Chapitre 272 : Naissance (Nuit du 10 au 11 octobre 1889 et matin)

Après le repas du soir, Hélène alla coucher sa fille dans sa chambre et Louis resta encore un peu avec nous. Watson repartirait demain par le train de seize heures, tandis que moi j'hésitais encore sur la manière de procéder. Il aurait mieux valu que je ne sois pas présent lors du retour du mari d'Hélène, pour ne pas envenimer la situation et lui laisser le temps de lui expliquer les derniers événements survenus.

Malgré les récriminations de Louis, je décidai de rentrer à Londres, en compagnie de Watson. Nous avions déjà rassemblé nos affaires pour prendre le train demain. Nous dormirions chez Giuseppe, nous relayant pour surveiller la jument qui n'avait toujours pas pouliné et Louis se contenterait du canapé, pour garder un oeil sur les animaux.

Watson et moi étions donc, tous les deux, dans l'autre maison, celle du personnel et Giuseppe avait hérité du troisième tour de garde. Il était donc allé se coucher, n'ayant pas grand-chose à nous dire. Il avait laissé un pot de café chaud à notre attention, puisque j'avais décidé de rester boire du café avec mon ami, qui avait le premier tour de garde.

Lorsque Hélène avait été voir la jument, elle avait trouvé ses mamelles gonflées, cireuses et le cheval se regardait assez bien les flancs, signe de poulinage imminent. Signe aussi que la bête se sentait en sécurité dans son nouvel environnement, puisque la nature, qui était si bien faite, avait doté la jument du pouvoir de déclencher la naissance de son poulain quand elle le sentait le mieux. Voilà pourquoi elles le faisaient surtout la nuit, sans la présence des humains.

Sans bruit, nous nous dirigeâmes vers les écuries et poussâmes la porte le plus silencieusement possible. Nous portions toujours nos vêtements avec lesquels nous étions monté à cheval, tout à l'heure. Nous nous étions même abstenu de fumer, afin d'éviter d'imprégner nos vêtements de l'odeur du tabac. Malgré tout, Pharaon s'ébroua lorsque je passai devant sa stalle. Ma main se posa sur ses naseaux et je le caressai. Il souffla assez fort et plusieurs fois d'affilée sur mes vêtements, puis, satisfait, il repartit au fond du box. L'intrus que j'étais n'en était pas vraiment un. Avec une jument sur le point de donner naissance, les mâles devenaient méfiants et plus protecteur. Dans la nature et en troupeau, l'étalon du clan aurait monté la garde tandis que la jument la plus âgée serait restée près de celle qui poulinait.

Une lanterne sourde – placée loin des box – diffusait une faible lumière toutes les nuits. Pas de danger d'incendie puisque la paille n'était pas entreposée dans les écuries, mais fournie uniquement lorsque le mari d'Hélène se trouvait dans la région avec des chevaux. Elle était stockée dans un petit hangar, loin des corps de logis.

A pas de loup nous approchâmes du box et nous restâmes à l'affût dans le couloir. Hélène avait placée la jument dans le dernier box, celui le long d'un passage pour que nous puissions surveiller de là. Les chevaux étant sortis de leur box par le couloir central, la jument n'était pas dérangée par les mouvements incessants. C'était aussi le seul à ne pas être pourvu de barreaux métalliques à un mètre vingt de haut, du côté du couloir. Les planches disjointes nous fournissaient un poste parfait pour voir sans être vu. La jument se regardait les flancs, tournait un peu en rond et tout d'un coup, elle se coucha dans la paille fraîche que Giuseppe avait disposé tous les jours pour elle.

Instinctivement, je donnai un coup de coude à Watson en même temps que lui. C'était pour maintenant et nous étions aux premières loges. Étendue de tout son long, la jument commença le travail. La poche des eaux se rompit sous la pression des antérieurs du poulain et le liquide se répandit dans la paille.

Le souffle de la jument était saccadé, les contractions se succédèrent à un rythme assez fort et devinrent de plus en plus rapprochées dans le but d'expulser du poulain. Les sabots passèrent le col, puis les antérieurs.

Watson avait un grand sourire et nous regardâmes, une fois de plus le miracle de la vie s'accomplir devant nos yeux. J'en avais observé beaucoup, lorsque j'étais jeune, avec Patrick, le palefrenier de mon père.

