Ah qu'ça fait du bien d'avoir vos impressions! Merci!
Alors on continue...
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A vrai dire même son propre jeu ne l'amusait plus. De toutes façons, il n'était plus nécessaire de le poursuivre, Peter demeurait le seul candidat valable pour ce poste et House ne pouvait écouter que son professionnalisme. Il ne daigna même pas descendre annoncer sa décision aux postulants réunis dans l'auditorium ce matin là. Il avait envoyé Chase. Avec sa belle gueule, il pouvait leur annoncer ça sans trop de dommage.
Le jeune chirurgien revint 1/4h après avec Peter, qui affichait un sourire radieux. House fut surpris de ressentir une forte aversion envers lui. Car, bien qu'il le cachait très bien, le diagnosticien avait quand même une certaine estime pour ses internes. Il aimait savoir la cause de leur soucis et les mettre devant leurs propres faiblesses. Même s'il en jubilait, il le faisait aussi pour qu'ils repoussent leurs limites et les rendre meilleurs. D'ailleurs peut-on se soucier de quelqu'un que l'on déteste? Non, House « aimait » ses internes. Enfin, il avait sa façon particulière de leur montrer, que d'ailleurs aucun d'entre eux n'analysait ainsi. Mais House ne s'en offusquait pas. Au contraire, il aimait établir cette distance avec les autres ; une distance teintée d'appréhension et de répulsion qu'il instaurait par son comportement.
La nonchalance et l'air hautin du jeune médecin ne lui plaisait pas. House eut d'ailleurs tout le loisir d'analyser ce comportement les semaines suivantes. Peter se comportait en terrain conquis, ce qui en certaines circonstances l'avait aidé à résoudre des cas. Certes Peter avait d'énormes qualités de diagnosticien mais il ne savait pas travailler en équipe. Son manque d'humilité face à son inexpérience lui avait valu de nombreuses remises en place de la part de House mais aussi de Foreman et de Chase. L'ambiance de travail n'était pas optimale et House s'en souciait. Il avait tout de suite su le point faible du jeune docteur qu'il n'avait pas détecter lors des sélections : lorsqu'il était sous pression et que l'enjeu devenait plus grand, Peter devenait nerveux et il n'arrivait plus à mobiliser ses capacités. Oui, Peter était promis à un brillant avenir mais pas dans ce genre de services.
Après avoir longuement tergiversé, House alla voir Cuddy:
-Trouvez une place dans un autre service pour Peter.
-Quoi? Vous vous foutez de moi House? Ça fait à peine deux mois que vous l'avez VOUS -MEME embaucher!
-Tout le monde a le droit de se tromper, non?
-NON! Vous n'aviez pas le droit de vous tromper sur ce coup là! Vous aviez 40 candidats et vous n'avez même pas été capable d'en choisir un qui convenait!
-Bah, c'était le moins mauvais, alors...
-Foutaise!
-Quoi? C'est la vérité!
-Vous savez très bien ce que je veux dire. Vous aviez le médecin qu'il vous fallait.
House ne s'attendait pas à ce qu'on lui rappelle sa connerie aussi ouvertement. Il ne s'attendait pas non plus à voir ressurgir soudainement tous les sentiments qu'il essayait tant bien que mal à enfouir au plus profond de lui depuis deux mois. A dire vrai, il n'avait rien oublié mais il s'efforçait d'y faire face. Surtout le soir, lorsqu'il rentrait et se retrouvait seul face à lui-même. Il avait trouvé plusieurs méthodes pour oublier un instant ce qui le torturait : parfois, il buvait plus que d'habitude et certains soirs, il tentait de prendre du plaisir dans les bras d'une call-girl. Bref, rien de très glorieux. House et Marie ne s'étaient plus adresser la parole, ni croiser à l'hôpital depuis leur altercation dans les vestiaires. Ils s'évitaient scrupuleusement. House connaissait par cœur les horaires de consultation de la jeune femme et s'arrangeait pour ne pas faire les siennes au même moment..ou carrément ne pas les faire du tout! Cependant, il n'avait pas perdu l'habitude de faire un tour à son poste d'observation. Certes, il n'y allait pas tous les jours. Il pouvait même se passer une semaine complète avant qu'on puisse le voir, à nouveau, adossé au mur, regardant les gestes apaisants de Marie qui prenait en charge les patients. Généralement, on le trouvait là quand un cas posait problème, que l'équipe piétinait. House ne trouvait pas, en étant là, l'inspiration lumineuse mais la vue de la jeune femme l'apaisait. Il faisait le vide l'espace d'un instant, ses pensées uniquement tournées vers Marie.
Cuddy le fixait d'un air déterminé, ce qui l'incita à lui porter son attention. Elle lui lança:
-Vous le gardez dans votre équipe. Et ce n'est pas négociable! Cela coûterait trop de résilier un contrat de travail de ce genre.
