Bonjour/bonsoir…
Oui, je suis en retard.
Non, je n'ai pas d'excuse.
Je sais, 6 mois sans publier, affreux!
Je m'en veux, j'ai tort, et voilà.
Je n'en dis pas plus, à part merci à mes deux superbes bêta, sans qui ce texte serait certainement bourré de fautes.
Alors, bonne lecture et comme d'hab, on se revoit en bas!
Chapitre 13: Escapade
Eänwen, assise sur un des lits de la nouvelle infirmerie, était venue faire soigner ses blessures de la dernière bataille. Quelques légères coupures ici et là, rien de très grave. Astaldo avait insisté pour que le tout soit vérifié. À contrecœur, Eänwen s'y était rendue. Pendant que la soigneuse pansait ses blessures, la jeune femme avait continué à rédiger son journal. Elle passa près d'une heure sur le lit durant laquelle, la soigneuse voulant inspecter chaque parcelle de sa peau… enfin presque. Quand la dame eut fini son inspection, Eänwen venait tout juste de terminer d'écrire la dernière phrase de son journal. Elle la remercia, rangea sa plume et souffla légèrement sur la page de parchemin pour faire sécher l'encre. Après quelques secondes, elle referma délicatement le livre de cuir et le rangea dans son sac de toile. Autour d'elle, on commençait à paqueter les derniers effets utiles au voyage de retour. Oui, le voyage de retour. Qui l'eut cru? Ils venaient tout juste de remporter la première véritable bataille contre le Mal. Oui, ils avaient perdu beaucoup dans ce combat, mais les plus glorieux étaient à venir. Cela, Eänwen en était certaine.
La jeune femme se releva du lit et sortit à l'extérieur. Le Soleil était presque à son zénith, quelques nuages parsemaient le ciel bleu. Un léger vent du Sud soufflait dans le Gouffre, faisant ainsi voler les étendards vert et blanc du Rohan. Le cœur léger, elle s'engouffra dans la foule et descendit au premier niveau. Elle avait deux mots à dire à son frère : lui avoir fait perdre son temps à l'infirmerie pour deux égratignures, il n'allait pas s'en tirer comme ça!
Sur son chemin, elle croisa plusieurs connaissances qui la saluèrent énergiquement. Elle leur rendit avec un grand sourire, mais au loin, son regard s'attarda. Près de la porte d'entrée de la forteresse, Eänwen put voir la Dame du Rohan, Eowyn, discutant joyeusement avec d'autres femmes. Sa longue chevelure de blé était partiellement ramenée derrière son crâne, dégageant ainsi son visage serein. Eänwen s'approcha à l'insu de la jeune femme et lui tapa légèrement sur l'épaule. La Dame du Rohan se retourna et ses yeux s'agrandirent de surprise.
- Dame Eänwen! S'écria-t-elle en l'enlaçant dans ses bras.
- Eowyn… Comment vous portez-vous?
- Pas aussi bien que vous semblez l'être, chère amie, dit-elle en s'écartant d'Eänwen.
- Oui effectivement, sourit la jeune femme. Le mal a passé son chemin vers l'Est et nous pouvons à présent chanter un air de paix grâce aux efforts et aux sacrifices de ceux qui ne sont plus avec nous à ce moment.
- Avez-vous subi des pertes dans votre entourage? S'inquiéta soudainement Eowyn.
- Pendant un instant, j'ai cru que j'avais tout perdu, répondit Eänwen. Mais heureusement, tous ont survécu à cette bataille.
- Me voilà rassurée, sourit-elle. Durant un moment, j'ai cru que vous alliez m'annoncer des mauvaises nouvelles.
- Non, n'ayez crainte. D'après moi, nous n'aurons pas d'ici quelque temps.
- Mais parlant de cela, fit Eowyn. Qu'allez vous faire maintenant, vous et vos amis? Allez-vous nous quitter?
Eänwen hésita un instant, affichant un air pensif.
- Je suis venue en ces terres avec le seul but de suivre la Communauté de l'Anneau, répondit-elle. Mon lendemain est à présent lié au sien, peu importe si son destin m'est fatal ou non. Si elle doit quitter le Peuple de la Marche pour se joindre à d'autres horizons, alors ainsi soit-il.
- Mais cela est une route périlleuse et hardie! Vous pourriez y perdre la vie!
- Dame Eowyn, je dois être honnête avec vous. Moi et mes compagnons, nous avons choisi cette voie de notre destin parce que nous croyons que la Terre du Milieu mérite d'être sauvée… même à un point que le fait d'y laisser notre vie nous laissera fierté et honneur dans la mort.
- Mais…
- Un jour, Dame Eowyn, vous comprendrez… Vous ne comprendrez que lorsque vous vous retrouverez entre un être cher et sa mort, vous ferez alors absolument tout pour empêcher que cette personne tombe; même jusqu'à sacrifier votre propre vie. Et quand cet instant arrivera, plus rien n'existera à part vous et votre ennemi. Tout le courage des Valars vous immergera dans sa vague et vous n'en ressortirez que plus puissante.
- Vous croyez que je serais capable d'une telle chose?
- Pourquoi pas?
- Les femmes ne peuvent aller à la guerre… fit-elle avec une moue d'enfant. Enfin presque.
- Je ne parle pas seulement de guerre, Dame Eowyn. Ni d'épée ou de bouclier… Mais face à n'importe quels obstacles auxquels on peut être victime durant la vie quotidienne.
Eänwen lui lança un léger regard attendri avant de continuer :
- Toute la gloire n'est pas dans l'acte de faire la guerre, chère amie; mais la gloire du courage qui habite votre cœur.
Après un court silence, durant lequel Eowyn parut quelque peu déstabilisée, elle reprit la parole.
- Malgré les apparences, dit-elle la voix emplie de respect, votre sagesse grandit de jour en jour Dame Eänwen. Vous n'êtes manifestement plus la même que j'ai côtoyée à Edoras.
- Je crois que la centaine d'années qui comble mon âge commence tranquillement à faire son effet après une dure période d'adolescence, fit Eänwen avec un clin d'œil.
Eowyn et elle rirent légèrement.
- Et maintenant, reprit Eowyn, qu'allez-vous faire de votre après-midi?
- Je ne sais pas, répondit Eänwen. Je vais voir avec mes frères, mais sûrement que nous allons conclure d'aider à compléter les derniers préparatifs avant de retourner à Edoras.
Eowyn sembla surprise.
- Mais n'êtes-vous pas au courant?
- Au courant de quoi?
- Mon oncle Théoden organise un conseil dans la Grande Salle, et tous les capitaines y sont conviés. N'y allez-vous donc pas?
Eänwen tiqua.
- Non, dit-elle. Je n'étais pas au courant.
- Peut-être devriez-vous y rendre, cela pourrait être important.
- Sans m'être fait inviter?
- Pourquoi pas? Vous n'êtes pas celle qui mène les Haradrims?
- Théoriquement, non. Cette tâche revient à mon frère.
- Allez le voir, peut-être que vous pourriez l'accompagner dans ce conseil.
- Non, dit Eänwen, je ne crois pas que ce serait une bonne idée. De toute façon, mon frère est parfaitement capable de remplir ses fonctions sans mon aide.
Sauf en haute mer…
- Toutefois, reprit-elle, il faut que je le voie. Avez-vous une idée où il peut se trouver?
- La dernière fois que je l'ai aperçu, je crois qu'il errait dans les couloirs de la forteresse. Bonne chance pour le retrouver! Rajouta-t-elle en levant les yeux.
- Merci, dame Eowyn, fit Eänwen en l'enlaçant de nouveau. Nous nous retrouverons bientôt et encore une fois, merci pour tout.
- Mais tout le plaisir fut pour moi.
Eänwen se détacha d'elle et repartit dans le sens inverse. En moins de deux, elle remonta l'escalier extérieur et passa par les deux statues du fondateur. Pendant que la jeune femme s'approchait de la porte, elle remonta ses cheveux et en fit rapidement une natte qu'elle attacha avec une lanière de cuir. Un des gardes, la voyant arriver, lui ouvrit gentiment la porte. Eänwen le remercia du regard et entra dans la grande salle.
Un fouillis comblait majoritairement l'espace : quelques tables et chaises avaient été renversées contre le sol de pierre, pendant que d'autres jonchaient en morceaux dans un coin. La boue des sabots des chevaux et des bottes souillait le sol, pendant que la lumière des meurtrières traversait les nuages de poussières et de saletés dans l'air. Quelques armes abandonnées longeaient le bas des murs parmi des restes d'armures, tâchés de sang.
