Chapitre 14
Après avoir salué le prêtre, ils quittèrent le presbytère et Jack emmena Kara découvrir Cardiff. Ils s'arrêtèrent manger une glace et l'immortel sourit en voyant l'enfant commencer par goûter cette nouveauté avant de littéralement se jeter dessus.
Lorsqu'ils eurent fini, ils reprirent leur promenade et le Capitaine la conduisit dans le parc où il avait rencontré Ianto. Un manège avait été monté et il proposa un tour à la fillette qui ne savait plus où donner de la tête. Installée sur un éléphant, elle riait aux éclats lorsque le plateau s'ébranla.
Le tour terminé, elle descendit et se jeta dans les bras de l'immortel qui se redressa en la portant. Elle glissa ses mains autour de son cou et l'embrassa sur la joue.
– Il faut que nous rentrions, fit-il en lui souriant.
– Déjà ?
– Oui, tu as entendu ce qu'a dit le père Erwen. Je reviendrai te voir, ne t'en fais pas.
– D'accord ! Comment il va ton ami ?
– Nous faisons tout pour le soigner. Lorsqu'il ira mieux, je l'emmènerai avec moi pour te le présenter.
– Tu lui feras un bisou pour moi !
– Pourquoi, tu ne le connais pas ?
– Non, mais tu l'aimes et ça me suffit.
– Très bien, je l'embrasserai, c'est promis. Allez, maintenant il faut rentrer, fit-il en la posant sur le sol.
Ils retournèrent jusqu'au presbytère où le prêtre les attendait. La fillette était rayonnante, elle dit au revoir à l'immortel et lui planta un baiser sur la joue avant de prendre la main de l'homme d'église.
– À bientôt mon Père, fit Jack.
– Revenez quand vous voulez mon ami.
Le Capitaine quitta la pièce et retourna au Hub. La fin de la journée se passa dans le calme et lorsque son collègue monta le voir, Jack était à son bureau, le regard posé sur le jeune homme endormi sous ses pieds.
– J'ai quelque chose, fit Owen en entrant.
– Ah ! Explique !
– Nous avons obtenu une réaction sur l'un des mélanges. Ce n'est pas encore ça, mais je pense que nous sommes sur la bonne voie. Nous allons rentrer et demain, nous continuerons, j'ai bon espoir d'y arriver très vite.
– Très bien. Je vais descendre avec toi pour raccompagner le prisonnier. Ensuite, je resterai avec Ianto.
– Appelle si tu as un problème. Je passe la soirée avec Tosh, nous serons ici rapidement.
– Je me débrouillerai, vous avez besoin de vous reposer, fit-il en se levant.
Ils descendirent les marches et Jack fit signe à Meugan de le rejoindre. Avant de partir, Tosh s'approcha de son leader et posa sa main sur son bras.
– N'oublie pas ce que je t'ai dit, c'est important, il faut qu'il sente que tu le soutiens.
– D'accord. Passez une bonne soirée, fit-il en empoignant le prisonnier pour le reconduire à sa cellule.
Les deux jeunes gens quittèrent la base et l'immortel s'engagea dans le couloir. Quand le chimiste fut bouclé, il fit le tour des étages pour nourrir les pensionnaires et monta quelques minutes auprès de Myfanwy.
Un peu plus tard, il téléphona pour se faire livrer son repas et descendit dans sa chambre. Son regard caressa le corps de son amant et il commença à voir les premières marques du manque de nourriture. Le jeune homme passait son temps à dormir et lorsqu'il était réveillé, il ne mangeait pas. Owen lui avait posé une intraveineuse pour l'alimenter, mais ce n'était pas suffisant. Si cela continuait, Ianto allait finir par mourir de faim.
Après un très long moment, il se coucha près de lui et le prit dans ses bras, sentant sa peau sèche sous ses doigts. Le Gallois bougea puis soupira doucement, se collant contre son corps comme pour s'y fondre.
– Dors Ianto, tout va bien, fit le Capitaine les larmes aux yeux.
Brusquement, il sentit le jeune homme se tendre et baissa les yeux pour croiser le regard douloureux de son amant.
– Aide-moi, souffla-t-il.
– Owen y travaille, fais-moi confiance.
– Jack !
– Ianto, je t'aime, ne l'oublie pas. Il faut que je sache ce que tu ressens.
– J'ai peur.
– Je m'en doute, mais je suis là. Je ne vais pas te laisser comme ça.
