te mesurer à moi ? ironisa-t-il.
- Bien sûr que non ! Protesta-t-elle.
- C'est la seule chose que tu m'aies dite, pourtant ! Je ne l'ai pas cru mais alors, par pitié, arrête de parler à demi-mots ! Arrête de me lancer un semblant d'explication qui n'explique rien du tout ! Parle franchement : où étais-tu ? Quel rapport avec la Racine et Sai ?
Peut-être aurait-elle pu se résoudre à lui parler. Peut-être aurait elle pu écouter sa conscience qui elle-même reconnaissait que la situation exigeait qu'elle parle. Cela ne changerait pas grand chose à la situation ; contrairement à ce que suggérait Kakashi, aucune solution ne leur apparaîtrait soudain, mais au moins cesserait-il de la regarder comme si elle était une bombe à retardement. Elle devait le secret à Tsunade, oui, mais après tout, la Cinquième elle-même reconnaîtrait qu'il n'était plus l'heure de cacher quoi que ce soit aux quelques alliés dont elle disposait, surtout si la personne en question était Kakashi. Oui, peut-être aurait-elle pu lui parler si à cet instant précis elle n'avait pas été aussi furieuse de son insistance et de son ton mordant.
Ils se défièrent mutuellement du regard.
- Tu sais quoi, laisse tomber, lâcha-t-il finalement avec aigreur. On a mieux à faire. Je ne vais pas perdre mon temps à essayer de te convaincre de me faire confiance. Va te reposer.
- Je refuse que ça recommence, Kakashi, dit-elle d'un ton froid après une minute de silence tendu.
- Quoi ?
- Toi qui me traites comme une petite fille, à toujours me ménager. Je pensais avoir été claire.
- Et moi je pensais que tu serais suffisamment adulte pour faire la différence entre materner quelqu'un et s'inquiéter pour la santé d'une tête de mule qui en fait trop. Tu es médic-nin, je te croyais plus avisée que ça. Cesse de vouloir être partout et de tout faire. Si c'est toujours pour me prouver que tu es à la hauteur, c'est ridicule. Tu viens probablement de sauver la vie de ce garçon. Crois-tu que je sois incapable de me rendre compte de ce que cela t'a demandé ? Je te demande de te reposer, pas parce que je crois que l'effort était trop grand pour tes capacités, mais parce que ce déploiement d'énergie pour une technique telle que celle que tu as employée était le plus grand auquel j'ai assisté chez une personne seule ; le plus risqué, aussi, considérant que tu allais à l'aveuglette et que ça aurait pu te coûter autant qu'à lui. Ce que tu as fait, personne de ma connaissance n'aurait pu l'accomplir, je le reconnais bien volontiers. Si tu arrêtais une minute d'agir en fonction de ce que tu crois devoir me prouver pour être vraiment toi-même, tu reconnaitrais que j'ai raison. Tu as besoin de moi. Pas parce que tu es faible, mais parce que je suis ton coéquipier. Nous devons nous compléter l'un l'autre et nous soutenir. Pas...
- Kakashi-sensei !
La voix de Sakura, quelques mètres plus loin, au dessus d'eux, les fit sursauter. La jeune fille atterrit auprès d'eux, en même temps que Pakkun. Immédiatement après, suivirent les élèves de Rin, qui se jetèrent dans les bras de Rin.
- Est-ce que vous allez bien ? Vous êtes blessés ? S'inquiéta-t-elle en prenant le visage fin de Tamuï entre ses mains pour la regarder.
- Nous allons bien, Rin-sensei, dit Kéto. Mais vous ?
- Ce n'est rien du tout, dit-elle tandis que ses élèves regardaient avec inquiétude sa tenue en mauvais état, déchirée et tachée par endroit par le sang et la terre.
- On vous a apporté un sac avec des affaires de chez nous. On s'est dits que ça pourrait servir. Des vêtements, des herbes et à manger.
- Merci, vous avez bien fait. On va peut-être faire quelque chose pour Sai...
Éperdue de soulagement, elle serra à nouveau sa jeune élève dans ses bras. Mais lorsque cette dernière s'écarta, elle avait le visage grave.
- Rin-sensei, murmura Tamuï, l'air désolée. C'est Naruto-kun...
Rin sentit ses entrailles se glacer lorsqu'elle vit Yamato atterrir doucement près de leur groupe, portant un Naruto inconscient sur son dos. Suivait un jeune ninja, de toute évidence un membre du clan Hyuuga, vu ses pupilles couleur ivoire.