La tête du poulain passa, suivie des épaules. La mère resta un moment sans rien faire, le temps de reprendre son souffle, puis elle poussa une dernière fois pour expulser le reste du corps et les postérieurs.

- Holmes, fit la voix tendue de Watson. Les enveloppes placentaires...

Réagissant au quart de tour, je retirai ma veste, remontai mes manches et me ruai dans le box. Les enveloppes placentaires s'étaient déchirées mais obstruaient les voies respiratoires du poulain. En temps normal, la jument les aurait retirées à l'aide de ses dents. Malheureusement, dans notre cas, la jument était épuisée et restait étendue à terre.

Mon arrivée lui fit relever la tête et je la rassurai par des mots doux. Ma main empoigna l'enveloppe, mais cette dernière glissa de mes mains. Pestant contre moi-même d'avoir omis que sa matière était glissante au possible, je m'y repris encore une fois. Les dents d'une fourche n'auraient pas été du luxe pour l'ôter. Il me fallu deux essais pour parvenir à la soulever des naseaux du poulain et à la bouger. La tenant difficilement, je parvins tout de même à la jeter hors du box. Si un chien avait été présent, il aurait eu droit à un festin.

Ensuite, un simple coup d'œil vers le poulain m'assura que tout allait bien pour lui. Malgré tout, à l'aide d'une boule de paille je nettoyai les voies respiratoires du petit animal, sans poser la main dessus, pour que la mère puisse le reconnaître à l'odeur. Le poulain était toujours relié à la mère par le cordon ombilical et celui-ci se romprait lorsqu'il essayerait de se lever pour la première fois. Il était resté très peu de temps sans respirer et rien n'indiquait qu'il en avait subi des séquelles. Sans notre présence, nous l'aurions retrouvé mort. Toujours à l'aide de la boule de paille, je lui soulevait la jambe postérieure et constatai que nous avions affaire à une pouliche. Elle était née toute noire, mais son poil éclaircirait en grandissant.

Mon ami se tenait devant l'entrée du box, sourire aux lèvres. Maintenant que tout était terminé, la jument pouvait nous voir. Il s'appuya sur les planches, posant ses coudes entre les barreaux.

Je sortis du box, les mains jaunes à cause du contact avec les enveloppes placentaires. Watson rit en me voyant tenir mes mains loin de mes vêtements.

- Vos mains ne sentent pas très bon, Holmes, s'amusa ce dernier.

- Voilà pourquoi le professeur Bradley disait que ces mains étaient sales et toutes collantes, après avoir accouché la jeune fille avec le docteur Roshentall.

- Et que l'odeur adhérait encore à sa peau, même après les avoir lavées, enchaîna Watson. Voilà comment de « innocent » on passe à « coupable » aux yeux de Lestrade. Une de vos plus sordides affaires, Holmes.

- Ma carrière est loin d'être finie, lui répliquai-je, piqué au vif. À vous entendre, on penserait qu'il n'y en aura pas d'autres.

- Ne jouez pas à la vierge pudique qui hurle à la moindre allusion déplacée, Holmes, me réprimanda-t-il en baissant la voix. Je voulais dire que de toutes les affaires que nous avions eues, celle-là était horrible et que je ne souhaitais pas une autre dans ce genre là. En attendant, venez admirer le poulain qui essaye de se relever et de se tenir droit. Admirez l'œuvre sublime de la nature qui a fait en sorte que les herbivores puissent suivre le troupeau rapidement pour ne pas devenir la proie des carnivores, qui eux, ont le temps de se voir grandir.

- Watson, la rébellion, murmurai-je, toujours piqué au vif.

Il ne répliqua pas mais afficha un drôle de sourire.

Posant mes avant-bras entre les grilles métalliques du box je regardai le poulain se mettre debout. La jument en fit autant et elle le lécha pour le nettoyer, stimulant par là la circulation sanguine de son poulain et sa respiration. Le cordon était rompu, il se dessècherait et tomberait ensuite tout seul. Très vite la pouliche trouva les mamelles et téta avidement le lait enrichi de colostrum de sa mère.

Nous restâmes encore un peu, profitant du spectacle, puis, nous prîmes le chemin de la maison pour laisser un mot à Hélène. J'en profitai pour me laver les mains à la pompe dehors, les frottant vigoureusement au savon.

Nous retournâmes ensuite chez Giuseppe et nous allâmes nous coucher.