Le corps se détendit et les yeux se fermèrent pour se rouvrirent quelques secondes plus tard accompagné d'un sourire.
– Ariana !
– Non Ianto, je ne suis pas Ariana, je t'en prie, bats-toi, fit le Capitaine laissant ses larmes rouler sur ses joues.
– Ariana, que veux-tu ?
L'immortel soupira, il venait à nouveau de perdre le contact.
– Je veux que tu dormes, souffla-t-il en posant un baiser sur le front de son amant. Je veux que tu dormes.
– C'est toi qui décide.
Le jeune homme se détendit à nouveau et sa respiration se fit plus régulière, indiquant au Capitaine qu'il venait de se rendormir. Le serrant dans ses bras, il ferma les yeux et finit par se laisser emporter par le sommeil.
Au matin, il se leva en prenant soin de ne pas réveiller le Gallois et remonta dans son bureau, sortant sur la passerelle lorsqu'il entendit l'alarme du sas. Il descendit l'escalier et se rendit auprès de Owen qui venait d'arriver.
– Salut Jack. Alors, tout c'est bien passé ?
– Il s'est encore réveillé, mais j'ai pu le faire se rendormir en peu de temps.
– C'est très bien. Nous allons continuer les analyses.
– D'accord, mais je voudrais te poser une question. Je l'ai bien regardé hier et la dénutrition commence à se voir sur son corps, peux-tu faire quelque chose ?
– À vrai dire, non, tout ce que je peux te proposer ce sont les intraveineuses pour le moment. Je vais me renseigner pour un nourrissage par tube.
– Comment ça ?
– S'il ne peut rien avaler de lui-même, je peux peut-être lui poser un système directement relié à son estomac, mais j'ai peur qu'il ne s'étouffe si tu n'arrives pas à le contrôler.
– Explique !
– Tant que tu arrives à le faire dormir, il ne risque rien, mais si malgré tout il veut te satisfaire, il vaut mieux qu'il n'ait rien dans la trachée, tu comprends.
– Très bien, renseigne-toi. Une dernière chose, sa peau est très sèche, aurais-tu quelque chose que je puisse lui mettre ?
– Oui, je vais te donner une crème. Il ne boit pas assez, c'est pour ça. Quand il se réveillera, essaie de lui donner de l'eau.
– Merci, fit le Capitaine en prenant le tube que lui tendait le médecin. Tu as besoin de Meugan ?
– Pas pour le moment, nous allons avancer un peu, tu le feras monter plus tard.
– Comme tu veux ! Je vais m'occuper de Ianto.
Les deux jeunes gens le regardèrent partir et se remirent au travail rapidement. Leur ami avait besoin de leur aide et cela devenait urgent.
Dans la chambre, Jack s'assit sur le lit et découvrit le Gallois puis il commença à étaler le produit sur chaque parcelle de sa peau. Le jeune homme bougea et soupira avec un sourire sur les lèvres.
– Ariana, souffla-t-il.
– Je suis là Ianto, je voudrais que tu fasses quelque chose.
– C'est toi qui décide.
– Je vais te donner un verre et je veux que tu boives. Tu peux faire ça pour moi ?
– C'est toi qui édicte les règles.
Jack se leva et passa dans la salle de bain pour en revenir avec un gobelet qu'il lui plaça entre les mains, l'aidant à l'apporter à sa bouche. Doucement, le jeune homme but le liquide puis se recoucha en se léchant les lèvres.
– C'est très bien. Maintenant, je veux que tu te rendormes, je vais juste t'embrasser.
– Si tu veux.
Le Capitaine s'approcha et posa ses lèvres sur les siennes, délicatement. Pendant un instant, le Gallois ne bougea pas puis sa langue demanda le passage pour approfondir le baiser. Jack obtempéra et entrouvrit la bouche, répondant à la sollicitation. Puis il s'écarta et posa sa main sur le torse de son compagnon.
– Je veux que tu dormes, nous avons le temps. Ianto, je t'aime, ne l'oublie pas, souffla-t-il au creux de son oreille.
Le jeune homme se détendit et se rendormit, laissant le Capitaine désespéré devant la nouvelle réaction physique de son amant. L'immortel continua de passer la crème et rabattit le drap puis sortit de la chambre.
Il retourna auprès du médecin et lui indiqua qu'il avait réussi à le faire boire. Owen l'incita à recommencer toutes les heures puis il rangea son matériel et suivit son leader vers le canapé pour le déjeuner que Tosh avait été chercher.
