Boromir était nerveux. Il était loin d'être pressé de se confronter à son père. Il était un fils fidèle et obéissant. Jamais il n'avait été contre un ordre de son père. Et voilà qu'aujourd'hui, il allait le trahir… Pour le bien du royaume. Pour son roi. Mais il allait devoir trahir son père ! Car, en dépit de ses espoirs, Boromir savait que son père ne renoncerait pas au pouvoir. De plus, il avait dû ruminer la réapparition d'Aragorn. Les nouvelles pouvaient voyager très vite en Terre du Milieu. Ils avaient déjà constaté que la guerre ne l'empêchait pas. Bien au contraire !

Devant lui, Gandalf arrêta son cheval. Ils étaient encore à bonne distance de Minas Tirith, aussi Boromir craignit, tout de suite, le pire. Avec raison, réalisa-t-il lorsqu'il vit les groupes armées qui menaient bataille à Osgiliath. Il frémit et immobilisa, plus rudement qu'il ne le voulait, Merry qui s'agita à la vue de la bataille. La peur le gouverna pour un temps. cette bataille, ci-dessous, était déterminante. Son petit frère devait être au cœur de cet enfer.

« La guerre est déjà aux portes de la cité blanche. J'avais espéré plus de temps. » Songea Gandalf à voix haute.

« Gandalf… » Commença Boromir avant d'être interrompu par des cris lugubres.

Alors qu'en contre bas, les hommes battaient en retraite : les nazguls avaient fait leur apparition ! Boromir tira son épée et se précipita en avant, après Gandalf.

Faramir garda son cheval au galop, plaqué au maximum contre l'encolure de l'animal. Il n'avait aucune honte à admettre qu'il était terrifié. Ses hommes tombaient les uns après les autres autour de lui. Ils étaient déjà en mauvaise posture avant l'arrivée des nazguls, avec les orques pour seuls ennemis… comment pourraient survivre face aux nazguls.

Soudain, un cheval le dépassa pour se tenir en tête de leur troupe. Faramir n'eut pas le loisir de détailler l'arrivant, son attention fut détournée par un nouveau cavalier qui se maintint, quant à lui, à son niveau. Un regard sur le cavalier et Faramir eut l'impression que son cœur se figeait. Boromir ! Son grand frère était de retour. Bien vivant !

Une forte lumière le força à détourner son attention de Boromir. C'était Gandalf qui utilisait sa magie pour faire fuir les nazguls. Faramir ne commit pas l'erreur de ralentir. Il continua de galoper jusqu'à ce qu'il soit, avec ce qui restait de ses hommes, en sécurité derrière les portes de la cité. Lorsque ce fut chose faite, il s'immobilisa son cheval et se tourna, ensuite, vers son frère.

« Boromir. »

« Mon frère. » Répliqua l'héritier de Denethor.

Bromir se redressa et révéla, à cette occasion, le second cavalier de son cheval. Faramir ne put masquer sa réaction à l vue du hobbit. Son regard vola vers Gandalf et vit qu'un individu de la même race l'accompagnait.

« Ce n'est pas le premier hobbit que vous voyez, n'est-ce pas Faramir ? » Affirma Gandalf en comprenant le regard fixe de Faramir.

Les deux hobbits réagirent, aussitôt, en posant des questions sur leurs deux amis.

« Ca suffit ! » Les coupa Boromir en regardant autour de lui. « Ce n'est pas le lieu pour avoir une telle conversation. »

Gandalf hocha la tête et mit pied à terre, vite imité par les autres. Boromir les guida vers un coin isolé, à l'abri de l'écoute. Il valait certainement mieux qu'ils aient cette conversation avant leur confrontation avec Denethor.

Boromir prit une profonde inspiration et pénétra dans la sale du trône. Il sentit sa tension grimper en flèche. Il était déjà anxieux avant de faire face à son père. La conversation qu'ils avaient eu avec son frère n'avait rien fait pour réduire leur frayeur vis-à-vis de la guerre. Les révélations de Faramir à propos de Frodon, Sam, leur sournois compagnon et de la route très dangereuse qu'ils empruntaient. Boromir savait que la conversation qu'ils allaient avoir avec son père ne se passerait pas bien. Un combat dont ils se seraient tous passés ! D'autant plus que l'armée d'orques se ressemblait autour de Minas Tirith en ce moment même. ils auraient tous dû se montrer unis mais, au lieu de cela, ils allaient se déchirer. Principalement à cause de Denethor qui refuserait d'abdiquer.

Boromir se tint droit en dépit de son accablement. Choisir entre son père et son roi n'était pas facile. C'était douloureux. Toutefois, Boromir savait quel choix était sage. Il se confortait dans le fait que son frère était de son côté. Son frère qui avait prouvé qu'il était plus fort que lui lorsqu'il avait relâché Frodon et Sam.

Denethor se redressa et se leva lentement à la vue de son fils ainé. Il lâcha, à cette occasion, la corne brisée de Boromir qui était parvenue à lui par des moyens encore mystérieux à celui-ci.

« Mon fils, j'ai crains le pire »

L'intendant du Gondor s'immobilisa, toutefois, à mi chemin vers son fils ainé. Il n'eut pas un regard pour Faramir qui portait encore les traces du combat dont il avait échappé que par miracle. Son regard se fit hostile lorsqu'il se posa sur Gandalf.

« Dites-moi que je me trompe. Dites-moi que mes fils ne sont pas coupables de trahison. »

« Nous sommes fidèles au roi légitime, père. Notre roi revient. Il faut que vous acceptiez de laisser le trône. »

Denethor resta silencieux, l'expression résolument furieuse et bornée. Il tourna les talons et disparut de la pièce en hurlant.

« Jamais. »

Boromir fit un geste pour le suivre mais il fut, aussitôt, arrêté par Gandalf.

« Non, laissez-le ! Nous savions que c'était un risque. Nous traiterons avec Denethor plus tard. A présent, nous avons une guerre à mener. Une guerre où nous sommes en minorité à ce point. »

Boromir détacha son regard de la porte, de nouveau close, et hocha la tête à l'attention du magicien. Il devait, en effet, se concentrer sur la bataille qui s'annonçait.