Un grand merci pour vos gentilles reviews : ravie de réussir à vous intéresser à cette petite histoire Samchel! J'ai commencé "Memphis..." un peu par hasard, sans être du tout une "shippeuse" comme on dit, et je les aime de plus en plus ensemble, voila, c'est dit!
En espérant que ça vous plaise, car ce chapitre est trèèèèès long!
Chapitre 13
Memphis, Tennessee – 12 mai 2017
« De retour sur WBMI avec votre humble serviteur, Sam Evans ! A moins de vivre dans une grotte (bon plan en ce moment, soit dit en passant !), vous avez tous remarqué la vague de chaleur qui s'est abattue sur la ville en cette fin de deuxième semaine de Memphis in May : 35° degrés cet après-midi, et on annonce pas moins de 25° même au cœur de la nuit ! Alors soyez prudents, buvez beaucoup d'eau, protégez-vous et vos proches, en particulier les plus jeunes et les plus âgés, que cela ne vous gâche pas le festival… ».
Il faisait une chaleur étouffante dans le studio, malgré les fenêtres ouvertes et les stores à demi-baissés. Joyce, bien qu'ayant fini son émission depuis plusieurs heures, redoutait d'affronter la torpeur de la rue et restait à l'abri dans les locaux de WBMI, essayant de trouver un peu de fraîcheur en utilisant son éventail. Max transpirait de façon assez peu sexy au-dessus de la console de mixage, et Sam se fit la réflexion qu'il ne devait pas être beaucoup plus beau à voir : il essuya d'un geste rapide la sueur qui perlait sur son front. Son marcel blanc lui paraissait déjà trempé bien qu'il se soit changé en début d'après-midi en quittant l'appartement : il se félicita mentalement d'avoir pensé à prendre des vêtements de rechange pour la soirée. Il animait le direct « Memphis in May » à partir de 21 heures, les responsables de la station n'apprécieraient sans doute que très modérément qu'un de leurs animateurs vedettes soit observé dégoulinant de sueur sur la plus grande scène du festival. Question de prestige.
Sam fut tiré de sa rêverie en entendant toquer à la vitre du studio. Il sourit en apercevant Stacey, et lui fit signe d'entrer, un doigt sur les lèvres pour lui indiquer d'être discrète. Elle entra à pas de loup tandis que Sam annonça au micro : « Il est presque 17 heures, je vous laisse pour quelques heures en compagnie de mon cher collègue Bob Welby et de son émission « Mighty Mississippi ». On se retrouve dès 21 heures pour le grand direct ! A plus, Memphis ! ».
Il posa son casque et se leva pour embrasser rapidement sa sœur, qui discutait et plaisantait en chuchotant avec Joyce et Max.
« Salut à toi, Bébé Evans !
- Arrête de m'appeler comme ça ! » répliqua Stacey en riant doucement et en gratifiant son frère d'un coup de poing léger dans les côtes.
Ils sortirent discrètement du studio tandis que Bob s'emportait avec une véhémence toute théâtrale (Sam leva les yeux au ciel : le vieux Bob ne pouvait s'en empêcher !) sur les piteux résultats de l'équipe universitaire de basket, les Memphis Tigers.
« Faut avouer que le dernier match était franchement minable… » commenta Stacey une fois qu'ils furent installés dans la salle de pause de la station. A travers les enceintes, ils entendirent que Welby, qui était peut-être de mauvaise foi quand il s'agissait de sport mais s'y connaissait en matière de bonne musique, venait de mettre à l'antenne « Memphis, Tennessee » de Chuck Berry. Sam et Stacey eurent de concert un hochement de tête approbateur : encore un classique pour la famille Evans, ils le savaient. Leur père et leur grand-père adoraient ce titre. Sam eut un sourire un peu triste et préféra enchaîner : « Le match de qui ?
Des Tigers ! Hé ho, la Terre à Evans ?! Tu es déconnecté ou quoi ?! ». Stacey laissa échapper un rire et fit un clin d'œil à son grand frère.