Le lendemain, je m'étais levé de bonne heure dans le but d'aller jeter un coup d'œil à la pouliche et avoir le temps de fumer ma première pipe dehors, tout en admirant le paysage.

Dans l'écurie, tout allait bien. La pouliche était sèche, bien campée sur ses longues jambes et elle se réfugia derrière sa mère lorsqu'elle me vit. Quelqu'un était déjà passé avant moi car la jeune bête portait déjà un fin licol.

Giuseppe était déjà levé et me proposa une tasse de café, ce que j'acceptai de bon gré. Emmenant ma tasse dehors, je bourrai ma pipe et l'allumai consciencieusement avant de déguster le breuvage noir et fumant.

- Signor Holmes ? fit la voix de l'homme derrière moi. Pour votre petit-déjeuner, je vous invite, vous et votre ami, à le prendre chez madame la comtesse. Désirez-vous quelque chose de spécial ?

- Comme les autres, sinon, des œufs sur le plat et vos délicieux petits pains, répondis-je.

L'homme s'inclina et repartit dans la cuisine.

Cette maison-ci avait une salle de séjour moins grande que l'autre, mais possédait plus de chambres puisqu'elles étaient situées à l'étage et aussi dans la mansarde. Watson dormait encore du sommeil des justes ou des fatigués.

Ayant fini ma pipe, je la curai et partis ensuite vers la maison d'Hélène, le double des clés dans ma poche.

Louis était couché dans le canapé, une jambe traînant par terre, le chaton dormant sur son ventre tandis que le chien était vautré non loin de ses pieds. Mes mains se glissèrent sous le chiot qui grommela un peu et j'allai le déposer à sa place : au sol.

Ma main secoua sans ménagement l'épaule de Louis et lorsqu'il eut grogné un « quoi ? » je lui répondis :

- Pas de chien dans les canapés. La place du chien est au sol, plus bas que celle du maître et jamais à la même hauteur.

- Sherlock ? fit-il en se redressant. Mais de quoi tu parles ? J'ai juste le chat...

Ses yeux étaient à moitié ouverts, ses cheveux étaient en pétard et il les ébouriffa un peu plus en passant sa main dedans.

- Ne joue pas avec moi, mon garçon, le sommai-je. Le chien dormait à tes pieds, dans le canapé.

- Attends, je fais des bêtises, mais pas celle là ! s'indigna-t-il en se frottant la tête vigoureusement à l'aide de ses deux mains. Guillaume et Karl m'ont assez seriné sur la place du chien ou du loup. « Tu ne le regardes pas quand il mange, tu le fais manger après toi, dans une autre pièce, ne le met jamais à la même hauteur que toi, c'est toi l'alpha... » récita-t-il comme une litanie. S'il était là, c'est qu'il y est monté tout seul.

Il déposa le chat sur la vieille étoffe et se leva, courbatu. De son côté, le jeune chien s'étira et se secoua. Puis, il se dirigea vers nous. Louis l'appela et le sortit.

Un bruissement d'étoffes en provenance de sa chambre m'apprit qu'Hélène était en train de s'habiller. La cafetière fut remplie d'eau, de café et je la déposai sur le gaz pour que le café soit prêt à son réveil. Louis rentra avec le chien et avant même que je lui dise quoi que soit, il obligea l'animal à s'asseoir sur le paillasson.

- Bien, le félicitai-je. Je vois que tu connais les bonnes méthodes pour l'éducation d'un chien.

- Et moi je vois que tu connais la bonne méthode pour les réveils difficiles, sourit-il en désignant la cafetière sur le gaz. Je piquerai une tasse et puis, je vous laisserai seul...

Il me lança un sourire complice et je fronçai les sourcils en retour. Puis, il se mit à pouffer de rire tout seul.

Ensuite, il soigna le chaton et le chien, les surveillant pour ne pas que l'un aille dans la gamelle de l'autre. Au moins, il s'occupait des animaux.

Hélène arriva juste quand le café fut prêt, vêtue d'une robe d'intérieure dans les tons verts d'eau et elle embrassa Louis avant de venir vers moi. Elle se contenta d'un baiser sobre sur ma joue.

- Merci pour le café, fit-elle en prenant trois tasses dans l'armoire.

Une fois le café servit, Louis se remplit une tasse, emporta son rat sur son épaule et fila dehors, nous laissant seuls, tous les deux. Chacun de nous but son café sans rien dire, dans une sorte de silence gêné. Hélène me regarda avec un petit sourire moqueur, je fis de même et cela se termina en éclats de rire.