- Qu'est-ce qui lui est arrivé ? demanda Kakashi pendant que Yamato posait Naruto sur le sol, près de Sai, et que Rin s'agenouillait près de lui pour l'ausculter.
- Il a perdu le contrôle en combat, dit Yamato. Kyuubi a manqué de prendre le dessus et moi j'ai failli arriver trop tard. Mais soudain il a perdu conscience, j'ignore pourquoi. Comme nous devions fuir le village, nous n'avons pas eu le temps de chercher davantage.
- De nombreux ennemis étaient à nos trousses, c'est ce qui nous a tant retardés, dit Kéto. Il nous fallait les éliminer ou les semer avant d'arriver jusqu'à vous.
Pendant que Kakashi s'éloignait avec le reste du groupe pour s'enquérir de la situation exacte au village, Sakura s'agenouilla près de Rin, qui prenait le pouls de Naruto et vérifiait ses pupilles.
- Je ne sais pas ce qui s'est passé, murmura Sakura. Nous nous rendions au secours de Sai avec Kakashi-sensei et Yamato-taichô quand nous avons remarqué que la Tour Hokage était attaquée. Nous nous sommes séparés en deux groupes, et Naruto et moi avons été interceptés par un groupe de ninjas – nous ignorions qu'il s'agissait des ninjas de la Racine que nous nous apprêtions justement à affronter pour récupérer Sai. Nous sommes restés pour nous occuper pendant que Kakashi-sensei et Yamato-taichô allaient chercher Sai. Nous pensions n'avoir aucune difficulté à aller les rejoindre... Mais quand Naruto a vu qu'on tentait de m'éloigner, cet idiot a perdu la tête et...
Rin leva sur elle un regard compatissant. La jeune fille, bouleversée, tentait de cacher sa peur en serrant les dents, mais le regard qu'elle posait sur son coéquipier inconscient ne trompait pas.
- Qu'est-ce que s'est passé exactement ? Demanda Rin. Dis-moi tout ce dont tu te rappelles, le moindre détail.
Devant le ton professionnel de Rin, Sakura reprit ses esprits.
- Le combat a commencé normalement. Je n'ai pas bien vu comment ça se passait pour Naruto, parce que je me battais aussi. Mais j'ai vite remarqué qu'ils s'efforçaient de nous séparer. Ils nous voulaient vivants, tous les deux, c'était évident. Ils nous éloignaient à la fois l'un de l'autre et du centre du village. Nous avons réussi à nous débarrasser d'un premier groupe, et nous avons continué vers la Tour Hokage où d'autres équipes se battaient déjà... mais les ennemis ont réussi à nous éloigner tous les deux, et alors...
Elle déglutit, comme si ce qu'elle s'apprêtait à dire l'effrayait.
- Ce n'est pas la première fois que ça arrive à Naruto... Il n'était plus lui-même. Le chakra qu'il dégageait était rouge, les queues de Kyuubi commençaient à se former... c'était effrayant. Dans ces cas-là, ce n'est plus vraiment Naruto... on ne peut plus lui parler, ses yeux changent, il devient... Il devient...
- Il devient Kyuubi, acheva Rin. Le Bijuu profite de la violence des sentiments de son hôte pour prendre le dessus.
Sakura battit des paupières et acquiesça avec fébrilité.
- C'est ce que j'ai pu constater, oui.
- Ça arrivait déjà quand il était bébé. Et à l'époque il n'y avait aucun moyen de le raisonner, évidemment. J'ai dû renforcer son sceau à plusieurs reprises, mais je ne connaissais pas grand chose à ces techniques, ça ne durait jamais longtemps. À la moindre petite colère, Kyuubi menaçait de s'emparer de son corps... C'est pour ça qu'il me fallait cette technique, dit-elle en serrant les dents.
- Ça devient de plus en plus violent... murmura Sakura. La dernière fois, Kyuubi a vraiment failli se libérer d sceau.
L'autre médic-nin releva le sweat du jinchuuriki jusqu'à hauteur de son estomac, puis, d'un léger toucher de chakra, fit apparaître le sceau noir.
- A force d'être malmené, le sceau s'est affaibli... c'est ce que je craignais, murmura Rin. Je n'ose pas m'y introduire pour voir ce qui se passe, de peur de créer une passerelle entre le Bijuu et l'extérieur. La présence de Naruto est trop ténue, il ne résisterait pas.
- Est-ce que ça veut dire que Kyuubi pourrait bientôt s'emparer de Naruto ?