« Hey, y'en a qui bossent ! » Il s'étira : bon Dieu, qu'il faisait chaud ! « Avec tout ce qui se passe en ce moment, j'ai pas trop suivi l'actualité sportive… ». Il savait qu'en disant cela, il tendait le bâton pour se faire battre, mais de toute façon il ne voyait pas comment éviter le sujet. Il était juste EVIDENT qu'elle allait lui parler de Rachel. Il y eut un court silence, le temps que Stacey ouvre la fenêtre qui donnait sur Beale Street, grouillante de monde et de bruit. Elle s'appuya avec précaution contre le rebord et fit face à Sam : « Trop occupé en ce moment, hein ?!
- Oui. Et ne prends pas ce ton moqueur avec moi, jeune fille... »
Stacey fit la moue. « Du calme, Sammy. J'ai rien dit.
- Pas encore…
- OK, alors tu vas arrêter tout de suite d'être sur la défensive. Je ne suis pas venue pour ça. »
Encore une fois, Sam fut bluffé par la maturité et l'assurance de sa sœur. Difficile de croire en l'entendant parler qu'elle n'avait que 13 ans.
« Je suis contente que tu es de la compagnie en ce moment, c'est tout. Après, les détails ne m'intéressent pas, hein… »
Elle lui fit un clin d'œil appuyé et Sam lui lança un magazine à la figure, qu'elle saisit au vol sans difficulté.
« Jolie réception, Miss Evans !
- Merci. Alors… » (elle quitta le rebord de la fenêtre et fit à nouveau face à son frère, les mains sur les hanches) « … parle moi de ton amie Rachel s'il te plaiiiiiiiiiiiiiit… »
Sam abandonna : impossible de résister à sa sœur, encore moins quand elle se penchait vers lui, sautillant pratiquement sur place, les mains jointes et une expression presque suppliante sur son visage.
« Eh bien, elle est arrivé le 1er. Elle suit des cours presque tous les jours avec un prof de linguistique : je dois avouer que j'ai bien cru que ce serait mission impossible de lui apprendre l'accent, mais depuis quelques jours elle a fait de sacrés progrès.
- Génial !
- Elle est ravie. Encore deux semaines et elle passera pour une vraie fille du Missouri ! »
Sam était fier du résultat, Rachel avait fait tellement d'effort.
« Et la cohabitation… ? hasarda Stacey, l'air de rien, un petit sourire aux lèvres.
- Bien que ce ne soit absolument pas tes oignons » (Stacey prit un air innocent) « ça se passe très bien. La colocataire idéale. Je suis réveillée tous les matins par un café bien chaud et un grand sourire : y'a pire…
- C'est ta façon à toi de dire qu'elle te plait ? »
Sam soupira. Ca devenait de plus en plus difficile de se voiler la face, et encore plus compliqué de mentir. Comme avec Puck, il opta pour la vérité. « Oui, j'imagine. »
Stacey eut un sourire lumineux. Elle eut l'air d'une fille normale de 13 ans, une expression innocente et franche que Sam adorait voir chez elle. Comme si toute la peine endurée ces dernières années était effacée. « Ouuuuuh ! Tu vas lui dire, j'espère !
- Amie. New York. Broadway. Pas la peine d'en dire plus. »
Sa soeur haussa un sourcil. « Tu parles en charades, maintenant… ?
- C'est juste que… Je ne crois pas que ce serait une très bonne idée. J'ai pas envie de me faire du mal. J'ai déjà donné…
- Hey, j'ai peut-être que 13 ans, et donc je suis encore naïve et tout ça, mais tu vas pas me dire que parce que tu as été blessé une ou deux fois avant, tu as décidé de faire vœu d'abstinence ! C'est débile !
- Attends un peu Stac', tu verras ce que c'est… »
Elle se pencha vers lui d'un air décidé : de toute évidence, elle avait décidé de changer de tactique. « Bon, imagine un peu que tu lui plaises. Fais pas cette tête-là, on est pas si moches nous les Evans ! ». Sam rit en entendant cette dernière phrase. « Tu vas quand même pas lui claquer la porte au nez SOUS PRETEXTE » (elle insista volontairement sur ce dernier mot, levant les yeux au ciel en signe d'exaspération) « que ça POURRAIT éventuellement mal finir.
- Je peux pas rivaliser avec Broadway !