La porte se referma d'elle-même derrière la jeune Elfe pendant que cette dernière continuait d'avancer vers le trône où était assis le Roi Théoden. Il portait toujours son armure, mais on pouvait voir son bras gauche en attelle caché sous sa longue cape pourprée. À ses côtés, Gandalf le magicien avait tiré une chaise pour s'asseoir à ses côtés. Son bâton était appuyé contre le mur de pierre, toujours à portée de main. Il fumait tranquillement sa pipe et ses yeux étaient figés quelque part dans le vide, apparemment plongé dans une grande réflexion.
Mais dès qu'Eänwen fut rentrée, elle vit les yeux bleus du magicien se tourner vers elle, suivis de très près par ceux du Roi. La jeune femme s'approcha et s'agenouilla devant le seigneur de la Marche.
- Monseigneur, salua Eänwen.
- Bien le bonjour dame Eänwen, fit Théoden. Heureux de vous voir indemne suite à l'affrontement de cette nuit.
- Ce sentiment est partagé à votre égard, monseigneur.
- Mes vieux muscles ne sont malheureusement plus dans la fleur de l'âge. Quelques vieilles blessures ont refait leur apparition, même de nouvelles sont apparues.
D'un léger coup de tête, il fit référence à son épaule.
- Au moins, vous êtes toujours parmi nous monseigneur, poursuivit Eänwen. Votre courage et votre foi que j'ai vus cette nuit en cette même pièce, il y a à peine quelques heures, ont fait la différence entre notre réussite et notre défaite.
- Dame Eänwen a raison, intervint Gandalf. Si nous vous avions perdu cette nuit, le peuple ne s'en serait pas remis facilement.
Eänwen se tourna vers le magicien, le sourire aux lèvres.
- Mais je dois avouer que sans votre intervention maître Gandalf, toute cette forteresse ne serait que ruine et cendres.
- Arrêtez de me lancer des fleurs gente dame, fit-il humblement. Nous avons tous mis notre grain de sel pour que le Rohan triomphe dans cette bataille.
- Bon, passons les formalités flatteuses, dit Théoden en se réajustant sur son siège. Que nous vaut votre charmante visite, dame Eänwen?
- En fait, j'étais à la recherche de mon frère, s'expliqua-t-elle. Je me suis fait dire qu'il serait dans les alentours alors… je me suis dit qu'il était peut-être en votre compagnie. Mais vu que ce n'est pas le cas, je ne vais pas m'attarder plus longtemps.
Eänwen amorça sa révérence, mais Théoden l'interrompit d'un geste de la main.
- Le capitaine Astaldo est censé se joindre à nous dans peu de temps pour une réunion, fit le Roi. Ne voudriez-vous pas rester? Comme cela, vous pourriez lui parler à votre guise…
- Mais je ne voudrais pas retarder votre audience, sire. Je pourrai très bien lui parler par après.
Gandalf intervint alors, une nouvelle idée à l'esprit.
- Si je peux me le permettre mon souverain, fit le magicien. Dame Eänwen pourrait se joindre à nous. Personnellement, je crois qu'elle le mérite amplement. Elle a tout de même sauvé des griffes de la mort le seigneur Haldir en personne.
Théoden acquiesça d'un mouvement de tête. Eänwen était à présent coincée; on ne pouvait refuser l'offre d'un Roi.
- Je ne voudrai pas m'imposer monseigneur, tenta-t-elle une dernière fois. Mon frère Astaldo remplit très bien ses fonctions de capitaine sans mon aide et puis…
- Dame Eänwen… fit le Roi.
La jeune femme se tut, gênée. Elle croisa le regard de magicien, légèrement amusé par son soudain embarras.
- … j'insiste, compléta-t-il avec un sourire flottant sur ses lèvres.
Eänwen baissa les yeux, ses bottes devenant tout d'un coup très intéressantes. Les mains derrière le dos, elle avait l'air d'une petite enfant.
- Je crois que votre ajout à notre petite réunion n'en sera que bénéfique, poursuivit Théoden. Je ne peux vous forcer à vous joindre à nous, mais votre présence serait la bienvenue.
La jeune Elfe releva son regard cendré vers le Roi, pétillant d'un nouvel éclat.
- Et bien, pourquoi pas? Fit-elle à présent toute souriante. Cette offre est plus que généreuse monseigneur, je vous en remercie.
- Elle fit une légère révérence en guise de reconnaissance.
- L'audience aura lieu lorsque le Soleil sera à son plus haut, annonça Théoden à la jeune femme. Et une place vous sera réservée aux côtés de votre frère; j'y veillerai personnellement.
- Encore merci, monseigneur.
Sur ce, elle s'éloigna des deux hommes et se dirigea vers la porte d'entrée. Mais à mi-chemin, une voix s'éleva derrière elle.
- Dame Eänwen! S'écria la voix.
La jeune femme se retourna, et vit que Gandalf l'interpelait.
- Oui?
Bâton en main, le magicien s'approcha d'Eänwen en lui tendant son bras gauche.
- En tant que vieux gentleman, fit-il avec le sourire, laissez-moi la chance de vous raccompagnez.
Eänwen fut quelque peu déconcertée par cette offre, mais tout de même flattée par l'attention que le magicien lui accordait.
- Mais bien sûr maître Gandalf, acquiesça-t-elle. Tout l'honneur sera pour moi…
- Arrêtez de m'appeler maître, fit-il en lui adressant un clin d'œil. Je n'aime pas que l'on me donne plus d'âge que je n'en ai déjà…
La jeune rit légèrement sous sa barbe inexistante pendant qu'ils traversaient sous le portail.
- Alors, avez-vous un autre nom par lequel vous voudriez que l'on vous appelle?
Gandalf eut un léger soupir amusé.
- J'ai maints noms, dame Eänwen. Mes noms sont nombreux dans de nombreux pays, dit-il. Mithrandir chez les Elfes, Tharkûn pour les Nains ; j'étais Olorin dans ma jeunesse dans l'Ouest, qui est oubliée. Incanus dans le Sud, dans le Nord Gandalf; dans l'Est, je n'y vais pas. Dans un passé plus récent, je me suis fait nommer Gandalf le Gris. Et à présent, on me nomme dans ce pays Gandalf le Blanc.
Eänwen ne répondit pas, pensive. Ses yeux se perdirent dans le vide, à la recherche d'un vague souvenir.
- Je crois déjà avoir lu le nom d'Incanus quelque part, se rappela Eänwen. Dans les écrits de mon père, Incanus possédait l'un des Trois à son doigt : Narya, l'Anneau de feu.
Son regard fut automatiquement porté aux mains de Gandalf. Rapidement, Eänwen le vit. C'était un subtil anneau doré qu'il portait à son majeur. Retenu en place par quatre petites griffes d'or, un rubis scintillant et profond trônait fièrement sur son piédestal. C'était de loin un des plus beaux bijoux qu'Eänwen avait eu l'occasion de voir dans sa vie.
- Il est magnifique, fit remarquer la jeune femme, nostalgique. Mon père m'a raconté cette histoire près d'une centaine de fois… Je l'a connais sur le bout de mes doigts à présent.
- Très peu de gens connaissent l'identité des porteurs des Anneaux de pouvoir, jeune dame.
- Pourquoi rester dans le secret, Gandalf?
- Pour de simples raisons de sécurité. Si les gens connaissaient l'emplacement d'un de ces Anneaux, son porteur serait constamment vulnérable. Pensez seulement à Isildur qui portait fièrement l'Anneau de pouvoir au cou; malheureusement pour lui, cela le conduisit à sa perte.
- Et pour Galadriel et Elrond?
- Ils restent dans leur domaine, cachés et protégés du Mal et des regards extérieurs. Pour cette raison, Fondcombe et la Lothlórien sont extrêmement bien gardés. Très peu d'étrangers sont admis en ces terres…
- C'est fascinant comment de si petites choses peuvent déclencher de si grands malheurs quand elles sont mises entre de mauvaises mains… Jusqu'à ces dernières semaines, je croyais que ces anneaux étaient de la pure légende pour amuser les plus jeunes. Mon père nous racontait cette histoire avant d'aller nous coucher. C'était ma préférée…
- Avec raison… fit remarquer Gandalf.
