CHAPITRE 14
I swear, not to leave you
La conversation qui résultat de l'affirmation d'Hestia concernant son "infidélité" fut désagréable. James n'avait jamais été bon menteur. Le seul secret qu'il était parvenu à conserver était celui de Remus et il ne pouvait s'en attribuer tout le mérite. S'il avait dû cacher ça à Sirius et Peter, il doutait sincèrement de ses chances de succès. C'est donc par l'affirmative qu'il répondit à la question d'Hestia. Oui, il avait embrassé Evans. Oui, il l'avait fait pour les besoins de leur mission. Aux affirmations succédèrent les négations. Non, il ne voulait pas la quitter. Non, il n'aimait pas Evans. Non, ça ne se reproduirait plus. Non, Remus, Sirius et Peter ne reviendraient pas ce soir. Il doutait même qu'ils ne reviennent un jour. Non, sa joue ne lui faisait pas mal. Ce n'était pas le poing de Sirius qui l'avait blessé. C'était son cœur qui le faisait souffrir. L'idée que Sirius ait pu penser ne serait-ce qu'une seconde à le quitter… à mourir, lui était insupportable. Il voulait juste que celui-ci lui dise qu'il en valait la peine. Qu'ils en valaient tous la peine. Que malgré la mort de Marlène, il avait encore une raison de vivre. Que malgré la douleur, la souffrance et un avenir incertain, il avait encore l'espoir qu'ils pourraient tous être heureux un jour. Il n'avait pas voulu que ça dégénère. Sa colère et sa peur avait obstrué ses véritables sentiments. Ses cris n'avaient été qu'un "je t'aime", "ne me laisse pas… pas toi". Il ne doutait pas un instant que s'il arrivait quelque chose à son meilleur ami, il sombrerait inexorablement dans la folie. Il ne pouvait vivre dans un monde où Sirius n'existait pas. Il s'y était pris comme un manche.
– James ! Tu m'écoutes au moins ! l'apostropha Hestia dont la colère tardait à s'apaiser.
– Oui, mentit-il, bien sûr qu'il ne l'écoutait pas, il ne pensait qu'à Sirius.
– Je ne veux plus que tu la vois, tu m'entends ?
– Elle fait partie de l'Ordre, je ne peux pas l'éviter, répondit-il comme s'il s'agissait de la seule et unique raison qui l'empêchait de garder ses distances avec la jolie rousse.
– Alors quoi ? Tu vas continuer à la voir ? s'indigna-t-elle.
– Je ne vais pas quitter l'Ordre uniquement parce que tu ne sais pas faire la différence entre une mission et la réalité, répondit-il évitant soigneusement son regard, faisant preuve de la pire mauvaise foi du monde.
– Elle n'a qu'à partir ! répondit la jeune femme. Elle l'a déjà fait !
– On a besoin de toute l'aide disponible. On ne peut pas se permettre de refuser des membres. Les mangemorts nous surpassent chaque jour un peu plus, continua-t-il abattant sur la table tous les arguments rationnels qu'il avait en stock.
Hestia sembla peser le pour et le contre pendant une éternité aux yeux de James. La vérité était que peu importait sa réponse ou ses désirs, il n'arrêterait pas de voir Evans. Ce n'était pas une option qu'il envisageait le moins du monde. Il avait une profonde affection pour Hestia mais cela ne comblerait jamais le gouffre qu'avait créé Evans en lui quand elle était partie. Elle était la seule capable d'une telle chose. Il ne voulait pas être avec elle à proprement parler. Il voulait juste savoir ce qu'elle faisait. Où elle était. Avec qui. Quand. Pourquoi. Il voulait la regarder vivre. Ce n'était ni le manque physique, ni son cœur brisé qu'il l'avait le plus fait souffrir l'année passée. Ce qui l'avait détruit étaient les questions sans réponses. Les interrogations. Le fait de ne rien savoir. C'était comme si elle avait été morte. Même dans la haine, la rancœur et le regret, il la voulait à ses côtés.
– Je ne sais pas… murmura Hestia qui semblait perdue entre son devoir et sa jalousie.
– C'était une longue journée. On devrait aller se coucher, lui dit-il en prenant sa main, essayant de ne pas penser qu'il ne s'agissait pas de celle de Lily.
– Oui, céda-t-elle épuisée par l'altercation, se laissant entraîner vers leur chambre.
