Rentrée à Poudlard

Eté – 1er Septembre 1991

Aujourd'hui, le professeur McGonagall est venue me chercher au Chaudron Baveur. Vêtu d'une robe émeraude, cette femme aux apparences strictes et sévères cache un cœur d'or. Elle semble avoir déjà un certain âge et sa compagnie est pour le moins intéressante. Nous avons traversé le Londres moldu par le métro pour rejoindre la gare de King's Cross. Nous avons parlé de Poudlard naturellement, des différentes matières – elle enseigne la métamorphose – et j'ai profité de l'occasion pour avoir déjà quelques explications sur sa matière. Elle semblait ravie par mon enthousiasme mais n'a pas trop développé ses réponses pour qu'elle ait encore quelque chose à m'enseigner une fois arrivé au château.

Elle m'a fait passer la barrière entre les voies 9 et 10. Ca été dur pour moi de passer au travers. Comment un objet solide fait de briques et de béton peut se faire traverser de la sorte ? Je me suis avancé lentement vers le pilier central entre les deux quais et je fus surpris de me retrouver soudain de l'autre coté, face à une locomotive d'un rouge flamboyant avec l'écriteau « Poudlard express » inscrit en lettres d'or. Il n'y avait pas encore grand monde et je remerciai le professeur de m'avoir conduit jusqu'ici. Elle resta à mes cotés jusqu'à ce que je sois bien installé dans un compartiment. Elle fut étonnée de me voir porter aussi facilement ma malle. Je crois que j'ai peut-être fait une bourde de ce point de vue là. Elle devait quand même faire dans les trente-quarante kilos avec tout ce qu'il avait dedans. Mais bon, elle n'a pas fait de commentaire. Et puis ce qui est fait est fait ! Elle est partie après m'avoir salué et qu'on se reverrait au banquet.

Quand le train a démarré, un garçon à la crinière flamboyante et le visage recouvert de taches de rousseur est venu s'installer en face de moi. Il s'appelle Ronald Weasley, le sixième fils d'une famille de sorciers. Il était vêtu de vêtements de seconde main, un peu comme les habits que je récupérais de Dudley. On a discuté quelque peu bien que j'aurais aimé retourner à ma lecture. Il a failli s'étouffer quand il a su qui j'étais. Par les Vénérables, je suis célèbre pour avoir réduit à néant un puissant mage noir alors que je n'étais qu'un bébé ! Il n'en supporte même pas d'entendre le nom, en plus ! Cela le terrifie. Je me demande comment il réagirait si je lui disais à propos de moi … Enfin j'en aurais probablement pas l'occasion.

Alors qu'il parlait d'un peu de tout, surtout de Quidditch, je regardais par la fenêtre le paysage. Se succédaient champs et pâturages, bois et forêts, collines, vallées et montagnes. J'ai rencontré un jeune garçon, Neville Londubat, qui avait perdu son crapaud, accompagnée d'une jeune fille horripilante et hautaine, Hermione Granger, qui savait beaucoup de choses et voulait absolument montrer qu'elle les savait. J'aime beaucoup parler avec des gens qui ont un certain savoir à partager mais cette demoiselle avait un comportement pour le moins antipathique. Elle n'avait même pas voulu me lâcher par rapport au livre de botanique que je tenais dans les mains que j'ai cru que j'allais la tuer. Enfin, au moins elle est repartie à la recherche du crapaud. Bien que je pense que le pauvre garçon aurait pu le retrouver tout seul. Il s'est très certainement fait arraché le bras à force de se le faire tirer de la sorte par cette jeune fille.

La pire altercation dans le train, je pense, a été ma rencontre avec l'héritier Malfoy. Il était encadré de deux armoires à glace de onze ans également, comme lui et il était venu dans mon compartiment pour voir Harry Potter.

Par pitié, faites que cet intérêt qu'ont ces gens pour voir une célébrité – moi en l'occurrence ici – ne dure pas, je commence déjà à m'en lasser. Les quelques personnes au Chaudron Baveur m'avaient suffi. Enfin, je sais me cacher mais dans l'école, je suppose que cela va être plus dur vu que tout le monde me connaîtra. Par pitié, Vénérables, faites que cela ne dure pas !

Pendant un moment, l'héritier Draco Malfoy a voulu me décrocher de Ron Weasley, prétextant qu'on ne peut faire confiance à certaines familles de sorciers. J'ai bien cru devoir assister à une bagarre. Je leur ai bien gentiment dit d'aller dehors. Hors de question d'être pris dans une querelle sans en connaître tous les tenants et aboutissants !