- Au départ, ces trois anneaux avaient pour but de ralentir le temps qui passait et de préserver les beautés de la Terre du Milieu. Mais ils avaient des qualités propres. Le plus puissant des Trois est Vilya, raconta-t-elle en montant les escaliers côte à côte avec le magicien. Il a le pouvoir de guérir et de préserver; ce pour quoi je crois qu'il est très bien entre les mains de seigneur Elrond. Orné d'un saphir, cet Anneau de pouvoir fut aussi appelé l'Anneau de l'air.
Gandalf ne répondit rien, se contenant de sagement écouter Eänwen.
- Puis vint Nenya, continua-t-elle. On raconte qu'il a le don de protection contre le mal. Un pouvoir efficace, mais à double tranchant pour un Elfe puisque cet anneau est aussi surnommé l'Anneau de l'eau. Avec tout le respect et l'admiration que je dois pour Dame Galadriel, l'appel de la mer doit être terrible à supporter pour elle…
- Effectivement… fit Gandalf. Mais n'avez-vous pas vous-même déjà éprouvé ce sentiment de nostalgie envers la mer?
- En fait, lorsque je vivais en Haradwaith, mon camp et moi étions nomades. Nous voyagions beaucoup, mais nous restions toujours sur la côte. Et puis, il ne faut pas oublier que je ne suis qu'à moitié elfe : mon ascendance humaine doit avoir calmé les ardeurs de cette nostalgie. En plus, d'une certaine façon, une partie de l'appel de la mer était comblé par le seul fait que j'avais l'occasion de voir la mer tous les jours.
Eänwen observa un léger silence, pensive.
- Mais je dois avouer qu'avec le fait d'y penser maintenant, reprit-elle, un drôle de sentiment m'envahit. Cet appel, je ne l'ai ressenti que quelques fois dans ma vie; dont une fois pendant notre voyage vers Edoras. Et puis, tout d'un coup, ça me reprend seulement à en parler. C'était comme si…
- … comme si ça venait avec l'âge et l'éloignement de la côte, compléta Gandalf. Ce que vous ressentez est parfaitement normal dame Eänwen. Plus vous vieillirez, plus l'appel se fera puissant et nostalgique.
- Quelle joie!
- Peut-être devriez vous en parler avec Legolas… il pourrait peut-être répondre à vos questionnements, et même encore plus, pourquoi pas.
Dans sa tête, Eänwen éclata de rire.
Ouais, et puis quoi encore?
- Non, mais, ça me fait penser que je n'avais pas terminé mon histoire sur les Trois! Fit-elle subitement pour changer de sujet. Il me restait le vôtre!
- Moi qui croyais que vous alliez oublier… avoua-t-il un léger sourire aux lèvres.
- Mais c'est mon préféré en plus!
- Ah oui? Fit-il, surpris. Normalement, on préfère le plus puissant…
- Pas moi. Premièrement, aussi futile que cela puisse paraître, quand j'étais plus jeune ma couleur préférée était le rouge. Je dois même avouer que ce l'est encore aujourd'hui. Et puis, le nom Narya m'interpellait beaucoup puisque ma défunte mère s'appelait Narwen. Et aussi, son pouvoir était celui que je préférais.
- Et pourquoi cela?
- Narya, il a le don d'inspirer les gens à résister à la tyrannie, à la domination et au désespoir. Vous, Gandalf, vous voyagez partout en Terre du Milieu pour répandre son don et transmettre votre sagesse aux gens du peuple. Car par votre seule présence, il redonne courage aux guerriers en des batailles qui leur paraissent désespérées.
- Mais le pouvoir des Trois s'amenuise au fil que les Lunes traversent le ciel étoilé nuit après nuit, rappela Gandalf. Maintenant que l'Anneau Unique est retrouvé, les pouvoirs ne peuvent plus être utilisés avec autant de légèreté. Nous devons rester discrets aux yeux de l'Ennemi et de ses espions; qui est maintenant malheureusement partout où notre chemin nous guide.
Le magicien et Eänwen étaient à présent sur le rempart au dessus de la rampe d'accès. La jeune femme, appuyée contre le muret, se perdit dans la contemplation des immenses façades de la montagne qui entourait la forteresse.
- Tant que l'espoir perdure, répondit-elle calmement, nous ne devons nous permettre d'abandonner.
Gandalf se joignit à elle dans un soupir amusé.
- Désolé si mes paroles de vieux fou vous ont offensé, s'excusa le magicien. Vous avez raison… Il faut simplement garder l'œil ouvert.
- Vous ne m'avez pas du tout offensé Gandalf, fit Eänwen. Je vous comprends d'une certaine manière… il faut demeurer vigilant.
- Exactement…
Un silence suivit. Ni lourd, ni gêné; mais nécessaire. Et c'est là qu'Eänwen se souvint subitement de quelque chose. Elle se retourna vivement vers le magicien.
- Gandalf? Demanda-t-elle.
- Oui? Répondit-il en détournant son regard paternel vers la jeune femme.
- Je sais que cela peut sembler tardif, mais je voudrais vous remercier pour votre accueil à Edoras. Je crois que sans votre accord, nous aurions été obligés de rebrousser chemin bredouilles.
- Mes yeux ne sont pas si aveugles qu'ils semblent l'être, taquina Gandalf. Je sais reconnaître l'honnêteté et les nobles intentions quand j'en vois.
- Merci encore…
- Mais il n'y a pas de quoi. De toute façon, je crois qu'il est temps pour nous de retourner vers Théoden pour son audience. Le Soleil est à son plus haut et je me demande même s'ils ne sont pas en train de nous attendre.
- Allez, dit la jeune femme en se détachant du muret de pierre. Ne nous faisons pas plus désirer que nécessaire.
Sur ce, ils se dirigèrent calmement vers la grande salle. Sur le chemin, Eänwen observa que la forteresse commençait à se vider tranquillement. Par la vallée, on pouvait voir des groupes regagner leur village, tous accompagnés par des cavaliers. Telle une vague qui se brise contre la roche, les groupes de Rohirrims se séparèrent à l'embouchure du gouffre pour repartir vers le Sud ou l'Est, pour finalement disparaître à l'horizon. Plusieurs des villageois appréhendaient de voir leurs habitations brûlées ou saccagées par l'ennemi. Mais si un tel cas se présentait, Théoden leur avait promis une place à Edoras.
Arrivés sur la plate-forme principale, Gandalf et Eänwen marchèrent côte à côte et on leur ouvrit la porte à doubles battants de la grande salle. La jeune femme vit qu'on avait fait un léger ménage contrairement à la dernière fois. Un coup de balai avait été passé, les tables et les chaises détruites avaient été remplacées par des neuves, pendant que les torches accrochées au mur fumaient d'une nouvelle flamme. Il restait quelques trucs qui trainaient ici et là, mais le gros du dégât était réparé.
Théoden était assis sur son trône, pendant que derrière lui, les étendards du Rohan flottaient à la brise du vent qui s'était glissé par les meurtrières. Devant lui, quelques chaises avaient été placées en un demi-cercle. Astaldo était déjà assis, comme Gamelin et un autre seigneur qu'Eänwen ne connaissait pas. Elle nota aussi l'absence du trio de la Communauté.
La jeune femme s'approcha par-derrière et alla saluer son frère qui discutait avec le seigneur inconnu.
- Salut, fit-elle en lui mettant une main sur l'épaule.
Il se retourna, surpris.
- Euh… salut, dit-il en se levant. Je n'étais pas au courant que tu venais.
- Moi non plus imagine toi dont, dit-elle en enlevant sa cape noire, dévoilant ainsi son armure. Une invitation de dernière minute!
La jeune femme déposa sa cape sur le dos de la chaise, et s'installa aux côtés de son frère.
- Et puis, l'infirmerie? Quelque chose de cassé? Demanda-t-il.
Eänwen, se rappelant soudainement de sa petite rancune, afficha un air faussement fâché.
- Justement, monsieur le grand frère. Je voulais t'en parler!
- J'avais raison finalement? Demanda-t-il avec son air suffisant, les bras derrière la tête.
- Une heure pour deux égratignures! Résuma Eänwen. Tu te rends compte?
- Comme c'est affreux…
- J'aurai bien aimé te voir à ma place!
Avant qu'Astaldo puisse répliquer, elle entendit l'homme aux côtés de son frère se racler la gorge, comme s'il était sur le point de rire.