- Et moi, je dis qu'on ne peut pas rivaliser avec Memphis. Alors fonce. »
Spontanément, il se leva pour prendre sa sœur dans ses bras, les yeux étrangement brillants. Elle parut sur le point de faire une remarque sarcastique, mais sentant sans doute l'émotion de son frère elle s'abstint, et se contenta de le serrer un peu plus fort. Aucun doute : Stacey était décidément la meilleure des petites sœurs.
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« J'en peux plus d'attendre ! Foutues pièces jointes qui ne veulent pas s'ouvrir ! »
Quinn grommelait devant son écran depuis deux bonnes minutes. Josh, assis dans un fauteuil derrière elle, leva les yeux de son journal et adressa un clin d'œil entendu à Rachel qui eut un sourire, touchée de l'impatience de son amie.
« C'est de la faute de Skype ! C'est vraiment n'importe quoi !
- Allez Quinn, je t'ai promis les photos, elles arrivent !
- Non mais… AHHHH ! ». Elle eut un sourire radieux et leva le poing en signe de victoire. « ENFIN ! Josh, viens voir les photos des costumes de Rach' pour Meet me in St Louis !
- Ce ne sont que des prototypes bien sûr… Mais c'est vraiment superbe, tu ne trouves pas ?»
Rachel avait reçu ce matin un mail du metteur en scène avec les premières esquisses pour les costumes. Ca y est, son rêve prenait enfin forme concrète : son premier rôle majeur à Broadway, enfin, presque à porter de main. En regardant avec ravissement les projets de costumes, elle avait vraiment commencé à prendre conscience de la réalité. Avant la fin de l'année, elle serait sur scène.
« Oh, j'adore cette robe rayée ! On dirait celle de Judy Garland quand elle chante près de la fenêtre…
- Oui, quand elle chante « The boy next door ». Oh, j'ai tellement hâte ! »
Quinn et Rachel se lancèrent dans une discussion passionnée relative aux matières et coupes de tissus à privilégier. Josh semblait un peu perdu face à l'enthousiasme des deux jeunes femmes et, après un sourire approbateur face aux photos (que pouvait-il faire d'autre ?! Mais au moins, il faisait toujours un effort pour Quinn : Rachel l'aimait beaucoup pour ça, c'était vraiment un mari formidable), il battit élégamment en retraite pour aller s'occuper de la petite Rachel dans une autre pièce.
« Josh est parfait. J'espère que tu te rends compte de ta chance.
- Tous les jours. » répliqua simplement Quinn.
Vêtue d'un tee-shirt blanc léger et d'un jean, elle était rayonnante même via une webcam. Rachel se demandait parfois pourquoi son amie n'avait pas choisi une carrière dans le spectacle : actrice, oui voila ! elle aurait mis le monde à ses pieds. Et accessoirement, elle serait restée plus près de Rachel. Elle avait certes renoué avec Tina, mais c'était plutôt récent, et à bien des moments ces derniers mois, Rachel s'était sentie très seule dans les rues de New-York, sans Quinn ni Kurt, ni autre véritable ami pour la soutenir et l'écouter. Et puis, tout doucement, Sam était arrivé dans le paysage. Et la distance Memphis-New York (1 789 kilomètres, Rachel avait vérifié) n'avait jamais paru si réduite.
Rachel fut ramenée à la réalité par la voix de Quinn. « Je suis contente que les filles viennent d'ailleurs, comme ça elles feront meilleure connaissance avec lui.
- Qui vient ?
- RACH' ! » s'écria Quinn, à mi-chemin entre l'agacement et l'amusement. « Tu m'écoutes quand je te parle ?!
- Oui oui bien sûr…
- San et Brit ! C'est vrai que ça s'est décidé assez rapidement, juste après le mariage, mais je te l'ai dis avant que tu ne parles pour Memphis, je m'en rappelle très bien !
- Oh ! »
A vrai dire, Rachel ne s'en souvenait pas, non. Elle était vraiment une amie déplorable.