Alors qu'elle s'attendait à faire face à la contestation habituelle, House se contenta de hocher la tête et de sortir sans un mot, en claudiquant. La doyenne ne chercha pas à comprendre:
Encore un caprice qui lui passera!
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Marie avait repris son rythme de vie. Elle réussissait tant bien que mal à joindre les deux bouts. Elle avait réussi à trouver un autre job beaucoup plus proche de chez elle. Elle aidait un libraire dans la gestion de son commerce : classement des livres, archivage et parfois elle tenait la caisse. Elle avait proposé ses services, au culot, après être passé plusieurs fois dans la boutique en tant que cliente. Elle s'entendait bien avec Robert, qui avait hérité de la librairie de son père lui même en avait hérité de son père, ancien émigrant italien. La faible affluence de la librairie ne demandait pas la nécessité d'un poste à plein temps. Cela convenait autant à Marie qu'au marchand. Le salaire était légèrement plus élevé qu'au fast food mais rien de mirobolant. Cependant, la proximité de la librairie et du squat permettait à Marie d'économiser sur le transport et la jeune femme connaissait maintenant le système D que lui avait enseigner Stella, Mike et les autres. Ce n'était pas la grande vie mais Marie n'était pas du genre à se laisser aller. Elle savourait chaque menu plaisir qui s'offrait à elle : une séance de ciné en avant première gagnée par Stella dans une loterie, un roman en français déniché pour un dollar dans une brocante et comble du plaisir pour elle : un copain de Mike lui autorisait de nager une heure par semaine dans une piscine vide de monde, à l'heure de la fermeture alors qu'il s'occupait du nettoyage.
Deux mois s'étaient écoulés mais elle non plus n'avait rien oublié. Sa rancœur s'était peu à peu estompée pour laisser place aux souvenirs déstabilisant de deux corps et deux bouches qui se frôlent sans avoir été au bout du désir presque palpable à ce moment là. Contrairement à House, Marie ne cherchait pas refouler ses sentiments. Certes elle n'allait pas les clamer haut et fort et ne se confirait pas à Stella : ce n'était pas son genre mais elle essayait de vivre avec, tant bien que mal. Ne pas avoir revu House l'aidait énormément à contrôler ses émotions qui parfois la torturaient. Une boule lui nouait parfois le ventre alors qu'elle laissait ses pensées divaguer et que celles-ci revenaient invariablement vers lui. Chaque jour, Marie franchissait les portes de l'hôpital avec l'appréhension de tomber nez à nez avec House. Elle ne se détendait uniquement que lorsqu'elle était face aux patients. Ils ne s'étaient jamais croiser à la clinique et il ne fallait pas être très perspicace pour se douter que ce n'était pas le fruit du hasard et que le diagnosticien l'évitait. Marie le comprenait et cela lui convenait parfaitement : Elle n'aurait pas su comment réagir en le voyant.
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Ce jour là, Marie prit en consultation une femme dont le cas lui posait problème. Elle ne relevait pas de la médecine générale et la jeune médecin devait décider de l'hospitaliser. Mais les premiers symptômes étaient assez déroutants pour mettre Marie dans l'embarras : dans quel service la faire admettre? La profusion de symptômes aussi contradictoires les uns que les autres l'incitèrent à faire suivre ce dossier au service diagnostic. En appliquant la procédure, elle se présenta à Judy, la secrétaire de Cuddy, afin de s'entretenir avec elle. Cinq minutes plus tard, elle exposait le cas à la doyenne. Cette dernière, à moitié cachée par des piles de dossiers:
-Très bien. Allez le porter à House : ils n'ont pas encore de cas aujourd'hui.
-Heu, moi?
Cuddy releva la tête:
-Oui! J'ai d'autres choses plus urgentes à traiter. ... Vous leur faites le brillant topo que vous venez de me faire et c'est tout.
La doyenne avait baissé la tête et reprenant son travail de paperasse. Marie n'avait pas le choix. Cependant, elle n'était pas prête à affronter House. Elle attendit donc que les deux bureaux du service diagnostic furent vides pour s'y faufiler et déposer le dossier de la patiente sur le propre bureau de House. Elle aurait voulu s'attarder pour contempler l'aménagement et la déco mais elle fila en vitesse comme une petite fille volant une fraise dans le frigo familial. Avec les premières constatations obligatoires annotées dans le dossier, Marie avait laissé un post-it avec plusieurs diagnostics possibles et examens qu'elle pensait indispensables. Elle n'avait pas trouvé la nécessité de signer car son nom figurait déjà dans le dossier et House regarderait probablement qui lui adressait ce cas.
House aperçu le dossier en franchissant la porte: C'est pas vrai : on ne peut pas être tranquille une journée! Qui m'envoie... Ses pensées s'arrêtèrent nettes. Il fixa pendant quelques secondes le nom du médecin référent. Il souffla un bon coup et se dirigea vers le trio dans la pièce voisine.