- C'est possible. Si on ne l'extrait pas avant.
Les poings de Sakura se crispèrent.
- J'ai essayé d'aller récupérer les documents, Rin-san. Je n'ai même pas pu pénétrer dans le bâtiment. Et maintenant, il est aux mains de la Racine. Nous n'avons rien pu faire. Je ne sais même pas comment vont Tsunade-sama ni Shizune-san. Quand Yamato-taichô est arrivé, il a réussi à maîtriser plus ou moins Naruto, qui a perdu connaissance. Nous n'avons pu que battre en retraite.
- Ne te fais aucun reproche. Je n'ai pas pu non plus. J'ai compris trop tard ce qui se passait.
- Et pour Naruto, alors ? On ne peut pas laisser Kyuubi faire...
- Je ne le permettrai pas.
Elle pressa une des mains de la jeune fille, essayant de lui transmettre un peu de paix par son geste.
- Comment ? Demanda Sakura, abattue. Les documents sont inaccessibles. La formule est trop complexe, nous n'arriverons jamais à la restituer de mémoire.
- Nous trouverons un moyen.
Peu convaincue, la jeune fille se tut un instant.
- Et Sai ? Qu'est-ce qu'il a ?
- La Racine a essayé de l'assassiner, mais je pense avoir réussi à neutraliser ce qui l'attaquait. Il est en train de se remettre. Seulement, comme c'était très grave, le rétablissement durera en conséquence.
Le regard triste de Sakura allait de l'un à l'autre de ses coéquipiers inconscients qui avaient frôlé la mort. Rin pensait avoir une assez bonne idée de ce qu'elle pouvait ressentir, et décida de lui laisser un peu de tranquillité.
- Je vais voir ce qui se passe avec les autres, dit-elle en se levant. Il va falloir décider de notre prochaine action.
- Merci, dit Sakura, alors que la médic-nin s'éloignait.
Toutes les têtes se tournèrent vers elle quand elle atteignit le groupe de ninjas qui s'était écarté.
- Comment va Naruto ? S'enquit Kakashi.
- Toujours inconscient. Je crois que là où il est, aucun d'entre nous ne peut rien. Ça se passe entre Kyuubi et lui.
Seul Yamato hocha la tête : il était le seul à même de comprendre ce qu'elle entendait par là. Quelque part dans la dimension que créait le sceau, Naruto devait affronter Kyuubi. Rin avait été effrayée à l'idée de poser la main sur le sceau de Naruto : elle savait que c'était la voie la plus proche pour toucher le démon renard en lui. Elle n'avait pas les capacités nécessaires pour le voir, mais suffisamment pour ressentir sa présence haineuse et malveillante, et pour savoir qu'en Naruto se déroulait un combat entre deux volontés.
- Quelle est la situation ? Demanda Rin.
- Le village est sous le contrôle de la Racine, lui résuma Neji. La Tour Hokage est inaccessible, la Racine en a fait son siège, et personne ne sait ce qu'il en est de ceux qui y travaillaient, ni de la Cinquième. Ni des Conseillers.
- Les Conseillers sont impliqués, dit Rin, s'attirant des regards incrédules.
- Qu'est-ce que tu dis ? sursauta Kakashi.
- J'ignorais que c'était la Racine qui m'attaquait parce que c'étaient les Conseillers qui m'avaient... convoquée. Je n'ai pas exactement eu le temps d'aborder le sujet avec toi, ajouta-t-elle devant le regard de Kakashi qui s'était imperceptiblement refroidi.
- Pourquoi les Conseillers se mêleraient-ils à cette histoire ? Demanda Neji en s'efforçant manifestement de ne pas prendre un ton trop incrédule. Pourquoi s'en prendraient-ils au Hokage ?
- La lutte pour le pouvoir, d'autres desseins pour le village... je n'en ai pas la moindre idée, mais je sais ce que j'ai vu. Et ils ne sont pas seuls derrière tout ça. Je n'ai pas pu apercevoir qui était présent également, et je ne saurais pas dire s'ils sont alliés ou manipulés, mais il est très clair que quelqu'un agit dans l'ombre.
- Ça peut être à peu près n'importe qui, dit Kakashi, pensif. Mais l'implication du Conseil... c'est un nouvel élément inquiétant.