- Ah oui justement, fit Astaldo. Eänwen, je crois que tu n'as pas encore rencontré le seigneur Eomer, le frère d'Eowyn…
Ce dernier se leva de son siège, droit et fier, suivi de près par Eänwen. Eomer était un homme de grande taille et son regard profond sonda celui de la jeune femme. Une barbe fournie parcourait ses joues et son cou. Ses cheveux châtains tombaient en bas de ses épaules, mais il se faisait une légère queue de cheval, dégageant ainsi son front. Ses traits mystérieux et fins ressemblaient beaucoup à ceux d'Eowyn.
- Je me présente, commença-t-il. Je suis Eomer, fils d'Éomund, Maréchal de la Marche.
Eomer… Pourquoi est-ce que ce nom lui invoquait-il quelque chose?
- Et moi, je suis Eänwen, fille de Thalion, répondit-elle.
- C'est un honneur, gente dame.
- Cependant, pardonnez-moi ma curiosité, mais est-ce que nous nous serions déjà croisés par hasard? Demanda la jeune femme. J'ai l'étrange impression de vous avoir déjà vu quelque part… du moins, votre nom me rappelle quelque chose.
- Si nos regards s'étaient croisés avant aujourd'hui, dit-il en prenant délicatement la main de la jeune femme, je vous conjure que je ne vous aurais pas lâché des yeux depuis, gente dame.
Puis, il lui baisa chastement sa main, yeux dans les yeux.
Le sang monta légèrement aux joues d'Eänwen, tout comme son sourire embarrassé qui s'élargit de plus en plus sur ses lèvres. Voyant la situation dégénérer, Astaldo prit la parole.
- Le seigneur Eomer est le neveu du Roi, intervint-il. Et il accompagnait Gandalf pendant la bataille du Gouffre de Helm.
- Ah bien sûr! S'écria Eänwen.
Elle feignit la surprise, reprenant du coup sa main prisonnière de celle d'Eomer.
- Il me semblait d'avoir déjà entendu votre prénom auparavant! De plus, votre ressemblance familiale avec Eowyn n'est que plus frappante.
- Oui, elle est effectivement ma sœur. Cependant, cela fait un moment que je n'ai pas eu l'occasion de la voir.
- J'imagine qu'avec tout le voyage et le combat que vous avez eu, vous devez être fatigué.
Eomer afficha subitement un air contrarié, et regarda Eänwen de haut en bas.
- Oui… répondit-il vaguement. Mais, parlant de combat… Désolé si cela semble déplacé, mais pourquoi portez-vous une armure?
Eänwen fronça les sourcils, prise au dépourvue.
- Je vous demande pardon?
- Je… Pourquoi portez-vous une armure?
La jeune femme croisa les bras, le regard rempli d'étincelles prêtes à s'enflammer.
- Je porte une armure, monseigneur, parce que je viens de sortir d'une nuit d'enfer à combattre des Uruk-Hai à travers la pluie, le froid, le sang et la douleur, et je n'ai malheureusement pas encore trouvé le temps de me changer.
Eomer observa un moment de silence, abasourdi.
Astaldo, toujours assis face au duo, émit une prière silencieuse et insistante.
« Taisez-vous Eomer, taisez-vous Eomer »
Inutile.
- Vous… vous savez vous battre? Bafouilla Eomer presque en riant. Vous, une fem…
L'étincelle dans les yeux de la jeune femme grossit subitement et se transforma en brasier. Retroussant les lèvres, tel un loup prêt à attaquer, elle répliqua.
- Oui! Une femme, fit Eänwen, les dents serrées. Et elle serait parfaitement capable de vous écraser à plate couture dans un combat singulier, même si oui, elle n'est qu'une simple femme!
Quelques conversations avaient cessé dans la salle. Eomer lui, gardant parfaitement son calme, affichait à présent un air goguenard.
- J'ai bien hâte de voir ça… répondit-il. Mais je ne m'abaisserai pas à me battre contre une femme, désolée de vous décevoir.
- Ah oui? Auriez-vous peur de vous faire ridiculiser, par hasard?
Eomer éclata d'un petit rire moqueur.
- Pas pour le moins du monde, gente dame. Cependant, je ne pourrais pas me permettre de ridiculiser une dame en public.
- Avouez-le donc que vous êtes effrayé de l'inconnu… provoqua Eänwen. Mais surtout, vous êtes si effrayé de perdre votre précieux petit orgueil aux yeux de vos compagnons. N'est-ce pas… blondasse?
Subitement, Astaldo se releva de son siège et se mit devant sa jeune sœur.
- Ok, c'est assez Eänwen, dit-il en essayant de la faire rasseoir. Je crois que tu as atteint ton quota d'insultes envers des seigneurs pour le reste de ta vie. Maintenant, rassieds-toi…
- Ah oui? Intervint Eomer, moqueur. Et quel autre seigneur a-t-elle insulté aujourd'hui?
Au même moment, les portes battantes de l'entrée principale s'ouvrirent, découvrant une silhouette au contrejour de la lumière du Soleil.
- Moi-même, s'écria la silhouette.
Le maréchal de la Marche se retourna vers la porte, tentant de reconnaître l'individu.
- Qui est-ce? demanda-t-il.
- Haldir… sourit Eänwen, toute trace de rancune disparut de son visage.
Effectivement, comme l'avait deviné la jeune femme, le seigneur Haldir franchit le seuil de la porte. Ses longs cheveux liliaux reflétaient la lumière du soleil de midi, éclairant son visage parfait de Galadhrim. Son regard clair rayonnait d'un nouvel éclat suite aux soins apportés à sa récente blessure, mais Eänwen remarqua qu'un soldat Elfe le soutenait de son bras gauche pour l'aider à marcher.
Lui et deux autres archers Galadhrim l'accompagnèrent jusqu'au conseil. Le Roi Théoden alla le saluer et s'échangèrent quelques mots. Puis, Haldir alla s'asseoir aux côtés d'Eänwen, pendant que les deux soldats quittèrent la salle. Une légère grimace de douleur s'afficha à son visage lorsqu'il s'installa sur sa chaise.
- Dame Eänwen, salua-t-il en tentant de cacher sa douleur.
- Bonjour seigneur Haldir, répondit la jeune femme. Comment vous portez-vous?
- Plutôt bien, mais je dois avouer que mon flanc m'a fait souffrir le martyr toute la nuit, avoua-t-il néanmoins.
- Au moins, vous êtes toujours en vie.
- Effectivement, répondit-il vaguement. Mais ai-je interrompu une quelconque conversation ici? Rajouta-t-il à voix basse.
Du même coup, il adressa un léger regard inquiet vers un calme Eomer qui s'était rassis sur sa chaise.
- Non non pas du tout, fit-elle en se retournant vers le maréchal. Il s'agissait seulement d'une petite mise au point…
Eomer croisa alors le regard d'Eänwen, mais le détourna aussitôt.
- Des enfantillages… marmonna-t-il dans sa barbe.
Du même coup, Aragorn, Legolas et Gimli pénétrèrent enfin par le portail de la salle et s'approchèrent du conseil. Pendant que le Nain s'installa sur un siège, l'Homme et le Sinda allèrent vivement saluer Haldir, heureux et soulagés de le voir sur pieds à nouveau. Ils prirent place aux côtés du Galadhrim. Finalement, le trio de la Communauté salua Eänwen et Astaldo, et on put enfin entamer la discussion.
Le Conseil était à présent complet. Dans l'ordre, il y avait le Roi Théoden. À sa droite siégeaient Gamelin, puis Eomer et Astaldo. Ensuite, Eänwen, Haldir, Aragorn, Legolas, Gimli et Gandalf, ce dernier siégeant à la gauche du souverain, concluant ainsi le cercle.
Théoden se leva, demandant ainsi l'attention de tout le monde. Les discussions cessèrent, l'attention du groupe convergeant vers le Roi.
- Merci d'avoir répondu à l'appel, valeureux guerriers, commença Théoden. Je voudrai tout d'abord vous remercier de vous être battus pour mon peuple cette nuit. Cette victoire restera gravée dans les mémoires, et dans mon cœur.
Il observa un léger silence, puis se rassit sur son trône.
- Je vous ai tous convoqués aujourd'hui pour décider ce que nous comptions faire par la suite. Bien que nous ayons gagné une bataille, j'ai conscience que la guerre n'est point terminée. L'Ennemi est toujours là, observant nos moindres faits et gestes. Nous n'avons plus la liberté d'être en paix. La menace de Saroumane est toujours bien présente, tout comme celle du Mordor.