Quand il apporta les cafés, le médecin lui indiqua qu'il n'aurait finalement pas besoin de Meugan et qu'il valait mieux le laisser en cellule. Lorsqu'il eurent fini, ils reprirent leur travail et Jack remonta à nouveau dans son bureau.
Une heure plus tard, l'alarme se déclencha et le Capitaine partit en intervention, revenant avec un nouveau prisonnier qu'il descendit dans les voûtes, passant devant le chimiste qui recula en voyant l'extraterrestre s'arrêter devant la vitre. Jack le poussa et le fit entrer dans une autre cellule puis retourna vers la porte.
– Pas besoin de moi aujourd'hui ? lança Meugan.
– Non, vous pouvez vous reposer. Je vous ai dit que notre médecin était doué !
Il entendit un grognement et sourit en refermant la porte.
– Jack, j'ai du nouveau, entendit-il dans son oreillette.
Il pressa le pas et se rendit auprès du médecin.
– Qu'est-ce que tu as ?
– Je pense avoir trouvé un dosage satisfaisant, enfin, pour le moment. Il reste encore quelques tests à faire, mais j'ai au moins une réaction positive.
– Que veux-tu faire ?
Owen le fixa quelques instants. Dans l'éprouvette et sous le microscope, le mélange neutralisait la drogue, mais pour savoir si tout se passerait bien pour Ianto, il fallait le lui injecter et il hésitait, se souvenant de l'expérience précédente.
– Il n'y a qu'une solution pour savoir, fit-il.
– D'accord. Meugan a-t-il participé à la dernière élaboration ?
– Non, il n'a fait que des tests de réaction. Ce produit, nous l'avons obtenu tout à l'heure avec Tosh.
Jack réfléchissait en regardant ses collègues puis accepta la proposition. Il n'avait pas le choix, il fallait tout tenter pour libérer le Gallois. Owen prit son matériel et suivit le Capitaine. Une fois auprès de son patient, il se prépara à faire l'injection et leva les yeux vers son leader, voulant être bien certain de ce qu'il devait faire. L'immortel acquiesça et le médecin fit la piqûre puis attendit, écoutant le cœur et prenant la tension.
– Ça demandera combien de temps pour savoir ?
– Aucune idée. J'espère surtout que tout se passera bien.
– Je te fais confiance.
– Merci Jack, mais je peux faire des erreurs, je ne suis pas infaillible.
– Personne ne l'est... souffla le Capitaine.
Au bout de dix minutes, n'ayant pas obtenu de réaction, Owen se leva pour monter l'échelle, suivi par son leader. Dans la baie médicale, Tosh fixait l'écran de la CCTV et surveillait un éventuel réveil du Gallois. Elle leva la tête en voyant les deux hommes arriver et eut un sourire triste.
– Rentrez chez vous, il n'y a rien à faire de plus ce soir. Profitez de votre soirée et on se voit demain.
Owen ne dit rien et prit ses affaires, se rendant compte que son Capitaine voulait être seul. Il entraîna son amie avec lui et ils quittèrent le bâtiment, laissant l'immortel désemparé.
Après avoir nourri les pensionnaires, il retourna auprès de son amant. Il commençait à perdre l'appétit, déprimant devant son incapacité à l'aider.
Il s'allongea près de lui et le prit dans ses bras, sentant sous ses doigts sa peau un peu moins rêche.
– Que puis-je faire pour t'aider ? murmura-t-il les lèvres sur son front. Si tu savais à quel point tu me manques. Je t'en prie Ianto, bats-toi, fais-le pour moi, pour nous.
Il sentit la main se crisper sur sa taille et baissa les yeux, contemplant le visage endormi et serein. Cette fois, le Gallois ne se réveillait pas à son contact et Jack n'arrivait pas à savoir si c'était une bonne chose. Il finit par sombrer dans un sommeil agité de rêves étranges dans lesquels il voyait Ariana s'en aller avec le jeune homme qui se laissait faire sans réagir.
Quand il s'éveilla, son amant avait toujours la tête posée sur son torse. Avec un soupir, il se dégagea et resta un instant assis à le regarder avant d'aller prendre une douche. Après un dernier regard à l'homme endormi, il monta l'échelle pour se rendre dans la cuisine. Quand l'alarme du sas retentit, il en sortit avec trois tasses qu'il donna à ses collèges. Puis il suivit le médecin pour lui faire le rapport de la nuit.