Le silence tomba sur le cercle. Rin réfléchissait à toute vitesse, mais elle avait beau retourner ses pensées de toutes manières possibles, il n'y avait qu'une conclusion possible. Elle observa chacun des ninjas présents ; Yamato qui l'avait aidée sans poser de question ; ce jeune jonin, un Hyuuga – un hasard ? Ses élèves qui semblaient déchiffrer sur son visage la résolution qu'elle était en train de prendre et l'accepter. Puis Kakashi.
- Très bien, dit-elle sans le quitter des yeux, j'ai des choses à vous dire.
Une demi heure plus tard, après avoir terminé le récit de sa mission, Rin tourna les talons avant que qui que ce soit ait pu dire un mot – personne ne tenta d'ailleurs de la retenir. Elle retourna près de Sakura, restée auprès de Naruto et Sai. La médic-nin trouva la jeune fille assise, ses jambes repliée sous elle, entre les formes allongées de ses deux coéquipiers. Le regard dans le vague, elle passait distraitement les doigts dans les courtes mèches roses sur sa nuque. Elle sursauta en entendant Rin approcher et pendant une fraction de seconde, cette dernière crut voir de la peur dans ses yeux. L'éclat disparut presque aussitôt, et Sakura se retourna vers ses coéquipiers tandis que Rin s'accroupissait près de Naruto.
- Il n'y a pas de nouveau, murmura tristement Sakura. Aucun des deux ne s'est réveillé.
- Un peu de patience. Nous allons trouver une solution.
Sakura ne répondit pas. La seule solution qu'elle connaissait se trouvait selon toute probabilité entre les mains d'un ennemi qu'ils étaient incapables d'affronter pour le moment. Pas sans Naruto.
- Qu'est-ce qui s'est passé là-bas ? Demanda-t-elle plutôt.
- Je leur ai tout dit au sujet de la mission.
- C'est une bonne chose, commenta Sakura d'un ton neutre.
- Je crois.
- Qu'ont-ils dit ?
- Je ne suis pas restée pour écouter.
Sakura tourna la tête vers elle, les sourcils froncés, mais ne commenta pas.
- Je déteste ça, murmura-t-elle au bout d'une minute de silence. Il est là, juste devant moi, et comme d'habitude, je ne peux rien faire pour lui. Si vous saviez le nombre de fois que j'ai pu être aussi impuissante et inutile... et j'ai beau toujours travailler pour m'améliorer, ça ne change rien.
- C'est une impression que j'ai souvent, soupira Rin. C'est sans doute le lot des médic-nin : la mort est souvent plus forte que la vie, et nous ne sommes pas Dieu. Aussi fort qu'on le veuille, on ne peut pas toujours protéger les gens autant qu'on le voudrait.
Elle avait même quitté Konoha pour y parvenir. Elle s'était laissée empêtrer durant des années dans ses recherches et cette formation qu'elle avait entamée pour maîtriser ces nouvelles techniques qui devait l'empêcher d'avoir à nouveau à se sentir inutile et impuissante – et voilà que tout se trouvait réduit à néant. Sakura était encore jeune, mais elle, que d'erreurs avait-elle commises, que d'échecs...
Sakura avait doucement saisi la main de Naruto dans la sienne, puis avait tendu l'autre vers celle de Sai.
- Ils sont toujours là pour moi. J'ai fait cette formation avec Tsunade-sama, et le mieux que je puisse faire, c'est leur tenir la main, fit-elle avec un rire amer.
- Tout ce qu'on peut faire, c'est leur tenir la main, dit Rin, le cœur serré.
Des pas derrière elle attirèrent son attention. Kéto et Neji Hyuuga approchaient.
- Yamato-san a monté un abri, dit Kéto. On va déplacer les blessés.
Les médic-nin se levèrent, et les deux jeunes ninjas portèrent aussi délicatement que possible Naruto et Sai jusqu'à une maison en bois d'une taille impressionnante qui n'était pas là plus tôt. Comme Rin jetait un regard halluciné sur la riche architecture de ce qui avait davantage l'air d'une luxueuse auberge que d'un abri, Sakura eut un petit sourire.
- Ça fait partie des pouvoirs de Yamato-taichô. Il fait ça grâce au Mokuton. Impressionnant, n'est-ce pas ?
Muette, Rin hocha la tête. Sa maîtrise était encore plus grande que ce qu'elle avait pu imaginer, songea-t-elle en observant de loin le profil du ninja qui s'entretenait toujours avec Tamuï, Pakkun et Kakashi. Un tel déploiement de chakra, et il semblait à peine plus fatigué que s'il avait déplacé un fauteuil. Tsunade l'avait affecté à leur garde, à Sakura et à elle, pour plus de raisons que ce qu'elle avait soupçonné, se dit-elle. S'ils avaient eu la possibilité d'achever et de lancer la technique, sans doute aurait-il pu apporter une grande partie du chakra et de l'énergie nécessaires pour contrebalancer celle de Kyuubi...