Le Roi se retourna vers le magicien blanc.
- Gandalf, quel est votre conseil?
- Saroumane est très certainement affaibli, répondit-il. Il vient d'encaisser une cuisante défaite, mais ce traitre à plus d'un tour dans son sac. Nous devons être sages et prudents.
- Retournons à Edoras, et élaborons un plan, proposa Eomer. Nos esprits seront plus calmes dans un endroit propice.
- Non! Rétorqua Gimli. Qui sait dans quel état nous allons retrouver Edoras? Brûlée? Saccagée et en ruine?
- Je ne crois pas Maître Nain, contredit Gandalf. Les troupes de Saroumane ne se sont pas parvenu jusqu'à Edoras, alors la capitale est sauve. J'ai seulement peur pour l'Ouestfolde qui a ouvert le passage vers nous.
- Alors, il faudra affronter Saroumane, par la parole ou l'épée, proposa Aragorn. Le danger est par delà la grande rivière à présent.
- Si nous attendons trop longtemps, le magicien aura le temps de se reconstruire derrière ses murs, averti Eänwen. Et il frappera encore plus fort.
- Mais cette fois, nous sommes prêts, fit Gamelin. Les cavaliers rohirrims sont à présent réunis sous la même bannière, et nous avons le magicien blanc à nos côtés pour l'ensemble de la bataille.
- Vous êtes puissant en magie, Gandalf le Blanc! Fit remarquer Eomer.
- Peut-être bien, dit-il. Mais si c'est le cas, je ne l'ai pas encore montré. Je n'ai fait que vous donner un bon conseil dans le danger et utiliser la rapidité de Gripoil. Votre propre valeur a fait davantage, ainsi que les jambes vigoureuses des hommes de l'Ouestfolde marchant dans la nuit.
Tous contemplèrent alors Gandalf avec un étonnement plus grand encore. On jeta un regard à la lointaine forêt sombre aux abords du gouffre, étonné de la puissante magie de Gandalf qui avait amené les arbres jusqu'ici. Mais le magicien capta leurs regards incrédules, et un sourire s'afficha sur ses lèvres. Même qu'il rit longuement et de bon cœur.
- Les arbres? Dit-il. Non, l'exploit ne me revient pas. C'est une chose qui dépasse les conseils d'un sage. L'événement s'est révélé meilleur que je ne l'avais prévu et même que je n'aurais su l'espérer.
- Mais si ce n'est vous, quel est l'auteur de cette magie? demanda Théoden. Il est clair que ce n'est pas Saroumane. Existe-t-il un sage plus puissant, dont nous n'avons pas encore connaissance?
- Ce n'est pas de la magie, mais un pouvoir beaucoup plus ancien, répondit Gandalf; un pouvoir qui parcourait la terre bien avant que les Elfes ne chantent ou que le marteau ne sonne. Il parcourait les forêts au temps jadis, quand la montagne était jeune sous la lune et bien avant que l'Anneau ne fût forgé, ou le malheur ourdi.
- Et quelle peut être la réponse à votre énigme? Demanda Théoden.
- Pour la connaître, il faudrait venir avec moi jusqu'à l'Isengard, répondit Gandalf.
Eänwen s'étouffa et Astaldo fit des gros yeux.
- À l'Isengard? S'écrièrent quelques-uns.
- Oui, dit Gandalf. Je vais retourner à l'Isengard, et ceux qui le veulent peuvent m'accompagner. Nous pourrons y voir d'étranges choses.
- Mais il n'y a pas assez d'hommes dans la Marche, fussent-ils même tous rassemblés et remis de leurs blessures et fatigues, pour assaillir la forteresse de Saroumane, dit Théoden.
- Je n'en vais pas moins à l'Isengard, dit Gandalf en se levant. Je n'y resterai pas longtemps. Ma route est maintenant vers l'Est. Attendez-moi à Edoras avant le décours de la Lune!
- Non! Reprit Théoden. Nous ne nous séparerons pas maintenant. J'irai avec vous, si c'est là votre conseil.
- Je voudrais m'entretenir avec Saroumane aussi tôt que possible, à présent, dit Gandalf; et puisqu'il vous a infligé un grand tort, votre présence serait tout à fait à propos. Mais dans combien de temps et avec quelle rapidité pourrez-vous faire la chevauchée?
- Mes hommes sont fatigués par le combat, répondit le Roi; et je suis lasse aussi, car j'ai fait une longue course et j'ai peu dormi. Hélas! Mon grand âge n'est pas feint, ni dû seulement aux chuchotages de Langue de Serpent. C'est un mal qu'aucun médecin ne saurait entièrement guérir, pas même Gandalf.
- Dans ce cas, que tous ceux qui doivent m'accompagner se reposent maintenant, dit Gandalf. Nous voyagerons rapides et légers. Ne vous surchargez pas. C'est aussi bien; car mon intention est que nos allées et venues restent dorénavant aussi secrètes que possible. Mais n'ordonnez pas une grande escorte, Théoden. Nous allons à des pourparlers, non à un combat.
Le Roi se retourna vers le conseil.
- Il y a-t-il des volontaires?
Sans même se consulter, le trio de la Communauté fut le premier à se lever.
- Aragorn, Gimli et moi-même nous joindrons à vous et à Gandalf, répondit Legolas.
- De même que pour moi, fit Eomer en se levant à son tour.
Eänwen se retourna vers son frère et lui adressa un regard suppliant. Ce dernier leva ses yeux vers le ciel et se pencha vers elle pendant que les conversations continuaient.
- Tu veux vraiment y aller? Demanda-t-il en chuchotant.
- Oui, répondit-elle en baissant la voix. J'ai quelques petites choses à lui dire en face.
- Euh, pourquoi? À part la raison de ta maladie compulsive de tout le temps te mettre en danger?
Ignorant le sarcasme, Eänwen continua.
- J'ai quelques raisons de croire qu'il est au courant pour nous.
- Pour nous?
- Si ma source est fiable, je crois qu'il sait que nous avons quitté l'Haradwaith… et il n'est pas très content!
- Pourquoi? Demanda Astaldo, une légère lueur d'inquiétude dans les yeux.
- Trop long à expliquer, résuma Eanwen. Mais il croit que nous avons des informations concernant la guerre. Peu importe; je veux le confronter, lui exiger des explications.
- Et tu crois que je vais tout bonnement te laisser aller affronter un magicien sanguinaire?
- Ne t'inquiète pas… Je ne serai pas seule, je te rappelle.
Elle adressa un léger regard à la dérobée vers Legolas, qui était toujours debout à sa gauche. Astaldo ne fut pas dupe.
- Ouais c'est ça… Te connaissant, tu vas finir par te mettre les pieds dans les plats, même avec la meilleure protection de la Terre du Milieu entière!
- Alors, c'est oui?
Elle afficha de beaux yeux doux, un sourire suppliant accroché à ses lèvres. Un enfant de quatre ans n'aurait pas fait mieux.
- 'Te-plait…
Astaldo soupira, puis lui prit gentiment la main.
- Allez, vas-y, dit-il à contrecœur. Tu feras attention à toi…
Rayonnante, elle resserra l'emprise de sa main contre la sienne.
- Merci, chuchota-t-elle.
Puis, sans attendre une seconde de plus, elle libéra sa main et se leva. Les conversations s'ébruitèrent, pour finalement s'éteindre dans le silence. Quand tous les regards furent posés sur elle, Eänwen prit la parole, sa voix raisonnant sur les murs de pierre.
- Si le souverain me le permet, je me joindrai personnellement à vous. J'ai quelques raisons de croire qu'il me faut rencontrer ce magicien.
- Ce ne sera pas une conversation amicale et plaisante, dame Eänwen, rappela Gandalf.
- J'en suis consciente. Mais je l'ai déjà dit, je soutiens vivement que je dois rencontrer ce Saroumane.
- Et pourquoi cela? Demanda Eomer.
Eänwen, qui n'avait point le goût de converser avec lui, se retourna vers le maréchal.
- Ce ne sont pas de vos affaires, répondit-elle simplement.
Puis, sans accorder un autre regard à l'homme, elle se retourna vers le Roi.
- Avez-vous une objection mon souverain?
- Absolument pas, dame Eänwen, vous êtes la bienvenue. D'autres volontaires? Capitaine Astaldo?