Pendant qu'il parlait, Owen le détaillait, se rendant compte à quel point l'état du Gallois l'affectait.
– Tu dis qu'il n'a fait que dormir ?
– Oui, je l'ai pris dans mes bras et il n'a pas réagi. Il semble avoir passé une nuit tranquille. Qu'en penses-tu ?
– À vrai dire, pas grand chose. Il faudrait que tu poses la question à Meugan, c'est lui qui est à l'origine du problème. Il connaît son produit bien mieux que moi.
– D'accord, je vais aller lui parler. Tu auras besoin de lui aujourd'hui ?
– Normalement, non, mais tout dépend de ce qu'il te dira !
– Bien, j'y vais, fit le Capitaine en quittant la zone pour s'engager dans le couloir des cellules.
Tosh sortit les éprouvettes et les apporta à Owen qui la remercia d'un sourire et ils se remirent au travail. Il fallait parfaire le produit et le purifier pour obtenir le meilleur résultat possible.
Jack entra dans le local de détention et se planta devant le chimiste qui se releva. Il s'approcha, cherchant à savoir ce que le Capitaine lui voulait, il ne semblait pas être décidé à le sortir de sa geôle.
– Alors ? demanda-t-il d'un air détaché.
– Alors quoi ?
– Votre nuit, toujours aussi agréable ?
– Cela va vous étonner, mais il ne s'est rien passé, il semblerait que notre médecin ait trouvé une parade.
Il vit l'homme blêmir et en fut satisfait.
– Maintenant, j'ai quelques questions. Nous aurions besoin de savoir comment il va réagir à l'antidote que nous lui avons injecté !
– Une dose ne suffira pas, pas après tout ce qu'il a reçu.
– Que voulez-vous dire ?
– Ça va neutraliser les effets, mais que provisoirement.
– Il lui en faudra combien ?
– Tout dépend de votre dosage, mais la dernière drogue employée était plus concentrée et donc plus difficile à contrer.
– Je suppose que vous en êtes fier !
– Comment croyez-vous que j'en suis arrivé là, à l'hôpital, tout le monde me prenait pour un larbin, j'ai fait mes preuves et maintenant, je suis reconnu ! lança-t-il en soutenant le regard du Capitaine.
– Vous auriez pu mettre vos dons au service des hommes au lieu d'en faire ça.
– C'était moins lucratif.
– Pour en revenir à Ianto, que puis-je faire pour l'aider ?
– Tant que vos amis n'auront pas trouvé comment supprimer le principe actif de la drogue, ils n'arriveront à rien.
– Oh ! C'est si difficile ?
– Un peu oui, fit-il goguenard, ne se rendant pas compte que Jack le poussait à se dévoiler.
– Et que faudrait-il faire ?
– Vous n'avez aucune chance, votre spécialité n'est pas celle qu'il faut. Vous avez besoin d'un esprit supérieur.
– Et si j'étais cet esprit supérieur, que devrais-je faire ?
L'homme jubilait, il voulait donner une leçon à son geôlier et ne se méfia pas, continuant de parler sans faire attention et il posa sa main sur la vitre.
– C'est très simple, je réfléchirai à la réaction des produits suivant leur composition.
– Question de température ?
– C'est cela !
– Ok, Owen, tu as entendu, traite le produit de différentes façons, l'une d'elles est celle que nous cherchons, mais au vu de ce que j'ai remarqué sur la planète, il s'agirait de chaleur, fit-il le regard étincelant.
– Je m'y mets, lui répondit le médecin.
Meugan le dévisagea, ouvrant la bouche plusieurs fois en se rendant compte qu'il l'avait habilement amené à lui donner la solution.
– Merci beaucoup, maintenant, je crois que nous allons avancer, fit le Capitaine en quittant la zone, un sourire sur les lèvres.
Quand Jack arriva auprès de ses collègues, il vit des larmes dans les yeux de Tosh et la prit dans ses bras pour la rassurer.
– Le cauchemar est bientôt fini, dit-il doucement. Alors Owen, tu penses y arriver ?
– Bien sûr, maintenant que je sais dans quelle direction aller. J'avoue que tu es doué pour tirer les vers du nez, il ne s'est douté de rien.
– Il est trop imbu de lui-même, il aurait fait une erreur, tôt ou tard et personnellement, je préférais que ce soit le plus tôt possible.
La jeune femme s'écarta et lui sourit, puis il remonta voir le Gallois.
À suivre…