« Elles arrivent le 24 mai, pour 15 jours. En tant qu'hôtesse de l'air, Brittany a accumulé assez de miles American Airlines pour elles deux à utiliser avant fin juin, elles sont ravies ! »
Rachel eut un (gros) pincement au cœur tandis que Quinn évoquait les divers endroits qu'elle avait envie de faire découvrir aux filles. Elle adorerait venir rendre visite à Quinn en Afrique du Sud, le seul rêve qu'elle nourrissait qui n'était pas lié à Broadway ou à la cérémonie des Grammys, c'était d'aller à Franschhoek. Quand elle avait un peu de temps à elle dans son studio new-yorkais, elle se mettait en boule sur son canapé, avec Honey et une couverture sur les genoux, l'ordinateur calée sur un coussin, elle allumait Google Earth et roulait virtuellement sur les petites routes poussiéreuses qui entourent les vignobles ensoleillés, en compagnie de Quinn, papotant de tout et de rien. Mais voila, le manque de temps et le manque d'argent (ok, surtout le manque d'argent…) l'avaient jusqu'ici empêché de mettre son projet à exécution. Pour l'exotisme, elle n'avait pas fait mieux que Memphis, et elle se dit avec un sourire qu'en la matière, la plus grande ville du Tennessee tenait toutes ses promesses.
« C'est chez toi, Quinn ? »
Rachel fit littéralement un bond sur sa chaise en entendant la voix de Sam derrière elle : perdue dans ses pensées, elle n'avait pas entendue le pas feutré de Sam sur le palier, le bruit du trousseau de clé et sa façon si discrète d'ouvrir la porte d'entrée, comme s'il croyait trouver Rachel endormie sur le canapé. Encore appuyé dans l'encadrement de la porte, quelques sacs de course aux bras, il sourit à Rachel puis à Quinn. Instinctivement, Rachel se sentit comme rassurée.
« SAM ! ». Quinn lui envoya un baiser virtuel, qu'il lui rendit sans hésiter. Il déposa les sacs sur le comptoir du coin cuisine et s'approcha pour s'appuyer sur le dossier de la chaise où s'était installée Rachel, afin de mieux voir les photos des costumes ainsi que les images de Franschhoek que Rachel regardait en parallèle du programme de visites anticipées par Quinn. Bientôt, ce fut davantage une conversation entre Sam et Rachel, Quinn se contentant d'observer ses amis par caméra interposée, la complicité évidente, les sentiments cachés derrière un petit geste anodin (les doigts de Rachel qui frôle le bras de Sam quand il lui dit qu'il a vu sa sœur et entendu avec elle une chanson qui leur évoque leur enfance la façon dont Sam se penche en douceur au-dessus des cheveux de Rachel pour regarder la fameuse robe à rayures prévue pour « The boy next door », de façon à respirer leur parfum), une petite phrase. C'était adorable.
« Tu sais quoi ?! » finit par demander Sam tout en préparant un pichet de thé glacé. Quinn s'était fait la réflexion qu'il avait l'air de faire extrêmement chaud à Memphis : Rachel elle-même portait un marcel en coton blanc, vêtement qu'elle n'aurait jamais daigné porter sauf cas de force majeure. « Ca s'est décidé juste ce matin ! Je vais faire une interview ce soir avec … ?
- Euh… Mark Cole ?
- Non !
- Keb' Mo ' ?
- Non plus ! »
Quinn avait l'impression d'halluciner : qui étaient ces gens dont parlait Rachel ?! 15 jours de festival et elle s'était transformée en spécialiste du blues ? Rachel sembla lire dans ses pensées et se sentit obligée de préciser : « J'ai lu le programme, mais je ne connais pas plus que ça… ». En prenant le verre de thé glacé apporté par Sam, elle demanda avec curiosité : « Alors ? »
Sam ménagea son effet, et dit lentement en détachant bien les syllabes : « Ryan. Bingham. »
Rachel laissa échapper un cri de surprise : « C'est pas vrai ?! ». Elle se tourna à nouveau vers l'écran : « Celui-là, je le connais ! »
Quinn se contenta d'un sourire, en voyant Rachel et Sam évoquer avec enthousiasme l'exclusivité que WBMI avait réussi à négocier : les choses étaient définitivement en train de changer, entre ces deux-là.
Sam s'excusa bientôt en disant simplement : « Mon royaume pour une douche ! » et adressa un signe de la main à Quinn. Rachel prit son plus bel accent du sud pour lui dire : « A tout à l'heure ! », et il eut un tel regard de fierté dans les yeux de Sam que vraiment, Quinn avait hâte que les choses soient officiellement proclamées parce que même si c'était vraiment mignon (et drôle) de les voir se tourner autour, il était temps que ça cesse. Pour leur santé mentale à tous les deux.