- Diable, Sherlock, commença-t-elle en essuyant le coin de ses yeux. Cela fera bientôt cinq ans que nous nous connaissons et nous voilà presque gêné de nous retrouver face à face.

Ma main se posa sur la sienne et je lui caressai les doigts.

- En effet... Serait-ce dû au fait que tu m'as embrassé sur la joue au lieu de mes lèvres ?

Sa bouche se plissa en une petite grimace qui voulait dire « tu n'as peut-être pas tort ».

- J'ai hésité, répondit-elle. Sachant que tu n'aimes pas les démonstration d'affections en public, j'ai opté pour un chaste baiser.

Sa tête se tourna dans tous les sens et la mienne aussi.

- Quel public ? fis-je avec ironie. Un chat ? Un chien ?

Se levant de sa chaise, elle s'approcha de moi et ses lèvres se posèrent sur les miennes pour un baiser assez chaste. Mes lèvres s'entrouvrirent et sa langue s'immisça dans ma bouche pour un baiser plus profond. Son front se posa ensuite sur le mien, sa main s'entrelaça dans la mienne, tandis que mon autre main se posait sur ses hanches pour lui caresser ensuite le dos.

- Tu n'auras rien de plus sinon je ne répondrai plus de moi, m'avoua-t-elle dans un souffle rauque.

- Alors éloigne-toi de moi, fis-je, la gorge sèche, tout en retirant ma main de ses hanches et l'autre de la sienne. Il vaut mieux, avant que cela ne tourne mal et que l'on ne sache plus faire marche arrière. Ta fille nous a déjà surpris en fâcheuse posture.

Ma révélation lui causa un choc et retira toute envie coquine de l'esprit. Se laissant tomber lourdement sur la chaise à mes côtés, elle gémit.

- Oh non, gémit-elle, le visage enfoui dans ses mains. Raconte-moi.

Je lui narrai tout ce qu'il s'était passé entre Elizabeth et moi, lorsqu'elle s'était levée et était venue me rejoindre.

- Alors, tu as raison de repartir avec Watson, m'assura-t-elle. Louis va râler, mais j'aime autant discuter avec Alessandro seul à seul. Nous allons devoir trouver des explications à tout cela.

Elle ne put en dire plus parce que l'on frappa à la porte. C'était Watson qui venait nous rejoindre pour le petit-déjeuner, un peu embarrassé de venir nous déranger dans notre tête-à-tête. Giuseppe le suivit de près pour préparer le petit-déjeuner et s'en alla ensuite. Louis prendrait son petit-déjeuner avec lui et Elizabeth dormait toujours.

Sur la table, il avait déposé des œufs sur le plat, des tranches de pancetta, des œufs cuits dur, des petits pains tout chauds, des confitures en provenance directe du sud de la France et du beurre. Tout le monde se servit et Watson se frotta les mains devant son assiette remplie. Je me contentai d'un petit pain et de deux œufs sur le plat, agrémenté de quelques tranches de pancetta.

Nos discutâmes de la naissance du poulain, Watson expliquant à Hélène que j'avais dû retirer les enveloppes placentaires des naseaux de l'animal. A son tour elle nous communiqua que bien qu'elle ait vu ma note, elle avait été voir la pouliche et avait commencé un petit travail de manipulation.

- Quelques heures après la naissance, il convient de manipuler le poulain, expliqua Hélène en beurrant un petit pain avant d'étaler de la confiture. La mère l'a reconnu et il n'y a plus de danger que notre odeur la fasse rejeter son poulain. Je l'ai caressé partout, lui ai pris les pieds, passé mon doigt dans sa bouche, juste sur la barre pour qu'il ait la sensation du futur mors... S'il ne fait pas trop froid, je le sortirai avec sa mère pour qu'il soit manipulé avec un licol et une corde. Ensuite, on lui fichera la paix.

- Et cela fonctionne ? demanda Watson, septique.

- Guillaume le fait sur tous ses poulains et lors du débourrage, c'est plus facile. Ils ont appris des choses lors de leurs premières heures de vie et ils les ont retenues.

Mon ami hocha la tête, conscient que en chevaux, il en connaissait bien moins que Guillaume Stanford.