Il s'acharna durant tout le reste de la journée à faire des tests (certains suggérés par Marie). Ce n'est que vers 20h, que l'équipe résolut le cas. House pesait maintenant le pour et le contre d'annoncer en personne le résultat à Marie. Cela faisait un moment qu'il était seul dans son bureau à répéter mentalement les phrases qu'il pouvait bien prononcer. Devant le ridicule de son comportement, il choisit une solution qui lui paraissait beaucoup plus simple à ses yeux.
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Le lendemain après midi, Marie trouva dans son casier un dossier orné d'un post-il orange
1er cas résolu : maladie de Wilson
Et celui-là?
G.H
Marie sourit. Il lui demandait son avis sur un nouveau cas arrivé dans la nuit. Elle ne chercha pas à comprendre comment il avait fait pour fracturer son casier sans que cela se voit. Elle l'imaginait très bien : affairer avec un kit du parfait cambrioleur ou même un trombone vu la qualité des cadenas... Elle remarqua qu'il n'avait pas fouiller ou alors il était très fort. Marie ne s'offusqua pas de cette intrusion : elle n'avait rien à cacher ici.
Pourtant, House n'avait pas fait que déposer le dossier. Les photos accrochées sur l'intérieur de la porte avaient attiré son attention. Il les analysa :
Photo avec une inscription derrière « Papa et Maman » : trop jeunes pour être récente.
Photo de groupe : « virée en camping – Août 2007 – Polo, Bea, Franck, Moi et Seb. »
Que des proches en France, Rien ne la rattache aux Etats -Unis.
House en savait maintenant un petit peu plus sur Marie. Il conclut qu'elle n'avait pas encore d'amis ou de connaissances assez proches dans ce pays pour avoir le privilège d'une photo dans un vestiaire de boulot.
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Une fois ses consultations effectuées, Marie s'attarda un peu à la cafétéria. Devant un café et des brownies, elle plancha 1 h durant sur le dossier laissé par House. A sa pause, House lui avait fait transmettre par une infirmière les dernières avancées mais depuis plus rien. Elle ne savait pas si le cas avait été résolu mais elle mit un point d'honneur à essayer de le résoudre. Avant de rentrée chez elle, elle fit un détour par le service diagnostic. Les lumières étaient éteintes, elle en conclut que l'équipe était déjà rentrée. Elle entra tout de même dans le bureau de House et, cette fois-ci, s'attarda sachant que personne ne reviendrait à cette heure avancée. Elle profita de l'obscurité pour faire le tour des étagères et prendre dans ses mains les bibelots qui trainaient là. Elle caressa une balle rouge et grise qui émergeait du fouillis du bureau. Elle s'assit sur la chaise pivotante qu'elle s'amusa à faire tourner. Derrière le bureau trônait une mappemonde et un nécessaire d'apothicaire. Elle se sentait bien. L'aménagement de cette pièce et ces objets l'apaisaient. Après quelques minutes savourées les yeux fermées, elle quitta le bureau.
House, assis dans le bureau de diagnostic dans le noir, n'avait rien perdu de la scène. Il avait scruté les moindre gestes de Marie. Il ne pouvait pas réellement voir les traits de son visage et s'était donc concentré sur le mouvement de la silhouette gracile à la faveur de la lumière du couloir. Il contempla les formes athlétiques mais parfaites à ses yeux de la jeune femme. Il avait eu du mal à contenir son émotion et s'efforçait de contenir son souffle de peur qu'il ne trahisse sa présence. Le charme fut rompu quand Marie quitta son bureau. House y entra à son tour et regarda autour de lui : jamais plus il ne verrait cette pièce comme avant. Il pouvait le ressentir jusqu'au plus profond de son être : Marie y avait laissé quelque chose d'elle-même ce soir.
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La jeune médecin ne fut pas surprise de trouver, lors de son retour à l'hôpital deux jours plus tard, un nouveau post-it orange:
Le cas était déjà résolu mais diagnostic correct.
G.H
Il n'y avait pas de dossier ce jour là, ni les jours suivants. L'absence de sollicitation l'avait d'abord affectée. Elle se demandait si c'était parce ce qu'elle avait apprécié d'être consulté pour ses compétances ou si cela résultait d'un manque de connexion aussi tordu soit-il avec House. A mesure que les jours se suivaient, Marie sut qu'elle s'épanouissait assez en consultation pour se sentir fruster professionellement. House lui manquait. Cela faisait maintenant 3 mois qu'ils ne s'étaient pas parler. Cette pseudo correspondance était puérile mais il fallait se rendre à l'évidence que cela les arrangeait tous les deux. Aucun n'était prêt à faire le premier pas.