Cette nuit-là, il fut soulagé que la jeune femme ait sombré rapidement dans un sommeil profond, vidée par le trop plein d'émotions de cette soirée. Il n'était pas certain de sa capacité à lui prodiguer tendresse et plaisir après avoir connu de nouveau les bras de celle qui, pour la première fois depuis une éternité, revint hanter ses rêves. Un songe utopique, où elle n'était jamais partie, où la guerre était terminée et où ils étaient victorieux. Dans ce rêve, ils partageaient un cottage dans un petit village tranquille, loin de l'agitation de la capitale. Il crut même discerner un rire d'enfant à l'étage. Mais il ne monta pas les escaliers, préférant la rejoindre dans la cuisine. Elle ne faisait pas à manger, elle n'avait jamais été très douée pour ça. Elle sirotait un café, ses cheveux d'un rouge enflammé lâchés. Lorsqu'elle se tourna vers lui, posant son regard émeraude sur lui, son cœur rata un battement. Lorsqu'un sourire s'étira sur ses lèvres, il en oublia de respirer et lorsqu'elle prononça son prénom, il se réveilla. Ce n'était pas elle mais Hestia qui secouait doucement son bras en marmonnant des "James" excédés, pour qu'il éteigne le réveil. Il le fit avant de fixer celle qui partageait son lit. Il se sentit terriblement coupable. Il s'était déjà retrouvé dans cette situation des années plus tôt. L'histoire c'était finie tragiquement et pas seulement parce que sa petite amie s'était révélée être une Vela assoiffée de sang mais parce qu'il avait trompé celle-ci avec Evans. Et voilà qu'il s'apprêtait à reproduire les mêmes erreurs sans même avoir l'excuse de la jeunesse. Il était un adulte désormais, il devait se comporter en tant que tel.
La première fois, la solution lui avait semblait évidente. Il avait immédiatement décidé de quitter Mary McDonald pour la jolie rousse. Aujourd'hui rien n'était aussi simple. Aujourd'hui, il n'était plus sûr de rien. Evans en valait-elle vraiment la peine ? Pourquoi devrait-il briser le cœur d'Hestia ? Et si elle partait encore ? Si elle le quittait de nouveau ? Il n'était même pas certain qu'elle éprouvait encore quoi que ce soit pour lui. Elle l'avait embrassé pour la mission. Elle était revenue dans l'Ordre uniquement par devoir. Parce que Sirius l'avait convaincue qu'il s'agissait de la meilleure chose. Son cœur se serra à la pensée de Sirius. C'était sa priorité, Hestia et Evans pouvaient attendre. Il fallait qu'il se fasse pardonner. Il devait des excuses à Sirius mais aussi à Remus.
Ces derniers se réveillèrent de toute aussi joyeuse humeur. Sirius s'était enfermé dans un silence pesant et Remus ne parvenait pas à oublier les paroles de James. Le ténébreux Gryffondor avait-il véritablement intenté à sa vie ? Il ne pouvait décemment pas lui poser la question au risque de provoquer une autre colère chez son amant, mais il devait savoir. Il ne pouvait pas faire semblant que tout aller bien alors que celui qui partageait sa vie désirait mettre un terme à celle-ci. Rien ne prouvait qu'il ne recommencerait plus. Peut-être qu'un jour, comme cette nuit-là chez les vampires, la mort de Marlène lui paraîtrait trop insupportable et il déciderait de la rejoindre. Qui était-il pour le retenir ? Il n'était qu'un vulgaire remplaçant. Une pale compensation en comparaison de la perte que Sirius avait subi.
– Sirius… murmura-t-il d'une voix si basse qu'il douta que le jeune homme l'ait entendu.
– Oui ? répondit ce dernier distraitement en dessinant sur son torse nu des rosaces du bout du doigt.
– Reste, supplia presque Remus, se montrant plus égoïste qu'il ne l'avait jamais été.
Sirius se serait probablement de nouveau emporté s'il ne s'était pas s'agi de Moony. La peur qu'il lisait dans le regard du doux Gryffondor lui fit prendre conscience de ce qu'il avait fait. Il avait failli abandonner le jeune loup à son sort uniquement parce qu'il n'avait pas été pas capable de faire son deuil. Il n'avait pas voulu mourir. Il avait juste voulu être avec elle. Mais c'était impossible. Son heure n'était pas venue et il aurait été irrespectueux de mettre un terme à son existence alors que Marlène en avait été privé. L'idée de la mort de Remus, Peter ou même de James lui était insupportable. L'imaginer le terrifiait. Comment avait-il pu penser ne serait-ce qu'une seconde leur faire subir volontairement une telle chose. Si Marlène s'était suicidée, il lui en aurait voulu à jamais. Choisir la mort c'était leur dire qu'il ne voulait pas être avec eux. Ce qui était faux, complètement faux. Jamais, il n'aurait pu souhaiter une chose pareille. Il comprit la colère de James et la détresse de Moony.
– Je suis désolé Moony, je ne voulais pas t'abandonner. J'ai pas réfléchi à ce que ça impliquait. J'ai juste… je voulais juste… mais il ne put continuer, sa voix se brisa et il enfoui son visage dans le cou de son amant, se laissant envelopper par les bras de celui-ci.
– Dis-moi juste que tu restes, murmura Remus.
– Je ne te laisserais jamais seul. Je te le promets.