Ce dernier se leva de son siège, côte à côte avec sa sœur.
- Je ne crois pas, mon seigneur. Je vais rester avec mes troupes, mais nous accompagnerons les femmes et les enfants jusqu'à Edoras. Là, nous patienterons votre retour avec le reste de l'armée rohirrim.
- Bien, merci de votre dévouement, capitaine Astaldo.
Sur ce, il se rassit sur sa chaise pendant que Théoden reprenait la parole.
- Et vous, seigneur Haldir? Que comptez-vous faire?
Ce dernier se racla légèrement la gorge, mais ne se leva pas dû sa récente blessure.
- Je crois que les miens et moi-même repartirons pour les bois de la Lórien le plut tôt possible. Peu d'entre nous ont survécu, alors je crois que le moment est venu pour nous de se retirer.
- Sage décision, commenta Gandalf.
- Votre situation est tout à fait compréhensible seigneur Haldir, reprit Théoden. Votre séjour ici peut être aussi long que vous le désirez. Prenez tout le temps qu'il vous faudra pour soigner vos blessures et pleurer les vôtres.
- C'est très aimable de votre part, Roi Théoden, mais je crois que nous allons quitter les terres du Rohan dès demain matin.
- Alors, qu'il en soit ainsi. Nous partirons demain au coucher du soleil. Entre temps, reposez-vous et prenez des forces.
Le Roi choisit alors des hommes indemnes, possédant des chevaux rapides, qu'il envoya porter la nouvelle de la victoire dans toutes les vallées de la Marche; ils devaient aussi convoquer d'urgence tous les hommes, jeunes et vieux, à Edoras. Le Seigneur de la Marche tiendrait là une assemblée de tous les hommes en état de porter les armes, le second jour après la pleine lune.
Pendant ce temps, les capitaines quittèrent progressivement la salle. Eomer et Gamelin, plongés dans une grande discussion, quittèrent vers l'armurerie. Après avoir terminé de donner ses ordres, Théoden se retira vers sa chambre à coucher, où il alla prendre un peu de repos. La Communauté, discutant vaguement de tout et de rien, sortit par la porte principale. Eänwen entrevit le seigneur Haldir, soutenu par deux de ses archers, s'éclipser rapidement vers l'infirmerie. Enfin, Astaldo partit seul de son côté, rejoignant ses compagnons d'armes. De nature solitaire, Eänwen choisit de ne pas l'accompagner et sortit à son tour pour pendre l'air. Le soleil avait descendu dans le ciel depuis le début du conseil; l'heure du souper ne devrait pas tarder à sonner. Mais elle n'avait pas faim, seuls la fatigue et le soulagement comblaient son esprit à présent. La température était clémente, mais un vent frais s'était à présent introduit dans le gouffre. Gagnant en puissance, il ricochait contre les parois rocheuses et sa force fouettait violemment les étendards. Elle réajusta sa cape sur ses épaules. Qu'allait-elle faire maintenant? La jeune femme devait attendre le départ jusqu'au coucher du soleil le lendemain, mais rien à s'occuper ici. Quelques Rohirrims quittaient encore la forteresse, malgré la noirceur de la nuit qui menacerait bientôt les plaines du Rohan. Puis une idée lui vint. Sans se presser, elle se fraya un chemin jusqu'à l'écurie où Rahom se reposait avec les autres chevaux.
Elle passa le portail de bois et chercha des yeux son fidèle destrier. Dans un des nombreux box, Rahom la vit rentrer. La reconnaissant sur-le-champ, il leva la tête bien haute et commença à s'agiter légèrement. La jeune femme le vit très rapidement et le rejoignit dans son box. Elle le salua doucement en langage du désert tout en lui caressant le chanfrein et l'extrémité de son nez. Les oreilles de Rahom tombèrent sur le côté, tout à fait décontracté à présent. Profitant de son calme, Eänwen ramassa tout dont ce qu'elle avait besoin et se mit au travail.
L'entretien d'un cheval était quelque chose de très important pour la jeune femme, autant pour sa propre santé que celle de Rahom. Lors de ce processus, on ne fait plus qu'un avec l'animal. C'est dans ces moments que le lien d'amitié entre le cheval et l'humain s'épanouit et finit par se tisser en une confiance infinie. Pour Eänwen, cela faisait longtemps que cette confiance régnait entre elle et Rahom. Alors, pendant qu'elle assemblait ses affaires, elle lui parlait calmement dans la langue du désert. Sachant que cette douce mélodie enchantait l'oreille de Rahom, elle avait pris l'habitude lui parler de tout et de rien, même de lui raconter ses problèmes et de chanter des chansons de son pays d'origine. Même que des fois, la jeune femme pensait qu'il comprenait tout dont ce qu'elle lui racontait.
Un par un, elle commença par nettoyer ses sabots. Avec l'entremise d'un cure pied de métal poli et d'une brosse, elle enleva la terre et les saletés qui étaient coincées sous les sabots. Ensuite, elle prit un seau d'eau et fit glisser le liquide tiède sur le cheval, des oreilles jusqu'à la queue. Avec un linge et un peu de savon, elle se mit à nettoyer l'ensemble de son corps. Puis, le poil séché, la dame du désert pris une brossa à poil dur et se mit à le brosser délicatement. Sous les douces caresses de sa maitresse, Rahom était aux anges, bougeant à peine. Continuant son nettoyage, Eänwen prit un peigne à grosses dents et lui démêla sa crinière et sa queue. Elle prit d'un crochet du mur voisin une couverture qu'elle mit sur le dos du cheval, y installa ensuite la selle qu'elle attacha et ajusta les étriers à la bonne hauteur. Et puis finalement, elle installa le filet et fit glisser les rênes sur le pommeau de la selle.
Alors qu'elle allait enfourcher son cheval, une voix reconnaissable entre toutes lui parvint par-derrière.
- C'est un beau langage que vous utilisez ici... Cependant, ces sonorités ne me sont point familières…
Toujours face au cou de Rahom, elle se retourna vers un Legolas nonchalamment appuyé contre la porte du box, les bras croisés. Il ne portait plus son armure, mais seulement son habit de tous les jours. Fixant des yeux la jeune femme, une légère lueur de curiosité animait son regard.
- Cela fait combien de temps que vous m'observez ainsi? Demanda Eänwen.
Legolas se détacha de son appui et s'approcha des deux compagnons.
- Oh, seulement depuis quelques instants, fit-il en se mettant à ses côtés. Vous avez une très belle voix, vous savez.
- Merci…
- Elle a même enchanté votre destrier. Je sens très bien que ses sens sont engourdis par vos paroles et les airs de vos chansons…
- Des fois j'ai l'impression qu'il me comprend. Cependant, la langue du désert possède une parole qui enchante, non pour se faire comprendre des chevaux…
- Parlez-vous l'elfique, dame Eänwen?
- Malheureusement, très peu. Je connais seulement les usages de formalité et la base, mais ce langage est très complexe. Lors de mon étude des langues, je me suis grandement concentrée sur la langue commune de la Terre du Milieu… J'aurai bien aimé en apprendre davantage, mais le temps a manqué.
- Quel dommage… fit Legolas, cachant un léger sourire dans l'ombre de la lumière.
Et puis, sans avertissement, il se mit à parler à Rahom dans la langue des Elfes.
- Tu sais que tu es chanceux d'avoir une telle maitresse…
Réanimées par ses paroles, les oreilles du cheval se dressèrent sur sa tête, attentives aux mots de Legolas. Eänwen, curieuse et surprise de l'effet que cette langue avait sur Rahom, se tut et écouta grandement.
- Oui, très chanceux… reprit-il.
Tout en lui parlant, il commença à lui caresser le dos et l'encolure du destrier. Rahom se laissa faire, déjà en confiance.
- … courageuse, forte, intelligente, attentionnée, unique…
Legolas tourna sa tête vers la jeune femme qui avait toute son attention vers son cheval, essayant de déchiffrer ce langage que seuls les deux acolytes pouvaient comprendre à l'instant. Puis, sentant le regard de l'Elfe sur elle, Eänwen détourna ses yeux de Rahom vers Legolas, ses tendres pupilles la dévoraient du regard, le cœur léger. Elle le fixa d'un air légèrement préoccupé, le sourire aux lèvres. Elle se sentait sûrement naïve de ne rien comprendre de son charabia. Mais Legolas la trouva superbe, ainsi baignée dans la lumière du soir.