« Oh Rach' ! » dit Quinn quand Sam fut sorti de la pièce, Honey trottinant à ses côtés « Je n'aurais jamais cru que ce temps viendrait mais je suis entièrement d'accord avec Puck : le Samchel est en marche ! »
Rachel baissa les yeux : « Pas officiellement…
- Menteuse !
- Mais est-ce que c'est une bonne chose ? »
Quinn fronça les sourcils. Oh, le bon vieux débat amours vs carrière. Merde. Pas sûr que Sam en sorte vainqueur. Elle-même avait fait face au même choix, il n'y a pas si longtemps. Elle avait choisi Josh, sans même vraiment hésiter. Bien sûr, sa vie professionnelle serait tout aussi intéressante aujourd'hui s'il avait choisi de ne pas le suivre : avec un diplôme de Yale, les portes s'ouvraient en grand pour une carrière en or, quel que soit le domaine. Mais vivre sans Josh (et par extension, cela voudrait dire vivre sans Bébé Rachel), c'était comme vivre sans oxygène. Impossible.
Quinn était sa meilleure amie, alors autant être franche. « Tu trouves que je suis carriériste ?
- Je crois que ta carrière est très importante pour toi. Que tu es prête à de nombreux sacrifices pour réussir. Mais je sais… Rach' regarde-moi… » (les yeux de Rachel s'étaient mis à briller, ses lèvres à trembler : Quinn adopta un ton rassurant) « je sais que tu prendras la bonne décision, et que tu préféreras ne rien tenter si tu as peur de blesser Sam au final. Et puis d'ailleurs, ce n'est pas l'amour OU la carrière, c'est comment concilier les deux. »
Entre deux larmes discrètes, Rachel eut un petit rire incrédule et répéta faiblement : « amour ? »
Quinn hocha la tête. « Oui, je crois. Et, je re-cite encore Puck : « L'amour, ça craint. ». Je rajouterai : « parfois ». Ne t'inquiète pas, et prends les choses comme elles viennent. Profite de ton concert de Ryan Je-sais-plus-son-nom et tu verras après.
- Le concert est après-demain, en fin d'après-midi.
- Si tu le dis ! »
Elles ne dirent rien pendant quelques secondes. Rachel écouta distraitement le son de l'eau qui coulait tandis que Sam prenait sa douche et oh mon Dieu les pensées qui lui traversèrent l'esprit, elle préfèrerait être aphone pendant une journée que de les répéter à quiconque, même à Quinn. Cela justifiait-il de se lancer dans une déclaration, au risque 1/ d'avoir le cœur piétiné (car qui sait que ce que pensait Sam, dans tout ça ? Rachel frissonna malgré la chaleur : il n'était pas que question de ses sentiments à elle, mais bien des siens aussi, et où il en était de son côté, elle n'en avait strictement aucune idée) et 2/de tenter une relation à distance, alors que son expérience lui soufflait à l'oreille que c'était une idée désastreuse ?
Elle essuya la sueur sur son front : « Qu'il fait chaud ! ». Elle hésita un moment à se confier davantage à Quinn, mais se ravisa. Son amie avait sans aucun doute vu qu'elle avait ouvert puis refermé aussitôt la bouche mais, sentant qu'il ne fallait pas insister, n'ajouta rien de plus sur le sujet. « Dis bonjour à Santana et Brittany si je ne t'ai pas au téléphone d'ici-là.
- OK Esther !
- Je ne suis pas encore au point d'appliquer la méthode radicale de l'Actor's Studio, donc tu peux continuer à m'appeler Rachel ! fit-elle en riant
- Bises à toi et Sam !
- Bises à Josh et Bébé Rachel. A plus tard ! »
Le bruit dans la salle de bain avait cessé. Sam devait maintenant être en train de se changer dans la chambre, elle entendit la douce musique de WBMI à travers les murs. Rachel se leva et attendit quelques minutes pour se glisser à son tour dans la douche. Une nouvelle soirée Memphis in May l'attendait, et elle s'annonçait prometteuse.