Sakura et Rin entrèrent dans le bâtiment. Il s'étendait sur trois étages et comprenait de nombreuses pièces, assez pour fournir une chambre à chaque ninja. Aussi impressionnant que soit sa structure, il n'était pas meublé, aussi durent-ils improviser une paillasse faite de feuilles entassées pour Naruto et Sai, qu'ils installèrent dans une même chambre au premier. Tamuï serait chargée de les veiller, pendant que Neji et Yamato monteraient la garde à l'extérieur pour la nuit. Le bâtiment ne comptait pas non plus d'eau courante, ni d'électricité non plus. Le repas se déroula à la lumière d'un petit foyer installer au centre de la grande pièce du rez-de-chaussée et dans un silence tendu. Les deux absents, inconscients à l'étage étaient dans tous les esprits, ainsi que les diverses révélations de Rin occupaient les esprits. Révélations qui revêtaient une importance plus ou moins forte selon les personnes à qui elles avaient été faîtes. Yamato, assis près de Rin, lui avait appris dans les grandes lignes d'où lui venaient ses aptitudes, et ce qu'il accomplissait exactement auprès de Naruto, pendant que le reste de l'équipe mangeait dans un silence lourd. Sakura finit par s'excuser et se rendit dans la chambre des malades qu'elle comptait veiller en même temps que Tamuï. Chacun alla se trouver une chambre et y préparer sa paillasse, en vue de se reposer avant la journée du lendemain qui promettait d'être lourde en décisions.
Dernière à quitter le feu, Rin monta le grand escalier en bois massif jusqu'au troisième étage et déambula d'une grande pièce à une autre. Des torches avaient été placées à certains endroits, mais l'endroit restait sombre là où les arbres géants empêchaient la lumière de la lune claire d'entrer par les larges ouverture sans fenêtres des chambres. En passant devant une des chambres, l'ombre sur le sol attira son regard qui remonta vers la silhouette sombre qui se détachait de la fenêtre.
- Tu aurais pu me le dire.
Rin inspira profondément et entra dans la pièce.
- C'était une mission confidentielle, Kakashi, rappela-t-elle en faisant face au ninja, debout devant la fenêtre, les bras croisés.
- Non, me le dire avant. Ce n'est pas une mission qu'on t'a assignée, c'est toi qui l'as sollicitée. Tu aurais pu me parler de cette technique quand tu l'as découverte, avant d'en parler à Sandaime-sama.
- Ça aurait changé quoi ?
- J'aurais pu t'aider !
- Non. Tu m'aurais dit de rester avec Naruto, et tu serais parti seul.
- Tu m'accuses de quoi, cette fois, au juste ? D'avoir voulu te garder à Konoha ou d'avoir voulu une meilleure vie pour Naruto ?
- Si tu m'accuses d'avoir gâcher la vie de Naruto, tu arrives trop tard, dit-elle d'un ton glacial. Je suis parfaitement consciente d'avoir tout raté !
- Tu crois que j'aurais permis que la vie de Naruto soit gâchée ? Il n'a pas eu la partie facile, certes, mais il s'en est sorti. Les épreuves lui ont donné plus de force et de cœur que n'importe quoi. Mais moi...
Il inspira profondément comme pour contenir sa colère.
- Tu me demandes ce que ça aurait changé ? T'imagines ce que ça a été quand le Sandaime m'a annoncé qu'ils allaient graver ton nom dans la stèle ?
Rin pâlit.
- Mais... mon nom n'est pas...
- Je m'y suis opposé ! Rugit-il. En tant que dernier proche, j'ai eu voix au chapitre. Mais il y a eu une cérémonie funéraire, Rin ; parce qu'à ceux qui te croyaient décédée, je n'ai pas pu empêcher le Hokage de la leur accorder. Tout le monde est venu pleurer ta mort. Il y avait des bougies, des fleurs, tout le monde en noir... Tu l'as vue, ta plaque honorifique, dis ? Parce que tu l'as, ta plaque honorifique.
Rin tressaillit violemment. Elle n'avait rien vu. Personne ne lui avait raconté cela, et la violence des paroles et du ton de Kakashi la glaçaient. Il s'était approché d'elle à chaque phrase qu'il martelait, débordant de colère comme un fauve furieux.