- … magnifique, ravissante… continua-t-il. Toute la beauté de la Terre du Milieu dans cet être exotique du sud.
Sentant un malaise que seul lui pouvait ressentir, il détourna le regard vers le vide, où Eänwen ne pourrait le voir. Ses yeux se remplirent de doute et d'angoisse, chose qui n'était pas arrivée depuis très longtemps.
- Et bien, qui l'aurait cru? Dit-il. Moi, Legolas VerteFeuille, laissant tomber mes gardes devant une si magnifique créature…
Le ton de sa voix avait changé, la nostalgie et le regret emplissant à présent ses paroles et son regard. Probablement qu'Eänwen l'avait remarqué, mais il s'en fichait. Ses yeux retournèrent vers la jeune femme, qui le fixait à présent avec inquiétude.
- Non, je ne peux me le permettre… Ce serait de la folie.
Il soupira légèrement, et détourna encore une fois les yeux pour cette fois s'adresser directement à Rahom.
- Et puis toi? Qu'est-ce que tu en penses?
Le cheval se retourna vers lui, et se contenta de le fixer de son regard insondable.
- Bien sûr…
Legolas, considérant avoir terminé, ne dit plus rien.
- Que lui avez-vous dit? Demanda Eänwen.
Il se retourna vers la jeune femme, sans pour autant la regarder dans les yeux.
- Pas grand-chose d'intéressant…
- En êtes-vous sûr? Si je peux me le permettre, j'ai cru comprendre que votre dialogue n'était que de tristesse et de nostalgie…
- En fait, il s'agissait de mes sentiments envers l'appel de mon peuple et de la mer, mentit-il. Il est à présent difficile pour moi de l'ignorer à présent puisque je n'ai presque rien de comparable et d'aussi fort qui me retient ici.
Eänwen encaissa le coup difficilement. Était-ce donc vrai? Que rien d'aussi… fort et comparable… ne le retenait ici?
Laissant cela de côté, elle ne laissa rien paraître et continua.
- Justement, reprit- elle, maître Gandalf m'a conseillé de vous parler de quelque chose…
- De quoi s'agit-il?
- Depuis que je me suis éloignée de la côte, je crois ressentir ce dont vous parlez… une sorte d'éloignement qui ne demande qu'à être comblé par quelque chose que je ne comprends pas…
Legolas sembla pensif pendant un instant. Puis, un sourire franc aux lèvres, il sortit de l'enclos et se dirigea vers l'extrémité de l'écurie.
- Vous n'avez certainement pas sellé votre cheval pour rien, dit-il en disparaissant derrière l'un des nombreux autres box.
Eänwen, prise un dépourvue, le suivit jusqu'au portail du box de Rahom et l'attendit dans l'allée.
- Je croyais peut-être aller lui faire faire un tour, répondit-elle. Pour qu'il puisse se dégourdir les jambes…
Legolas sortit tout aussi vite d'un enclos, rênes en main. Derrière lui, un cheval à la robe grise le suivait, Arod.
- Alors, que pensez-vous que je vous accompagne tout en répondant à vos interrogations?
- Et bien… oui, pourquoi pas.
- Dans ce cas, allons-y.
La jeune Elfe enfourcha son cheval, et suivie de Legolas, ils sortirent de la forteresse par la passerelle de pierre qui les mena dans la plaine du gouffre. La force du vent diminuait par le soir qui approchait rapidement, laissant place à une légère brise fraiche. Mais les deux Elfes ne semblèrent pas pour le moins dérangés. Ils partirent ainsi, à l'ombre de la montagne, vers les plaines verdoyantes du Rohan. Le ciel se couvrirait bientôt de son manteau de nuit, le soleil à présent presque disparu derrière l'horizon. Les Ents avaient quitté les lieux, laissant derrière eux quelques traces de leur passage dans l'herbe et la terre. Parmi les armes et casques, derniers vestiges de l'armée de Saroumane, de profonds renfoncements parsemaient le sol. Semblables à la grosseur de quatre boucliers mis en cercle, ces pas étaient d'une grosseur phénoménale. Legolas surprit le regard d'Eänwen sur ces restes.
- Impressionnant, n'est-ce pas?
- Plutôt effrayant dirais-je.
- Aussi, accorda Legolas. « Impressionnant » et « effrayant »; quoi de plus puissant que ces deux qualificatifs en une seule créature.
- « … un pouvoir qui parcourait la terre bien avant que les Elfes ne chantent ou que le marteau ne sonne. Il parcourait les forêts au temps jadis, quand la montagne était jeune sous la lune et bien avant que l'Anneau ne fût forgé, ou le malheur ourdi. »
- Vous vous souvenez des paroles de Gandalf?
- Elles m'ont marquée par leur vérité. Nous sommes chanceux que la race des Ents se soit penchée en notre faveur, et non dans le camp de l'ennemi.
- L'ennemi les brûle et les taille en pièce sans aucune arrière-pensée depuis qu'ils se sont endormis, il y a de cela très longtemps, dit-il avec une pointe d'amertume. À présent, ils sont bien réveillés. Je le sens…
- J'aimerais le sentir autant que vous… dit Eänwen tristement. Pourtant, ce lien m'est caché.
- Vous êtes encore jeune, réconforta-t-il. Vous verrez, ce chemin vous sera éclairé sans que vous vous y attendiez.
La jeune femme ne répondit pas, perdue dans ses pensées. À présent, ils avaient dépassé le Gouffre de Helm et la forteresse était bien loin derrière eux. À l'Est, la nuit et son bleu viscéral commençaient tranquillement à emplir la voûte céleste et les premières étoiles faisaient leur apparition dans le firmament. Et puis à l'Ouest, le soleil couchant peinturait délicatement le ciel de ses rayons, créant ainsi un dégradé de couleur des plus magnifiques. Le silence comblait la plaine, hormis le vent qui fouettait les herbes hautes et les arbres lointains. Les deux cavaliers se tenaient côté à côte, silencieux. Le regard de Legolas était braqué vers l'Ouest, d'où on avait peine à voir les frontières du Mordor, hautes montagnes ombrageuses et menaçantes. Pour Eänwen, ses yeux se perdaient dans la broussaille, se laissant guider par Rahom. Son esprit chancelait dans les vapes de ses pensées, les questions sans réponse emplissant cœur.
Puis après plusieurs longues minutes, son regard alla pour Legolas, toujours concentré vers l'Ouest. Il se tenait droit sur sa selle, tenant de ses mains les rênes de son cheval. Ses cheveux d'or jouaient légèrement dans la brise du soir, reflétant les dernières lueurs du soleil. Ses yeux bleus semblaient contrariés par quelque chose de lointain, d'inaccessible pour l'instant. Mais sa seule présence inspirait confiance et assurance. Peut-être que Gandalf avait raison finalement, se disait-elle tout en se souvenant qu'elle avait ri à sa proposition : la clé de ses énigmes se trouvait peut-être en lui, enfouie quelque part dans cet esprit simple et pur.
Puis, sans prévenir, Eänwen fit arrêter son cheval sur place. Déconcerté de plus avoir la jeune femme dans son champ de vision, Legolas cligna deux fois des yeux pour enfin revenir à la réalité. Il se retourna vers la jeune femme et vint mettre Arod à ses côtés.
- Pourquoi vous vous êtes arrêtée? S'enquit Legolas, inquiet. Voulez-vous retourner dans la forteresse?
- Non, sourit-elle, bien sûr que non. Le grand air me fait du bien au contraire. Cependant, je trouvais simplement que nous nous étions en étions un peu éloignés.
Effectivement, les deux compagnons s'étaient largement éloigné de For le Cor, qui était maintenant caché derrière une colline.
- Bien, fit-il. Laissons à nos chevaux un répit, et permettons-leur de brouter l'herbe fraiche. Pendant ce temps, que diriez-vous que nous nous octroyions une petite marche?
- Bien sûr.
Eänwen descendit lestement de la selle, et y laissa accrochée sa cape noire, ce qui laissa voir qu'elle portait un simple pantalon de toile bourgogne, chaussée de hautes bottes noires. Sa tunique à col roulé assorti à son pantalon descendait à ses cuisses, et deux bracelets de cuir noir ornaient ses avant-bras, finement lignés d'or et de rouge. Une ceinture ajustée était attachée à ses hanches où pendaient ses deux longs poignards, soulignant du même coup sa fine taille d'athlète.