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Sam n'avait jamais vu une telle affluence devant la petite scène en pleine air de la station. Visiblement, il n'était pas le seul à attendre avec impatience le concert de Bingham prévu ce dimanche. L'interview se déroulait depuis une bonne vingtaine de minutes, et la foule ne cessait de se presser près des barrières, riant aux blagues du chanteur et réclamant maintenant une chanson. Sam était soulagé, Bingham était sympathique et plus à l'aise qu'il ne l'avait espéré : étant donné le ton plutôt mélancolique de ses textes, Sam s'attendait plutôt à un cow-boy timide et/ou renfrogné aux réponses monosyllabiques. Assise en coulisse aux côtés de Joyce depuis le début de l'entretien, Rachel encouragea elle aussi le chanteur à interpréter un titre.
« Tu devais être une des têtes d'affiche du premier week-end du festival, mais tu as dû y renoncer…
- Je sors d'une période assez longue de tournée, et j'ai malheureusement perdu ma voix fin avril après un concert à Oklahoma City. J'aurais été très déçu de rater Memphis in May, mais les organisateurs m'ont proposé de reprogrammer le concert, donc me voila ! »
Le public applaudit généreusement et Ryan Bingham eut un sourire.
« Tu vas donc passer après la grande soirée clôturant l'International Week…
- Absolument, je passe après différents groupes folkloriques tyroliens…
- Changement d'ambiance ! »
Le public comme le chanteur rirent et Sam en profita pour demander une chanson. Bingham alla chercher sa guitare au bord de la scène et croisa le regard de Rachel. Il mit l'instrument en bandoulière et déclara : « Quelle chanson veut entendre cette demoiselle ? »
Rachel devient rouge écarlate et murmura tant bien que mal : « Euh, « Hallelujah » ?
- Ok. »
La foule sembla approuver et Ryan vérifia l'accordement de sa guitare. Sam laissa la scène au chanteur le temps de la chanson et s'assit entre Rachel et Joyce. Cette dernière se pencha vers Sam : « Jaloux ?
- Joyce… » Sam fit semblant de chercher ses mots « … j'ai envie de te dire merde ! ».
Elle lui ébouriffa les cheveux en riant et se leva pour se rapprocher de la scène. Rachel et Sam échangèrent un sourire et écoutèrent en silence.
So tell me now if your singing can bring me
Another day with my feet on the ground
I miss living and living misses me
I miss it so, that it's holding me down
For all the things that I never could change
For all the reasons that I never understood why
I'm dead and gone, baby
There's something wrong, baby
Oh something's wrong cause you know I still feel alive
My train is rolling down the line
and I'm waiting for it to bring me a dream
of holding you up in my eyes
I'm dead and gone, baby
I'm so alone, baby
And hear my song cause I'm coming down
"Bon choix, Rach'.
- Merci."
Il y eut un nouveau silence, et Rachel ajouta : « Ca va me manquer tout ça, tu sais, l'ambiance du festival, de la ville… à New-York. ».
Il ne dit rien, mais le cœur de Sam se brisa un peu dans sa poitrine.
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Il rassembla ses affaires, épuisé, affamé, et tout simplement triste. Animer les directs du festival, même un jour sur deux, était une véritable épreuve physique. Et le temps filait, et la moitié du festival était passée, et plus le temps passait plus la date à laquelle Rachel devait partir approchait, et il n'y pouvait rien, et il s'en voulait de s'être attaché si vite, si fort. Il jeta un coup d'œil sur le devant de la scène, et vit à sa grande surprise Stacey et sa mère en grande discussion avec Rachel. Sacrée Stac', elle savait ce qu'elle voulait et savait comment l'obtenir. Elle ne manquait décidemment pas d'aplomb, pour ses 13 ans. Sam était à la fois agacé et assez admiratif de sa petite sœur. Il s'approcha peu après du petit groupe.
« Hey !
- Super interview, Sam ! ». Rachel lui sourit, sa mère et Stacey hochèrent la tête en signe d'approbation.
« C'est Bingham qui a tout le talent, pas moi…
- Sottises ! » répliqua sa mère avec un geste nonchalant de la main.