- Tu les as entendus, ces gens qui venaient s'y lamenter ? Continua-t-il, impitoyable. Tu les as entendus, ceux qui venaient me présenter leur condoléances ? Tu l'as su, quand j'ai cessé d'essayer de les détromper ?
Des larmes débordèrent des yeux de Rin et elle baissa la tête. Kakashi s'était planté devant elle, et reprit d'une voix basse :
- J'aurais voulu savoir pourquoi tu partais, ne pas seulement avoir l'impression que c'était pour me punir, quand bien même je l'aurais mérité. Je sais que j'ai jamais été le meilleur soutien dont on aurait pu rêver, et que c'était toi qui avais pris Naruto sous ta responsabilité. Mais j'aurais voulu participer à ce que tu faisais pour le fils de Minato-sensei. Au moins savoir. C'était mon droit, et c'était ma place à moi aussi. J'aurais voulu que tu te fies assez à moi pour me demander mon aide, pas que tu fuies pour être certaine que je ne te gênerais pas. T'imagines ce que ça me fait que tu aies préféré subir ça seule ?
- Ce n'était pas ça, murmura-t-elle, les larmes coulant librement sur ses joues.
- Pour toi peut-être, mais c'est comme ça que je vois tout ce que tu m'as dit jusqu'ici. Tu ne m'as jamais dit les difficultés que posaient Naruto, Kyuubi qui parvenait à transparaître.
- Sandaime-sama ne voulait pas que l'infirmation s'ébruite. Et je suis médic-nin, j'étais la seule à avoir les compétences pour ce type de mission à l'époque, et Konoha avait besoin des tiennes...
- Mais moi, bon sang, dit-il d'un ton rageur. Tu sais que je n'aurais rien dit à personne. Pourquoi est-ce que tout ce qu'on se dit normalement entre amis, tu ne me l'as pas confié ?
Il serra les mâchoires et détourna le regard. Si : elle lui avait dit exactement ce qu'on dit à un ami. Rien de plus que ce qu'on dit à celui qui n'est qu'un ami, rien de plus. Et ça, c'était autant davantage sa faute à lui qu'à elle. La personne la plus proche de lui n'était qu'une amie et il n'avait aucun droit sur elle. Il avait cru recevoir un coup de poignard quand le Troisième lui avait demandé son avis : devait-on officialiser le décès de Rin ? Si ce n'avait pas été le Hokage face à lui, il aurait probablement frappé le vieux ninja. Son expression avait dû être parlante, car le visage du vieil homme s'était adouci et il n'avait pas insisté. Mais Kakashi n'avait jamais oublié cet instant de haine qu'il avait ressenti à l'encontre de celui qui parlait de personne la personne qu'il estimait la plus proche de Kakashi et qui pourtant l'avait envoyée à la mort.
- Et, bon sang, pour quoi est-ce qu'on se dispute encore ? Soupira-t-il. On ne fait que ça depuis que tu es rentrée !
- Oh, eh bien je te prie de m'excuser, réussit-elle à ironiser, entre deux sanglots.
Il soupira encore et, réduisant la distance qui les séparait, il lui prit le visage entre les mains pour la forcer à le regarder.
- Je ne te l'ai même pas dit : je suis heureux que tu sois rentré. Tu ne peux pas imaginer à quel point. Heureux, et tellement soulagé que je pourrais hurler. J'ai été blessé par tout ça, et au lieu de te dire que j'étais heureux, je n'ai fait que des reproches, tout est allé de travers.
Il lui essuya les joues d'une caresse des pouces puis, attirant le visage de Rin contre son torse, il referma ses bras autour d'elle.
- Je suis heureux que tu sois de retour. Ne repars plus. S'il te plait.
*
note de l'auteur :
Je devrais peut-être attendre un peu et relire à tête reposée ce chapitre, parce que la fin me paraît extraordinairement fleur bleue par rapport à ce que je me croyais capable de faire ! Mais en même temps, elle m'émeut un peu, alors, baste, voilà le chapitre tout chaud, un peu fait à l'arrache par rapport à d'habitude, encore tout chaud de la sortie de mon petit cerveau ! Je vais pas faire une dissert, dites-moi ce que vous pensez de tout ça ! (j'espère que cette fin n'est pas carrément cul-cul, mais je n'ai pas pu me résoudre à la changer ; cela dit, je préfère quand même les disputes qui ont précédé haha)
Encore merci pour tous les commentaires et ajouts!