Arrivé à la gare de Pré-au-Lard, nous sommes tous sortis en robe de sorcier et j'ai entendu Hagrid appelé les premières années. Que j'ai été content de le voir ! Il nous a conduit à travers un chemin de terre, nous guidant avec sa lanterne alors que l'obscurité nous entourait. Tout d'un coup, au détour d'un chemin, j'ai vu sur la droite le château, Poudlard s'élevant sur le pic, au-delà du lac. Ses tours pointaient vers le ciel et les fenêtres nous guidaient dans l'obscurité tout autant que la lanterne d'Hagrid. Ce dernier nous a invités à prendre place dans des barques pour traverser le lac. Alors que le château s'approchait, j'ai observé le ciel et les étoiles se reflétant sur la surface miroitante.

Quel magnifique spectacle qui nous a été offert. Poudlard a tellement plus de charme que le Château Carmin.

On a fini notre voyage dans une crique souterraine et nous avons suivi Hagrid à travers les terres du château devant lequel il nous a laissé entre les mains du Professeur McGonagall.

Le château est tout aussi imposant que celui du Seigneur Ecarlate. Immense, fait de pierres de taille, éclairé par des torches, spacieux et élégant à tous points de vue. Là où ils se différenciaient, c'était dans l'atmosphère même qu'il dégageait. La décoration du Château Carmin était menaçante, empreinte de la puissance et la personnalité de son Seigneur. Poudlard est, au contraire, accueillant. Je n'en ai pas encore vu grand-chose mais rien que les tableaux que j'ai pu croiser – ils sont vivants ! – nous faisaient signe et nous accueillaient chaleureusement.

Le professeur McGonagall nous a parlé du banquet de début d'année et de la cérémonie de répartition : événement très important car nous permet de nous intégrer dans la maison qui nous est la mieux adaptée. Cette maison devrait devenir pour nous comme une sorte de seconde famille – comme si j'avais ne serait-ce qu'une famille déjà …. Il y a une compétition entre les maisons : Nos succès nous ferons gagner des points tandis que nos infractions au règlement nous en fera perdre. Le tout pour une coupe.

Pendant qu'elle vérifiait que tout était prêt, les jeunes autour de moi stressaient. J'entendais parmi les murmures qu'il y aurait une sorte de test. Oh que leur nervosité était contagieuse ! J'ai du faire quelques exercices de méditation pour ne pas me laisser envahir par ce sentiment. Cela ne m'a pas épargné la surprise et le sursaut face à ma rencontre avec un fantôme. Enfin, plutôt une vingtaine. Ils étaient dans une grande discussion au sujet d'un certain Peeves. Je n'ai pas fait plus attention à leur discussion, trop attardé sur le fait qu'ils ne possédaient aucune chaîne de karma. Je vais devoir me renseigner auprès d'Urahara pour savoir s'ils sont des Plus ou non. Et peut-être même discuté avec quelques-uns d'entre eux pour savoir vraiment ce qu'il en est.

La Grande Salle est magnifique ! Et le plafond est bien magique ! On se croirait en dessous de la voûte céleste et non à l'intérieur. Des milliers de bougies éclairaient la salle, flottant au-dessus de quatre longues tables – pour les quatre maisons – et au fond une cinquième table, sur une estrade, à laquelle siégeaient tours les professeurs.

La répartition s'est faite au moyen d'un vieux chapeau pointu tout rapiécé, vivant lui aussi. Il nous a chanté une petite chanson avant que l'on pose chacun à notre tour sur la tête. Certains d'entre nous étions en dessous que pour quelques secondes, d'autres restaient un peu plus longtemps. Je fais partie de cette deuxième catégorie. Je suis resté un peu près quatre minutes en dessous à parlementer avec le Choixpeau. Il voyait tous mes souvenirs et je ne voulais pas que quelqu'un sache quoi que ce soit. Comme je m'y attendais, toutes les maisons me convenaient. J'avais ma place dans chacune d'entre elles. Le Choixpeau a décidé de m'envoyer à Serpentard pour ma propension à vouloir survivre coûte que coûte quel que soit le moyen utilisé et aussi, peut-être, parce que je ne croyais pas trop en la réputation qui se dégageait des rumeurs autour de la maison aux serpents.

Quand j'ai retiré le Choixpeau, tout le monde me regardait – encore – mais cette fois-ci différemment. Plus personne ne chuchotait. Plus personne ne parlait. Le temps semblait comme arrêté. Même chez les professeurs, tous semblaient choqués par ma répartition. J'ai rejoint la table des Serpentards dans un silence pesant. Le changement d'ambiance m'a fait frissonner.