Legolas l'observa faire du coin de l'œil, mais ne se sentant point honnête dans ses observations, il détourna son regard vers l'Ouest. Pendant ce temps, Eänwen se mit à la hauteur des oreilles de Rahom où elle y susurra quelques mots dans sa langue du désert. Doucement, elle lui caressa l'encolure puis rejoignit Legolas qui l'attendait déjà au pied d'une petite colline.
Côte à côte, ils commencèrent tranquillement à marcher, laissant derrière eux Arod et Rahom qui broutaient côte à côte, eux aussi. Pendant quelques instants, le silence plana entre les deux Elfes, mais quand ils furent en haut de la colline et qu'ils embrassèrent la vue du regard, Legolas brisa la glace.
- La mer, bien que je ne l'aie jamais vue de mes propres yeux, doit être quelque chose de splendide, pas vrai?
- Effectivement, approuva Eänwen rêveuse.
- Décrivez-la-moi, s'il vous plait, vous qui avez vécu en sa présence pendant toute votre existence…
Eänwen pensa pendant quelques instants, essayant de choisir les mots justes pour la décrire à sa juste valeur.
- L'océan… c'est l'infini à perte de vue. L'eau y danse au grès du vent qui souffle, tout aussi imprévisible qu'elle soit. Son odeur salée, son vent frais, son soleil et ses tempêtes; tout lui appartient. Pour moi, c'est comme le miroir de mon inconscient et de mon imaginaire; elle représente les mouvements de l'âme. Elle m'a soutenue comme elle m'a nui, un ami comme un ennemi. Bien qu'elle soit calme, son caractère sournois en prend plus d'un dans son piège. Mais la curiosité nous pousse à l'aventure, et nous partons à la découverte de ses horizons. Elle nous transporte sur son dos, mais avant d'embarquer, il faut savoir qu'il s'agit d'une alliée sournoise qui doit être domptée correctement. Elle peut vous bouffer tout rond, tout comme vous laisser planer sur ses vagues sans ennui. Le seul problème, ce sont ceux qui partent sans savoir où aller…
La jeune femme prit une courte pause, le temps de planter ses yeux dans ceux de Legolas.
- Eux, ils ne reviennent jamais.
- Jamais? S'enquit-il.
- Jamais. Ils se perdent, tout simplement. La mer, c'est l'infini à perte de vue. N'ayant aucun repère pour se diriger, ils voguent à l'aveuglette; sans savoir où ils vont, sans voir la mort arriver.
Puis, abordant un ton plus nostalgique, elle reprit, les yeux sur le soleil couchant.
- Elle a déjà amené dans ses abysses plusieurs personnes que j'ai connues…
- Je comprends votre peine. Les pertes ne sont jamais faciles, tout comme l'appel de Valinor.
- Oui, je commence à le ressentir, avoua-t-elle. La mer me manque.
- Moi aussi, suivit-il, bien que je ne l'aie jamais vu de mes propres yeux…
- Vous allez voir, tous les marins le disent, l'océan est synonyme de liberté. Rien n'égale la sensation qu'il procure.
- Je vous crois sur parole…
Le silence suivit encore. Côte à côte, ils regardèrent la nuit tomber. Comme la fumée d'un feu invisible, un trait de feu juste au-dessus de l'horizon, feu de brousse ou ville en flammes, les dernières lueurs du soleil disparurent sous les étoiles et la noirceur de la nuit. Et c'est alors que, comme chaque soir, une seconde vie émergea des entrailles de la Terre. Les animaux sauvages sortent de leur cachette, en quête de nourriture. Les prédateurs, silencieux et sournois, se cachent à l'ombre de la lumière de la Lune, se faufilant entre les hautes herbes, eux aussi en quête de nourriture à se mettre sous la dent. Mais ce n'était pas eux qu'Eänwen craignait. Même si l'armée de Saroumane avait été défaite, rien ne disait que des Ourouk-Hai ou même des Orques ne parcouraient plus librement les terres du Rohan.
Et ils étaient juste deux, Legolas et elle. S'ils étaient surpris, leurs chances de s'en sortir étaient faibles.
- Peut-être devrions-nous rentrer, suggéra Eänwen.
Legolas se retourna vers elle, les bras croisés, un sourire moqueur se dessinant sur ses lèvres.
- Auriez-vous peur, chère dame Eänwen?
- Évidemment que je tremble de peur! Ironisa-t-elle.
- J'en étais sûr! Dit-il, triomphant.
Eänwen rit légèrement, son rire ricochant un écho dans la vallée. Legolas joignit même son rire au sien. Mais Eänwen, reprenant un peu son sérieux, reprit plus calmement :
- Non, mais je ne voudrais pas que mon frère me remette sur le nez le fait que je mets ma vie en danger constamment!
- Bien sûr!
- Être en dehors de la forteresse en pleine nuit, même pas une journée suivant la bataille et avec les risques d'être attaquée à tout moment par des Orques! Et de plus, accompagnée par vous!
- Vous croyez être en danger en ce moment? Dit Legolas, faussement outré. Avec moi à vos côtés?
Tout en déboulant la colline vers les chevaux, Eänwen rit encore légèrement de sa fausse vantardise. Elle laissa un léger silence entre ses deux phrases.
- Bien sûr que non! Mais mon frère oui!
- Il ne m'aime pas beaucoup votre frère, n'est-ce pas? Demanda-t-il en la rejoignant à sa droite.
- Non ce n'est pas cela… enfin, je crois. Il est plutôt protecteur envers ses proches. Sans vouloir vous vexer, il n'aime pas que de mauvaises choses nous arrivent, alors il ne prend pas de chance avec les… étrangers.
- Je croyais que nous avions conclu un accord sur cette partie de l'histoire!
- Moi oui, fit-elle, mais pas lui!
- Voilà qui est plutôt dérangeant quand il est temps de se faire des amis.
- Quels amis? Sourit-elle, innocente. Je n'ai pas d'amis ici, hormis mes compagnons de voyage!
- Ah oui? Répondit-il, embarquant ainsi dans son jeu. Et la Communauté de l'anneau? Et tout le peuple d'Edoras qui vous accompagne?
Mais, sans se laisser un moment pour répondre, elle porta deux doigts à sa bouche et siffla si fort qu'elle vit Legolas du coin de l'œil sursauter. Répondant à l'appel, Rahom émergea de l'arrière d'une colline non loin, suivi de près par Arod. Elle dépassa Legolas et rejoignit rapidement son destrier et l'enfourcha. Ainsi, elle surplombait le Sinda qui lui était toujours à terre, les rênes d'Arod en main.
- Quelque chose de pressant?
- Non, pas du tout, sourit-elle, mystérieuse.
Elle avait définitivement une idée derrière la tête.
- Je vous rappelle que vous n'avez toujours pas répondu à ma question… fit Legolas, les bras croisés.
- Je sais, je vous raconterai le tout lorsque nous serons arrivés au bastion.
Legolas tourna la tête pour apercevoir la lointaine forteresse dans le creux du gouffre, d'où quelques lumières s'échappaient des remparts.
- Pourquoi au bastion? S'enquit Legolas.
- Parce qu'il faudra d'abord que vous me rattrapiez!
Eänwen donne un solide coup de talon et sa monture partit en avant, soulevant un nuage de poussière au-dessus du sentier.
Le sourire aux lèvres, Legolas enfourcha son destrier et s'élança à la poursuite de la jeune femme. Mais avant qu'il n'ait pu rejoindre le sommet de la première colline, il put voir que la dame du désert avait déjà pris beaucoup d'avance. Rapidement, elle ne devint qu'une vulgaire tache brunâtre qui disparut dans l'ombre de la montagne. Au loin, il entendit un rire féminin s'élever contre les parois rocheuses de la montagne, signant ainsi sa défaite. Il continua sa course malgré son déficit, mais dans son esprit, la machinerie tournait à plein régime.
« Oh non… elle n'allait certainement pas s'en tirer comme cela. »
Désolé pour ceux qui croyaient qu'Eomer et Eänwen allaient bien s'entendre dès le début, mais non. J'ai toujours vu Eomer comme un Homme qui ne voulait pas voir de femmes à la guerre.
Alors, c'était logique qu'il ne s'entende pas tout de suite avec elle…
J'ai dit pas tout de suite… :P
En tout cas, merci de m'avoir lu, et à bientôt!
-xxx-