- J'ai demandé à Giuseppe de préparer la voiture pour vous conduire à la gare, tout à l'heure, nous précisa ensuite Hélène. Cela va me faire tout drôle de ne plus vous avoir ici, mais dès que mon mari sera de retour, je le mettrai au courant des derniers événements, dans le calme. Ensuite, nous vous rejoindrons à Londres, je descendrai au Cosmopolitan et nous pourrons discuter de tout cela, tandis que vous ferez connaissance avec mon mari.

- Comment risque-t-il de le prendre ? demanda Watson, avant de se mordre les lèvres.

- Il le savait dès le départ, qu'un jour je retournerais voir le père de ma fille, lui précisa Hélène en reprenant un petit pain et en étalant une bonne couche de confiture à la pêche. Le tout est de savoir comment il va réagir en découvrant Sherlock...

Je fis un geste dédaigneux de ma main :

- Il ne me fait pas peur.

- Ah non, s'énerva Hélène en me menaçant avec le couteau à beurre. Interdiction de jouer aux petits roquets, tous les deux. Tu seras absent et j'aurai plus facile pour lui expliquer le coup du hasard qui t'a fait croiser Elizabeth avant l'heure et le fait qu'elle se pose des questions.

- Aie, glapit Watson. C'est mauvais, tout cela. C'est bien la fille de son père... « Un détail cloche... » me singea-t-il.

- Oui, confirma Hélène, le petit pain suspendu entre la table et sa bouche. Je sens qu'il va moins apprécier le fait que sa fille se pose des questions au sujet de Sherlock. Heureusement, vous ne serez pas là.

- Ça ira ? l'interrogea Watson, ayant peur que son mari soit une brute.

- John, soupira-t-elle. C'est très gentil de vous inquiétez, mais je vous rassure tout de suite. Il n'a jamais levé la main sur moi et s'il explose, ce sera dirigé contre lui.

Un petit signe de tête m'avait désigné.

Une fois le repas terminé, Hélène débarrassa la table et refit du café pour tout le monde. Nous discutions, Watson et moi, assis dans les fauteuils, en attendant qu'elle nous apporte le café qui venait d'être fait. Elle avait déjà préparé un plateau, avec trois tasses, du sucre et des biscuits.

Un bruit de bottes dehors nous fit relever la tête.

La porte s'ouvrit, sans que le nouvel arrivant ne frappe avant d'entrer et une voix, parlant italien, retentit dans le corridor, frappant de stupeur Hélène qui en resta bouche bée, le pot de café fumant dans les mains.

- Buongiorno, Elena, mi serve un caffè, per favore. La strada era lunga e sono stanco morto. (*)

Watson se figea de stupeur, lui aussi. Ses yeux se posèrent sur moi et toutes les couleurs désertèrent son visage.

Le mari d'Hélène était de retour plus tôt que prévu...


(*) « Bonjour, Hélène. Sers-moi un café, s'il te plait. La route a été longue et je suis mort de fatigue ».

Pour la phrase en italien, j'ai utilisé le traducteur de Google, mon homme ne m'étant d'aucun secours puisque, c'est le sicilien qu'il parle. De plus, il n'a fait que sa première primaire en italien... et vu qu'il était plus souvent à l'école buissonnière... Ensuite, direction la Belgique et là, il a dû parler le français.

Donc, pour l'orthographe italienne, je dois m'appuyer sur les programmes et non sur lui. Comme quoi, aller à l'école, cela peut servir.

Pour le poulinage, je n'ai fait que raconter celui d'une de mes juments, il y longtemps. Tout ce que je décris est véridique, sauf en ce qui concerne la présence de Holmes et Watson. Pareil pour les enveloppes placentaires qui recouvrait bien les naseaux de la pouliche qui venait de naître. C'est moi qui les ai retirées et je peux vous dire que c'est gluant et puant. Les chiens et les chats s'en sont régalés tous ensemble.

La méthode d'imprégnation fonctionne bien puisque je l'ai appliquée sur la pouliche, à l'époque. Je peux la toucher partout sans qu'elle ne bronche, hormis aux endroits où j'ai oublié de passer : le haut de l'encolure, juste près des oreilles et la base de l'encolure... Elle ne supporte pas.

Pour le reste, je peux faire siffler le fouet autour d'elle, elle s'en moque. Les tracteurs, les camions, les pétards, elle s'en moque aussi. Dès ses premiers jours, elle avait été mise en contact avec la circulation et le bruit, protégée par la présence de sa mère, imperturbable.

Son seul défaut est la paresse.