Je me suis retrouvé en face de l'héritier Malfoy, en compagnie de Blaise Zabini, Vincent Crabbe, Grégory Goyle, Pansy Parkinson et Millicent Bulstrode. Après le discours étrange du Professeur Dumbledore, les tables se sont tout d'un coup recouvertes de mets aux arômes plus délicieux les uns que les autres. Côte d'agneau, rôti de veau, steak, cordon bleu, toutes sortes de salades et de sauces, des frites et j'en passe. Les Serpentards étant très portés sur l'étiquette, j'ai appliqué ce que je faisais tant au Château Carmin lors de réceptions, ainsi que les règles de bienséance que j'avais lues durant le dernier mois. Autant faire bonne figure ! Cela change de la compagnie des Dursley qui mangent comme des porcs, sauf Tante Pétunia, peut-être.

Je n'ai pas vraiment mangé de dessert, trop sucré à mon goût, ne prenant qu'un thé léger pour la digestion. J'en ai profité pour mieux étudier la table des professeurs. J'en ai reconnu quelques-uns : Hagrid, Quirell et McGonagall que j'avais déjà rencontrés, Dumbledore dont j'avais lu quelques informations au travers de mes lectures et qui siégeait au centre de la table dans son fauteuil doré, mais d'autres que je ne connaissais pas du tout. Il y en a un pourtant que je me rappelle vaguement, mon directeur de maison, Mr Snape. Je l'ai vu au Chaudron Baveur alors que j'étais en compagnie de Urahara, il était au bar, tout seul, vêtu des mêmes capes noires qu'il portait aujourd'hui.

Dumbledore nous fit part de quelques règles importantes : la Forêt Interdite est, comme son nom l'indique, interdite, il ne faut pas faire de magie dans les couloirs et l'accès couloir du troisième étage de l'aile droite est interdit également – du moins si on ne veut pas mourir dans d'atroces souffrances.

La plus grande horreur de ma soirée a bien été le moment où l'on a chanté l'hymne de l'école. Pratiquement personne n'était en accord. Les paroles étaient intéressantes, adaptées pour un lieu tel que celui-ci. Mais mes oreilles sensibles en ont pris un coup ! Henry, Hone Hona et moi étions figés face à tant de chaos. Même si je suis d'accord avec la dernière phrase de Dumbledore sur la magie de la musique, une chose est sûre, il n'y a rien eu de magique ici alors que tout le monde faisait un massacre de cet art noble !

Le préfet de Serpentard nous a fait traverser quelques couloirs avant de nous enfoncer dans les profondeurs du château, vers les cachots où il y a notre salle commune. Le Professeur Snape a fait son apparition de manière relativement calme, presque silencieuse. La plupart des autres ont sursauté comme s'il avait jailli du néant. Il parle doucement, limite un murmure et pourtant fait couler un sentiment de menace dans chacun de ses propos. Il m'a fixé longuement à chaque fois qu'il énonçait des règles à respecter et les sanctions si elles ne l'étaient pas. Comme s'il attendait quelque chose de moi … Devais-je faire quelque chose ? Je n'ai rien fait et j'ai préféré ne pas me plonger dans son esprit pour savoir. Qui sait quelle compétence ont les sorciers … Et vu comment cet homme est froid et antipathique, autant ne pas tenter le sort.

Je suis rentré dans ma chambre. Merci, Vénérables, elles sont individuelles. Pas besoin de me cacher de trop dans ma propre chambre. Même les sanitaires ne sont pas partagés ! J'ai déballé mes affaires, rangé ce que je pouvais pour le moment, je verrai plus tard pour le reste. Autant me préparer à dormir et être frais et dispos pour mon premier jour de cours demain.


Snape referma le Journal en état de choc. **C'est un legilimens ?!** Il va falloir qu'il en parle avec le gamin prochainement. Et surtout qu'il fasse attention à toujours garder ses barrières mentales dressées en sa présence pour ne pas se trahir. **Sauf qu'il sait quand tu mens, Severus ! Il peut l'entendre…**

Il prit un verre de sa boisson favorite, son Whisky PurFeu – **Mince, j'en ai presque plus …** – et réfléchit à la situation. Ce gamin cachait bien des talents. Artiste dans l'art du combat, de la musique et du dessin. Maintenant Legilimens. **Quelque chose me dit qu'il en cache encore d'autres des surprises … Ce garçon n'est décidément pas comme les autres !**

Il jeta un œil à l'horloge – minuit moins quart – et décida d'aller se coucher pour être frais le lendemain. Il allait encore passer quelques heures avec Harry pour cette potion et discuter probablement et il aimerait bien avancer dans le journal encore un peu. Il voudrait tout savoir de ce gamin le plus rapidement possible et l'aider, l'empêcher de recommencer … Car il sentait au plus profond de lui que le gamin allait recommencer. Il en était persuadé.