Sam était heureux de la voir en ville : depuis la mort de son mari et de son fils, autant dire que la vie sociale de Mary Evans était quasiment nulle. En dehors des heures de travail, elle ne quittait quasiment plus Center Hill Lake, sauf pour déposer Stacey à l'école ou à ses activités extra-scolaires. La voir ce soir, dans une petite robe d'été rouge et blanche, légèrement maquillée, en forme, suffit à mettre du baume au cœur pourtant bien éprouvé de Sam. Il se pencha pour lui faire une bise sur la joue. Sans doute pas le geste idéal à faire devant une fille mais qu'importe. Sa mère, surprise, le considéra un moment. Stacey en profita pour lancer une idée : « Puisque tu es d'humeur familiale, Sammy, pourquoi tu ne viendrais pas à la maison avec Rachel samedi après le concert ? »
Il lui lança un rapide regard, un regard similaire à celui que Dwight Evans posait souvent sur sa fille en riant et en disant « Quelle petite maligne tu fais, Stacey ! ». Rachel intervint immédiatement : « Quelle bonne idée ! ». Les trois femmes regardèrent Sam et il comprit (même s'il s'en doutait déjà) que face à ces trois-là, il ne pourrait jamais avoir gain de cause.
« Bien sûr ! Et puis, c'est l'anniversaire d'une certaine Stacey la semaine prochaine, profitons-en pour le fêter… »
Rachel semblait ravie, et Sam se doutait qu'elle se demandait déjà quelle(s) chanson(s) interpréter pour l'occasion. Si quelque chose n'avait pas changé depuis la période New Directions, c'était bien l'expression sur son visage quand elle se posait cette question. A part ça, tout semblait bel et bel avoir bougé depuis les années lycée. Et plutôt radicalement.
« Si on allait au Cocoon Café pour finir la soirée ?
- Stacey, quelle cheftaine ! fit Sam en levant les yeux au ciel
- Il est tard, chérie…
- Roh, Maman, à peine 22 heures ! Et puis, c'est soirée suisse ce soir ! »
Cet argument fit éclater de rire le petit groupe, qui décida qu'un peu de chant tyrolien et de costumes folkloriques leur permettrait de finir la soirée en beauté. « Je vous rejoins directement là-bas, je dois aider Max à mettre la sono sous clé pour la nuit » fit Sam en regardant Rachel, Stacey et sa mère s'éloigner en parlant avec animation. Sacré trio.
Alors qu'il était penché au-dessus du coffre de la vieille voiture de Max, Sam entendit une voix derrière lui : « Bonne émission, ce soir. Je t'écoute souvent. »
Sam eut un sourire enfantin : entendre Ryan Bingham lui faire un compliment pareil, ça se savourait. Il pensa immédiatement à la réaction de Rachel, elle ne toucherait plus terre. Il se tourna vers le chanteur. « Merci ! Je sais que tu ne donnes pas beaucoup d'interviews, alors… merci. »
Ryan haussa les épaules. « Tu sais ce qu'on dit… Memphis in May, c'est différent.
- C'est sûr… dit doucement Sam, sans préciser sa pensée.
- Tu viens au concert dimanche en tant que spectateur ou tu fais le direct de l'émission ?
- Je viens, avec toute la famille ! »
Le chanteur s'approcha alors de lui en s'appuyant sur le coffre, et dit à voix basse : « Bon, ce que je m'apprête à faire, c'est le cliché absolu du chanteur, et rien ne t'oblige à le croire et pourtant c'est vrai, je ne fais jamais ça, mais… ». Sam le regarda, les sourcils froncés. Cliché du chanteur ? Ryan Bingham, d'habitude très neutre, semblait un peu embarrassé. « Allez, je me lance… La petite brune avec toi, c'est… euh… chasse gardée ? »
Sam claqua le coffre un peu plus fort qu'il ne l'avait envisagé. Broadway pouvait lui ravir le cœur de Rachel, mais pas un chanteur de country. Il eut un sourire. « Oui, c'est ça… chassé gardée ! »
Cette expression ferait bondir sa sœur, petite féministe en herbe, si elle était là, mais tant pis.
Bingham lui rendit son sourire, beau joueur. « Je vois… Hey, elle est tellement jolie, je me devais de poser la question ! ». Il se redressa, et tendit une main à Sam que ce dernier serra sans hésiter. « Bien joué, mec ! » ajouta-t-il avant de partir.
Whoa. Sam resta un moment figé, puis prit tranquillement la direction du Cocoon Café, un petit sourire fermement accroché aux lèvres.
